Ici la route du Tour de France 1960 (2)

Pour revivre les premières étapes :
http://encreviolette.unblog.fr/2020/08/09/ici-la-route-du-tour-de-france-1960-1/

Heureux qui comme vous, cher lecteur, faites un beau voyage sur les routes du Tour 1960 ! Je vous avais quitté dans mon précédent billet pour humer la douceur angevine chère au régional de l’étape Joachim du Bellay
Mon vénéré Antoine Blondin s’était-il grisé immodérément de cabernet d’Anjou, je n’ai jamais trouvé trace dans ses chroniques, celle consacrée à l’étape Lorient-Angers.
Bien lui fit, car je le retrouve au meilleur de sa forme littéraire sur la route de Limoges, terme de la huitième étape :
« Le lecteur de Jean Giraudoux se sent plus ou moins citoyen de Bellac, où cet écrivain est né, où son œuvre aérienne plonge de fécondes racines. Découvrir cette ville aux trousses du Tour de France, mettre un nom sur un rêve, lui donner un visage et un corps dans une circonstance qui appelle les sites, les pierres et les êtres à votre rencontre, c’est la tenir un instant dans le creux de la main, même si la main passe. Bellac promise était hier Bellac offerte. En retour, nous lui avons donné un spectacle qui eût enchanté Giraudoux, celui de quatre Allemands attardés à plus d’un quart d’heure de la troupe, fragment isolé de la fresque qui prenait les proportions de l’allégorie.
Dans Siegfried et le Limousin, Giraudoux imaginait le destin d’un ancien combattant français de la guerre de 1914, devenu amnésique sur le champ de bataille, et qui se réveille Allemand dans l’hôpital d’outre-Rhin où il a été évacué. On trouve là un des thèmes chers à l’auteur, celui du départ à zéro, du changement de peau, de la réincarnation dans celle d’un autre, thème de l’évasion et de l’ambition qu’éprouve parfois l’homme de se virginiser. Ainsi dans Les Aventures de Jérôme Bardini, qu’il ne faut pas confondre avec Baldini, le héros décide-t-il un beau matin de quitter son foyer, de dépouiller toute expérience antérieure, pour que sa vie redevienne une page blanche.
On peut s’évader par l’arrière aussi bien que par l’avant. Quand Baldini, personnage d’un Girodur qu’il ne faut pas confondre cette fois avec le Bardini de Giraudoux, eut donné un coup de fusil qui fit éclater le peloton au ravitaillement de Loudun, on releva, dans une jonchée de musettes et de bidons abandonnés, un malheureux combattant étendu les bras en croix sur le bitume, qui prétendait s’appeler Lothar Friedrich et, à certains signes, on crut reconnaître qu’il appartenait à l’équipe d’Allemagne. Au demeurant, trois camarades rangés sous cette même bannière (Reinicke, Jaroszewicz, Donicke ndlr) s’empressèrent de ralentir, si l’on peut dire !, pour l’entraîner dans cette patiente rééducation que constitue un retour au sein du peloton. Tomber, c’est aussi une façon de faire peau neuve.
L’affaire semblait banale, on s’en désintéressa. Beaucoup plus tard seulement –dans la Marche on aurait facilement l’esprit de l’escalier- le souci de Friedrich revint nous habiter. À quelques vingt minutes derrière les gens de la troupe, il pédalait le nez au vent avec ses compagnons en file indienne, comme les joyeux peintres cascadeurs de l’affiche Ripolin. Son désenchantement de la course était tel que ses roues ne semblaient plus tourner sur le sol : il n’avançait que parce que la Terre tourne, comme s’il se fût trouvé sur un gigantesque home-trainer qui emportait dans son mouvement le paysage et les individus. Or ce manège l’appelait irrésistiblement vers Bellac et j’eus la révélation que nous étions tout simplement en train d’assister au retour de Siegfried.
Sans doute ne parlait-il pas encore la langue maternelle, mais une grande déchirure s’ouvrait dans sa conscience, et d’obscurs signes de reconnaissance lui sautaient aux yeux. Je le voyais épeler les ruisseaux, tutoyer les châtaigniers, feuilleter des hameaux où l’on pourrait se marier, être heureux et avoir beaucoup d’enfants. Ce que nous prenions pour du renoncement, c’était déjà l’éveil d’une vocation débonnaire de député radical-socialiste dans la tradition de la bonne époque, et s’il baissait souvent la tête, c’était pour rechercher l’empreinte des pas d’un écolier. Puis il se redressait pour répondre au salut de la pharmacienne sur son seuil et il retrouvait dans le chronométreur chargé de lui annoncer les écarts son vieil ami le contrôleur des poids et mesures. Ses pédales lui devenaient des pantoufles. Il était rendu, soit ! mais il était rendu chez lui, ce qui n’est pas si mal …
… Le beau navire du souvenir a levé l’ancre, Siegfried est redevenu Lothar Friedrich. »
Après la lecture de cette chronique, vous aurez compris pourquoi je ne suis pas près de « limoger » Antoine Blondin. Imaginez sa performance littéraire exceptionnelle qui en faisait le maillot jaune des suiveurs du Tour.

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En ce temps-là, il n’y avait pas de wifi, 4G et encore moins de Wikipedia ! L’Antoine, assis à l’arrière de sa « résidence d’été », la voiture rouge n°101 du journal L’Équipe, puisait dans son immense érudition les éléments qui pourraient faire une chronique vivante d’une étape éventuellement monotone.

Angers Limoges côte de Brissac

Pour les archivistes, au 106ème kilomètre, juste après Noiron, Bernard Viot de l’équipe Paris- Nord déclencha les hostilités entrainant la réponse immédiate de Rohrbach, Pambianco, Everaert suivi avec un léger temps de retard par Mahé et Battistini. Ces six coureurs creusaient rapidement l’écart, juste rejoints avant Fleuré par Defilippis, Milesi et Mastrotto.
À deux kilomètres du Parc des Sports de Limoges, Graziano Battistini, déjà victorieux la veille à Angers, tentait la belle avec son coéquipier Nino Defilippis qui le devançait au sprint.
Pambianco, troisième, complétait le succès des Ritals.

Batistini Defilippis à LimogesVersion 2

Dans les compte-rendus de l’époque, je repère quelques propos sibyllins : « Les longues lignes droites où l’ombre est aussi rare que les pilules dans les poches de Graczyk … »
Encore à propos du sympathique Popof, César Patapon s’interroge : « Je sais pas si c’est à cause de ses bains de pied ou de main aux herbes, mais je me demande toujours à quel courant électrique il se recharge la nuit…»
C’est cocasse que, justement, nous traversions la ville de Marie Besnard, héroïne sous le nom de « l’empoisonneuse de Loudun » d’un fait divers qui défraya les chroniques judicaires d’après-guerre. « La bonne dame de Loudun », c’était son autre surnom, fut soupçonnée puis inculpée pour le meurtre par empoisonnement de douze personnes dont son propre mari. Menacée de peine de mort, après trois procès, elle fut libérée en 1954 et acquittée par la cour d’assises de Gironde en 1961.
Au XVIIème siècle, le prêtre Urbain Grandier, accusé de sorcellerie dans l’affaire des démons de Loudun, avait été moins chanceux en mourant sur le bûcher en 1634.
On dit aujourd’hui que les rumeurs jouèrent beaucoup dans ces deux histoires. Comme pour Jean Graczyk ?
Dans l’échappée du jour, Jean Milesi, valeureux coureur de l’équipe du Centre-Midi, ne compta pas ses efforts, caressant un moment le rêve fou d’endosser le maillot jaune … si l’écart avec le peloton atteignait un quart d’heure !

