Archive pour juin, 2019

Lucie Vareilles est entrée dans Paris !

Le hasard, Dieu sans doute m’aurait soufflé la Lucie que je vais vous présenter, est facétieux ou cocasse. Sitôt publié le matin même, un billet consacré à la disparition du philosophe humaniste Michel Serres, pourfendeur dans un récent essai du « c’était mieux avant », qu’en soirée, j’assistais, au cinéma Les Trois Luxembourg du Quartier Latin, à la sortie nationale du documentaire LUCIE. Après moi le déluge, en présence de la réalisatrice Sophie Loridon.

Affiche Lucie

Je vous avoue même que je considérais la situation quasi ubuesque ou surréaliste d’être englué une paire d’heures dans les embouteillages et la cohue de touristes de la capitale pour me retrouver, en haut de la rue Monsieur-le-Prince, dans une ferme isolée du plateau ardéchois.
Choc des « cultures », le contraste est vertigineux. Que n’avais-je (heureusement pas !) entendu auparavant cette citation en guise de morale que la réalisatrice m’a livrée depuis : « Aux voix qui vous diront la ville et ses merveilles n’ouvrez pas votre cœur, paysans mes amis. Combien de citadins, au bout de leur journée, ne rapportent chez eux qu’un morne désespoir ! »
Lucie. Après moi le déluge est une sorte d’OFNI, Objet Filmique Non Identifié, qui défie les règles élémentaires de production, tournage, montage et distribution, un objet devenu œuvre grâce à la sensibilité et la ténacité de son auteure.
Tel père, telle fille, Sophie Loridon a contracté le virus de l’image grâce à son père qui participa, dans le lycée dont il était directeur, à la création de la première section de baccalauréat cinéma en Isère. Elle s’y inscrivit et vécut trois années de rêve, affirme-t-elle.
Une maîtrise « audiovisuel et multimédia » en poche, elle connut alors diverses expériences, deux ans à France 5, sept comme chargée de production à la télévision locale de Grenoble, une formation de journaliste reporter d’images et même … un passage sur la chaîne du club de football de l’Olympique de Marseille, avant de créer en 2014 Cinédia, sa société de production de films dits institutionnels.
Pour avoir affronté moi-même, au sein de l’Éducation Nationale, les traîtrises et les embûches du chemin des Images pour vivre sa passion et la transmettre, je mesure d’autant mieux celui de traverse emprunté par Sophie.
Elle avait chevillé en elle l’idée de brosser le portrait, du moins faire quelques images, de Lucie Vareilles, une cousine au second degré de sa grand-mère, une modeste paysanne chez qui elle venait en famille faire les foins dans son enfance : « ma Lucie » comme elle l’appelle souvent affectueusement.
Le destin, Dieu dirait encore Lucie, a permis qu’un de ses amis, Sandro Lucerna, conquis par son projet, se propose gracieusement de tenir la caméra. C’est ainsi que Sophie et Sandro rendirent visite à Lucie, au long des quatre saisons de l’année 2009, pour « récolter, glaner, engranger » des images et des sons.
« Rentre ton foin tant que le soleil brille » affirme un dicton. C’était plus qu’urgent car Lucie décéda l’année suivante. Il aura fallu attendre l’année 2017 et un incroyable concours de circonstances, pour qu’enfin, le documentaire prenne forme, et que Lucie, paysanne sans histoire, nous livre la sienne, ce 5 juin 2019, sur l’écran d’une cinquantaine de salles de l’hexagone.
En ouverture du film, on la découvre dans un long plan séquence : elle verse une casserole de lait fumant dans un grand bol comme on n’en fait plus, puis trempe minutieusement une quantité impressionnante de biscottes.
L’émotion m’étreint déjà. Je me souviens d’une émission Discorama de Denise Glaser où Jean Ferrat évoquait sa rencontre avec une autre vieille paysanne ardéchoise qui lui parlait des saisons qui prennent leur temps, des châtaignes qui pètent dans la cheminée, des champignons débusqués sous la mousse et de la soupe frémissant dans le chaudron : « Pour arriver à faire une soupe comme ça, il faut des générations, des millénaires. Les gens partent, vont vivre autrement, et n’auront plus ¬jamais le temps de faire une soupe ¬pareille. Que restera-t-il d’une civilisation qui va sur la Lune et qui ne sait plus faire la soupe ? »
Vous savez ce qu’il advint : les gens « quittent un à un le pays/pour s’en aller gagner leur vie / loin de la terre où ils sont nés », une magnifique chanson sur l’exode rural, et le poète qui choisit de se retirer, loin des lumières du music-hall, dans la « belle montagne », à un vol d’hirondelles (au fait, en reste-t-il ?) de chez Lucie.

