Archive pour le 2 juillet, 2017

Hardi les gars (… et les filles) ! Cap vers le Finistère nord (3)

Pour prendre connaissance des deux précédentes parties de la promenade :
http://encreviolette.unblog.fr/2017/06/14/hardi-les-gars-et-les-filles-cap-vers-le-finistere-nord-1/
http://encreviolette.unblog.fr/2017/06/25/hardi-les-gars-et-les-filles-cap-vers-le-finistere-nord-2/

En ce matin de notre troisième jour en Finistère, nous (petit) déjeunons à la crêperie du Pors-Morvan contiguë à notre chambre d’hôte. Nous profitons seuls de la jolie salle rustique avec au coin de la monumentale cheminée, alignée sur un vaisselier, une étonnante collection de cafetières anciennes. Grand-mère fait du bon café scandait une publicité !

Pors Morvan blog 1Pors Morvan blog 2Pors Morvan blog 3Pors Morvan blog 4

Je déguste mon jus d’orange sous le sourire narquois d’un vieux couple de bretons m’invitant à trinquer : Yehed Mad ! À la bonne vôtre !
Instinctivement, au regard des affiches, j’engage une conversation avec le patron en égrenant mes souvenirs personnels sur les Sœurs Goadec, un trio de chanteuses bretonnes qui connut un vif engouement quand la vague revival celtique déferla sur l’hexagone, à la suite d’Alan Stivell, au début des années 1970 … alors que ces braves dames étaient déjà septuagénaires.
Eh oui, dois-je m’en enorgueillir, comme j’ai vu pédaler Louison Bobet et Robic en chair et en os, j’ai vu chanter Maryvonne, Eugénie et Anastasie Goadec lors d’un fest-noz dans une grange en pleine lande bretonne. Je possède même dans ma discothèque un microsillon vinyle, un sacré collector aujourd’hui. En cette période d’élections, je (ga)votte pour elles! Comme disait le regretté Jean-Christophe Averty dans son émission Les Cinglés du music-hall : À vos cassettes !

Image de prévisualisation YouTube

Ne cédons pas trop à la nostalgie, notre copieux programme, ce jour, est de poursuivre la visite de la côte du Finistère nord amorcée l’avant-veille. Mais auparavant, nous nous dirigeons une dizaine de kilomètres plus au sud jusqu’à Locronan, commune gratifiée, à juste raison, du label des plus beaux villages de France.
Comme pour l’anecdote sur Roscanvel évoquée dans le billet précédent, je possède également un souvenir d’enfance précis de Locronan. Dans les années 1950, l’artiste imagier Job, de son vrai nom Joseph Le Gall, s’était fait une réputation dans l’art des silhouettes et, devant son atelier sur la place, il découpait dans le papier les profils des touristes. Je fus donc son modèle le temps de quelques coups de ciseaux et mon effigie, ma foi très fidèle, resta longtemps dans les archives familiales. Cela semble tellement désuet, je n’ai pas dit ringard, à notre époque des selfies.

Job Locronan

Il m’est arrivé de revoir souvent Locronan sur les écrans car le pittoresque de sa place et quelques ruelles superbement conservées en a fait un lieu de tournage privilégié en particulier pour les films historiques, d’autant plus que depuis que Roman Polanski y tourna quelques plans de Tess, la localité présente la particularité de posséder une grande partie de ses réseaux électriques et téléphoniques enterrés.
Le village a servi de décor, pour ne citer que les films les plus connus, outre Tess, à Chouans ! de Philippe de Broca, Un long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet, et aussi Vos gueules, les mouettes ! de Robert Dhéry, je n’apostrophe aucunement là les Sœurs Goadec.
Le site de Locronan fut un ancien haut lieu de culte druidique et se trouvait au carrefour de deux voies romaines, l’une venant de Quimper et se dirigeant vers la presqu’île de Crozon, l’autre allant vers Douarnenez.
Mais Locronan doit son nom à Ronan, un ermite irlandais qui christianisa la région au Ve siècle et dont la statue en pierre polychrome avec mitre et crosse est visible dans l’église … Saint Ronan comme de bien entendu.

