Mon confinement … bientôt le joli (?) mois de mai

Rappel des états d’âme précédents :
http://encreviolette.unblog.fr/2020/03/23/mon-confinement-j8/
http://encreviolette.unblog.fr/2020/03/25/mon-confinement-j10-avec-lassistance-de-cavanna/
http://encreviolette.unblog.fr/2020/03/27/mon-confinement-j13/
http://encreviolette.unblog.fr/2020/04/01/mon-confinement-au-1er-avril/
http://encreviolette.unblog.fr/2020/04/06/mon-confinement-deja-3-semaines/
http://encreviolette.unblog.fr/2020/04/15/mon-confinement-merci-pour-le-rab/

Nous le redoutions à demi-maux bleus depuis quelques semaines. Nous pensions très fort à Christophe pour qu’il revienne. Il nous a donc quitté sur fond de coronavirus même si ses proches n’ont pas souhaité communiquer précisément sur les circonstances de son décès.
Ironie de la vie car c’était pourtant l’homme du confinement absolu, capable de rester cloîtré des nuits entières à la quête d’une note, la note. J’ai lu qu’avec Jean-Michel Jarre, il avait enregistré dans son domicile studio la chanson Les vestiges du chaos (quel titre !) la nuit de l’attentat du Bataclan sans se rendre compte un instant de la tragédie qui se déroulait à l’extérieur.

Christophe Libé

Sans que je sois un inconditionnel du premier cercle, il a accompagné mon existence. C’était un baby-boomer comme moi. Il était déjà présent au temps des premières étreintes. Nous « frottions » (du moins nous essayions) dans les surprises-parties sur Aline, cocasse quand même puisqu’elle était partie. Hervé Villard chantait Capri c’est fini, Michel Delpech parlait de Chez Laurette. C’était bien, c’était chouette : pour des raisons beaucoup plus sérieuses, on appela cette époque insouciante les Trente Glorieuses.

Christophe Bevilacqua

En me replongeant dans ma discothèque personnelle, entre Manu Chao et Julien Clerc, j’ai ressorti trois CD de Christophe dont, peut-être, mon préféré : Le dernier des Bevilacqua. C’était son vrai patronyme d’état civil (et se prénommait Daniel), un nom de héros de polar ou de champion cycliste italien (je me souviens dans ma prime jeunesse d’un prénommé Antonio champion du monde sur piste et vainqueur de Paris-Roubaix !).

« Je suis né là-bas, je suis né là-bas,
Là-bas sous le ciel, sous le ciel de Roma,
Il n’y avait plus de place pour moi pour le dernier des Bevilacqua
J’ai pris ma Vespa, j’ai pris ma Vespa,
Je suis allé droit, tout droit devant moi … »

À travers cette chanson « ritale », il s’était arrangé une autobiographie. En réalité, il était né à Juvisy-sur-Orge où avait débarqué, à la fin du XIXème siècle son grand-père Baptiste maçon-fumiste venu du Frioul. C’est l’occasion de souligner si nécessaire la richesse sociale et culturelle des vagues d’immigration qu’a connues notre douce France*… Lino Ventura, Cavanna, Platini …
Je me garderai bien de jouer les exégètes sur sa carrière artistique faite de tubes inusables de bals populaires et, comme l’a déclaré notre président en hommage, de « fulgurances poétiques et sonores ». J’ai retenu cette belle définition de « couturier de la chanson ».
J’en possédais l’image, possiblement caricaturale, d’un « vrai rital », dandy et esthète, amoureux fou des belles carrosseries qu’elles soient féminines ou automobiles, Monica Vitti et Enzo Ferrari. Je l’imagine flambant au volant d’un bolide, Via Veneto, l’artère romaine popularisée par le film de Fellini La Dolce Vita. À côté de lui, peut-être, le Gênois Agostino Ferrari, vous le connaissez évidemment, de son nom d’artiste Nino Ferrer, ah le Sud !
Écoutez Enzo avec la vraie voix d’Il Commandatore !