Lucie 1maison_Lucie

Lucie Vareilles , divine enfant du cinéma désormais, est née le 24 décembre 1916 dans la modeste ferme de Malfougères, un hameau de la commune de Saint-Jeure-d’Andaure, située à 1 000 mètres d’altitude, sur le rebord du plateau du Vivarais, vieille province disparue à la Révolution correspondant aujourd’hui approximativement au département de l’Ardèche.
Elle y aura vécu toute sa vie, d’abord au milieu, comme elle dit, de « neuf hommes et la moitié mieux de femmes », puis avec sa chère et regrettée sœur Vasthie et un commis, enfin seule (avec son chat et Dieu !) jusqu’à quelques heures avant sa mort à l’hôpital.
Quelques plans fixes, nous invitent à découvrir son intérieur simple, précaire, à la limite de la propreté, qui tiendrait presque d’un décor de musée d’arts et traditions populaires : une batterie de casseroles éculées, un fil à étendre le linge, les bûches de bois entassées près d’un poêle antique plus ancien qu’elle.

décor intérieur LuciejpgLucie et Sophie 4

Le facteur frappe à la porte. On attend dehors avec lui que Lucie lui ouvre. Percluse de rhumatismes, elle se déplace péniblement en appui sur deux bâtons de fortune en guise de déambulateur. Le postier lui apporte le quotidien régional, le Dauphiné Libéré, dont elle doit être probablement l’une des plus anciennes abonnées.
Pour avoir observé longtemps ma merveilleuse mémé Léontine, courageuse paysanne également (mes plus fidèles lecteurs la connaissent), j’imagine que Lucie commence par consulter les avis de décès pour voir si des aïeux de sa génération ont rejoint Dieu, puis la météo, enfin l’éphéméride avec le saint et le dicton du jour : « À la Saint Florentin, l’hiver lisse le chemin ». Elle les connaît tous, comme ses ancêtres, elle s’en servait pour prévoir les périodes de semailles et de récoltes. Ses yeux l’empêchent de poursuivre la lecture. Une autre chose la perturbe : le changement d’heure.
Sophie Loridon ne cherche pas à démontrer quoi que ce soit, d’ailleurs quel spectateur voudrait vivre la vie de Lucie. Elle s’attache à capter des petits moments de la fin de sa vie. Elle s’invite souvent dans le champ de la caméra à la manière de Raymond Depardon. Attentionnée, affectueuse, elle accompagne sa Lucie plus qu’elle ne l’interviewe, d’ailleurs Lucie est une taiseuse, avare de confidences, qui se cache derrière quelques banalités confondantes de bon sens : « On dit même que la Terre est ronde. Comment ça se peut alors qu’elle est pleine de trous. Mais d’ici, on ne voit pas bien. »
Elle devient un peu moins laconique lorsqu’avec Sophie, elle revoit quelques vieilles photos d’anciens soupirants, un bref commentaire à l’appui : celui-ci, il paraît qu’il était coureur, celui-là était un peu rapia … Bref, ils avaient tous un défaut, ainsi elle ne s’est jamais mariée.
Ses sourires, ses beaux silences qui en disent tant, meublent la conversation, elle en joue peut-être. Qu’aurait-elle à ajouter d’ailleurs, cette parpaillote invétérée, les pieds sur terre et la tête dans les cieux ? : Lui seul, là-haut, sait !
Pour nous faire connaître ce que fut sa vie rude de paysanne, Sophie use d’un artifice, une mise en abîme : elle pose sur la table de la cuisine un ordinateur portable et montre à Lucie, mi amusée mi méfiante, des images en super-8 que son grand-père tourna en 1977.
Qu’elles sont émouvantes ces séquences un peu tremblantes où l’on retrouve Lucie, active et souriante, en pleine force de l’âge, coupant la javelle ! Autour d’elle, dans les prés en pente, une dizaine de personnes dont sa sœur Vasthie et Redon le commis, des voisins aussi car la solidarité était de coutume, font les foins à la faux qu’on charge sur la charrette tirée par deux vaches. Quelques chèvres mangent avidement, j’imagine les délicieux picodons que Lucie devait fabriquer. Des enfants joyeux gambadent autour des adultes.
J’aimais tant, moi aussi, dans mon enfance, ces moments de plein air quand mon père venait aider sa maman, ma mémé Léontine, à l’époque de la moisson. Ma récompense était de monter sur un des deux chevaux de labour boulonnais, au retour vers la grange.
« Il fallait batailler » répète à plusieurs reprises Lucie devant cette plongée dans son passé. « On se plaint aujourd’hui mais on n’a pas le droit de se plaindre ». Elle finit par lâcher, malicieuse, devant la bienveillance de Sophie : « Je suis un peu exceptionnelle ».
Peut-être pas Lucie, mais admirable, vous l’êtes assurément. Sans avoir besoin comme vous de saliver dans mon mouchoir pour humidifier mes yeux, des larmes perlent à mes paupières. Le montage est rythmé, je souris quand elle range son bol dans le tiroir après l’avoir sommairement essuyé d’un coup de torchon, l’eau courante est trop loin dehors.
Outre l’aïeule, le second personnage du film est le paysage du plateau ardéchois que la réalisatrice a filmé aux quatre saisons qui scandaient la vie agricole : les fleurs qui illuminent les prés au printemps, les congères en hiver, une guirlande de stalactites sur une gouttière, la rosée du matin, la vieille ferme en pierre au toit de lauze perdue au milieu de nulle part, les terrasses abandonnées aujourd’hui sur le versant en face (rappelez-vous, encore Ferrat : Avec leurs mains dessus leurs têtes/Ils avaient monté des murettes/Jusqu’au sommet de la colline).
Lucie encore: « Comment les arbres pousseraient s’il n’y avait pas une main invisible ? « Vous savez laquelle maintenant.
Surprenante mise en scène, nous entendons Lucie sans la voir (mais la réalisatrice nous confirmera bien qu’elle ne lit pas) psalmodiant d’une mémoire sans faille, plusieurs poèmes qu’elle a retenus de sa scolarité enfantine. Magnifique séquence du feu qui rougeoie dans la cheminée avec la voix chantante de Lucie récitant La plainte du bois de Jean Richepin :

