Archive pour septembre, 2016

Si, une fois n’est pas coutume, je vous parlais de Seix ?

J’imagine déjà le buzz et qu’à l’annonce de ce titre alléchant, un certain nombre de coquins, libertins, lubriques voire libidineux vont se précipiter sur mon blog pour lire comment je trempe ma plume dans l’encre violette !
Ils risquent d’être sacrément frustrés car mon honorable projet est de vous faire visiter le village de Seix, une petite commune d’Ariège au pied des Pyrénées qui comptait 751 habitants au dernier recensement de 2013.
Il est vrai qu’une simple voyelle de différence peut faire naître la confusion. D’ailleurs, le petit bourg de la vallée du Haut-Salat en fit la cocasse expérience, il y a quelques années. En effet, une lettre postée à Paris en février 1790 est arrivée à destination … deux siècles plus tard, 220 ans très exactement. Une erreur d’aiguillage, compréhensible dans une époque troublée (prise de la Bastille huit mois auparavant), avait acheminé ce courrier à Saïx, une petite cité du Tarn.
Il fallut qu’un stagiaire saisonnier à la mairie de Saïx (j’espère qu’on lui a trouvé un CDI !), un peu curieux, range avec zèle les archives municipales pour découvrir la méprise.
Au demeurant, la lettre émanant du ministère de l’Intérieur de l’époque n’annonçait pas une bonne nouvelle aux Seixois. L’administration de la toute nouvelle République opposait une fin de non-recevoir à la demande de la commune ariégeoise de devenir chef-lieu de canton (elle ne l’est toujours pas) :
« J’ai reçu, Messieurs, le mémoire que vous m’avez adressé au sujet de la formation de l’arrondissement du canton du haut Couserans. Je savais que vous aviez déjà adressé à l’Assemblée nationale votre réclamation sur le choix du chef-lieu. Je ne doute pas qu’elle ne la prenne en considération. Au surplus, vous pourrez présenter vos observations au Commissariat que Sa Majesté chargera de veiller à la formation du département et du district.
Je suis véritablement, Messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur. »
Son signataire était François-Emmanuel Guignard, chevalier puis comte de Saint-Priest.
Certains pourraient avoir la malice de pointer du doigt les carences du service public. Mais depuis, une entreprise privée a convoyé hors période scolaire sur les bords du Salat une armoire et des fournitures attendues dans une école sur les rives de l’Agout.
Comme dans le Sud-Ouest, la convivialité n’est pas un vain mot et que toute occasion est bonne pour faire la fête, la fameuse missive a créé des liens d’amitié entre Ariégeois et Tarnais.
Il a fallu que je sois invité dans un restaurant près du pont qui enjambe le Salat, affluent de la Garonne, pour que je prête un regard plus attentif au pittoresque village de Seix.
Je bats ma coulpe (d’Octani, l’apéritif ariégeois à la mode cet été !) : depuis trente-cinq ans que je fréquente les Pyrénées ariégeoises, j’avais certes souvent traversé la commune en coup de vent. C’était parfois au petit jour pour monter voir mon ami Jean le berger à l’estive de Pouilh ou suivre la transhumance des brebis. C’était aussi, au temps de ma splendeur sportive (!), plutôt que m’intéresser aux curiosités touristiques, je veillais sur le choix du bon braquet qui me permettrait, à la sortie ouest du village, de me hisser à vélo au sommet du col de la Core assurant la communication avec la vallée de Bethmale.
Seix est un village de montagne, à la confluence de quatre vallées : celles du Salat, du Garbet, d’Ustou et d’Estours. Quelques-unes de ses parcelles sont frontalières de l’Espagne.
Son histoire est d’ailleurs cocasse. Par un paréage entre les seigneurs du lieu et le roi Philippe le Hardi vers 1280, Seix constituait une enclave du Languedoc royal échappant ainsi aux juridictions des comtés du Couserans et du Comminges. En échange de la garde de la frontière, la charte, confirmée et augmentée en 1328 par Philippe de Valois à Compiègne, en 1547 par le roi Henri II à Toulouse, en 1565 sous Charles IX et enfin en 1625 par Louis XIII, accordait des privilèges très favorables à l’organisation municipale comme l’affranchissement des droits seigneuriaux. En 1528, alors que Charles-Quint menaçait d’envahir la France, François 1er dispensa les Seixois de l’impôt extraordinaire parce qu’ils étaient « obligés de faire guet nuit et jour sur les ports » (les cols portent parfois le nom de ports dans les Pyrénées).
Cette bienveillance royale serait peut-être à l’origine de la devise Cap dé paou, qué soun dé Seich, « Pas de peur, je suis de Seix » !
L’histoire de Seix est intimement liée à la proximité de la frontière espagnole. Ainsi, les lies et passeries, ces accords conclus de vallée à vallée tout le long de la chaîne des Pyrénées, en l’occurrence ici avec le versant espagnol du Val d’Aran, rendaient prospères foires et marchés où s’échangeaient viandes, fromages et laines du Couserans avec les vins et huiles d’Espagne.
Ce fut aussi au XIXe siècle le temps des colporteurs que raconte la pittoresque épicerie Souquet transformée aujourd’hui en musée, à Soueix, petit village à moins d’une lieue de Seix (voir billet : http://encreviolette.unblog.fr/2013/11/12/tout-ce-que-vous-voulez-savoir-sur-lepicerie-de-soueix-sans-jamais-oser-le-demander/).
Au siècle dernier, les montagnes environnantes, pas toujours hospitalières, constituèrent aussi un lieu de passage des Républicains espagnols pour fuir la dictature franquiste et de Juifs français confrontés à la barbarie nazie. Des musées racontent aujourd’hui l’histoire de ces « chemins de liberté ».
Entre 1936 et 1939, en pleine guerre civile espagnole, les montagnes du Couserans furent témoins de l’exil massif de réfugiés du Pallars, une région de la province de Lérida. À l’époque de la Retirada, l’accueil par la population française ne fut pas toujours chaleureux (les Groupements de Travailleurs Étrangers et les camps d’internement d’Argelès, du Vernet et Rivesaltes)) mais un certain nombre de familles catalanes s’intégrèrent tout de même avec succès, notamment à Seix et alentours. Le témoignage des rares anciens de Seix aux patronymes ibériques, encore en vie, constituerait sûrement une riche réflexion sur l’afflux des migrants auquel nous sommes confrontés actuellement.
Confusément, c’est peut-être en souvenir de tout cela que, chaque année, un dimanche d’août, est organisée au Port de Salau la Pujada, une rencontre transfrontalière d’altitude pour la défense des langues et cultures communes occitanes et catalanes. C’est une occasion de célébrer l’amitié et la convivialité entre peuples en chantant, dansant et partageant le fromage ariégeois et le vin catalan tirés du sac des randonneurs.

