Archive pour juillet, 2016

Vacances romaines (7)

Domenico 29 maggio 2016

C’est la dernière journée de mon séjour à Rome. Au programme, j’ai coché quelques lieux que je souhaiterais encore visiter avant mon départ.
Ainsi, pour commencer, après repérages, le photographe d’encre violette a prévu de prendre le petit déjeuner à la terrasse d’un café de la Piazza Santa Maria in Trastevere afin de profiter de la meilleure lumière possible sur la splendide façade de la basilique.
Le quartier du Trastevere, si animé et bruyant en soirée, est quasiment désert en cette heure matinale. Les services municipaux de nettoyage débarrassent les abords de la fontaine de son amoncellement de détritus et de canettes.

Piazza Trastevere blog 1Goeland blog

Rome est sale, la maire populiste nouvellement élue en avait fait un de ses thèmes majeurs de campagne. Les goélands, voraces et coriaces (c’est presque un calembour de Corneille !), se repaissent, à bec que veux-tu, des vestiges de la nuit festive, version des années 2 000 de la Dolce Vita.
Une légende court qu’en cet endroit, une source d’huile surgit en 38 avant J.C. La population juive alors nombreuse dans le quartier aurait interprété cela comme un signe annonçant la naissance du Messie.
Plus sûrement, la basilique Sainte-Marie du Trastevere est considérée comme le premier bâtiment chrétien officiellement ouvert dans la ville éternelle et le premier édifice religieux de Rome destiné au culte de la Vierge Marie. Dans une petite niche au sommet du campanile qui date du XIIe siècle, elle apparaît portant son enfant.
Très présente, elle est célébrée encore au centre de la frise en mosaïque de la façade. Entourée de dix femmes portant chacune une lampe à huile, elle allaite l’enfant Jésus.

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Au-dessous, sur le parapet, au mépris du vide, le martyr Calépode et les trois papes, Calixte Ier, Corneille (rien à voir avec l’auteur d’Horace rival de … Curiace) et Jules Ier, se chauffent leurs arpions de pierre au soleil déjà généreux du matin.

Piazza Trastevere blog 6Piazza Trastevere blog 5

La fontaine de forme octogonale, au centre de la place, existait déjà, selon certains documents, au XVe siècle. Elle fut remaniée, au milieu du XVIIe par Le Bernin puis par le justement nommé Carlo Fontana qui la décora de doubles coquillages affublés du sigle de Rome, SPQR « Senatus populusque romanus », craignait-il qu’on les vole ?
Ce matin, on peut détailler son architecture habituellement masquée en soirée par les grappes de noctambules et fêtards qui s’agglutinent sur les marches, sans doute pas pour goûter son eau au vu des montagnes de bouteilles ramassées par les services de voirie.

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Comme presque toujours à Rome, je suis admiratif de l’intérieur de la basilique.
Tout circule dans Rome, même les vestiges antiques. Ainsi, les chapiteaux ioniques qui séparent la nef des bas-côtés furent récupérés dans les ruines des Thermes de Caracalla et du temple d’Isis sis sur la colline voisine du Janicule. Au cours du XIXe siècle, des étudiants mirent à jour les visages des divinités égyptiennes Isis, Sarapis et Harpocrate. Le pape Pie IX eut vite fait de marteler les figures offensantes !

Basilique Trastevere interieur blog 1Basilique Trastevere interieur blog 3Basilique Trastevere interieur blog 4

Le pavement du sol est d’inspiration cosmatesque, vous connaissez l’origine de ce style depuis mon précédent billet.
Le plafond à caissons en bois est l’œuvre du peintre italien baroque Dominiquin (XVI-XVIIe)
Dans le dôme, quatre anges émergent d’un oculus et portent un Tempietto, un petit temple rond.
Au centre de l’abside, se trouve la mosaïque Le Christ et la Vierge sur un trône. Ils sont entourés à gauche par les saints Calixte et Laurent et le pape Innocent II, à droite par Pierre, Corneille, Jules Ier et Calépode. Au-dessous, deux files d’agneaux transhument depuis Bethléem et Jérusalem pour rejoindre l’Agneau de Dieu.

Basilique Trastevere interieur blog 2Madonna della Clemenza blog

Attention joyau artistique, dans une des chapelles collatérales, est conservée la Madonna della Clemenza, une peinture à l’encaustique du VIe ou VIIe siècle, possiblement venue de Grèce à l’époque du pape Jean VII, considérée aujourd’hui comme une icona maior de l’Occident chrétien. Ce pontife de la papauté byzantine semble avoir possédé quelque penchant narcissique car il se fit représenter de son vivant sur de multiples fresques. Les nombreuses restaurations opérées au fil des siècles l’ont quasiment fait disparaître de celle-ci.
Il est temps de prendre le tram « otto » pour rejoindre mes amis à la Piazza del Campidoglio.
La Place du Capitole, vous avez traduit, c’est presque un décor de théâtre voire même de poupée, on surplombe en effet l’entrée du musée du Risorgimento (consacré à l’histoire de l’Unité italienne) où se tient curieusement une exposition sur Barbie, la première idole des jeunes filles.

