Archive pour mai, 2019

Chanel, un amour de petite chatte (encore)

Il y a peu, je vous ai fait partager les facéties, effronteries et pitreries de Chanel, une adorable petite chatte que ma compagne et moi avons gardée une semaine durant :
http://encreviolette.unblog.fr/2019/05/06/chanel-une-adorable-petite-chatte/
Elle semblait manifester un certain goût pour la littérature en campant dans un coin de bibliothèque !
Très joueuse, de sa petite patte, elle poussait aussi des balles de divers calibres, de préférence sous les meubles, c’est tellement plus drôle pour les vieilles douleurs de son maître d’occasion !
De retour chez sa maîtresse, Chanel, son nom ne saurait mentir, s’est découverte, ces jours-ci, une passion pour le tennis, à l’occasion du tournoi de Roland-Garros. À défaut de pouvoir prendre place dans les loges VIP, à côté des people, elle campe ostensiblement devant « l’étrange lucarne » du salon, ainsi appelait-on autrefois la télévision.
Étrange, en effet, cette balle insaisissable qui, après avoir débordé une des joueuses, sort du cadre pour terminer sa trajectoire … où ça dans le salon ?
Impayable, cette chatonne qui rythme avec sa tête les rebonds de la balle sur la terre battue avant que la joueuse effectue son service ! Attention au torticolis quand elle verra les 24 rebonds de Novak Djokovic !
Malheureusement, Chanel (et moi) ne pourrons voir l’une des favorites de la compétition, la gracieuse tenniswoman russe Maria Sharapova qui a déclaré forfait pour une blessure à l’épaule.

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Publié dans:Coups de coeur |on 27 mai, 2019 |Pas de commentaires »

À notre maman

Même si la mienne est partie à l’aube du troisième millénaire, je n’oublie pas, chaque année, de rendre hommage à nos mamans en ce jour de fête.
Cette fois, je me fais accompagner par Claude Nougaro. Le poète nous surprend en évoquant l’amour maternel à travers l’image d’une belle demoiselle courtisée par son (bientôt) futur papa :

« C’est ainsi que papa
Parlait à maman
Mademoiselle
Mad’moiselle maman, Mad’emoiselle maman
Bien sûr je n’étais pas né
Pourtant je l’assure
C’est tout comme si j’y étais
J’ai tout écouté
Tout écouté
Lorsque maman a souri
Je m’ suis fait tout p’tit
Et quand ils firent l’amour
J’ai fermé les yeux
J’ai fait le sourd. »

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Pour prolonger ces instants de tendresse, je vous invite à lire ou relire mes anciens billets écrits à l’encre violette:
http://encreviolette.unblog.fr/2012/06/03/bonne-fete-aux-mamans-et-aux-papas/
http://encreviolette.unblog.fr/2010/05/28/dans-les-yeux-des-mamans/
http://encreviolette.unblog.fr/2009/06/06/bonne-fete-mamans/
http://encreviolette.unblog.fr/2011/05/29/bonne-fete-aux-mamans/
http://encreviolette.unblog.fr/2008/05/25/fete-des-meres-et-collier-de-nouilles/
Et évidemment, les deux billets les plus beaux à mes yeux dans lesquels je brossais le portrait de ma si chère maman :
http://encreviolette.unblog.fr/2014/05/14/gilberte-coffin-ma-chere-et-tendre-maman-epoque-1/
http://encreviolette.unblog.fr/2014/05/19/gilberte-coffin-ma-chere-et-tendre-maman-2/

Publié dans:Almanach |on 26 mai, 2019 |Pas de commentaires »

« Les Passerelles de la Vie à Prat-Bonrepaux (Ariège)

