Hardi les gars (… et les filles) ! Cap vers le Finistère nord (1)

Je me promène trop, ces temps-ci et, conséquence, je me fais rare. C’est pourtant pour la bonne cause car mes petites balades sont de possibles prétextes à de futurs billets.
Bref, après avoir passé en famille le week-end prolongé du 1er mai en Alsace, j’ai choisi de virer de bord (de l’hexagone) et de mettre le cap vers la Bretagne à l’occasion du pont prolongé de l’Ascension.
Je m’éloignais ainsi de Vladimir Poutine que notre nouveau président emmenait, en voiturette de golf en guise de carrosse, dans les jardins du palais de Versailles, à quelques kilomètres de chez moi, pour visiter l’exposition consacrée à l’ancien tsar Pierre le Grand (qui en son temps avait rendu visite à Louis XV dans les mêmes lieux).
Plus sérieusement, ma compagne et moi avions choisi d’épuiser les coffrets Wonderbox et Smartbox qui nous avaient été offerts, pour découvrir la côte du Finistère Nord. En ce qui me concerne, à part quelques brèves escapades que j’aurai sans doute l’occasion d’évoquer, il s’agissait là d’un véritable pèlerinage, une soixantaine d’années après un de ses voyages (c’en était un à l’époque !) en famille comme mon père aimait tant organiser.
En guise de mise en bouche, bon sang de normand (comme dit la chanson, c’est tout de même le pays qui m’a donné le jour !)) ne saurait mentir, je vous conte la paire d’heures que j’ai passée, sur le chemin de l’aller, à Domfront commune de l’Orne rebaptisée depuis l’an dernier Domfront-en-Poiraie (plutôt que Domfront Bocage) en référence aux nombreux arbres fruitiers destinés à la fabrication du fleuron local, le poiré cousin du cidre.

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Je crains que cet artifice de communication ne suffise pas tant j’ai constaté à travers plusieurs vitrines de commerces fermés que le bourg perdait de sa vitalité. Heureusement, quelques bonnes âmes tentent de « renouveler et remettre en valeur le commerce local pour la renaissance de la ville où l’image et l’imagination peuvent devenir réalité pour les projets ». Ainsi, j’adore ce trompe-l’œil de librairie.

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J’imagine m’y procurer L’incroyable Eugène Lelouvier, le récit authentique d’un aventurier normand disciple des héros de Jules Verne. Jean Verne, arrière petit-fils de l’écrivain, en a rédigé la préface.

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Eugène Lelouvier, né en 1873 d’un boulanger domfrontais, un petit bonhomme de un mètre cinquante-neuf, connut un destin exceptionnel. À quinze ans, il quitte le domicile familial et réussit le concours d’entrée à l’école nationale des Beaux-arts et métiers d’Angers. Après trois semaines d’études, il démissionne pour entrer dans la marine marchande. À seize ans, au cours d’une traversée de la Manche, son bateau fait naufrage. Porté disparu, Eugène refait surface un mois plus tard. À dix-neuf ans, il s’engage dans l’infanterie de marine et se rend au Tonkin où … il se fait piquer sa copine par un officier. Il flanque tellement le bazar qu’il est arrêté et conduit au bagne d’Oléron puis de Fort-de-France. Il s’engage ensuite dans la Légion étrangère avant de devenir employé … chez Félix Potin. À cette époque, il est également journaliste à La Patrie et donne des concerts de piano, des conférences, et chante La Traviata.
À Varsovie, il participe à l’arrestation d’un espion russe. Blessé, il est soigné par une jeune infirmière suisse, prénommée Hélène, qui deviendra son épouse.
Marié le 10 mai 1903, dès le lendemain il part sans un sou pour un tour du monde. En 1906, de retour d’un séjour de quatre ans au Congo, il est engagé comme mécanicien chez De Dion-Bouton. C’est là qu’il imagine la course Paris-Pékin à la suite de sa traversée du désert de Gobi à dos de chameau pour repérer les points d’eau. Il va développer son idée pour convaincre et mettre en place l’organisation de l’épreuve. Lors de la Première Guerre mondiale, il est mobilisé en mai 1918. Alors qu’il procède à l’essai d’un moteur d’avion, celui explose et il reçoit un morceau d’hélice. Il est défiguré et bénéficie du statut de gueule cassée. Il meurt en 1937 et repose au cimetière de Bagneux, dans les Hauts-de-Seine, non loin de la tombe de Barbara. J’ai, évidemment, dû oublier quelques épisodes mais il méritait bien que la municipalité de Domfront baptise une rue à son nom, il y a quelques semaines.
L’Histoire est mon péché mignon et pour moi, Domfront, c’est aussi Henri 1er Beauclerc, troisième fils de Guillaume le Conquérant. Seigneur de Domfront en 1092, il devint roi d’Angleterre en 1100 puis duc de Normandie en 1106. Il fit bâtir le donjon dont on peut encore admirer les vestiges.

