Nul ne guérit du Tour de France !

Nul ne guérit de son enfance chantait Jean Ferrat. Je pourrais, ou je devrais, ajouter que nul ne guérit du Tour de France.
En ouverture de mes trois précédents billets sur le Tour de France 1957, je justifiais mon intérêt pour les Tours d’il y a cinquante ans et plus en déclarant mon profond ennui pour ceux d’aujourd’hui.
Et voilà qu’en pleine contradiction, je suis allé voir passer la grande boucle deux fois … et demie (!), en ce mois de juillet.
Après avoir rencontré une âme sœur ariégeoise, au début des années 1980, ce fut longtemps un rituel d’« aller voir le Tour » en famille. Il est vrai que c’était encore une époque où les champions comme Hinault et Fignon avaient du panache. Au-delà de la course elle-même, c’était un jour de fête et l’occasion de partager la convivialité des gens du Sud-Ouest dans les paysages majestueux des Pyrénées.
Les pique-niques au sommet des cols d’Aspin et du Tourmalet avaient une saveur particulière. L’air vivifiant en altitude semblait sublimer les délicieux saucissons et pâtés cuisinés à la ferme, l’hiver précédent. Le beau-père emmenait, pour la circonstance, sa gourde remplie de l’aimable piquette qu’il produisait.
Il y eut une nuit mémorable à la veille d’une arrivée à la nouvelle (alors) station de Guzet-Neige : nous ne fermâmes pas l’œil, occupés que nous fûmes à empêcher que le vent violent soufflant sur le plateau n’emportât les tentes. Le lendemain, ce fut la canicule, le goudron fondait sur la chaussée, mais notre patience fut récompensée par l’extraordinaire démarrage de Laurent Fignon qui planta Bernard Hinault, sous nos yeux.
Il y eut un terrible matin d’orage dans le col d’Aspin avec, au sommet, un épais brouillard empêchant de voir à trois mètres. Quand il se déchira, nous constatâmes que des centaines de personnes, comme nous, espéraient une éclaircie, silencieusement, dans leurs voitures. Elle survint magiquement, peu avant le passage des coureurs, et par un temps radieux, nous les vîmes « tournevirer » dans la longue descente serpentant jusqu’à Arreau.
Il y eut l’année où un intraitable service d’ordre, à la station de La Mongie, nous barra l’accès vers le sommet du col du Tourmalet. Bien que prétextant, avec une totale mauvaise foi, que nous n’étions pas là pour le Tour mais pour visiter le Pic du Midi de Bigorre, rien n’y fit … jusqu’à ce que passe devant moi le cuisinier de l’observatoire ! Il fallait bien que les chercheurs astronomes mangent … ainsi, nous pûmes effectuer en voiture, au milieu de la caravane, les quelques kilomètres menant en haut du Tourmalet. Je n’avais menti qu’à moitié car nous allâmes nous promener et pique-niquer dans le décor grandiose du Pic.
Avec le temps, on garde le souvenir de ces anecdotes plus que de la course elle-même.
La dernière fois que je vis les « forçats de la route », l’expression d’Albert Londres avait perdu tout son sens, en chair et en os, c’était devant la Tour Eiffel, pour le centième anniversaire de l’épreuve créée en 1903. C’était la sombre période où l’extraterrestre Armstrong tournait autour de la planète vélo, le « premier homme à avoir pédalé sur la lune » pour reprendre la savoureuse caricature d’un dessinateur d’humour.