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Discrète, la place, exclusivement autorisée aux piétons, se trouve en retrait de l’imposant monument dédié à Victor-Emmanuel II sur la Piazza Venezia. D’ailleurs, il faut la traverser pour accéder, à l’arrière, à l’ascenseur qui mène à la terrasse panorama du Vittoriano.
Aucun jacassement d’oie n’annonce, ce matin, mon arrivée sur la célèbre colline, ne m’en voyez nullement déconfit (de canard, je préfère !) !
Évitons tout amalgame susceptible d’enrichir un recueil de perles du bac : la place romaine n’a absolument aucun lien avec l’édifice au pays du cassoulet devant lequel la population toulousaine fête ses gladiateurs rugbymen après la conquête du bouclier de Brennus.
Ce Brennus-là, Charles de son prénom, créateur du trophée, est un graveur parisien du siècle dernier, à ne pas confondre avec le chef gaulois éponyme qui, en 390 avant J.C, envoya une nuit ses soldats à l’assaut du Capitole. Selon la légende, les cris des oies consacrées à la déesse Junon, pas si bêtes que cela finalement, alertèrent la garnison romaine en faction.
Tant qu’à fouiller dans mes souvenirs scolaires, c’est le moment de vérifier la justesse géographique s’il n’y a pas loin du Capitole à la Roche Tarpéienne. La légende naquit de l’enlèvement des Sabines : la colline n’étant quasiment peuplée que d’hommes, Romulus décida de ravir les jeunes filles en âge de se marier dans le peuple des Sabins qui vivaient à proximité. Titus Tatius, le roi des Sabins entreprit alors de marcher sur le Capitole afin de récupérer les malheureuses. Tarpeia, la fille du gardien de la citadelle romaine, lui en facilita l’accès, en échange de son amour ou de bijoux (le motif varie selon les versions). Pour la punir de sa traîtrise, Tarpeia fut précipitée depuis un abrupt vertigineux qu’on situe sur le versant sud vers l’actuelle Via della Consolazione. Par la suite, nombreux traîtres à la patrie subirent le même sort. C’est ainsi que, proverbialement, la déchéance n’est souvent pas très loin de la gloire.
Á l’époque antique, la colline qui surplombe le Forum romano était couverte d’une multitude de temples, arcs de triomphe et colonnes, parmi lesquels les temples dédiés à Jupiter (plusieurs fois reconstruits) et à la « mère des muses » Junon. Tous ces monuments s’écroulèrent au fil des siècles.
C’est Michel-Ange qui tira le lieu de ces ruines en dessinant, en 1536 à la demande du pape Paul III, les plans de la place actuelle. Il ne la verra cependant jamais achevée.
En gravissant l’escalier, mon regard est attiré par une modeste mais touchante statue d’un certain Cola di Rienzo qui, au XIVe siècle, bafoua l’autorité du pape en voulant rétablir la république.

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En haut des marches, m’accueillent les statues monumentales des Dioscures, les jumeaux Castor et Pollux dont je vous avais entretenu lors de ma visite au Quirinal.
Au milieu de la place, trône une copie de la statue équestre de Marc-Aurèle dont l’original peut être vu juste à côté, à l’intérieur du Palazzo Nuovo. On dit qu’elle aurait été sauvegardée parce qu’on crut longtemps qu’il s’agissait de Constantin, un empereur qui mit fin à la persécution des chrétiens.

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Au fond, le palais des Sénateurs fut construit au XIIe siècle sur les ruines de l’antique Tabularium lorsque, encouragé par Arnaud de Brescia qui stigmatisait la corruption du clergé, le peuple instaura la Commune romaine. Il abritait alors les réunions des magistrats. Il ne se visite pas et est aujourd’hui le siège de la municipalité de Rome.
Devant, une fontaine rend hommage, à travers ses sculptures, à la déesse Minerve ainsi qu’aux fleuves du Tibre et du Nil.

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Á l’angle, Romulus et Remus, futurs fondateurs de Rome, se régalent aux mamelles de la louve capitoline. Vous connaissez la légende, ils seraient le fruit de l’union improbable du dieu Mars lui-même et de Rhéa Silva élevée à la dignité de vestale et donc condamnée au célibat. Il n’en fallait pas plus pour que le roi Amulius ordonnât de noyer les jumeaux dans le Tibre. C’est là que la louve, attirée par leurs vagissements, les sauva.
Quatre cyclotouristes quinquagénaires font irruption sur la place, revêtus de la tunique rose de leader du Tour d’Italie : clin d’œil à Vincenzo Nibali qui, dans quelques heures, célèbrera dans Milan en liesse son triomphe au Giro.

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Depuis un coin de la place, on jouit d’une vue magnifique sur le Forum romano. Pour le plus grand bonheur des touristes paparazzi, un goéland s’extasie devant l’arc de triomphe de Septime Sévère, réfutant ainsi l’allégation du dessinateur Chaval qui prétendait que les oiseaux sont des cons !
Tant pis pour nos lombaires, nous prenons un vétuste bus (pléonasme) pour rejoindre la Piazza della Repubblica, aussi nommée place de l’Exèdre en raison de la forme demi-circulaire des deux élégants édifices avec portiques qui la bordent.

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Même si c’est dimanche, il faut être vigilant pour s’approcher, en son centre, de la fontaine des Naïades.
Dans le plus pur style baroque, les poses lascives de ces nymphes dévouées au lac, à la rivière, à l’océan et aux eaux souterraines, suscitèrent de nombreuses controverses dans la Rome puritaine du siècle dernier.
Je retraverse la chaussée, avec la même prudence, pour m’approcher maintenant de la basilique Sainte Marie des Anges et des Martyrs.
Pie IV ordonna au vieux Michel-Ange (il avait alors 86 ans) de la construire sur les ruines des thermes de Dioclétien. Maintes fois remaniée, sa façade surgit curieusement des ruines antiques.

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M’inspirant d’une des sculptures, je médite devant la profusion de marbres, dorures et fresques, cela en devient presque banal dans les édifices religieux de Rome.

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Je suis intrigué par la ligne Méridienne que le pape commanda à l’astronome et mathématicien Francesco Bianchini et inaugura le 6 octobre 1702. Le pontife souhaitait vérifier l’exactitude de la réforme grégorienne du calendrier et prévoir précisément la date de Pâques. Il désirait également que Rome soit donc dotée d’une méridienne comme celle réalisée à Bologne par Cassini.
Un petit trou percé dans le mur laisse passer les rayons du soleil qui frappent, selon la période de l’année, plus ou moins loin la méridienne matérialisée par une lame de bronze longue de 45 mètres et sertie dans le marbre.
Cette curiosité servit à régler l’heure de Rome jusqu’en 1846, date à partir de laquelle, ce sont les tirs du canon installé sur la colline du Janicule qui informèrent les Romains de l’heure de midi afin que les cloches sonnent en même temps.
Ça change un peu, je m’intéresse dans la sacristie à une exposition de quelques sculptures de style contemporain.

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Nous apaisons notre légère faim dans une brasserie cossue de la Via Nazionale avec quelques antipasti qui ne nous laisseront pas un souvenir impérissable. Nos compagnes améliorent ce très ordinaire en filant en face à la Gelateria Verde pistacchio. Vert pistache comme le van Volskwagen qui sert de comptoir à l’intérieur et le scooter Vespa sur le trottoir que j’enfourcherais bien subrepticement pour emmener dans mes rêves ou plutôt mes souvenirs Rossana Podesta (voir billet précédent !). Encore qu’un peu plus bas, je guigne une rutilante Ferrari !