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Résidence des rois anglo-normands au XIIème siècle, le château reçut Henri II Plantagenêt et Aliénor d’Aquitaine, Richard Cœur de Lion et Jean Sans-Terre. En août 1161, Aliénor y accoucha d’une fille future mère de Blanche de Castille et grand-mère de Saint Louis.
Henri II possédant les comtés d’Anjou et du Maine, Aliénor le duché d’Aquitaine, Domfront constituait une étape idéale sur les routes traversant leurs vastes domaines de l’Écosse aux Pyrénées
Devenue capétienne après la conquête de la Normandie par Philippe-Auguste, la place forte fut donnée en 1204 en apanage à divers membres de la famille royale.
Pendant la guerre de Cent ans, le château fut occupé par les Anglais de 1356 à 1366 puis de 1418 à 1450. Il est encore quelques descendants qui traînent ce midi dans les brasseries locales !

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Une autre curiosité de Domfront est l’église catholique Saint Julien. Lors de sa reconstruction en 1924, l’architecte choisit le plan carré des basiliques byzantines et opta pour l’utilisation du béton armé. Dès qu’on y pénètre, on est frappé par l’immense fresque dans le chœur du Christ Pantocrator, c’est-à-dire Jésus dans son corps glorieux, en opposition aux représentations traditionnelles du Christ souffrant la Passion sur la Croix.
Je m’attarde, je ne suis pas prêt d’atteindre la pointe du Finistère. Rassurez-vous, je laisse de côté mon séjour chez des amis à Dinard, j’ai déjà souvent évoqué la perle de la côte d’émeraude à l’occasion du festival annuel du film britannique. Ça y est, j’ai déjà obtenu le précieux sésame pour la prochaine édition fin septembre !
Cela dit, fairplay de normand pour ses cousins bretons, je ne peux tout de même pas passer sous silence les trois jours de canicule qui ont sévi dans les Côtes-d’Armor : ciel bleu azur et 33 à 35 degrés au cœur de l’après-midi. Mais … chassez le naturel, il revient vite au (pays) gallo ! C’est sous un crachin tenace que j’ai pris la direction du Finistère.
Je ne vais pas engager ici une polémique autour des idées reçues et des préjugés qui entourent la météo bretonne. J’ai appris dans mon enfance que son climat de type océanique se caractérisait par la douceur de ses températures, l’humidité de l’air et la variabilité du temps. Avec ça, on est paré avec ou sans ciré pour ménager toutes les susceptibilités !
Je peux vous narrer cependant quelques anecdotes à ce sujet. Il y a une quinzaine d’années, sensiblement à la même époque, un ami artiste peintre avait souhaité que je réalise un portrait vidéo de lui et pour ce faire, désirait qu’on tournât une séquence dans le petit port de pêche de Moguériec à proximité de Roscoff, cadre de son inspiration pour nombre de ses toiles. Cela se compliquait si je vous précise que ses tableaux sont d’un bleu quasi monochrome.
La canicule régnait déjà en région parisienne mais le thermomètre sur le tableau de bord de notre véhicule perdait inexorablement trois degrés tous les cent kilomètres ; cela dit nous arrivâmes à destination avec un mercure honnête frisant les dix-neuf degrés.
Le lendemain matin, crachin et brume nous accueillirent au petit déjeuner. Le moral dans les bottes, nous allâmes tourner quelques plans de coupe d’algues et coquillages sur le sable avant que, pour cause d’humidité, la caméra ne se bloque. Nous nous résignâmes à aller boire une bolée de cidre au café du port dans l’attente plus qu’hypothétique de l’apparition d’une timide culotte de marin. Croyez-moi si vous voulez, par tous les saints Ronan et Guénolé du coin, le ciel se déchira brutalement et nous connûmes pour le reste de la journée une épure de « bleu de Moguériec », ciel et mer confondus. Comme je vous sens encore sceptique, voici pour preuve le tableau offert par l’artiste qui trône désormais dans mon vestibule.