En ouvrant un dictionnaire au mot passerelle, l’on peut lire :
1. Ouvrage destiné à la circulation des personnes.
a) Pont étroit, permanent ou provisoire, permettant le passage des piétons au-dessus d’une brèche, d’un cours d’eau, d’une voie de communication ou entre deux bâtiments. Passerelle métallique; passerelle branlante; passerelle de fortune; lancer une passerelle; une passerelle qui enjambe; qui se balance. Sur une tranchée profonde, entre des talus de terre noire, des tas de pavés et des monceaux de dalles, une passerelle était jetée, faite d’une planche étroite et flexible (A. FRANCE, Lys rouge, 1894, p.72)
C’est le cas de l’ouvrage qui enjambe la chaussée contournant désormais le village ariégeois de Prat-Bonrepaux, et permet aux piétons de rejoindre les champs depuis le centre du bourg.
Si je voulais faire un peu de mauvais esprit, j’ajouterais qu’il constitue éventuellement un excellent belvédère pour la gendarmerie locale afin de flasher les automobilistes récalcitrants à la vitesse de 80 km/h !
Mais en Ariège, « terre courage », telle fut longtemps sa devise touristique, où la solidarité, la générosité, la joie de vivre, l’authenticité ne sont pas de vains mots, on sait aussi édifier des passerelles au sens métaphorique, ainsi ces Passerelles de la Vie jetées entre les enfants de l’école-primaire de Prat-Bonrepaux (quel joli demi-nom !) et les résidents de l’EHPAD (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) de l’Estélas, du nom d’un pic dominant la localité.
Ce sont celles-ci que je suis invité à découvrir en qualité de neveu par alliance d’une des participantes, une aïeule de 98 ans à l’automne, plus bonne main que bon pied, d’ailleurs elle est notamment mise à contribution pour ses qualités de tricoteuse. Un certain nombre de membres de la famille, neveux, nièces et même frère, ont porté brassières, pulls et gilets de sa confection, à différents âges de leur vie et … de la mode !

invitation Passerelles de la Vie

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En cet après-midi du mois de mai, à la salle municipale, est présentée la restitution artistique d’un projet mené, durant trois mois, par Aude Lamarque, membre de la compagnie ariégeoise l’Arbassonge.
Aude possède de nombreuses cordes à son arc : après un parcours universitaire en sociologie et ethnologie, elle choisit de se consacrer, corps et âme, au théâtre et aux histoires sous toutes leurs formes, crieuse de rue, comédienne marionnettiste, chuchoteuse de poésie, conteuse, clown, danseuse contemporaine, j’en oublie sans doute.
Pour construire ses passerelles, elle est intervenue six fois auprès des résidents de l’EHPAD. C’est un peu le monde à l’envers : dans notre jeunesse, les parents nous lisaient des histoires pour nous apaiser ou nous endormir ; ici Aude, pour apprivoiser et réveiller les anciens, leur a raconté des contes et organisé des exercices divers et variés. Puis elle a lancé un travail de collecte de leurs récits de vie sur le thème de « leurs premières fois », des souvenirs bien lointains … encore que certains de ces aïeux, plus en âge de débusquer les campagnols et mulots dans les céréales, ont découvert tout récemment la première fois où ils ont manipulé la souris d’un ordinateur.
Il s’en suivit un travail de transposition écrite des témoignages oraux. Puis Aude, sans avoir à franchir l’affreuse passerelle bétonnée enjambant la déviation, s’est rendue à l’école primaire du village pour initier la même démarche avec les élèves des cours moyens 1ère et 2ème années en collaboration avec leur enseignant Laurent Boissenin. Ce fut au tour des écoliers de raconter leurs premières fois. Fastoche ! Et de mettre en forme écrite et concise leurs récits : moins fastoche ( ?) !
Vint le temps de poser les dernières pierres de la passerelle. Enfants et anciens se retrouvèrent deux fois à la maison de retraite pour apprendre à se connaître à travers des jeux, des exercices de voix et de corps (et de dégustation de bons gâteaux, j’imagine).
Ce « projet de vie » fédéra beaucoup de composantes de l’EHPAD, de la Direction à l’animatrice Florence Martin, en passant par les infirmières, les aides-soignantes parmi lesquelles Marie, et aussi Pablo jeune appelé du Service civique, mais faut-il dissocier le personnel tant, j’en ai fait le constat à l’occasion de mes visites à la chère aïeule, cet établissement respire la gentillesse et le dévouement pour le bien-être de tous.
Enfin le jour de la représentation est arrivé : des trentenaires aux septuagénaires, les spectateurs ont les yeux brillants de fierté pour leur progéniture ou leurs chers aînés.
Dans cette rencontre intergénérationnelle, résonne le choc des prénoms. Les Ambre, Diyana, Loan, Mael, Noah, Zack, Thanael se mêlent aux Denise, Huguette, Paulette, Yvonne, Marcel et Jean. Chacun reconnaîtra les « siens ». Mathilde et Laurent, Marion et Rémi entretiendront éventuellement l’équivoque.
L’argument de la séance est simple : les anciens lisent les premières fois des écoliers lesquels racontent les premières découvertes, bêtises ou punitions (ça va souvent de pair), peurs ou joies, vécues par les aînés. J’avoue que … la première fois justement, cela surprend d’écouter un gamin parlant du maquis de la Résistance ou une nonagénaire évoquant son premier cours de hip-hop.
Mais l’instant de surprise évacué, c’est l’émotion, la tendresse et la fraîcheur des témoignages qui, bientôt, nous étreignent.
Avec la première fois où Denise a fait du vélo, quelle affaire ! Il me semble revivre mon apprentissage de la bicyclette dans la cour de ma maison école avec la bénédiction maternelle de la directrice, sous la surveillance en été d’une tante paralysée. Il y avait aussi des tilleuls autour desquels je slalomais. Les gravillons du sol meurtrirent, plus d’une fois, mes genoux en raison de mon intrépidité ou maladresse.