Locronan blog 8-SaintRonan

Après sa mort, les pèlerins affluèrent autour de son ermitage, notamment pour célébrer le culte, certes païen, de fécondité qui entrait dans les dévotions faites à saint Ronan, thaumaturge (faiseur d’actions miraculeuses) avéré ou pas.
Plusieurs ducs de Bretagne, soucieux de l’avenir de leur lignée, y seraient venus en pèlerinage. On dit même qu’Anne de Bretagne serait passée en 1505 à Locronan pour demander à saint Ronan la grâce de donner un héritier au trône de France. La duchesse connaissait en effet bien des soucis pour assurer sa descendance (et celle de la royauté) puisque, de son premier mariage avec Charles VIII, elle eut de nombreuses fausses couches et six enfants tous morts en bas âge. Anne donna naissance à un enfant, il ne peut s’agir que de Renée (en référence à Ronan ?) venue au monde en 1510 (cinq ans plus tard tout de même, saint Ronan aurait-il donc hésité ?) après son remariage avec Louis XII. Elle manifesta un attachement certain à Locronan puisqu’elle éleva le bourg au rang de ville.
À défaut d’avoir conservé sa splendeur passée, Locronan joue aujourd’hui la carte touristique de « petite cité de caractère » qu’elle possède assurément. Sur la place, une enseigne affirme fièrement : « le plus bel endroit du monde est ici … ». L’outrance est parfois sympathique et en ce jour de semaine, hors des vacances scolaires, c’est une aubaine et un plaisir d’y déambuler.

Locronan blog 4Locronan blog 1Locronan blog 2Locronan blog 3Locronan blog 30Locronan blog 32Locronan blog 6Locronan blog 38Locronan blog 31Locronan blog 37_Maxime_Maufra_La_rue_descendante_à_Locronan

La plupart des superbes demeures en granit de la place et des ruelles avoisinantes témoignent de la richesse des notables et des tisserands qui les firent édifier.
En effet, dès le XIVe siècle, le chanvre fleurit tout autour de Locronan. À partir de cette culture, se développa une industrie prospère de la toile à voiles favorisée par la proximité de Pouldavid, l’ancien port de Douarnenez. Tisserands et marchands vinrent s’installer à Locronan. La renommée des toiles issues de Locronan franchit même les océans, ainsi elles équipèrent les navires de la Royale et de la Compagnie des Indes.
La régression s’amorça au XVIIe siècle avec notamment la concurrence des manufactures royales de Brest implantées par Colbert en 1687. La décadence de l’industrie toilière s’accentua à la fin du XVIIIe siècle, la manufacture n’ayant pas su s’adapter aux nouveaux vaisseaux qui exigeaient des voiles de plus en plus grandes. Puis survint la fabrication mécanisée du Nord de la France. Le dernier métier à tisser cessa de battre à la veille de la guerre de 1914.
Au milieu de la place, subsiste le puits banal au fond duquel les habitants puisaient autrefois l’eau potable. Il fut reconstruit suite à un accident de la circulation aux environs des années 1930 lorsque le monde découvrait l’automobile (!).

Locronan blog 5Locronan blog 7_Tisserands_de_Locronan_Villard

De l’église romane primitive, élevée en 1031 par Alain Canhiart, comte de Cornouaille, sur l’oratoire de Saint Ronan, il ne reste rien.
L’église actuelle fut édifiée entre 1420 et 1444 avec l’aide des donations des ducs de Bretagne Jean V, Pierre II et François II. Ce dernier, le père d’Anne de Bretagne, prolongea à trois ans la perception du droit de billot sur les boissons consommées dans les auberges du bourg, pour la mise en place d’une « grande vitre » dans le chevet de l’église. Cette maîtresse fenêtre possède encore aujourd’hui le vitrail originel consacré à la Passion du Christ.
Sous le grand porche, juché au-dessus du portail double en plein cintre, en bon ambassadeur, le saint ermite Ronan nous accueille.