Jean Milesi Limoges

Dans Miroir-Sprint, le truculent Abel Michea brossait le portrait dit insolite de ces coureurs régionaux qu’on cataloguait parfois hâtivement et péjorativement de « sans-grade » ou « porteur d’eau ». Ainsi, pour Milesi : « Celui-là il est de la race des percherons. Increvable. Il y a en lui du Mastrotto. Leur accent à tous les deux ajoute encore à leur bonhomie. Celui plus aigu de Milesi donne de la chaleur à tout ce qu’il raconte.
Et ce que Milesi raconte volontiers, c’est son championnat de France militaire. Souvent, dans les pelotons, on rigole avec ces titres : champion de France militaire, champion de France universitaire (mille excuses, Jean Bobet …)
Mais nous sommes bien obligés de vous informer que sa vareuse réglementaire de champion de France des trouffions, Milesi ne l’a pas enfilée devant des « deuxième classe ». Ou plutôt les « deuxième classe » en question en avaient une drôle, de classe !
Imaginez un peu dans le peloton, ce jour-là, il y avait un certain Mastrotto, un Vermeulin, un Geyre, un Delberghe … sans oublier trois gars du B.T.A. 247 de Marseille qui s’appelaient Louis Rostollan, Jean Anastasi et … Jean Milesi.
« Des coups comme ça, on ne les voit pas souvent. Je passe dans un trou : deux roues foutues ! celle de derrière surtout. Y’avait plus qu’à abandonner. Mais la voiture-balai était loin. Alors j’ai dit, faut retourner dans le peloton pour aider Anastasi et Rostollan. Je suis revenu. Personne n’a bougé, on est tous arrivé au sprint. Alors j’ai gagné » »
Vous voyez comme c’est simple ! Du vrai Brambilla ! La roue arrière « enfoncée ». Le retour sur le peloton ? « quand ça rigole … »
Ça n’a pourtant pas toujours rigolé pour Jean Milesi … Surtout qu’il a toujours de drôles de façons –bien à lui- de fêter l’Armistice. Et les jours de pluie, dans le peloton, quand sa jambe droite le fait un peu souffrir, il pense au 11 novembre 1953.
« Ce jour-là, on voulait rigoler, avec un copain. On avait tous les deux une moto, on a fait la course. Rien que pour rigoler … J’ai raté un virage … mais je n’ai pas raté la barrière d’un pont … »
… Milesi ne s’est jamais pris pour un grimpeur. Et pourtant, il est né à Digne, une des « têtes de pont » des grandes étapes alpestres du Tour.
Mais Milesi vous fera remarquer que si Digne est bien dans les Alpes, c’est surtout dans les Basses-Alpes (aujourd’hui Alpes-Maritimes ndlr) ! Ces Basses-Alpes qu’il n’est pas prêt d’abandonner. Ça sent trop bon le Pagnol ! Car Pagnol, c’est un … personnage à la taille des Brambilla, des Milesi.
Et si notre bas-alpin ne court pas les cinémas, il fait une exception pour les films gais et joyeux. Pour le reste, eh bien il y a de quoi s’occuper … Le magasin de cycles de papa Milesi est là pour meubler les journées d’hiver.
Pas tant que la 203 ! Parce que Milesi, malgré son accident de moto, n’a pas perdu le goût de la vitesse. Et au volant de sa voiture, il est heureux. Sans doute, à ce moment, rêve-t-il davantage à Stirling Moss qu’à Jacques Anquetil.
Pour le moment, la seule 203 qui l’intéresse est la 203 blanche dans laquelle se dresse, à longueur d’étape, son directeur sportif Adolphe Deledda : « Celle-là moins qu’on la voit, mieux ça vaut … À part au ravitaillement, bien sûr … » »
En écrivant ces lignes, il me revient une anecdote, c’était dans ces années-là, peut-être même celle-ci, du temps où l’on pouvait encore manger de la viande limousine à Limoges ! Avec mes parents, nous avions fait un arrêt buffet … de la gare de la cité de la porcelaine. Et qui déjeunaient à une table voisine ? Anquetil, Darrigade, Graczyk, Stablinski et Nencini, sans doute en route pour un critérium d’après-Tour, peut-être qui sait à Felletin ou à Chaumeil pour le Bol d’Or des Monédières*. Le selfie n’existait pas à l’époque et j’étais trop timide pour quémander un autographe.
Comme chaque soir, la caravane publicitaire a animé la ville-étape, aujourd’hui, au Champ de Juillet. La marque Butagaz offre aux Limougeauds un spectacle de music-hall avec Dario Moreno (Si tu vas à Rio ♪), la populaire chanteuse canadienne Aglaé et l’accordéoniste Robert Trabucco et son orchestre.
Explosif ! Comme la chronique de Blondin sur la route de Bordeaux, si j’en crois l’intitulé : « Le pyromane est dans le peloton » !
« Après la Flandre, la Normandie, la Bretagne et l’Anjou, la Gironde a connu la visite du dangereux maniaque dont les exploits ne cessent de défrayer la chronique.
« Il y a le feu dans le peloton ! s’écria quelqu’un peu avant Brantôme. Si vous ne vous dépêchez pas, tant pis pour vous ! Effectivement, de nombreux témoins purent constater que le peloton s’était transformé en cordon Bickford (mèche, inventée par William Bickford, permettant la mise à feu à distance d’un explosif). Le sinistre, aidé par un fort Van Est, se communiquait aux Beuffeuil et prenait des proportions considérables… »
J’interromps Blondin pour préciser que quatre coureurs, le français Jean Graczyk, le régional du Centre-Midi Pierre Beuffeuil, le hollandais Wim Van Est et le belge Martin Van Geneugden, qui ont faussé compagnie au peloton, possèdent plus de 12 minutes d’avance au 160ème kilomètre, autant dire que le sympathique Popof est en passe de troquer son maillot vert pour la tunique jaune.
À toi Antoine : « La France entière, partagée entre la terreur et l’admiration pour l’impunité avec laquelle le personnage se glisse en les mailles du filet, se pose aujourd’hui deux questions : Jusqu’où ira-t-il ? Comment s’y prend-il ? s’il n’est pas en notre pouvoir de répondre à la première, il apparaît en revanche avec certitude que le pyromane allume les brasiers en faisant feu des quatre fers. Il choisit par préférence de s’attaquer aux maillots de couleur jaune qui dépassent les pelotons cyclistes et qui sont, comme chacun sait, des tuniques de Nessus dont les propriétés combustibles se communiquent à qui les endosse.
Un fait, pourtant, n’a pas laissé d’inquiéter les enquêteurs, c’est la déclaration d’un touriste belge, Martin Van Geneugden, qui passait à Brantôme au moment où le sinistre s’amorçait et qui a vu s’enfuir l’incendiaire.
« Son allure », dit-il, me rappelait le bonhomme qui figurait sur la réclame de la ouate Thermogène. Il dansait littéralement et crachait le feu en se battant les flancs. C’était un jeune homme blond vêtu de vert. »
« Et maintenant, tous au charbon ! » Le touriste belge, encore alerte pour ses vingt-sept ans, se garda bien de répondre à l’injonction, car la réputation du pyromane le remplit de frayeur. Et comme on lui demandait s’il pensait que cet appel pût signifier que l’homme en vert jouissait de complicités, il répondit qu’il croyait au contraire que son entourage lui reprochait un certain individualisme. Un point nouveau est donc acquis : le pyromane fait cendres à part.
Ces quelques éléments permettront-ils à l’identification du maniaque de progresser à pas de géant de la route ? Déjà les soupçons se portent sur un coureur blond vêtu de vert qui a été appréhendé hier soir à Bordeaux et interrogé durant plusieurs heures. Il s’agit d’un jeune Berrichon d’origine polonaise, du nom de Jean Graczyk. Le trouble qu’il a manifesté pendant les interrogatoires, ses rougeurs subites, sa confusion ont incité les services responsables à le garder à vue jusqu’à ce matin.
Un faisceau de considérations troublantes, voire de coïncidences suspectes, justifient cette mesure. L’homme habite la Sologne où il a, paraît-il, le coup de feu facile. Il est réputé pour les ravages qu’il exerce dans les garennes et les futaies. En outre, les enquêteurs n’ont pas manqué d’être frappés par les fréquentes absences qui l’éloignent de son domicile.
« Mon foyer est sur la route », devait-il reconnaître. Cet aveu est compromettant … »
Ne prenez pas trop au pied de la lettre les propos de Blondin qui, s’il n’était pas dupe, par admiration pour les coureurs, éludait le problème du dopage par cette superbe répartie : « Peut-on être premier dans un état second ? » Il soulignait tout autant dans sa chronique, le côté baroudeur, combatif, « dynamiteur » de peloton, du champion berrichon.
Le populaire Popof n’était sans doute pas un saint avec ses « plantes », mais n’était pas le diable non plus. Me revient une anecdote confiée par Pierre Chany. Graczyk avait pris la résolution auprès du journaliste de disputer la classique Milan-San Remo, de 1960 justement, « à l’eau claire » comme on disait. Le « doping » n’étant pas légalement répréhensible, chacun « salait la soupe » (avec des amphétamines) en fonction de ses goûts, sa forme, sa classe, ses besoins, sa santé. Pierre Chany l’avait convaincu que son organisme, singulière boule de nerfs, ne supportait pas l’usage de la « charge » et il apparaissait que le Berrichon avait une très bonne chance de gagner la Primavera. C’est alors que dans le Poggio, Chany lui vit les yeux qui lui sortaient de la tête ! À l’arrivée, Popof, échouant à la seconde place, déclara : « Ah ! Pierre, qu’est-ce que je suis con !!! »