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Historiquement, le village de Seix s’implanta d’abord sur la rive gauche du Salat. C’est là que, cet après-midi, une fois franchi le vieux (malgré de violentes crues) pont de pierre à trois arches, je décide de fureter dans le dédale de ruelles et venelles qui constituent le cœur de la cité à l’ombre de son château et de son église.
En ce jour caniculaire, je commence par profiter quelques minutes de la fraîcheur de l’église Saint-Étienne. En actionnant une minuterie électrique, surgit alors de la pénombre, au-dessus du maître-autel, un très beau retable en bois doré sculpté représentant le martyre de saint Étienne traîné et lapidé hors les murs de Jérusalem, aux environs de l’an 36, sous les yeux non réprobateurs de Saul, le futur apôtre Paul qui se convertira par la suite sur le chemin de Damas.

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Saint Étienne est encadré par deux statues en terre cuite dorée de saint Pierre et saint Paul, deux connaissances que j’ai rencontrées récemment lors de mes vacances romaines. Sur les lambris du chœur, apparaissent aussi les Quatre Évangélistes, vous souvenez-vous de leur nom ? Matthieu avec son ange, Marc et le lion, Luc et le taureau, Jean et l’aigle, j’étais studieux au catéchisme !

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Les fonts baptismaux abritent deux Piétas classées des XVe et XVIIe siècles. Choc de cultures artistiques, elles sont mises en perspective avec deux tableaux du peintre contemporain de notoriété internationale René-Gaston Lagorre. Né à New York de parents ariégeois émigrés, comme pas mal de gens originaires des vallées de Seix, Oust et Ercé, il vécut à Seix et l’on retrouve ses racines dans certaines de ses toiles.

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La commune reconnaissante rend hommage à l’enfant du pays en organisant, chaque été, les Estivales Lagorre, un ensemble d’expositions de peintures, gravures et sculptures en divers lieux du village.

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Devant les arcades de la mairie, une fontaine récente est décorée du blason de la cité, deux poissons surmontés de deux clés en sautoir.
Sous le trompe-l’œil inquisiteur de quelques autochtones, je m’attarde devant les vitrines des « Seix shops » (ça me fait un buzz de plusieurs centaines de lecteurs !), pardon, des pittoresques échoppes de Seix.
Certaines possèdent encore leur architecture ancienne avec leurs curieuses devantures en applique constituées d’un habillage de bois peint. J’ai presque envie d’entrer dans chacune d’elles juste pour le plaisir d’en humer l’atmosphère. « Ça sent le propre et le verbe d’antan » comme chez Les Vieux de Jacques Brel.

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À l’épicerie du Château, ça sent aussi les fromages de montagne bien affinés. Une tranche épaisse de Rogallais, fromage local de vache, brebis, chèvre ou aux trois laits, avec une miche de pain du Petit Mitron de Oust (souvenir de départ d’estive !), ce peut être le petit Jésus en culotte de drap et sabots de Bethmale !
Le normand que je suis aurait peut-être avalé de travers au temps où la fromagerie d’Oust fabriquait un … Camembert de Seix. On ne pouvait même pas parler d’usurpation d’identité car le célèbre fromage rond cher à Marie Harel n’avait pas cru bon de solliciter l’appellation d’origine.

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À quelques pas de là, je me retrouve vite devant l’entrée du château. Sa situation en surplomb des toits du village rappelle que le site avait autrefois une valeur stratégique de défense sur la route de trois cols transpyrénéens.
Historiquement, il est fait mention de deux châteaux : l’un, totalement disparu, dit « château du Roy », siège d’une garnison au XVIe siècle pour parer aux attaques des protestants, l’autre dit « château du Vicomte » sur les vestiges duquel serait édifiée la forteresse actuelle.
Sur le linteau de la porte d’entrée, un blason représente les armoiries de la famille de Balby qui posséda le château durant deux siècles : « D’or aux trois poissons d’azur fascés l’un sur l’autre ».

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Le château actuel abrite le centre d’interprétation des vallées du Haut-Salat. Leur histoire et la vie des hommes et femmes de ces montagnes sont racontées avec les technologies numériques d’aujourd’hui. De salle en salle, on peut croiser (virtuellement) par exemple des colporteurs et des montreurs d’ours.
Cet été, une exposition présente le retour du bouquetin qui avait complètement disparu des Pyrénées, essentiellement à cause d’une chasse intensive par l’homme. Une douzaine d’animaux d’origine ibérique ont été lâchés dans le cirque voisin de Cagateille, il y a maintenant trois ans. Jean de La Fontaine pointait les travers des humains ; en l’absence du fabuliste, les bouquetins des Pyrénées nous enseignent une leçon de tolérance.
En tout cas, leur présence devrait moins être sujette à polémique que l’introduction des ours slovènes.

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Je redescends du château et me glisse dans une venelle. Elle me mène à la rue du Roy, presque aussi étroite, à laquelle j’accède par un petit pont en dos d’âne enjambant le ruisseau d’Esbintz qui, dans quelques mètres, viendra se jeter dans le Salat.

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Scène paisible, dans une courette voisine, un homme est plongé dans sa lecture à l’ombre d’une treille. Je suis intrigué par le carreau de faïence : « L’école ». S’agit-il de l’ancienne maison du douanier Favareu qui servit de classe enfantine au milieu du XIXe siècle ?
Clin d’œil ou pur hasard, juste en face, se trouve l’impasse Charlemagne. C’est peu glorieux pour ce sacré empereur qui inventa l’école si j’en crois un immense succès de France Gall. Involontairement, c’est prémonitoire de notre école de la République quelque peu malade.
En tant que rédacteur d’un blog intitulé À l’encre violette, je ne peux pas manquer d’évoquer l’exposition « Ardoise et tableau noir » que j’avais visitée, il y a deux ans, à l’école élémentaire sise sur l’autre rive du Salat. Outre qu’elle soulignait l’esprit d’entreprise de l’association culturelle seixoise, la nostalgique manifestation célébrait, à travers la présentation de nombreux livres, cahiers et objets, l’École de la République d’antan dans cette zone montagnarde. Je dois reconnaître que les quelques photos subjectivement choisies peuvent prêter à sourire. De là à affirmer comme un ancien président au palais de Latran de Rome que l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé … je ne traverserai pas le Salat même à sec!

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On aimait les contes et les légendes lors des veillées autrefois au coin du cantou. On dit que dans cette impasse Charlemagne, les soldats de l’empereur, de retour de la campagne d’Espagne, y aiguisèrent leurs épées contre l’encadrement en grés d’une grange !
Non loin de là, la Passade des Trois Sorcières, une venelle moyennement avenante, rappelle le procès en sorcellerie intenté, au XVIe siècle contre trois femmes de Seix. Dénoncées par leurs propres fils et frères dont un était le curé de Seix, d’élaborer des potions et onguents, elles furent condamnées au bûcher pour purifier leur âme.
Un écriteau nous invite à franchir maintenant un grand portail et découvrir le jardin de curé (je prie pour que ce ne soit pas le mouchard !) au cœur de l’enceinte de la chapelle Notre-Dame de Pitié et du presbytère.