Locronan blog 9Locronan blog 13Locronan blog 14Locronan blog 15Locronan blog 16

À l’intérieur, mon regard est de suite attiré par l’étonnante chaire à prêcher. Réalisée en 1707 par Louis Bariou, un menuisier de Quimper, elle est remarquable avec ses dix médaillons où, telle une bande dessinée, défile le récit de la vie de Ronan.
Ainsi notamment, sur mes photos, vous le repérerez arrivant d’Irlande, revêtu de ses habits d’évêque, accompagné par un ange, puis libérant la brebis enlevée par le loup (déjà un miracle !), puis plus loin, accusé d’être un sorcier, ayant été arrêté et soumis au jugement de Dieu, il est emmené sous bonne garde devant Gradlon, enfin Ronan mort, des anges lui remettent les symboles de la condition d’évêque et son corps est emmené sur une charrette tirée par des bœufs.
Son presque homonyme Ernest Renan écrivait dans ses Souvenirs d’enfance et de jeunesse : « Entre tous les saints de Bretagne, il n’y en a pas de plus original. On m’a raconté deux ou trois fois sa vie, et toujours avec des circonstances plus extraordinaires les unes que les autres ».
Le temps me manque mais la visite elle-même de l’église qui lui est dédiée mériterait plusieurs heures tant les statues, autels, vitraux, bannières racontent d’histoires.

Locronan blog 10pgLocronan blog 22Locronan blog 17Locronan blog 19Locronan blog 18Locronan blog 24Locronan blog 11Locronan blog 12

Je m’étonne de la présence d’un crâne, emblème de sa pénitence, dans la main de sainte Marie-Madeleine.
J’ai un faible pour un émouvant Christ en bois assis les mains liées par un nœud marin. On lui donne le nom de Ecce homo, « Voici l’Homme », expression latine utilisée par Ponce Pilate dans l’Évangile de Jean lorsqu’il présente à la foule Jésus battu et couronné d’épines.

Locronan blog 21Locronan blog 20

Au fond de l’église, côté sud, on pénètre directement dans la chapelle annexe du Pénity qui, pourtant, possède son propre portail à l’extérieur.
Son nom signifie l’Ermitage et sa construction daterait de la fin du XVe ou début du XVIe siècle, soit à la fin du règne ducal de François II et royal de sa fille Anne de Bretagne. On rapporte que le produit de la gabelle sur le sel de Guérande versé à Locronan aurait eu pour but l’édification de cette chapelle où le tombeau de saint Ronan devait occuper la place centrale.
Circulez, il n’y a rien à voir ! Non j’exagère, cependant, les reliques de saint Ronan furent transportées, à une date inconnue, à la cathédrale Saint-Corentin de Quimper « afin d’y être entourées de plus de vénération au milieu d’un plus grand concours de peuple et du clergé ».
On parlera donc plutôt de cénotaphe pour désigner le monument en lave de kersanton élevé à la gloire du saint ermite évangélisateur. Son gisant, en haut-relief sur la dalle, le présente reposant sur les ailes de six anges cariatides, bénissant de la main droite et enfonçant, de sa main gauche, sa crosse dans la gueule d’un lion.

Locronan blog 26Locronan blog 27Locronan blog 25Locronan blog 28Locronan blog 29

À quelques pas de là, je m’attarde encore devant une descente de croix polychrome ciselée dans le granit. On y retrouve, de manière cocasse, Marie-Madeleine en costume Médicis et Nicodème en tenue d’époque Henri II.
Caché derrière un pilier, Saint Michel terrasse le dragon et présente les « âmes des Trépassés » dans les balances de la Justice divine. On est réduit à peu de choses finalement !
En faisant le tour de l’église, j’aperçois dans le cimetière la dalle funéraire qui ornait la tombe de Louis Jacques Bégin décédé à Locronan en 1859.
Chirurgien des armées napoléoniennes, président du Conseil de santé des Armées, président de l’Académie de médecine, il finit ses jours à Locronan et fut donc inhumé au cimetière local avant que sa famille ne décide le transfert de ses restes à Paris. Son nom a été donné à l’Hôpital Militaire de Vincennes le 31 mars 1900, c’est justement ce détail qui m’interpelle. En effet, j’y séjournai quelques mois suite à des ennuis de santé contractés dans l’armée mexicaine des coopérants ! Je vous sens sourire, cela me valut cependant de fréquenter à vingt-deux ans le ministère des Anciens combattants et invalides de guerre pour l’obtention d’une pension (que je ne touche pas, je précise tout de même en ces temps de suspicion d’emplois et salaires fictifs) !
Au coin de la place principale, j’emprunte une descente assez raide pour gagner, à deux cents mètres de là, la jolie chapelle Notre-Dame de Bonne Nouvelle qui date du XVe siècle. L’édifice est composé de deux parties dont la séparation est marquée, à l’extérieur, par un petit clocheton, et à l’intérieur, par une arche et une poutre de gloire représentant le Christ en croix entourée de sa mère et de saint Jean.
Ici aussi, le mobilier mériterait une plus grande attention de ma part mais je la réserve essentiellement à l’œuvre de l’artiste contemporain Alfred Manessier qui remplaça les vitraux d’origine en 1985. Sans doute aussi parce que mes racines paternelles se trouvent dans cette région, j’adore ses toiles qu’il consacra à la baie de Somme ainsi qu’aux méandres et reflets du fleuve. Grand maître de la lumière, il traite ici à sa manière le thème de Marie présentant la Bonne Nouvelle au monde d’hier, d’aujourd’hui et de demain : « Ces vitraux non figuratifs évoquent un mouvement qui part du chœur et continue avec les autres vitraux : c’est comme un manteau qui s’ouvre, un mouvement d’accueil qui vous tend les bras. Au fond le petit vitrail du pignon c’est l’écho du grand vitrail du chœur : c’est en quelque sorte la « bonne nouvelle ». Dans le mouvement dessiné, le rythme est donné par les lignes de plomb ».
Magnifique : j’aimerais pouvoir être là à différentes heures de la journée pour me régaler des jeux de lumière traversant les vitraux et venant danser sur les murs ou les statues.