« Dans l’âtre flamboyant le feu siffle et détone,
Et le vieux bois gémit d’une voix monotone.
Il dit qu’il était né pour vivre dans l’air pur,
Pour se nourrir de terre et s’abreuver d’azur,
Pour grandir lentement et pousser chaque année
Plus haut, toujours plus haut, sa tête couronnée,
Pour parfumer avril de ses grappes de fleurs,
Pour abriter les nids et les oiseaux siffleurs,
Pour jeter dans le vent mille chansons joyeuses,
Pour vêtir tour à tour ses robes merveilleuses,
Son manteau de printemps de fins bourgeons couvert,
Et la pourpre en automne, et l’hermine en hiver.
Il dit que l’homme est dur, avare et sans entrailles,
D’avoir à coups de hache et par d’âpres entailles
Tué l’arbre ; car l’arbre est un être vivant.
Il dit comme il fut bon pour l’homme bien souvent,
Qu’à nos jeunes amours et nos baisers sans nombre
Il a prêté l’alcôve obscure de son ombre,
Qu’il nous couvrait le jour de ses frais parasols
Et nous berçait la nuit aux chants des rossignols,
Et qu’ingrats, oubliant notre amour, notre enfance,
Nous coupons sans pitié le géant sans défense.
Et dans l’âtre en brasier le bois geint et se tord… »

Lucie savait-elle que La Chanson des Gueux (sous-titrée Gueux des champs), dont est tiré ce poème, valut à Richepin un procès pour outrage aux bonnes mœurs, la saisie de son recueil et une condamnation d’un mois de prison à Sainte-Pélagie ? Dieu arrangea ça !!!
La bande sonore est un autre élément essentiel, d’autant que, par un incroyable concours de circonstances (encore qu’avec le dieu de Lucie, plus rien ne peut nous étonner !), elle a permis que le projet de Sophie Loridon aboutisse … enfin.
En effet, bien que Lucie eût prédit qu’après elle, ce serait le déluge, quelques années après sa disparition, la vieille bâtisse de Malfougères retrouva vie.
Son nouveau propriétaire, Hugues Laurent, est compositeur, pianiste et organiste de formation. Vous devinez, l’histoire devenait trop belle, que Sophie lui proposa de s’atteler à la création d’une musique originale sur ses images.
Conquis, Hugues, également présent à la projection, a ainsi façonné son remarquable matériau sonore dans l’ancienne grange de Lucie. Probable conditionnement de ma part et bien sûr talent de Hugues, il semble que le piano restitue certaines tonalités d’outils de la ferme. Hugues intervient souvent, avec respect et justesse, en contrepoint des images par petites touches contemporaines ou folkloriques, parfois, plus lyrique, il suggère une véritable ode à la nature et à Lucie.
Finalement, avec son bon sens paysan, Lucie avait (presque) raison. Après elle, cela serait un déluge … médiatique !
Ce « petit » film, avec zéro financement et aucun distributeur, mais réalisé avec un cœur énorme, 100% made in Malfougères, allait devenir un grand documentaire … et un phénomène de l’industrie cinématographique.
Le bouche à oreille ayant vite circulé, il a attiré, depuis le début de l’année 2019, plusieurs centaines et bientôt des milliers de spectateurs dans les petites salles, puis de plus grandes, entre Isère, Ardèche, Drôme et Haute-Loire.
Poussée par la burle, ce vent glacial soufflant sur le haut-plateau, il a donc fait, la semaine dernière, son entrée dans Paris ainsi que dans une cinquantaine de salles à travers la France, avant d’entamer, ce ne serait que justice, le tour des festivals, ainsi d’ailleurs, il aurait évidemment toute sa place aux belles Traces de vie de Clermont-Ferrand (en novembre).
Boostée par le succès que connaît son film, la persévérante Sophie Loridon, surprise mais radieuse, continue de sillonner l’hexagone à la rencontre du public pour partager avec lui 58 minutes de bonheur, et plus encore, car les projections sont suivies d’échanges conviviaux.
Sophie encourage les spectateurs à faire connaître sa Lucie dans leur entourage. Elle envisage d’aller frapper à la porte des écoles et des EHPAD.
Il n’y a pas que sur les ronds-points que l’on parle maintenant d’une France d’en bas ou d’avant. Lucie. Après moi le déluge n’est ni un document à thèse, ni un éloge d’un temps bientôt révolu. Sophie nous livre un film d’atmosphère avec une vraie « gueule d’atmosphère ». Si comme Louis Jouvet sur la passerelle du canal Saint-Martin devant l’Hôtel du Nord, vous vous asphyxiez, filez vite sur le plateau ardéchois respirer un salutaire bol d’air avec Lucie.
S’il vous prend la curiosité d’ouvrir la page Wikipédia consacrée à Saint-Jeure-d’Andaure, vous lisez désormais à la rubrique « personnalités liées à la commune » : Lucie Vareilles (1916-2010), agricultrice, figurante du film documentaire « Lucie. Après moi le déluge ».