Image de prévisualisation YouTube

« Rouge est ta couleur gravée
Dans le cœur de tous les ouvriers
Brève fut la rencontre sous un ciel cheval cabré
T’es extra, signore
T’es extra, signore, t’es extra, signore
Oh! T’es comme ça, signore
Oh! Enzo, Enzo Ferrari
Tu sei il padre nella vita della automobile
Oh! Enzo, Enzo Ferrari
Tu sei il maestro nella vita della formula una
Quand ta flèche rouge fait battre le cœur
D’une Monica très Vitti
Brève fut la rencontre sur un damier parfumé … »

Après Johnny, maintenant Christophe, je me dis que ça commence à être chaud pour ma génération, surtout en ce moment, on est bien obligé d’avoir ça dans un coin de l’esprit. Ça serait vraiment nullissime de devoir vous quitter à cause d’un pangolin ou d’une chauve-souris !
À vrai dire, on ne sait rien sur ce virus, à tout le moins, on apprend sur lui chaque jour, chaque enseignement infirmant même parfois les hypothèses de la veille. C’est effrayant ou risible selon l’humeur de l’instant, tout le monde sait et possède la solution pour s’en sortir.
Par hasard et opportunisme, j’ai retenu d’un remarquable documentaire diffusé la semaine dernière, cette remarque de Georges Brassens : « Je refuse qu’un groupe ou une secte m’embrigade, et qu’on me dise qu’on pense mieux quand mille personnes hurlent la même chose. »
Certains d’entre vous auront peut-être lu, dans le quotidien L’Humanité, la lettre posthume d’Olivier Marchais adressée à sa maman Liliane, épouse de l’ancien secrétaire général du Parti Communiste Français, décédée du coronavirus en EHPAD :
« Je dois te l’avouer maman, j’ai parfois imaginé ces moments : ta fin de vie, tes obsèques. Mais jamais je n’avais envisagé un tel scénario, de telles conditions, cette hécatombe dans ton dernier lieu de vie, que nous désignons par cet acronyme disgracieux : EHPAD. Notre société doit, devra affronter ton regard ainsi que celui de tous tes compagnons d’établissements, qui ont, qui vont succomber.
Ta fin de vie fut difficilement supportable, car il m’a été interdit de venir te voir durant les cinq semaines qui ont précédé ton décès. Comment psychiquement tu auras vécu cette longue période, seule ? Quelle compréhension as-tu eue de ce qui se passait dans le pays, autour de toi ? Et ces derniers jours, infectée par le virus, quelles ont été tes difficultés respiratoires ? Je n’aurai jamais ces éléments de réponses que j’allais chercher dans tes yeux, si bleus… »
Et puis, il y a eu, sur nos écrans, ce témoignage désespéré de Jeanne, pensionnaire d’EHPAD, qui ne comprend pas son confinement et qui veut, pour ses enfants, tenir jusqu’au bout : « Je ne peux même pas aller chez ma voisine ! On ne peut pas discuter, je suis toute la journée enfermée là-dedans. Ce n’est pas une vie à 97 ans… Ma voisine, elle n’a pas le virus et puis moi non plus. On pourrait se voir de temps en temps, discuter un p’tit peu… »

Image de prévisualisation YouTube

Ce n’est certes pas là du cinéma, mais avec son bel accent, Jeanne me rappelle l’héroïne du si beau documentaire de Sophie Loridon Lucie. Après moi le déluge*** ! La merveilleuse Lucie Vareilles n’avait pas tort en prédisant malicieusement le chaos après sa disparition, sauf qu’elle était dotée d’un moral inébranlable et d’une croyance absolue en la main invisible de Dieu. Confiné actuellement au hameau de Malfougères sur le haut plateau ardéchois ne serait pas la réclusion la plus irrespirable qui soit.
Notre Président, bouleversé, a réagi par tweet aux larmes de Jeanne, et, paradoxalement, alors que se profilait la prolongation d’un confinement ultra strict dans les EHPAD, ce sont nos aïeux qui bénéficient d’ores et déjà d’une première mesure d’allègement (très contrôlée tout de même) avec la possibilité d’une visite d’un ou deux de leurs proches. J’espère qu’il ne s’agit pas d’un adieu !
Ouvrez votre dictionnaire, hébergement (le H de EHPAD) signifie le fait de « loger quelqu’un à titre provisoire » … c’est quoi l’après ?
Je me sens d’autant plus inquiet par cette situation que deux anciens de la famille séjournent justement dans un de ces établissements qu’on n’ose plus appeler « maison de retraite », c’est pourtant plus humain qu’un acronyme. Je pense aussi à ces aînés ariégeois auxquels j’avais consacré un billet lors d’une émouvante initiative nommée « les passerelles de la vie »**.
On fait appel à l’esprit civique et au sens des responsabilités des Français. Je peux fortement en douter quand je vois que, dimanche dernier, une compagnie aérienne d’une part, les voyageurs d’autre part, ont effectué un vol Marseille-Paris sans masque au mépris de toute distanciation physique. Je n’ose imaginer la cohue que cela va être après le 11 mai.
Je suis effaré quand j’entends les torrents de haine et d’imbécillité engendrés par les polémiques autour de la personnalité et la reconnaissance (ou pas) du professeur Didier Raoult. Foin des avis tout aussi autorisés d’autres membres de la communauté scientifique, le débat tombe dans une caricature pitoyable d’un Classico footballistique OM-PSG. Des supporters du club phocéen ont déroulé une banderole à la gloire de l’éminent infectiologue local. Face à l’intelligentsia parisienne, l’ancien attaquant footballeur iconoclaste Éric Cantona est venu défendre son ami qu’il qualifie de « phénomène ». Il est même Franz-Olivier Giesbert, reconverti directeur éditorial du quotidien La Provence, qui, plus hirsute que jamais dans son confinement, s’en prend aux « jobastres » de la capitale. J’ai envie de reprendre le sublime avis péremptoire de Jean-Pierre Marielle dans le film Uranus, bien qu’il fût émis dans un détestable contexte collaborationniste : « J’ai mal à ma France ».
Heureusement, miraculeusement, il y a aussi des fulgurances, des instants magiques, ainsi la violoniste japonaise Lena Yokoyama qui interprète sur le toit de l’hôpital de Cremone (Italie) l’enivrante musique d’Ennio Morricone du film Mission. Sublimement émouvant !

