Archive pour janvier, 2026

Balade au Seuil de Naurouze … avec la complicité poétique de Claude Nougaro

Le hasard fait parfois bien les choses ou comment faire d’une escapade occitane, l’été dernier, un conte de Noël ? Le monsieur à la barbe blanche a déposé, auprès du grand enfant que j’aime encore être, un beau-livre sur les Cartes murales de Vidal-Lablache. Des années 1880 à la fin des années 1960, des générations d’élèves ont appris à connaître la France (et ses colonies) et le monde grâce à ces grandes cartes colorées suspendues par deux œillets à côté du tableau.

Carte Vidal

Voyez comme Cavanna, fils d’un maçon d’Émilie-Romagne et d’une mère nivernaise, en parlait dans sa merveilleuse langue française : « Ce que j’aime le plus en géographie, c’est les cartes. Surtout celles où on voit les montagnes bien dessinées en marron de plus en plus foncé à mesure que ça monte plus haut, et puis, tout en haut du plus haut, c’est tout blanc. Ça veut dire les neiges éternelles. Rien que ces mots, « neiges éternelles », ça fait rêver. Entre les montagnes, il y a les plaines et les vallées, en vert clair ou en vert foncé, ça dépend de l’altitude, et au milieu les fleuves, les rivières et les lacs, tout bleus, et la mer tout autour… »
« … Et puis il y a les grandes voies de communication, qui sont les voies navigables, les canaux et les chemins de fer. Ceux-là aussi, il faut qu’on les sache par cœur. Par exemple, tu dois faire voyager de la houille depuis une mine qui se trouve dans le Nord, parce que c’est là où il y a des mines de charbon qu’on appelle aussi la houille, jusqu’à disons Toulouse, parce que là il y a une usine qui en a besoin justement. Alors, il faut que tu trouves un chemin qui passe par les bons canaux…On aime bien ces images, celles qui sont aux murs tout le temps, on les regarde même quand c’est pas l’interrogation. Et on se raconte des histoires. »
La répartition des canaux était très déséquilibrée du fait du relief, se concentrant sur la moitié nord de la France : canal de Flandre, de Saint-Quentin, de la Sambre à l’Oise, de l’Aisne à la Marne, de la Marne au Rhin, et plus bas, canal du Loing, de Briare, du Berry, du Nivernais, de Bourgogne, du Centre, et tout au sud, en grosses lettres noires, le canal du Midi.
J’imagine que les jeunes lecteurs, susceptibles de s’être égarés sur mon blog, ont déjà décroché, eux qui, en pinçant deux doigts sur leur application Google Earth, zooment en quelques secondes sur le seuil de Naurouze, endroit stratégique de la bucolique voie d’eau et point d’intérêt de ma balade estivale. Grâce à la vertigineuse et déstabilisante Intelligence Artificielle, ils profiteront sans doute en prime du premier couplet de l’ode que Claude Nougaro dédia à Toulouse, sa ville natale.
« L’eau verte du canal du Midi et la brique rouge des Minimes », je les aborde en voiture justement du côté des Ponts-Jumeaux. Non loin, est amarrée la Maison Nougaro, une péniche abritant un musée en hommage à l’artiste, à l’initiative de Cécile sa fille, héroïne d’une autre grande chanson. En proie à des difficultés financières et des travaux de rénovation, elle est fermée, souhaitons-le, temporairement.
Tout au long du trajet sur l’autoroute dite des Deux Mers, nous côtoyons de loin en loin le canal facilement repérable dans la campagne par les deux rangées de platanes qui bordent ses rives.
Bientôt, nous nous écartons du flot des aoûtiens pour emprunter les routes plus tranquilles du Lauragais qu’on surnomma Pays de Cocagne au temps florissant de la culture du pastel des teinturiers, avant que ne se profile la concurrence de l’indigo venu des Amériques.

Avignonet éoliennes

Dommage que la vue générale, à flanc de coteau, de la petite bastide d’Avignonet-Lauragais soit altérée par une rangée d’éoliennes. Mues par le vent d’autan, elles remplacent les moulins d’antan nombreux dans la région. « Bien souvent, très souvent y a des coups, des beaux coups, beaucoup d’vent, autant en emporte le vent » chantait aussi le souffleur de vers.
Dans la ruelle principale, une élégante tour en poivrière monte la garde. Reconstruite en 1356, c’est un vestige des fortifications médiévales qui avaient été brûlées par les bandes pilleuses du Prince Noir figure mythique de la Guerre de Cent ans ainsi surnommée à cause de la couleur de son armure, de son vrai nom Édouard de Woodstock, prince d’Aquitaine alors province anglaise et fils aîné du roi d’Angleterre Édouard III. Après ses exactions dans le Midi toulousain, en remontant vers le nord, avec ses archers, il infligea à Poitiers une lourde défaite aux troupes du roi de France Jean II le Bon lui-même fait prisonnier.

