Archive pour le 4 juin, 2019

C’était mieux avant … que Michel Serres nous quitte !

Je pleure, presque au vrai sens du mot, un maître de pensée. L’immortel, parce qu’académicien, Michel Serres nous a quittés.
Chaque lecture de l’un de ses ouvrages, chacune de ses apparitions à la télévision, chacune de ses chroniques dominicales à la radio, constituait pour moi un moment sublime de bonheur intellectuel. Avec lui, j’aimais la philosophie, car il était philosophe.
En réponse à son discours, lors de sa réception (sans la traditionnelle épée, en « signe de paix » en pleine guerre du Golfe) à l’Académie française en janvier 1991, Bertrand Poirot-Delpech disait :
« À une étudiante qui vous interrogeait sur un mot d’argot en enveloppant de fumée sa question et son ignorance, comme c’était de son âge, à cette Précieuse de la Sorbonne dont j’entends encore, après dix ans, le pédantisme, car j’étais là, figurez-vous, en cachette, intrigué par le charme auquel succombaient vos habitués du samedi matin, charme ravageur, en effet, et sur lequel, tant pis pour vous, je reviendrai ; à cette jargonnante, soudain pétrifiée par l’œil pointu et le sourire au rasoir qui ajoutent à votre buste de penseur antique on ne sait quoi de faunesque, et même un peu diable, vous répondîtes, de cette voix d’oracle drue et cadencée où tambourinent, on vient de l’entendre, les graviers et l’ironie chantante de la Garonne :
« Désolé, Mademoiselle, mais votre question, je n’y entrave que dalle ! »
Ce qui peut se traduire, en langue moins verte, je veux dire plus académique, par : « Je n’y comprends rien ! »
Eh bien, moi, quand je vous écoutais … j’entravais souvent ce que vous disiez avec ce qu’il faut de clarté et de modestie, et pourtant si j’en crois encore Poirot-Delpech :
« Je m’avise que je n’ai pas inventorié en détail le « petit chariot » de vos diplômes – ainsi appelez-vous votre curriculum, par un goût des à-peu-près farceurs, qui n’épargne pas l’étymologie. C’est qu’il y faudrait une brouette : docteur ès lettres en 1968, professeur à la Sorbonne depuis 1969, plusieurs fois examinateur au concours de Normale, professeur en visite à Sao Paulo, New York, Stanford. Si l’enseignement ne connaît plus de frontières, comme au temps béni des universités médiévales, et si la langue française y fait bonne figure, pour notre joie, c’est un peu grâce à votre passion de « faire classe ».

