Si, une fois n’est pas coutume, je vous parlais de Seix ?

J’imagine déjà le buzz et qu’à l’annonce de ce titre alléchant, un certain nombre de coquins, libertins, lubriques voire libidineux vont se précipiter sur mon blog pour lire comment je trempe ma plume dans l’encre violette !
Ils risquent d’être sacrément frustrés car mon honorable projet est de vous faire visiter le village de Seix, une petite commune d’Ariège au pied des Pyrénées qui comptait 751 habitants au dernier recensement de 2013.
Il est vrai qu’une simple voyelle de différence peut faire naître la confusion. D’ailleurs, le petit bourg de la vallée du Haut-Salat en fit la cocasse expérience, il y a quelques années. En effet, une lettre postée à Paris en février 1790 est arrivée à destination … deux siècles plus tard, 220 ans très exactement. Une erreur d’aiguillage, compréhensible dans une époque troublée (prise de la Bastille huit mois auparavant), avait acheminé ce courrier à Saïx, une petite cité du Tarn.
Il fallut qu’un stagiaire saisonnier à la mairie de Saïx (j’espère qu’on lui a trouvé un CDI !), un peu curieux, range avec zèle les archives municipales pour découvrir la méprise.
Au demeurant, la lettre émanant du ministère de l’Intérieur de l’époque n’annonçait pas une bonne nouvelle aux Seixois. L’administration de la toute nouvelle République opposait une fin de non-recevoir à la demande de la commune ariégeoise de devenir chef-lieu de canton (elle ne l’est toujours pas) :
« J’ai reçu, Messieurs, le mémoire que vous m’avez adressé au sujet de la formation de l’arrondissement du canton du haut Couserans. Je savais que vous aviez déjà adressé à l’Assemblée nationale votre réclamation sur le choix du chef-lieu. Je ne doute pas qu’elle ne la prenne en considération. Au surplus, vous pourrez présenter vos observations au Commissariat que Sa Majesté chargera de veiller à la formation du département et du district.
Je suis véritablement, Messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur. »
Son signataire était François-Emmanuel Guignard, chevalier puis comte de Saint-Priest.
Certains pourraient avoir la malice de pointer du doigt les carences du service public. Mais depuis, une entreprise privée a convoyé hors période scolaire sur les bords du Salat une armoire et des fournitures attendues dans une école sur les rives de l’Agout.
Comme dans le Sud-Ouest, la convivialité n’est pas un vain mot et que toute occasion est bonne pour faire la fête, la fameuse missive a créé des liens d’amitié entre Ariégeois et Tarnais.
Il a fallu que je sois invité dans un restaurant près du pont qui enjambe le Salat, affluent de la Garonne, pour que je prête un regard plus attentif au pittoresque village de Seix.
Je bats ma coulpe (d’Octani, l’apéritif ariégeois à la mode cet été !) : depuis trente-cinq ans que je fréquente les Pyrénées ariégeoises, j’avais certes souvent traversé la commune en coup de vent. C’était parfois au petit jour pour monter voir mon ami Jean le berger à l’estive de Pouilh ou suivre la transhumance des brebis. C’était aussi, au temps de ma splendeur sportive (!), plutôt que m’intéresser aux curiosités touristiques, je veillais sur le choix du bon braquet qui me permettrait, à la sortie ouest du village, de me hisser à vélo au sommet du col de la Core assurant la communication avec la vallée de Bethmale.