Avignonet tour poivrièreAvignonet statue croisé

Le village qui apparaît si paisible ce matin connut une histoire mouvementée symbolisée par la statue d’un guerrier croisé qui fait le gué devant la tour, possiblement Simon de Montfort chef de la croisade contre les Cathares, dite des Albigeois.
Il nous faut nous replonger dans la nuit du 28 mai 1242. Une base de l’Inquisition était installée au château d’Avignonet, avec à sa tête Arnaud Guilhem de Montpellier et Étienne de Saint-Thibéry, de Narbonne. Ce tribunal ecclésiastique d’exception était chargé de lutter contre les hérésies et en particulier de faire abjurer la foi cathare. Cette nuit-là, une dizaine de chevaliers « faydits » menés par Pierre-Roger de Mirepoix, effectuèrent une opération commando depuis la citadelle de Montségur capitale spirituelle du catharisme occitan, avec la complicité de gens du village. Pris par surprise dans leur sommeil, une dizaine d’inquisiteurs, parmi lesquels un franciscain et un dominicain, furent massacrés à la hache. Leur chef Arnaud Guilhem eut la langue tranchée, symbole des crimes des prélats. Las, cet épisode sanglant fit que la croisade contre les cathares redoubla de violence, et après un long siège décidé tant par le pape que par le roi, la citadelle de Montségur capitula au printemps 1244.
L’église d’Avignonet, souillée par le sang des inquisiteurs, fut fermée pendant 40 ans en expiation et pour punir les villageois de leur complicité. La légende dit qu’à sa réouverture sur décision papale, les cloches se mirent à sonner d’elles-mêmes durant un jour et une nuit et une statue en bois de la Vierge fut découverte sous le porche. On peut imaginer que c’est pour ces raisons que l’église actuelle avec son curieux clocher à crochets porte le nom de Notre-Dame des Miracles.

Avignonet église

Le troubadour Nougaro, toujours lui, inventa un gospel cathare accompagné par le souffle du saxo alto d’Ornette Coleman.

« Gloria
De quel côté du globe tombe à tes pieds ?
La blancheur de ta robe
Gloria, Gloria
Ainsi chantait tout doux, un troubadour
Assis sur le rempart démantelé
De Montségur, par une nuit étoilée
Gloria, Gloria
Murmurait un vieux troubadour
S′il est un Dieu, Dieu est très bon
Or dans le monde rien n’est bon
C′est donc que ce monde n’a pas été fait par Dieu … »

Francis Cabrel y est allé également de son hommage aux chevaliers cathares* futuristes qui pleurent sur une aire de l’autoroute, plus loin vers l’est.
Encore une lieue à parcourir avant de parvenir au Seuil de Naurouze, curiosité géographique parfois appelée seuil du Lauragais et même col culminant à 189 mètres d’altitude (une bosse dérisoire pour les coureurs du Tour de France), à la frontière des départements de la Haute-Garonne et de l’Aude, sur la ligne de partage des eaux entre l’océan Atlantique et la mer Méditerranée. Cet endroit remarquable est connu depuis l’Antiquité, le géographe grec Strabon l’avait appelé l’isthme gaulois par lequel se faufilait la via Aquitania voie romaine reliant Narbonne à Toulouse.
Émergeant des arbres, je distingue ce que je sais être la pointe de l’obélisque érigé à la gloire de Pierre-Paul Riquet, le génial concepteur du canal du Midi dont le seuil est le cœur battant.
Une fois garé, avant d’admirer son œuvre, je me dirige vers le monument qui lui est dédié en empruntant la bien nommée allée des légendes bordée de platanes.

Obélisque

J’étais averti, un mur d’enceinte empêche malheureusement de s’en approcher au pied. Une petite brochure me livre quelques informations. L’obélisque, haut de vingt mètres, a été édifié entre 1825 et 1827 soit plus de deux siècles après la naissance de « Pierre-Paul Riquet, baron de Bonrepos, auteur du canal des Deux Mers en Languedoc ». Sa base est ornée de bas-reliefs, ainsi de mon côté, une nymphe symbolisant la Montagne Noire verse l’eau d’une jarre qui, tombant sur un rocher, se divise en deux, vers le dieu Neptune veillant sur le versant océanique et la déesse Téthys gardant le versant méditerranéen.