Via Nazionale blog1Via Nazionale blog3Via Nazionale blog2Via Nazionale blog4

La Via Nazionale est une artère très commerçante dont les boutiques sont pratiquement toutes ouvertes, même en ce dimanche après-midi, pour le bonheur des … mangeuses de glace.
Le temps est lourd et nous envions Diane, Junon et Triton le dieu des mers qui se prélassent dans leurs fontaines respectives aux abords de la place Barberini.
Pendant que ces dames poursuivent leur lèche-vitrines dans la galerie commerciale Alberto Sordi luxueuse comme un temple romain, les messieurs savourent leur première gorgée de bière de la journée.

Galerie Sordi blogPiazza Colona blog 1Piazza Colona blog 2

Juste en face, la Piazza Colonna tire son nom de la colonne élevée en son centre, à la fin du IIe siècle, en l’honneur de l’empereur Marc Aurèle. Comme pour Trajan, des bas-reliefs racontent les épisodes marquants de ses guerres.
Le drapeau tricolore vert blanc rouge flotte sur la façade du Palazzo Chigi. Siège du chef du gouvernement à l’époque fasciste, ce palais abrite aujourd’hui le conseil des ministres.
Les journalistes du quotidien Il Tempo, installé dans l’immeuble voisin, sont aux premières loges pour être informés de l’actualité politique nationale.
J’emprunte la longue Via del Corso pour regagner une dernière fois la Piazza Venezia avec le Vittoriano dans la perspective.

Via del Corso blog 1Via del Corso blog 2

Curieux, je passe sous un porche et découvre en plein cœur de Rome un verger d’orangers et de citronniers déjà couverts de fruits.
Allez, encore un petit effort jusqu’au Largo di Torre Argentina. Au centre de cette place, en contrebas, subsistent les ruines de quatre temples de l’époque de la République. On dit que Jules César aurait été assassiné à cet endroit le 15 mars 44 av. J.C.

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Cette zone de fouilles archéologiques est interdite au public. Par contre, de nombreux chats y rôdent tranquillement au milieu des colonnes antiques. Un refuge pour les parrainer est même installé.
Sur un côté de la place, on peut voir la façade du Teatro Argentina où, en 1816, se tint la première mondiale du Barbier de Séville, l’opéra de Rossini. Figaro qua Figaro là, Figaro su Figaro giù, je ne me risque pas à en chanter l’air principal, il pleut suffisamment comme ça en France !
Nous décidons de passer notre dernière soirée romaine avec nos amis dans le quartier du Trastevere. Après une balade dans les ruelles déjà animées à l’approche de l’aperitivo, nous nous asseyons à la terrasse de la Piazza Santa Maria où nous avons presque pris nos habitudes. Je ne peux quitter Rome sans avoir goûté à l’Aperol Spritz, l’apéritif qui fait fureur en Italie. Deux doses d’Aperol ou Campari, trois de pétillant Prosecco, un trait d’acqua frizzante, un quartier d’orange, et paille aux lèvres, vous sirotez le cocktail à la mode tandis que l’habituel avaleur de poignards entame son spectacle de rue.
On ne change pas de trattoria quand on est satisfait : comme la veille, nous allons manger à la terrasse de chez Ivo. Nous ne pouvons échapper à l’incontournable chanteur de rue, un très lointain ersatz de Zucchero. Á défaut d’un peu de son talent, il en possède l’aspect hirsute. Confondu par tant de ringardise sympathique, je lui donne l’euro que je n’ai pas lancé dans la fontaine de Trevi.
Le temps de déguster mes délicieux spaghetti a la carbonara arrosés d’un vin blanc du Lazio bien frais, je vous offre une rasade de Zucchero, le vrai, dans un duo, qui plus est, avec Luciano Pavarotti. Miséreux, trinque à la vie !

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Il n’y a pas de gelateria chez Ivo. Le couple assis à la table à côté dissipe vite ma déception en prononçant au serveur trois mots magiques : affogato al caffé ! La gastronomie italienne associe deux de ses fleurons pour un dessert divin : un espresso brûlant répandu sur une ou deux boules de glace à la vanille. Si on y ajoute de fins copeaux de chocolat (blanc pour moi), cela devient un tartufo bianche affogato al caffé. C’est le petit Jésus, Saint Pierre, Saint Paul, et les autres apôtres en culotte de velours !
Après un tel délice, les langues se délient volontiers avec nos charmants voisins. Quadragénaires, ils habitent à quelques pas de là et manient avec excellence la langue de Molière. Lui, il a effectué plusieurs stages de voile aux Glénans en Bretagne, elle a séjourné pour ses études à Aix-en-Provence, Toulouse et Strasbourg. Ils répondent avec objectivité aux interrogations que nos promenades ont pu faire naître sur la Rome actuelle. Bientôt, sans doute après avoir livré nos impressions sur Cinecittà, la conversation prend une tournure très Cahiers du Cinéma. Il avoue une préférence pour Robert Bresson, ce n’est pourtant pas le réalisateur français le plus accessible, mais c’est vrai que Une femme douce avec Dominique Sanda marqua ma jeunesse. On évoque l’âge d’or des cinémas français et italiens. On parle du festival du film britannique de Dinard que nous fréquentons chaque automne, et bien sûr du vieux mais toujours jeune Ken Loach, fraîchement primé à Cannes la semaine précédente.
On va quitter Rome à regret. Qui sait si je n’aimerais pas y vivre s’il venait aux Français la funeste idée de succomber l’an prochain aux dérives extrême-droitières ?

Publié dans:Coups de coeur |on 26 juillet, 2016 |Pas de commentaires »

Vacances romaines (6)

Sabado 28 maggio

La dolce vita, la douceur de vivre, oui bientôt, oui déjà ce matin : il est 8 heures 30 et dans l’attente du prochain bus, j’achète un journal au kiosque puis m’assieds sur un banc du paisible square voisin de la Piazza Cairoli. J’aime souvent lire la presse de la région ou du pays que je visite, c’est une manière d’enrichir mon voyage, de mieux connaître une population ou un peuple.

Piazza Cairoli blog1Piazza Cairoli blog2

Face à moi, un homme perdu dans ses pensées : Federico Seismit Doda, c’est son nom, homme politique italien du dix-neuvième siècle né à Raguse, la Dubrovnik actuelle, fréquenta le célèbre Caffé Pedrocchi de Padoue, théâtre des émeutes estudiantines qui constituèrent, en 1848, le point de départ de la révolte contre les Autrichiens, et se battit avec les volontaires en Vénétie. Il fut aussi plusieurs fois ministre des finances.
En parcourant la une du grand quotidien sportif La Gazzetta, je me plonge dans la relation de combats plus prosaïques, plus insignifiants (du pain et des jeux !) quoiqu’ils entrent désormais dans la légende des cycles. Je l’ai déjà évoqué précédemment, le cyclisme est une véritable religion en Italie.