Armstrong Charlie Hebdoblog

Comprenez ma faiblesse lorsqu’il y a quelques jours, j’acceptais l’invitation d’un beau-frère à aller voir le Tour, en Haute-Garonne, lors de l’étape Pau-Peyragudes, une station de sports d’hiver au-dessus de Luchon. Il avait même repéré que les bizarreries de l’itinéraire permettaient de voir les coureurs à deux reprises, cela explique la fois et demie évoquée ci-dessus !
Encore fallait-il pouvoir accéder au parcours, car de nos jours, l’organisation du Tour ferme (parfois abusivement) les routes de nombreuses heures avant. Elle ne tolère même aucune présence dans certains sites sanctuarisés comme la lunaire Casse déserte (portant bien son nom en la circonstance) au col de l’Izoard.
Cette fois, on n’aurait pas la caution du cuisinier du casino de Barbazan ! Nul besoin, cependant, de faire brûler un cierge à la toute proche cathédrale Notre-Dame de Saint-Bertrand de Comminges : carte détaillée à l’appui, nous dénouons un écheveau de petites routes sinuant entre les collines du Comminges, c’est l’occasion de découvrir quelques pittoresques villages avant d’aboutir, après la traversée de Saint-Pé-d’Ardet, à une cinquantaine de mètres de la route du col des Ares.
Le col des Ares culmine modestement à 797 mètres d’altitude et son ascension est infiniment moins difficile que celle des cols de Portet d’Aspet et de Menté, ses proches collègues (Pellos, le merveilleux caricaturiste de feu Miroir-Sprint, avait l’habitude de donner un visage humain aux montagnes qu’il nommait les juges de paix). Pour l’avoir moi-même escaladé autrefois avec facilité, je peux le confirmer et j’ai du mal à concevoir que mon champion Jacques Anquetil ait pu y connaître un début de défaillance lors du Tour de France 1957. D’ailleurs, dans mes recherches pour écrire mes billets précédents, j’ai constaté qu’il n’était pas répertorié, cette année-là, dans les cols comptant pour le grand Prix de la Montagne.
Assis, sur une barrière en bois, dans un large virage, nous n’avons guère à attendre le défilé de la caravane publicitaire emmenée par un coureur en jaune et un lion en peluche, emblèmes géants du Crédit Lyonnais, fidèle partenaire de l’épreuve.

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C’est Henri Desgrange, « l’inventeur du Tour », qui créa, en 1930, la caravane publicitaire, pour financer le passage des équipes de marques aux équipes nationales et régionales.

Jusqu’alors, les équipes appartenaient exclusivement à des marques de cycles, la puissante Alcyon-Dunlop, Peugeot, Mercier, Dilecta, Thomann, La Française, et plus mystérieusement (ou mystiquement) Alléluia et Génial Lucifer.
En ces temps héroïques, les premiers véhicules de la caravane vantaient le chocolat Menier, le cirage Lion noir, les réveils Bayard. Dans ma prime enfance, le musette et l’alcool faisaient bon ménage : je vis ainsi plusieurs fois, l’accordéoniste Yvette Horner jouant, juchée sur le toit d’une Traction avant parrainée par l’apéritif Suze.
C’était bien avant la loi Evin, je me souviens que les vins cuits Vabé (Qui boit Vabé va bien !), Saint-Raphaël et Martini sponsorisèrent respectivement le maillot jaune, le trophée du meilleur grimpeur et le challenge par équipes.
Boire un petit coup, c’était agréable dans le cyclisme d’antan, et je ne parle même pas de la légendaire fausse cuite du coureur maghrébin Abd-el-Kader Zaaf, victime d’une terrible défaillance, inconscient sous un platane d’une route languedocienne, et aspergé de pinard par des autochtones pour le réanimer. Ça, c’était avant pour reprendre le slogan d’une marque d’optique !

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Signe des temps, ce sont des banques et des multinationales qui, de nos jours, leur ont succédé.
Les Trente Glorieuses sont loin derrière nous et, désormais, les cadeaux sont lancés au public avec parcimonie. Il est peu probable que la charcuterie Cochonou, la volaille Le Gaulois et les frites surgelées MC Cain, symboles d’une certaine malbouffe, fassent vraiment recette au pays du foie gras et des magrets.
Nous recueillons tout de même quelques babioles pour ma petite nièce. Je conserve un gobelet pour boire à la santé de Force Ouvrière ! Ne vous moquez pas : longtemps, la CGT et le journal L’Humanité (Miroir-Sprint et Miroir du Cyclisme étaient des journaux spécialisés de cet organe de presse) firent leur propagande et recrutèrent des adhérents sur la route du Tour.
Même les coureurs manifestaient parfois leur colère, sinon dans la rue, du moins sur la chaussée du Tour. Ainsi, en 1978, avec à leur tête Bernard Hinault, le patron du peloton, ils roulèrent à très faible allure et terminèrent même à pied l’étape à Valence d’Agen pour protester contre les « cadences infernales », les horaires de départ trop matinaux et les transferts abusifs vers la ville étape suivante.
Les coureurs d’aujourd’hui sont beaucoup moins insoumis (!) et, cette année, en marche, à vélo, en train ou en avion, ils finirent une étape au sommet d’un col jurassien et, après une journée de repos, repartirent de … Périgueux vers Bergerac. De même, ils disputaient une épreuve contre la montre autour du Vieux-Port de Marseille avant le final, le lendemain, sur les Champs-Élysées. Ne soyons pas surpris si, l’an prochain, un écolier situe Montgeron, commune de l’Essonne, dans les quartiers Nord de Marseille !