Chapelle ND Bonne Nouvelle Locronannotre-dame-bonne-nouvelle-Locronanvitraux Manessier Locronan

Tous les six ans, le second dimanche de juillet, se déroule la grande Troménie, une tradition ancestrale puisque les archives paroissiales conservent le souvenir de toutes ces manifestations religieuses célébrées depuis 1593. Il s’agit d’une procession d’une douzaine de kilomètres par « certains chemins qui sont les fins et limites de la paroisse ». Les hommes et les femmes en costume traditionnel défilent à travers la campagne en portant les bannières et en chantant des cantiques. La prochaine Troménie devrait se tenir en 2019.

tromenie-Locronan 1Locronan-la-grande-et-la-petite-tromenie

Il y a d’autres nourritures plus terrestres en entrant, par exemple, dans l’échoppe Le Guillou sise sur la place depuis cinq générations. Ici, l’on y concocte le « vrai » gâteau breton, une pâte brisée avec son beurre de baratte demi-sel, du sucre, des jaunes d’œuf et de la farine, nature ou avec des framboises, des pruneaux, des pommes ou de la rhubarbe. J’ai pris 100 grammes juste en vous détaillant la recette !
Et je ne vous parle pas du kouign amann, une pâte à pain feuilletée avec du beurre demi-sel et du sucre, c’est vraiment tout ? Un peu de caramel aussi parfois, j’ai encore pris 300 grammes ! Cette pâtisserie au nom imprononçable aurait été inventée en 1860 par Yves-René Scordia boulanger à Douarnenez, à l’époque la farine faisait défaut mais le beurre était abondant.
Un National Kouign Amann Day (journée nationale du Kouign Amann) a été institué le 20 juin 2015 par une pâtisserie de San Francisco, j’espère qu’il n’y a pas « trumperie » sur le gâteau !

Locronan blog 35Locronan blog 36

Fraise sur le gâteau, je me dirige maintenant vers la presqu’île de Plougastel, la capitale de la gariguette.
Pour être honnête, je ne verrai de fraise que le musée qui raconte la saga de la belle « rouge » et, assez loin dans la campagne,… quelques tunnels et plastiques noirs au sol aux enseignes Savéol et Prince de Bretagne.
Je ne ramènerai pas trop ma fraise sur l’origine de l’implantation de ce fruit de renommée internationale sur les bords de la rade de Brest.
Les espions ont parfois du bon et les Plougastels peuvent remercier l’un de ceux de Louis XIV, Amédée-François Frézier, officier du génie maritime qui embarqua en 1711 pour les côtes d’Amérique du Sud. C’est au cours de son périple de plusieurs années, en escale dans la baie de Conception au Chili, qu’il découvrit des plants de fraises. En 1739, Frézier fut affecté à Brest, on peut penser qu’il apporta quelques graines de la plante qui retrouvait là des conditions naturelles voisines de celles du littoral chilien, une rade océanique, un climat tempéré, un sol argilo-granitique.