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Une vraie people cette brave Lucie des champs, une « star du plateau » comme écrit joliment l’hebdomadaire Télérama ! Le dimanche, au restaurant du village, baptisé du joli nom des Hurle-Vents, de plus en plus de clients demandent où se trouve le hameau de Malfougères et « la ferme du film ».
J’imagine avec délectation, là-haut, l’authentique Lucie, tombant des nues devant sa notoriété posthume qui éclipse, ces jours-ci, le peu charismatique président de sa région en pleine déconfiture !
Quant à Sophie Loridon, elle suit les traces de prestigieux aînés documentaristes qui racontèrent aussi la vie à la campagne d’antan : le regretté Georges Rouquier (visitez un jour l’espace qui lui est consacré dans la petite commune aveyronnaise de Goutrens), auteur du fameux diptyque Farrebique (1947) et Biquefarre (quarante ans plus tard) tourné dans la ferme familiale du Rouergue, et Raymond Depardon avec sa trilogie Profils paysans.
Sa Lucie est vraiment exceptionnelle. Je ne vous ai pas dit : née la nuit de Noël 1916, elle décéda le 13 juillet 2010, veille de fête nationale. Le soir même,, un feu d’artifice zébra « son ciel » dans la commune voisine de Saint-Agrève au son de la musique des Beatles, Lucy in the sky with diamonds.
Magie du cinéma de Sophie Loridon ! Au bout de la projection, cette petite heure suspendue dans le temps, moi le citadin, je rapporte chez moi vive espérance. Et aussi l’énergie de poursuivre la constitution de la mémoire audiovisuelle que j’ai entamée, il y a quelques années, auprès des anciens d’un modeste village d’Ariège (département que l’on confond souvent avec l’Ardèche de Lucie).

Le DVD du film sera disponible à partir de septembre 2019. On peut le précommander, dés à présent, au prix de 20 euros qui permettront de faire vivre le film le plus largement possible, par chèque (encaissé à réception du DVD) accompagné de votre adresse postale à :
CINEDIA 19 rue Docteur Mazet 38 000 GRENOBLE
Le DVD est également en vente au prix de 45 euros pour les établissements scolaires, les médiathèques et maisons de retraites (frais de port inclus).

C’était mieux avant … que Michel Serres nous quitte !

Je pleure, presque au vrai sens du mot, un maître de pensée. L’immortel, parce qu’académicien, Michel Serres nous a quittés.
Chaque lecture de l’un de ses ouvrages, chacune de ses apparitions à la télévision, chacune de ses chroniques dominicales à la radio, constituait pour moi un moment sublime de bonheur intellectuel. Avec lui, j’aimais la philosophie, car il était philosophe.
En réponse à son discours, lors de sa réception (sans la traditionnelle épée, en « signe de paix » en pleine guerre du Golfe) à l’Académie française en janvier 1991, Bertrand Poirot-Delpech disait :
« À une étudiante qui vous interrogeait sur un mot d’argot en enveloppant de fumée sa question et son ignorance, comme c’était de son âge, à cette Précieuse de la Sorbonne dont j’entends encore, après dix ans, le pédantisme, car j’étais là, figurez-vous, en cachette, intrigué par le charme auquel succombaient vos habitués du samedi matin, charme ravageur, en effet, et sur lequel, tant pis pour vous, je reviendrai ; à cette jargonnante, soudain pétrifiée par l’œil pointu et le sourire au rasoir qui ajoutent à votre buste de penseur antique on ne sait quoi de faunesque, et même un peu diable, vous répondîtes, de cette voix d’oracle drue et cadencée où tambourinent, on vient de l’entendre, les graviers et l’ironie chantante de la Garonne :
« Désolé, Mademoiselle, mais votre question, je n’y entrave que dalle ! »
Ce qui peut se traduire, en langue moins verte, je veux dire plus académique, par : « Je n’y comprends rien ! »
Eh bien, moi, quand je vous écoutais … j’entravais souvent ce que vous disiez avec ce qu’il faut de clarté et de modestie, et pourtant si j’en crois encore Poirot-Delpech :
« Je m’avise que je n’ai pas inventorié en détail le « petit chariot » de vos diplômes – ainsi appelez-vous votre curriculum, par un goût des à-peu-près farceurs, qui n’épargne pas l’étymologie. C’est qu’il y faudrait une brouette : docteur ès lettres en 1968, professeur à la Sorbonne depuis 1969, plusieurs fois examinateur au concours de Normale, professeur en visite à Sao Paulo, New York, Stanford. Si l’enseignement ne connaît plus de frontières, comme au temps béni des universités médiévales, et si la langue française y fait bonne figure, pour notre joie, c’est un peu grâce à votre passion de « faire classe ».