Naurouze. allégorie JPG

Cette allégorie illustrant le partage des eaux, c’est l’idée qui surgit de l’esprit de Riquet et engendra le chef-d’œuvre de sa vie. Pendant une quinzaine d’années, il parcourut la Montagne Noire, mesurant, cartographiant, trouvant la clé de l’énigme : récupérer l’eau des rivières qui dévalent les pentes de la montagne dans des bassins judicieusement disposés puis l’acheminer par un réseau de rigoles vers le seuil de Naurouze, point culminant à partir duquel le canal pourrait être alimenté sur les deux versants ouest et est.
En 1662, Riquet remit au ministre Colbert son projet de système d’alimentation basé sur la création de deux sections de rigoles, la rigole de la Montagne et la rigole de la Plaine. Colbert fut séduit par la pertinence de l’étude et l’intérêt économique de la construction du canal qui éviterait le long contournement de l’Espagne par le détroit de Gibraltar. Le roi Louis XIV nomma alors une commission d’experts chargée d’étudier la faisabilité du projet et Riquet fit construire une rigole d’essai sur ses propres deniers. En octobre 1666, un édit royal ordonna que soit « incessamment procédé à la construction du canal des deux mers ». Pierre-Paul Riquet fut désigné comme maître d’œuvre puis après la validation du canal comme fief, en tant que « seigneur du canal » s’en porta acquéreur et en devint propriétaire (transmissible à ses héritiers) et exploitant des voies navigables.
Cocasserie de l’Histoire, son père Guillaume Riquet, notaire puis procureur à Béziers, avait fait partie du Conseil des Trente qui, en 1618, avait rejeté un autre projet et interdit à toute autre étude de voir le jour entre l’Atlantique et la Méditerranée.
Riquet fils, un peu mégalo, avait envisagé de construire autour du bassin de Naurouze une ville « avec des pavillons sur le modèle de la Place Royale de Paris … une paroisse… un arsenal ou magasin pour les bateaux ». Il avait même projeté de placer au milieu du bassin « l’effigie du Roi sortant des eaux dans un char tiré par des chevaux marins ». « C’est pas Versailles ici » (!), sous forme de clin d’œil, une compagnie théâtrale s’est inspirée récemment de cette idée pour les besoins d’une pièce, c’est ainsi que la tête du Roi Soleil surgit dans le paysage.

france-canal-midi-seuil-naurouze-3-hopenroute 2

Selon une description du cartographe Jean-Baptiste Nolin, datée de 1697, « ce bassin a 200 toises de long sur 150 de large, revêtu de pierre de taille, il est sans contredit le plus beau du monde, il a en tout temps 7 pieds d’eau que la Rigole lui fournit » (200 toises = 400 mètres, 7 pieds = 3 mètres). Prévu comme bassin de régulation, il avait l’inconvénient de se combler trop vite d’alluvions et fut abandonné avant 1750.
La visite du site n’a rien de spectaculaire, seule une vue aérienne peut rendre compte vraiment de l’ingéniosité de Riquet et de l’ampleur de son projet. Malgré tout, surtout en cette journée où il est prévu que le mercure grimpe au-delà des quarante degrés au thermomètre, la promenade est pleine de charme sous les frondaisons.

naurouze vue aerienne

alléé platanes 1allée platanes 2

De nombreux panneaux didactiques renseignent sur l’histoire et la technologie du lieu. Une rigole longeant le bassin permet d’en saisir sa forme octogonale. Depuis longtemps abandonné et comblé, il est aujourd’hui recouvert d’une pelouse traversée par une magnifique allée rectiligne de platanes bicentenaires épargnés, croisons les doigts, par le chantre coloré, joli nom d’un moche champignon microscopique Ceratocystis platani qui s’attaque exclusivement aux platanes en pénétrant en leur cœur et en bloquant leur sève. Malgré les mesures de prophylaxie mises en place, la maladie gagne ailleurs malheureusement du terrain. Afin de limiter les risques d’une autre épidémie de grande ampleur à l’échelle du canal, on a procédé à la sélection de plusieurs essences d’arbres et leur plantation, parmi lesquelles le chêne chevelu, arbre résistant et de hauteur comparable au platane.

panneau ouvrage 2panneau ouvrage alimentationBief 1Bief 2bief de partage carte postale2026-01-12 à 16.08.01