Limoges-Bordeaux MDT

À Bordeaux, sur la piste du Parc Lescure, Graczyk termina aussi deuxième derrière le belge Martin Van Geneugden. En 1965, alors qu’il avait arrêté sa carrière, ce dernier avoua « s’être dopé en de nombreuses circonstances et en ressentir encore les effets » en fournissant les dates précises, les noms des produits et les doses ingérées. Il y avait donc deux pyromanes … au moins !
Le p’tit gars de l’Ouest, André Foucher, victime d’une terrible chute et d’une fracture du maxillaire, ne verra pas les Pyrénées.

Limoges-Bordeaux chute FoucherLimoges-Bordeaux chute Foucher MDS

Cette année, pour s’approcher d’elles au plus vite, les organisateurs « soucieux d’amener immédiatement les coureurs à pied d’œuvre, ont purement et simplement escamoté la distance qui sépare les Girondins des Montagnards, mesure qui ne peut choquer que les conventions, plus particulièrement, celle de 1793 ».
Les coureurs ont pris le car à Bordeaux pour rejoindre Mont-de-Marsan, ce qui leur permet d’éviter la longue et monotone traversée des Landes, au grand dam possiblement de quelques suiveurs épicuriens privés de la halte à Villeneuve-de-Marsan, dans la légendaire auberge de Jean Darroze. Adieu foie gras et ortolans ! Malgré tout, à en juger par les images d’archives de l’I.N.A.), la collation matinale dans les arènes du Plumaçon fut à la hauteur de la convivialité landaise.
« La caravane des cinq véhicules entrait dans Pissos, lorsqu’un camion arrivant en sens inverse obligea les chauffeurs à freiner brutalement. Et quelques coureurs de l’équipe de France, dont Mahé, Rivière lui-même, en ressentirent des contusions. Au point que certains en venaient à partager l’opinion de Jean-Jacques Rousseau dans ses « Rêveries d’un promeneur solitaire » : -Le moyen le plus agréable de voyager, c’est d’aller à pied … »
Robert Barran, conteur toujours aussi talentueux, est fier de son « privilège de suiveur du cru » :
« C’était mon rêve d’enfant de voir passer le Tour dans l’Aubisque. Un rêve accessible, puisque né et habitant au pied de cette riante vallée d’Ossau qui conduit aux « Eaux-Bonnes » antichambre du juge de paix à l’apparence faussement aimable. Cette fameuse étape Bayonne-Luchon, fameuse et inhumaine avec les quatre cols d’Aubisque, du Tourmalet, d’Aspin et de Peyresourde. On partait à minuit. Pour nous, enfants, c’était aussi une nuit plus courte. Les yeux rougis de sommeil, nous tenant par la main, sous la surveillance paternelle, nous allions au bourg du village où la modeste côte du Bon-Gerne, avec son pont romain tendu de lierre prenait déjà pour nous les apparences d’un petit col. Il me souvient d’une année ou un touriste routier, un Italien dénommé Gordini, profitant de la somnolence du peloton, avait pris une heure d’avance. Pour disparaître par la suite.

Mont-de-Marsan- Pau arrêt pipi MDT

Duel Nencini-Riviere en Pyrénées ça commence

Cette fois, on abordait le col d’Aubisque dans l’autre sens. Personnellement, je bénéficiais du privilège du suiveur du cru. Chaque coin m’était familier. Aubisque vu de ce côté est déjà rendu plus avenant. Par exception, il ne manifestait pas de colère orageuse, pas de tonnerre dans cette descente après Soulor où la route dessine un filet noir parmi le roc blanchi plongeant quasi verticalement, vers Serrières qui paraît un village du bout du monde. Et même la descente par la Crête Blanche, Gourette la station de ski au-dessus de laquelle les plaques de neige éternelles semblent vous tirer la langue au flanc du Pic de Ger. Puis Ley avec sa petite auberge de montagne à la réputée « garbure catherinette ».
J’ai un attachement particulier au col d’Aubisque. Autant que je me souvienne, c’est le premier col que le gamin de Normandie que j’étais découvrit lors d’un « voyage » (c’en était un à l’époque) avec mes parents. Je devais avoir 6 ou 7 ans, pas plus. Louison Bobet devait avoir remporté un ou deux Tours de France. Collé à la vitre de la 203 familiale (pas celle de Deledda !), j’ouvrais grand mes mirettes. J’essayais de localiser les photographies que j’avais vues dans Miroir-Sprint ou But&Club : « c’est ici que Loroño a démarré, c’est là que Koblet est tombé ! ». Je décryptais les encouragements à la peinture blanche sur la chaussée, à la gloire de certains coureurs. Au diable l’écologie, les prés aux abords du sommet étaient jonchés d’exemplaires de L’Équipe, Sud-Ouest et La Dépêche du Midi abandonnés par le public, le mois précédent. Je « revivais » le Tour !
Excusez-moi Robert Barran : « Une descente pourtant qui produisit son effet. Rivière, qui s’était magistralement faufilé dans le sillage du percutant Nencini, déclarait à Marcel Bidot, sitôt descendu de bicyclette :
– Je vous l’avais dit qu’il descendait moins bien que moi.
« Il », c’était Anglade. »