Couverure Gazzetta Giro blog

Hier, dans les Alpes françaises au-dessus de Susa, l’ancien vainqueur du Tour de France Vincenzo Nibali alias le requin de Messine, a écrit une nouvelle page d’une mythologie rose comme le maillot de leader du Giro d’Italia, rose comme la Gazzetta le journal organisateur de l’épreuve. Tutto il rosa della vita !
Le titre de l’éditorial est (presque) prémonitoire de ma journée : « Quand Homère rencontre Hitchcock … » !

Statue Jean-Paul II blog

Sur le parvis de la gare Termini, le bienheureux pape Jean-Paul II ouvre, audacieusement, son manteau sur mon passage. Cette sculpture moderniste en bronze, de plus de quatre mètres, déclencha de nombreuses polémiques lors de son inauguration en 2011, notamment évidemment dans les colonnes de l’Ossevatore Romano, l’organe officiel d’information du Vatican. Outre que sa vacuité pouvait inciter quelque quidam, ennuyé par sa prostate, à en faire un usage cher à l’empereur Vespasien, on lui reprochait aussi la rondeur de la tête plus mussolinienne que pontificale.
Vox populi, vox dei, la voix du peuple est la voix de Dieu, quelques coups de burin de l’artiste semblent avoir tu la colère. Faudra-t-il mettre un jour son œuvre sous cloche comme la Pietà de Michel-Ange ?
Cap vers la banlieue sud de la capitale : je prends le métro pour Cinecittà, littéralement la ville du cinéma.
Rome est-elle encore endormie ? Certes, il est encore tôt, mais la rame et les wagons sont presque déserts. Sauf pour des cinéphiles nostalgiques, il n’y a plus vraiment de raison de se rendre à l’avant-dernière station de la ligne A, au 1 055 de la Via Tuscolana, lieu d’entrée des studios.

Cinecittà blog2

S’il n’y avait le nom mythique sur la façade ocre rose, on a la désagréable (première) impression d’avoir été jeté devant un champ de l’autre côté de la chaussée menacé par quelques immeubles en construction et un modeste centre commercial sans caractère, qui sait le décor d’une époque déshumanisée.
La billetterie franchie, la magie du cinéma chasse aussitôt mes mauvaises pensées. Juste rafraîchie par le système d’arrosage des pelouses, la Venusia du Casanova de Fellini (c’était le titre exact du film pour bien montrer qu’il s’agissait d’une libre interprétation de l’illustre séducteur par il maestro) nous souhaite la bienvenue.

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En ouverture du film, sur la musique liquide de Nino Rota, elle émergeait du miroir des canaux de Venise entièrement reconstitués à … Cinecittà. Retrouvez-la fugacement dans ce clip.

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En parcourant les allées, nous dépassons quelques sculptures hellénisantes, probablement en stuc, est-il nécessaire de vérifier dans ce monde de l’illusion.

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En moi, ressuscite l’Antiquité ou plutôt la grande époque des péplums, ces films qui relatent, de manière plus ou moins romancée, des épisodes de l’Antiquité qu’elle soit romaine, grecque ou égyptienne.
Ce genre cinématographique tirait son nom du grec ancien péplos qui désignait la tunique féminine de la Grèce antique. Producteurs et réalisateurs s’aperçurent que cette grande pièce d’étoffe maintenue par des agrafes permettait de montrer beaucoup de jambes et d’épaules nues avec un alibi historico-culturel en béton. « Un homme qui sait se tenir a toujours de l’allure en toge, et puis, c’est connu, les romains mangeaient couchés, gouvernaient couchés, d’où justification d’un nombre étonnant de scènes à l’horizontale ».
Les péplums en technicolor et cinémascope connurent une extraordinaire vogue dans les années 1950-60. Ce fut plus de 150 films du genre qui furent tournés à cette époque dans les studios de Cinecittà.
Heureux enfant que je fus alors, le samedi soir, mon regretté frère aîné m’accompagnait au cinéma Le Dauphin de mon bourg natal sis à cinquante mètres de la maison familiale.
Les américains profitaient du coût moindre des studios romains et de la qualité exceptionnelle des techniciens italiens (des artisans artistes) pour tourner leurs grandes fresques antiques : Quo Vadis ? avec Robert Taylor, Ulysse avec Kirk Douglas, Spartacus avec Kirk encore, Les douze travaux d’Hercule, La bataille de Marathon, Les derniers jours de Pompéi, Ben Hur bien sûr, sans oublier le colossal Maciste héros d’une longue série de nanars.
Ce matin, est-ce la vision d’un imposant cheval ou l’allusion à Homère dans la chronique de la Gazzetta, je pense plus particulièrement à la belle Hélène de Troie ou, plus exactement, à son interprète la sublime Rossana Podestà.

Rossanna Podesta blog

Je me demande même si je n’avais pas découpé son portrait dans une revue traînant dans la salle d’attente du cabinet de mon dentiste. Pour elle, je serais monté sur le toit du monde mais elle préféra finir sa vie avec le célèbre guide de haute montagne Walter Bonatti !
J’exagère ? En tout cas, elle avait devancé dans le casting Brigitte Bardot qui se contenta du rôle d’Andraste, l’esclave d’Hélène. B.B se consola dans les bras de Roger Vadim qui la rejoignait sur le tournage.
Allez, je me calme sinon mon cœur va lâcher !
La visite des décors, clou de la matinée, n’étant prévue que dans une heure trente, on nous invite à découvrir une exposition sur la genèse de Cinecittà.
Ô surprise, la citta del cinema est née dans les années 1930 dans l’esprit de Luigi Freddi, chef de la Direction générale du Cinéma italien du gouvernement fasciste de l’époque. Outre de concurrencer les Etats-Unis en créant une sorte de Hollywood sur Tibre, le but était de développer un cinéma de propagande fasciste voire de rêver à une Troisième Rome après celle de Remus, Romulus et César, puis celle de la papauté triomphante entre Renaissance et baroque.