Seix est un village de montagne, à la confluence de quatre vallées : celles du Salat, du Garbet, d’Ustou et d’Estours. Quelques-unes de ses parcelles sont frontalières de l’Espagne.
Son histoire est d’ailleurs cocasse. Par un paréage entre les seigneurs du lieu et le roi Philippe le Hardi vers 1280, Seix constituait une enclave du Languedoc royal échappant ainsi aux juridictions des comtés du Couserans et du Comminges. En échange de la garde de la frontière, la charte, confirmée et augmentée en 1328 par Philippe de Valois à Compiègne, en 1547 par le roi Henri II à Toulouse, en 1565 sous Charles IX et enfin en 1625 par Louis XIII, accordait des privilèges très favorables à l’organisation municipale comme l’affranchissement des droits seigneuriaux. En 1528, alors que Charles-Quint menaçait d’envahir la France, François 1er dispensa les Seixois de l’impôt extraordinaire parce qu’ils étaient « obligés de faire guet nuit et jour sur les ports » (les cols portent parfois le nom de ports dans les Pyrénées).
Cette bienveillance royale serait peut-être à l’origine de la devise Cap dé paou, qué soun dé Seich, « Pas de peur, je suis de Seix » !
L’histoire de Seix est intimement liée à la proximité de la frontière espagnole. Ainsi, les lies et passeries, ces accords conclus de vallée à vallée tout le long de la chaîne des Pyrénées, en l’occurrence ici avec le versant espagnol du Val d’Aran, rendaient prospères foires et marchés où s’échangeaient viandes, fromages et laines du Couserans avec les vins et huiles d’Espagne.
Ce fut aussi au XIXe siècle le temps des colporteurs que raconte la pittoresque épicerie Souquet transformée aujourd’hui en musée, à Soueix, petit village à moins d’une lieue de Seix (voir billet : http://encreviolette.unblog.fr/2013/11/12/tout-ce-que-vous-voulez-savoir-sur-lepicerie-de-soueix-sans-jamais-oser-le-demander/).
Au siècle dernier, les montagnes environnantes, pas toujours hospitalières, constituèrent aussi un lieu de passage des Républicains espagnols pour fuir la dictature franquiste et de Juifs français confrontés à la barbarie nazie. Des musées racontent aujourd’hui l’histoire de ces « chemins de liberté ».
Entre 1936 et 1939, en pleine guerre civile espagnole, les montagnes du Couserans furent témoins de l’exil massif de réfugiés du Pallars, une région de la province de Lérida. À l’époque de la Retirada, l’accueil par la population française ne fut pas toujours chaleureux (les Groupements de Travailleurs Étrangers et les camps d’internement d’Argelès, du Vernet et Rivesaltes)) mais un certain nombre de familles catalanes s’intégrèrent tout de même avec succès, notamment à Seix et alentours. Le témoignage des rares anciens de Seix aux patronymes ibériques, encore en vie, constituerait sûrement une riche réflexion sur l’afflux des migrants auquel nous sommes confrontés actuellement.
Confusément, c’est peut-être en souvenir de tout cela que, chaque année, un dimanche d’août, est organisée au Port de Salau la Pujada, une rencontre transfrontalière d’altitude pour la défense des langues et cultures communes occitanes et catalanes. C’est une occasion de célébrer l’amitié et la convivialité entre peuples en chantant, dansant et partageant le fromage ariégeois et le vin catalan tirés du sac des randonneurs.

