Archive pour octobre, 2019

Mon Festival du Film Britannique de Dinard 2019 (2ème partie)

Pour le compte-rendu des deux premières journées du festival, cliquer ici :
http://encreviolette.unblog.fr/2019/10/19/mon-festival-du-film-britannique-de-dinard-2019-1ere-partie/

Vendredi 27 septembre :

Dinard Hitchcock blog

Ce matin, nous prévoyons d’en terminer avec les projections des films en compétition pour le Hitchcock d’or à l’auditorium Stephan Bouttet.
Et d’abord, The Last Tree du réalisateur noir Shola Ammo qui avait auparavant sorti un documentaire multimédia expérimental sur la gentrification de Brixton, un quartier au sud de Londres dont les minorités ethniques et la classe ouvrière ont été peu à peu chassées par la hausse des prix. On connaît aussi ce phénomène dans les grandes métropoles françaises.
Shola Amoo s’inspire cette fois de sa propre jeunesse pour raconter l’enfance déracinée de Femi, un jeune garçon britannique d’origine nigériane. Celle-ci commence, de manière heureuse semble-t-il, avec Mary, sa mère adoptive aimante blanche, dans la zone côtière et rurale du Lincolnshire.

The Last Tree  mère adoptive blog

Femi s’éclate sur les étendues plates du Walsh baignées d’une belle lumière dorée, qui lui servent de terrains d’aventure avec ses camarades blancs.
Tout bascule avec l’arrivée de Yinka, la mère biologique de Femi, qui souhaite reprendre son fils maintenant qu’elle a trouvé un emploi et un endroit pour vivre. Malgré la promesse de Mary de tout faire pour en conserver la garde, Femi se retrouve bientôt transplanté dans la grisaille d’un quartier du sud de Londres, un peu sordide, qui détone des paysages lumineux du Lincolnshire.
C’est un changement de vie bouleversant pour Femi. Sa mère l’élève alors de manière très autoritaire, lui imposant des tâches ménagères, un respect sévère, le tabassant même.
À l’école aussi, Femi trouve difficilement ses marques au milieu de ses camarades noirs et citadins qui se moquent de son héritage africain, notamment son prénom. De manière symbolique, il écoute la musique de The Cure dans son casque mais leur déclare sa passion pour Tupac Shakur, poète et acteur américain assassiné à l’âge de 25 ans et souvent considéré comme étant l’un des plus grands rappeurs de tous les temps.
Dessous sa carapace de douceur, Femi glisse peu à peu vers une certaine violence
Il manifeste quelque intérêt pour Tope, une lycéenne aux tresses violettes, qui connaît elle-même des problèmes de racisme et d’identité, mais semble mieux les affronter. Un des ses professeurs comprend les tourments qui envahissent Femi et tente de l’aider.
Troisième partie du film, réconcilié avec sa mère, ils s’envolent pour le Nigéria et Lagos afin qu’il fasse connaissance avec son père biologique devenu un pasteur chrétien opulent. Chez lui, tout est décoré à la feuille d’or « Pourquoi nous as-tu abandonnés ? » demande Femi. « Elle ne savait pas quelle transgression c’était ! ».
Vous avez compris, The Last Tree, ce Femi des villes et Femi des champs, est plein de bons (et de mauvais aussi !) sentiments qui me remuent. Encore une fois, je prends conscience de la chance que j’ai eue.
Shola Amoo, le réalisateur sait avec habileté donner des couleurs et des sons appropriés aux trois endroits, Lincolnshire Londres et Lagos, où l’histoire se déplace. Les arbres sont un symbole discret mais puissant d’une vie toujours possible.
Comme d’habitude, je me répète, les acteurs sont excellents, bien sur Femi que l’on retrouve, selon l’âge de l’enfance et de l’adolescence, sous les traits de Tai Golding puis Sam Adewumni, Denise Black dans le rôle de la mère nourricière ainsi que Gbemisola Ikumelo la mère biologique.

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The Last Tree pourrait aussi postuler au Prix du Public. Avec tendresse, il nous invite à réfléchir sur les problèmes de racisme, d’identité, ajoutons la religion, qui nous divisent dans notre société.
Allez vite ! Nous nous glissons dans la file d’attente pour la projection de Only you, le dernier film en compétition.
Pour l’instant, c’est (presque) Only Jacques Chirac dont le décès, la veille, fait la Une de Ouest-France et Le Télégramme de Brest, à disposition gratuitement à l’accueil.

Dinard chirac blog

Une sympathie s’était tissée entre la population dinardaise et l’ancien président de la République qui effectuait régulièrement des séjours dans la cité balnéaire, à l’invitation de son grand ami, l’homme d’affaires François Pinault.
Only you, premier long-métrage de la réalisatrice Harry Wootliff, n’est pas Coup de foudre à Notting Hill, mais à Glasgow !
Réunis par le plus grand des hasards, sur un malentendu, dans un taxi, un soir de Nouvel An bien arrosé, Elena et Jake tombent éperdument amoureux et ne vont plus se quitter. Il a 26 ans et est DJ pour payer ses études de doctorat en biologie marine. Elle a dix ans de plus (qu’elle va avouer progressivement au cours de la narration !) et travaille dans un centre culturel.
Tout semble les opposer mais vous savez (j’espère) ce que c’est, l’amour a le pouvoir de lever tous les obstacles, et puis le spectateur est bien content que ça fonctionne entre eux. Les deux tourtereaux respirent tellement la sympathie, d’autant plus qu’ils sont interprétés par deux jeunes acteurs exceptionnels de justesse, l’espagnole et même catalane Laia Costa et le britannique Josh O’Connor (futur Prince Charles dans The Crown) qu’on avait découvert à Dinard dans The Riot Club en 2014 puis surtout dans Seule la Terre, Hitchcock d’or 2017.
DJ oblige, ça roucoule sur le slow I want you d’Elvis Costello. À défaut, je vous offre le clip officiel :

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On craint de s’installer dans une romance gentillette jusqu’à ce le couple forme le projet d’avoir un enfant. On bascule bientôt dans le mélodrame devant son incapacité à créer une descendance. Cela vire même à l’obsession et la réalisatrice force même le trait en multipliant les séquences de fêtes et invitations où Elena et Jake se retrouvent en présence de poupons délicieux et de mères rayonnantes. Les pauvres !
Rien ne nous est caché depuis les tests négatifs jusqu’à la fécondation in vitro dont le champ d’application demeure encore d’actualité dans de nombreux pays.
Je craque devant les yeux remplis de larmes d’Elena et Jake à chaque test de grossesse infructueux. On voudrait bien que ça « marche » ! Ils sont si attachants mais leur amour résistera-t-il aux épreuves de la vie ?
Un indice ? On réentend Elvis Costello à la fin du film !

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Cette fois, je ne zappe pas le sandwich de midi (il est en fait presque 15 heures !) et clin d’œil, la table du Rock Café, où je déguste mon jambon de Bayonne beurre (et même fromage), rappelle la pochette de Nevermind, l’album culte du groupe Nirvana, avec le bébé nageur tentant (ou pas !) de saisir un billet d’1 dollar accroché à un hameçon. Symbole d’un appât illusoire pour une génération désenchantée !