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Que ceux qui boivent du sirop (avec doseur, ça vient de sortir) Pressade-Teisseire lèvent la main ! C’est maintenant un troupeau de madeleines (Saint-Michel, pas Proust !) sauvages en transhumance.
En une trentaine de minutes, les véhicules publicitaires, sans temps mort, sont tous passés. Il faut patienter désormais environ une heure, selon l’horaire le plus optimiste, pour le passage des coureurs. Cela nous laisse largement le temps de pique-niquer. Un verre de muscat (sans signe d’appartenance à une centrale syndicale !), saucisse sèche et jambon de pays, tomates du jardin, fromage de montagne, la musette du spectateur vaut largement le ravitaillement en gels énergétiques des coureurs modernes.
La montagne a presque retrouvé son calme … jusqu’à ce que, soudain, un hélicoptère tournoie un peu plus bas dans la vallée. Signe avant-coureur, c’est le cas de le dire ! « Ils » approchent, la radio d’une voiture de l’organisation annonce que dix-huit coureurs sont échappés avec cinq minutes d’avance sur le peloton.
En suivant la trajectoire de l’hélico, on devine leur progression tranquille dans la forêt : une voiture avec un gyrophare bleu, quelques motards feux allumés, « Ils » sont là : on repère Marcel Kittel le maillot vert du meilleur sprinter. C’est dire, pour les spécialistes, que la bataille ne fait pas rage.
Leur avance semble s’être accrue sur le peloton qui, bientôt, arrive compact avec à sa tête, une nuée blanche de coureurs SKY et leur diamant jaune Froome (clin d’œil aux Beatles). Je distingue le maillot tricolore vert-blanc-rouge du champion d’Italie Fabio Aru. C’est tellement plus esthétique un maillot quasi vierge de logos publicitaires.

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N’imaginez là aucun sentiment nationaliste ou antieuropéen, mais j’ai la nostalgie des maillots des équipes nationales et régionales d’antan. Gamin, avant de les voir défiler sur le bord de la route, je rêvais devant leur description dans la liste des engagés : le bleu de France avec deux bandes blanche et rouge, le bleu nattier avec ceintures noire, jaune et rouge des Belges, le vert olive avec ceinture blanche et rouge des Italiens, le gris perle avec bandes jaune et rouge des Espagnols. Je les dessinais et coloriais, j’apprenais ainsi sans effort les couleurs des nations voisines. Il y avait aussi, c’étaient les termes exacts, la tenue azur cerclée d’une bande or des coureurs du Sud-Est, celle tabac (ou havane) avec une ceinture et une « cravate » vertes des représentants du Sud-Ouest.
Je vous l’ai déjà raconté, je mis à contribution ma maman et ma tante pour qu’elles me tricotent un maillot de champion de France et du monde (tant qu’à faire !), ainsi qu’un maillot vert avec sur une bande rouge, l’inscription Wonder, le nom de la marque de mon petit vélo. Une institutrice, adjointe de ma mère, me cousit un éclatant maillot jaune avec les lettres HD brodées en hommage au créateur du Tour de France.
Je ne reconnais plus personne aujourd’hui, il est même des maillots jaunes et verts de certaines équipes qui se confondent avec ceux distinctifs des leaders. Jusqu’aux reporters qui vous parlent de coureurs de l’AG2R La Mondiale, de Cofidis, de Direct Énergie, de Cannondale ou Movistar ! C’est le Tour de la mondialisation et des coureurs sandwiches. On envisage même, dans les prochaines années, un départ du Tour … en Chine !
Il n’y a aucun coureur lâché au désespoir d’une spectatrice qui réclame le grupetto(sic), terme italien signifiant dans le jargon cycliste le petit peloton des attardés.
Maintenant, nous sommes quelques spectateurs à filer trois kilomètres plus bas dans la vallée pour revoir les coureurs après leur escalade du col de Menté.
Pour l’instant, notre souci est de traverser la Garonne et le premier pont, à deux kilomètres, ne peut pas être atteint tant que la route ne sera pas rouverte à la circulation. Nous n’avons guère à attendre et nous trouvons vite un bon poste d’observation dans le petit village de Salechan.
Une nièce, qui suit la retransmission à la télévision, nous joint sur le portable pour savoir où nous nous trouvons dès fois que … : une longue ligne droite suivie d’un virage à angle droit avec une immense banderole bleue ENEDIS, la voilà au courant !
La radio d’un voisin annonce le passage des échappés au sommet du col de Menté. Ils seront vite en bas à Saint-Béat, la cité du marbre. Attention, cependant, j’ai consacré, il y a quelques années, un billet à ce col pyrénéen qui appartient à l’histoire du Tour de France. Une plaque rappelle la chute dramatique en descente de Luis Ocaña qui priva l’Espagnol d’une victoire quasi acquise contre l’invincible Eddy Merckx lors du Tour 1971.
L’attente sera brève, voici les échappés puis le peloton, guère plus combatifs qu’il y a une heure :