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Historiquement, le village de Seix s’implanta d’abord sur la rive gauche du Salat. C’est là que, cet après-midi, une fois franchi le vieux (malgré de violentes crues) pont de pierre à trois arches, je décide de fureter dans le dédale de ruelles et venelles qui constituent le cœur de la cité à l’ombre de son château et de son église.
En ce jour caniculaire, je commence par profiter quelques minutes de la fraîcheur de l’église Saint-Étienne. En actionnant une minuterie électrique, surgit alors de la pénombre, au-dessus du maître-autel, un très beau retable en bois doré sculpté représentant le martyre de saint Étienne traîné et lapidé hors les murs de Jérusalem, aux environs de l’an 36, sous les yeux non réprobateurs de Saul, le futur apôtre Paul qui se convertira par la suite sur le chemin de Damas.

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Saint Étienne est encadré par deux statues en terre cuite dorée de saint Pierre et saint Paul, deux connaissances que j’ai rencontrées récemment lors de mes vacances romaines. Sur les lambris du chœur, apparaissent aussi les Quatre Évangélistes, vous souvenez-vous de leur nom ? Matthieu avec son ange, Marc et le lion, Luc et le taureau, Jean et l’aigle, j’étais studieux au catéchisme !

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Les fonts baptismaux abritent deux Piétas classées des XVe et XVIIe siècles. Choc de cultures artistiques, elles sont mises en perspective avec deux tableaux du peintre contemporain de notoriété internationale René-Gaston Lagorre. Né à New York de parents ariégeois émigrés, comme pas mal de gens originaires des vallées de Seix, Oust et Ercé, il vécut à Seix et l’on retrouve ses racines dans certaines de ses toiles.

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La commune reconnaissante rend hommage à l’enfant du pays en organisant, chaque été, les Estivales Lagorre, un ensemble d’expositions de peintures, gravures et sculptures en divers lieux du village.

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Devant les arcades de la mairie, une fontaine récente est décorée du blason de la cité, deux poissons surmontés de deux clés en sautoir.
Sous le trompe-l’œil inquisiteur de quelques autochtones, je m’attarde devant les vitrines des « Seix shops » (ça me fait un buzz de plusieurs centaines de lecteurs !), pardon, des pittoresques échoppes de Seix.
Certaines possèdent encore leur architecture ancienne avec leurs curieuses devantures en applique constituées d’un habillage de bois peint. J’ai presque envie d’entrer dans chacune d’elles juste pour le plaisir d’en humer l’atmosphère. « Ça sent le propre et le verbe d’antan » comme chez Les Vieux de Jacques Brel.

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À l’épicerie du Château, ça sent aussi les fromages de montagne bien affinés. Une tranche épaisse de Rogallais, fromage local de vache, brebis, chèvre ou aux trois laits, avec une miche de pain du Petit Mitron de Oust (souvenir de départ d’estive !), ce peut être le petit Jésus en culotte de drap et sabots de Bethmale !
Le normand que je suis aurait peut-être avalé de travers au temps où la fromagerie d’Oust fabriquait un … Camembert de Seix. On ne pouvait même pas parler d’usurpation d’identité car le célèbre fromage rond cher à Marie Harel n’avait pas cru bon de solliciter l’appellation d’origine.

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À quelques pas de là, je me retrouve vite devant l’entrée du château. Sa situation en surplomb des toits du village rappelle que le site avait autrefois une valeur stratégique de défense sur la route de trois cols transpyrénéens.
Historiquement, il est fait mention de deux châteaux : l’un, totalement disparu, dit « château du Roy », siège d’une garnison au XVIe siècle pour parer aux attaques des protestants, l’autre dit « château du Vicomte » sur les vestiges duquel serait édifiée la forteresse actuelle.
Sur le linteau de la porte d’entrée, un blason représente les armoiries de la famille de Balby qui posséda le château durant deux siècles : « D’or aux trois poissons d’azur fascés l’un sur l’autre ».

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Le château actuel abrite le centre d’interprétation des vallées du Haut-Salat. Leur histoire et la vie des hommes et femmes de ces montagnes sont racontées avec les technologies numériques d’aujourd’hui. De salle en salle, on peut croiser (virtuellement) par exemple des colporteurs et des montreurs d’ours.
Cet été, une exposition présente le retour du bouquetin qui avait complètement disparu des Pyrénées, essentiellement à cause d’une chasse intensive par l’homme. Une douzaine d’animaux d’origine ibérique ont été lâchés dans le cirque voisin de Cagateille, il y a maintenant trois ans. Jean de La Fontaine pointait les travers des humains ; en l’absence du fabuliste, les bouquetins des Pyrénées nous enseignent une leçon de tolérance.
En tout cas, leur présence devrait moins être sujette à polémique que l’introduction des ours slovènes.

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Je redescends du château et me glisse dans une venelle. Elle me mène à la rue du Roy, presque aussi étroite, à laquelle j’accède par un petit pont en dos d’âne enjambant le ruisseau d’Esbintz qui, dans quelques mètres, viendra se jeter dans le Salat.