Dinard nirvana

Petite anecdote de cette mémorable pochette … où le zizi du bambin est visible : la maison de disques désirait l’enlever de l’image, mais le leader du groupe Kurt Cobain déclara que le seul compromis qu’il accepterait serait une vignette masquant le pénis sur laquelle serait écrite « Si cela vous choque, vous devez être un pédophile en puissance ».
On ne traîne pas au café car, même si notre prochain film n’est programmé qu’à 17 heures 30, on pressent qu’il va y avoir foule dans les deux salles du cinéma Émeraude pour assister à l’unique projection en avant-première de Sorry, We missed You, le « nouveau Ken Loach » comme on dit quand il s’agit des plus grands noms du cinéma : récompensé par la Palme d’or à Cannes pour Le vent se lève (2006) et Moi, Daniel Blake (2016), plusieurs prix du Jury sur la Croisette, ainsi que des César. Un sacré bonhomme qui, à 83 ans, continue à être en lutte contre l’injustice sociale, toujours du côté des travailleurs exploités :
« Nous avions avec Paul (Laverty son scénariste) de grandes discussions sur la façon dont le monde du travail évoluait, comment l’on passait d’un travail sûr à un travail précaire, d’un salaire décent à un salaire indécent. Tout cela n’a rien d’accidentel. C’est l’aboutissement d’un très long processus entamé par Margaret Thatcher : l’affaiblissement des syndicats, la disparition d’anciennes industries et l’apparition de secteurs d’activité privilégiant la précarité. C’est la conséquence inévitable du « marché libre » et de la concurrence effrénée. Pour faire baisser les prix, il faut réduire les coûts, et, en premier lieu, celui du travail en en modifiant le cadre. Ceux qui ne travaillent pas assez dur, pas assez vite, sont rayés de la carte … Voilà la loi du marché et ce sur quoi l’Union Européenne est bâtie » (interview dans Marianne du 24 octobre 2019)
Cette fois, Ken Loach dénonce les ravages de l’ubérisation à travers le destin cabossé d’une famille de Newcastle, ancienne ville ouvrière qui constituait déjà le décor de Moi, Daniel Blake.
Alors que le menuisier Daniel Blake, atteint d’une maladie cardiaque, ne pouvait plus travailler et affrontait les aberrations kafkaïennes de l’administration pour faire valoir ses droits, Sorry, We missed You s’ouvre sur un entretien d’embauche, a priori positif mais qui s’avèrera tout aussi destructeur.
C’est l’histoire poignante et révoltante d’une famille soudée et courageuse mais endettée. La mère trime comme auxiliaire de vie auprès de personnes âgées ou handicapées. Ricky, le père, après avoir fait un tas de petits boulots dans le bâtiment, se met à son compte comme chauffeur-livreur pour une plateforme de vente en ligne. Le chef du dépôt met en avant la prétendue liberté dont Ricky va bénéficier comme auto-entrepreneur, tout en insistant bien sur les cadences à respecter, les objectifs à tenir.
Le bout du tunnel ? On aurait envie de le croire quand on voit partir en tournée en camionnette Ricky et sa fillette adorable mais tellement naïvement lucide sur les dangers du « gun », un boîtier ultra-perfectionné multifonctions, chargé principalement de scanner les codes-barres mais plus encore, de surveiller en permanence les faits et gestes du chauffeur. Dans la course contre le temps et donc le chiffre, fonce, cours ou crève, il est même contraint d’emporter une bouteille pour satisfaire ses besoins pressants.
Ces tournées harassantes ont bientôt des répercussions désastreuses sur la vie familiale réduite à chagrin : l’épuisement, l’irritabilité, les colères, les disputes le fils en rébellion et en décrochage scolaire … C’est ma faute martèle fréquemment le père. Mais non ! Ce n’est pas sa faute, ni même à Voltaire, mais à UBER !

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Les acteurs sont admirables et criants de justesse et pour cause, certains, professionnels depuis peu, connaissent bien la classe ouvrière. Kris Hitchen, qui incarne le père, a été chauffeur durant vingt ans. Debbie Honeywood, la mère, a grandi dans le monde ouvrier et travaillé avec des enfants en difficulté. Issus des couches populaires de la société, ils respirent le travail par leur façon de s’exprimer, de se mouvoir, de manger, de vivre tout simplement.
On sort de la projection, bouleversé, ébranlé, à double titre. D’abord, dans nos convictions nourries, gavées plutôt, notamment par les images en boucle, des dizaines de samedis durant, des chaînes d’infos à propos du mouvement de nos gilets jaunes.
La fiction proposée par Ken Loach, cinéaste engagé, enragé, insoumis (ce n’est pas un gros mot !), tendre, profondément humain, dénonce la réalité violente de la société actuelle. Elle possède la puissance du documentaire ou reportage et est tellement plus efficace et instructif que les litanies d’experts sur les plateaux de télévision.
Chez nous, l’œuvre intimiste de Robert Guédiguian et les brûlots de François Ruffin (le césarisé Merci Patron et le récent J’veux du soleil) suivent les mêmes louables brisées.
Dans un autre registre, Thierry Rajic, photographe et réalisateur de clips, aborde subtilement les mêmes questions sociales à travers les portraits de ses « javanais » et voisins (relire mon billet sur son exposition : http://encreviolette.unblog.fr/2019/09/20/thierry-rajic-artiste-citoyen-et-engage-expose-au-giron-dart/comment-page-1/ .
Ensuite, on est ébahi par l’exceptionnel savoir-faire de Ken Loach, ce vieux monsieur si jeune dans ses idées et sa manière de filmer. Dans Sorry, We missed You comme dans I, Daniel Blake, on ne relève aucune fioriture, aucune longueur, aucune faute de scénario ou erreur de casting : toute la différence entre un immense cinéaste de notoriété mondiale et les bons (et parfois très bons) films que nous propose le Dinard Film Festival.
Quelques mots encore de Ken Loach : « La vapeur seule ne suffit pas à conduire la machine à vapeur. Le changement passe forcément par la lutte politique. Les cinéastes ne peuvent pas s’arrêter quand le film est fini. Ils doivent l’accompagner, rencontrer le public, prendre part aux réunions syndicales et politiques, voter. Être actifs, tout simplement ! … Quand on voit des gens à genoux se relever, nous avons l’obligation absolue de nous tenir debout, droits, à leurs côtés ».
Lors de forums pour la promotion du film en Grande-Bretagne, Ken Loach et ses deux acteurs principaux, ont reconnu qu’ils avaient voté Stay (reste) sur la question du Brexit ! Un dilemme !
Sorry, We missed You sort sur les écrans français fin octobre, vous m’avez compris …
Ce vendredi soir, la conversation ira bon train à notre table du Sadi 2 devant un bar de ligne entier (1,2 kg quand même !) sur ardoise, partagé à deux !
Je me souviens qu’en tant que président de ma copropriété, j’avais fustigé un livreur de colis qui circulait anormalement en camionnette dans les allées piétonnes : il m’avait répondu, « ne m’agressez pas, j’ai des objectifs ! » Sorry !
Samedi 28 septembre :
C’est mon dernier jour de festival, des obligations m’obligeant à rejoindre l’Ile-de-France avant lundi.
C’est le premier jour des grandes marées et, ce matin, les employés municipaux s’affairent sur la plage de l’Écluse pour procéder aux mesures de sécurité.
Exceptionnellement, nous accédons à la salle du Balneum par le palais des Arts pour la projection des Shortcuts, les dix courts-métrages en compétition, sous les yeux du jury présidé par le populaire et talentueux réalisateur Shane Meadows. Il remporta le Hitchcock d’or en 2004 avec Dead Man’s Shoes. Il offrit aussi en avant-première la plupart de ses films au public de Dinard, notamment son plus grand succès This is England et son documentaire musical The Stone Roses. Lui aussi sait filmer magistralement les affres de la société britannique.
Beaucoup de réalisateurs ont fait leur apprentissage avec des shortcuts avant de se lancer dans le long-métrage.
Les spectateurs sont invités à cocher leur film préféré dans la liste qui leur est fournie à l’entrée. J’hésite pour ma part entre Capital de Freddy Siborn et The 1st de Mark Waites, aussi jubilants l’un que l’autre, même si le premier traite d’un sujet de société éminemment sérieux.
En effet, suite à un référendum sur la peine de mort qui a rallié 50,9% des voix en faveur du retour de la pendaison, une équipe de jeunes fonctionnaires se rencontrent le jour de l’ouverture du nouveau ministère de la peine de mort avec comme lourde tâche de rendre au peuple britannique le pouvoir de pendre.
On assiste aux échanges de points de vue et arguments souvent farfelus ou ineptes entre ces technocrates incompétents. On rit aux éclats mais aussi … un peu jaune car on imagine, derrière cette satire qu’on n’est pas si loin d’une certaine réalité et que, parfois, certaines décisions puissent être prises en haut-lieu de manière aussi désinvolte en méconnaissance du sujet … le Brexit par exemple ?
Le propos de The 1st est beaucoup plus futile. « J’ai toujours été réalisateur mais je ne réalisais pas ». On assiste au tournage en studio, sous la direction d’une jeune réalisateur arrogant, imbu de lui-même et donc novice, d’une publicité de 30 secondes dans laquelle un mur de 2 500 bouteilles de lait vides doit être dynamité et filmé au ralenti. L’équipe travaille dur pour empiler les bouteilles, tout semble bien se passer sauf que le premier assistant réalisateur est souffrant et son remplaçant maudit. Pauvre réalisateur qui, désemparé, s’interroge sur ce qu’il faut écrire sur l’instant de l’explosion ! Il parodie Magritte sans le savoir : « Ce ne sont pas des bouteilles de lait tant qu’il n’y a pas de lait dedans » !