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Tour 2017 à Salechan blog

Devant une telle apathie, je pense, à cet instant, à un autre grand champion ibérique du passé :
l’Aigle de Tolède Federico Bahamontès. Il survolait les sommets. Dès que la route s’élevait, il déployait ses ailes et s’envolait quitte, c’est arrivé, à s’arrêter en haut du col pour déguster une glace. Fantasque, piètre descendeur, il remporta, tout de même, six fois le trophée du meilleur grimpeur (il n’y avait pas de maillot à pois à l’époque) et surtout le Tour de France 1959 profitant de la rivalité des quatre cadors de l’équipe de France, Anquetil Bobet Geminiani et Rivière, qui se neutralisèrent pour empêcher le succès du « petit » régional, champion de France cependant, Henry Anglade.
J’ai l’air de radoter tels les anciens combattants du cyclisme et pourtant, la veille, j’ai découvert à la maison de la presse, le premier numéro d’une revue trimestrielle spécialisée (d’origine flamande traduite en français) au titre surprenant de … BAHAMONTES ! Luxueuse (elle coûte 12,50 euros), sans publicité, avec des photos d’art, elle affirme dans son éditorial : « Nous faisons fi de l’écume du jour mais offrons une place majeure aux sujets intemporels qui resteront gravés dans nos mémoires ».
Un joli article est consacré à André Darrigade, valeureux coureur des années 1950-60 (il fut champion du monde et gagna un Tour de Lombardie au nez et à la barbe du grand Fausto Coppi en pleurs), qui, toujours bon pied bon œil à 88 ans, a assisté, la veille, à l’inauguration de sa statue géante (haute de six mètres) à Narrosse, son village natal des Landes.
Justement, en cette année 1959, le populaire Dédé, brillant sprinter, remporta, à une dizaine de kilomètres de là où nous nous trouvons, l’étape de montagne entre Bagnères-de-Bigorre et Saint-Gaudens, réglant un groupe d’une vingtaine de coureurs, parmi lesquels Bahamontès, Anglade et les seigneurs de l’équipe de France ! Comme quoi, aussi en ce temps-là, il arrivait que la montagne accouchât d’une souris.
Je me souviens que, lors d’un Tour, le directeur de la course Jacques Goddet avait qualifié les coureurs, dans sa chronique du journal L’Équipe, de « nains de la route » pour fustiger leur absence de combativité et d’initiative. Je n’avais guère apprécié car parmi eux, il y avait un « nain jaune », Anquetil, qui porta pourtant la tunique d’or de la première à la dernière étape !
Nous rentrons à la maison à temps pour assister à la télévision, à la fin de l’étape, la descente du Port de Balès puis la montée finale vers la station de Peyragudes via le col de Peyresourde.
Les coureurs ont-ils senti mon courroux, ça s’est un peu animé depuis tout à l’heure. Á la veille de la fête nationale, nos « petits Français » ont brillé : Romain Bardet remporte l’étape, Warren Barguil prend le maillot blanc à pois rouges. Pour quelques secondes, l’Italien Fabio Aru troque son beau maillot vert blanc rouge pour la toison d’or.
Quelques véhicules de la caravane se sont regroupés près de chez nous à Salies du Salat. Les géants du Crédit Lyonnais semblent narguer l’agence du Crédit Agricole, juste en face.

