Archive pour mars, 2020

Mon confinement J+13 !

Récit des épisodes précédents:
http://encreviolette.unblog.fr/2020/03/23/mon-confinement-j8/
http://encreviolette.unblog.fr/2020/03/25/mon-confinement-j10-avec-lassistance-de-cavanna/

Chers lecteurs, je vis mon treizième jour de confinement, comme vous d’ailleurs. Si j’en crois les annonces gouvernementales les plus optimistes, nous ne serions qu’au tiers de notre réclusion.
Je fais ma brève promenade quotidienne dans le parc privé de ma résidence. Hier, j’ai croisé une de mes voisines, aide-soignante dans un grand hôpital de l’Ouest parisien qui, en respectant l’espace réglementaire de distanciation, m’a décrit l’état alarmant de saturation dans son établissement, même des enfants sont touchés par le virus…
Un autre voisin affable frappe à la porte pour, partant en courses, savoir si nous avons besoin de quelque chose. C’est inhabituel et touchant cette sollicitude, j’ai l’impression d’appartenir désormais à la classe des vieux !
À propos de classe, il m’avoue que ce n’est pas une sinécure de consacrer un moment scolaire à ses enfants. Ah, ces pauvres enseignants qui, en temps de paix, sont voués aux gémonies par les « géniteurs d’apprenants » ! Et même, en temps de guerre sanitaire : la porte-parole du gouvernement a dû se fendre d’un mea culpa pour « louer l’engagement quotidien exceptionnel des professeurs » (les mêmes qui, la veille, ne « travaillaient pas en ce moment » !).
Autre rencontre, dois-je vraiment m’en réjouir : des perruches à collier colonisent par dizaines, les arbres du parc depuis le début de l’année. Je l’ignorais mais l’arrivée, dans l’ouest de l’Île-de-France, de ce volatile exotique, originaire d’Afrique équatoriale et du sud-est de l’Asie, remonte à la fin du siècle dernier. À l’époque, plusieurs spécimens importés à des fins commerciales se seraient échappés de containers à l’aéroport d’Orly. Selon un rapport de la Ligue de Protection des Oiseaux, l’espèce, qualifiée de « terreur », entre en compétition avec d’autres variétés d’oiseaux nichant dans les cavités des arbres telles le pic, le pigeon colombin, l’étourneau sansonnet, la sittelle torchepot et la chevêche d’Athéna, sans parler des écureuils roux et … des chauve-souris. Vous me voyez venir ! Corvidé, covid … je ne vais quand même pas sombrer dans la paranoïa.

perruche 2 2

Sinon, je regarde de moins en moins la télévision, notamment les chaînes d’infos qui, ça y est c’est parti, loin de l’unité nationale, se repaissent des guéguerres entre médecins, experts, politiciens et chroniqueurs. Consternant !
Le Prince Charles, contrôlé positif, aurait contracté le virus auprès du Prince Albert de Monaco, lui-même atteint. Un comble finalement logique puisque ces « grands de ce monde » passent essentiellement leur vie à serrer des mains, donc à enfreindre les « gestes barrière ». Il était une chanson dans mon enfance : « Lundi matin, l’empereur, sa femme et le p’tit prince/Sont venus chez moi pour me serrer la pince » (une de ces chansons interminables pour nous donner de l’entrain dans les longues promenades en colonie de vacances … 1 km à pied, ça use, ça use …). Visionnaire, en raison du principe de précaution, je m’étais absenté, ainsi la comptine continuait jusqu’à la fin de la semaine.
Vive le foot et la ligue des champions ! Il apparaîtrait que le match aller Atalanta Bergame-Valence, pour le compte de cette prestigieuse compétition, ait été, je cite, une « bombe biologique », « match-zéro » ou, a minima, « accélérateur de la propagation du virus ».
Le 19 février, des dizaines de milliers de Bergamasques firent le court déplacement en Lombardie au stade San Siro de Milan, juteuse recette oblige. Toute cette journée, les supporters des deux camps burent des verres ensemble autour de la place du Duomo. À partir du 4 mars, 15 jours donc après la rencontre, la courbe du nombre de contaminés explosa à Bergame ainsi qu’un peu plus tard, à Valence !
Dramatique et pathétique ! Curieuse association de pensées, me reviennent en tête quelques couplets des Frères Jacques au bon temps des poules de huit de rugby et des festives troisièmes mi-temps :

« Quand l’équipe de Perpignan
S’en va jouer à Montauban
Ils engrossent évidemment
Quelques filles de Montauban
Mais quand l’équipe de Montauban
S’en va jouer à Perpignan
Ben hé ils engrossent c’est évident
Quelques filles de Perpignan …

Les fils des filles de Perpignan
Faits par les joueurs de Montauban
Font du rugby quand il sont grands
Dans l’équipe de Perpignan
Mais les fils des filles de Montauban
Faits par les ceusses de Perpignan
Et ben ils se font le rugby quand ils sont grands
Dans l’équipe et ben de Montauban »