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Douze minutes d’éclats de verre, de rires pardon, garantis durant lesquelles tous les archétypes d’un tournage sont … tournés en dérision ! Les acteurs excellents semblent eux-mêmes ne pas se prendre au sérieux et composer au second degré. Délicieusement British ! Je vote pour !
Il est midi et, sur le chemin vers la salle Hitchcock, nous faisons une halte à la terrasse ensoleillée du Rock Café. Cette fois, nous choisissons de nous asseoir à la table dédiée à Abbey Road, l’album mythique des Beatles.

Dinard Abbey Road 2 blog

Le temps qu’on me prépare mon « délicieusement franchouillard » sandwich jambon beurre fromage, je vous raconte la genèse de la tout aussi mythique pochette.
Il faut revenir un demi-siècle en arrière, précisément le 8 août 1969, à Londres. Paul Mc Cartney, John Lennon, George Harrisson et Ringo Starr enregistrent leur nouvel album dans les studios EMI sis à l’angle d’Abbey Road. Ils envisagent de l’appeler Everest en référence aux cigarettes fumées par leur ingénieur du son et, du coup, d’aller faire la photo de la pochette sur le célèbre mont du massif de l’Himalaya. Le voyage est trop coûteux pour un simple cliché. McCartney propose alors banalement de sortir dans la rue en bas des studios et d’intituler l’album du nom de cette artère.
À 11h 30 du matin, Iain MacMillian, un photographe écossais, monté sur un escabeau, prend une série de clichés immortalisant les 4 Beatles qui traversent le passage piéton au croisement de Grove End Road et Abbey Road. Seul un badaud a échappé à la vigilance des policiers qui bloquent la rue, cela pourrait être le point de départ (l’incipit pour faire savant !) d’un roman : l’homme qui a vu les Beatles traverser Abbey Road en file indienne !
Sémiologie de l’image : les célèbres chanteurs tournent le dos au studio et semblent s’en aller vers un ailleurs. À l’époque, bruissaient des rumeurs de leur séparation : Abbey Road fut leur dernier album enregistré car Let it Be, l’ultime chronologiquement, avait été enregistré auparavant.
C’est pour cela que cinquante ans plus tard, dans ce quartier résidentiel de Londres, des touristes sexagénaires (de plus jeunes aussi) sont toujours nombreux à prendre la pose et se photographier sur le passage piéton, provoquant des embouteillages !
Here comes the sun, même à Dinard cet après-midi ! Allez, un café (bien que je ne m’assoupisse jamais au festival !) et c’est parti pour une autre avant-première, Denmark, d’Adrian Shergold, celui-là même qui a réalisé Cordelia.
Décidément, aujourd’hui, on baigne dans l’autodérision : le héros Herb, interprété par Rafe Spall lui-même fils de l’immense acteur de Timothy Spall qui avait incarné le Mr Turner de Mike Leigh, est un Gallois, chômeur, abandonné par sa femme, sans nouvelles de son fils. Il décide de changer de vie après avoir vu un reportage dans un journal télévisé : les prisonniers danois semblent être mieux lotis que lui dans leurs prisons « dorées », avec un travail, des soins de santé, le calme de la campagne et même une télé HD. Aussi, n’ayant plus rien à perdre et un peu à gagner, il embarque clandestinement sur un cargo avec le projet loufoque de se faire arrêter et incarcérer dans une prison danoise où l’eau et les lits sont chauds.

Denmark blog

Herb se retrouve ainsi, au pays d’Andersen, dans une ville pittoresque avec tout ce dont il a besoin y compris une banque à braquer. Mais rien ne va se passer comme prévu dans son odyssée a priori morbide. Et lorsqu’il y croise une barmaid éminemment sympathique (je confirme) et … un chien errant qui lui colle bientôt aux basques, Herb commence à s’interroger si la prison est vraiment son unique chance d’être épanoui.
Et puis, et surtout … n’est pas forcément un criminel crédible, qui croit l’être ! Quelle idée de cultiver une ambition aussi saugrenue que de vouloir se faire emprisonner dans un pays où les prisonniers mèneraient une vie plus agréable que les laissés-pour-compte du système d’aide sociale chez soi !
Denmark est un film optimiste, tendre, drôle, détendu et, pourtant en toile de fond, une fois encore, sont esquissés la précarité et le mal-vivre.