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Soudain, ma belle-famille tend fièrement l’oreille. Elle a vite saisi que les premières fois relatées maintenant concernent son aïeule : la première machine à laver, installée sous le préau de l’école dont elle était directrice, que la population du modeste village de la campagne fuxéenne venait voir comme une curiosité, puis la première télévision. Prémices de la future civilisation de consommation qui nous cause tant de soucis aujourd’hui !
Le progrès ! Événements véritablement surréalistes pour les jeunes têtes blondes (ou pas) ! Ont-elles conscience que l’arrivée de ce qu’on appelait alors pompeusement « arts ménagers » participa à l’émancipation des femmes.
Plus tard, quand je serai bien vieux et plus en capacité de rédiger ce blog, je pourrai aussi raconter, sans que l’on se moque de moi (c’est moins sûr) la première télévision au domicile parental. C’était en 1956, un téléviseur Grandin acheté à l’occasion de la visite à Paris de la jeune reine Elizabeth d’Angleterre. Une seule chaine et en noir et blanc, of course (c’est pour la reine) !

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Vieux poirier/On ne sait pas qui t’a semé/Le vent peut-être … À travers cette chanson, les enfants rendent hommage métaphoriquement à la robustesse et la longévité de leurs aînés.
Bon sang ne saurait mentir, je relève dans la comptine que le vieil arbre fruitier fleurit chez un poète en Normandie, le pays qui m’a donné le jour !
Hasard du programme, à travers la lecture d’une jeune élève, c’est encore notre tante, quelle bavarde, qui évoque sa première affectation comme institutrice à l’école de Saint-Béat dans le département de Haute-Garonne. Ce n’était pas le sujet mais je l’ai entendue, en privé, conter aussi son séjour pour le moins pittoresque à l’école de Saint-Marcellin du Forez, à quelques kilomètres de Saint-Étienne.
Beaucoup de romans régionalistes, ainsi le populaire écrivain Christian Signol dans Une si belle école, ont décrit ce temps épique où les timides enseignantes, fraîchement émoulues de l’École Normale de la grande ville de leur région, rejoignaient leur poste, en car puis à pied, dans des conditions très rudimentaires. Une véritable aventure ! Certaines d’entre elles y rencontrèrent un beau prince paysan !