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Déclenche-t-il chez le fils de hussards noirs de la République, enseignant lui-même, une pointe de jalousie ou de regret que les anciens potagers d’instituteurs des écoles publiques d’antan soient tombés dans l’oubli ? J’ai connu les toutes dernières années d’École Normale où étaient encore dispensés des cours d’agriculture. C’était avant que l’Éducation Nationale ne devienne un grand corps malade et que (certains de) ses professeurs des écoles ne sachent plus distinguer un champ de blé d’une pièce d’orge ou d’avoine.
Dans son livre Jardins de curé, jardins d’antan, Philippe Ferret écrivait : « Un jardin de curé, c’est avant tout un petit coin de paradis et de méditation, niché devant le presbytère, où l’on trouve de tout. L’homme d’église y cultivait des fruits, des légumes, des aromates, des plantes médicinales, des fleurs, un peu de vigne pour le vin de messe, quelques ruches. Bref, de quoi assurer la subsistance du prêtre, soigner ses ouailles et décorer l’autel toute l’année. »
Contre le mur de la chapelle, le curé s’est mis à l’ombre pour donner sa leçon de catéchisme telle que la peignit en 1890 Jules-Alexis Muenier dont le tableau original est visible au musée des Beaux-Arts de Besançon.

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Je m’attarde devant le bric-à-brac végétal, malgré tout structuré, curieux de la symbolique souvent religieuse et poétique apportée par les fleurs et les plantes.
On ne peut que tomber en pâmoison devant le Cœur de Marie, appelée aussi de manière plus laïque Cœur-de-Jeannette ou Cœur-Saignant.

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J’ignorais la spiritualité de l’Aster étoilé baptisé Œil de Christ … pour la lumière qu’il porte en lui. Les anciens le reconnaissaient comme antidote aux morsures de serpent, le diable en somme.
Je ne savais pas non plus que les Clivias, qui fleurissent chez moi (quand ça leur dit), sont des Lis de Saint-Joseph.
Je conseillerai à ceux qui se sont précipités sur la lecture de ce billet (à la seule vue de son titre) d’aromatiser leurs mets avec le poivre des moines, fruit séché du gattilier. Son nom viendrait, en effet, du fait qu’au Moyen-Âge, en raison de ses propriétés anaphrodisiaques, on en saupoudrait quelques graines dans la soupe des moines afin de calmer leur ardeur sexuelle.
J’ajouterai encore que, bel exemple de tolérance aromatique, la menthe marocaine s’épanouit dans ce jardin de curé catholique ressuscité non par la grâce de Dieu, ce serait trop simple (!), mais par celle de bénévoles aimables et passionnés.
Les membres de l’association du patrimoine seixois ne restent d’ailleurs pas les deux pieds dans le même sabot de Bethmale et organisent régulièrement des animations et des expositions dans le jardin et le presbytère.

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Ainsi, un espace est consacré aux outils d’antan et à la vie aux estives autrefois dans les nombreuses cabanes pastorales qui peuplaient la montagne avec la tonte des brebis, la traite du lait et la fabrication du fromage. Beaucoup ont été restaurées en résidences secondaires, certaines en refuges pour les randonneurs.
Un instant de nostalgie et même d’émotion avec la lecture d’un court texte sur l’histoire du tablier et, en particulier, sur les multiples usages de celui porté au quotidien par nos aïeules :
« Le principal usage du tablier de grand-mère était donc de protéger la robe, mais en plus de cela, il servait de gant pour retirer une poêle brûlante du fourneau.
Il était merveilleux pour essuyer les larmes des enfants et, à certaines occasions, pour nettoyer les frimousses salies.
Depuis le poulailler, le tablier servait à transporter les œufs, les poussins à réanimer, et parfois les œufs fêlés qui finissaient dans le fourneau..
Quand il y avait de la visite, le tablier servait d’abri aux enfants timides… d’où l’expression : « se cacher dans les jupons de sa mère ».
Quand le temps était frais, Grand’ Mère s’en emmitouflait les bras. Par temps chaud, alors qu’elle cuisinait devant le poêle à bois, elle y épongeait la sueur de son front.
Ce bon vieux tablier faisait aussi office de soufflet, agité au dessus du feu de bois.
C’est lui qui transbahutait les pommes de terre et le bois sec jusque dans la cuisine.
Depuis le potager, il servait de panier pour de nombreux légumes ; après que les petits pois aient été récoltés, venait le tour des choux.
En fin de saison, il était utilisé pour ramasser les pommes tombées de l’arbre.
Quand des visiteurs arrivaient à l’improviste, c’était surprenant de voir avec quelle rapidité ce vieux tablier pouvait faire la poussière.
A l’heure de servir le repas, grand-mère allait sur le perron agiter son tablier, c’était signe que le dîner était prêt, et les hommes aux champs savaient qu’ils devaient passer à table.
Grand-mère l’utilisait aussi pour sortir la tarte aux pommes du four et la poser sur le rebord de la fenêtre, afin qu’elle refroidisse ; de nos jours sa petite fille la pose là pour la décongeler... »
J’ai connu quasiment toutes les fonctions de ce vêtement si pratique du temps de ma merveilleuse mémé Léontine :
(Pour mieux la connaître, voir billets http://encreviolette.unblog.fr/2008/02/14/ma-grand-mere-meme-leontine-2/).
Le rez-de-chaussée du presbytère abrite une exposition sur le fil de lin et les broderies de nos grand-mères.

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Deux femmes fort aimables (et bénévoles comme souvent à Seix !) ne sont pas avares d’explications sur les chefs-d’œuvre textiles (c’est le mot) made in Couserans provenant des mains habiles des aïeules des vallées environnantes.
Jouxtant le presbytère, la chapelle Notre-Dame de Pitié en cours de restauration est malheureusement fermée. Il faudra que je profite des journées du patrimoine ou des Estivales Lagorre pour en admirer les trésors.