Serres

J’avoue humblement n’avoir qu’effleuré la riche bibliographie du philosophe, et suis surtout devenu friand sur le tard de ses savoureux petits essais ou pamphlets souvent dérangeants (pour les anciens comme moi désormais !) parce qu’à contre-courant.
Ainsi le portrait de son attachante Petite Poucette ainsi surnommée à cause de sa dextérité pour tapoter sur les touches tactiles de son portable :
« Avant d’enseigner quoi que ce soit à qui que ce soit, au moins faut-il le connaître. Qui se présente, aujourd’hui, à l’école, au collège, au lycée, à l’université ?
Ce nouvel écolier, cette jeune étudiante n’a jamais vu veau, vache, cochon ni couvée. En 1900, la majorité des humains, sur la planète, s’occupaient de labourage et de pâturage ; en 2010, la France, comme les pays analogues au nôtre, ne compte plus qu’un pour cent de paysans. Sans doute faut-il voir là une des plus immenses ruptures de l’histoire, depuis le néolithique. Jadis référée aux pratiques géorgiques, la culture change.
Celle ou celui que je vous présente ne vit plus en compagnie des vivants, n’habite plus la même Terre, n’a donc plus le même rapport au monde. Il ou elle ne voit que la nature arcadienne des vacances, du loisir ou du tourisme.
Il habite la ville. Ses prédécesseurs immédiats, pour plus de la moitié, hantaient les champs. Mais il est devenu sensible aux questions d’environnement. Prudent, il polluera moins que nous autres, adultes inconscients et narcissiques. Il n’a plus le même monde physique et vital, ni le même monde en nombre, la démographie ayant soudain bondi vers sept milliards d’humains.
– Son espérance de vie est, au moins, de quatre-vingts ans. Le jour de leur mariage, ses arrière-grands-parents s’étaient juré fidélité pour à peine une décennie. Qu’il et elle envisagent de vivre ensemble, vont-ils jurer de même pour soixante-cinq ans ? Leurs parents héritèrent vers la trentaine, ils attendront la vieillesse pour recevoir ce legs. Ils n’ont plus la même vie, ne vivent plus les mêmes âges, ne connaissent plus le même mariage ni la même transmission de biens.
– Depuis soixante ans, intervalle unique dans notre histoire, il et elle n’ont jamais connu de guerre, ni bientôt leurs dirigeants ni leurs enseignants. Bénéficiant des progrès de la médecine et, en pharmacie, des antalgiques et anesthésiques, ils ont moins souffert, statistiquement parlant, que leurs prédécesseurs. Ont-ils eu faim ?
Or, religieuse ou laïque, toute morale se résumait à des exercices destinés à supporter une douleur inévitable et quotidienne : maladies, famine, cruauté du monde.
Ils n’ont plus le même corps ni la même conduite ; aucun adulte ne sut ni ne put leur inspirer une morale adaptée.
– Alors que leurs parents furent conçus à l’aveuglette, leur naissance fut programmée. Comme, pour le premier enfant, l’âge moyen de la mère a progressé de dix à quinze ans, les enseignants ne rencontrent plus des parents d’élèves de la même génération. Ils n’ont plus les mêmes parents ; changeant de sexualité, leur génitalité se transformera.
– Alors que leurs prédécesseurs se réunirent dans des classes ou des amphis homogènes culturellement, ils étudient au sein d’un collectif où se côtoient désormais plusieurs religions, langues, provenances et mœurs. Pour eux et leurs enseignants, le multiculturalisme est de règle depuis quelques décennies. Pendant combien de temps pourront-ils encore chanter l’ignoble « sang impur » de quelque étranger ?
Ils n’ont plus le même monde mondial, ils n’ont plus le même monde humain. Autour d’eux, les filles et les fils d’immigrés, venus de pays moins riches, ont vécu des expériences vitales inverses.
Bilan temporaire. Quelle littérature, quelle histoire comprendront-ils, heureux, sans avoir vécu la rusticité, les bêtes domestiques et la moisson d’été, dix conflits, blessés, morts et affamés, cimetières, patrie, drapeau sanglant, monuments aux morts, sans avoir expérimenté dans la souffrance, l’urgence vitale d’une morale ? »
Voilà pour le corps, voici pour la connaissance :
« Leurs ancêtres cultivés avaient, derrière eux, un horizon temporel de quelques milliers d’années, ornées par la préhistoire, les tablettes cunéiformes, la Bible juive, l’Antiquité gréco-latine. Milliardaire désormais, leur horizon temporel remonte à la barrière de Planck, passe par l’accrétion de la planète, l’évolution des espèces, une paléo-anthropologie millionnaire. N’habitant plus le même temps, ils entrèrent dans une autre histoire.