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Le 28 avril 1937, Benito Mussolini inaugure ce gigantesque centre industriel cinématographique construit en une quinzaine mois, à neuf kilomètres au sud du cœur de Rome : une superficie de 60 hectares, 73 bâtiments, 21 studios de tournage, 75 kilomètres de rues.
Première superproduction du parti fasciste, l’action de Scipion l’Africain se situe à la fin de la Deuxième guerre punique (vers 200 avant J.C) et raconte comment le général romain força Hannibal, entré en Italie par les Alpes avec des éléphants (vous le savez depuis le premier volet de mes Vacances romaines), à retourner à Carthage. Clairement, l’intention était d’établir un parallèle entre la victoire sur Carthage et la récente conquête de l’Éthiopie par Mussolini en 1935.
On réquisitionna des pachydermes dans tous les cirques du pays et, comme cela ne suffisait pas, on en fit construire tout un régiment en papier mâché.
L’historien du cinéma Jean Tulard écrit que le Duce en personne dirigea certaines scènes de batailles. Alberto Sordi, simple figurant, confiait : « Impossible de me rappeler si j’étais un carthaginois ou un romain, mais je me souviens des tentes énormes, les braseros, le bruit, les assistants de Gallone (le réalisateur) qui hurlaient dans des mégaphones ».
Il pleuvait lors de la reconstitution de la bataille de Zama : les vrais éléphants prirent la poudre d’escampette terrorisés par les clameurs des légions braillardes de figurants venus des quartiers populaires, ceux en papier mâché se détrempèrent et s’effondrèrent.
Mais le plus cocasse peut-être, c’est que l’acteur qui interprétait Scipion s’appelait … Annibale Ninchi !

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Toujours est-il que Scipion l’Africain, sorti en 1937, fut primé la même année à la Mostra de Venise et reçut la coupe Mussolini, ancêtre du Lion d’or. C’est bizarre l’Histoire, même quand il s’agit de cinéma, non ?
Bien évidemment, Mussolini profita de ce media puissant pour diffuser des « actualités » à la gloire de l’idéologie fasciste. Tout cela s’arrêta brutalement avec sa chute le 25 juillet 1943.
Entre 1943 et 1946, Cinecittà, abandonnée, accueillit des réfugiés sans abri qui venaient se mêler aux figurants quand les tournages recommencèrent. Ils revivaient dans une Rome incendiée par Néron, des scènes de destruction qu’ils avaient réellement connues durant la guerre.
Naquit alors bientôt le mouvement du néo-réalisme italien dont les œuvres les plus célèbres sont Rome ville ouverte de Roberto Rossellini et Le voleur de bicyclette de Vittorio De Sica.
J’entre maintenant dans une petite salle qui marque, après la période florissante des péplums, la troisième ère historique de Cinecittà. Elle se confond magiquement avec Federico Fellini.
Le génial réalisateur, pour atteindre ses rêves et ses obsessions, occupa jusqu’à huit ou neuf studios de tournage, y construisit des rues (la Via Veneto de La Dolce Vita), le métro de Fellini Roma, la mer de E la nave va, des villes sorties de son imagination : « Le cinéma est la manière la plus directe pour entrer en compétition avec Dieu » affirmait-il.
Je sais bien que quelques décors de ses films ont disparu dans un incendie, il y a quelques années, mais j’avoue être déçu que quelques mètres carrés seulement soient dédiés à celui qui a largement contribué à la mythologie du lieu. J’avais tellement aimé l’exposition qui avait été consacrée au maestro visionnaire au musée du Jeu de Paume à Paris :
Voir billet http://encreviolette.unblog.fr/2010/01/26/cinema-paradiso-fellini-parigi/
Je me contente donc de quelques fac-similés de ses croquis, de quelques réductions d’objets symboles de ses œuvres (la proue de navire et le rhinocéros de E la nave va, l’éléphant d’Intervista, l’arbre d’Amarcord) avec en fond sonore, quelques dialogues cultes et la merveilleuse musique de Nino Rota.

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Je remballe ma déception et ressens tout de même une belle émotion avec des vêtements portés par Anita Ekberg dans La Dolce Vita, Giuletta Masina (l’épouse de Fellini) et Marcello Mastroianni dans Ginger et Fred, la robe rouge de cette même Giuletta dans Juliette des esprits, et même le costume de l’enfant qui joue de la flûte dans le final de Huit et demi.

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Je retraverse les jardins pour visiter maintenant un espace dit « bâtiment présidentiel ».
Ça tourne à Cinecittà, ça tournait plutôt ! Le parcours dans un dédale de pièces nous raconte l’histoire des studios de 1937 à 1989 et rend hommage aux interprètes et aux films les plus célèbres à travers une riche collection de photographies, extraits de films et costumes.
Si le temps ne m’était pas compté, je camperais volontiers dans cette caverne d’Ali Baba du cinéma qui réveille tant de souvenirs : des costumes de Quo Vadis ?, de Senso le film de Luchino Visconti, celui du pape porté par Michel Piccoli dans Habemus papam de Nanni Moretti, un scooter, celui que pilotait Gregory Peck dans Vacances romaines ?

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Sur les écrans, surgissent furtivement Gina, Sophia, Claudia, Monica, Anita, sniff pas Rossana (!). Parce qu’il jouissait d’une extraordinaire popularité en Italie, un espace est dédié à l’acteur comique Totò, je suis certain que vous le connaissez tant il a joué avec les plus grands noms, réalisateurs et acteurs, du cinéma italien.

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Don Camillo sonne les cloches sous l’œil réprobateur du maire Peppone, Clint Eastwood guette derrière la porte du saloon de Pour une poignée de dollars, à la suite de Sergio Leone les westerns spaghetti s’invitèrent dans les studios romains (37 du genre en 1965 !).

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Des espaces didactiques nous informent sur le travail du scénario, du son, de l’illusion. C’est cocasse d’apprendre par exemple que les drakkars vikings qui sillonnaient les périlleuses mers nordiques étaient fabriqués à partir de boîtes de pâtes Buitoni peintes et plongées dans une baignoire pleine de glace carbonique.
Interactivité, j’ai plaisir à ouvrir les tiroirs d’une bibliothèque pour retrouver des objets et des effets personnels de certains réalisateurs, tels le chapeau et l’écharpe rouge de Fellini.