Mont.de Marsan-Pau jpg

Pour suivre l’infortuné Anglade, je cède la plume à Antoine Blondin :
« Si l’on vous dit que le superbe Lyonnais a éprouvé un mal de chien à maintenir sa position dans le cadre de l’épreuve, ne prenez pas l’expression à la légère. Dans la montée du col de Soulor, Anglade a été mordu par un affreux cabot qu’il a dû traîner sur plusieurs mètres, dans un concert de jappements et d’imprécations, avant d’obtenir une levée de crocs.
Au demeurant, je ne crois pas qu’Anglade eût passé de toute façon une excellente journée, et j’éprouve du scrupule à badiner sur le sort contraire d’un garçon pour lequel j’ai beaucoup d’estime et de sympathie. Mais enfin, il faut bien reconnaître qu’après l’Homme au marteau et la Sorcière aux dents vertes, le Chien-chien à sa mémère ajoute considérablement à la mythologie pathétique de la compétition cycliste, et par là même aux responsabilités assumées par les organisateurs. Or, le règlement n’a rien prévu en cas de molaire.
Cave canem ! Cette apostrophe latine qu’on déchiffre encore sur les ruines de certaines villas romaines et qui signifie (tout bêtement) « Chien méchant », était certes loin de hanter l’esprit d’Anglade lorsqu’il demanda à son mécanicien de lui mettre « 22 dents ». C’était compter sans celles de son agresseur. Le braquet devait rapidement céder le pas devant le braque. Soulor devant Azor, et notre ami se retrouver aux abois dans tous les sens du terme.
J’entends bien que l’incident n’eut qu’un retentissement modéré et qu’Henry Anglade reprendra, demain, le collier. Ce collier, c’est le propriétaire qui aurait dû le tenir. Car il est inadmissible qu’un champion, dans le plein exercice de ses facultés, partage le destin du petit berger alsacien Hans Meister et soit susceptible d’être soumis aux effets débilitants du vaccin antirabique, ou plus précisément, en ces Pyrénées où il connut son rendement maximum, au vaccin anti-Robic.
Aubisque, Aubisque rage ! … »

Mont de Marsan-Pau Rostollan dans soulorMont-de-Marsan-Pau RiviereMont-de-Marsan Riviere sommet Aubisque

Plus sérieusement, après une promenade de santé de 140 kilomètres, la course s’est animée, à la sortie d’Arrens, au pied du col du Soulor, où l’omniprésent Graziano Battistini et le Tricolore Louis Rostollan lancent les hostilités.
Au sommet du Soulor, marchepied de l’Aubisque, l’Italien passe en tête avec 55 secondes d’avance sur Rostollan et l’Espagnol Manzanèque. Au sommet de l’Aubisque, les trois coureurs conservent les mêmes positions sur le groupe des favoris d’où s’est extrait Gastone Nencini qui se lance à tombeau ouvert dans la descente.
Rivière, attentif, ne s’en laisse pas compter et, suivi de Planckaert, « il réussit ce tour de force de rejoindre Nencini que la plongée avait littéralement happé ».
« Il ne me lâchera plus jamais en descente, jubilait le Français, heureux comme un gosse de sa performance. Non, Nencini ne me lâchera plus … »
Après Eaux-Bonnes, Battistini fut rattrapé par Rostollan époustouflant de décision et fermement résolu à abattre un travail de Romain (!) pour Rivière qu’il savait détaché à l’arrière avec Nencini et Planckaert.
On récupère Manzanèque en route, et ce sont six hommes qui filent vers la cité du roi Henri IV, bientôt cinq car Planckaert ralentit pour attendre son coéquipier le maillot jaune Adriaenssens.
À l’arrivée, devant les tribunes permanentes du circuit automobile de Pau, Roger Rivière bat Nencini de justesse au sprint, pour la seconde fois après son succès à Lorient, lui raflant au passage 30 secondes de bonification.

Mont de Marsan sprint de Riviere

Pau-Luchon Rostollan-Riviere

L’Italien endosse le maillot jaune, Rivière est désormais deuxième à 32 secondes, aucun doute, on entame la phase cruciale du Tour. L’Aubisque a bien rempli son rôle de « juge de paix ».
Nul n’est prophète en son pays. À Pau, le Béarnais Raymond Mastrotto ne partageait sans doute pas l’opinion de Jean-Jacques Rousseau (voir plus haut). Et pourtant :
« Il dut en effet terminer à pied, son vélo sur l’épaule. Dans le sprint d’un groupe où figurait un maillot jaune qui ne l’était déjà plus, un maladroit provoqua la chute du « Taureau de Nay » à la grande peur de ses supporters venus en nombre. Et l’on vit ce curieux spectacle, curieux mais pas drôle du tout, de Mastrotto les coudes et la hanche ensanglantés, terminer le vélo sur l’épaule, dans un rictus souffreteux, à la manière d’un coureur de cyclo-cross … »
Je l’imagine pestant avec son accent aussi rocailleux que le gave de Pau : Macarrrrel !

Mont de Marsan-Pau Mastrotto à pied

Cette première étape pyrénéenne nous ayant mis en appétit, on attend donc beaucoup de la seconde, de Pau à Luchon, avec l’ascension des trois autres grands cols, l’enchaînement du Tourmalet, Aspin et Peyresourde.
Quelques heures plus tard, dans le grand hall de l’école du Bois, à Luchon, qui fait office de salle de presse, les journalistes avaient la plume en l’air et les yeux rivés vers le plafond : ils ne savaient par quel bout prendre cette journée pyrénéenne dont on attendait tant et qui, finalement, les inspirait si peu.
Certains historiens du Tour, bien des années plus tard, la résumèrent en un joli titre, « la ballade de Gimmi », clin d’œil à l’émouvante chanson d’Alain Souchon et la cavalcade en solitaire du Zurichois Kurt Gimmi.

Pau-Luchon GimmiPau-Luchon envol Gimmi

Le Suisse avait démarré à Barèges, où le pourcentage de la montée du Tourmalet atteint son degré culminant, emmenant avec lui l’Espagnol Karmany, humant l’air du pays tout proche, et l’inévitable Battistini.
Robert Barran qui connaît bien le coin : « Un deuxième démarrage de Gimmi surprit Battistini et Karmany. Nous remontions alors le vallon d’Escoubous à travers des paysages pierreux. Le Gave cascadait dans un énorme fracas quand Gimmi franchit le pont de la Gaubie. Déjà il était sur le chemin de la victoire.
Au sommet, il précédait Battistini de 1’30’’ et le peloton dit des favoris de 2’5’’. À Sainte-Marie-de-Campan (salut à la forge légendaire d’Eugène Christophe), Gimmi avait toujours deux minutes d’avance au fameux virage alors que s’amorce la montée d’Aspin dans son interminable faux plat.
Sans se soucier du Suisse parti pour passer en tête son deuxième sommet du jour, car il ne semblait pas faiblir, le peloton des ténors reprit sa course au train. Aspin et sa forêt de sapins ne changèrent rien aux positions. Au sommet, Gimmi respirait encore plus librement que dans le Tourmalet.