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Dans ma jeunesse, Colette Renard connut le succès avec une chanson réaliste : Tais-toi Marseille ! Cet après-midi, c’est plutôt Parle Marcel ! La jeune écolière, au bel accent chantant, raconte les premiers souvenirs de maquisard de l’aîné natif de … la métropole méditerranéenne.

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Sur le même sujet, un autre enfant narre le premier contrôle dont fut victime Mathilde face aux soldats allemands :
« J’avais 17 ans en 1944. Nous vivions en zone occupée par l’armée allemande. Accompagnée de ma sœur et de mon frère, nous avons pris le train en gare de Toulouse, pour aller nous ravitailler à la campagne, près d’Auterive. Arrivés là-bas, pas de bus … nous avons dû rejoindre notre village situé à 9 kilomètres à pied.
Le lendemain matin, alors que j’étais occupée à préparer le petit déjeuner à base d’orge grillée, deux soldats allemands ont pénétré dans la maison.
Ils ont demandé à voir ma carte d’identité. Puis ils se sont rendus à l’étage et ont inspecté toutes les pièces avant de redescendre. Passant devant la salle à manger, ils ont remarqué, posée sur une table, une carabine à laquelle était accroché le récépissé d’enregistrement de la Préfecture de Toulouse. Ils se sont concertés puis ont quitté la maison. Ouf !
Ce n’est que beaucoup plus tard que j’ai appris que mon père avait caché un fusil de chasse dans une armoire, à l’étage.. Ce fusil n’avait pas été déclaré à la Préfecture.
Si les soldats l’avaient découvert, nous aurions pu être arrêtés ! »
Pour l’avoir constaté moi-même avec une chère petite-fille friande des récits de son arrière-grand-mère sur la vie du village sous l’Occupation, je sais que ces témoignages sont souvent plus marquants et efficaces pour éveiller les consciences que l’enseignement de l’Histoire contemporaine dispensée au lycée.
De beaux devoirs de mémoire pour ces écoliers qui ont le bonheur de vivre sur un sol épargné par la guerre depuis plus de soixante-dix ans. En notre époque ébranlée par quelque vent mauvais, puissent-ils mesurer leur chance : L’avenir est une porte, le passé en est la clé écrivit Victor Hugo.
C’est bien la peine que je tienne quelque propos moralisateur, une autre élève me casse la baraque en racontant la première fois où un des anciens fit l’école … buissonnière. Je l’absous volontiers quand je découvre que, « morale » de l’histoire, l’élève du Sacré-Cœur rejoignit l’École publique.