Caravane Crédit Lyonnais à Salies blogTour 2017 Vitrine St-Girons blog

Je ne manifeste pas pour les cadences infernales que m’impose le Tour : dès le lendemain matin, je suis à pied d’œuvre pour le départ de l’étape 100% ariégeoise Saint-Girons-Foix, villes phares du département distantes de quarante-deux kilomètres. Les coureurs en effectueront une soixantaine de plus car on les envoie dans trois cols dont le redoutable mur de Péguère interdit même au public. Un autre sanctuaire : Poulidor y mit pied à terre au plus fort de la pente. La dernière fois que le Tour passa par là, quelques imbéciles y semèrent (sans geste auguste) des clous provoquant une impressionnante série de crevaisons, sorte de remake du film Les Cracks avec Bourvil. Sont-ce les mêmes énergumènes, ils s’en sont pris, cette fois, aux pneus de véhicules garés à Massat ! Le truculent dialoguiste de cinéma Michel Audiard, grand amoureux du cyclisme et pratiquant, disait : « Les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît ! »
Ce matin, c’est Saint-Girons ville close. Pour y accéder, il faut stationner à l’extérieur de la cité et se rendre à pied au centre ville.
Bis repetita : j’ai donc encore droit au défilé de la caravane publicitaire. Cette fois, il y a, le long des barrières, une distribution à pied des mêmes « cochonouries » que la veille. Je saisis au passage un bob Krys pour me protéger du soleil. Juste devant moi, Isabelle du Pas-de-Calais (elle s’est ainsi présentée au micro qui lui a été tendu) se précipite sur tout ce qui voltige, elle finira même vêtue d’un tee-shirt de l’AG2R La Mondiale. Elle réprimande deux individus sur la chaussée qui lui masquent le podium, sans doute ignore-t-elle que l’un, ancien rugbyman international, Thomas Liévremont, fut sélectionneur du XV de France, et l’autre, Laurent Brochard, champion du monde sur route … à la grande époque EPO de l’équipe Festina.
Á ma gauche, un brave paysan du coin regrette peut-être à moitié d’avoir bien répondu à une question sur la marque Vittel : le voici aussitôt embarqué par une hôtesse de la célèbre eau minérale pour assister à l’arrivée à Foix dans le carré des VIP avec Raymond Poulidor (son rapatriement en soirée est prévu par l’organisation !). Un spectateur à l’inspiration « blondinesque » lui a déjà trouvé un surnom : Marcel Vittel !
Vieux lubrique, je me contente de reluquer les beaux mannequins blancs à pois rouges qui, faisant rouler leurs valises, partent déjà vers Foix pour embrasser le meilleur grimpeur sur le podium d’arrivée. Dans une autre vie, je serai meilleur grimpeur du Tour de France, ou maillot jaune ou maillot vert, pour profiter du rouge à lèvres bien gras des hôtesses qui vous tatoue les deux joues !