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Je passe maintenant devant l’ancienne biscuiterie Toureille. Pierre le maître des lieux, le « tonton biscuit », s’en est allé régaler les bonnes âmes au paradis, il y a quelques années, mais j’ai trouvé quelques odorants et émouvants éloges en consultant le bulletin municipal :
« Je me souviens, j’étais enfant, je courais gamine avec les autres dans les rues du village et j’allais pour ainsi dire « par l’odeur alléchée » et de façon régulière tourner autour de la rue du Roy où se déroulaient des choses magiques et fabuleuses pour les gourmandes dont je faisais partie.
Avec l’âge cela n’a pas cessé et s’est même aggravé, je dois le confesser.
Nous rusions pour savoir à quelle heure la fournée de croquants serait accessible. Nous étions aux aguets et nous comptions profiter d’une information habile afin de connaître le moment « juste » où la fabuleuse Sultane sortirait « à point dorée » et encore tiède de ton four…
Je ne dis pas combien de fois nous étions capables de passer et repasser à l’angle de la ruelle pour capter une odeur, une image furtive de ton activité précédant la fournée, à savoir la préparation du bois avant l’enfournement. Cette tâche démarrait quelques jours avant ou bien la veille. En tout cas, le tas de bûches composé en quelques heures voulait dire « fournée annoncée » et qui dit fournée dit « biscuits ». C’était le « branlebas » et la révolution pour nous.
Dans tout le quartier, dans mon souvenir, nous étions en grande émotion.
… Puis le four s’allumait et nous avions encore quelques heures succulentes de surveillance où nous profitions, mais patiemment (parce qu’il en fallait de la patience!!), de l’odeur. Suivant les vents, elle envahissait tout le quartier de derrière l’église et s’en allait nous chercher, bien plus loin encore, jusqu’à venir troubler parfois dans les jardins.
Ce rituel qui aiguisait tous nos sens à la fois m’a accompagnée toute une partie de mon enfance et je ne savais pas à quel point c’était important pour moi. »
Tremper un sablé sultane dans un thé parfumé de menthe marocaine dérobée dans le jardin du curé, c’eut été sans doute un péché de gourmandise mais peut-être aussi une forme savoureuse de neutralité religieuse !
Un peu perdu dans le maillage des ruelles, je reviens sur mes pas par la rue du Roy qui me ramène à l’arrière de l’église Saint-Étienne (c’était le devant au XVIIIe siècle !). Le calme de la rue est juste troublé par le bruissement de l’Esbintz qui coule à l’arrière des maisons. Hors la placette à hauteur de la passerelle, on aperçoit parfois le ruisseau au fond de longs couloirs intégrés dans les maisons mitoyennes. On comprend l’importance de l’eau dans le quartier autrefois aussi bien pour la lessive que pour les bêtes.

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Si l’on est attentif, on constate que l’architecture des maisons était très variée : des demeures bourgeoises à encorbellement et balcons côtoyaient des habitations très modestes ainsi même que des granges. J’imagine la rue du Roy essentiellement empruntée autrefois par les charrettes. On peut revivre ces scènes en se rendant à la « capitale » Saint-Girons, chaque premier dimanche d’août, pour la manifestation Autrefois le Couserans qui attire une forte affluence.

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Par son histoire et sa géographie, Seix respire ou inspire l’intelligence, le travail, l’authenticité, la créativité, des dispositions pour l’aventure aussi.
L’écrivain René-Victor Pilhes y passa son enfance, élevé chez sa grand-mère maternelle, et y séjourne encore. Il connut un énorme succès, au début des années 1970 avec la sortie de L’Imprécateur récompensé par le prix Femina et adapté au cinéma. Sans être autobiographiques, on retrouve son « pays » dans un certain nombre de ses romans. Me revient en mémoire la lecture de La Pompéi et voici que, pour les besoins de ce billet, dans mes recherches sur le site du Patrimoine Seixois (une mine d’informations !), je tombe sur une critique élogieuse du Canard enchaîné :
« La Pompéi est un roman-torrent : il charrie des débris de rochers, des troncs d’arbres, des cadavres… et des phrases qui ressemblent à des éboulis. Pilhes s’y plonge corps et plume(s), ça éclabousse, ça tintamarre ! Quatre cents pages de chaos pour raconter un épisode convulsif et ténébreux de la vie du monde vers la fin du XXe siècle … »
Il s’agit d’une métaphore qui pourrait être cependant prise au premier degré. En effet, le village de Salau, en amont de la vallée du Salat, fut victime de terribles crues en 1937 et 1982 emportant avec elles une partie de l’église et du cimetière. Les habitants de Seix eurent la macabre surprise de voir flotter quelques cercueils dans le torrent ravageur.
Et dire que selon encore une légende, le Salat serait né des larmes d’une princesse espagnole. Suite à un chagrin d’amour, Carmela de Bazano, désespérée, aurait fui son pays en franchissant les Pyrénées par le Port de Salau. Séchant neuf larmes sur les joues de la princesse, une fée la consola : « Tes pleurs seront les sources d’une rivière de cristal où se baigneront des muscles de fer ». À son réveil, « un écrin d’émeraude l’entourait. Des souffles de fraîcheur la caressaient. Herbes grasses, fougères luxuriantes, chênes gigantesques…neuf sources joyeuses berçaient de leurs ondes neuf edelweiss de velours blanc ».

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Aux mêmes sources, non pas du Salat mais des publications de l’association du Patrimoine Seixois, j’ai découvert une autre grande figure locale, Jules Palmade pédagogue et poète.
Ariégeois de naissance, il dirigea pendant vingt-cinq ans le collège (alors cours complémentaire) de Seix qui porte aujourd’hui son nom. « Un homme remarquable auquel je dois beaucoup et dont le souci permanent était de donner aux enfants qui lui étaient confiés, tous de condition modeste, la possibilité de s’élever un peu dans l’échelle sociale en accédant à un emploi administratif. La classe de troisième préparait donc, après le Brevet Elémentaire, au concours d’entrée à l’Ecole Normale d’instituteurs, à la première partie du Brevet Supérieur, aux concours des Postes et du Trésor… » écrit un de ses anciens élèves qui fut reçu au concours d’entrée de l’École Normale de Foix. Des mots simples mais ô combien forts et émouvants qui possèdent une forte résonance en notre époque actuelle. Je ne peux que penser à ma maman qui accomplit avec tant de conscience les mêmes missions dans son établissement normand. Outre sa tâche d’enseignant, Jules Palmade publia aussi plusieurs recueils de poèmes (parfois même en langue gasconne) qui rendaient hommage aux paysages et aux gens de son pays.
Me voilà de retour sur le pont sur le Salat ! Alors, que pensez-vous de ce Seix à la papa, à l’arrière-grand-papa plutôt ?
Seix ne se nourrit pas que de nostalgie. Fier à juste titre de son passé, le village a su aussi s’adapter au présent et développer les potentialités touristiques qu’elle détient : proximité de la station de sports d’hiver de Guzet-Neige, randonnées en montagne, canoë-kayak et rafting dans les eaux vives du Salat.
Tandis que je rejoins mon véhicule sur l’autre rive, je vous offre un magnifique chant qui est presque devenu un hymne de la culture pyrénéenne. Pour les besoins de mon film dédié à Amédée un ami éleveur, j’avais demandé au berger et ses collègues de l’estive de Pouilh, sur le chemin du Port de Salau, de l’interpréter là-haut devant la cabane.
(http://encreviolette.unblog.fr/2013/08/25/la-haut-amedee-soucasse/)

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Qui sait, vous l’entendrez peut-être un jour dans le chœur de l’église Saint-Étienne ou dans la chapelle. J’espère que je vous aurai donné envie de trouver refuge à Seix quelques jours.