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Nous sortons de la salle en hâte (maudit tourniquet) pour rejoindre la file d’attente de la projection suivante. Nous avions oublié que c’est samedi et que beaucoup de Rennais et même Parisiens rejoignent leur résidence de la Côte d’Émeraude pour le week-end. Malgré notre carte pass, la queue est trop longue pour espérer entrer.
Adieu donc Mr. Jones de la réalisatrice polonaise Agnieszka Holland !
Changement donc de programme, nous téléphonons au restaurant que nous avions choisi pour repousser notre venue à 21h 30. Puis assis à la guinguette installée sur le parking, à la recherche du temps perdu, nous bavardons avec la charmante hôtesse britannique à l’accueil de la salle Hitchcock. Cinéphile avertie, elle faisait partie en juin de l’organisation du festival du film de Cabourg qui, en référence à Marcel Proust, récompense les lauréats avec un Swann d’or.
Pour notre dernier film, le public est clairsemé, beaucoup de « festivaliers » ayant sans doute préféré s’agglutiner autour du cinéma Émeraude pour le « tapis rouge » des membres du jury et les équipes d’acteurs à l’occasion de la proclamation des résultats.
Nous partons, hors saison, dans le Sussex sur les falaises crayeuses qui enchâssent la petite station balnéaire de Seaford. C’est là que l’écrivain scénariste (nominé aux Oscars avec Gladiator) William Nicholson, plante le décor de son film Hope Gap présenté en avant-première.
Il bénéficie de ma part un préjugé favorable du fait de son casting prometteur : l’actrice et comédienne américaine Annette Bening à la riche filmographie (me viennent à l’esprit Valmont de Milos Forman, American Beauty de Sam Mendes, Open Range de Kevin Costner), le toujours épatant, éclectique, pince-sans-rire, cabotin parfois, Bill Nighy, et un des fleurons de la jeune génération britannique Josh O’Connor dont j’ai déjà vanté le talent.

hope-gap-lblog

En ouverture du film, justement sur le promontoire de Hope Gap, Grace alias Annette Bening évoque les jours heureux où son fils Jamie, alors enfant, aimait se promener dans ce site pittoresque d’une blancheur éclatante comme épargné par l’usure du temps. Le problème est qu’il y a eu une vie depuis, 33 ans de vie commune …
Grace et Edward forment un vieux couple typiquement britannique. Elle est un brin excentrique et férue de littérature. Elle récite de la poésie et concocte une anthologie de versets recouvrant toute la gamme des expériences humaines. Lui, professeur d’Histoire, est silencieux, impassible, attaché à l’immuable rituel du thé, passant ses soirées à corriger des articles de Wikipedia, toujours consentant à ce qu’elle veut faire, sauf quand elle attend de lui une vraie opinion.
Pour susciter une réaction, devant leur fils Jamie venu de Londres pour le week-end, Grace, au comble de l’exaspération, tire la nappe de la table renversant tous les couverts, avant de se rendre le lendemain à l’office religieux du dimanche comme si rien ne s’était passé. C’est ce moment que choisit Edward pour déclarer calmement à son fils qu’il quitte le foyer aujourd’hui même, qu’il est amoureux d’une autre femme et que Grace n’a absolument pas connaissance de cette aventure parallèle. On comprend très vite que sa décision brutale n’est pas aussi soudaine que cela. Il était malheureux depuis longtemps et n’a plus de temps à perdre.
Les face-à-face entre époux sont rares, et la narration progresse lentement par leurs conversations séparées, artificielles et superficielles, avec leur fils Jamie, peut-être la seule véritable bonne chose à tirer de leur mariage (« ils se sont rencontrés dans le mauvais train » dit Edward !). Mais, finalement, Jamie semble plus préoccupé par le bonheur individuel de ses parents qu’à ce qu’ils restent ensemble.

Hope Gap 2 blog

Cela rend le film un peu monotone, n’effleurant que l’écume des choses. Le divorce est douloureux mais Hope Gap ne l’est sans doute pas assez. Encore que Hope Gap soit un endroit métaphorique pour se jeter à la mer, ne croyez pas que cela n’a pas traversé l’esprit de Grace.
Au final, on en garde un certain plaisir en se concentrant sur les brillantes interprétations d’Annette Bening, Bill Nighy et Josh O’Connor.
Initiative municipale (?), un podium a été dressé sur la chaussée, à quelques mètres du restaurant Ma Pomme où nous avons réservé. Le son assourdissant d’une musique de d’jeuns nuit à la qualité de notre conversation devant un tartare de haddock et un faux-filet sauce roquefort.
Notre Dinard Film Festival s’achève avec un petit détour par le cinéma Émeraude à l’entrée duquel est affiché le palmarès tout fraîchement proclamé.
Le film The Keeper de Marcus Rosenmüller sort grand vainqueur de cette édition 2019 avec le Hitchcock d’or du jury, ainsi que le Prix du Public.

Palmarès The-Keeper-blog-

Je ne suis pas surpris outre mesure car, à l’issue de la projection, j’avais émis l’idée qu’il puisse postuler à la récompense suprême. Cependant, je suis un peu déçu qu’un jury présidé par Sandrine Bonnaire ait porté son choix sur ce film très académique. On aurait pu attendre un peu plus d’audace, il a privilégié un coup de cœur.
Le Hitchcock du meilleur scénario revient à VS. de Ed Lilly : rien à redire.
La Critique prime Only you de Harry Wootliff, la romance de cet adorable couple malheureux de ne pas parvenir à avoir un enfant. Les deux héros Laila Casta et Josh O’Connor avaient de quoi séduire. Un regret pour le dérangeant Animals qui repart bredouille !
Shane Meadows et son jury des Shortcuts attribuent le Hitchcock du court-métrage à Widdershins de Sipon P. Biggs, un film d’animation, intelligent et drôle, sur la vie d’un élégant gentleman réglée comme du papier à musique par une armée d’automates.
Le Public a « tranché » autrement en récompensant Capital de Freddy Syborn.
L’association La règle du jeu décerne son Hitchcock Coup de cœur à l’émouvant Pour Sama de la jeune Syrienne d’Alep Waad Al-Kateab et Edward Watts, présenté en avant-première, qui a bénéficié d’un excellent bouche à oreille.
Enfin, un Hitchcock d’honneur récompense l’œuvre du grand réalisateur Mike Leigh. On ne peut que souhaiter que son dernier film Peterloo (un massacre de citoyens dont on commémore le bicentenaire) qu’il était venu présenter, trouve un distributeur en France.

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Ainsi s’achève ce trentième festival du film britannique de Dinard : une cuvée fort honorable avec des films plaisants sur des sujets souvent forts qui nous interpellent, et une kyrielle d’acteurs talentueux.
J’ai déjà hâte de me mettre sur mon 31 pour le Dinard Film Festival 2020 avec ou sans Brexit, avec une nouvelle équipe municipale et une nouvelle organisation succédant au directeur artistique actuel Hussam Hindi.

Mon Festival du Film Britannique de Dinard 2019 (1ère partie)

Mercredi 25 septembre :
C’est le début du 30ème Dinard Film Festival puisque, communication oblige, depuis l’année précédente, on a rebaptisé ainsi le Festival du Film Britannique. Les « communicants » trouvaient que la ville de Dinard n’était pas assez mise en valeur dans l’intitulé de cet événement cinématographique.
C’est peut-être pour cela également que l’an dernier, ces mêmes adeptes de la déesse Com avaient invité, pour présider le jury du festival, la bellissima Claudia Bellucci dont la photographie trône à l’intérieur du Palais des Arts.