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Étreintes toile de Georges Papazoff

Les peintres aiment les ciels changeants qu’ils soient flamands, normands ou bretons, les touristes moins ! Ces derniers doivent parfois se contenter de quelques citations de bleu sur les façades des maisons.

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Ce fut notre cas un jour de juin 2013 lors d’une escapade à Carantec. Pour digérer le copieux plateau de fruits de mer, nous entreprîmes, malgré le temps incertain, de rejoindre en face l’île Callot accessible à pied à marée basse. Il ne s’agissait même pas de mettre le grappin sur le butin datant d’une invasion de mes ancêtres vikings qui, selon la légende, serait enfoui à proximité de la petite chapelle Notre-Dame située sur la colline à l’extrémité de l’île.

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Bredouilles, si nous esquivâmes au retour quelques objets volants identifiés artichauts, nous essuyâmes aussi un grain mémorable. Temps de cochon sur le Léon !

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Entre Saint-Brieuc et Morlaix, face à la course incessante des essuie-glaces sur le pare-brise, on regrette de ne pas avoir opté pour une destination plus clémente dans notre Smartbox Évasion.
Et puis … soudain, Saint-Thégonnec a décidé une accalmie afin de visiter l’enclos paroissial qui lui est dédié. Ce n’est pas idéal pour la photographie mais je ne vais pas me mettre déjà à dos tous les saints du Finistère qui guettent mon prochain passage sur les innombrables calvaires au bord des chemins.
Sur le calvaire local construit en 1610, Saint Thégonnec en personne, s’est mis à l’abri dans une petite niche.

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Ce monument appartient à la catégorie des calvaires à « mace » c’est-à-dire avec une base massive et un autel permettant la sculpture de multiples personnages figurant des scènes de la Passion.
Au sommet, le sang du Christ en croix coule dans les mains de deux anges. C’est ce sang qui fut recueilli, selon le Nouveau Testament et les auteurs des quatre évangiles, par Joseph d’Arimathie dans le Saint Calice, le Saint Graal convoité par les chevaliers de la table ronde dans la légende arthurienne.
Pour ne pas trop vous frustrer, j’ajoute à mes clichés quelques photographies glanées sur le net. Les personnages du calvaire méritent mieux que des ombres chinoises.

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À leur propos, certains ont sans doute disparu à l’époque révolutionnaire. En témoigne une lettre du district de Morlaix adressée aux officiers municipaux de Saint-Thégonnec le 16 Thermidor (rien a voir avec le homard breton !) an II :
« Je suis instruit que, malgré les diverses instructions que nous avons faites d’enlever les croix qui existent sur votre commune, vous n’avez fait jusqu’ici aucune démarche pour les faire disparaître ; je vous déclare que si, à la prochaine tournée que je ferai dans votre arrondissement, ces restes impurs du fanatisme insultent encore aux yeux des bons citoyens, je serai forcé de vous dénoncer aux autorités supérieures, et vous serez traités comme suspects, et vous savez la honte attachée à cette punition » …
La population locale se chargea elle-même de faire disparaître les statuettes pour les soustraire à la haine iconoclaste des sans-culottes. On peut penser que si le calvaire est toujours debout, c’est en partie à cause de la chute de Robespierre !
L’église, ravagée par un incendie en 1998, a été magnifiquement restaurée. Le retable du Rosaire et surtout la chaire à prêcher (de 1683) constituent des chefs-d’œuvre de la sculpture bretonne.