Serres

J’avoue humblement n’avoir qu’effleuré la riche bibliographie du philosophe, et suis surtout devenu friand sur le tard de ses savoureux petits essais ou pamphlets souvent dérangeants (pour les anciens comme moi désormais !) parce qu’à contre-courant.
Ainsi le portrait de son attachante Petite Poucette ainsi surnommée à cause de sa dextérité pour tapoter sur les touches tactiles de son portable :
« Avant d’enseigner quoi que ce soit à qui que ce soit, au moins faut-il le connaître. Qui se présente, aujourd’hui, à l’école, au collège, au lycée, à l’université ?
Ce nouvel écolier, cette jeune étudiante n’a jamais vu veau, vache, cochon ni couvée. En 1900, la majorité des humains, sur la planète, s’occupaient de labourage et de pâturage ; en 2010, la France, comme les pays analogues au nôtre, ne compte plus qu’un pour cent de paysans. Sans doute faut-il voir là une des plus immenses ruptures de l’histoire, depuis le néolithique. Jadis référée aux pratiques géorgiques, la culture change.
Celle ou celui que je vous présente ne vit plus en compagnie des vivants, n’habite plus la même Terre, n’a donc plus le même rapport au monde. Il ou elle ne voit que la nature arcadienne des vacances, du loisir ou du tourisme.
Il habite la ville. Ses prédécesseurs immédiats, pour plus de la moitié, hantaient les champs. Mais il est devenu sensible aux questions d’environnement. Prudent, il polluera moins que nous autres, adultes inconscients et narcissiques. Il n’a plus le même monde physique et vital, ni le même monde en nombre, la démographie ayant soudain bondi vers sept milliards d’humains.
– Son espérance de vie est, au moins, de quatre-vingts ans. Le jour de leur mariage, ses arrière-grands-parents s’étaient juré fidélité pour à peine une décennie. Qu’il et elle envisagent de vivre ensemble, vont-ils jurer de même pour soixante-cinq ans ? Leurs parents héritèrent vers la trentaine, ils attendront la vieillesse pour recevoir ce legs. Ils n’ont plus la même vie, ne vivent plus les mêmes âges, ne connaissent plus le même mariage ni la même transmission de biens.
– Depuis soixante ans, intervalle unique dans notre histoire, il et elle n’ont jamais connu de guerre, ni bientôt leurs dirigeants ni leurs enseignants. Bénéficiant des progrès de la médecine et, en pharmacie, des antalgiques et anesthésiques, ils ont moins souffert, statistiquement parlant, que leurs prédécesseurs. Ont-ils eu faim ?
Or, religieuse ou laïque, toute morale se résumait à des exercices destinés à supporter une douleur inévitable et quotidienne : maladies, famine, cruauté du monde.
Ils n’ont plus le même corps ni la même conduite ; aucun adulte ne sut ni ne put leur inspirer une morale adaptée.
– Alors que leurs parents furent conçus à l’aveuglette, leur naissance fut programmée. Comme, pour le premier enfant, l’âge moyen de la mère a progressé de dix à quinze ans, les enseignants ne rencontrent plus des parents d’élèves de la même génération. Ils n’ont plus les mêmes parents ; changeant de sexualité, leur génitalité se transformera.
– Alors que leurs prédécesseurs se réunirent dans des classes ou des amphis homogènes culturellement, ils étudient au sein d’un collectif où se côtoient désormais plusieurs religions, langues, provenances et mœurs. Pour eux et leurs enseignants, le multiculturalisme est de règle depuis quelques décennies. Pendant combien de temps pourront-ils encore chanter l’ignoble « sang impur » de quelque étranger ?
Ils n’ont plus le même monde mondial, ils n’ont plus le même monde humain. Autour d’eux, les filles et les fils d’immigrés, venus de pays moins riches, ont vécu des expériences vitales inverses.
Bilan temporaire. Quelle littérature, quelle histoire comprendront-ils, heureux, sans avoir vécu la rusticité, les bêtes domestiques et la moisson d’été, dix conflits, blessés, morts et affamés, cimetières, patrie, drapeau sanglant, monuments aux morts, sans avoir expérimenté dans la souffrance, l’urgence vitale d’une morale ? »
Voilà pour le corps, voici pour la connaissance :
« Leurs ancêtres cultivés avaient, derrière eux, un horizon temporel de quelques milliers d’années, ornées par la préhistoire, les tablettes cunéiformes, la Bible juive, l’Antiquité gréco-latine. Milliardaire désormais, leur horizon temporel remonte à la barrière de Planck, passe par l’accrétion de la planète, l’évolution des espèces, une paléo-anthropologie millionnaire. N’habitant plus le même temps, ils entrèrent dans une autre histoire.