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Scène paisible, dans une courette voisine, un homme est plongé dans sa lecture à l’ombre d’une treille. Je suis intrigué par le carreau de faïence : « L’école ». S’agit-il de l’ancienne maison du douanier Favareu qui servit de classe enfantine au milieu du XIXe siècle ?
Clin d’œil ou pur hasard, juste en face, se trouve l’impasse Charlemagne. C’est peu glorieux pour ce sacré empereur qui inventa l’école si j’en crois un immense succès de France Gall. Involontairement, c’est prémonitoire de notre école de la République quelque peu malade.
En tant que rédacteur d’un blog intitulé À l’encre violette, je ne peux pas manquer d’évoquer l’exposition « Ardoise et tableau noir » que j’avais visitée, il y a deux ans, à l’école élémentaire sise sur l’autre rive du Salat. Outre qu’elle soulignait l’esprit d’entreprise de l’association culturelle seixoise, la nostalgique manifestation célébrait, à travers la présentation de nombreux livres, cahiers et objets, l’École de la République d’antan dans cette zone montagnarde. Je dois reconnaître que les quelques photos subjectivement choisies peuvent prêter à sourire. De là à affirmer comme un ancien président au palais de Latran de Rome que l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé … je ne traverserai pas le Salat même à sec!

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On aimait les contes et les légendes lors des veillées autrefois au coin du cantou. On dit que dans cette impasse Charlemagne, les soldats de l’empereur, de retour de la campagne d’Espagne, y aiguisèrent leurs épées contre l’encadrement en grés d’une grange !
Non loin de là, la Passade des Trois Sorcières, une venelle moyennement avenante, rappelle le procès en sorcellerie intenté, au XVIe siècle contre trois femmes de Seix. Dénoncées par leurs propres fils et frères dont un était le curé de Seix, d’élaborer des potions et onguents, elles furent condamnées au bûcher pour purifier leur âme.
Un écriteau nous invite à franchir maintenant un grand portail et découvrir le jardin de curé (je prie pour que ce ne soit pas le mouchard !) au cœur de l’enceinte de la chapelle Notre-Dame de Pitié et du presbytère.

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Déclenche-t-il chez le fils de hussards noirs de la République, enseignant lui-même, une pointe de jalousie ou de regret que les anciens potagers d’instituteurs des écoles publiques d’antan soient tombés dans l’oubli ? J’ai connu les toutes dernières années d’École Normale où étaient encore dispensés des cours d’agriculture. C’était avant que l’Éducation Nationale ne devienne un grand corps malade et que (certains de) ses professeurs des écoles ne sachent plus distinguer un champ de blé d’une pièce d’orge ou d’avoine.
Dans son livre Jardins de curé, jardins d’antan, Philippe Ferret écrivait : « Un jardin de curé, c’est avant tout un petit coin de paradis et de méditation, niché devant le presbytère, où l’on trouve de tout. L’homme d’église y cultivait des fruits, des légumes, des aromates, des plantes médicinales, des fleurs, un peu de vigne pour le vin de messe, quelques ruches. Bref, de quoi assurer la subsistance du prêtre, soigner ses ouailles et décorer l’autel toute l’année. »
Contre le mur de la chapelle, le curé s’est mis à l’ombre pour donner sa leçon de catéchisme telle que la peignit en 1890 Jules-Alexis Muenier dont le tableau original est visible au musée des Beaux-Arts de Besançon.

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Je m’attarde devant le bric-à-brac végétal, malgré tout structuré, curieux de la symbolique souvent religieuse et poétique apportée par les fleurs et les plantes.
On ne peut que tomber en pâmoison devant le Cœur de Marie, appelée aussi de manière plus laïque Cœur-de-Jeannette ou Cœur-Saignant.