C’est un peu, j’avoue, de l’humour noir (un peu déplacé penseront certains) à la Charlie-Hebdo. Justement, je ne résiste pas à vous faire partager l’éditorial de Riss, un rescapé de l’attentat du 7 janvier 2015, dans le numéro de cette semaine. À peu de choses près, j’ai traité le sujet dans mes précédents billets avec moins de style et un peu plus de mesure :
« Qu’est-ce qu’on peut bien écrire d’intéressant dans une période comme celle-ci ? Chaque jour les médias nous abreuvent de reportages, catastrophiques quand ils interrogent les personnels soignants, pathétiques quand ils donnent la parole aux Français contrariés par cette épidémie qui les enquiquine. Contrairement à ce qu’on raconte, nous ne sommes pas en guerre, car aucune bombe n’est tombée sur nos maisons et personne n’a été raflé au petit matin pour disparaitre à jamais. Le vocabulaire guerrier est utilisé de manière totalement abusive. Quels mots nous restera-t-il si demain une vraie guerre s’abattait sur l’Europe, comme celle qu’ont vécu les Syriens pendant quatre ans ? Une crise sanitaire très grave comme celle que nous vivons, c’est une crise sanitaire très grave et c’est déjà bien assez grave comme ça.
Une guerre pourtant, a bien eu lieu. Ou plutôt une guérilla silencieuse menée depuis des années contre les médecins et les personnels soignants, pressés comme des citrons en réduisant inexorablement leurs moyens de travail. Puisque la mode est aux comparaisons militaires, en voici une : pendant les grandes purges de 1936, Staline avait fait fusiller ses meilleurs officiers et ainsi affaibli l’Armée rouge qui s’était retrouvée complètement dépassée face à l’invasion allemande en juin 1941. Et bien l’hôpital français, après des années de réduction budgétaire se retrouve face au coronavirus comme l’armée rouge en juin 41 face à la Wehrmacht. Vous trouvez cette comparaison exagérée ? Peut-être parce que nous ne sommes finalement pas dans une vraie guerre.
Être informés qu’une crise sanitaire dramatique s’est abattue sur la France et l’Europe aurait dû suffire à rendre les gens raisonnables. Mais non, ils se baladent toujours dans les rues, font leur jogging pour être en forme alors qu’ils peuvent être tués en deux jours par ce virus et aussi contaminer les autres. Risquer la mort pour un jogging… « Impossible pas français » dit le bon sens populaire. C’est vrai : dès qu’il y a une connerie à faire, rien n’est impossible pour les Français. On est en train de découvrir à quel point le Français est con. Pas tous les Français, mais tout de même, quand on sait le nombre d’amendes infligées par la police à ceux qui se baladent dans les rues comme si de rien n’était, on se dit que jamais on ne trouvera un vaccin contre la connerie du beauf français qui se croit toujours malin, quand par exemple il quitte la ville pour la province, comme si la campagne était là pour son bon plaisir, et les provinciaux étaient ses domestiques à son service pour lui jouer la comédie de la vie qui continue.
Mais déjà on entend de beaux discours lyriques qui annoncent des lendemains qui chantent, quand tout sera fini, quand plus rien ne sera comme avant. Je n’y crois pas un instant. Dès que la peur se sera évanouie, le naturel reviendra au galop, les gens redeviendront instantanément aussi égoïstes, et à la première opportunité, ils recommenceront les mêmes bêtises qu’avant. Comme après les attentats de 2015 qui avaient soulevé une vague de solidarité nationale qu’on pensait éternelle, et que quatre ans plus tard, tout le monde se tapait dessus dans les rues au milieu des monuments en feu, pendant la crise des gilets jaunes.
Cette crise sanitaire dramatique fait naître chez certains l’espoir d’une société meilleure, dont chaque génération rêve d’être l’artisan. Comme si, seules des épreuves terribles étaient capables de nous faire progresser mais jamais notre propre volonté. Parce que de la volonté, finalement, en temps normal, nous n’en avons aucune.
On est en train de découvrir à quel point le Français est con
Il nous reste alors le silence. Le bruit et le tumulte ont disparu de nos villes et elles ressemblent aux cités abandonnées des civilisations disparues. Sous nos yeux se déroule le spectacle annonciateur de notre destin, qui est celui de toutes les époques. Ce petit virus minuscule de rien du tout, vient de nous faire découvrir le silence du Moyen-âge, quand les gens se cloitraient chez eux pendant les épidémies et que les rues n’étaient dérangées que par le crépitement des crécelles des pestiférés. Quand tout sera terminé, on aimerait que ce silence soit préservé et que le plus grand nombre d’entre nous soient contaminés par l’humilité. »
Je lis beaucoup. Réjouissance littéraire, grâce à Fabrice Luchini, j’ai découvert que Jean de La Fontaine avait évoqué le confinement au XVIIème siècle dans sa fable L’ours et l’amateur des jardins.
N’en déplaise à certains que ses manières précieuses ou cabotines horripilent, j’adore cet acteur amoureux des grands écrivains de la littérature française. Par sa façon de réciter leurs textes, je le considère comme le professeur que chaque collégien ou lycéen aurait souhaité connaître.
En cette période de morosité et d’anxiété, où salles de théâtre et cinéma sont fermées, il a l’excellente initiative de nous distraire et cultiver avec quelques bijoux du grand fabuliste sur son compte Instagram. Voici ce délicieux moment où, à son domicile, assis au-dessous d’un portrait de Louis Jouvet, un air de Chopin en arrière-plan musical, il nous récite (il ne lit pas, ce qui explique sa confusion entre La Fontaine et Molière !) donc cette histoire de confinement.

L'ours et l'amateur des jardins1

https://www.instagram.com/tv/B-EfO_mo1tA/

Pour suivre et m’imprégner, j’ai sorti un vieux recueil de fables hérité de mes chers parents. Ma compagne a cru, un instant, que j’avais un missel entre les mains ! Je l’ai rassurée, n’est pas encore venu le temps d’une crise mystique.

Fables La Fontaine

« Certain Ours montagnard, Ours à demi léché,
Confiné par le sort dans un bois solitaire,
Nouveau Bellérophon1 vivait seul et caché :
Il fût devenu fou ; la raison d’ordinaire
N’habite pas longtemps chez les gens séquestrés :
Il est bon de parler, et meilleur de se taire,
Mais tous deux sont mauvais alors qu’ils sont outrés.
Nul animal n’avait affaire
Dans les lieux que l’Ours habitait ;
Si bien que tout Ours qu’il était
Il vint à s’ennuyer de cette triste vie.
Pendant qu’il se livrait à la mélancolie,
Non loin de là certain vieillard
S’ennuyait aussi de sa part.
Il aimait les jardins, était Prêtre de Flore2,
Il l’était de Pomone3 encore :
Ces deux emplois sont beaux. Mais je voudrais parmi
Quelque doux et discret ami.
Les jardins parlent peu , si ce n’est dans mon livre ;
De façon que, lassé de vivre
Avec des gens muets notre homme un beau matin
Va chercher compagnie, et se met en campagne.
L’Ours porté d’un même dessein
Venait de quitter sa montagne :
Tous deux, par un cas surprenant
Se rencontrent en un tournant.
L’homme eut peur : mais comment esquiver ; et que faire ?
Se tirer en Gascon d’une semblable affaire
Est le mieux. Il sut donc dissimuler sa peur.
L’Ours très mauvais complimenteur,
Lui dit : Viens-t’en me voir. L’autre reprit : Seigneur,
Vous voyez mon logis ; si vous me vouliez faire
Tant d’honneur que d’y prendre un champêtre repas,
J’ai des fruits, j’ai du lait : Ce n’est peut-être pas
De nosseigneurs les Ours le manger ordinaire ;
Mais j’offre ce que j’ai. L’Ours l’accepte ; et d’aller.
Les voilà bons amis avant que d’arriver.
Arrivés, les voilà se trouvant bien ensemble ;
Et bien qu’on soit à ce qu’il semble
Beaucoup mieux seul qu’avec des sots,
Comme l’Ours en un jour ne disait pas deux mots
L’Homme pouvait sans bruit vaquer à son ouvrage.
L’Ours allait à la chasse, apportait du gibier,
Faisait son principal métier
D’être bon émoucheur , écartait du visage
De son ami dormant, ce parasite ailé,
Que nous avons mouche appelé.
Un jour que le vieillard dormait d’un profond somme,
Sur le bout de son nez une allant se placer
Mit l’Ours au désespoir ; il eut beau la chasser.
Je t’attraperai bien, dit-il. Et voici comme.
Aussitôt fait que dit ; le fidèle émoucheur
Vous empoigne un pavé, le lance avec roideur,
Casse la tête à l’homme en écrasant la mouche,
Et non moins bon archer que mauvais raisonneur :
Roide mort étendu sur la place il le couche.
Rien n’est si dangereux qu’un ignorant ami ;
Mieux vaudrait un sage ennemi. »

(1) Prince valeureux qui, après avoir essuyé les plus terribles aventures, accablé d’une noire mélancolie, se retira dans un désert pour rompre tout commerce avec les hommes
(2) Déesse des fleurs
(3) Déesse des fruits

« La raison d’ordinaire n’habite pas longtemps chez les gens séquestrés ». Puisse cette fable gasconne (petit clin d’œil à mes amis ariégeois divisés sur la présence d’ours slovènes dans leurs montagnes) ne pas être  prémonitoire. J’avoue en douter un peu à la vue de certains comportements. « Il est bon de parler, et meilleur de se taire » poursuit le fabuliste. À bon entendeur, chaînes d’info et réseaux sociaux !

Prenez soin de vous chers lecteurs!