Pau-Luchon favoris dans Tourmalet MDSPau-Luchon Tourmalet Nencini-RivièrepgPau-Luchon c'est dur Tourmalet MDSPau-Luchon sommet Tourmalet

À Arreau, on n’espérait plus que Peyresourde changeât quelque chose au résultat de cette étape curieuse. Mais un petit incident survint à point pour lui apporter le piment qui lui avait manqué jusque-là. Un petit incident qui devait prendre des proportions sérieuses … »
Une crevaison de Nencini au pied du dernier col de la journée, par exemple ? Même pas, Rivière ne tente rien !
En fait, la descente trop rapide de l’Aspin allait empêcher le directeur technique Marcel Bidot de donner la musette de ravitaillement à son leader Roger Rivière. Le Stéphanois ne put la recevoir que plus tard alors que la fringale le tenaillait déjà. Il se jeta sur le bidon, en engloutit le contenu. Deux kilomètres plus loin, il était pris de vomissements.
Nencini, s’apercevant des difficultés éprouvées par Rivière, passa brutalement à l’offensive à trois kilomètres du sommet de Peyresourde.

Pau-Luchon aspin peyresourdePau-Luchon riviere nencini PeyresourdePau-Luchon Nencini seul dans PeyresourdejpgPau-Luchon Nencini  folle descente

« Quand Gastone Nencini, rompant le régime de haute surveillance où plafonnaient les favoris, échappa à ses geôliers, la caravane se retrouva hantée par l’évocation de Fausto Coppi, dont Nencini a juré en toutes lettres de continuer l’œuvre, en offrant pour la première fois depuis 1952 le Maillot Jaune à l’Italie.
On pouvait en douter au départ de Pau, mais à Luchon, l’affaire prend tournure. Il faut avoir vu dévaler l’Italien pour admettre que celui-ci est sur une bonne pente, étant entendu que les étapes de montagne semblent désormais se jouer sur le déversant. Au « Tu montes, chéri ? » d’autrefois a succédé un « Vous descendez à la prochaine ? » qui présente les caractères d’une intimation vigoureuse dans le métro de six heures. Le champion transalpin n’attend pas l’ouverture des portières, il saute en marche.
Et tout confirmait hier soir que si Gimmi n’a pas la mémoire Kurt, le propos de Nencini sur le tombeau de Coppi n’est pas une promesse de … Gaston. »
On reconnaît bien ici les calembours, un genre dans lequel excelle Blondin.
Au final, dans la ville chère à Edmond Rostand, Rivière, défaillant, n’accuse sur Nencini qu’un débours de 1 minute et six secondes. Un moindre mal !
Mais si j’en crois Jean-Paul Ollivier qui écrivit quelques années plus tard un livre sur le champion français, l’inquiétude de Rivière dépasse largement des maux d’estomac causés par un melon trop frais (!!!) « En vérité, les tempêtes se passent sous le crâne de Roger Rivière. Ce qu’il n’ose avouer, c’est la crainte viscérale que lui inspire Nencini. Le coureur florentin, puissant, équilibré, inébranlable, jouissant d’une éclatante santé, constitue une forteresse difficilement prenable et Rivière s’interroge.

Pau-Luchon Nencini homme à abattrePau-Luchon Riviere à bout de forces

Ce soir-là, Roger s’est rapproché de Julien Schramm, autre soigneur de l’équipe de France. Ce dernier jouit de la fallacieuse réputation de savoir « préparer » les hommes. « Ses médications, susurre-t-on dans le milieu, redonnent vie aux mourants ! » C’est dire. Roger Rivière a besoin de s’appuyer sur ce côté illusoire des choses, ce côté qui a été la cause de son divorce avec l’excellent professionnel qu’est Raymond Le Bert.
Rivière et Schramm, ce soir-là, dans une petite chambre du Grand Hôtel de Luchon, ont conclu un pacte avec le diable. Schramm a ouvert son armoire à pharmacie et Rivière y croit.
Marcel Bidot, sans penser occasionner le moindre dérangement, frappe et entre dans la chambre. Il a le temps d’apercevoir toute la panoplie dont il redoute les effets. Lâchement, il referme la porte et regagne sa propre chambre, tristement ému et songeur. Bien entendu, tout se passe dans le dos de Minasso, le soigneur attitré, le confident du champion. Bidot pense que Rivière agit mal.
Le recordman du Monde de l’heure, apaisé par son secret mais faux espoir, va passer une bonne nuit.
Avant de quitter le « soigneur-miracle », il lui a dit : « Tu comprends, Julien, il faut que je fasse sauter ce rital ! »
Rendez-vous est pris dans les petits cols des Cévennes. »

1960-07-04+-+Miroir+Sprint+-+735A+-+02

En ce temps-là, le parcours de la douzième étape n’évoquait rien pour moi. Le destin voulut que, deux décennies plus tard, ces lieux me deviennent familiers, y compris à vélo : le type même d’une étape de transition si ce n’est le court mais tellement traître col du Portet d’Aspet, surtout abordé par ce versant.

Luchon-Toulouse Nencini Portet d'Aspet mDSLuchon-Toulouse Graczyk dynamiteur

« Que ce maillot vert est une précieuse chose ! Graczyk le porte sur son dos avec l’impression pénible qu’on peut le déshabiller à tous moments. Le Solognot vit constamment sous le bénéfice du sursis. Et il calculait :
– Ah ! Toutes ces étapes de montagne qui viennent ! Il me faudrait gagner à Toulouse. Avec dix points de plus je respirerais un peu.
Ainsi, dès le départ de Luchon, les communiqués se succédaient identiques : tentative du n°48 Graczyk. Au Pont de Chaum, profitant de l’étirement du peloton, sur ce pont étroit où l’on franchit la Garonne, alors que les footballeurs Pleimelding et Dereuddre faisaient aux coureurs des signes de reconnaissance, Graczyk démarra. Il recommença dans la descente sur Juzet-d’Izaut parmi les hêtres d’où les faînes pendaient en grappes. Mais Graczyk était très surveillé. Il en prit son parti …
… On riait en grimpant le col des Ares. Un col, c’est beaucoup dire ironisaient plus d’un. D’ailleurs voyez, c’est Darrigade qui est passé en tête. Et Louis Caput, le sprinter, qui une année se piqua de lutter pour le Grand Prix de la Montagne, devait en frémir d’aise. Plus d’un pouvaient se retourner, jeter un dernier regard sur cette vallée du Comminges que l’on allait quitter, toute étayée par ses toits de briques rouges tranchant sur le vert du feuillage. Il n’y a plus de Pyrénées, entendait-on. Mais le Portet d’Aspet lui, attendait au virage. Dans la gorge boisée aux tournants verticaux, le brouillard bouchait tout l’horizon. Alors le Belge Planckaert fonça. La bataille était déclenchée. Planckaert sauvait l’honneur des Belges qui venaient de perdre Janssens, le vainqueur de Bordeaux-Paris, Hoevenaers l’animateur du Giro et Brankart l’éternelle déception. Accompagnant Planckaert, un personnage à l’œil vif et au coup de pédale nerveux. C’était l’Allemand Junkermann. Celui que Anglade a désigné comme l’outsider n°1… » (Robert Barran, Contes de la Grand’route)