– Ils sont formatés par les médias, diffusés par des adultes qui ont méticuleusement détruit leur faculté d’attention en réduisant la durée des images à sept secondes et le temps des réponses aux questions à quinze secondes, chiffres officiels ; dont le mot le plus répété est « mort » et l’image la plus reprise celle des cadavres. Dès l’âge de douze ans, ces adultes-là les forcèrent à voir plus de vingt mille meurtres.
– Ils sont formatés par la publicité ; comment peut-on leur apprendre que le mot relais, en français s’écrit -ais, alors qu’il est affiché dans toutes les gares -ay ? Comment peut-on leur apprendre le système métrique, quand, le plus bêtement du monde, la SNCF leur fourgue des s’miles ?
Nous, adultes, avons doublé notre société du spectacle d’une société pédagogique dont la concurrence écrasante, vaniteusement inculte, éclipse l’école et l’université. Pour le temps d’écoute et de vision, la séduction et l’importance, les médias se sont saisis depuis longtemps de la fonction d’enseignement.
Les enseignants sont devenus les moins entendus de ces instituteurs. Critiqués, méprisés, vilipendés, puisque mal payés.
Ils habitent donc le virtuel. Les sciences cognitives montrent que l’usage de la toile, lecture ou écriture au pouce des messages, consultation de Wikipedia ou de Facebook, n’excitent pas les mêmes neurones ni les mêmes zones corticales que l’usage du livre, de l’ardoise ou du cahier. Ils peuvent manipuler plusieurs informations à la fois. Ils ne connaissent ni n’intègrent ni ne synthétisent comme leurs ascendants. Ils n’ont plus la même tête.
– Par téléphone cellulaire, ils accèdent à toutes personnes ; par GPS, en tous lieux ; par la toile, à tout le savoir ; ils hantent donc un espace topologique de voisinages, alors que nous habitions un espace métrique référé par des distances. Ils n’habitent plus le même espace.
Sans que nous nous en apercevions, un nouvel humain est né, pendant un intervalle bref, celui qui nous sépare de la Seconde Guerre mondiale.
Il ou elle n’a plus le même corps, la même espérance de vie, n’habite plus le même espace, ne communique plus de la même façon, ne perçoit plus le même monde extérieur, ne vit plus dans la même nature ; né sous péridurale et de naissance programmée, ne redoute plus la même mort, sous soins palliatifs. N’ayant plus la même tête que celle de ses parents, il ou elle connaît autrement.
– Il ou elle écrit autrement. Pour l’observer, avec admiration, envoyer, plus rapidement que je ne saurai jamais le faire de mes doigts gourds, envoyer, dis-je, des SMS avec les deux pouces, je les ai baptisés, avec la plus grande tendresse que puisse exprimer un grand-père, Petite Poucette et Petit Poucet. Voilà leur nom, plus joli que le vieux mot, pseudo-savant, de dactylo.
– Ils ne parlent plus la même langue. Depuis Richelieu, l’Académie française publie, à peu près tous les quarante ans, pour référence, le dictionnaire de la nôtre. Aux siècles précédents, la différence entre deux publications s’établissait autour de quatre à cinq mille mots, chiffres à peu près constants ; entre la précédente et la prochaine, elle sera d’environ trente mille.
À ce rythme linguistique, on peut deviner que, dans peu de générations, nos successeurs pourraient se trouver aussi séparés de nous que nous le sommes de l’ancien français de Chrétien de Troyes ou de Joinville. Ce gradient donne une indication quasi photographique des changements majeurs que je décris. »
Vous imaginez bien que je n’ai jamais osé mettre ce brûlot entre les mains d’une chère petite fille qui aurait beau jeu de rire de moi : « Tu vois papy quand je te dis que tu parles du Moyen-Âge ! »
L’incurable optimiste gascon réitéra, quelques années plus tard en nous assénant le C’était mieux avant du temps de Grand-Papa Ronchon (celui-là même de la Petite Poucette), ce qui, évidemment, signifiait le contraire, ou à tout le moins qu’un peu plus d’objectivité était nécessaire :
« Mon grand-père échappa aux débâcles de Sedan, les gaz délétères blessèrent mon père au milieu des bombes de Verdun, je dus finir l’expédition de Suez… de sorte que, pendant un siècle, ma famille et moi connûmes la guerre, la guerre, la guerre… De ma naissance à l’âge adulte, mon corps se forma, bras et jambes, cœur et cerveau, de guerre, de guerre, de guerre ».