Publié dans:Ma Douce France |on 27 mars, 2020 |Pas de commentaires »

Mon confinement J+10 … avec l’assistance de Cavanna

Chers lecteurs, dans mon précédent billet, je vous ai fait partager mes états d’âme, avec mes mots maladroits mais sincères, en cette période de confinement.
http://encreviolette.unblog.fr/2020/03/23/mon-confinement-j8/
Comme le virus, la désinformation, la bassesse, l’ignorance, la bêtise humaine en somme, se propagent à une vitesse vertigineuse sur les ondes. Quelque part, j’y participe peut-être. J’essaie, seulement, en rassemblant mes souvenirs, de les mettre en perspective. Parmi eux, j’ai exhumé L’An 01, le brûlot de Gébé, une de ces grandes figures de Hara-Kiri et du « vrai » Charlie-Hebdo, celui des années 70.
Aujourd’hui, la « petite Virginie », oui celle qui assista Cavanna dans les quinze dernières années de sa vie, m’a envoyé un précieux cadeau : une chronique de Cavanna parue dans le Charlie Hebdo n°455 en date du 7 mars 2001.
Je m’empresse de vous la faire partager avec son accord, et comme elle me dit avec humour : « Cavanna ne nous en voudra pas « !
Vous savez toute l’admiration que je voue à ce Rital, amoureux de la langue française et magnifique penseur sur toutes les questions sociétales qui agitent la planète. Voici donc un éditorial d’aujourd’hui écrit … hier (il y a 19 ans presque jour pour jour) :

Les bûchers de l’Inquisition
Quand des maladies jusqu’à ce jour inconnues, telle la « vache folle, le sida, l’Ebola, la « maladie du légionnaire » ou les hépatites virales nous tombent soudain sur le poil, nous frémissons d’horreur et de trouille, mais, en même temps nous nous disons que ce sont des conséquences de la vie moderne, en quelque sorte des rançons du progrès, liées, on ne sait trop comment mais on trouvera, suffit de chercher, aux formidables changements survenus dans la vie collective du fait des bouleversements dus à la technique, à l’abondance, au confort. Ce sont, en quelque sorte, les marques négatives de la grande marche en avant, les preuves que le progrès avance à pas de géant. Simplement, on avance tellement vite qu’on ne pouvait pas prévoir les scories inévitables. D’abord aller de l’avant, on fera le ménage après.

Mais quand revient nous défier une des grandes terreurs des siècles passés, un de ces cataclysmes moyenâgeux depuis longtemps oubliés ou passés à l’état de curiosité horrifiante dans les manuels d’histoire, on s’insurge . « Là, c’est pas juste !» La fièvre aphteuse, tu te rends compte ? Pourquoi pas la peste, la lèpre, la goutte, le cholera, la vérole, la tuberculeuse ?
Au fait, elle revient, la tuberculeuse. La vérole aussi.

Quand j’étais gosse, juste avant 1940, nos manuels scolaires, un peu vieillots il est vrai, comportaient des chapitres mettant en garde contre la tuberculeuse (dormez la fenêtre ouverte, ne crachez pas par terre etc.) et contre la fièvre aphteuse. La France y était encore traitée comme un pays essentiellement voué à l’agriculture, les dictées parlaient du gai laboureur, du forgeron du village, des animaux utiles qu’il faut protéger, tout ça, tout ça… je revois encore le paragraphe en caractères gras énonçant impérativement que tout cas de fièvre aphteuse, et même tout simple soupçon, devait être immédiatement déclaré à la mairie, le village isolé, le troupeau abattu et des tas d’autres précautions prises dont je n’ai pas gardé le souvenir.

Vint la vaccination. On avait identifié le virus, on savait comment l’empêcher de nuire, on s’y mit on vaccina. Les résultats furent immédiats. La terreur du terrible mal qui vous tombait dessus sans prévenir et ruinait des régions entières disparut. L’éleveur ne vécut plus avec cette angoisse permanente au cœur. Si bien que, passé quelques années, on décida que la maladie n’existait plus, que le vilain virus était à tout jamais « éradiqué » et que, cela étant, on serait bien bête de continuer à vacciner, chose qui coûte des sous. Et voilà !

« Eradiquer » est un mot menteur. Il suggère un anéantissement, la disparition absolue d’une certaine catégorie d’êtres. C’est peut-être le terme adéquat dans le cas des dinosaures. (Et encore ! Si un brin d’ADN de dinosaure peut être retrouvé et artificiellement réactivé par un biologiste farfelu, pourra t’on encore parler d’éradication ?) Un vaccin même massivement employé, même si aucun sujet n’y échappe, ne peut que protéger préventivement lesdits sujets contre l’invasion du virus (ou de la bactérie). Le virus trouve porte close et, donc, n’insiste pas. Le sujet est protégé. Le virus, en tant qu’espèce, n’a pas disparu pour autant. Il reste dehors mais il continue à exister en tant que spore, provirus, ou sous quelque forme de latence que ce soit. Peut-être même continue-t-il à sévir en toute virulence dans quelque lointaine vallée perdue dont le progrès, sous la forme du tourisme ou du commerce, le fera sortir un jour ou l’autre… Encore une fois, le vaccin ne « tue » pas comme, par exemple, un insecticide. Il protège individuellement, faisant de chaque vacciné une forteresse. Il ne détruit pas l’ennemi qui continue à rôder à l’extérieur.

Bien sûr, si tous les sujets susceptibles d’être contaminés sont vaccinés, le virus ne trouvant plus de support où se reproduire, va, théoriquement, dépérir en masse. Ce qui ne signifie pas forcement mourir, disparaitre en tant qu’espèce. Encore une fois, il peut « hiberner » en une quelconque forme de latence, d’où il pourra ressurgir en pleine virulence à la moindre occasion favorable.

Pourquoi a-t-on supprimé la vaccination obligatoire ? Par économie. La sale bête n’était-elle pas « éradiquée » ? En fait, on acceptait de prendre un risque. On estimait seulement, on voulait croire, que ce risque était voisin de zéro. C’était économiser dix sous pour prendre le risque de perdre des millions, mais ce risque était si mince, n’et-ce pas… Et voilà, le risque si mince s’est révélé numéro gagnant ! Gagnant à l’envers.

La vaccination est une assurance contre la maladie. Ce que l’assurance automobile est contre le risque d’accident. Qui contesterait l’utilité de l’assurance automobile, laquelle, d’ailleurs, est obligatoire ? Pourtant, là, le coût grève sérieusement le budget. L’assurance du camion pèse sur le prix de revient des moutons à transporter. Ô sainte rapacité, qui, pour rabioter dix ronds, conduit à risquer de tout perdre !

Et donc les bûchers à la noire et puante fumée flambent, sinistres, dans la nuit anglaise. Vision terrible, qui fait penser à l’inquisition. Tous ces êtres vivants massacrés pour rien… Là comme en d’autres catastrophes, on n’en parle qu’en termes de perte financière. Pas un mot de pitié pour l’abominable sort de ces vies qui ne sont que kilos de viande, que marchandise à suer du profit.

Savez-vous que je ne puis plus, de la fenêtre du train, voir un mouton au pré, un troupeau de vaches, sans que mon élan vers le bonheur bucolique soit immédiatement scié par le rappel : « condamnés à mort ». Car, c’est ce qu’ils sont, des condamnés à mort, de la viande sur pied, tous, tous, la gentille meuh-meuh qu’on montre au petit enfant, le mouton mignon, le porcelet si drôle… Des condamnés à mort, des condamnés à grossir vite, vite pour mourir cite, vite, et remplir nos panses. Oh, merde, pourquoi ai-je cette peste en moi ? Pourquoi ne puis-je, comme un Chirac, arpenter, tout sourire faux-cul aux dents, les allées du Salon de l’agriculture et flatter les croupes bien peignées sans que me hantent ces mots : « condamnés à mort » ? leur seule raison d’être tolérés, c’est leur mort future …

Quand encore, par la connerie et la rapacité des hommes, cette vie, cette mort, ne sont pas gaspillées en vain ! La télé nous déverse à l’heure du repas à même le tapis de la salle à manger, les bennes d’où croulent les cadavres entassés qui vont partir en fumée pour rien…

Blair gueule, ai-je lu, contre la course à la « productivité » des grandes surfaces. Qu’en termes galants… La « productivité », la concurrence furieuse, bref, la course au profit, à la puissance et au monopole, là comme ailleurs, sont le moteur. Derrière l’idyllique vision du monde que nous projette à jet continu la pub obsessionnelle, il y a la crasse, le sang, la merde, le mépris de la vie, la réduction de la planète à n’être qu’une usine à production forcenée en même temps qu’un Luna-park, éclaboussant de clinquant et tonitruant de gaieté préenregistrée.