Luchon-Toulouse Junkermann et Planckaert MDS

La course poursuite fit rage dans la longue descente dans la pittoresque vallée de la Bellongue.
« Lorsqu’après Saint-Girons, on veut regagner la vallée de la Lèze qui conduit tout droit sur Toulouse, et où nous avons salué, au passage, les premiers blés moissonnés, il faut franchir le chaînon du Plantaurel. La pluie giclait au visage après que, en tête quarante hommes se fussent regroupés. Un panneau annonçait la grotte du Mas d’Azil. Cette grotte est devenue un défilé où sous le rocher préhistorique, l’Arize se fraye un tumultueux passage. La modernisation des lieux, l’éclairage avaient mis en confiance nos coureurs qui s’engouffrèrent dans ce tunnel naturel de plus de quatre cents mètres à tombeau ouvert, c’est le cas de le dire. Lequel d’entre eux glissa le premier ? Il est bien difficile de le savoir. Mais vingt hommes se retrouvèrent sur l’asphalte aux gravillons baignés d’eau. Dans un bruit de ferraille cassée, amplifiée par l’écho, Henry Anglade, un trou à la tête, s’en releva particulièrement atteint et tous les autres en gardèrent les traces sur leur corps

Luchon-Toulouse chute Anglade MDSLuchon-Toulouse chute AngladeLuchon-Toulouse Anglade à hôtel chute MDS

Quarante hommes en groupe. Le premier sprint massif de ce Tour 1960 sur l’anneau rose de la Cité Rose. Ils étaient tous là, les rois de l’emballage. Tous qui durent s’incliner devant un Graczyk éblouissant. »

Luchon-Toulouse Graczyk chute et sprint mDSLuchon-Toulouse Graczyk

La treizième étape, longue de 224 kilomètres, conduit les coureurs de Toulouse à Millau, par les routes accidentées de la Montagne Noire et du Causse du Larzac, propices aux offensives de baroudeurs.

Toulouse-Millau lumière languedocienneToulouse-Millau 5 échappés sur  Larzac

Il y en a au moins cinq, les Tricolores Pierre Everaert et Robert Cazala, l’Espagnol Fernando Manzanèque, l’Italien Roberto Falaschi et le Belge Louis Proost qui, dès le 28ème kilomètre, déclenchent une échappée qui laisse indifférent le peloton et … Antoine Blondin.
Jacques Augendre, un autre grand journaliste sportif, assis dans la voiture de L’Équipe aux côtés de Pierre Chany et d’Antoine, nous raconte l’anecdote :
« Il (Blondin) s’endormit du sommeil du juste, terrassé par une nuit trop courte et un breakfast trop riche. Avant le départ, nous avions rendu visite à Kléber Haedens qui nous avait servi en guise de petit-déjeuner un plateau de cochonnailles précédé d’un pousse-rapière, et une omelette aux cèpes arrosée d’un Madiran.
Antoine fut réveillé en sursaut par le klaxon des voitures. L’immense Emmanuel Busto effectuait un époustouflant retour sur crevaison, sous l’œil admiratif de Chany. « Fabuleux Busto ! » s’exclama Pierre, tout joyeux de chambrer Jacques Goddet qui usait et abusait de cet adjectif.
Or, à cet instant précis, nous abordions le col de Lafontasse, signalé par un panneau routier.
– « Les fabuleux de Lafontasse », murmura Blondin d’une voix pâteuse. Il avait trouvé par hasard le titre de sa chronique en forme d’alexandrins qui commençait ainsi :
« Un jour, sur pédalier, allait, je ne sais où,
Le Busto au long bec, emmanché d’un long col … »

Fabuleux Blondin !

Toulouse-Millau fabuleux Busto

Toulouse-Millau descnte du col de SiéToulouse-Millau montée Causse LarzacToulouse-Millau abandons Privat Colette

De son côté, aux abords de La Cavalerie, Pierre Chany, sous le pseudonyme de Jacques Périllat aux propos plus engagés dans les colonnes de Miroir-Sprint, ne manqua pas de souligner :
« Les journaux insistèrent sur les paysages désertiques des causses du Larzac, et sur le dépeuplement de la contrée. En fait, la population du Larzac a singulièrement augmenté depuis trois ans : 3 000 Algériens assignés à résidence dans un camp perdu du plateau sont venus l’habiter. On ne les a pas vus sur le passage du Tour. »
Information nullement étonnante de la part de ce remarquable journaliste patriote et citoyen qui, arrêté et emprisonné en décembre 1943, s’évada et rejoignit les FTP (Francs-tireurs et Partisans) !
Années sombres de la guerre d’Algérie, à la fin des années 1950, le gouvernement avait décidé d’enfermer des prisonniers algériens à La Cavalerie. Ce camp, il y en avait quatre en métropole, était presque totalement réservé aux Français musulmans d’Algérie, l’enjeu pour les autorités étant de « franciser ces Algériens de l’hexagone suspectés de connivence avec le Front de Libération Nationale algérien » (FLN). Les conditions de détention étaient particulièrement difficiles, chaleur et froid pouvant être très intenses sur le causse : une sorte de Guantanamo avant l’heure !
Assurés de la réussite de leur entreprise, vient l’envie à chacun des cinq coureurs de tête, de tenter individuellement sa chance : Proost dans le col de la Bassine, puis Manzanèque vers le Larzac, enfin Robert Cazala qui compte 1 minute d’avance devant la vieille forteresse des Templiers de La Cavalerie. Cazala n’a plus qu’à dégringoler du Causse pour rejoindre Millau, il applique la consigne trop littéralement… et dérape dans un virage. Derrière, Battistini, toujours aussi intenable, se rapproche dangereusement.
Blondin est bien réveillé :

« … L’arbre tient bon, le roseau plie
Mais cela je crois bien vous l’avoir déjà dit
Le vent redouble quoi, ce vent qui fait fureur
Emmène Cazala à cinquante ‘cinq à l’heure ,
C’est du propre. Et l’on voit l’arbre qui tenait bon
Tenir encore à perte de vue à l’horizon
Semblable au fond d’une culotte rapiécée
Et l’on voit tant de choses que c’en est assez
Le peloton revient et il faut en finir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Rien ne sert de courir, il faut partir, attends !
Le reste des coureurs vous tombe sur le râble
Pour la lettre à la Proost, il est toujours temps. »