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Ils ne reculent devant rien, ces gamins ariégeois accompagnés à la guitare par Philippe Laval, ils parviendraient presque à accomplir ce qu’on n’a jamais vu sur le sol irlandais (dixit Bourvil) : faire pousser un oranger !
Aucun de leurs bienveillants aînés n’osera leur jeter l’orange (à défaut de pomme) de la discorde, cet après-midi, en affirmant qu’ils sont bien trop gâtés. Et pourtant, beaucoup de ces aïeux ont certainement connu le temps où ils recevaient à Noël une orange, un fruit alors rare et cher.
Mine de rien, ces brèves et modestes tranches de vie, entre joies et peurs, entre rires et larmes, nous rappellent (ou nous apprennent) beaucoup sur la société au milieu du siècle dernier, sur l’éducation, l’autorité, les jeux de l’époque. Avec la passerelle des mots, on franchit avec délectation et émotion des pans d’histoire.
Une aïeule évoque la première fois que Noah a vu sa sœur à la maternité, un jeune garçon enchaîne en exprimant la pudeur bien féminine de Claude qui garde secret le plus beau jour de sa vie à l’occasion de la naissance de son fils. Moments heureux et inoubliables !
Les premières punitions ne pouvaient concerner que Jean dont la malice entretient la bonne humeur à table, si j’en crois notre tante :
« C’était pendant l’Occupation, on était une quinzaine de jeunes et on allait nager à la Gouarège, dans un trou d’eau. On nageait tout nus pour ne pas mouiller le short et le tricot de peau …
Voilà que passe monsieur le curé, il nous voit, mais il n’est pas venu nous trouver.
Au catéchisme, il nous a pris à tous, et il a dit :
« J’aime bien voir les nageurs, mais qui sont un peu habillés ! En tenue d’Adam impossible ! La prochaine fois, vous serez puni pendant trois dimanches ! »
On a fait trois vêpres de plus, un dimanche, avec l’évêque, et la messe en plus !
Alors ça … ça nous turlupinait …
On lui a fait d’autres tours. On était enfant de chœur comme tout le monde, et monsieur le curé avait un vin blanc drôlement bon qu’il mettait dans la burette. Avec les copains, on a vidé la bouteille et la burette avec ! Et quand monsieur le curé a voulu prendre le vin blanc, on avait mis de l’eau à la place !
Alors, il a goûté, a tout recraché, nous a tous regardés et a dit :
« Cet après-midi, vous revenez tous sinon j’irai vous chercher chez vos parents ! » On l’a compris parce que pendant quatre dimanches, au lieu d’aller voir le match de rugby, on a été punis aux vêpres. On lui faisait des tours et il le savait … »
Il y a un petit parfum de Guerre des Boutons qui s’échappe de ce récit de l’Occupation. Je n’ai pas manqué de surveiller les éventuelles réactions de la Sœur écoutant religieusement (comme il convient) les facéties de Jean.
Pour clore le spectacle, en forme de remerciement, les anciens (et le public) offrent aux enfants la chanson douce que leur chantait déjà autrefois leur maman.

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Émouvant symbole : entre les doigts des aîné(e)s, se dévide alors la pelote de laine de la chère tricoteuse, un fil d’Ariane (en l’occurrence de Paulette), non pas pour combattre le Minotaure, mais au contraire pour nouer le lien avec les minots de l’école.

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Une manifestation en Ariège ne saurait s’achever sans un ultime moment de convivialité autour de quelques pâtisseries et boissons. Il m’a bien semblé que la gourmandise n’avait pas d’âge !
Chacun avait du mal à partir. Petit goût des fêtes de L’Humanité d’antan, Marcel, convictions  clairement affichées, chanta le petit vin blanc (pas celui des burettes du curé) qu’on buvait sous les tonnelles du côté de Nogent, avant de faire valser l’Amant de saint Jean :

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Qui sait si ce n’était pas lui cet amant-là ? C’est du passé, n’en parlons plus !
Quoique ! On espère d’autres passerelles (c’est mieux que des ronds-points !) à l’EPADH de Prat-Bonrepaux. « Je préfère l’avenir au passé car c’est là que j’ai décidé de vivre pour le restant de mes jours » écrivit encore Victor Hugo.

Publié dans:Coups de coeur |on 24 mai, 2019 |2 Commentaires »

Chanel, un amour de petite chatte

Parfois, cela détend de partager avec vous quelques impressions que vous jugerez peut-être dérisoires.
Ainsi, avec ma compagne, nous avons eu la garde, durant une semaine, d’une adorable petite chatte.