Publié dans:Ma Douce France |on 17 septembre, 2016 |1 Commentaire »

Oradour-sur-Glane, un matin d’été 2016

Lorsque je « descends » vers les Pyrénées, il m’arrive, pour rompre la monotonie de l’autoroute A20, d’emprunter quelques chemins de traverse culturels.
L’an dernier, à la même époque, j’avais choisi de prendre la tangente vers l’Est pour revivre un Jour de fête sur les lieux de tournage du film culte de Jacques Tati, à Sainte-Sévère, petit bourg de l’Indre.
Cette année, peu avant Limoges, j’ai effectué un court crochet vers l’Ouest pour me souvenir d’un jour de tragédie, celui que vécurent les habitants d’Oradour-sur-Glane, village martyr de la Haute-Vienne.
Cet inconscient mélange des genres peut surprendre voire choquer: la réalité abominable du massacre d’Oradour, le 10 juin 1944, et la fiction des aventures hilarantes de François le facteur. Elles se déroulèrent dans des villages de la France profonde, pas très éloignés l’un de l’autre. Qui sait si justement Jacques Tati, qui s’était réfugié en 1943 dans une ferme discrète près de Sainte-Sévère, n’avait pas voulu peindre une France ivre d’insouciance après les années dramatiques qu’elle venait de connaître.

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Ce matin, l’heure est au recueillement et au souvenir. J’étais déjà venu à Oradour dans ma prime jeunesse. Il ne pouvait en être autrement avec un père, ancien pupille de la nation, professeur d’Histoire et président pendant plus de vingt ans du comité du Souvenir français de son canton.
J’en gardais quelques images, notamment celles, blotti contre ma tendre maman dans l’église, écoutant l’effroyable récit de la conférencière. Je n’étais pas en âge de comprendre les raisons d’une barbarie que mes parents ne cherchaient cependant pas à me dissimuler. Je me souviens leur avoir demandé pourquoi le critérium cycliste local (remporté plusieurs fois par mon champion Jacques Anquetil) s’appelait le Grand Prix de la Renaissance d’Oradour-sur-Glane … les enfants empruntent parfois de curieux chemins de traverse même à vélo (c’est presque du cyclo-cross !).
Dès janvier 1945, le gouvernement provisoire français décida le classement parmi les monuments historiques de l’église incendiée et des ruines du village conservées en l’état. Il décida également de la réédification du bourg sur un emplacement différent de l’ancien.
Lors de sa venue à Oradour, le 5 mars 1945, le général de Gaulle déclara :
« Ce qui est arrivé à Oradour-sur-Glane nous enseigne autre chose. C’est que, pour réparer et pour conserver le souvenir, il faut rester ensemble comme nous le sommes maintenant … Jamais plus, même une fois, il ne faut qu’une chose pareille puisse arriver à quelques points que ce soit de la France. Et pour que cela n’arrive plus … il y a des dispositions à prendre, des dispositions qui ne sont pas seulement des formules, des dispositions qui ne consistent pas simplement à faire confiance aux autres, même quand ces autres ont la meilleure volonté du monde. Il faut se faire confiance à soi-même, et s’assurer sa sécurité soi-même ».
Sept décennies plus tard … !

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Sur un rond-point, carrefour de l’Histoire ou trait d’union entre le village martyr et le bourg reconstruit, une sculpture de l’artiste Appel-les Fenosa rend hommage « Aux Martyrs d’Oradour » : 642 victimes civiles innocentes dont 246 femmes et 207 enfants.
Cette œuvre possède aussi sa propre histoire. Fenosa, réfugié en France depuis la défaite des Républicains espagnols, séjournant entre Paris et Limousin, en reçut commande en octobre 1944. Il en réalisa le modelé en terre au cours de l’hiver suivant, puis la pièce fondue en bronze par le sculpteur Alexis Rudier fut exposée à l’automne 1945 au salon des Surindépendants à Paris.
L’accueil de la critique fut favorable, notamment de la part du quotidien La Croix … et pourtant l’évêque de Limoges, cul-bénit sans doute choqué par la vision de la nudité d’une femme enceinte au corps léché par les flammes, s’éleva contre le projet de faire de cette sculpture le monument commémoratif du massacre d’Oradour.
L’œuvre entra alors dans les collections du Musée national d’Art moderne puis, au milieu des années 1960, échoua même dans les réserves.
Elle en sortit en 1980 lorsqu’un arrêté du ministre de la Culture décida de la mettre en dépôt à Oradour. Mais la sculpture fit halte à Limoges sur un rond-point des boulevards extérieurs où elle séjourna presque vingt ans. Elle trouva enfin son emplacement actuel en juin 1999.
Les poètes Éluard et Supervielle saluaient le perpétuel balancement des sculptures de Fenosa entre l’humain, le minéral, le végétal, l’eau et le feu. L’artiste revendiquait volontiers cette fusion des règnes et des éléments en déclarant : « La race pure n’existe pas. Il n’y a que des mélanges. »
Sur le socle, on peut lire désormais cette phrase de Paul Éluard : « Ici, des hommes firent à leurs mères et à toutes les femmes la plus grave des injures : ils n’épargnèrent pas les enfants ».
Il y a un peu du Guernica de Picasso dans le monument de Fenosa aux Martyrs d’Oradour.

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Du pied de cette sculpture, on jouit d’une vision à 360 degrés sur le bourg actuel d’Oradour, avec au premier plan son église en rénovation ainsi que sur le village martyr et le Centre de la mémoire inauguré par le président Jacques Chirac en juillet 1999.

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La structure métallique de couleur rouille, à demi enterrée, peut surprendre dans le paysage paisible de molle colline descendant vers la rivière Glane. Ce fut le choix des architectes qui souhaitèrent une « non-architecture ».
Le Centre, comme son nom l’indique, est là pour perpétuer un message de mémoire que les ruines seules, avec la fuite inexorable du temps, ne pouvaient continuer à assurer. Beaucoup plus qu’un musée, c’est un lieu vivant qui se consacre, à travers des travaux de recherche et des expositions, à un travail constant d’historien pour expliquer et comprendre, et aussi transmettre un message de paix aux générations futures.
J’ai lu que de jeunes Français et Allemands participaient ensemble bénévolement à des chantiers d’été sur les ruines et au Centre.
En principe, on ne peut accéder aux ruines (gratuitement) qu’en traversant le hall du Centre occupé par le service de billetterie pour les expositions et une riche librairie, les publications sur le massacre d’Oradour sont en effet prolifiques. Et cela, juste dessous une gigantesque découverte du Führer tenant un discours lors du congrès du Reich à Nuremberg !
Pour rejoindre le village martyr, j’emprunte un tunnel austère taillé dans le béton façon blockhaus, un choix de scénographie pour nous mettre dans l’atmosphère d’une plongée vers l’effroi.
Fi de la chronologie de ma visite, j’ai envie pour l’Histoire de descendre à la petite gare du tramway qui assurait, trois fois par jour, la liaison entre Limoges et Saint-Junien.
Sur la façade, est-ce l’usure du temps mais plus probablement un symbole, ne demeurent de la pancarte de la halte que cinq carreaux de faïence formant le mot ORAGE.