Toulouse-Millau chute Cazala MDSToulouse-Millau Lumières MDT

Vous avez compris que c’est le Belge qui l’emporte au sprint sur la piste en cendrée du nouveau Parc des Sports de Millau. Battistini s’installe en quatrième position au classement général.
C’est journée de repos dans la cité du gant, du moins pour les coureurs, car les journalistes vont à la pêche aux échos, notamment Robert Barran qui pour ses prochains Contes de la grand’route, se dirige vers Roquefort où l’équipe de Belgique a élu résidence :
« Ces Belges qui malgré le succès de Proost, montraient surtout de la mauvaise humeur. On avait réussi à réunir les deux leaders, Adriaenssens celui de la chaleur et du soleil, Planckaert celui de la pluie et du froid. Ce ne fut qu’un bref instant, Adriaenssens-le-têtu et Planckaert-le-bourru allèrent s’enfermer dans leurs chambres. Il nous fallut l’aide plus aimable de Van Aerde, l’athlétique sprinter aux cheveux frisés, pour obtenir une pause en compagnie de Proost, Desmet et Pauwels devant l’enseigne fameuses des Caves de Roquefort.
Quelques arpents de terre agrippés aux éboulis d’une falaise. Quelques maisons d’ailleurs fort cossues, tranchant par leur modernité avec les vieilles et pauvres constructions des pays environnants. C’est Roquefort, sur le rocher du Cambalou avec son belvédère d’où le regard embrasse dans un vaste panorama, les Causses, la Montagne Noire et le massif de l’Aigoual à la croupe arrondie.
Georges Ronsse nous disait : « Bien sûr, Adriaenssens et Planckaert peuvent encore gagner le Tour. Tout n’est pas perdu.
Mais il nous semblait déceler un manque de conviction dans le langage du directeur de l’escadron belge. Et, ce terme de perdu indiquait qu’il n’y avait pas une ferme intention de vouloir, de savoir gagner. Alors, quittant ces Belges hermétiques et renfermés, nous avons visité les caves de Roquefort.
Sur cette terre avare pousse une herbe riche en arômes dont la brebis fait ses délices, et dont l’homme par l’intermédiaire du fromage, tire ses revenus, en ce coin désert et désertique où ne pousse « ni pied de vigne, ni grain de blé » que la Charte de Charles VI, dès 1411, protégea spécialement. Douze mille tonnes de fromage par an, parfumé par l’haleine de ces champignons microscopiques scientifiquement dénommés « Pénicillium Glaucum » donnant en même temps qu’une saveur fondante et piquante, ces marbrures vertes » … que je dus apprécier plus que de raison lors d’une dégustation dans les caves-mêmes lors d’un voyage avec mes parents.
J’avais alors une dizaine d’années à peine, et, pire que Rivière dans le col de Peyresourde, je fus victime de vomissements sur les routes sinueuses du Causse.
Mon regretté frère, assis à côté de moi sur la banquette arrière, en subit de sérieux dommages collatéraux. Quant à moi, absolument écœuré, il fallut bien deux décennies avant que je ne redevienne d’accord avec le roquefort !
Robert Barran s’est hissé ensuite sur le plateau du Larzac, théâtre de futures luttes :
« La Cavalerie était devenue résidence italienne. Un seigneur de Florence en avait pris possession. Gastone Nencini, c’est de lui qu’il s’agit, y recevait l’hommage de nombreux courtisans. Alfredo Binda son majordome avait revêtu le sourire de circonstance et c’était lui qui s’exprimait en ces termes :
– Gastone n’a jamais été aussi fort. Vous le croyez fatigué par sa lutte du Giro avec Anquetil ? Au contraire, ce garçon est fait pour se battre continuellement. Quelle revanche pour le cyclisme italien serait une victoire sur Rivière dans ce Tour de France. Et franchement, j’y crois. Certes Gastone au foie délicat, peut connaître une défaillance. Mais il me reste Battistini. Cela vous étonne que je parle ainsi. Je m’étonne moi-même, car je n’avais jamais vu en Graziano qu’un bon gregario. La chose est énorme !
Dans sa tournée des popotes, Robert Barran fait un tour par l’hôtel de l’équipe Internations, embryon d’une future européanisation (et même mondialisation) du cyclisme :
« Ils étaient huit personnages fort dissemblables par le physique et le caractère qui s’étaient embarqués vers la même galère battant pavillon : marron et vert. L’un venait de Suède et deux autres du Danemark. Un quatrième représentait la Pologne. Deux Autrichiens et deux Portugais complétaient l’équipage. Et vogue la galère ! Elle vogua si mal, qu’à Millau, il ne restait plus qu’un seul homme à bord. Le petit Autrichien Christian s’en était allé en arrondissant son nez plus que de coutume et Batista, le Portugais velu, chevelu et barbu lui aussi disparut.
Mais s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là ! Celui-là, c’est Barbosa le brun enfant de Coimbra à la discrétion aimable, ambassadeur itinérant du Portugal sur les routes de France. Barbosa se fit un nom en 1956 dans cette même épreuve qu’il termina en dixième position. En ce temps-là, le Portugal avait fait alliance avec le Luxembourg.
– On surveillait Charly Gaul comme le lait sur le feu. Personne ne me connaissait. Alors j’en ai profité.
Barbosa est un habitué de ce que l’on a baptisé la Brigade Internationale du Tour. En 1958, il se classa soixante-quinzième. En 1959, très mauvais souvenir marqué par une fracture du crâne. Et le revoilà seul à représenter les Internationaux au départ de Millau.
Barbosa a reçu sa nouvelle affectation. On l’a rattaché administrativement à l’équipe de Grande-Bretagne, au trio en « on » : Tom Simpson, Brian Robinson et Victor Sutton sous la férule bonasse de Sauveur Ducazeaux.
Trois hommes dans un bateau. C’est le titre du roman d’un fameux humoriste britannique. On en ajoute un quatrième. Et revogue la galère ! Barbosa a retrouvé Robinson un vendredi …
Alors Barbosa fit un petit cours d’Histoire qui nous étonna :
– L’alliance de l’Angleterre et du Portugal est un fait historique très ancien. Alliance séculaire. En l’occurrence, ce fut le mariage d’amour au XIVème siècle d’un de nos rois, Don Juan 1er, séduit par une demoiselle Lancaster. Nous allons renouveler et arroser aujourd’hui ce mariage sous le double signe du whisky et du porto … »

Repos à MillauRepos à Millau 2

Entre épique et épicerie, le chansonnier Jacques Grello met son grain de sel sur la formule à adopter pour les prochains Tours: par équipes nationales ou de marques. On est entré dans la société de consommattion.
« La course cycliste, comme toutes les entreprises humaines (y compris la découverte de l’Amérique) a été inventée à des fins commerciales.
Le tour du monde de Magellan rapporta de l’argent aux marchands d’épices qui l’avaient subventionné. L’épicerie, traitée si méchamment par les littérateurs, a suscité bien des événements semblables plus tard, longuement exploités par ces mêmes littérateurs.
La course sur route en général et le Tour de France en particulier étaient conçus dans ce simple dessein : donner aux gens l’envie d’acheter des bicyclettes.
Quand Antonin Magne était jeune, il courait pour « Alleluia », André Leducq a débuté sur « Thomann », Nicolas Frantz courait sur « Alcyon ». Ce qui fait que tous les garçons, en ce temps-là, rêvaient d’avoir une bicyclette identique à celle de Leducq, Antonin Magne ou Nicolas Frantz. C’était simple et clair.
Mais le Tour de France devint un événement si grandiose qu’un homme ayant le sens de l’épique ne peut se satisfaire entièrement de ce mobile un peu terre à terre. Les équipes nationales furent instituées et l’on mit des drapeaux partout.
Personnellement, je trouvais cela beaucoup plus beau. Le drapeau en tant que tel est un objet magnifique. Un objet qui bouge. Une chose vivante et belle inépuisablement. La splendeur romanesque de la nouvelle mise en scène m’enthousiasma. Le public fut comblé.
Nous quittions le domaine de la rivalité commerciale pour entrer dans l’ère de la lutte idéologique, divertissement pour lequel il y a toujours une clientèle. L’occasion de chatouiller le prurit de chauvinisme que chacun porte en soi était vraiment très belle. Personne n’y manqua.
N’y les Français, particulièrement contents puisque des Français se mirent à gagner le Tour, ni les Belges, moins satisfaits puisque des Belges cessèrent de le gagner, ni les Italiens qui, dans ce domaine, ont l’épiderme d’une sensibilité supérieure à la moyenne.
Au reste, il s’agissait toujours de vendre des bicyclettes. Les choses marchèrent ainsi à la satisfaction générale jusqu’au moment où la bicyclette se vendit moins. Des commerçants ingénieux, jetant les yeux sur une manifestation si retentissante, imaginèrent de faire promener leurs noms par les participants de cette épopée.
Le procédé s’avéra rentable et, de plus en plus, les champions cyclistes sont maintenant chargés de donner aux gens l’envie d’acheter un réfrigérateur, des cafetières ou des chapeaux de gendarme. C’est tout aussi légitime et honorable, mais, pour l’instant, c’est moins clair.
Les firmes s’entremêlant un peu les pédales, je crains que l’acheteur éventuel n’y perde son latin. Ce qui changera moins les choses qu’on ne le croit. Car, en définitive, il ne s’agira pas de savoir quelle est la meilleure lame de rasoir ou le plus beau réfrigérateur, mais quel est le meilleur champion. Comme avant, comme toujours.
Qui que ce soit paie l’addition (j’entends bien : en y trouvant son compte), l’important c’est que Christophe Colomb parte pour l’Amérique, que Magellan fasse le tour de la terre et que Nencini gravisse l’Izoard.
Plus tard, quand tout le monde aura son compte de cafetières, que toute la chicorée sera vendue, nous reviendrons aux équipes nationales.
Je suis pour la formule (quelle qu’elle soit) qui permet que le Tour continue. »
Et Rivière dans tout ça ? « Il « campait » au lieudit Le Rozier, au confluent du Tarn et de la Jonte alors qu’on pénètre en Lozère entre les murailles du Causse Noir et les escarpements du Méjean. Au côté de sa femme à la blondeur souriante, Roger se donnait des airs de pêcheur en vacances, taquinant la truite de belle manière. Il tenait dans ses mains une pièce superbe et ne voulait plus penser au Tour. C’est ce qu’on appelle de la décontraction … »