Image de prévisualisation YouTube

Je suis surpris que la mémoire ou la connaissance des gens qui savent tout sur tout, défaille à un point tel qu’ils ignorent jusqu’à l’existence d’autres fléaux de santé qui jalonnent notre histoire contemporaine.
Je me souviens qu’au temps de mon école communale normande -il existait alors une médecine scolaire- nous avions été vaccinés suite à une épidémie de variole qui avait frappé l’Ouest de la France.
On ouvre de grands yeux quand on découvre que la grippe asiatique, née de la mutation d’un virus chez des canards sauvages (pas des enfants du bon dieu, ceux-là) d’une province chinoise, fit chez nous au moins 11 000 morts (chiffres officiels qu’on a réévalués depuis à une centaine de milliers). J’avais alors dix ans, si tu m’crois pas hé, tar’ta gueule à la récré !
J’avais (un peu plus de) vingt ans, lorsque dans la foulée de mai 68, sous les pavés, outre la plage, il y eut aussi la grippe de Hong Kong qui fit 31 000 morts entre décembre 1969 et janvier 1970. Elle fut particulièrement virulente dans le Sud-Ouest, et sans vouloir effrayer rétrospectivement mes amis de là-bas, voici ce que qu’on lisait alors dans les colonnes du quotidien régional éponyme du 10 décembre 1969 : « L’épidémie de grippe, à la faveur de la vague de froid qui s’est abattue sur les trois quarts de la France, s’étend peu à peu à de nombreuses autres régions. Un peu partout, actuellement, des familles entières sont frappées, certaines administrations – P.T.T. et S.N.C.F. entre autres – ont, perdu, _jusqu’à 30 % de leurs effectifs, et de nombreuses écoles ont dû fermer leurs portes. Le vaccin, qui n’est d’ailleurs efficace qu’au bout de trois semaines, est devenu souvent introuvable … Dans le Lot-et-Garonne, la situation s’est aggravée. Les services de la Sécurité sociale sont décimés par l’épidémie. Dans le Tarn-et-Garonne, un quart de la population est au lit. À Rodez (Aveyron), une école, l’institution Saint-Joseph, a fermé ses portes. À Toulouse, le lycée agricole d’Auzeville n’est plus qu’un hôpital. La situation n’est pas meilleure au lycée de Foix, dans l’Ariège. »
Je souris, je semble passer pour un vieux con(battant) qui rengaine ses vieilles campagnes. Notez, c’est presque vrai, l’année suivante, je partis en coopération au lycée français de Mexico. Et que croyez-vous qu’il arrivât ? Comme chantait Thiéfaine, Pulque, mescal y tequila/Cuba libre y cerveza (Corona bien sûr)/ Hombre ! Que viva Mejico ! Je revins avec una patética hépatite virale ! Cela me valut, véridique, quelques semaines de confinement avec moult tubages à l’Hôpital d’Instruction des Armées Bégin à Saint-Mandé puis une convocation au ministère des Anciens Combattants et Invalides de Guerre, rue de Grenelle, pour l’obtention d’une éventuelle pension ! Petits curieux, vous voudriez bien savoir si je bénéficie de ce régime spécial ?
Depuis deux billets, suite à la lecture de Voyage autour de ma chambre, le délicieux petit livre de Xavier de Maistre, j’ai pris l’habitude d’effectuer quelques escales en différents coins de mon domicile. Ça a, peut-être, un petit côté Affaire conclue, l’émission d’enchères animée par Sophie Davant sur France 2 ! Tant pis, aujourd’hui, j’ai choisi de vous bassiner avec deux … bassinoires en cuivre que j’ai héritées d’aïeules côté maternel. Ainsi, l’une d’elles provient d’une lointaine cousine Maria que je n’ai jamais connue mais dont je sais qu’originaire de Villedieu-les-Poêles, cité de la Manche réputée depuis le Moyen-Âge pour sa grande tradition artisanale autour du cuivre, elle travaillait dans le fameux Bouillon Julien de la rue du Faubourg-Saint-Denis à Paris.