L’Europe, affolée, « prend des précautions », l’Aïd el Kébir ne se fera pas à la maison. On sait très bien que toute interdiction suscite le désir de la tourner. Frauder devient un sport excitant. Préparons-nous à voir, de la fenêtre du TGV, au lieu des gentils moutons, les mêmes mais flambant dans la fumée des bûchers.

Avec mes remerciements et mon amitié à Virginie Vernay

Cavannablog25copie

Photographie de Encre violette (mai 2009)

Publié dans:Coups de coeur, Ma Douce France |on 25 mars, 2020 |2 Commentaires »

Mon confinement J+8 !

Nous sommes en guerre ! C’est notre président jupitérien qui nous l’a annoncé.
Enfant de hussards noirs de la République, j’ai toujours adopté une certaine distance à l’égard des dieux. Encore que … sait-on jamais (!), j’accomplis selon leur souhait (celui de mes parents !) des études (à peu près) studieuses de catéchisme et fréquentai alors avec assiduité la messe du dimanche. Ainsi, lors des voyages en famille, j’ai visité un certain nombre de sacristies des plus belles cathédrales d’Europe pour faire tamponner la carte de fidélité aux offices religieux distribuée par le doyen de mon diocèse normand. Les dix cases cochées ne me valaient pas pour autant la dispense d’une messe, même basse, de la part du divin. Blasphème !
Nous sommes en guerre ! Effet de répétition pour accentuer la gravité ! Nous sommes réduits au confinement. Malchance, pour un peu, le simple remplacement d’un n par un f aurait pu me valoir quelque droit d’auteur pour utilisation abusive de mon patronyme.
Même les casaniers supportent mal le « coffinement » ! De mes baies vitrées, je les vois errer dans le parc de ma résidence, à distance plus ou moins respectée du voisin, se saluant à grand renfort de contorsions, une sorte de mix de mouvements taïchi chinois et capoeira brésilienne.
Certains arborent des masques (où les se sont-ils procurés ?), parfois à l’envers, ce qui nous rassure encore moins.
Par le plus grand des hasards, je visionnais, hier soir, Les vacances de Monsieur Hulot, la burlesque (et cruelle) satire sociale, une véritable école du Regard que nous enseignait Jacques Tati sur les mœurs estivales dans la France des années 1950.
Nul doute, s’il était encore de ce monde, qu’à travers son personnage lunaire de Monsieur Hulot, Tati traquerait et croquerait certains de nos comportements ridicules, absurdes, incohérents, inadaptés, à tout le moins incontrôlés, en cette période d’épidémie de coronavirus. D’ailleurs, la réalité rejoint la fiction, et les scènes désopilantes sur les quais de la gare en ouverture du film ne sont-elles pas à rapprocher de celles souvent consternantes, en début de semaine, de l’exode des citadins quittant précipitamment la capitale pour un hypothétique ailleurs meilleur, en emmenant possiblement l’ennemi viral dans leur corps.
Encore qu’on peut aussi comprendre un sauve qui peut vers les Grands Causses (mais pour quels effets ?) lorsqu’on vit à deux avec un bébé de 13 mois dans un studio de 30 m2 du centre de Paris. C’était certes du cinéma mais, en une époque somme toute encore réjouissante, Jean Rochefort et Jean-Pierre Marielle avait bien fui la vie moderne pour rejoindre le Causse Méjean dans Calmos, le film iconoclaste de Bertrand Blier.
Mondo Cane ou chienne de vie, nos animaux dits de compagnie se demandent quelle folie buissonnière atteint les humains qui ne les ont jamais autant promenés. Les pauvres clébards doivent être épuisés à la fin de la journée de jouer les alibis pour justifier les balades de leurs maîtres auprès de la police municipale. Effet collatéral, les crottes souillent nos pelouses de manière exponentielle.
Autre conséquence, celle-ci plus positive, de notre réclusion forcée, les automobiles jouent les ventouses sur les parkings et, avec l’air plus respirable, les passereaux (des bruants peut-être comme Aristide ? !) chantent à gorge déployée le printemps tout neuf jusque sous nos persiennes … Les oiseaux au secours de notre oisiveté !
Oui, c’est l’printemps, on n’en fait guère cas cette année. Qui sait quand même, comme le chantait Pierre Perret, si La chèvre de M’sieur Seguin demande (pas)/Au loup qui a la lippe friande/S’il veut pas la sauter avant ! Qui sait encore si, dans plusieurs décennies, nos descendants ne parleront pas d’un baby boom lié au confinement du début de l’an 2020 ! À l’inverse, il semblerait qu’en Chine, on ait assisté à une croissance inhabituelle des divorces.
À défaut d’entendre les cloches sonner l’Angélus, chaque soir à 20 heures, les fenêtres s’ouvrent pour un concert d’applaudissements de quelques minutes dédié aux personnels de santé admirables de dévouement. Tiens, nous avions donc des voisins ?!!! Je me méfie, comme de la peste ou du coronavirus, de ces élans d’empathie, je n’oublie pas, et je l’avais écrit à l’époque dans cet espace, que nous acclamions les flics lors de l’immense manifestation du 11 janvier 2015 à la suite de la tuerie de Charlie-Hebdo. On a vu depuis que notre sympathie envers les forces de police était à géométrie variable.
Décrété il n’y a que quelques jours, le confinement semble déjà insupportable à certains. Puisqu’on utilise (à quel dessein ?) le terme de guerre, pour relativiser ou à tout le moins mettre en perspective, j’ai envie de vous évoquer ce que fut la salle période de l’Occupation à travers le prisme de ce que connurent mes parents, et notamment ma regrettée maman qui était alors directrice d’un Cours Complémentaire de jeunes filles dans mon bourg natal de Normandie. Je reprends ce que j’écrivais dans sa biographie :
« Á défaut d’avoir connu personnellement cette époque, mon frère aîné ainsi qu’une institutrice qui devint par la suite ma marraine, m’ont confié quelques souvenirs.
De nombreux locaux furent alors occupés comme casernement de troupes allemandes. Le réfectoire laissa place à leur bureau postal, une classe fut transformée en salle de soins, une roulante encombra le préau. De ce fait, certains cours ne fonctionnaient plus qu’à mi-temps, d’autres furent dispensés à l’école du Sacré-Cœur (il n’était pas temps de « guerre des écoles » !), dans l’hospice Marette et même dans un café.
Les soldats allemands, impressionnants dans leur uniforme vert, effectuaient quotidiennement des exercices dans l’une des cours de récréation, et même des manœuvres avec deux blindés. Lors de l’une d’entre elles, un engin défonça le mur de la classe enfantine ce qui entraîna la réprobation polie mais ferme de ma mère.
Hors sa mobilisation et sa participation à la terrible bataille de Dunkerque en mai 1940 et son embarquement sur des rafiots de fortune, « mon père, pour, sinon améliorer, du moins assurer l’ordinaire des repas des pensionnaires, éleva et tua le cochon avec son beau-père. Il ressuscita la culture de la lentille chez ma mémé paysanne. Sur le chemin du retour de chez elle, une quarantaine de kilomètres à bicyclette, il fut contrôlé par une patrouille ennemie, intriguée par la cargaison d’œufs sur le porte-bagage. Le « bon papa » entretint en connaisseur un vaste potager, à l’arrière de l’école, que j’ai fréquenté bien plus tard, alléché par les succulentes fraises qui y poussaient.
Parfois, en soirée, la famille se réfugiait à la cave tandis que l’aviation allemande pilonnait, à quelques centaines de mètres de là, le nœud ferroviaire de Serqueux.
Malgré cela, l’enseignement n’était nullement sacrifié. En consultant son petit carnet, je constate que maman fut inspectée le 19 janvier 1943 et qu’elle se sortit très honorablement d’une leçon sur l’emploi du subjonctif. En la circonstance, elle n’avait pas choisi la facilité mais il faut dire qu’en ce temps-là, les inspecteurs déboulaient à l’improviste ! Voici le rapport de l’un d’eux : « Beaucoup d’ouvrages de la bibliothèque sont perdus depuis la guerre. Séquence de lecture : Il est bon de situer la vie de l’auteur mais attention au lapsus, 1768 = règne de Louis XIV ! » Pauvre petite mère, elle était en droit d’avoir la tête ailleurs.
L’inquiétude s’accrut brutalement lorsqu’un jour, plusieurs véhicules allemands envahirent la cour et entassèrent quantité de munitions dans le dortoir. Elle se dissipa, le lendemain, lorsque, tout fut rechargé, aussi précipitamment, dans les camions.
La fin du cauchemar approchait. École primaire et collège fermèrent fin mai 1944 pour ne rouvrir que le 1er octobre. Entre temps, les alliés avaient débarqué à l’autre bout de la Normandie et Forges-les-Eaux avait été libéré en août par les Américains et Canadiens. L’une des institutrices avait succombé au charme d’un GI américain de couleur noire, ce qui ne fut pas du goût de ses parents. Dommage, cela aurait pu constituer la première belle histoire d’après-guerre au collège... »
L’une des premières fut finalement … que je naquis deux ans plus tard !!!
Retraité de l’Éducation Nationale, je n’ai guère de raison de me plaindre. Je n’ai pas de souci de trésorerie ou d’emploi. Privilège de l’âge, attestation de circulation et carte d’identité à l’appui, je bénéficie pour faire mes courses de l’heure (7h à 8h du matin) exclusivement réservée aux plus de 70 ans par mon magasin Intermarché.
Ceci dit, j’ai intérêt à en profiter « à donf », car si je regarde les chaînes d’info, j’entends parler à demi-mot (ou quart de mot !) de « score de fragilité » classant les patients selon leur état de santé préalable à la maladie, de « priorisation de l’accès aux soins critiques dans un contexte de pandémie », bref des documents qui visent pour parler clairement à « aider » les médecins à opérer des choix dans les populations atteintes par le Covid-19. Anxiogène ! J’ai dit anxiogène ? Comme c’est anxiogène !
Manions l’humour (avec précaution tout de même), mais en poussant le raisonnement jusqu’à l’absurde, cela aurait un petit côté épuration Nacht und Nebel, Nuit et brouillard, cette idée morbide me vient comme ça en regardant, ce dimanche, un hommage à Jean Ferrat, c’est (encore) beau la vie !. Vous imaginez une société où il n’y aurait plus de Vieux ? Comment vivre un monde sans eux si la plupart sont appelés à ne pas connaître l’été ? Tiens, ma phrase a un petit fumet de Louis Aragon !
Ne vous plaignez pas chers lecteurs, pour l’instant, je suis en capacité de nourrir mon blog. Heureux lecteurs réfractaires à la chose vélocipédique, je ne peux plus vous ennuyer avec ma passion pour le cyclisme, il n’y a plus de courses ! Méfiez-vous cependant, j’ai de la ressource et 2020 serait une bonne date anniversaire pour évoquer … les Tours de France 1950 et 1960 !
Regarder la télévision devient insupportable avec en groupe, en ligue, en procession (le virus Ferrat !), ce défilé interminable d’experts, spécialistes, éditorialistes qui vous racontent de manière détaillée une épidémie dont on ignore quasiment tout, sans oublier des politiciens minables (bas les masques !) qui fourbissent déjà leurs armes pour de futurs règlements de comptes. Je ne sais pas ou plus la mesure de toute chose. Ce n’est pas une guerre civile qui éradiquera l’épidémie. Ironie de la programmation, pour nous divertir et sortir de la morosité, France 2 a diffusé un dimanche après-midi La grande vadrouille, un des plus grands succès du cinéma français, produit, vous ne me croirez pas, par la société de films Corona !
Ce confinement est l’occasion de ressortir quelques livres de ma bibliothèque. Et tombant par hasard sur une chronique de l’hebdomadaire Marianne, je suis retourné me plonger avec délectation dans L’an 01, la bande dessinée de Gébé, un des illustres journalistes iconoclastes de Hara-Kiri et Charlie-Hebdo canal historique.