Dinard Bellucci blog

Une initiative bling-bling qui aurait coûté, si j’en crois une polémique au sein du conseil municipal, la coquette somme, « plus ou moins prévue », de 28 000 euros ! La diva aurait été accompagnée notamment d’un coiffeur. Ironie du calendrier et événement capillaire de cette rentrée, Monica aurait sacrifié, ces jours-ci, ses célèbres cheveux longs pour un carré court ultra tendance !
Faut-il y trouver quelconque lien, les organisateurs du festival ont, cette année, tourné le dos à la dolce vita en choisissant comme présidente du jury de la compétition pour le Hitchcock d’or, Sandrine Bonnaire qui se révéla avec son rôle de SDF dans le film Sans toit ni loi d’Agnès Varda. La talentueuse actrice connaît d’ailleurs bien la Côte d’Émeraude et Dinard pour y avoir tourné dans les environs avec Isabelle Huppert, La Cérémonie, l’un des plus beaux films du regretté cinéaste Claude Chabrol qui réglait une fois encore ses comptes avec les notables.
Organiser son propre programme de projections, afin de visionner le maximum de films, constitue toujours un casse-tête : avec un peu de persévérance, nous pourrions en découvrir, aujourd’hui, cinq de la compétition officielle, sans bouger de la salle Stephan Bouttet, enfin presque … puisque, même muni d’une carte pass, il faut en sortir à l’issue de chaque séance pour reprendre la file d’attente de la suivante … parfois sous le vilain crachin breton comme ce matin.
Notre passion pour le cinéma britannique n’est pas altérée pour autant, on sait qu’en Bretagne il fait beau deux fois par jour … et même plus. Malgré les parapluies et les capuches, nous retrouvons, d’une année à l’autre, les mêmes visages, de nouveaux aussi car le rendez-vous cinématographique de Dinard a gagné en notoriété et popularité au fil du temps.
Le festival fête sa trentième édition, pour ma part, c’est la treizième à laquelle j’assiste, et pour célébrer cet heureux anniversaire, l’affiche de la manifestation représente selon le mot de son créateur « une ambassadrice, un peu starlette, un brin festivalière, un soupçon séductrice, coiffée d’un hatcake qui saura satisfaire tous les gourmands du 7ème art ».

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Au risque de frôler la crise de foie, en ouverture de chaque séance, est projetée la bande-annonce imaginée, comme lors des années précédentes, par le jeune réalisateur rennais Paul Marques-Duarte.
Clin d’œil aux comédies musicales, dans des couleurs très kitsch dignes des toilettes acidulées de la reine Elizabeth, elle se déroule, anniversaire oblige, dans une pâtisserie. Un marin anglais conte fleurette à l’appétissante vendeuse qui apporte la dernière touche à la pièce montée. On y parle de coup de foudre ou plutôt d’éclair, d’opéra et de Paris-Brest, ça y est j’ai encore pris 500 grammes, et ça s’achève par une chorégraphie géante filmée cet été sur la plage de l’Écluse. On entend des murmures dans la salle, provenant sans doute de certains des 300 figurants.
C’est réjouissant en ces temps troubles de Brexit mais un peu long (2 minutes et 40 secondes) donc …« bourratif » à la troisième projection !

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Photogramme de la bande annonce Dinard

Plus digestes, car brefs et variés, sont les clips « Plutôt thé ou café ? » produits par les vins rosés de Provence Estandon.
Des questions clichés sont posées à des acteurs et réalisateurs pour mesurer leur degré d’appartenance à la société française ou britannique : « Mini ou 2 CV ? », « Cheddar ou Camembert ? », « God Save the Queen ou Marseillaise ? », « Beckham ou Cantona ? », « Shakespeare ou Molière ? »…
« Bière ou vin rouge ? ». J’adore la réponse de Christopher Granier-Deferre, fils du réalisateur de La veuve Couderc, Le Chat et Une étrange affaire, qui boit inconditionnellement du rosé, boisson souvent synonyme de vacances. Ainsi, a-t-il l’impression d’être en vacances à longueur d’année !
Pour moi, adepte du rosé estival, Dinard signifie des vacances de cinéma … et le moment est venu de voir un premier film en lice pour le Hitchcock d’or, The Keeper du réalisateur allemand (oui, je ne me trompe pas ! il s’agit d’une coproduction) Marcus H. Rosenmüller, l’histoire (un peu trop ?) romancée de Bert Trautmann, un gardien de but de football des années 1950.
Mes fidèles lecteurs n’ignorent sans doute pas ma passion pour ce sport, inoculée sans nul doute par mon regretté père qui, dès ma plus tendre enfance, m’emmenait sur ses épaules au stade de Colombes pour admirer les plus grands joueurs de l’histoire de ce jeu, Raymond Kopa, les artistes hongrois Sandor Kocsis dit « Tête d’or » et le « Major galopant » Ferenc Puskas, Alfredo Di Stefano ou encore « l’araignée noire », le goal soviétique Lev Yachine.

la statue du vrai Bert Trautmann au musée du Club de Manchester City

la statue du vrai Bert Trautmann au musée du Club de Manchester City

À ce jour, j’avais certes entendu parler de Bert Trautmann, ses performances footballistiques ayant parfois franchi la Manche dans ma jeunesse, mais j’ignorais son passé comme soldat de la Wehrmacht.
« On nous cache tout, on nous dit rien /Plus on apprend plus on ne sait rien/On nous informe vraiment sur rien » chantait Jacques Dutronc. À l’ère du numérique et des raisons sociaux, c’est toujours d’actualité, nous en aurons la démonstration le lendemain avec l’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen ! !
The Keeper commence en 1945 alors que la Seconde Guerre mondiale se termine. Certains soldats allemands, parmi lesquels Bert Trautmann, se retrouvent détenus dans un camp de prisonniers du Lancashire. Dans l’attente d’être renvoyés en Allemagne, dans le cadre d’un programme de « dénazification », ils effectuent diverses corvées, parient des cigarettes en se défiant dans des séries de pénaltys.
Un épicier qui dirige le modeste club de football local, passant par là avec sa fille, remarque ce Trautmann qui stoppe tous les tirs dans son but de fortune : « That blond lad in goal, he’s not half bad ». Et si ce goal keeper (telle est l’origine de la dénomination française du poste de gardien de but, n’oublions pas que le football est né en Angleterre !) pouvait éviter à son équipe d’être reléguée dans la division inférieure ?
Ainsi commence cette petite histoire, je n’ose pas dire « point de détail » vous savez pourquoi, qui va nous renvoyer à la grande Histoire.
Ses prestations à Saint Helens confèrent rapidement à Bert Trautmann une réputation d’excellent gardien de but et suscitent bientôt l’intérêt des clubs professionnels de la Football League. En 1949, il rejoint le club des Blues de Manchester City, rival des Reds de Manchester United.
En cet immédiat après-guerre où le conflit contre les Allemands est encore très vif dans tous les esprits, en particulier à Manchester ville très bombardée qui compte une importante communauté juive symbolisée dans le film par le rabbin érudit Alexander Altmann, son recrutement provoque l’indignation.
Au fil du temps, le dégoût sincère (?) de Trautmann à l’égard des atrocités nazies, son humilité, son mariage aussi avec la fille du commerçant … et ses exploits footballistiques, vont gagner le cœur des supporters des Blues et plus généralement des sportifs britanniques.
L’ex-soldat de la Wehrmacht, décoré de la Croix de fer la distinction militaire préférée de Hitler et largement utilisée par le Troisième Reich, devient définitivement un véritable héros (sportif) à l’occasion de la finale de la Cup d’Angleterre de 1956 opposant Manchester City à Birmingham dans le « temple » de Wembley.
Non seulement, Trautmann contribue activement au succès de son équipe mais il fait preuve de courage en jouant les quinze dernières minutes de la rencontre avec une fracture de deux vertèbres cervicales suite à un choc avec un attaquant adverse. À cette époque, aucun remplacement de joueur n’était autorisé. Au-delà de la légende athlétique comme le sport sait parfois écrire et de la tendre romance amoureuse nouée avec la fille de l’entraîneur, The Keeper pose des questions beaucoup plus importantes comme le pardon, la résilience et la réconciliation.
Les jeunes générations (il y en a dans le public) découvrent peut-être avec étonnement que la renaissance de la paix en Europe n’était pas une mince affaire au milieu du siècle dernier, chacun portant dans sa chair les traumatismes d’une guerre meurtrière, même si d’ailleurs nous n’en connaissions pas encore toutes les horreurs.