– Ils sont formatés par les médias, diffusés par des adultes qui ont méticuleusement détruit leur faculté d’attention en réduisant la durée des images à sept secondes et le temps des réponses aux questions à quinze secondes, chiffres officiels ; dont le mot le plus répété est « mort » et l’image la plus reprise celle des cadavres. Dès l’âge de douze ans, ces adultes-là les forcèrent à voir plus de vingt mille meurtres.
– Ils sont formatés par la publicité ; comment peut-on leur apprendre que le mot relais, en français s’écrit -ais, alors qu’il est affiché dans toutes les gares -ay ? Comment peut-on leur apprendre le système métrique, quand, le plus bêtement du monde, la SNCF leur fourgue des s’miles ?
Nous, adultes, avons doublé notre société du spectacle d’une société pédagogique dont la concurrence écrasante, vaniteusement inculte, éclipse l’école et l’université. Pour le temps d’écoute et de vision, la séduction et l’importance, les médias se sont saisis depuis longtemps de la fonction d’enseignement.
Les enseignants sont devenus les moins entendus de ces instituteurs. Critiqués, méprisés, vilipendés, puisque mal payés.
Ils habitent donc le virtuel. Les sciences cognitives montrent que l’usage de la toile, lecture ou écriture au pouce des messages, consultation de Wikipedia ou de Facebook, n’excitent pas les mêmes neurones ni les mêmes zones corticales que l’usage du livre, de l’ardoise ou du cahier. Ils peuvent manipuler plusieurs informations à la fois. Ils ne connaissent ni n’intègrent ni ne synthétisent comme leurs ascendants. Ils n’ont plus la même tête.
– Par téléphone cellulaire, ils accèdent à toutes personnes ; par GPS, en tous lieux ; par la toile, à tout le savoir ; ils hantent donc un espace topologique de voisinages, alors que nous habitions un espace métrique référé par des distances. Ils n’habitent plus le même espace.
Sans que nous nous en apercevions, un nouvel humain est né, pendant un intervalle bref, celui qui nous sépare de la Seconde Guerre mondiale.
Il ou elle n’a plus le même corps, la même espérance de vie, n’habite plus le même espace, ne communique plus de la même façon, ne perçoit plus le même monde extérieur, ne vit plus dans la même nature ; né sous péridurale et de naissance programmée, ne redoute plus la même mort, sous soins palliatifs. N’ayant plus la même tête que celle de ses parents, il ou elle connaît autrement.
– Il ou elle écrit autrement. Pour l’observer, avec admiration, envoyer, plus rapidement que je ne saurai jamais le faire de mes doigts gourds, envoyer, dis-je, des SMS avec les deux pouces, je les ai baptisés, avec la plus grande tendresse que puisse exprimer un grand-père, Petite Poucette et Petit Poucet. Voilà leur nom, plus joli que le vieux mot, pseudo-savant, de dactylo.
– Ils ne parlent plus la même langue. Depuis Richelieu, l’Académie française publie, à peu près tous les quarante ans, pour référence, le dictionnaire de la nôtre. Aux siècles précédents, la différence entre deux publications s’établissait autour de quatre à cinq mille mots, chiffres à peu près constants ; entre la précédente et la prochaine, elle sera d’environ trente mille.
À ce rythme linguistique, on peut deviner que, dans peu de générations, nos successeurs pourraient se trouver aussi séparés de nous que nous le sommes de l’ancien français de Chrétien de Troyes ou de Joinville. Ce gradient donne une indication quasi photographique des changements majeurs que je décris. »
Vous imaginez bien que je n’ai jamais osé mettre ce brûlot entre les mains d’une chère petite fille qui aurait beau jeu de rire de moi : « Tu vois papy quand je te dis que tu parles du Moyen-Âge ! »
L’incurable optimiste gascon réitéra, quelques années plus tard en nous assénant le C’était mieux avant du temps de Grand-Papa Ronchon (celui-là même de la Petite Poucette), ce qui, évidemment, signifiait le contraire, ou à tout le moins qu’un peu plus d’objectivité était nécessaire :
« Mon grand-père échappa aux débâcles de Sedan, les gaz délétères blessèrent mon père au milieu des bombes de Verdun, je dus finir l’expédition de Suez… de sorte que, pendant un siècle, ma famille et moi connûmes la guerre, la guerre, la guerre… De ma naissance à l’âge adulte, mon corps se forma, bras et jambes, cœur et cerveau, de guerre, de guerre, de guerre ».