Plougastel blog 12

Des historiens de l’agronomie précisent aujourd’hui que l’implantation de la fraise serait liée au tremblement de terre qui toucha Brest en 1736 et détruisit le jardin des simples de l’hôpital maritime.
Le XIXe siècle fut l’âge d’or de la fraise de Plougastel précoce en saison. Les plants abondaient dans les champs et le rebord des falaises de la presqu’île. Un marché florissant s’établit avec Paris et l’Angleterre.
De nos jours, le fleuron local n’occupe plus une place aussi importante sur les marchés européens mais il continue de jouir d’une excellente réputation gastronomique.
De crainte d’être accusé de mauvais esprit, je n’ai pas poussé la curiosité de regarder la provenance des fraises sur l’étal du magasin Cocci market sur la place du bourg…
Finalement, je vais rassasier mon esprit, en face, dans l’enclos paroissial, devant le magnifique calvaire, l’un des plus beaux sinon le plus beau que compte la Bretagne. D’autant qu’après la grisaille brumeuse de Saint-Thégonnec, l’avant-veille, les 182 personnages sculptés dans la pierre jaune de Logonna et bleutée de Kersanton profitent du soleil généreux de midi. J’avoue ne pas les avoir comptés !
D’une dizaine de mètres de hauteur, il fut dressé entre 1602 et 1604 pour conjurer l’épidémie de peste de 1598. Il subit quelques outrages lors de bombardements durant la Seconde Guerre mondiale mais il a été admirablement sauvé grâce à l’action du soldat John Davis Skilton (présent dans les combats), conservateur du musée de Washington dans le civil.

Plougastel blog 1Plougastel blog 2Plougastel blog 3Plougastel blog 4

Un panneau didactique, si l’on est un visiteur patient et curieux, informe des différentes scènes qui composent cette œuvre magistrale. Parmi les plus remarquables, il faut citer le groupe de Véronique retenu par André Malraux dans « le musée imaginaire de la Sculpture mondiale », et saint Roch et saint Sébastien invoqués contre la peste.

Plougastel blog 10Plougastel blog 5Plougastel blog 8Plougastel blog 11Plougastel blog 6Plougastel blog 7

J’approche de Brest. J’aime les ports, ils racontent tant d’histoires. Inévitablement, je me rappelle de Barbara, le sublime poème de Jacques Prévert extrait de son recueil Paroles :

« Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
Et tu marchais souriante
Épanouie ravie ruisselante
Sous la pluie
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t’ai croisée rue de Siam
Tu souriais
Et moi je souriais de même
Rappelle-toi Barbara
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas
Rappelle-toi
Rappelle-toi quand même ce jour-là
N’oublie pas
Un homme sous un porche s’abritait
Et il a crié ton nom
Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante ravie épanouie
Et tu t’es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara
Et ne m’en veux pas si je te tutoie
Je dis tu à tous ceux que j’aime
Même si je ne les ai vus qu’une seule fois
Je dis tu à tous ceux qui s’aiment
Même si je ne les connais pas
Rappelle-toi Barbara
N’oublie pas
Cette pluie sage et heureuse
Sur ton visage heureux
Sur cette ville heureuse
Cette pluie sur la mer
Sur l’arsenal
Sur le bateau d’Ouessant
Oh Barbara
Quelle connerie la guerre ! … »

Brest restera pour moi ce poème d’amour qui bascule soudain en un cri de colère contre la « connerie » de la guerre. Mouloudji, Montand, Les Frères Jacques, Reggiani, Cora Vaucaire, notamment, en ont fait une grande chanson qui appartient au panthéon du music-hall français.
Je ne rentrerai pas dans Brest aujourd’hui complètement reconstruit. Je le contourne par une rocade aussi affreuse que toutes les zones industrielles de notre pourtant douce France.

Plougastel blog1

Je pense à l’enfant du pays Miossec qui a écrit aussi une belle chanson très personnelle. Il y parle d’une femme qu’il a quittée en quittant Brest :

« Est-ce que désormais tu me déteste
D’avoir pu un jour quitter Brest ?
La rade, le port, ce qu’il en reste
Le vent dans l’avenue Jean Jaurès.

Je sais bien qu’on y était presque,
On avait fini notre jeunesse,
On aurait pu en dévorer les restes
Même au beau milieu d’une averse… »

Image de prévisualisation YouTube

Les choses s’arrangent parfois, il ne pleut pas toujours sur Brest. Depuis quelques années, Miossec, apaisé, a retrouvé Brest et séjourne dans une ancienne ferme sur la route du Conquet que j’emprunte maintenant.