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L’exercice n’était pas aisé pour le réalisateur Marcus H. Rosenmüller de partir du biopic d’un footballeur pour exprimer la difficulté de réconcilier des peuples ennemis.
Il construit de belles séquences qui jouent le rôle de symbole dans la narration. J’ai aimé, dans la première partie du film, pour restituer l’insouciance et une certaine joie retrouvée dans l’immédiat après-guerre, la scène de danse au pub que le réalisateur relie à la chorégraphie des plongeons et envolées du keeper. Délicate aussi est la métaphore du gardien de but encore prisonnier qui veille sur les oiseaux en cage de sa future épouse.
Insoutenables par contre sont les flashbacks répétitifs, revenant culpabilisants dans la tête de Trautmann, où il n’empêche pas un autre soldat d’abattre un enfant juif d’Ukraine jouant seul avec son ballon.
Il y a bien sûr encore la scène de la fracture en finale de la Coupe d’Angleterre qui marque définitivement une rupture dans la conscience de Trautmann et dans le regard des autres.

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Marcus H. Rosenmüller se sort plus qu’honorablement d’un sujet tellement vaste et impliquant que le traitement pouvait s’avérer « casse-gueule ».
En dehors de la boxe, le sport est souvent mal restitué au cinéma mais ici les séquences de football, avec l’appui d’images d’archives, sont fort crédibles.
Il faut noter aussi l’esthétisme recherché du directeur de la photographie avec l’emploi de couleurs qui rappelle les films en technicolor de l’époque de la narration.
Enfin, mais c’est presque une lapalissade lorsqu’il s’agit du cinéma britannique, les acteurs sont remarquables : David Kross dans le rôle titre du film, Freya Mavor (révélation de la série Skins) son épouse, le commerçant dirigeant John Henshaw (il jouait notamment dans Looking for Eric de Ken Loach), sans oublier comme toujours une panoplie de talentueux seconds rôles. Ainsi, on repère parmi les supporters de la petite équipe locale, Dave Johns l’interprète principal de Moi Daniel Blake, un autre film de Ken Loach.
The Keeper est une œuvre de facture très académique, presque « grand public », qui trouve aussi une résonance dans l’actualité en cette période de Brexit et de tensions en Europe, tandis que surgissent dans les stades d’ignobles cris et banderoles racistes et homophobes.
Pour patienter dans la file d’attente de la séance suivante, il y a désormais les smartphones et Wikipedia, et déjà, certains spectateurs (trop ?) curieux découvrent que le passé et la personnalité de Bert Trautmann seraient bien moins « recommandables » qu’ils ne sont présentés dans le film. Possible, sans doute !
J’obtiendrai un élément de réponse, trois jours plus tard, à l’occasion d’un forum avec l’équipe du film.

Dinard Forum Keeper blog

Le réalisateur Marcus H. Rosenmüller reconnaît volontiers que, notamment pour des contraintes de production germano-britannique, il a édulcoré la réalité en taisant certains éléments du passé nazi de Trautmann.
Certains considéreront que c’est une faiblesse du film, d’autres trouveront beaucoup de qualités à cette histoire d’un ancien parachutiste nazi qui troque l’uniforme de la Luttwaffe contre la tenue de gardien de but de Manchester City. Son traitement romantique conduit tout de même à beaucoup de questionnements et de réflexion, n’est-ce pas aussi la mission d’une œuvre ?
Avec, peut-être, mon indulgence à la sortie d’une première projection, je dépose le coupon « J’ai beaucoup aimé » dans l’urne. D’ores et déjà, j’ose ranger The Keeper, un film de mieux-être comme favori du Prix du Public.
Après une autre part de « hatcake », changement de décor avec un second film en compétition : VS. premier long-métrage de Ed Lilly.
VS est l’abréviation venant du latin versus qui signifie contre, opposé à.
Le film se déroule dans le milieu des « battles » de rap. Il tourne autour du personnage d’Adam. Enfant, il a été abandonné par sa mère qu’il va retrouver une dizaine d’années plus tard après avoir été balloté de famille d’accueil en famille d’accueil. C’est dire la rancœur et même la rage qu’il peut manifester légitimement envers la société. En âge d’entrer dans la vie adulte, seul, sans travail, en proie à une grave crise d’identité, il semble voué à l’autodestruction.
Heureusement, Adam est naturellement habile avec les mots et se trouve une raison d’espérer lorsqu’il rencontre Makaya, une jeune fille qui décèle bientôt son aptitude pour les phrases chocs et va lui faire connaître le milieu underground des battles de rap. Adam s’y révèle vite à son avantage.
On pourrait craindre que cet art urbain ennuie voire mette mal à l’aise une certaine bourgeoisie dinardaise dont quelques membres, il y encore peu de temps, sortaient avant la fin de la projection dès qu’apparaissaient à l’écran des scènes de violence et de sexe. Il faut croire que le public a mûri, du moins il a sans doute rajeuni, en particulier en ce mercredi.

VS-film-ed-lilly

Il faut féliciter surtout le réalisateur Ed Lilly qui, avec virtuosité, nous emporte dans ces joutes verbales. Les batailles de rap sont fascinantes, filmées de très près comme des combats de boxe où les adversaires s’affrontent à coups de punchlines. Ils esquivent en se ridiculisant et moquant mutuellement, ils attaquent en frappant fort sur la famille ou la sexualité du rival. Il y a des K.O ou des chaos ? Plus étonnant encore, avec Miss vs Adam, on assiste à une battle entre fille et garçon, c’est aussi cela la parité.
C’est le petit regret que l’on peut avoir lorsqu’on manie mal la langue de Shakespeare, plus encore dans le registre lexical du rap, les sous-titres français ne restituent pas toute la richesse littéraire (notamment des rimes) de ces bagarres oratoires qui dégénèrent possiblement en bagarres physiques.
Plus qu’un exutoire, les battles jouent un rôle de rite initiatique pour Adam qui, encore vulnérable, découvre la duplicité du monde des adultes. Il rencontre sa mère qui travaille dans un salon de coiffure de la même ville, il voudrait commencer une histoire d’amour avec Makaya.
Le film apparaît très dur par son propos, son montage au couteau, sa logorrhée, sa puissance sonore, et pourtant, au final, on en ressort curieusement avec une forme de bien-être, à l’image de la colère d’Adam qui évolue vers une non-violence créative. La scène finale est magnifique et émouvante : pour une fois, abandonnant les ambiances enfumées et sombres des caves, la battle se déroule en extérieur sur la digue de Southend-on-Sea. Comme un bol d’air pour Adam qui aperçoit sa mère, en retrait de la meute des rappeurs. « Ce ne sont que des mots, maman ! » Comme un pied de nez à sa chienne de vie ? De l’amour, tout simplement !
Comme d’habitude, il faut féliciter la brochette de jeunes acteurs talentueux avec à leur tête, Connor Swindells dans le rôle d’Adam.
Par sa modernité de forme et de fond, VS. possède les atouts pour séduire le jury de festival. En tout cas, je dépose encore un coupon « J’ai beaucoup aimé » dans l’urne. Quelle chance ai-je eu de vivre une jeunesse insouciante et heureuse !