À propos de la santé : « Avant, ne connaissant pas les antibiotiques, on mourrait de vérole ou de tuberculose, comme à peu près tous les illustres du XIXe siècle, Schubert, Maupassant ou Nietzsche ; ma tante décéda d’une méningite le mois précédant l’arrivée de la pénicilline, remède qui eût réduit sa souffrance létale à huit jours de petites piqûres. … Finaud dans ses diagnostics, impuissant le plus souvent aux guérisons, un praticien de ville ou de campagne emportait, le matin, dans sa sacoche, les huit ou dix médicaments efficaces à l’époque ; où l’absence de vaccination laissa beaucoup de mes amis marqués de poliomyélite ; où l’on se moquait des handicapés, en les appelant de noms de bêtes, becs-de-lièvre, gueules-de-loup, phocomèles, c’est-à-dire bras de phoque, sans pitié. »
Et sur l’alimentation ? : « Avant, à table justement, nous buvions et mangions naturel et authentique, disent les Ronchons. » « On savait parfaitement d’où venait le jambon : le porc, engraissé à la ferme de Poulère, nous le tuions l’hiver, pendu par les pattes arrières, au cours de la fête saisonnière nommée cuisine du cochon, à la maison, qui retentissait de ses cris déplorables. Après que la cuisse avait passé, pendue elle aussi, de longs mois à la cave, il fallait un couteau pointu pour en dénicher les vers, entre l’os et le gras, et tenter de déloger nos concurrents directs dans la manducation de la viande. »
« Ah ! la provenance ! On savait d’où venait le lait : de l’étable de Grégoire, où nous allions parfois l’aider à traire Marquise ou Bonnette, toutes blondes d’Aquitaine. Mais le bon fermier, près de ses sous, n’appelait pas souvent le vétérinaire et repérait moins vite que lui les maladies du bétail. Ainsi, dès l’âge de vingt ans, je contractai la fièvre aphteuse. On n’en meurt pas. Non ce n’est pas la peine de sacrifier, pour elle, des milliers de bovins. Une fièvre de cheval vous prend pendant deux semaines, pendant lesquelles bouche, langue, gencives et palais, se remplissent d’aphtes si douloureux que boire et manger virent au supplice. »
C’est ça que j’aimais aussi chez Michel Serres, sa proximité de discours à cent lieues d’Aristote, Kant ou Schopenhauer, son côté conteur avec sa voix chaleureuse de son Lot-et-Garonne natal.
« Pour mon accent occitan, j’ai reçu plus d’humiliations qu’un Iroquois en terre persane ou un Africain dans le Deep South … Je fus rétrogradé au classement d’agrégation, le président du jury, philosophe notable, arguant que je n’étais pas exploitable sur la totalité du territoire. Je ne doute pas qu’il eût raison, puisque nous ne nous comprenions pas les uns les autres et qu’à mon premier poste, en Auvergne, les étudiants disaient en silence que je devais être italien … » !
Avec érudition, il était capable de s’entretenir sur tous les sujets en émettant toujours un avis lumineux et original. « Philosopher, c’est passer partout » confiait-il. Ainsi encore, voyez ce que le supporter inconditionnel du quinze du Sporting Union Agenais pensait de l’évolution du monde de l’Ovalie face au phénomène du professionnalisme :
« J’appelle cela la fable de l’huile et du fromage. Dans ses romans, Jean Giono raconte que ses parents ne se fournissaient pas en huile d’olive dans n’importe quel moulin. Eux achetaient l’huile qui provenait précisément d’un endroit, là. D’un coup, un Monsieur Lesieur a acheté toutes les huiles. Tout le monde a trouvé normal de consommer de l’huile d’olive normalisée. Quant au fromage… J’ai vécu dix ans à Clermont-Ferrand au début de ma carrière. J’ai vu les caves du Saint-Nectaire et du Cantal fermer les unes après les autres sous la puissance du Bonbel, le fromage industrialisé. « Tiens, le fromage va se faire « normer » comme l’huile », me suis-je dit. Tout d’un coup, les consommateurs se sont révoltés. Les fromageries industrielles ont fait faillite. J’ai alors vu renaître le Saint-Nectaire, la Fourme d’Ambert… La question fondamentale du monde moderne : va-t-on suivre le destin du fromage ou celui de l’huile ? »
Et pour ne pas tourner en rond sur ce sujet ovale, il concluait : « Ce que vous dites du rugby est vrai pour tout. Il en est par exemple de même pour la recherche scientifique. Si vous ne médiatisez pas ce que vous inventez, vous n’existez pas. Autrefois, on passait à la télévision parce qu’on était bon. Aujourd’hui, on est bon parce que l’on passe à la télévision. Ça change tout. » Oh que oui !