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Je voue une affection particulière à Gébé, pseudonyme né des initiales de son vrai nom Georges Blondeaux. J’eus la chance de le fréquenter lors de mon aventure d’un mois dans les locaux du journal au printemps 1980. Il me plaisait de savoir que ce monsieur discret mais d’une fine intelligence sociale, était entré, quelques années avant moi, à l’École Normale d’Instituteurs de Versailles. Il en démissionna très rapidement pour devenir dessinateur industriel calqueur à la SNCF puis, avec un brin de « lucidité utopique » (ou l’inverse) tenter de vivre son … An 01.
Peut-être chacun trouvera une résonance à ses propos nés après 68 : « Après est venue la crise –le pétrole- qui a cassé les reins à la religion de l’expansion continue. Qui a aussi cassé les reins à l’insurrection (écologie) dirigée contre l’expansion à front de taureau (Pompidou). Qui a cassé les reins à l’utopie genre 01. Qui est en train de casser les reins à la classe ouvrière, au syndicalisme, aux enfants de Marx. Crise habilement récupérée (provoquée ?) par le pouvoir capitaliste pour fortifier son pouvoir capitaliste en instaurant en douceur (comme forcé) un socialisme capitaliste : collectivisme d’assistance « nourri, logé, amusé, au pied ! » société magma avec émergence des supra-nationales-miradors, et dans les miradors, au sous-sol, les hommes d’armes des deux ou trois blocs participant à l’équilibre de la terreur, et aux étages la crème de la matière grise. Ça ! Ça, la guerre ou quoi ? Poser la question « ou quoi ? » signifie que l’espoir n’est pas mort, qu’on ne se résigne pas aux anticipations sinistres …
« Ou quoi ? » LE CERVEAU ! On n’en sort pas puisqu’on est dedans. Puisqu’on n’est que ça ! Rien que ça avec des genoux, des coudes, des doigts de pied, et tout ce qui va avec. Le cerveau avec lequel on devient conscient, c’est-à-dire étonné, curieux, sans fausses illusions, tolérant, social-individualiste, raisonnant, remarqueur d’effets, refuseur d’idées reçues, rejeteur d’idées enfoncées comme des gousses d’ail, inaliénable !
Et comment devient-on conscient ? Voilà ! C’est là ! Si on trouve, on les tient. Si on découvre le mécanisme, le mode d’emploi, le monde s’allume. « Bonjour ! » … »

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Il n’y avait pas de selfies à l’époque mais les littoraux étaient ouverts!