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J’ignorais la spiritualité de l’Aster étoilé baptisé Œil de Christ … pour la lumière qu’il porte en lui. Les anciens le reconnaissaient comme antidote aux morsures de serpent, le diable en somme.
Je ne savais pas non plus que les Clivias, qui fleurissent chez moi (quand ça leur dit), sont des Lis de Saint-Joseph.
Je conseillerai à ceux qui se sont précipités sur la lecture de ce billet (à la seule vue de son titre) d’aromatiser leurs mets avec le poivre des moines, fruit séché du gattilier. Son nom viendrait, en effet, du fait qu’au Moyen-Âge, en raison de ses propriétés anaphrodisiaques, on en saupoudrait quelques graines dans la soupe des moines afin de calmer leur ardeur sexuelle.
J’ajouterai encore que, bel exemple de tolérance aromatique, la menthe marocaine s’épanouit dans ce jardin de curé catholique ressuscité non par la grâce de Dieu, ce serait trop simple (!), mais par celle de bénévoles aimables et passionnés.
Les membres de l’association du patrimoine seixois ne restent d’ailleurs pas les deux pieds dans le même sabot de Bethmale et organisent régulièrement des animations et des expositions dans le jardin et le presbytère.

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Ainsi, un espace est consacré aux outils d’antan et à la vie aux estives autrefois dans les nombreuses cabanes pastorales qui peuplaient la montagne avec la tonte des brebis, la traite du lait et la fabrication du fromage. Beaucoup ont été restaurées en résidences secondaires, certaines en refuges pour les randonneurs.
Un instant de nostalgie et même d’émotion avec la lecture d’un court texte sur l’histoire du tablier et, en particulier, sur les multiples usages de celui porté au quotidien par nos aïeules :
« Le principal usage du tablier de grand-mère était donc de protéger la robe, mais en plus de cela, il servait de gant pour retirer une poêle brûlante du fourneau.
Il était merveilleux pour essuyer les larmes des enfants et, à certaines occasions, pour nettoyer les frimousses salies.
Depuis le poulailler, le tablier servait à transporter les œufs, les poussins à réanimer, et parfois les œufs fêlés qui finissaient dans le fourneau..
Quand il y avait de la visite, le tablier servait d’abri aux enfants timides… d’où l’expression : « se cacher dans les jupons de sa mère ».
Quand le temps était frais, Grand’ Mère s’en emmitouflait les bras. Par temps chaud, alors qu’elle cuisinait devant le poêle à bois, elle y épongeait la sueur de son front.
Ce bon vieux tablier faisait aussi office de soufflet, agité au dessus du feu de bois.
C’est lui qui transbahutait les pommes de terre et le bois sec jusque dans la cuisine.
Depuis le potager, il servait de panier pour de nombreux légumes ; après que les petits pois aient été récoltés, venait le tour des choux.
En fin de saison, il était utilisé pour ramasser les pommes tombées de l’arbre.
Quand des visiteurs arrivaient à l’improviste, c’était surprenant de voir avec quelle rapidité ce vieux tablier pouvait faire la poussière.
A l’heure de servir le repas, grand-mère allait sur le perron agiter son tablier, c’était signe que le dîner était prêt, et les hommes aux champs savaient qu’ils devaient passer à table.
Grand-mère l’utilisait aussi pour sortir la tarte aux pommes du four et la poser sur le rebord de la fenêtre, afin qu’elle refroidisse ; de nos jours sa petite fille la pose là pour la décongeler... »
J’ai connu quasiment toutes les fonctions de ce vêtement si pratique du temps de ma merveilleuse mémé Léontine :
(Pour mieux la connaître, voir billets http://encreviolette.unblog.fr/2008/02/14/ma-grand-mere-meme-leontine-2/).
Le rez-de-chaussée du presbytère abrite une exposition sur le fil de lin et les broderies de nos grand-mères.

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Deux femmes fort aimables (et bénévoles comme souvent à Seix !) ne sont pas avares d’explications sur les chefs-d’œuvre textiles (c’est le mot) made in Couserans provenant des mains habiles des aïeules des vallées environnantes.
Jouxtant le presbytère, la chapelle Notre-Dame de Pitié en cours de restauration est malheureusement fermée. Il faudra que je profite des journées du patrimoine ou des Estivales Lagorre pour en admirer les trésors.