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Ces quelques miettes ramassées à la hâte ne calment pas ma faim de loup cinéphile mais, à défaut de la reconnaissance du ventre, mon esprit s’est bien évadé tout de même.
Je sors de cette immersion, en toute logique (!), en traversant le décor de l’intérieur du sous-marin S-33 du film U 571.
C’est parti pour la promenade, un peu au pas de course, vers quelques décors. Aucune visite guidée en français n’étant prévue, je compose avec la langue anglaise. Tant de mots sont entrés dans le langage cinématographique : storyboard, casting, travelling, steadycam, flashback …
On rejoint vite l’entrée du mythique Teatro n°5, le royaume de Federico Fellini : « Quand on me demande dans quelle ville, j’aurais aimé vivre, Londres, Paris ou Londres, je réponds sincèrement, Cinecittà ! »
C’est sur ce plateau que le maître inventait ses mondes fantasmagoriques.

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Nouvelle déception, l’entrée n’est pas autorisée ce matin. Notre guide essaie de faire avaler la pilule en relatant, croquis à l’appui, l’anecdote de la reconstitution de la Via Veneto pour La Dolce Vita.
Il paraît que dans le réel, l’artère romaine était trop bruyante et trop pentue pour qu’opèrent les techniciens. Federico avait même envisagé d’appeler son film Via Veneto. Par la suite, habité par sa fiction, il préféra toujours son décor et pestait contre l’original.
Miracle du cinéma, de nos jours, c’est grâce à lui que de nombreux touristes, moi compris, vont faire, lors de leur séjour à Rome, un tour du côté de la vraie Via Veneto qui a pourtant beaucoup perdu de son attrait.
Mieux encore, summum de la reconnaissance, paparazzo (surnom donné par Fellini au jeune photographe suivant le héros du film Marcello Mastroianni), et fellinien sont des mots entrés dans notre dictionnaire. « J’avais toujours rêvé, quand je serais grand, de faire adjectif » avoua un jour l’omniprésent Fellini ! Paparazzi est le mot de la langue italienne le plus connu de la planète après pizza et spaghetti.
Me reviennent quelques lignes des Chantiers de la gloire, le livre de souvenirs du réalisateur Jean-Jacques Beineix qui tourna à Cinecittà son esthétisante Lune dans le caniveau avec Gérard Depardieu et Nastassja Kinski : « En fait, à Cinecittà, tout était à Fellini. J’allais m’asseoir sur une chaise :
-Attention, c’est la chaise de Fellini !
-Á propos, le grand moustachu, l’accessoiriste, tu sais que c’est l’accessoiriste de tous les Fellini.
-Tiens, le chef constructeur s’en va sur un autre film …
-Me dis pas Fellini ?
-Oui, E la nave va. »
Cela me persuade que je ne pouvais pas prétendre entrer au Teatro n°5.

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Allez, on accélère dans les allées fleuries de lauriers roses ! On ne croise aucune âme qui vive sinon un autre groupuscule de touristes.
Enfin, un décor : on entre dans un temple d’Hérode à Jérusalem créé pour un film sur la jeunesse du Christ qui sort courant 2016.
Ce n’est pas le mur des lamentations mais, encouragé par la guide, chacun tâte les gros moellons de résine qui sonnent le creux. Á peine, vous pénétrez dans un des édifices que vous vous retrouvez à l’extérieur, dans un non-lieu, nez à nez avec un échafaudage.

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Nous rejoignons la « Piscine », un vaste terrain vague dont la perspective est barrée par un immense mur de béton : le mur de l’illusion. En effet, ce cyclo recouvert de bleu ou de vert permet, comme pour le bulletin météo sur nos petits écrans, d’intégrer des images de synthèse géantes. Par cet artifice, on a pu reconstituer ici de grandes batailles navales et établir un camp de base sur l’Everest.

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Changement de décor, changement d’époque, on plonge en plein Quattrocento. Le lieu a été inspiré par la ville toscane d’Assise pour un téléfilm retraçant la vie de Saint François.

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Des parties du même set peuvent avoir plusieurs usages et être adaptées à d’autres villes médiévales. Ainsi un balcon a servi pour une scène avec Roméo et Juliette. De même, pour les besoins d’un autre tournage, la façade de l’église a été retouchée.
On traverse maintenant une vraie farfouille, un hangar d’objets hétéroclites, amphores, bustes mutilés, tronçons de colonnes, au rebut ou dans l’attente d’un hypothétique recyclage pour de futures productions.

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Á la sortie de la remise, nous effectuons un nouveau saut au temps des péplums avec une déambulation dans les décors de la célèbre série Rome. Ici, tout est faux mais aussi si vrai tellement tout est intact, debout, coloré, à la différence des forums que j’ai visités, il y a quelques jours, à proximité du Colisée. Et si, en fin de compte, la vraie Rome se trouvait à Cinecittà ?
Je me détache volontairement de ma guide toujours aussi speed, pour vivre, pendant quelques instants, deux mille ans en arrière. Je m’engage dans des rues du quartier pauvre (au temps de Jules César qui y naquit) de Subure, j’entre dans des maisons et des temples, qui mènent nulle part, sinon évidemment dehors au milieu d’échafaudages.

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Magie du cinéma mais je dois vite arrêter mon char à cause de cette maudite « accompagnatrice » ! Avancez ! Moteur ! Coupez ! On se croirait presque sur un tournage bordélique du réalisateur iconoclaste Jean-Pierre Mocky, il tourna avec les plus grands à Cinecittà.
Je regrette de ne pouvoir faire un court crochet par Broadway dans le décor du film de Martin Scorsese Gangs of New York que j’aperçois au bout d’une allée.

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Est-ce pour apaiser mon léger agacement, ma compagne m’offre à la librairie un joli petit ouvrage : Cinecittà une magie sans fin.
Pour être parfaitement sincère, je crains qu’au fil du temps, sa magie ne s’estompe. L’âge d’or de l’usine à rêves est révolu. Comme un symbole, Scorsese a préféré tourner son ode au cinématographe Hugo Cabret dans des studios londoniens.
Cinecittà tente de survivre avec les tournages de séries, de publicités, et aussi, c’est cocasse, l’enregistrement d’émissions de téléréalité comme la réplique berlusconienne de notre Loft.
Hors évidemment la découverte des décors, je retiens de ma visite le plaisir d’un vagabondage et d’une immersion dans mes propres souvenirs cinématographiques. Ce n’est pas si mal.
D’ailleurs, nous le prolongeons en déjeunant à la terrasse de la cafeteria.
Je souris, mon set de table restitue un court dialogue d’un film de Nanni Moretti vantant la Sachertorte.