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Au matin du sinistre samedi 10 juin 1944, le premier tramway en provenance de Limoges déversa vers six heures trente de nombreux citadins venant passer dans leurs familles ou dans les hôtels les trois jours de repos du samedi, dimanche et lundi : car Oradour était jusqu’alors un bourg tranquille et accueillant fréquenté par les gens de la grande ville voisine et par les pêcheurs dans la Glane poissonneuse ; de plus, le ravitaillement y était encore facile en cette période d’Occupation soumise aux pénuries.

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En fin de ce même après-midi, Camille Senon, l’une des rares témoins encore en vie, prit le tram à Limoges pour retourner, comme chaque samedi, chez ses parents au Repaire, un des nombreux hameaux d’Oradour.
À cinq cents mètres de la gare d’Oradour, les SS stoppèrent le tramway : « Nous sommes restés longtemps à attendre devant Oradour qui brûlait devant nous. C’était comme irréel, nous voyions les flammes sortir du clocher de l’église. Nous entendions des rafales de mitraillettes. Nous avons vu des soldats incendier des fermes qui bordaient le village. Ils lançaient des objets et tout s’embrasait immédiatement, c’étaient des grenades incendiaires ou des plaquettes de phosphore. Les Allemands ont fait descendre les voyageurs pour Oradour et ont renvoyé le tram en direction de Limoges. Nous étions vingt-deux, dont quatre enfants. Nous avons été conduits à travers champs, après avoir traversé la Glane sur des troncs d’arbre, dans une ferme qui servait de PC aux Allemands. Il était environ 7 heures du soir. Nous ne savions pas encore que tous les habitants avaient été tués. Cela ne coupait pas l’appétit de sept ou huit SS attablés dans la cour, qui se tartinaient de larges tranches de pain avec des rillettes trouvées sur place … Vers 22 heures, un officier est arrivé, visiblement surpris de nous voir en vie. Il nous a demandé nos papiers, qu’il n’a même pas regardés. Pourquoi nous a-t-il laissé repartir, je l’ignore … »
Camille Sénon perdit ce jour-là son père, son grand-père, son oncle et sa tante, de nombreux cousins. Sa mère, en visite chez sa sœur, à quinze kilomètres de là, n’ayant pu traverser Oradour déjà en flammes lorsqu’elle voulut rentrer le soir au Repaire, échappa au massacre.
Ce témoignage m’a spécialement interpellé car Camille, la « survivante du tramway », âgée de 91 ans, a refusé publiquement, quelques semaines avant ma visite, la proposition faite par le Premier ministre Manuel Valls de la nommer commandeur dans l’Ordre national du Mérite en se déclarant « solidaire des luttes menées depuis deux mois par les salariés, les jeunes, une majorité de députés et de français contre la loi travail qu’il venait d’imposer par le 49-3 ». « Ce serait renier toute ma vie de militante pour plus de justice, de solidarité, de liberté, de fraternité, de paix ».
Le Centre de mémoire restitue de manière très fouillée le récit du massacre survenu quatre jours après le débarquement allié en Normandie ainsi que les causes loin d’être complètement élucidées.
La division Waffen SS Das Reich entreprit le 8 juin de se positionner dans la région de Tulle et Limoges pour une opération de ratissage contre la résistance. 8500 hommes environ participèrent à cette opération en laissant une « traînée sanglante » sur leur passage, notamment à Tulle, massacres, pillages, incendies. Oradour se trouvait sur le trajet, on n’y connaissait pourtant aucune activité maquisarde.
« La troupe Waffen SS arriva devant le bourg qu’elle encercla. Elle rassembla la population. Elle sépara les hommes des femmes et des enfants. Elle exécuta les hommes dans des locaux repérés. Elle tua au hasard des rues et des maisons pour qu’il n’y ait pas de témoin. Elle pilla puis elle incendia. Elle massacra femmes et enfants dans l’église qu’elle tenta de détruire avec des explosifs. Puis elle procéda systématiquement à l’élimination des cadavres par le feu et la fosse commune pour empêcher leur identification. Elle accrut ainsi la terreur par l’impossibilité de reconnaître les morts tout en laissant en évidence les traces du massacre… » (source : Centre de la mémoire)
Des traces devant lesquelles nous nous recueillons et nous méditons tout au long de notre cheminement dans les ruines, que nous essayons aussi et surtout d’imaginer dans leur aspect effrayant de l’époque car, évidemment, le village ne ressemble plus totalement à celui découvert par les premiers témoins, ni même par ceux qui visitèrent l’endroit dans les années 1950. C’est mon cas, dans mes lointains souvenirs informels de gamin, l’effroi était plus primairement palpable, immédiatement visible. Il n’y avait pas alors de musée mémorial chargé d’entretenir et d’expliquer cet espace sacré. Je me demande même si l’on ne circulait pas en voiture au moins dans la rue principale.
Jusqu’au début des années 1960, les habitants du village renaissant vécurent dans le deuil permanent. Oradour en reconstruction était une ville morte où l’on ne célébrait aucun baptême, communion ou mariage, où l’on s’habillait de noir le dimanche, où l’on n’organisait guère d’activités festives.
La végétation a repris ses droits et redonné du vert au paysage, en ce début d’été, des fleurs sauvages envahissent les décombres, les murs calcinés ont été lavés par les intempéries. C’est tout le paradoxe des ruines : pour les rendre accessibles au public, il faut les entretenir, et l’appréhension de l’horreur du drame par l’architecture tend à s’estomper sept décennies plus tard. Elles deviennent peu à peu muettes ne disant plus ce qui les a faites ruines, en particulier pour les nouvelles générations ; c’est là que le Centre de la mémoire prend toute sa place.

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Presque en face de la gare du tram, se trouve, accolée à la mairie, l’école des garçons. Elle comptait 64 élèves. Oradour possédait alors quatre écoles : outre celle des garçons, celle des filles avec 106 écolières réparties en trois classes, une école enfantine, et plus étonnamment une école dite des Lorrains. En effet, avec la déroute de l’armée française, notre frontière à l’Est de 1871 fut rétablie dès juillet 1940 avec l’annexion de l’Alsace et la Lorraine par les Allemands. Le département de la Moselle fut rattaché à la Sarre et au Palatinat. L’École de la IIIe République marchant désormais au rythme des bottes allemandes, ce sont des milliers de Mosellans qui prirent le chemin de l’exil. Beaucoup, réfugiés ou expulsés, se retrouvèrent en Haute-Vienne, à proximité d’Oradour. Trente-neuf habitants du petit village mosellan de Charly périrent lors du massacre, c’est en leur hommage que, depuis 1950, il porte le pittoresque nom de Charly-Oradour.

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Au recensement de 1936, la commune d’Oradour-sur-Glane comptait 1574 habitants, dont 330 agglomérés dans le bourg qui regroupait les services publics, les commerces et les artisans.
Jusqu’à ce jour tragique, une vive activité animait le centre d’Oradour, restituée par des plaques apposées sur les pans de murs devenus anonymes. Cette initiative permet de recomposer le profil sociologique du village comme on en trouvait beaucoup à cette époque. Cela constituerait d’ailleurs un sujet de réflexion sur la désertification de notre France rurale.
Les hommes devaient se retrouver dans les différents cafés : Chez Thomas, Chez Compain, Chez Brandy, Chez Thomas, Chez Maire qui faisait aussi boucherie.
Il y avait trois hôtels-restaurants dont Chez Avril et Chez Milord.