Après une dizaine de minutes de marche, nous atteignons un point culte du site : le bief de partage. Une plaque commémoratrice marque l’endroit. Puisqu’on se trouve au point culminant, une fois le bief de partage rempli, l’eau peut se déverser par gravité de chaque côté dans une direction opposée. Une certaine émotion nous saisit en ce lieu bucolique, ce n’est pourtant que de l’eau à voir, de l’eau douce, tranquille comme un miroir, l’eau du canal prend tout son temps, elle n’a que ça à faire, d’ailleurs dans quel sens coule-t-elle.
Nous poursuivons notre promenade jusqu’à la première écluse en direction de Toulouse baptisée écluse de l’Océan. Surprise, sur la maison de l’éclusier, est fixée une plaque commémorative pour Thomas Jefferson président des États-Unis de 1801 à 1809, au nom de l’amitié franco-américaine (un peu fracturée en ces temps trumpistes !). Sa présence ici se justifie sans doute par le voyage en barque qu’il effectua sur le Canal Royal du Languedoc, de Sète à Toulouse, en mai 1787, à l’époque où il était ambassadeur en France.

france-canal-midi-seuil-naurouze-ecluse-hopenroute 2

ecluse de l'ocean Jefferson 2026-01-12 à 15.46.52

Grand amateur de vin, Jefferson fit de nombreuses escales œnologiques lors de son périple en douce France et ses terroirs. Á cheval, il visita Vosne-Romanée, Nuits, Beaune, Montrachet, Meursault, Pommard, Volnay. Moins prestigieusement, lors de sa croisière sur le Canal, il commanda 250 bouteilles de Frontignan et apprécia le Rivesaltes et la blanquette de Limoux. Je passe sur ses émois quand il approcha de l’océan.
Alors que Donald Trump lorgne avec insistance sur le Groenland, il est cocasse de se rappeler que l’amour de Jefferson pour notre pays le poussa à acheter la Louisiane, alors colonie française depuis le règne de Louis XIV, au Premier Consul Napoléon Bonaparte en avril 1803.

Platanes

Nous rebroussons chemin en empruntant cette fois la superbe allée de platanes. C’est presque une invitation à un pique-nique sur la pelouse. Inévitablement, je pense à Nougaro et son Déjeuner sur l’herbe impressionniste :

« Tous les deux, on déjeunait sur l’herbe
Et moi j’en avais fumé un peu
À travers mes paupières entrouvertes
L’air bleu
Ton visage à l’envers sur ton buste
Un baiser que tu me donnes à boire
À se croire dans un tableau d’Auguste
Renoir
Un chardonneret qui sifflote
Dans l’eau, un bouchon qui flotte
Ma plume qui pêche à la ligne
Un vers insigne… »

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Désolé Claude mais ce midi, les enfants nous attendent à quelques centaines de mètres de là, au port du Ségala (seigle en occitan), hameau de la commune de Labastide-d’Anjou.
Calme, modestie et volupté, cet endroit au nom pompeux de port est un havre de paix, loin et pourtant si près du fleuve autoroutier. L’autan dort aujourd’hui. Des cyclistes séduits par son authenticité font halte.

Segala pontSegala canalSegala relais 2

relais Riquet 3

Nous avons rendez-vous au bord de l’eau sous la tonnelle du Relais de…Riquet labellisé bistrot de pays. Nous nous installons en toute confiance tant nombre de clients semblent être des habitués, s’ils viennent et y reviennent c’est que … D’ailleurs, nous en connaissons un avant-goût depuis la semaine précédente, les jeunes ayant commandé ici le cassoulet maison qu’ils emportèrent en Ariège. Rien que de l’écrire, j’en ai encore l’eau (verte du canal du Midi) à la bouche. Ce cassoulet, spécialité nationale de Castelnaudary tout proche, mijoté et généreusement servi dans une vraie « cassole », gratiné en surface, les haricots onctueux, enchanta notre table dans la douce chaleur d’une nuit d’été.
« Aussi fédérateur, aussi consensuel que le couscous ou la paella, un bémol à la lutte des classes, aux guerres de Religion, aux querelles intestines » (Petit éloge amoureux du canal du Midi, Alain Leygonie). J’ai vainement tenté de défendre les vertus du haricot tarbais** de la belle-famille ariégeoise, mais on ne jure ici que par le lingot de Castelnaudary, un trésor de haricot blanc ivoire cultivé dans la région depuis trois siècles. Des concours du meilleur cassoulet sont organisés. Le comble, à une lieue du relais, au bord du canal, depuis quatre générations de potiers, la famille Not façonne à la main les « cassoles », ces récipients rustiques en argile cuite qui ont donné leur nom au plat dans lequel il mijote.