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« Quoi ? Vous n’avez jamais goûté au Sachertorte ? Eh bien, si nous continuons comme ça, nous sommes mal ! » Moretti, amoureux fou de ce gâteau au chocolat viennois créé par Franz Sacher, a appelé sa société de production Sacher films, possède dans le Trastevere la salle de cinéma Nuevo Sacher, a créé le Sacher festival du court métrage dont le prix est le Premio Sacher. Il fallait que vous le … sachiez ! Savoureux cinéma qui s’invite même dans nos assiettes !

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Cet après-midi, nous changeons de décor, c’est peu de le dire. Si je voulais jouer les iconoclastes, je parlerais d’un autre théâtre de mystifications : direction la basilique saint Jean de Latran.
San Giovanni in Laterano est la cathédrale de Rome et le pape en est l’évêque. Premier édifice chrétien construit en Occident à partir de 320, c’est la « mère et tête de toutes les églises de Rome et du monde. ». Cela explique, peut-être, la nécessité de franchir des portiques de sécurité.
Des liens sont tissés entre ce monument et la France depuis qu’Henri IV eut soutenu, lors de son règne, des dépenses du chapitre. C’est ainsi que le président de la République de notre pays possède le titre honorifique de chanoine d’honneur de Saint Jean de Latran et que Nicolas Sarkozy crut malin d’y prononcer un discours mettant en exergue le rôle supérieur du prêtre sur l’instituteur dans l’éducation.

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Au sommet de la façade, un groupe de saints gigantesques (7 mètres de haut), adeptes d’émotions extrêmes, prêchent dans l’azur autour du Christ et de Saint Jean le maître des lieux.
L’église fut fondée au IVe siècle par l’empereur Constantin mais, détruite à plusieurs reprises par les invasions (les sacs de Rome), des incendies et même un tremblement de terre, il ne reste rien du monument antique. Au total, une vingtaine de papes s’attelèrent, au fil des siècles, à construire, embellir et restaurer l’endroit.
La basilique actuelle date principalement du XVIIe siècle, le pape Innocent X ayant alors commandé sa rénovation à l’architecte Borromini. Celui-ci opéra un travail de modernisation en transformant l’intérieur médiéval en un style baroque.

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Peut-être parce qu’un office est imminent, l’atmosphère est au recueillement ; rien à voir avec l’effervescence presque indécente de la veille à Saint-Pierre.
Dès l’entrée, je suis surpris par la longueur de la nef centrale (il y a 5 nefs au total) : ses 130 mètres la placent au second rang dans le monde immédiatement derrière la basilique Saint Pierre de Rome.
Ce n’est pas la honte des propos tenus par notre ex président qui me fait baisser les yeux mais la beauté du pavement. Il est de style cosmatesque, cette appellation typiquement romaine provenant de Cosmati, une famille de marbriers du Moyen-Âge qui créaient des œuvres de marqueterie à partir de marbres colorés et de porphyre rouge et vert prélevés dans les ruines antiques.
Sur les murs de la nef sont disposées des niches abritant d’imposantes et expressives statues des apôtres. Je repère, entre autres, Saint Matthieu avec son évangile, Saint Barthélémy avec la dépouille de sa propre peau, il aurait été écorché vif, Saint Simon et la scie qui l’aurait découpé en deux, Saint Philippe et sa croix, il fut un des disciples crucifiés, et Saint Thomas dressant le doigt qui aurait touché la plaie du Christ. Ça fait un peu gore cette litanie mais au quiz des apôtres, je me défends honorablement, n’est-ce pas ? Je reconnais que ce n’est pas mon instituteur qui m’inculqua ces connaissances.

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Remontant la nef, je parviens à la croisée du transept à hauteur de l’autel papal surmonté d’un magnifique baldaquin de style gothique, œuvre datant de 1367 (restaurée en 1861) du toscan Giovanni di Stefano. Il renfermerait les crânes de Saint Pierre et Saint Paul. J’ai toujours été étonné que les reliques soient « éparpillées par petits bouts façon puzzle » pour pasticher irrespectueusement Bernard Blier dans Les Tontons flingueurs !
Seul le Pape, en tant qu’évêque de Rome, est autorisé à célébrer la messe devant cet autel.

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L’office commençant, je me hâte discrètement d’admirer encore les fabuleux plafonds à caissons frappés des armoiries papales, la profusion de fresques, de marbres et de dorures, un orgue ancien aussi.
Cet après-midi, je suis immunisé contre le syndrome de Stendhal au point que j’abandonne un moment mes amis pour, moyennant une modeste obole, me glisser dans le charmant petit cloître du XIIIe siècle attenant.

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C’est encore une autre douceur de vivre empreinte de poésie. Il fait bon d’en faire le tour en solitaire, enfin presque, une dame à cornette m’accompagne, en tout bien tout honneur ! Les colonnettes torsadées et colorées, quasi « cosmatesques », les frises, le puits, sont d’une élégance touchante.
J’allais oublier mes amis et ma compagne, pourtant je n’ai aucune envie subite d’entrer dans les ordres.
Contigu à la basilique, se dresse le palais de Latran (Palazzo Lateranense) où les papes résidèrent pendant plus de dix siècles. Ici ainsi que dans la basilique, se réunirent plus de 250 conciles. C’est là qu’à l’issue de celui de 1215, le pape Innocent III décida de lancer une armée de croisés en Languedoc pour venir à bout de l’hérésie albigeoise. C’est là aussi qu’en 896, se tint un procès macabre, l’accusé étant le cadavre du pape Formose qu’on jeta finalement dans le Tibre pour avoir sacré empereur le « barbare » Arnoul, dernier représentant des Carolingiens.
C’est en ce palais que furent signés les fameux accords du Latran, le 11 février 1926, entre le Royaume d’Italie représenté par le président du conseil des ministres Benito Mussolini, et le Saint-Siège représenté par le cardinal Gasparri secrétaire d’État du pape Pie XI.
Ils reconnaissaient d’une part la souveraineté du pape sur l’État du Vatican composé de la cité du Vatican et de quelques propriétés immobilières jouissant d’un privilège d’extraterritorialité (dont la basilique majeure Saint Jean de Latran), ainsi que d’autre part, Rome comme capitale de l’État italien.
A titre de compensation pour les territoires enlevés au Saint-Siège, l’Italie verserait au Vatican une consistante indemnité financière.
Par ailleurs, le catholicisme fut déclaré « seule religion de l’État » et l’Église vaticane acquit une position privilégiée en matière scolaire et matrimoniale : enseignement religieux obligatoire, divorce interdit, prêtres dispensés du service militaire…
Ces accords furent confirmés par le gouvernement républicain qui succéda au régime mussolinien et sont toujours en vigueur, à quelques « détails » près comme l’interdiction du divorce (!).
En contournant le palais, je me retrouve sur la Piazza San Giovanni in Laterano.