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Je passe maintenant devant l’ancienne biscuiterie Toureille. Pierre le maître des lieux, le « tonton biscuit », s’en est allé régaler les bonnes âmes au paradis, il y a quelques années, mais j’ai trouvé quelques odorants et émouvants éloges en consultant le bulletin municipal :
« Je me souviens, j’étais enfant, je courais gamine avec les autres dans les rues du village et j’allais pour ainsi dire « par l’odeur alléchée » et de façon régulière tourner autour de la rue du Roy où se déroulaient des choses magiques et fabuleuses pour les gourmandes dont je faisais partie.
Avec l’âge cela n’a pas cessé et s’est même aggravé, je dois le confesser.
Nous rusions pour savoir à quelle heure la fournée de croquants serait accessible. Nous étions aux aguets et nous comptions profiter d’une information habile afin de connaître le moment « juste » où la fabuleuse Sultane sortirait « à point dorée » et encore tiède de ton four…
Je ne dis pas combien de fois nous étions capables de passer et repasser à l’angle de la ruelle pour capter une odeur, une image furtive de ton activité précédant la fournée, à savoir la préparation du bois avant l’enfournement. Cette tâche démarrait quelques jours avant ou bien la veille. En tout cas, le tas de bûches composé en quelques heures voulait dire « fournée annoncée » et qui dit fournée dit « biscuits ». C’était le « branlebas » et la révolution pour nous.
Dans tout le quartier, dans mon souvenir, nous étions en grande émotion.
… Puis le four s’allumait et nous avions encore quelques heures succulentes de surveillance où nous profitions, mais patiemment (parce qu’il en fallait de la patience!!), de l’odeur. Suivant les vents, elle envahissait tout le quartier de derrière l’église et s’en allait nous chercher, bien plus loin encore, jusqu’à venir troubler parfois dans les jardins.
Ce rituel qui aiguisait tous nos sens à la fois m’a accompagnée toute une partie de mon enfance et je ne savais pas à quel point c’était important pour moi. »
Tremper un sablé sultane dans un thé parfumé de menthe marocaine dérobée dans le jardin du curé, c’eut été sans doute un péché de gourmandise mais peut-être aussi une forme savoureuse de neutralité religieuse !
Un peu perdu dans le maillage des ruelles, je reviens sur mes pas par la rue du Roy qui me ramène à l’arrière de l’église Saint-Étienne (c’était le devant au XVIIIe siècle !). Le calme de la rue est juste troublé par le bruissement de l’Esbintz qui coule à l’arrière des maisons. Hors la placette à hauteur de la passerelle, on aperçoit parfois le ruisseau au fond de longs couloirs intégrés dans les maisons mitoyennes. On comprend l’importance de l’eau dans le quartier autrefois aussi bien pour la lessive que pour les bêtes.

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Si l’on est attentif, on constate que l’architecture des maisons était très variée : des demeures bourgeoises à encorbellement et balcons côtoyaient des habitations très modestes ainsi même que des granges. J’imagine la rue du Roy essentiellement empruntée autrefois par les charrettes. On peut revivre ces scènes en se rendant à la « capitale » Saint-Girons, chaque premier dimanche d’août, pour la manifestation Autrefois le Couserans qui attire une forte affluence.