Cassoulet concours

Cassoles

Ce n’est pas l’envie qui me manque mais la raison l’emporte en ce midi brûlant, je porte mon choix sur des filets de rougets rôtis sur des croutons de tapenade noire puis une délicieuse mousse au chocolat à l’ancienne. Dans une précédente vie, l’aimable patron fut sommelier et, à l’issue du repas, il nous fait une visite commentée de sa cave, une sélection de vins aussi courtois que raisonnables par leur prix, à rendre fou Thomas Jefferson.
L’heure tourne, il est temps de reprendre la route vers Toulouse … Lautrec ! Belle surprise pour achever la balade, de l’autre côté du canal, sur l’aire d’autoroute de Port-Lauragais, on croise Nougaro implorant sur sa signature.

Nougaro port lauragais .jpg - copie

Nougaro Port-Lauragais 1

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ASSEZ ! L’homme aux semelles de swing évoque les malheurs du monde, et notamment une petite fille en feu dans un village en pluie de napalm, au moment de la guerre du Vietnam. Sa chanson créée en 1980 est tristement d’une éternelle actualité. « Il serait temps que l’homme s’aime/Depuis qu’il sème son malheur/ Il serait temps, il serait l’heure ». ASSEZ ! SUFFIT !
N’est pas cours d’eau qui veut. Bâtir un canal qui projetait de fraterniser avec un fleuve aussi chargé d’histoire que la Garonne n’était pas à la portée du premier venu, sinon Pierre-Paul Riquet, fermier des gabelles, natif de Béziers. Décédé le 1er octobre 1680, il ne connut pas, à quelques kilomètres près, l’achèvement de son œuvre pharaonique. Après quinze ans de chantiers employant jusqu’à 12 000 ouvriers, le Canal Royal de Languedoc fut inauguré le 15 mai 1681. Vauban poursuivit son amélioration entre 1686 et 1693. Il fut renommé canal du Midi par les révolutionnaires en 1789. Á partir de 1856, le canal latéral à la Garonne qui double la Garonne de Toulouse à Bordeaux, prolongea le canal du Midi pour en faire une voie navigable de l’océan Atlantique à la Méditerranée, l’ensemble constituant le canal des Deux Mers.
Les prouesses techniques s’y succèdent avec notamment la réalisation d’ouvrages novateurs, tel le réservoir de Saint-Ferréol près de Revel, le pont-canal de Répudre, le tunnel de Malpas, l’écluse octuple de Fonseranes près de Béziers que j’eus l’occasion d’évoquer dans un des premiers billets*** de mon blog. Le Canal du Midi, c’est 240 kilomètres de long de Toulouse à l’étang de Thau près de Sète, 63 écluses, 126 ponts, 55 aqueducs, 7 ponts-canaux, 60 000 platanes plantés sur les berges. Vertigineux ! Mais la clé de voûte du projet de Riquet fut le procédé qu’il imagina et réalisa pour capter et réguler les eaux de la Montagne Noire.
En étant inscrit désormais au Patrimoine mondial de l’humanité, son canal bénéficie, au XXIème siècle, d’un important essor touristique.

statue Riquet

Je retrouve la Garonne à Toulouse. Voguons vers l’océan encore un instant avec Léo Ferré :

« J’étais un grand bateau descendant la Garonne
Farci de contrebande et bourré d’Espagnols
Les gens qui regardaient saluaient la Madone
Que j’avais attachée en poupe par le col
Un jour je m’en irai très loin en Amérique
Donner des tonnes d’or aux nègres du coton
Je serai le bateau pensant et prophétique
Et Bordeaux croulera sous mes vastes pontons… »

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*http://encreviolette.unblog.fr/2014/10/05/les-chevaliers-cathares-pleurent-doucement-au-bord-de-lautoroute/
http://encreviolette.unblog.fr/2009/04/27/au-coeur-du-pays-cathare-le-trail-des-citadelles-2009/
**http://encreviolette.unblog.fr/2009/10/08/cest-pas-la-fin-des-haricots-tarbais/
*** http://encreviolette.unblog.fr/2008/11/19/les-ecluses-de-fonseranes-herault/

Publié dans:Ma Douce France |on 16 janvier, 2026 |3 Commentaires »

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