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En ressortant, je visite encore l’ossuaire contigu avec dans la crypte, une spectaculaire mise au tombeau du Christ et des personnages taillés dans le bois de chêne criants de vérité, œuvre d’un maître-sculpteur de Morlaix entre 1699 et 1702.
Le linceul est soutenu notamment par Joseph d’Arimathie déjà évoqué plus haut. Au premier plan à droite, Marie Madeleine s’abandonne à sa douleur. À côté de Véronique qui tient le voile de la Sainte-Face, la Vierge apparaît aussi éplorée.

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Cap vers le nord maintenant car l’essentiel de ma promenade est consacré à la visite de la côte. Nous la retrouvons à Brignogan-Plages, une petite station balnéaire qui nous offre un coin de ciel bleu parcimonieux mais cependant prometteur.

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On n’y craint pas le ridicule, une des criques s’appelle le Petit Nice, il est vrai que quelques anglais s’y promènent ce midi mais préfèrent tout de même la salle chauffée à la terrasse de la sympathique crêperie brasserie éponyme.
Nous prenons un vivifiant bol d’air iodé en décortiquant quelques produits de la mer.

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À la sortie de la commune, on découvre le menhir de Men Marz, le premier de notre séjour. Érigé entre -4500 et -2500 ans, d’une hauteur de 8, 50 mètres et d’un poids de 80 tonnes environ, il est l’un des plus grands du Finistère.

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Il présente la caractéristique d’être simplement posé sur le sol et aussi d’être christianisé avec une croix. En effet, pour abolir les pratiques païennes en Bretagne et détruire les symboles d’un passé préceltique, l’Église catholique, entre le cinquième et dixième siècle, à défaut de pouvoir abattre les innombrables menhirs, trouva le subterfuge de les « rectifier », ainsi notamment en hissant une croix en leur sommet.
Selon une coutume encore observée dans un passé relativement récent, les jeunes filles venaient y lancer un caillou. Si celui-ci restait dans l’encoche située à la partie supérieure du mégalithe, cela signifiait qu’elles se marieraient dans l’année.
Il est compliqué de trouver son chemin dans le maillage des petites routes à proximité du littoral d’autant plus que certains indépendantistes (?) n’ont laissé que le texte breton des panneaux de signalisation bilingues.
Je parviens tout de même au pittoresque hameau de Menez-Ham et ses anciennes chaumières de pêcheurs blotties à l’abri du vent entre des rochers colossaux.

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Certaines sont rénovées en gîte, dans d’autres, sont restituées des scènes de la vie d’antan, notamment sur la récolte du goémon qui constituait une activité importante outre la pêche côtière.

« Algues brunes ou rouges
Dessous la vague bougent
Les goémons
Mes amours leur ressemblent,
Il n’en reste il me semble
Que goémons
Que des fleurs arrachées
Se mourant comme les
Noirs goémons
Que l’on prend, que l’on jette
Comme la mer rejette
Les goémons … »

À cet instant, comment ne pas penser à ce magnifique texte de Serge Gainsbourg, une de ses premières chansons, une des plus belles aussi peut-être. Elle est interprétée par Jane Birkin qui a élu domicile, il y a quelques années, à un vol de goéland d’ici.

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Un tableau didactique reproduit le compte-rendu d’une promenade scolaire du 2 juillet 1907 : « … À l’aide de charrettes, de brouettes ou de civières, on transporte le goëmon sur les dunes. Là on l’étend et on le retourne une ou deux fois pour le faire à sécher. Lorsqu’il est bien sec, on l’entasse. De là, on prend des charretées que l’on décharge près de la fosse à soude. On jette quelques brindilles de bois et on y met le feu … »
L’écriture manuscrite au porte-plume est élégante, l’orthographe est excellente, comme quoi on savait déjà faire des activités d’éveil de qualité à l’école de la République, il y a plus d’un siècle !