Vers la fin des années 1950, apparut une machine sophistiquée qui allait bientôt révolutionner nos manières de communiquer et faire le bonheur des Petites Poucettes d’aujourd’hui. Son nom anglais était computer qu’on ne put traduire dans notre langue par le mot compteur déjà pris pour nos relevés d’eau, gaz et électricité. Un latiniste trouva que cette nouvelle machine « infernale » lui faisait penser à la création du monde par le Deus ordinator. Ainsi naquit l’ordinateur.
Cette histoire dut réjouir Michel Serres qui, moins progressiste sur la façon de martyriser les mots, publia, il y a peu, un court et savoureux essai sur la Défense et illustration de la langue française.
Avec l’autorité (malicieuse) de ceux qui ont vécu la Seconde Guerre mondiale, il repartait au front contre le nouvel occupant de notre langue :
« Les nazis ont plus respecté notre langue que nos propres annonceurs le font… J’ai compté un jour, place de la Bastille, 93 mots anglais pour 20 mots français. Un collègue américain prenait un pot avec moi ; il me dit : « Je ne voudrais pas qu’une telle catastrophe arrive à mon pays. » Il plaignait les Français de supporter cette occupation et de compter, parmi eux, des collaborateurs. »
Défenseur de la belle langue de Molière face au globish, « la langue des snobs, bobos, incultes et collabos », il en avait marre que la SNCF nous fasse des smiles et que les cafés nous proposent des happy hours !
Véritable troubadour de la langue, il nous enchantait en balançant entre le mot enfoui pour être précis et le mot usuel pour être compris, ainsi un arboriculteur ne parle pas de pommes en général mais de Chantecler ou Calville, que le marin ne parle pas de corde parce qu’il y a des bitords, des torons et des aussières. On reconnaît là sans doute le jeune étudiant reçu à l’École navale.
Il proposait une règle simple : accepter comme un enrichissement tout mot étranger qui correspond à un objet ou une pratique nouvelle, mais le refuser quand il vient remplacer un terme existant. Autrement dit, oui à l’aztèque haricot, à l’italien sonate, à l’arabe algèbre et à l’anglais scanner. Mais non à coach, qui n’apporte rien de plus à entraîneur.
Encore que, en cette période de Coupe du Monde féminine de football, être entraîneuse peut être équivoque !
Michel Serres avait le don précieux d’éclairer nos esprits, d’éveiller notre curiosité, de se mettre au niveau de chacun de nous. Comme beaucoup de grands esprits, il rendait intelligent en laissant paraître qu’il ne l’était pas tant que ça lui-même.
Depuis quelques années, dans son petit jardin de sa maison de Vincennes, le marronnier était malade : « Depuis trois ans, il ne donne plus de marrons, ni de fleurs. Il n’y a plus de merles, de mésanges, ni de moineaux non plus. »
Était-il urgent maintenant pour cet optimiste impénitent de tirer la sonnette d’alarme avant de tirer sa révérence ? Ainsi, avait-il un peu remanié, l’an dernier, la réédition de son plaidoyer écologique Le Contrat naturel : « Je suis certain que nous allons désormais à une catastrophe dont notre histoire ne nous donne aucun exemple « si nous ne changeons pas au plus vite nos coutumes, notre économie et nos politiques …
Des avaries imparables suscitent à bord l’alarme finale : ’Tous aux postes d’évacuation !’ Même si, pour les Terriens, dénués de tout canot de sauvetage, elle sonne absurde, elle couvre de sa rumeur l’humble voix de mon commencement. Or, hélas, les puissants de la planète n’écoutent, pour le moment, ni l’une, dramatique et irréalisable, ni l’autre, bienheureuse et salvatrice. »
Avec sa faculté (ce mot lui convient si bien !) de se mettre à portée de son auditoire et ses qualités de conteur, c’est peut-être ce message de vigilance que Michel Serres transmit, au début de cette année, en rendant visite aux enfants d’une école maternelle parisienne : « C’est le plus beau jour de ma vie ! J’ai toujours essayé d’être compris de la plus large majorité. Y arriver avec des enfants de cet âge, ça sauve une vie. »

Michel Serres

À l’école de la rue Rochechouart, Paris IXème (photo LP/Arnaud Dumontier)

Au temps de mon activité dans l’Éducation Nationale, j’eus aussi la chance et le privilège de filmer ce brillant et chaleureux humaniste. Un bien beau souvenir que je raviverai désormais à travers ses lectures ! Mais comment vais-je pouvoir bientôt justifier mes billets sur les Tours de France d’antan?

Publié dans:Coups de coeur |on 4 juin, 2019 |Pas de commentaires »

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