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Il est presque 15 heures, on tire un trait sur le sandwich jambon-beurre afin de nous glisser à un rang honorable dans la file d’attente pour la projection d’un troisième film en compétition : Cordelia du réalisateur Adrian Shergold qui avait présenté déjà à Dinard, il y a quelques années, The last Hangman, l’histoire d’Albert Pierrepoint l’un des derniers bourreaux du Royaume-Uni, magistralement interprété par Timothy Spall.
Nous l’apprendrons plus tard, l’héroïne Cordelia garde un profond traumatisme d’un terrible événement survenu 12 ans auparavant : l’attentat à la bombe du 7 juillet 2005 dans le métro de Londres tandis qu’elle venait de céder sa place assise à un non-voyant.

affiche Cordelia

L’action du film est concentrée sur un week-end durant lequel l’univers de Cordelia, toujours fragile émotionnellement, va imploser. Elle occupe un appartement en sous-sol avec sa sœur Caroline et Matt le nouveau petit ami de celle-ci. Tandis que ceux-ci s’échappent pour un week-end en amoureux, Cordelia se retrouve seule avec de mystérieux voisins : un troublant violoncelliste, un vieil homme excentrique, un harceleur et même une invasion de souris.
La musique adoucit les mœurs … pas si sûr ! Quelles sont les motivations réelles du séduisant violoncelliste ?

Cordelia photogramme

À la sortie de la projection, chacun livrera sa propre compréhension du film, évidemment la bonne. Pour ma part, je resterai beaucoup plus prudent.
Car après une première partie où il brosse un portrait psychologique plutôt fin de Cordelia, Adrian Shergold nous embrouille, proposant au spectateur de nombreuses pistes de réflexion oscillant entre réel et imaginaire voire fantastique. Les événements antérieurs se sont-ils produits ? Ce week-end est-il réel ? Est-ce que Cordelia déraille complètement, est-ce le fruit de son imagination ?
Plus la narration avance, plus elle nous échappe. Plutôt qu’y trouver maladresse voire de légères incohérences du scénario, c’est mon jour de mansuétude, je préfère voir un petit quelque chose en lui de Polanski !
Il fut un temps encore récent où nous aurions rejoint dare-dare la queue pour la projection du quatrième film de la sélection officielle.

La Fonda

Nous préférons, en ce début de soirée, les coussins moelleux de la terrasse du café La Fonda avant d’aller dîner À l’abri des flots. Pour moi, ce sera un ceviche de saumon à la mangue suivi d’un merlu grillé aux baies roses.

Jeudi 26 septembre :
C’est presque une grasse matinée car ma programmation débute à 10h 30 (compter une heure de queue tout de même) à la salle Stéphane Bouttet avec Animals, le second long-métrage de la réalisatrice australienne Sophie Hyde, adapté d’un roman d’Emma-Jane Unsworth.

affiche Animals

Animals sont des bêtes de scène, ou plutôt d’écran, étranges, en fait deux jeunes femmes Laura et Tyler, meilleures amies depuis dix ans et colocataires dans le quartier géorgien élégant de Dublin, ainsi appelé parce qu’il se développa durant la période de succession sur le trône d’Angleterre de quatre rois George entre 1714 et 1830.
Inséparables, elles écument les bars, guidées par leurs désirs hédonistes, la trilogie « festive » sexe alcool et drogue. Rares sont les scènes où l’on ne voit pas les héroïnes un verre à la main, qu’il soit midi ou minuit. Un poète coquin flatte même Laura : « J’aime la façon dont tu bois, c’est avec un vrai sentiment de mortalité ! ».
Bref, c’est encore le genre de film à l’occasion duquel, il y encore peu de temps, quelques spectateurs seraient sortis avant la fin de la projection ! Cette époque semble révolue, « cinéphiliquement parlant », heureusement. Le public se « dédinardise » et rajeunit.
Car, je vous le vends peut-être maladroitement mais Animals est un film du « vingt-et-unième siècle », original, décalé, déjanté, d’où se dégage étonnamment une forme de joie de vivre.
Rares sont les histoires de femmes évoquant la crise de la trentaine. Pour Laura et Tyler, il est peut-être temps d’abandonner leur jeunesse oisive et turbulente et d’envisager autrement leur existence. L’âge adulte est une prison et l’idée vient d’en changer, du moins dans l’esprit de Laura au travers duquel la narration progresse.
La vie va s’en charger, d’abord quand Jean, la sœur cadette de Laura, lui annonce qu’elle attend un heureux événement, ensuite lorsque Laura fait la connaissance de Jim, un pianiste beaucoup plus conformiste, dont elle tombe immédiatement amoureux. Pseudo romancière, écrivant au rythme d’une page par an (!), Laura prend conscience que pour se réaliser personnellement, elle doit prendre ses distances vis-à-vis de Tyler la rebelle pour qui le mariage et la maternité sont des instruments pour étouffer la femme (« l’échec est le conte de fées »). Leur amitié va basculer d’une complicité débauchée à une confrontation sauvage.

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Cette peinture sociale intimiste aurait pu être glauque mais, au contraire, Animals, avec sa forme indisciplinée (« sauvaaaage » comme dirait Delon dans une pub !), relève de la comédie empreinte d’émotion et même de romantisme.
Les deux actrices majeures (vraiment ? !!!) du film sont remarquables : Holliday Grainger dans le rôle de Laura et Alia Shawkat dans celui de Tyler.
Je ne manque pas de mentionner l’apparition furtive et métaphorique, à plusieurs reprises, d’une araignée emberlificotée dans sa toile et d’un renard errant dans les rues de Dublin : de vrais animaux presque sauvages, en tout cas non domestiqués, en marge des Animals humains et leurs tourments existentiels.
La bande son, alternance subtile de musiques classique et contemporaine, est agréable.
Voilà un film qui pourrait séduire aussi un jury audacieux…
Aujourd’hui encore, le traditionnel « jambon beurre » de midi passe à las. Horaire oblige, le ventre creux, nous ne pouvons que dévorer des yeux les candidats spectateurs, mordant dans leur « chic » club-sandwich triangulaire, en patientant pour la séance suivante : Red Joan, un film de Sir (anobli par la reine pour ses services rendus au théâtre) Trevor Nunn projeté en avant-première.

affiche Red Joan

Inspiré, avec une certaine liberté, de faits réels, et adapté d’un roman à suspense, le film raconte, en mode flashback, la relation amoureuse de Joan, une jeune physicienne anglaise, avec Léo, un russe juif, séduisant agent soviétique déterminé à percer le secret de la bombe atomique pour « rétablir l’égalité » entre les deux grandes puissances américaine et russe. Alors qu’Américains, Anglais et Russes luttent ensemble contre le nazisme, les différences idéologiques nourrissent un climat de rivalité et de suspicion dans les milieux universitaires présageant la future guerre froide.
Cette histoire ne fut mise à jour que bien des années plus tard, à savoir, dans la réalité, avec la découverte en 1999 d’un agent du KGB en la personne de Melita Norwood, une fonctionnaire britannique alors âgée de 87 ans.
Est-ce trahir son pays que de vouloir comme Joan éviter un nouvel Hiroshima ? Le monde aurait-il été plus sûr si la Russie n’avait pas acquis la bombe atomique aussi rapidement après les États-Unis ? La question des armes de destruction massive est toujours d’actualité avec le plan signé en juillet 2015 à Vienne par six grandes puissances (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et Allemagne) avec l’Iran au sujet de son programme nucléaire, un accord signé par Obama et dénoncé depuis par Donald Trump.
Le film traite, à la manière d’un thriller, les problèmes de conscience, d’éthique et de géopolitique, à deux époques différentes, des « deux femmes », la jeune étudiante Joan interprétée par la jolie Sophie Cookson et la Joan octogénaire composée de manière convaincante par Judi Dench.
Selon les générations, la compréhension (ou pas) du dilemme si complexe incarnée par le fils de Joan, avocat, basculera vers l’une ou l’autre.
Par la réflexion qu’il suscite, Red Joan est un film très honorable.