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Complètement encastré entre des blocs granitiques monstrueux, le corps de garde fut construit, au milieu du XVIIIe siècle, pour surveiller la côte.
Cette frange littorale septentrionale du Finistère s’appelle le Pays pagan (du latin paganus signifiant païen) sans y voir une justification religieuse.
L’abondance de rochers en mer constituant de nombreux écueils fournit autrefois à la population locale une réputation de « naufrageurs ». Très pauvres, les Paganis étaient accusés d’entraîner les navires vers les rochers pour piller leurs épaves. Cette pratique développée du « droit de bris et de naufrage » remontant à l’Antiquité fut interdite par Colbert en 1681.
Aujourd’hui, une grande tradition de sauvetage en mer a remplacé ce passé exploité pour vendre les charmes touristiques de la Côte des légendes.

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Un peu plus loin, je m’arrête quelques instants en rase campagne devant une modeste croix. Pourquoi celle-ci, j’en verrai des centaines d’autres au cours de mon séjour ? Elle « fait bien son âge », elle date des IXe et Xe siècles, et je la trouve touchante, émouvante et même naïve dans sa nudité granitique. On pourrait presque imaginer un « petit Jésus en culotte de velours » pour reprendre une expression employée parfois en œnologie !
J’ai été peut-être coupable de blasphème, bref, la charmante hôtesse à l’accueil de l’office de tourisme de Plouguerneau m’informe que l’église Saint Pierre et Saint Paul n’est pas accessible au public cet après-midi. Je ne peux donc pas admirer les 40 « petits saints », des statuettes de dévotion en bois polychrome plantées sur une hampe que l’on sort en procession notamment le jeudi de l’Ascension et le lundi de Pentecôte. Cette tradition remonterait à une épidémie de peste qui aurait sévi dans la localité en 1640. Naguère, le privilège de les porter en ces occasions était mis aux enchères. Voici quelques images portées … par le vent de l’Esprit !

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Je me contente de contempler le calvaire relativement récent (1881) et ensoleillé (!) devant l’église puis descends vers le port du Korejou, à quelques centaines de mètres de là. On y retrouve une diversité d’activités maritimes, plaisance, pêche professionnelle, club de voile et plongée.

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Je suis intrigué par la présence en contrebas de la digue d’une sculpture en granit d’un homme soutenant une pierre, espèce de traduction contemporaine d’un Obélix relevant un menhir.
Vous l’ignorez sans doute, quoique je l’avais évoqué en aparté dans un ancien billet, je fus moi-même ce héros de bande dessinée dans ma jeunesse, un rôle de composition qui me fut dévolu, compte tenu de mon imposante carrure, à l’occasion des mémorables « Cavalcades » organisées autrefois dans mon bourg natal. Ainsi, devant plusieurs milliers de personnes, en compagnie d’une demi-portion d’Astérix et de quelques Romains en piteux état, j’avais arpenté les rues de la ville avec un mégalithe sur le dos. J’ai traîné ensuite, localement, le surnom du livreur de menhirs durant quelques années. Voilà ce que c’est d’être tombé tout petit dans une marmite de potion magique, les bonnes soupes de ma maman et de ma mémé Léontine !
Il s’agit là d’Ar Pagan, une œuvre (1992) de Jean-Michel Appriou, un artiste de Plouguerneau. J’imagine un adepte du gouren (la lutte bretonne) tentant de contenir les assauts d’une mer déchaînée ?
Non loin de là, un autre sculpteur, François Breton, le bien nommé, a décidé d’écrire l’histoire du pays dans la pierre. Il peuple de ses statues Plouguerneau et les bourgs environnants. À quelques mètres du port, à proximité de la pointe de Penn Enez, il a entrepris de réaliser un calvaire, une œuvre monumentale à laquelle il est prêt à consacrer une dizaine d’années.