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On comptait trois épiceries, trois boucheries, deux boulangeries, deux commerces de vins et spiritueux.
On donnait à réparer sa voiture ou ses engins agricoles aux garages Poutaraud ou Desourteaux.
Les artisans étaient nombreux : un maçon, deux charrons, un forgeron, un sabotier, cinq menuisiers, un plombier, un carrier-puisatier et je découvre même un feuillardier. Fréquente en Limousin et Charentes, cette corporation fabriquait des lattes circulaires de châtaignier pour entourer les barriques.
Il faut aujourd’hui parfois plusieurs semaines pour obtenir un rendez-vous chez le dentiste, on allait alors chez Madame Reignier. On se faisait coiffer chez Janine Régnault. Il y avait aussi deux marchands de tissus, un tailleur-assureur sans oublier une Poste avec deux facteurs et une recette-buraliste.

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J’essaie d’imaginer les rues d’Oradour qui devaient bruisser de ces activités multiples lorsque, soudain, en début d’après-midi, les troupes S.S de la Panzerdivision Das Reich firent irruption dans leurs camions bâchés.
Le silence est respecté, il faut dire que les visiteurs ne sont pas encore nombreux en cette heure matinale. Je surprends quelques chuchotements en langue allemande d’un couple et leurs deux jeunes enfants.
En avançant la tête dans les plaies béantes des façades, on distingue quelques rares objets domestiques et de maigres éléments de mobilier rouillés et vermoulus. Chaque foyer possédait, semble-t-il, sa machine à coudre.
Les pièces plus ou moins épargnées par les flammes sont exposées au Centre de la mémoire.

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Des pancartes, en plusieurs endroits, rappellent les lieux, des granges en général, où les hommes furent amenés par petits groupes avant d’y être sauvagement abattus puis brûlés afin que les corps ne soient pas identifiables. Elles nous invitent aussi à nous recueillir quelques instants.

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Sans doute à cause de l’encombrement que susciterait leur exposition au Centre, de nombreuses épaves rouillées d’automobiles sont abandonnées dans les cours des maisons ainsi qu’évidemment au garage Desourteaux. Elles donnent une touche spectaculaire à la visite. Certains collectionneurs reconnaîtraient peut-être ces véhicules en vogue à l’époque, tractions avant, Citroën B2 et B4. Pour ma part, il me semble avoir repéré un modèle de Rosalie, la première voiture de mon père que je connus. Il la céda à son frère. Elle acheva son existence d’épave, pour des raisons aucunement funestes, dans la cour de la ferme de ma grand-mère comme … poulailler !

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La Peugeot 202 du docteur Desourteaux a stoppé sa course au milieu de la place du champ de foire, du moins on l’a installée à cet endroit pour les besoins de la scénographie. Elle attire d’ailleurs le regard des visiteurs qui deviennent un peu badauds en la circonstance. Faut-il le regretter ou le condamner, il existe un certain esthétisme dans ce décor.
L’important est de revenir vite à l’essentiel, ce pourquoi on arpente ces ruines : les expositions du Centre nous remettront vite en face de l’effroyable réalité.

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À l’autre extrémité de l’ancien foirail, se trouve l’église où furent conduits femmes et enfants.
Les mots de madame Marguerite Rouffanche, seule femme rescapée du massacre, se suffisent :
« Le premier groupe, dont je faisais partie, fut conduit par les soldats armés jusqu’à l’église. Il comprenait toutes les femmes de la ville, en particulier les mamans qui entrèrent dans le lieu saint en portant leurs bébés dans les bras ou en les poussant dans leurs petites voitures. Il y avait là également tous les enfants des écoles. Le nombre des personnes présentes peut être évalué à plusieurs centaines. Entassés dans le lieu saint, nous attendîmes de plus en plus inquiets la fin de préparatifs auxquels nous assistions.
Vers 16 heures, des soldats âgés d’une vingtaine d’années, placèrent dans la nef, près du chœur, une sorte de caisse assez volumineuse dans laquelle dépassaient des cordons qu’ils laissèrent traîner sur le sol.
Ces cordons ayant été allumés, le feu fut communiqué à l’engin, une forte explosion soudain se produisit et une épaisse fumée noire et suffocante se dégagea.
Les femmes et les enfants, à demi asphyxiés et hurlant de frayeur, affluèrent vers les parties de l’église où l’air était encore respirable. C’est ainsi que la porte de la sacristie fut enfoncée sous la poussée irrésistible d’un groupe épouvanté. J’y pénétrai à sa suite et, résignée, je m’assis sur une marche d’escalier. Ma fille vint m’y rejoindre. Les Allemands, s’étant aperçus que cette pièce était envahie abattirent sauvagement ceux qui y avaient cherché refuge. Ma fille fut tuée près de moi, d’un coup de feu tiré de l’extérieur. Je dus la vie à l’idée que j’eus de fermer les yeux et de simuler la mort.
Une fusillade éclata dans l’église, puis de la paille, des fagots, des chaises, furent jetés pêle-mêle sur les corps qui gisaient sur les dalles. Ayant échappé à la tuerie et n’ayant reçu aucune blessure, je profitai d’un nuage de fumée pour me glisser derrière le maître-autel.
Il existe dans cette partie de l’église trois fenêtres. Je me dirigeai vers la plus grande qui est celle du milieu et à l’aide d’un escabeau qui servait à allumer les cierges je tentai de l’atteindre. Je ne sais alors comment j’ai fait, mais mes forces étaient décuplées. Je me suis hissée jusqu’à elle, comme j’ai pu. Le vitrail étant brisé, je me suis précipitée par l’ouverture qui s’offrait à moi. J’ai fait un saut de plus de trois mètres.
Ayant levé les yeux, je me suis aperçue que j’avais été suivie dans mon escalade par une femme qui, du haut de la fenêtre me tendait son bébé. Elle se laissa choir près de moi. Les Allemands, alertés par les cris de l’enfant, nous mitraillèrent. Ma compagne et le poupon furent tués. Je fus moi-même blessée en gagnant un jardin voisin. Dissimulée parmi les rangs de petits pois, j’attendis dans l’angoisse qu’on vienne à mon secours. Je ne fus délivrée que le lendemain vers 17 heures. »
Madame Rouffanche est décédée en 1988. Son témoignage est capital (même s’il est parfois sujet à controverse) car l’église, toujours à ciel ouvert, ne restitue plus l’ampleur de l’horreur. De mes vagues souvenirs de gosse, surgissent une noirceur, des amas de décombres, une extrême désolation, un enfermement même, mes aïeux ne sont plus là pour le confirmer.