IMG_1456IMG_1454

La bassinoire, qu’on appelait parfois plus simplement chauffe-lit, est une sorte de grande poêle ronde, avec un couvercle perforé de trous, munie d’un long manche. Remplie de braises incandescentes, on la passait avec précaution entre les draps pour réchauffer le lit. Ce fut l’outil incontournable pour réchauffer les draps durant les mois d’hiver depuis le XVIIIème siècle jusqu’au début des années 1950.
« Maître des illusions de la vie, il (Don Juan ndlr) s’élança, jeune et beau, dans la vie, méprisant le monde, mais s’emparant du monde. Son bonheur ne pouvait pas être cette félicité bourgeoise qui se repaît d’un bouilli périodique, d’une douce bassinoire en hiver, d’une lampe pour la nuit et de pantoufles neuves à chaque trimestre » écrivait Balzac dans L’Élixir de longue vie.
Dans mon enfance, heureuse je vous rassure, au domicile familial, la bassinoire n’était déjà plus qu’une antiquité et objet de décoration. Dans ma chambre sans chauffage, ma maman glissait, quelques minutes avant que j’aille dormir, une bouillotte au fond de mon lit pour apporter une certaine tiédeur. Le progrès ménager venant, je connus ensuite la couverture chauffante électrique … jusqu’au jour où mes parents oublièrent de la débrancher. C’est mon frère qui, de sa chambre contiguë, témoin de mes gesticulations anormales, porta l’alerte.
Dans sa ferme de Picardie au confort très rudimentaire, ma merveilleuse Mémé Léontine mettait une brique à chauffer dans son fourneau puis l’enveloppait dans un torchon avant de la glisser au fond de mon lit. Cela semble sans doute puéril aujourd’hui mais je peux ranger cet usage dans ma boîte de madeleines de Proust.
Il y a quelques années encore, on retrouvait parfois au fond des greniers ou des granges un moine, non pas un ecclésiastique confiné (quoique ce nom provienne d’un vieil usage dans les couvents), mais une sorte de luge en bois qui portait un récipient métallique contenant les braises. Les arceaux servaient à éloigner les draps de ces braises.
Ceci dit, ce n’est pas une sinécure de nettoyer les cuivres ! Et ne comptez pas sur moi pour inviter Miror à venir s’asseoir à ma table (oui je vous l’accorde, ce n’est pas évident de comprendre mon jeu de mot quand on n’a pas connu Édith Piaf et Moustaki !). Mais j’ai découvert récemment un produit miracle, provenant d’une entreprise de Villedieu-les-Poêles justement, qui me rend moins pénible la corvée de cuivres.
Vous attendez les bonnes recettes de cuisine concoctées, la semaine écoulée, par ma compagne ? Sa pintade élevée en plein air et aux grains dans l’herbe grasse des collines du Bas Salat, accompagnée de pommes de terre sarladaises cuites dans la graisse de canard confit(né !) et arrosée d’un gouleyant Brouilly, ravit mon palais.
Je le mentionne, à cause de son caractère exceptionnel, je me suis lancé pour ma part dans une salade d’avocat et mangue tout à fait honorable.
Il existe des passerelles entre les nourritures terrestres et spirituelles. J’ai commencé la lecture d’un livre savoureux dont je vous réserve la surprise dans mon prochain billet.
Allez, j’ignore si on galère sur le plateau ou l’on peine dans la redescente du pic ! En attendant, rejoignons en guise d’ultime hommage les Paradis perdus de Christophe, ici accompagné par Arno pour qui les nouvelles ne sont pas trop rassurantes, ces temps-ci.

Image de prévisualisation YouTube

*http://encreviolette.unblog.fr/2017/11/03/ciao-italia-une-matinee-avec-les-italiens-de-france/
** http://encreviolette.unblog.fr/2019/05/24/les-passerelles-de-la-vie-a-prat-bonrepaux-ariege/
*** http://encreviolette.unblog.fr/2019/06/12/lucie-vareilles-est-entree-dans-paris/

Publié dans : Ma Douce France |le 23 avril, 2020 |Pas de Commentaires »

Vous pouvez laisser une réponse.

Laisser un commentaire

Pas à la marge.... juste au... | Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Dysharmonik