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Car oui, les seniors, bons à jeter aux orties dans notre société libérale, servent encore à cela : garder les enfants, petits-enfants, et éventuellement leurs animaux de compagnie quand ils (les humains) aspirent à quelques moments d’évasion.
Cela nécessite d’ailleurs une certaine logistique : il est révolu le temps des chats de mon enfance qui, très vite, dans les campagnes, s’appropriaient à leur guise leur terrain d’aventures.
Aujourd’hui, en notre époque d’assistanat, le jeune félin emporte avec lui sa chatière, sa litière pour ses besoins naturels, un arbre dit « à chat » nécessaire pour acérer les griffes dont il fera usage contre vous plus tard pour manifester son mécontentement (encore heureux qu’il ne réclame pas un gilet jaune !), ses aliments avec la prescription des doses par sa maîtresse, et multiples accessoires de jeux, balles de ping-pong, pelotes de laine et même souris mécanique pour apprendre à sauter, courir voire chasser.
Heureusement, nous avons tout de même échappé à la lecture préventive d’ouvrages des Françoise Dolto et Marcel Rufo de la psychiatrie féline !
La chatonne (oui, le mot existe signifiant le petit de la chatte de sexe féminin) en question s’appelle Chanel ! Je devance l’éventuel mauvais esprit de certains lecteurs qui concluraient hâtivement : « voilà une chatte de bourges » ! Ils n’auraient involontairement pas tout à fait tort car, hors de toute considération de lutte de classes, Chanel est née à Bourges. C’est une Berruyère, une berrichonne, et même une européenne par son type. Ce qui n’exclut pas non plus qu’elle ne s’embourgeoise pas ! En tout cas, pour l’instant, il est hors de question qu’elle fréquente les ronds-points et même qu’elle furète hors de l’appartement avant qu’elle ne s’acquitte des vaccinations réglementaires.
Chanel a bientôt trois mois. Elle est née en février, un excellent mois, comme son maître de circonstance rédacteur de ce billet et … Victor Hugo qui aimait les chats même s’il n’en a pas beaucoup parlé dans son œuvre. L’illustre écrivain en posséda un qu’il appela Chanoine, ce qui lui aurait inspiré cette phrase : « Dieu a fait le chat pour que l’homme ait un tigre à caresser chez lui ».
Champfleury, écrivain également proche de Victor Hugo, rédigea un livre intitulé Les chats : histoire, mœurs, observations, anecdotes, et justement connut Chanoine : « Au milieu s’élevait un grand dais rouge, sur lequel trônait un chat qui semblait attendre les hommages de ses visiteurs. Un vaste collier de poils blancs se détachait comme une pèlerine de chancelier sur sa robe noire. La moustache était celle d’un magyar hongrois, et quand solennellement l’animal s’avança vers moi, me regardant de ses yeux flamboyants, je compris que le chat s’était modelé sur le poète et reflétait les grandes pensées qui emplissaient le logis. »
Victor Hugo, qui maniait L’art d’être grand-père, offrit aussi à sa petite-fille un chat qu’elle appela … Gavroche ! En retour, s’agit-il d’une anecdote apocryphe, lorsque, son petit-fils lui demanda « Pépé, que veux-tu pour Noël ? », le coquin de Victor, encore plein de verdeur à quatre-vingts ans, lui répondit : « La bonne ! ».