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Par son histoire et sa géographie, Seix respire ou inspire l’intelligence, le travail, l’authenticité, la créativité, des dispositions pour l’aventure aussi.
L’écrivain René-Victor Pilhes y passa son enfance, élevé chez sa grand-mère maternelle, et y séjourne encore. Il connut un énorme succès, au début des années 1970 avec la sortie de L’Imprécateur récompensé par le prix Femina et adapté au cinéma. Sans être autobiographiques, on retrouve son « pays » dans un certain nombre de ses romans. Me revient en mémoire la lecture de La Pompéi et voici que, pour les besoins de ce billet, dans mes recherches sur le site du Patrimoine Seixois (une mine d’informations !), je tombe sur une critique élogieuse du Canard enchaîné :
« La Pompéi est un roman-torrent : il charrie des débris de rochers, des troncs d’arbres, des cadavres… et des phrases qui ressemblent à des éboulis. Pilhes s’y plonge corps et plume(s), ça éclabousse, ça tintamarre ! Quatre cents pages de chaos pour raconter un épisode convulsif et ténébreux de la vie du monde vers la fin du XXe siècle … »
Il s’agit d’une métaphore qui pourrait être cependant prise au premier degré. En effet, le village de Salau, en amont de la vallée du Salat, fut victime de terribles crues en 1937 et 1982 emportant avec elles une partie de l’église et du cimetière. Les habitants de Seix eurent la macabre surprise de voir flotter quelques cercueils dans le torrent ravageur.
Et dire que selon encore une légende, le Salat serait né des larmes d’une princesse espagnole. Suite à un chagrin d’amour, Carmela de Bazano, désespérée, aurait fui son pays en franchissant les Pyrénées par le Port de Salau. Séchant neuf larmes sur les joues de la princesse, une fée la consola : « Tes pleurs seront les sources d’une rivière de cristal où se baigneront des muscles de fer ». À son réveil, « un écrin d’émeraude l’entourait. Des souffles de fraîcheur la caressaient. Herbes grasses, fougères luxuriantes, chênes gigantesques…neuf sources joyeuses berçaient de leurs ondes neuf edelweiss de velours blanc ».

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Aux mêmes sources, non pas du Salat mais des publications de l’association du Patrimoine Seixois, j’ai découvert une autre grande figure locale, Jules Palmade pédagogue et poète.
Ariégeois de naissance, il dirigea pendant vingt-cinq ans le collège (alors cours complémentaire) de Seix qui porte aujourd’hui son nom. « Un homme remarquable auquel je dois beaucoup et dont le souci permanent était de donner aux enfants qui lui étaient confiés, tous de condition modeste, la possibilité de s’élever un peu dans l’échelle sociale en accédant à un emploi administratif. La classe de troisième préparait donc, après le Brevet Elémentaire, au concours d’entrée à l’Ecole Normale d’instituteurs, à la première partie du Brevet Supérieur, aux concours des Postes et du Trésor… » écrit un de ses anciens élèves qui fut reçu au concours d’entrée de l’École Normale de Foix. Des mots simples mais ô combien forts et émouvants qui possèdent une forte résonance en notre époque actuelle. Je ne peux que penser à ma maman qui accomplit avec tant de conscience les mêmes missions dans son établissement normand. Outre sa tâche d’enseignant, Jules Palmade publia aussi plusieurs recueils de poèmes (parfois même en langue gasconne) qui rendaient hommage aux paysages et aux gens de son pays.
Me voilà de retour sur le pont sur le Salat ! Alors, que pensez-vous de ce Seix à la papa, à l’arrière-grand-papa plutôt ?
Seix ne se nourrit pas que de nostalgie. Fier à juste titre de son passé, le village a su aussi s’adapter au présent et développer les potentialités touristiques qu’elle détient : proximité de la station de sports d’hiver de Guzet-Neige, randonnées en montagne, canoë-kayak et rafting dans les eaux vives du Salat.
Tandis que je rejoins mon véhicule sur l’autre rive, je vous offre un magnifique chant qui est presque devenu un hymne de la culture pyrénéenne. Pour les besoins de mon film dédié à Amédée un ami éleveur, j’avais demandé au berger et ses collègues de l’estive de Pouilh, sur le chemin du Port de Salau, de l’interpréter là-haut devant la cabane.
(http://encreviolette.unblog.fr/2013/08/25/la-haut-amedee-soucasse/)

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Qui sait, vous l’entendrez peut-être un jour dans le chœur de l’église Saint-Étienne ou dans la chapelle. J’espère que je vous aurai donné envie de trouver refuge à Seix quelques jours.

Publié dans : Ma Douce France |le 17 septembre, 2016 |1 Commentaire »

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1 Commentaire Commenter.

  1. le 23 septembre, 2016 à 9:44 JPP écrit:

    Superbe ! Cette nostalgie de bon aloi nous rappelle les temps pas encore si lointains au cours desquels nous éprouvions les mêmes émotions devant cette vie rurale simple mais authentique dont nous gardons aujourd’hui encore un souvenir ému. Un grand merci!

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