Crépuscule d’une civilisation mondialisée et naissance d’une idée ?
Nous voici en 2020, un demi-siècle après l’an 01 éructé par Gébé :
« Des milliers de gens, entendant le mot « crise » furent gagnés par la peur de manquer et prirent le risque de la promiscuité. Tous les courants idéologiques se prononçaient sur l’origine de l’épidémie. L’absence de frontières, les Chinois, les Allemands, les Italiens, l’Europe, le grand capital, Macron, ses prédécesseurs, la saleté des pauvres, l’égoïsme des riches. Il fallait bien une explication conforme à la pensée de chacun … En tout état de cause, il se trouvait un nombre phénoménal de gens pour désigner des responsables et des irresponsables, dévoiler les manœuvres du gouvernement ou celles de l’opposition, et rappeler qu’ils avaient, eux, prédit une catastrophe, quand ils n’avaient pas prévu le Covid-19, avant même qu’il soit identifié. » (Guy Konopnicki dans Marianne n° 1201).
Si c’était ça le monde avant le confinement, pourquoi aspirer à la fin du confinement au plus vite ?
Dans mon enfance, on se « débarbouillait ». Depuis une semaine on n’a jamais été aussi propre, on se lave les mains moult fois par jour. Quelle est cette tache qui ne s’en va pas et que l’on ne cesse de frotter ?

Charlie hebdo coronavirus

Publié dans:Ma Douce France |on 23 mars, 2020 |1 Commentaire »

Forza Italia contre le coronavirus !

Mes plus fidèles lecteurs savent mon amour pour l’Italie que je leur ai fait largement partager avec l’évocation de mes lumineux séjours à Rome et en Toscane, mais aussi ma rencontre avec Don Camillo, le curé de Brescello, mes visites, passion du vélo oblige, à Castellania le village du Piémont où repose Fausto Coppi, en Lombardie, sur les hauteurs du lac de Côme, à la petite chapelle Madonna del Ghisallo dédiée aux coureurs cyclistes.
Effets collatéraux (et je le reconnais bien subalternes) de l’épidémie du coronavirus, la saison de cyclisme est d’ores et déjà amputée de ses plus beaux fleurons : la Primavera Milan-San Remo, les Strade Bianche autour de Sienne, et probablement le Giro (Tour d’Italie) sont annulés ou reportés.
Le romancier René Fallet dans une délicieuse déclaration d’amour au Vélo, écrivait : « Quand le Tour (de France) ne part pas, les catastrophes sont à la porte ! Il ne se disputa pas, en effet, lors des deux guerres mondiales, et c’est près d’un millier de coureurs, parmi lesquels trois anciens vainqueurs du Tour Lucien Petit-Breton, Octave Lapize et François Faber, qui firent le sacrifice de leur vie lors de la boucherie de la guerre 1914-1918.
À l’occasion de l’épisode de guerre sanitaire contre le coronavirus, je profite de mon confinement en mon domicile pour témoigner mon profond attachement et mon empathie au peuple italien déjà frappé dramatiquement dans un passé récent avec des tremblements de terre.
475 d’entre eux nous ont quitté dans la seule journée du mercredi 18 mars. Mais, exemplaires, imaginatifs et solidaires devant la terrible épidémie qui dévaste la péninsule, plutôt que la mort sociale, nos voisins ont choisi d’ouvrir leurs fenêtres et balcons et de chanter à tue-tête en résistance à la mise en sommeil de leur pays.
Admirable et émouvant ! Bien que n’ayant aucune racine transalpine, encore que les Normands détinrent le duché de Naples aux XIème et XIIème siècles, l’émotion m’étreint toujours à l’écoute de l’hymne Fratelli d’Italia entonné avec ferveur par joueurs et public, notamment lors des rencontres sportives.
Cette fois, c’est un immense concert qui a retenti à travers la péninsule pour conjurer le sort accablant.

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Même les chiens font preuve de patriotisme. Revêtus des couleurs du drapeau national, certains acceptent volontiers, attestation au museau, d’être l’alibi pour les promenades de leurs maîtres.

https://twitter.com/Namhao/status/1240172650254778368

Face à cette réjouissante communion d’esprit et de cœur, je me demandais ce que nous les Français (« des Italiens avec un mauvais caractère » disait Malaparte) pourrions chanter s’il nous prenait d’imiter nos amis transalpins.
Plutôt que La Marseillaise, j’opterais pour Ma France de Jean Ferrat, ce qui constituerait au passage un bel hommage au chanteur poète qui nous a quitté, il y dix ans pratiquement jour pour jour.

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Comme certains esprits grincheux (pas vous bien sûr) trouveraient possiblement mon choix trop subversif, je me rabattrais sur Amour, une tendre chanson consensuelle (ici remixée) de Mouloudji dont on entend, étonnamment quelques extraits dans certaine publicité, actuellement, sur les antennes.

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Le hasard veut que pour écrire ce message de sympathie, j’ai interrompu ma lecture de poèmes d’un ami artiste en vue de rédiger la préface de son futur recueil.
Incidemment, je suis tombé sur un texte* qui trouve ici quelque résonance.

« À Rome le soir les hirondelles
Picorent des petits biscuits

Puis chacune d’elles déploient ses ailes
Alors on entend leurs cuis-cuis

Quand la nuit les surprend elles piquent
Sans crainte les fils électriques
Elles en voltigent de bonheur

Elles en voltigent de bonheur
Comediante, tragediante !

Oyez !

Elles survolent les banlieues
Les forêts et les prés
Là où fleurit l’œillet

Qu’on nomme de poète
Et voilà qu’il est tout chose

Ce rimeur quand l’oiseau

Chante sous sa fenêtre, chante sous sa fenêtre
Comediante, tragediante !

Oyez !
Faut croire que ça lui inspire

Sous le pont des Soupirs

Une mélodie qui l’amadoue

When in Rome do as romans do
Mais l’hirondelle n’est pas colombe
Et Colombine est une bombe
Comme Gina Lollobrigida
Et Ekberg Anita
Comediante, tragediante !
Oyez !

Si l’éclipse assombrit le ciel
L’hirondelle fait bien le printemps
Et se transforme en ménestrel

De bel canto nous enchantant

De ses mélopées contractuelles
Alors on rêve aux demoiselles
Qui nous sifflent sous les platanes
Qui nous sifflent sous les platanes
Comediante, tragediante !

Oyez !
Oyez la canzone

Sur les bleues giboulées

Et quand fleurit l’œillet

Au doux printemps précoce
Toujours monte la sève
Entre Naples et Vérone
Même si l’on est cocu
Même si l’on est cocu
Comediante, tragediante !
Oyez !
Nous nous sommes tant aimés

Et nous voilà damnés

Paraît que Rome n’est plus dans Rome

Et que les villes d’Italie

N’ont plus de charme, c’est fini.

C’est fini la Dolce Vita des pantins bien déjantés
Comediante, Tragediante !

Oyez !
 »

Prenez soin de vous, chers lecteurs !

* « Là où fleurit l’œillet », poème de Michel Dreano , avec son aimable autorisation

Publié dans:Coups de coeur |on 19 mars, 2020 |1 Commentaire »

Clôde Seychal et Solveig Gernert « sur la pointe des pieds » à La Bastide du Salat

Dans un récent billet, je vous avais fait part de mon heureux étonnement devant le foisonnement de manifestations culturelles, d’ampleur très variée, dans les vallées du Couserans, région méconnue mais attachante du département de l’Ariège.
Foin des principes de précaution attachés à l’épidémie du Covid-19, il y a quelques jours, une trentaine d’amoureux de la chanson se sont confinés de leur plein gré, le temps d’une soirée, dans une maison du modeste village de La Bastide du Salat, pour assister au concert privé de Clôde Seychal et Solveig Gernert, organisé à l’initiative de Patricia Damien et Philippe Morin, deux autochtones dont j’ai vanté, en d’autres circonstances, l’excellence de leur propre activité artistique*.