Rivière repos Millau 1

Vraiment ? Jacques Périllat (alias Pierre Chany) fait une drôle de rencontre :
« L’horloge de la gare marquait onze heures trente du matin. Le hasard, cette providence du journaliste, nous avait conduit sur le quai, devant un train en partance. L’instant du départ approchait quand nous vîmes s’engouffrer dans un wagon un particulier de notre connaissance. Cet homme aux cheveux gris, avec des joues creuses, présentait le visage chiffonné de qui a mal dormi. À la main, il traînait une lourde valise, car les valises sont toujours lourdes au voyageur solitaire. Le premier instant de surprise passé, nous identifiâmes l’individu : Minasso, le soigneur de Roger Rivière, qui abandonnait le Tour et regagnait ses pénates stéphanoises.
La curiosité nous lança dans son sillage, le désir d’en savoir davantage nous rendit indiscret :
– Serez-vous de retour pour la prochaine étape ? lui demandâmes-nous, plus insidieusement.
L’homme nous toisa d’un œil désenchanté, puis il nous répondit en haussant les épaules :
– Certes pas : les trains ne fonctionnent pas encore à l’eau lourde que je sache !
– Et Rivière, qui le soignera désormais ?
– C’est bien là le dernier de mes soucis !
– Un désaccord ?
– N’est-ce pas assez clair ?
Sur cette réponse d’un monsieur agacé, Minasso se cala dans l’angle du compartiment. Un coup de sifflet, une secousse, et le train démarrait…
Nous venions de vivre le dernier épisode d’un drame qui couvait depuis quarante-huit heures et dont nous avions recueilli des échos à Toulouse, la veille, un drame tenu secret par l’état-major de l’équipe de France qui prenait fin sur une rupture entre Roger Rivière et son soigneur. Celui-ci, répudié par le coureur, installé sur la sellette par son entourage, mis hors jeu après deux semaines de course, connaissait le même sort qui fut réservé à René Provost il y a deux ans et à Raymond Le Bert l’an passé. Roger Rivière est un coureur très dangereux, il use un soigneur par saison… »
Vous vous souvenez des vomissements, non pas les miens à Roquefort, mais ceux de Rivière dans le col de Peyresourde. Le soir à l’hôtel, il s’était confié auprès de quelques intimes et … Marcel Bidot :
« – J’ai l’impression que le père Minasso (sic) n’est pas dans le ton pour me soigner !
Le coup était lancé. »
Jacques Périllat démêlait toute l’affaire :
« Dans les chambres fermées à double tour furent tenus des conciliabules secrets : comment faire pour placer Rivière à l’abri d’une catastrophe, le mettre en état de gagner le Tour de France ? On demanderait à Schramm de s’occuper personnellement de sa préparation (alimentation, traitement, soin des blessures. Ce qui fut dit, fut fait …
… Il n’avait pas été facile de convaincre Schramm qui soigne déjà Darrigade et Graczyk, qui s’occupe souvent des coureurs de la marque Leroux-Helyett, et qui accompagna Anquetil lors de sa récente campagne italienne. Le fait que Schramm se mit au service de Rivière ne serait-il pas interprété comme une trahison par Jacques Anquetil ? Les discussions furent longues, Schramm étant un homme honnête, désireux de faire les choses en règle. Quand il fournit son acceptation, le premier acte de l’affaire Rivière-Minasso prit fin. Le second commençait …
Le second acte avait débuté par l’abandon de Colette et Privat sur la route de Millau. Ramenée à douze coureurs, l’équipe de France se trouvait dans l’obligation de renvoyer un de ses quatre soigneurs. Il n’était pas question de sacrifier Sereni qui s’occupe de Henry Anglade, pas question non plus d’éliminer Robert Pons à qui Marcel Bidot porte une grande estime, et pas question de fournir à Schramm, plébiscité par les coureurs, un billet de retour … »
Grâce aux confidences de Pierre Chany-Périllat, livrées à chaud à Millau, je le précise encore, vous en savez sans doute trop !
À l’hôtel de la « Muse et du Rozier », Roger Rivière cogite :
« Le col de Perjuret, c’est là qu’il attaquera. Pour l’heure, il fait un détour vers la chambre de Julien Schramm, devenu officiellement son soigneur. On le voit ressortir avec trois cachets. Des sources dignes de foi indiqueront qu’il s’agit de palfium. Il les tient à la main, enveloppés dans un peu de cellophane. Sans plus tarder, il va les mettre dans la chambre qu’il partage avec André Darrigade pour descendre ensuite retrouver ses camarades pour le dîner …
… En montant se coucher, Rivière lance à son coéquipier François Mahé : « Demain, le Rital, je me le paie ! » »
Un peu sordide tout ça, n’est-ce pas ? Et en écrivant ce billet, je souffre de ce que, gamin, je n’avais pas ressenti à l’époque. Il n’empêche que je voue encore une admiration indéfectible pour ces « forçats de la route » et je vous donne rendez-vous pour le troisième et dernier volet de ce Tour de France 1960.
À suivre…

BD le vélo reprend

Pour décrire ces étapes du Tour de France 1960, j’ai puisé dans les magazines bihebdomadaires Miroir-Sprint et But&Club, dans les numéros spéciaux d’après Tour de France du Miroir du Cyclisme et du Miroir des Sports ainsi que ma bible Tours de France, Chroniques de « L’Équipe » 1954-1982 d’Antoine Blondin aux éditions de La Table Ronde, La tragédie du « Parjure » de Jean-Paul Ollivier (éditions de l’Aurore), La fabuleuse Histoire du Tour de France de Pierre Chany et Thierry Cazeneuve (Minerva), Antoine Blondin La légende du Tour de Jacques Augendre, Jean Cormier et Symbad de Lassus (éditions du Rocher).
Remerciements à tous ces écrivains journalistes, photographes et … coureurs qui, soixante ans plus tard, me font encore rêver.
* http://encreviolette.unblog.fr/2013/12/01/histoires-de-criterium/

Publié dans : Cyclisme |le 19 août, 2020 |Pas de Commentaires »

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