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À défaut d’un fish and chips au sympathique Rock Café et sous les cris moqueurs d’un goéland (les ornithologues disent réellement de cet oiseau marin qu’il raille) dévorant quelques détritus du marché, nous mettons le cap maintenant vers la Cornouaille., enfin… plus modestement vers la structure gonflable Alfred Hitchcock pour assister à la projection d’une autre avant-première, Fisherman’s friends, second long-métrage du jeune réalisateur anglais Chris Foggin.
J’espère que vous n’allez pas me cataloguer de spoiler (quel jargon ! mais bon, c’est un festival du cinéma britannique) si je vous raconte le début du film.
En 2010, à Port Isaac dans les Cornouailles. Jim et son équipage partent aux aurores pour aller pêcher le homard. À Londres, Danny et ses potes, un panier de crabes bossant dans une maison de production musicale, partent eux, le soir, enterrer la vie de garçon de Rob, dans ce paisible port de pêche de la côte atlantique.
Choc de cultures entre le dur labeur et la probité des travailleurs de la mer et l’oisiveté, la superficialité et l’arrogance de ces jeunes mecs de la ville qui découvrent bientôt que ces péquenots de Cornouaille sont des marins chanteurs. Les requins londoniens décident alors de leur faire enregistrer un disque et de les produire, d’abord sur le ton de la plaisanterie et du canular, ensuite plus sérieusement, money money, parce qu’ils décèlent du potentiel.
Le réalisateur Chris Foggin s’est inspiré très librement de l’histoire vraie du groupe des « amis du pêcheur » (Fisherman’s friends est à l’origine le nom de pastilles rafraîchissantes contre le mal de gorge et la toux), une dizaine d’hommes de Port Isaac qui interprétaient des chants de marins. Après s’être produits localement, leur notoriété gagna l’intérieur des terres jusqu’à signer un contrat d’enregistrement avec Universal Music en 2010 puis entrer dans les dix meilleures ventes d’albums des charts britanniques, chanter pour la reine aux célébrations de son jubilé en 2012 et monter sur scène au mondialement renommé festival de Glastonbury.
Un vrai bol d’air à pleins poumons dans ce petit bout du monde : « Une fois que vous avez traversé la Tamar (le fleuve séparant la Cornouaille du reste de l’Angleterre), vous n’êtes plus en Angleterre. Nous sommes une terre à part » clame fièrement Jim, l’un d’eux, comme pour décourager les « emmet » (fourmis dans leur patois local), ces vagues de touristes impolis qui rappliquent chaque été sur la côte, et en particulier ces quatre « musicos », en vestes de cuir et chaussures vernies, débarqués de Londres, qui commencent par se moquer quand ils se retrouvent dans un concert en plein air, organisé localement, sur le ponton du port.
Quand le vent soufflera, nous nous en allerons (de requin !)… Évidemment pas et nous restons à quai à écouter ce « groupe de rock’n’roll de 1752 », ainsi se définissent ces marins chanteurs, qui font souffler la bourrasque en entonnant a cappella des shanties, de vieilles chansons de marins aux couplets pas toujours recommandables (vous n’aurez tout de même pas droit au paillard The Whores of Baltimore !).
À Port Isaac, on a ancré viscéralement en soi la mémoire des aïeux, l’histoire du village avec ses figures, ses drames, ses peines, qu’on évoque devant quelques pintes de bière … évidemment en chantant.
On sympathise d’emblée avec ces vieux loups de mer chanteurs (la majorité sont des septuagénaires) souvent barbus, ces gueules d’atmosphère burinées par les embruns. Emporté par leur joie de vivre, on a envie d’enlacer le bras du voisin et se balancer sur notre fauteuil. Cela me rappelle une séquence de l’inénarrable Marche à l’ombre où le malingre Michel Blanc, emporté par l’allégresse celtique, renversait son bock de bière !
Fisherman’s friends est aussi une romance car l’un des requins Danny, superbement interprété par Daniel Mays, plutôt poisson d’eau douce, à travers les beaux yeux d’Alwyn, la fille de Jim le leader du groupe, jouée par Tuppence Middleton (un nom de princesse !), finit par s’intéresser sérieusement et sincèrement aux valeurs artistiques du groupe.
On frissonne lorsque Danny l’enregistre dans l’église du village. On rit, lorsque vient le temps de se faire entendre par la maison de disques à Londres, les malicieux marins pêcheurs portent des lunettes de soleil comme la bande de Reservoir Dogs de Quentin Tarentino.

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Fisherman’ friends ne se raconte pas, ça se vit, d’ailleurs tandis que le générique défile sur l’écran, le public ravi tape des mains sur un dernier chant de marin, j’espère qu’il ne s’agit pas de The whores of Baltimore ! Depuis une page, je sens bien que je vous intrigue avec ce refrain. Au risque de censure, en voici le premier couplet : « Il y avait quatre vieilles putes de Baltimore Buvant le vin rouge sang Et toute la conversation était « Le tien est plus petit que le mien » » …
Comme d’habitude, les acteurs sont magnifiques. On retrouve même parmi les Fisherman’s friends Dave Johns le Daniel Blake de Ken Loach et l’un des premiers supporters de The Keeper.
Même s’il est moins abouti, Fisherman’s friends possède la même veine jubilatoire que The Full Monty de Peter Cattaneo (Hitchcock d’or en 1997) avec ses chômeurs de Sheffield qui s’inspirent des Chippendales pour monter un groupe de stripteasers, ou encore Les Virtuoses de Mark Herman avec l’histoire de la fanfare d’une petite ville minière qui accomplit son rêve de jouer au Royal Albert Hall de Londres.
Le cinéma britannique n’a pas son pareil pour traiter avec légèreté des sujets graves et nous offrir des comédies sociales où les feux de la rampe éclairent des sans-grades de la classe ouvrière.

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Des écrivains britanniques ont su avec verve se moquer de nos traits de caractère, n’y aurait-il pas, après ce conte de fée des « cirés jaunes », un réalisateur d’outre-Manche pour s’emparer avec talent de la crise de nos gilets jaunes ?
On sort de la projection avec la pêche, non pas celle hauturière, mais la gnaque !
Allez, nous allons boire notre chope d’Affligem au Marché des Anges. Je ne résiste pas à vous offrir l’autre bol d’air marin des WC de l’établissement !

Dinard tableau blog

Ce soir, nous refaisons le monde du festival à L’Attiseur, au menu : tartare de poissons et sa vinaigrette d’agrumes, cassolette de haddock œuf poché pleurotes et jeunes poireaux, fondant au chocolat et glace vanille. Il manque juste quelques shanties (chants à l’origine pour accompagner et synchroniser le travail de l’équipage au bon temps de la marine à voile) des Cornouailles !
Dans le prochain billet, je vous relaterai la suite de notre Dinard film Festival.

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