Je n’ai connu qu’un chat au domicile familial, dans mon enfance : un gros matou « résistant » de l’Occupation allemande. En effet, sans doute abandonné par des voisins, mes parents l’avaient recueilli. Par recoupement, ils estimèrent l’âge de sa mort à 22 ans, ce qui en faisait donc un alerte centenaire à l’échelle humaine. Il était baptisé Boule de suie en raison principalement de sa robe toute noire. Mais, à la réflexion, je ne peux pas imaginer que mes chers aïeux professeurs, férus de littérature française, ne se soient pas inspiré de Boule de Suif, la célèbre nouvelle de Guy de Maupassant, leur compatriote normand. D’ailleurs, l’intrigue se situe, dans ma région natale, durant la guerre de 1870, lorsque la ville de Rouen est envahie par les Prussiens. Pour fuir l’occupation, dix personnes prennent la diligence de Dieppe, avec notamment parmi elles, une prostituée, la patriotique Elizabeth Rousset surnommée Boule de Suif.
À chacun ses références, dans les années 1980, d’autres animaux domestiques noirs de poil se virent affubler du nom d’un champion de tennis français de couleur, vainqueur du tournoi de Roland-Garros.
Beaucoup de chats encore s’appelèrent Félix en référence au personnage des dessins animés américains, créé en 1919 dans le film Feline Follies. En hommage à cet ancêtre, la première chatte à être partie dans l’espace, en 1963, fut baptisée Félicette.
La toute jeunette Chanel, tout à la curiosité de faire le tour de ses propriétaires momentanés, a bien le temps de se poser des questions existentielles sur son identité. Marquera-t-elle la vie de sa maîtresse comme la grande couturière s’inscrivit dans son époque par ses lignes de vêtements et ses parfums, symbole de l’élégance et du luxe français, ainsi que par son désir de libérer les femmes ? Je ne vais pas jouer le rabat-joie en évoquant les controverses nées de ses fréquentations pendant l’Occupation !
Telle maîtresse, telle chatte ? Il paraîtrait qu’il existe des corrélations entre les comportements des animaux et leur propriétaire. En tout cas, Chanel a adopté immédiatement l’habitude de fouiller à l’étagère inférieure de la bibliothèque comme sa maîtresse faisait, au même endroit, du temps où elle ne marchait encore … qu’à quatre pattes. Elle s’y cache jouant même les serre-livres.
Pour la beauté du geste, je vous aurais bien dit qu’elle se colle contre Rroù, une lecture de mon enfance, un roman de Maurice Genevoix dont le héros est un chat attiré irrésistiblement par la liberté, l’aventure et l’inconnu. Mais « cha » serait vous mentir !
Ceci dit, non loin de là, traînaient deux ou trois polars, ce qui me rappelle que Jean Cocteau avouait préférer les chats aux chiens parce qu’il n’y a pas de chats policiers !
La charmante Chanel a eu vite fait de battre en brèche la prétendue indépendance des chats. Instaurant un couvre-feu général pour l’ensemble des résidents de la maisonnée, elle guette, au seuil, du salon que je rejoigne le lit conjugal avant de se résigner à s’endormir enfin dans les bras d’un Morphée des félins. Pas question donc que j’écrive pour vous quelques lignes ou que je regarde à la télévision un hommage à un chat sauvage à la voix de rocker, elle imagine quelque jeu ou acrobatie border line pour détourner mon attention et me pousser à me coucher.
De même, dès potron-minet (logique quoiqu’au XVIIème siècle, la locution d’origine était dès le poitron jacquet, littéralement « dès que l’on voit poindre l’arrière-train de l’écureuil »), Chanel sonne gentiment mais fermement le réveil en s’asseyant sur le lit, en vous mordillant les orteils, et si cela ne suffit pas, en allant agiter les rideaux pour attester qu’il fait jour et qu’il est donc temps de lever le camp. Je mettrai ses débordements urinaires sur la couette sur le compte, non pas d’une manifestation de son impatience, mais sur sa toute jeunesse et son bouleversement émotionnel lié à son déménagement provisoire. Elle a les mêmes égarements chez elle, je suis bienveillant, ma compagne chargée du nettoyage un peu moins.