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Ces petits saints et vierges de granit brut sont presque émouvants, abandonnés sur la lande dans l’attente de participer à la vraie Passion du sculpteur ! En toute modestie, sur la presqu’île de Penn Enez souffle un petit air d’île de Pâques.

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Ramasseuses de varech de Paul Gauguin (1889)

J’assiste bientôt à une scène d’étendage du goémon pour le sécher. Le tracteur a remplacé le cliché ancestral des charrettes tirées par des chevaux.
Pendant des siècles, le goémon fut utilisé comme combustible, comme engrais et pour l’alimentation animale, puis sa cendre fournit des débouchés dans la fabrication de la soude et de l’iode. Aujourd’hui, les algues marines deviennent un mets raffiné sur la table des grands chefs et sont présentes dans de nombreux produits alimentaires, pharmaceutiques et cosmétiques, ainsi même que le biocarburant.
En hommage aux valeureux laboureurs de la mer, écoutez Gwerz Ar Vezhinerien, une complainte des goémoniers chantée a cappella par Denez Prigent lors d’une nuit celtique au stade de France :

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Ça y est, je suis vraiment rentré dans la région des Abers, appellation géographique spécifiquement bretonne pour nommer les rias ou estuaires qui entaillent la côte nord du Finistère.
À la différence des Trois Mousquetaires, ils se comptent vraiment par trois : l’Aber-Wrach et l’Aber-Benoît séparés par la presqu’île de Sainte-Marguerite, ainsi que l’Aber-Idut.
Moins encaissés que les fjords norvégiens, la mer y remonte à l’intérieur des terres leur apportant le plaisir des marées et le goût du salé. Il lui arrive de rencontrer une rivière s’écoulant à contre-courant.
Le terme Aber-Wrach recouvre plusieurs significations. C’est d’abord un petit fleuve côtier long de 33 kilomètres qui, dans sa partie aval, constitue une ria du pays de Léon. C’est aussi le nom du hameau de Landéda qui abrite le port du même nom.
L’embouchure de l’aber est délimitée au nord par le phare de l’île vierge qui signale les nombreux rochers et récifs susceptibles d’être dangereux pour les navigateurs. Mesurant 82 mètres, il est le plus haut d’Europe et le plus haut du monde en pierre de taille. Il balaie tout le nord du Finistère à 52 kilomètres à la ronde.

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Le relief excessivement découpé nécessite souvent de parcourir plusieurs kilomètres pour rejoindre l’autre rive de l’estuaire, et je trouve encore une fois que certains esprits malins ne facilitent pas la vie des touristes, le GPS y perd même son breton. Qui sait, c’est peut-être une manière de préserver un certain art de vivre, j’ai connu pareil comportement en Corse.
Au cours du séjour, j’apprendrai que le littoral finistérien se mérite et qu’il s’offre plus volontiers aux marcheurs sillonnant les sentiers côtiers.
En ce milieu d’après-midi, l’aber ensoleillé décline une palette de bleus quasi méditerranéens. On déjeunait au P’tit Nice ce midi, on longe maintenant la baie et la plage des Anges du nom de l’abbaye fondée en 1509 par les Franciscains dont les ruines (en cours de restauration) sont visibles non loin de là sur la pointe Sainte-Marguerite.
Au large, on aperçoit le fort Cézon, une ancienne forteresse construite par Vauban pour défendre l’entrée de l’aber.
Je commence à jeter un œil sur ma montre, il ne faut pas rater l’heure du rendez-vous avec le propriétaire de notre location. Je quitte la côte via l’Aber-Benoît pour mettre le cap au sud.