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Idéalement placé, pendant une heure, je vois défiler devant moi tous les géants de la route qui, un à un, viennent signer la feuille de contrôle. Bien sûr, en ce 14 juillet, tandis que notre armée en remontre à Trump sur les Champs-Élysées, ici la foule complimente les vaillants pioupious décorés la veille, Bardet et Barguil, et le vétéran Voeckler (qui prendra sa retraite à la fin du Tour). Le presque régional de l’étape, l’Albigeois Lilian Calmejane, vainqueur aux Rousses, et le Rital Fabio Aru, tout nouveau maillot jaune, ont aussi les faveurs du public.
Michel Audiard, encore lui, dans le film Les Vieux de la vieille, lançait Jean Gabin dans une analyse géopolitique du cyclisme européen : « Les Italiens et les Suisses, ils sont peut-être pas doués pour la guerre, mais ils savent faire du vélo. Tandis que les Polonais, bons soldats je dis pas, mais ça s’arrête là ! » S’il est vrai que Lombards et Helvètes ne firent pas le poids à Marignan, la revanche fut cinglante à Pavie en 1524, encore que certains Suisses s’étaient rangés, cette fois, du côté de François 1er. En fait, on trouvait un patchwork de nationalités (souvent les mêmes) dans les deux camps, un peu à l’instar de la formation SKY aujourd’hui.
Audiard, par la voix de Gabin, fait référence aux BB italiens Bartali Coppi et KK suisses Kubler Koblet qui survolèrent les Tours de France de l’après-guerre.
Les choses ont évolué depuis, ainsi le Polonais Kwiatkowski, champion du monde et vainqueur, au printemps, de Milan-San Remo, fait partie du gratin mondial.

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Warren BARGUIL meilleur grimpeur

Tour 2017 St-Girons Bardet blog

Romain BARDET

Tour 2017 St-Girons Voeckler blog 1

Thomas VOECKLER

Tour 2017 St-Girons Chavanel blog 1

Sylvain CHAVANEL

Tour 2017 St-Girons Gallopin blog

Tony GALLOPIN

Tour 2017 St-Girons Calmejane blog

Lilian CALMEJANE

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Alberto CONTADOR

Tour 2017 St-Girons greg Van Avermaet blog

Greg VAN AVERMAET vainqueur de Paris-Roubaix

Tour 2017 St-Girons équipe SKY blog

L’équipe SKY (Chris FROOME futur vainqueur du Tour, 2ème à partir de la gauche)

Tour 2017 St-Girons Aru blog 1

Tour 2017 St-Girons Aru blog 2

Fabio ARU le maillot jaune

Concentrés ou blasés, allez savoir, tous les coureurs, le visage fermé, se rassemblent maintenant sous l’arche matérialisant le départ.

Tour 2017 St-Girons avant le départ blogTour 2017 St-Girons départ Van Avermaet blog

Greg VAN AVERMAET

Tour 2017 St-Girons départ Quintana blog

Le Colombién Nairo QUINTANA

Tour 2017 St-Girons départ Aru blog

Le maillot jaune Fabio ARU

Tour 2017 St-Girons départ Kittel blog

Le maillot vert Marcel KITTEL

Tour 2017 St-Girons départ Prudhomme  blog

Le directeur du Tour Christian PRUDHOMME

Tour 2017 St-Girons C'est parti blog

C’est parti !

Trente secondes … dix secondes … cinq, quatre, trois, deux … top, le grand cirque pédalant s’en va… moderato car le départ réel n’est effectué qu’à la sortie de la ville.

1937-07-20 - Miroir des Sports - N° 958 - 01

Les Ariégeois n’ont pas craindre pareille mésaventure que celle vécue par leurs aïeux, il y a quatre-vingts ans, lors du passage du Tour 1937 : un véritable roman que ce Tour de France, l’historien Pierre Miquel l’évoqua dans son ouvrage Le Tour de France de l’Histoire.