Flyer-A5-FB-Clôde-SEYCHAL

On se sent bien dans le chaleureux « Petit Salon Théâtre » : ici pas de discrimination sociale, tarif unique, juste quatre fauteuils moelleux en guise de places d’orchestre, sinon quelques rangées de chaises dépareillées. Quant au « poulailler », il a été relégué au-delà du mur de la propriété, ce qui eut pour conséquence, l’été dernier, de nourrir les gazettes locales avec des histoires clochemerlesques nées de tonitruants chants de coqs …
Dans le public, je relève la présence du maçon du village. C’est peut-être un détail pour vous mais pour moi ça veut dire beaucoup (!), c’est l’occasion d’un clin d’œil au chantre occitan Claude Nougaro, décédé il y a seize ans presque jour pour jour : hors sa fable sur un coq (décidément) et une pendule, sa Chanson pour le maçon constituait un magnifique et émouvant hommage à son ami et poète Jacques Audiberti.
Ce soir, je découvre Clôde au féminin : au pays où l’on se gausse des touristes d’en haut qui parlent pointu, l’accent circonflexe peut surprendre. Pure fantaisie de l’artiste, pour nous faire réagir (la preuve !), qui le mue souvent poétiquement en poisson volant ou sirène sur les affiches, flyers et pochette de CD.

sur son dos(1)

Honte à moi, je ne connaissais à ce jour que les flatulences du Glaude et du Bombé, les deux personnages de la farce rurale La Soupe aux choux imaginée par le truculent romancier René Fallet et adaptée au cinéma avec Louis De Funès et Jacques Villeret dans le rôle des deux compères de la campagne bourbonnaise.
Changement complet de registre : au coin de la cheminée, à la place de la roborative soupe paysanne, s’exhale un fumet infiniment plus délicat :
« Clôde et Solveig sont de fines maîtresses-queux mitonnant subtilement mots et notes telles deux cordons-bleus composant mets et entremets aux infinies saveurs de l’amour.
Tantôt graves et profondes, tantôt légères et piquantes, les chansons d’amour de leur duo sont toujours inattendues… mesurées et sans mesure… à peine murmurées et aussitôt ardemment soutenues.
Au menu de leur duo, aucune sauce synthétique, simplement des ingrédients à la fraîcheur parfaite et au bouquet sans-façon. »**
Plutôt que de duo, ne serait-il pas d’ailleurs plus juste de parler de quatuor tant les instruments dont s’accompagnent les deux artistes tiennent un rôle majeur dans leur prestation. Pour prolonger la métaphore gastronomique, leurs mots et notes ne mijotent pas sur un piano … de cuisson.
Avec humour, Clôde soupçonne que c’est parce qu’elle entendit maintes fois dans son enfance son père dire « je vais lui remonter les bretelles », qu’elle eut envie, à l’approche de la trentaine, de s’en coller deux sur les épaules. Ainsi, tout en chantant, elle joue de l’accordéon bisonore, pas n’importe lequel : elle a choisi la « Rolls du diato », un Bertrand Gaillard 3 rangées et 16 basses, ces détails pour faire le malin devant vous car je ne suis absolument pas connaisseur !
Clôde rêvait d’un violoncelle pour habiller ses textes. Ironie du destin, il fallut qu’elle habite un village de la Drôme provençale au nom prédestiné de Dieulefit, pour qu’elle exauce son vœu en y faisant la rencontre de Solveig Gernert musicienne allemande qui étudia le violoncelle (et le piano) au conservatoire de Cologne.
« Violoncelle, accordéon et voix en épousailles », les ingrédients de la recette étaient réunis pour que naissent des chansons d’amour.
Dans mon enfance, oui j’avoue qu’elle est lointaine (!), au Capitole de Toulouse (à quatre-vingts kilomètres de là), retentissait la voix de ténor de Luis Mariano : « la belle de Cadix a les yeux de velours » … « l’amour est un bouquet de violettes » …
Aujourd’hui, l’amour est … dans le Pré Commun, la pittoresque promenade bordée de platanes qui fait l’orgueil des Bastidiens.
Clôde et Solveig accèdent à la scène sur la pointe des pieds (c’est le titre de leur spectacle) pour nous livrer une douzaine de chansons d’amour : du beau, du bon, du bio comme on aime en Ariège, du circuit-court même puisque, pour les besoins de l’album, elles ont été enregistrées, l’été précédent, à l’étage dans le studio au-dessus de nos têtes.
Ont-ils reconnu les lieux, les mots et les notes semblent posséder un supplément d’âme et s’envolent, légers, poétiques, odorants, ainsi dans Carnet de bal :

« … Au petit matin dans la chambre les yeux collés au plafond
dans sa robe un parfum d’ambre, et l’amour à l’horizon …
Hum hum hum !
Lui dort dans sa chemise blanche le sourire de l’homme heureux
quel joli prénom Pervenche pour se sentir amoureux
Amoureux ! »

Et en moi-même, je susurre … hum hum hum !
Outre le chocolat (le bon le noir), les écureuils dans les cèdres (à La Bastide, ils grimpent aux platanes) et le café noir du matin, Clôde aime les mots et écrit tous ses textes, des gourmandises qu’elle met ensuite en bouche.
Dégustez donc Dans ma caboche, un petit bijou ciselé que l’hôte de la maison, Patricia, a désormais inscrit à son répertoire.

T’as semé dans mon ciboulot un’colonie de p’tits galets
Petit Poucet rondeur des mots sur une page de cahier
t’as semé dans mon ciboulot un’ ribambelle de p’tits chemins
et quand tout ça va prendre l’eau …
Vrai, un buvard n’y pourra rien

Depuis, sous le charme, je surprends ces petits cailloux littéraires « se chamaillant sous ma guinguette » ! C’est comme ça, peut-être, que nait un tube ?
On est en famille, c’est l’avantage de la musique au salon, Clôde n’est pas avare de confidences et nous fait partager un coin de jardin secret :

Sur la pointe des pieds
je me hisse
je fonds
tes habits
se défont
supplice
délicat
dans tes bras
mon cœur bat
ta badine de réglisse
dégrafe délicieuse
la fleur de mon calice
C’est … bien! “

Et c’est chaud, ce soir, à La Bastide!

« Sont beaux tu sais ces deux là
appuyés sur le mur de l’église
n’entendent pas
le temps dans le clocher … »

Bien leur fasse car le tintement des cloches à l’heure matinale de l’Angélus est devenu, aussi parfois, un sujet sensible à la campagne …
Le leitmotiv qui ouvre chaque couplet me ramène au T’as d’beaux yeux, tu sais, la réplique cultissime qu’adresse Jean Gabin à Michèle Morgan dans le film Le Quai des brumes. Avec mes références lointaines, je sens que je vais avoir droit bientôt à un cinglant … OK Boomer !
Cerise sur la croustade musicale, le duo devient trio avec la venue sur scène de Jean-Louis Gonfalone. Ce n’est pas un inconnu pour moi (ni d’ailleurs pour vous mes plus fidèles lecteurs), j’ai déjà eu l’occasion de vous parler de ce comédien, metteur en scène, « bâtisseur culturel » lors de ma visite au musée de l’Immigration pour la belle exposition Ciao Italia.
Coïncidence, c’est dans le même petit salon théâtre de La Bastide, transformé en salle de cinéma, qu’il y a quelques années, j’eus le privilège d’une projection totalement privée de son film Traces sur les spectacles historiques, fantastiques et oniriques qu’il imagina dans le décor magique des carrières de Crazannes en Saintonge romane. Il y racontait notamment l’émigration, un siècle auparavant, des jeunes carriers qui venaient de leurs villages du nord de la Vénétie.
Car je vous confie tandis qu’il accorde son ukulélé, Jean-Louis est aussi Rital d’origine. D’ailleurs, ça m’inquiète, il va nous refiler le virus … je mouche déjà !