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Plus loin, est-ce le souvenir de ma maison école et de mes parents enseignants, l’émotion m’étreint particulièrement à la grille de la petite école des filles avec ses deux platanes, puis derrière la cour, le préau et même les W.C. Je m’avance à l’intérieur, intrigué par une plaque usée sur le mur de la classe : « Ici habitaient Jean Binet 34 ans, Andrée Binet 29 ans, Jean-Pierre Binet 7 ans » !
Andrée était la directrice de l’école. Ce 10 juin, souffrante, elle ne travaillait pas. Elle fut traînée jusqu’à l’église, à coups de crosse, en pyjama, un manteau sur les épaules. J’ai lu quelque part que l’institutrice stagiaire qui assurait son remplacement, connut le même sort.
Des anecdotes, des faits horribles plutôt, peuvent être rattachés à chaque maison, chaque boutique. Ainsi, en face de l’école, se trouvait la boulangerie de M. Bouchoule. On retrouva les restes de plusieurs corps calcinés dans le four.
Inaugurée il y a deux ans lors de la commémoration du 70e anniversaire du drame, l’émouvante exposition Oradour, Visages mise sur pied par le Centre de la mémoire, rend une identité, un nom, un visage à beaucoup de ces victimes entrées jusqu’alors dans la mémoire collective de manière anonyme. Leurs portraits défilent sur un écran tandis que leurs noms et âges sont cités par la voix de l’actrice Romane Bohringer.

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À travers la consultation de photographies de classe ou extraites d’archives familiales, on retrouve ces hommes, ces femmes, ces enfants AVANT : au temps où la vie à Oradour était encore paisible voire joyeuse. Les frairies d’Oradour, deux fois par an, étaient réputées avec la retraite aux flambeaux, la fanfare, les bals.
Le destin de quelques-unes des victimes est retracé de manière plus fouillée. Ainsi, l’ancien enseignant relève à propos de Léonard Rousseau directeur de l’école des garçons, la phrase suivante : « son dossier individuel extrait des fonds de l’Inspection académique versés aux archives départementales de la Haute-Vienne s’achève par cette courte phrase notée au crayon : martyrisé et exécuté par les Boches le 10 juin 1943 » (erreur de date non corrigée) !
Dans la librairie du Centre, je tombe, parmi les nombreuses publications, sur Parlez-moi d’Oradour, un ouvrage de regards photographiques croisés qui fit l’objet d’une exposition lors du soixantième anniversaire du drame. Parmi les artistes participant au projet, figuraient Jean Dieuzaide et Willy Ronis, deux photographes dont j’apprécie énormément les travaux. Ils s’étaient rendus à Oradour peu de temps après le massacre (Dieuzaide dès la fin de l’année 1944). Je retrouve dans leurs clichés en noir et blanc du village incendié, plein de véhicules et de poussettes d’enfants calcinés, d’échoppes dévastées, la vision que je retenais de ma première visite à Oradour.
Le jour du cinquième anniversaire du massacre, Willy Ronis montre dans la foule nombreuse Louis Aragon brandissant un livre d’or avec un dessin de Picasso en hommage aux gosses brûlés d’Oradour-sur-Glane.

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Il est d’autres photographies en couleurs contemporaines de l’exposition. La confrontation de toutes ces œuvres aboutit à cette réflexion : « La mémoire est une chambre noire dans laquelle se joue l’Histoire, et tente, aujourd’hui, de se faire un peu de jour. Sur le lieu de l’impensable, tout regard est une question. Voir Oradour, c’est prendre sur soi un peu du poids de l’histoire. Ainsi vont les visiteurs dans les ruines ».
Il me semble que c’est ce que j’ai essayé de faire en ce jour de juillet 2016. L’Histoire est tellement pesante encore, sept décennies après, à Oradour-sur-Glane mais aussi ailleurs …
En quittant le Centre de la mémoire, j’ai rejoint l’Oradour d’aujourd’hui. Il y a encore une brasserie Chez Milord. Tandis que j’y bois un café, je vous laisse avec Aragon et sa Chanson de la caravane d’Oradour, un poème écrit en juin 1949 proposé parfois à l’épreuve de Français du bac :

« Nous n’irons plus à Compostelle
Des coquilles à nos bâtons
À saints nouveaux nouveaux autels
Et comme nos chansons nouvelles
Les enseignes que nous portons

Que nos caravanes s’avancent
Vers ces lieux marqués par le sang
Une plaie au cœur de la France
Y rappelle à l’indifférence
Le massacre des Innocents

Vous qui survivez à vos fils
En vain vous priez jour et nuit
Que le châtiment s’accomplisse
Et la terre en vain crie justice
Le ciel lui refuse la pluie

O mamans restées sans amour
Sur les tombes de vos héros
La même lumière du jour
Baigne les ruines d’Oradour
Et les yeux vivants des bourreaux

Aux berceaux d’Oradour demain
Pour qu’on ne revoie plus la guerre
Semer la mort comme naguère
Dans le monde entier se liguèrent
Près d’un milliard de cœurs humains

Que la paix ouvre enfin ses vannes
Et le peuple dicte ses lois
Nous les faiseurs de caravanes
T’apportons Oradour-sur-Glane
La colombe en guise de croix. »

Publié dans:Ma Douce France |on 6 septembre, 2016 |2 Commentaires »

C’est le jour de la rentrée !

C’est le jour de la rentrée des classes !
Plus tôt qu’au temps de mon école communale ! En effet, je connus, au moins quelques automnes, où nous rentrions le 1er octobre, nous sortions, il est vrai, la veille du 14 juillet. Le calendrier des congés n’était pas encore établi en collaboration avec le ministère du Tourisme ! Il n’était pas rare aussi que dans les campagnes, certains élèves, réquisitionnés pour les travaux de la ferme, fissent l’école buissonnière encore quelques semaines.
Dès l’avant-propos de mon blog, mes billets à l’encre violette, dans le fond parfois, dans la forme le plus souvent possible, exhalent probablement un parfum de cette époque.
Je ne vais pas jouer les anciens combattants et vous livrer ce matin un portrait idyllique et nostalgique de cette école des années 1950. Elle possédait d’incontestables qualités, elle développait aussi sans doute certaines carences et injustices.
Je la respecte cependant profondément en hommage à mes instituteurs et professeurs ainsi qu’à mes parents, valeureux enseignants cultivés et d’une grande probité.
Il existe encore, j’en suis persuadé, des gens de cette veine qui possèdent la foi et le sens de la noble et exaltante mission qu’ils ont choisie. Je pense à eux en ce jour car l’Éducation Nationale est un « grand corps malade » comme le slameur éponyme dont je vous offre deux brûlots.
Certains d’entre vous trouveront ses réquisitoires excessifs, d’autres en apprécieront la justesse et la sensibilité. Ils ont le mérite essentiel de faire réfléchir avec intelligence, ce qui n’est déjà pas si mal par les temps sombres qui courent. Faut-il qu’en ce troisième millénaire, le jour de la rentrée ne soit plus un jour de joie?

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Publié dans:Ma Douce France |on 1 septembre, 2016 |2 Commentaires »

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