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Mal en prit au traducteur, le nom de ce fleuve côtier résulte d’une mauvaise interprétation de « havre bénit ».
Je traverse la commune de Lannilis, j’imagine que cela ne vous interpelle pas autant que moi (ex) fan de cyclisme. C’est ici et dans les environs que se déroule chaque année la course Tro Bro Leon, en français le Tour du Pays de Léon, une sorte de Paris-Roubaix breton qui emprunte des chemins de traverse, les fameux ribinou. Je ne pouvais guère faire de moins que ce petit clin d’œil au cyclisme breton, terre prolifique de grands champions tels Louison Bobet, Jean Robic et Bernard Hinault, mais aussi de valeureux « régionaux » qui éclairèrent les mois de juillet de mon enfance sur les routes du Tour de France comme Jean Gainche, Fernand Picot, François Mahé, Jean Malléjac, Job Morvan, Cyrille Guimard, Joseph et Georges Groussard, sans oublier Albert Bouvet qui nous a quittés il y a quelques jours. Au temps du Tour disputé par équipes nationales et régionales, les p’tits gars de l’Ouest, dans leur maillot blanc à parements rouges, formaient des bataillons de sacrés baroudeurs qui n’étaient pas là pour représenter une marque d’électro-ménager ou de banque en ligne.
Un peu plus tard, nous atteignons Landerneau où nous faisons escale … sans faire de bruit contrairement à la populaire expression.
Elle serait tirée de Les Héritiers, une pièce en un acte d’un certain Alexandre Duval qui connut un franc succès au XVIIIe siècle puisqu’elle fut inscrite durant une trentaine d’années au répertoire de la Comédie Française. Le héros, un officier de marine donné pour mort à la suite d’un naufrage, réapparaît miraculeusement dans sa ville de Landerneau au grand dam de ses héritiers qui s’apprêtent à se partager son patrimoine. Un domestique apprenant la nouvelle s’exclame : « Oh le bon tour ! Je ne dirai rien mais cela fera du bruit dans Landerneau ! »
D’autres explications courent parfois. Ainsi on avance une ancienne tradition selon laquelle les habitants de la région de Landerneau avaient pour coutume de faire un charivari sous les fenêtres des veuves qui convolaient en secondes noces. On évoque aussi le grondement du canon du bagne de Brest que l’on faisait tonner lorsqu’un forçat s’évadait et qui retentissait jusqu’à Landerneau distant d’une vingtaine de kilomètres.
L’expression populaire a pris au fil du temps des formes diverses et variées, ainsi on entend parler de « Landerneau politique ou littéraire » pour qualifier un fait inhabituel qui va générer beaucoup de discussions et de polémiques.

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En ce début de soirée, la petite ville, située le long de l’estuaire de l’Elorn, apparaît bien paisible. Tout près du pittoresque pont de Rohan et ses maisons aux façades d’ardoises, en guise d’apéritif, j’entre dans la légende en dégustant une bière blonde pur malt de la brasserie artisanale Lancelot. L’affiche reprend l’imaginaire des Chevaliers de la Table ronde : une amusante idée du fondateur de la brasserie (en 1989), un certain Bernard … Lancelot, un ancien ingénieur nucléaire reconverti dans l’apiculture près de Paimpont où l’on situe la forêt de Brocéliande. Il commença par commercialiser une cervoise au miel inspirée des Gaulois. À sa retraite, il vendit son entreprise à la société Phare Ouest créatrice du Breizh Cola ! On a de l’humour en Bretagne.
Un Lancelot peut en cacher un autre. On tient aussi comme hypothèse que l’Aber-Benoît tirerait son nom de Aber Benouhir ou Ban de Benoïc chef breton et père de Lancelot.
Ma dame du Lac (!) m’attend, en chevalier courtois, je vous donne rendez-vous dans mon prochain billet pour la suite de mes pérégrinations finistériennes.

Publié dans : Ma Douce France |le 14 juin, 2017 |1 Commentaire »

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1 Commentaire Commenter.

  1. le 5 septembre, 2017 à 6:19 Papazoff écrit:

    Nom d’un petit bonhomme en bois : quelle surprise ! le 14 juin 2017, tu serais venu à Moguériec, j’y étais !!!

    Tu as oublié deux choses : en Bretagne, il fait beau plusieurs fois par jour et il ne pleut que sur les c…

    Biz

    Georges

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