Je fonds je fonds comm’ comm’ un sucre doux
sucre doux douceur
quand mes yeux trouvent au fond des tiens
des mots des mots des mots pétillants qui me touchent
escarmouche, escarmouche … escarmouche !

Je fonds je fonds comm’ comm’ un esquimau
esquimau soleil
quand tes yeux dans mes yeux devinent
mes maux mes maux mes maux bleus les plus farouches
escarmouche, escarmouche …

Superbe ! J’ai oublié : Jean-Louis, touche à tout (à 1 mètre quand même, principe de précaution !) généreux, passionné et passionnant, a composé la musique.
Souvenirs, souvenirs ♫ d’un temps dont on n’en possède aucun ou guère :

« Commence le voyage
ô vieillesse naissante
Je plonge dans mon corps
je cherche mon enfance
les mains qui ont couru
sur moi tout juste née
ont sur ma peau laissé
le sel de l’univers … »

Clôde, comme la regrettée Maurane, dit quelques mots sur un Prélude de (Jean-Sébastien) Bach qu’elle intitule Préliminaires pour qu’on ne la soupçonne pas de plagiat (humour). Solveig, tout naturellement, en assure la traduction dans sa langue natale.
Ne possédant aucun rudiment de la langue de Goethe, je ne saurais vous décrire ces préliminaires envisagés par Solveig mais elle apparaît tellement volubile et diserte que je regrette de n’avoir pas choisi, dans ma scolarité, l’allemand en seconde langue.
Kolossal intermède !!! Ce soir, à La Bastide du Salat, c’est open Bach (version gutturale) et happy hour, heure exquise.

« … J’ai l’envie de tes mains
de ton sabre galet
de ta langue mutine
de tes doigts qui me font
compagne désirante
quand je suis ton amante
ta chérie ta câline … »

La musique adoucit les mœurs. Me reviennent les témoignages des aïeux enregistrés dans le cadre de mes films sur la mémoire audiovisuelle du village : il y a huit décennies, à un vol de bécasse d’ici, dans les collines derrière la maison, de dramatiques combats opposèrent maquisards et troupes de la Wehrmacht. Nos peuples se sont heureusement réconciliés depuis. Je jette un regard tendre vers Solveig qui promène l’archet de son violoncelle. Plaintif ou guilleret, il souligne les états d’âme de Clôde, lyrique il s’envole parfois.
Vivement que tous les foyers de La Bastide bénéficient du wifi ! Avec ses P’tits textos, Clôde écrit une chanson d’amour 2.0.

« … Je mod’ intuitif tu short message
je fonds d’écran tu m’touches volume
je te tactile tu m’caractères
j’te coque en cuir tu m’silicones
je te bit’octet t’émoticones
je t’mms tu m’modes avion
j’te sms illimités tu m’modes avion
je te SOS tu me modes avion ?
Je t’Azerty
J’te kit mains libres ! »


J’ai comme l’impression que les amours modernes (également) finissent mal en général !
Comme Ferré et Caussimon, moi je suis du temps du tango et, ce soir, des Petits tangos d’amours mobiles Danse à l’extrême de leurs émois/ils tanguent au ciel sueur de soie/comme c’est … fragile. Et subtil : je pense à un duo surréaliste Astor Piazzolla et Jean-Sébastien Bach !
Le concert s’achève sur une autre histoire d’amour 2.0 :

« Un e-mail émaillé
aux roseurs du printemps
brusque le pas glisse le temps
peux-tu entendre l’impatience
qui me pousse à cette licence
te dire de mon cœur les tourments ? »

Orange , Bouygues et SFR n’auraient donc pas la fibre poétique ? Quelques mails plus tard …

« … Un e-mail un’chanson
mon cœur en partition
bal de juillet sous les lampions
rosée de l’aube les pieds nus
tu fredonnais je me suis tue
tu me plaisais
tu ne l’as pas su

Ah c’que tu m’plaisais ! »

Bijou d’amour, diamant littéraire, saphir sur la cire aurait-on écrit au temps du microsillon, la seule lecture à haute voix des paroles du livret d’accompagnement de l’album magnifie chaque texte ciselé par Clôde. Et lorsque les notes viennent se poser sur ses mots, elle s’accorde quelques somptueux silences pour mieux les faire respirer.
Comme dans tout bon concert qui se respecte, le public sous le charme rappelle les deux artistes qui bissent Dans ma caboche :

« Et ça m’démange et ça m’embête et ça ricoche
lalalala …
Et ça t’entête et ça t’entête dans ma caboche
lalalala … »

La soirée se prolonge en compagnie des artistes dans la cuisine autour d’un buffet de gourmandises apportées par les spectateurs.
Je tends l’oreille tout en me goinfrant des délicieux cannelés préparés par … Brigitte, l’épouse du maçon (mention légale pour les droits d’auteure !!!). À ma gauche, on papote autour des prochaines élections municipales, il est des rassemblements dangereux pour notre santé mentale … À ma droite, Clôde tente d’extorquer la recette du succès à Nicole Rieu venue en voisine. « Je suis » sans doute un des rares dans l’assistance à avoir connu son apogée artistique au milieu des seventies. Comme c’est bon de l’entendre évoquer l’époque où la petite ariégeoise passait en vedette américaine des récitals d’Adamo et Marcel Amont (le boomer rigole, mais non, Clôde, il n’est pas mort, il chante encore à 91 ans le 1er avril prochain !).
Moi j’aime le music-hall ♫, ses chanteuses poètes, ses jongleuses de mots et de notes.
Trenet toujours, je traîne encore sur le Pré Commun malgré l’heure tardive : Longtemps, longtemps, longtemps après que les poètes ont disparu, leurs chansons courent dans les rues, parfois on change un mot une phrase et quand on est à court d’idées on fait la la la la la lé … ça s’effiloche dans ma caboche.
C’est vraiment chouette le concept de concert chez l’habitant … pour vous inoculer le virus de la musique ! Merci Clôde et Solveig !

Clôde et Solveig

PHOTO COUV ALBUM jpeg

Album sorti en septembre 2019, en vente en contactant Clôde Seychal, c.seychal@free.fr
3 titres en écoute sur le site de l’artiste www.clode-seychal.fr

*billets de mon blog consacrés aux spectacles créés par Patricia Damien et Philippe Morin :
http://encreviolette.unblog.fr/2018/04/24/chapeau-bas-barbara-et-merci-patricia-damien-et-jean-louis-beydon/
http://encreviolette.unblog.fr/2017/01/21/pampinou-fait-le-guignol-une-vraie-bete-de-scene/
http://encreviolette.unblog.fr/2012/03/07/les-vaches-rient-de-lamour/
http://encreviolette.unblog.fr/2013/09/03/un-soir-au-cafe-du-ptit-bonheur/

** éléments de biographie écrits par Jean-Louis Gonfalone

Publié dans:Coups de coeur |on 16 mars, 2020 |Pas de commentaires »

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