Déjà, le nouveau directeur de l’épreuve Jacques Goddet autorisait pour la première fois l’usage du dérailleur : avec la récente instauration des congés payés pour les classes populaires, cette innovation « amène une nuance dans le travail que doit accomplir le cycliste » (sic) !
Autre trouvaille, c’était encore l’époque où le parcours du Tour suivait comme un « chemin de ronde » le pourtour de l’hexagone, et les organisateurs décidèrent de tronçonner certaines étapes en trois tiers d’étape, ainsi entre Perpignan et Luchon, deux arrivées intermédiaires à Bourg-Madame et Ax-les-Thermes avec départ de la cité catalane à 4 heures du matin.
Une fronde s’organisa et, pour manifester leur mécontentement, les coureurs et directeurs d’équipes convinrent discrètement d’une grève du zèle. C’est ainsi que les ascensions des cols de Port et du Portet d’Aspet furent effectuées à allure pépère. La course ressembla à une lente procession au grand désappointement du public ariégeois qui espérait voir le champion du Sud-Ouest, le Bordelais Roger Lapébie, ravir le maillot jaune au belge Sylvère Maes vainqueur l’année précédente.
Le lendemain, entre Luchon et Pau, avec le franchissement des quatre grands cols pyrénéens, Peyresourde, Aspin, Tourmalet, Aubisque, la bataille fut fantastique entre les deux champions mais Lapébie chuta lourdement, son guidon brisé entre les mains. Il avait été scié avant le départ de Luchon et de forts soupçons se portèrent de suite sur un mécanicien de l’équipe belge.
Lapébie fut pénalisé pour avoir été poussé par des supporters trop enthousiastes. Puis c’est Maes qui écopa à son tour d’une sanction de 15 secondes pour avoir reçu l’aide de compatriotes. L’équipe belge fulmina contre cette décision et dénonça une collusion entre Français et Italiens contre elle. C’en était trop et à Royan, les Belges, le maillot jaune Maes à leur tête, décidèrent d’abandonner le Tour. La voie était ouverte pour le Français Roger Lapébie qui gagna ce Tour de France historique.
La foule s’égaie dans les rues de Saint-Girons. Les vitrines des magasins sont décorées en honneur du Tour, alerte centenaire.

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Chez un boucher, vache et sanglier ont même enfourché un vélo. Gamin, j’aurais peut-être demandé à ma tata Émilienne de me faire le canevas exposé dans une mercerie, quoique non, j’adorais tellement son maillot bleu blanc rouge.
Á l’étalage du vendeur de livres d’occasion, je repère un ouvrage Tourmalet et Tour de France, histoire d’un mythe. Même si je m’en réjouis, je m’étonne de la présence de Jacques Anquetil en couverture, j’aurais plus imaginé Bahamontès ou Charly Gaul, l’Ange de la montagne.
Ailleurs, près d’un ancien vélo Mercier de Raymond Poulidor, on n’oublie pas un autre Fabio, l’Italien Casartelli qui perdit la vie dans une effroyable chute en descendant le col du Portet d’Aspet. Chaque année, une randonnée cyclotouriste, à travers le Couserans, lui rend hommage.

Tour 2017 St-Girons Bethmalais blog

Tradition et modernité : sur la Promenade du Champ de Mars, quelques danseurs du groupe folklorique Les Bethmalais bavardent devant le grand écran qui retransmet la course.

Tout à l’heure, au pied du château de Foix cher à Gaston Phébus, nous admirerons les très riches heures du duc de Bretagne, nouvellement adoubé, Warren Barguil.
Vous savez quoi ? Depuis, j’ai sorti mon vélo Lejeune (ça ne s’invente pas) d’une grange de la ferme. Chez le marchand de cycles qui l’a remis en état, j’ai vu avec émotion une vieille affiche de la grande époque des critériums d’après Tour de France.

Affiche Critérium Pamiers 1960 2 PHI blog.

Anquetil, Van Looy, l‘empereur d’Herentals, un sacré accro de l’offensive ce belge qui dynamitait chaque étape du Tour, Darrigade, Popof Graczyk, Raymond Mastrotto le taureau de Nay qui truffait ses interviews du juron « macarel » avec un accent aussi rocailleux que les gaves de son Béarn … Certains ne sont plus de ce monde. Ces derniers mois, trois anciens vainqueurs de la grande boucle, Ferdi Kubler, Roger Walkowiak et Roger Pingeon, nous ont aussi quittés.

Á la suite d’une de mes chroniques sur le Tour 1957, un ami interrogeait dans un commentaire si elle ne trahissait pas finalement la nostalgie de l’authenticité des Tours d’autrefois mais aussi celle de voir ma jeunesse rejoindre le peloton de queue (le grupetto ?).
Sûrement les deux, il a raison ! Cet été, « ça va Bardet » sur mon vélo Lejeune … même sans bise de la miss à l’arrivée !
Quand je vous disais que nul ne guérit du Tour de France !

Tour 2017 Dessin Dépêche du Midi blog

Hors les deux dessins et la couverture du Miroir des Sports de juillet 1937, toutes les photos sont la propriété d’Encre violette

Publié dans : Coups de coeur |le 1 août, 2017 |Pas de Commentaires »

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