Le Conquet blog1Le Conquet blog2Le Conquet blog3Le Conquet blog4

Quand la Louise fut venue … ! C’est le joli jeu de mots pour évoquer la première ligne de passagers vers les îles Molène et Ouessant, instaurée en 1869.
La maison des Seigneurs, une demeure fortifiée avec trois tours, surplombe l’aber du Conquet.
Le problème avec les rias et abers, c’est comment accéder à l’autre rive, en l’occurrence la pointe de Kermorvan, sans revenir plusieurs kilomètres à l’intérieur des terres, même l’aimable chef cuisinier que j’accoste ne sait trop précisément.

Finistere nord blog 1

C’est l’occasion de traverser Saint-Renan qui a depuis longtemps oublié l’ermite. Il n’y a même pas sa statue dans l’église paroissiale dédiée à Notre-Dame de Liesse.
Je retrouve le littoral à la Pointe de Corsen et son panorama exceptionnel sur la mer d’Iroise. Comme l’indique la table d’orientation, nous nous trouvons ici au point le plus à l’Ouest de la France continentale.

Vers la pointe Corsen blog 1Vers la pointe Corsen blog 2Pointe de Corsen blog 3Pointe de Corsen blog 4Pointe de Corsen blog 2Pointe de Corsen blog 1

Une décapotable rouge (qui ne m’appartient pas) devant un océan de bleu, ce pourrait être le début d’une histoire devant une fin de terre.
On n’éprouve pas le besoin de parler ou d’écrire devant de tels paysages. Quelques images suffisent pour illustrer le dépaysement de cet après-midi.

Littoral blog 4Littoral blog 3Littoral blog 1Littoral blog 2

Quelques pointes, criques et anses plus au nord, à hauteur de la commune de Landunvez, je me pose devant la minuscule chapelle Saint-Samson isolée sur la lande. Construite en 1785, elle est grande ouverte, je dirais presque à tout vent nul aujourd’hui.

Chapelle St-Samson blog 1Chapelle St-Samson blog 3Chapelle St-Samson blog 2

Saint Samson, originaire du Pays de Galles, débarqua près de Cancale vers 548 pour évangéliser le pays. Dès son arrivée en Armorique, il aurait guéri une femme de la lèpre et sa fille de la folie. Pour le remercier, le mari lui offrit une parcelle de terre sur laquelle il aurait établi un évêché. Il fut en effet le premier évêque de Dol-de-Bretagne.
Jadis, près de la chapelle, il y avait un menhir haut de deux mètres. Il suffisait de se frotter le dos contre la pierre de Saint Samson pour être soulagé des rhumatismes, bref c’est exactement ce qu’il me faudrait. Quel est l’abruti qui a fait disparaître cette pierre magique ?
Le troisième dimanche de juillet, jour du Pardon, on y célèbre encore la messe et bénit la mer.
Quelle plénitude ! Pourtant, il faut se méfier de l’océan qui dort.
Le 16 mars 1978, le pétrolier supertanker libérien Amoco Cadiz s’échoua sur les récifs en face du village de Portsall provoquant une marée noire considérée comme l’une des pires catastrophes écologiques de l’histoire. L’ancre de l’Amoco Cadiz est encore visible sur le quai.

Ancre_Amoco_Cadiz

Pauvres oiseaux (près de dix mille) et poissons qui ne demandaient rien à personne sur cette côte grandiose. Vos gueules, les humains !
17 heures, il est temps de quitter à regret la côte des légendes. Dans deux heures trente, je serai chez des amis de Rennes.
Le lendemain, je ferai la Mayenne et l’Orne buissonnières pour rejoindre mes pénates franciliens. Je déjeunerai dans un chaleureux restaurant de routiers à l’enseigne, ça ne s’invente pas, du Paris-Brest ! C’est un gâteau dont je vous ai déjà conté l’histoire dans un billet gourmand :
http://encreviolette.unblog.fr/2012/04/12/les-gateaux-de-mon-enfance/

Publié dans:Ma Douce France |on 2 juillet, 2017 |Pas de commentaires »

Eco Nature | Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Sous le sapin il y a pleins...