À propos de la santé : « Avant, ne connaissant pas les antibiotiques, on mourrait de vérole ou de tuberculose, comme à peu près tous les illustres du XIXe siècle, Schubert, Maupassant ou Nietzsche ; ma tante décéda d’une méningite le mois précédant l’arrivée de la pénicilline, remède qui eût réduit sa souffrance létale à huit jours de petites piqûres. … Finaud dans ses diagnostics, impuissant le plus souvent aux guérisons, un praticien de ville ou de campagne emportait, le matin, dans sa sacoche, les huit ou dix médicaments efficaces à l’époque ; où l’absence de vaccination laissa beaucoup de mes amis marqués de poliomyélite ; où l’on se moquait des handicapés, en les appelant de noms de bêtes, becs-de-lièvre, gueules-de-loup, phocomèles, c’est-à-dire bras de phoque, sans pitié. »
Et sur l’alimentation ? : « Avant, à table justement, nous buvions et mangions naturel et authentique, disent les Ronchons. » « On savait parfaitement d’où venait le jambon : le porc, engraissé à la ferme de Poulère, nous le tuions l’hiver, pendu par les pattes arrières, au cours de la fête saisonnière nommée cuisine du cochon, à la maison, qui retentissait de ses cris déplorables. Après que la cuisse avait passé, pendue elle aussi, de longs mois à la cave, il fallait un couteau pointu pour en dénicher les vers, entre l’os et le gras, et tenter de déloger nos concurrents directs dans la manducation de la viande. »
« Ah ! la provenance ! On savait d’où venait le lait : de l’étable de Grégoire, où nous allions parfois l’aider à traire Marquise ou Bonnette, toutes blondes d’Aquitaine. Mais le bon fermier, près de ses sous, n’appelait pas souvent le vétérinaire et repérait moins vite que lui les maladies du bétail. Ainsi, dès l’âge de vingt ans, je contractai la fièvre aphteuse. On n’en meurt pas. Non ce n’est pas la peine de sacrifier, pour elle, des milliers de bovins. Une fièvre de cheval vous prend pendant deux semaines, pendant lesquelles bouche, langue, gencives et palais, se remplissent d’aphtes si douloureux que boire et manger virent au supplice. »
C’est ça que j’aimais aussi chez Michel Serres, sa proximité de discours à cent lieues d’Aristote, Kant ou Schopenhauer, son côté conteur avec sa voix chaleureuse de son Lot-et-Garonne natal.
« Pour mon accent occitan, j’ai reçu plus d’humiliations qu’un Iroquois en terre persane ou un Africain dans le Deep South … Je fus rétrogradé au classement d’agrégation, le président du jury, philosophe notable, arguant que je n’étais pas exploitable sur la totalité du territoire. Je ne doute pas qu’il eût raison, puisque nous ne nous comprenions pas les uns les autres et qu’à mon premier poste, en Auvergne, les étudiants disaient en silence que je devais être italien … » !
Avec érudition, il était capable de s’entretenir sur tous les sujets en émettant toujours un avis lumineux et original. « Philosopher, c’est passer partout » confiait-il. Ainsi encore, voyez ce que le supporter inconditionnel du quinze du Sporting Union Agenais pensait de l’évolution du monde de l’Ovalie face au phénomène du professionnalisme :
« J’appelle cela la fable de l’huile et du fromage. Dans ses romans, Jean Giono raconte que ses parents ne se fournissaient pas en huile d’olive dans n’importe quel moulin. Eux achetaient l’huile qui provenait précisément d’un endroit, là. D’un coup, un Monsieur Lesieur a acheté toutes les huiles. Tout le monde a trouvé normal de consommer de l’huile d’olive normalisée. Quant au fromage… J’ai vécu dix ans à Clermont-Ferrand au début de ma carrière. J’ai vu les caves du Saint-Nectaire et du Cantal fermer les unes après les autres sous la puissance du Bonbel, le fromage industrialisé. « Tiens, le fromage va se faire « normer » comme l’huile », me suis-je dit. Tout d’un coup, les consommateurs se sont révoltés. Les fromageries industrielles ont fait faillite. J’ai alors vu renaître le Saint-Nectaire, la Fourme d’Ambert… La question fondamentale du monde moderne : va-t-on suivre le destin du fromage ou celui de l’huile ? »
Et pour ne pas tourner en rond sur ce sujet ovale, il concluait : « Ce que vous dites du rugby est vrai pour tout. Il en est par exemple de même pour la recherche scientifique. Si vous ne médiatisez pas ce que vous inventez, vous n’existez pas. Autrefois, on passait à la télévision parce qu’on était bon. Aujourd’hui, on est bon parce que l’on passe à la télévision. Ça change tout. » Oh que oui !