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Après un court répit, le temps de nous laisser prendre le petit déjeuner, la malicieuse Chanel s’adonne à quelques exercices de gymnastique matinale basés sur l’adresse et la vivacité, parfois légèrement périlleux pour sa santé … et celle des bibelots qu’elle frôle ou enjambe. Par la force des choses, je participe à cette séquence sportive pour récupérer les accessoires qui roulent immanquablement sous les meubles et le canapé, ou rembobiner le fil de laine qu’elle dévide en emberlificotant pieds de table et barreaux de chaises. Un véritable dédale: j’ai plus à craindre un lumbago, qu’elle la colère du roi Minos et la cruauté du Minotaure.
Comme les petits d’homme qui, gavés de jouets sophistiqués s’intéressent parfois à des objets dérisoires, Chanel, curieuse et inventive, se découvre d’autres centres d’intérêt imprévus : sans vous parler des rideaux, passe encore de pousser avec ses petites pattes des rouleaux en carton de papier toilette, grimpée sur la table de chevet, en sautant, elle attrape la tirette de l’interrupteur de la lampe et repart effrayée par la lumière soudaine.

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Après cette activité physique intensive, elle va souvent se blottir au soleil contre un ourson en peluche. Cette scène attendrissante aurait peut-être inspiré Jean de la Fontaine, encore qu’il eût surtout recours aux vieux matous pour symboliser l’hypocrisie et la fourberie humaines. La délicieuse Chanel n’a rien à voir avec les rodilardus, grippeminaud, grippe-fromage, raminagrobis et maître mitis, tous des chafouins, évoqués par le fabuliste. Dans la fraîcheur de sa jeunesse, elle n’a pas acquis l’expérience de faire la chattemite.
Pour sa sieste de l’après-midi, Chanel préfère le moelleux du coussin sur l’ancien fauteuil de ma chère grand-mère d’où elle peut observer le manège des tourterelles dans les arbres.

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Démentant les allégations de sa maîtresse, elle ne me dérange pas dans mon travail d’écriture en promenant ses pattes sur le clavier de l’ordinateur.
Le chat serait-il le meilleur ami de l’écrivain et beaucoup plus modestement des blogueurs ? Comment ne pas penser à Bébert, le célèbre compagnon de Louis-Ferdinand Céline, « invariablement vêtu d’un costume rayé en pure laine de gouttière, grand de taille, râleur de nature » ? Abandonné par son premier maître, l’acteur de cinéma Robert Le Vigan, pour cause de collaboration, longtemps vagabond dans Montmartre au temps de l’Occupation, il fut recueilli par Céline et sa femme et partagea leurs errances, leurs aventures, leur misère, leur exil. Céline en fit l’un des héros de ses derniers romans – ces chroniques hallucinées de l’Allemagne de la débâcle -, et l’un des chats les plus célèbres de la littérature française :
« Vous direz un chat c’est une peau ! Pas du tout ! Un chat c’est l’ensorcellement même, le tact en ondes… c’est tout en « brrt », « brrt » de paroles… Bébert en « brrt » il causait, positivement. Il vous répondait aux questions… Maintenant il « brrt » « brrt » pour lui seul… il répond plus aux questions… il monologue sur lui-même… comme moi-même… il est abruti comme moi-même… (…) Bébert, son extraordinaire c’était la promenade, la balade, sa façon de nous suivre… mais pas pendant le jour, seulement le soir, et à condition qu’on lui cause… « ça va Bébert ? »… « Brrt !… » Ah il en voulait !… Place Blanche, la Trinité, une fois les Boulevards… (…) Il était vadrouilleur de nuit… mais jamais tout seul, solitaire !… avec nous… avec nous seulement… et en parole tous les dix mètres… vingt mètres… « brrt brrt »… Une fois presque jusqu’à l’Etoile. Il avait peur que des motos… Si y en avait une dans la rue, même loin, il me jaillissait dessus à pleines griffes, il me sautait comme après un arbre… »
Pour l’instant, l’insouciante Chanel est beaucoup moins diserte : miaulant rarement, elle se contente de ronronner de plaisir dans nos bras.
Vous avez compris que la jeune demoiselle a su faire notre conquête durant la semaine qu’elle a passée sous notre toit, et c’est avec un peu de cafard que nous l’avons vue repartir avec sa maîtresse. D’ores et déjà, sont envisagés d’autres séjours en notre compagnie. Vous savez maintenant que les seniors sont là pour ça : hashtag jegardetonchat !

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