Vers la fin des années 1950, apparut une machine sophistiquée qui allait bientôt révolutionner nos manières de communiquer et faire le bonheur des Petites Poucettes d’aujourd’hui. Son nom anglais était computer qu’on ne put traduire dans notre langue par le mot compteur déjà pris pour nos relevés d’eau, gaz et électricité. Un latiniste trouva que cette nouvelle machine « infernale » lui faisait penser à la création du monde par le Deus ordinator. Ainsi naquit l’ordinateur.
Cette histoire dut réjouir Michel Serres qui, moins progressiste sur la façon de martyriser les mots, publia, il y a peu, un court et savoureux essai sur la Défense et illustration de la langue française.
Avec l’autorité (malicieuse) de ceux qui ont vécu la Seconde Guerre mondiale, il repartait au front contre le nouvel occupant de notre langue :
« Les nazis ont plus respecté notre langue que nos propres annonceurs le font… J’ai compté un jour, place de la Bastille, 93 mots anglais pour 20 mots français. Un collègue américain prenait un pot avec moi ; il me dit : « Je ne voudrais pas qu’une telle catastrophe arrive à mon pays. » Il plaignait les Français de supporter cette occupation et de compter, parmi eux, des collaborateurs. »
Défenseur de la belle langue de Molière face au globish, « la langue des snobs, bobos, incultes et collabos », il en avait marre que la SNCF nous fasse des smiles et que les cafés nous proposent des happy hours !
Véritable troubadour de la langue, il nous enchantait en balançant entre le mot enfoui pour être précis et le mot usuel pour être compris, ainsi un arboriculteur ne parle pas de pommes en général mais de Chantecler ou Calville, que le marin ne parle pas de corde parce qu’il y a des bitords, des torons et des aussières. On reconnaît là sans doute le jeune étudiant reçu à l’École navale.
Il proposait une règle simple : accepter comme un enrichissement tout mot étranger qui correspond à un objet ou une pratique nouvelle, mais le refuser quand il vient remplacer un terme existant. Autrement dit, oui à l’aztèque haricot, à l’italien sonate, à l’arabe algèbre et à l’anglais scanner. Mais non à coach, qui n’apporte rien de plus à entraîneur.
Encore que, en cette période de Coupe du Monde féminine de football, être entraîneuse peut être équivoque !
Michel Serres avait le don précieux d’éclairer nos esprits, d’éveiller notre curiosité, de se mettre au niveau de chacun de nous. Comme beaucoup de grands esprits, il rendait intelligent en laissant paraître qu’il ne l’était pas tant que ça lui-même.
Depuis quelques années, dans son petit jardin de sa maison de Vincennes, le marronnier était malade : « Depuis trois ans, il ne donne plus de marrons, ni de fleurs. Il n’y a plus de merles, de mésanges, ni de moineaux non plus. »
Était-il urgent maintenant pour cet optimiste impénitent de tirer la sonnette d’alarme avant de tirer sa révérence ? Ainsi, avait-il un peu remanié, l’an dernier, la réédition de son plaidoyer écologique Le Contrat naturel : « Je suis certain que nous allons désormais à une catastrophe dont notre histoire ne nous donne aucun exemple « si nous ne changeons pas au plus vite nos coutumes, notre économie et nos politiques …
Des avaries imparables suscitent à bord l’alarme finale : ’Tous aux postes d’évacuation !’ Même si, pour les Terriens, dénués de tout canot de sauvetage, elle sonne absurde, elle couvre de sa rumeur l’humble voix de mon commencement. Or, hélas, les puissants de la planète n’écoutent, pour le moment, ni l’une, dramatique et irréalisable, ni l’autre, bienheureuse et salvatrice. »
Avec sa faculté (ce mot lui convient si bien !) de se mettre à portée de son auditoire et ses qualités de conteur, c’est peut-être ce message de vigilance que Michel Serres transmit, au début de cette année, en rendant visite aux enfants d’une école maternelle parisienne : « C’est le plus beau jour de ma vie ! J’ai toujours essayé d’être compris de la plus large majorité. Y arriver avec des enfants de cet âge, ça sauve une vie. »

Michel Serres

À l’école de la rue Rochechouart, Paris IXème (photo LP/Arnaud Dumontier)

Au temps de mon activité dans l’Éducation Nationale, j’eus aussi la chance et le privilège de filmer ce brillant et chaleureux humaniste. Un bien beau souvenir que je raviverai désormais à travers ses lectures ! Mais comment vais-je pouvoir bientôt justifier mes billets sur les Tours de France d’antan?

Publié dans:Coups de coeur |on 4 juin, 2019 |Pas de commentaires »

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