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On peut également accéder à la basilique de ce côté, une statue d’Henri IV se trouve d’ailleurs près du porche.
Il ne peut en être autrement à Rome, un obélisque est érigé au centre de la place. Il est le plus haut des treize qui ornent les différentes places de la capitale. Couvert de hiéroglyphes, il fut construit par le pharaon Thoutmosis III au XVe siècle avant J.C, près du temple d’Amon à Karnak. Constantin le fit transporter en 337 de Thèbes à Alexandrie pour l’installer à Constantinople mais il n’eut pas le temps de mener à bien son projet. Son fils Constance préféra l’acheminer à Rome en 357 et l’érigea à la spina du Circus Maximus. Retrouvé brisé lors de fouilles, en 1587, le pape Sixte Quint décida de le restaurer et de le transporter en son endroit actuel. Ça vous laisse rêveur … comme la jeune fille ?

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En ce premier après-midi de Week-end rital, les bus sont rares sur cette place quasi déserte. Dans l’attente, je vous laisse quelques instants en compagnie d’Étienne Daho :

Paris est sous la pluie, le bus de fortune (oh ces satanés amortisseurs !) nous redescend vers le Trastevere. Il a la bonne idée de longer le Circus Maximus (ou Circo Massimo), du moins ce qu’il en reste, c’est-à-dire pas grand chose : une longue coulée verte desséchée coincée entre le Palatin et l’Aventin et quelques maigres éléments de maçonnerie.

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Ce fut le plus grand hippodrome du monde avec sa piste, étirée sur plus de cinq cents mètres, réservée aux courses de chars. Selon Pline l’Ancien, il pouvait accueillir 250 000 spectateurs.
Ses deux obélisques érigés par Auguste et Constance, vous le savez si vous me lisez attentivement, sont visibles de nos jours à la Piazza del Popolo et la Piazza San Giovanni in Laterano que nous venons de quitter.
Le Circus Maximus sert aujourd’hui pour de grands rassemblements et des concerts. Bruce Springsteen s’y sera produit le 15 juillet, je l’aurai vu deux jours auparavant à Bercy (patience, je vous en parlerai). One two three four, le pape du rock chez l’empereur Auguste, ça doit avoir de la gueule !
Douceur de vivre, on se pose à la terrasse d’un café de la Piazza di Santa Maria in Trastevere qui s’anime progressivement en cette fin d’après-midi.
« Un gelato al limon … de la crème glacée de citron, citron glace coulé au fond d’une ville », je vous laisse écouter Paolo Conte le temps de déguster ma glace beaucoup plus sophistiquée !

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Un artiste de rue, soyons indulgent avec la dénomination, trouble ma délectation en se traversant la gorge avec un poignard. Il doit y avoir un truc car je l’ai déjà vu faire en d’autres endroits. Un petit cobra enfoui dans la cagette de fruits sur le porte-bagages de sa bicyclette serait plus efficace, souvenez-vous d’Elizabeth Cléopâtre Taylor. Tout ça, c’est du cinéma !
Ce soir, nous mangeons chez Ivo, encore une excellente suggestion d’Andrea le propriétaire de notre location. Ça fait un peu cantine, la terrasse déborde sur la chaussée, le patron et les serveurs sont sympas, la cuisine est authentique et sincère et les prix très honnêtes : bruschetta pomodoro e basilico, succulente petite pizza capricciosa (elle déborde de l’assiette) avec un vin rouge du Latium.
La douceur de vivre à Rome !

Publié dans:Coups de coeur |on 19 juillet, 2016 |1 Commentaire »

Vacances romaines (5)

Venerdi 27 maggio

C’est vendredi. C’est le jour du poisson, le jour où l’on doit manger maigre suivant les préceptes de la religion chrétienne. C’est le jour de Saint-Pierre, comprenez ici la visite de la basilique.
Nous avions envisagé d’effectuer la visite le surlendemain pour cause de gratuité des musées du Vatican, le dernier dimanche du mois, mais a contrario, ce devait être aussi un jour de grande affluence car, à midi, le pape récite la prière à l’ange gardien avec les fidèles.
Pour limiter au maximum la foule, nous nous y rendons en début de matinée par le bus. Étonnamment, c’est la première fois de notre séjour que le gardien de notre résidence nous met en garde contre les vols et recommande fermement à ma compagne de mettre son sac devant la poitrine. N’y aurait-il pas que des âmes charitables en ce sanctuaire ?

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Nous passons devant le château Saint-Ange, ainsi nommé parce que lors de la grande peste de 590, le pape Grégoire Ier aurait eu une vision de l’archange Michel, au sommet de l’édifice, signifiant la fin de l’épidémie en rengainant son épée.
Peu après, en bonnes brebis au sens religieux du terme, nous suivons (bêtement, c’est le mot) le troupeau de sœurs et de jeunes chrétiens qui descendent du bus à la station suivante. Ils s’égaient dans les immeubles voisins tandis que nous nous retrouvons seuls sur le trottoir. À cette station, les voies du seigneur sont sinon impénétrables du moins pas des plus accessibles.
Voilà ce que c’est d’être un peu trop mouton, qu’à cela ne tienne, nous remontons dans le bus suivant pour enfin atteindre la place Saint Pierre.
Nous avons donné rendez-vous à nos amis, un peu présomptueusement, devant la basilique. Nous ne sommes pas sur le parvis de Notre-Dame de Paris : ici, tout est démesurément grand.

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Nous attendent-ils au pied de l’escalier devant la basilique ou au-delà des portiques de sécurité ? La place en forme d’ellipse mesure 198 mètres sur son grand axe et 148 sur le petit. Elle est occupée en partie par un océan de chaises vides prêtes à accueillir la foule des fidèles lors de cérémonies, messes et apparitions papales.
De plus, le contact téléphonique est mystérieusement impossible.
Dans l’attente d’un hypothétique miracle des ondes numériques, c’est le lieu ou jamais non, « ô range » priez pour nous, j’apprécie l’élégance des deux fontaines jumelles sculptées au XVIIe siècle, les « deux pyramides d’écume blanche ».

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Je suis bientôt attaqué par une nuée de vendeurs ambulants de bouteilles d’eau soi-disant fraîches, de tiges à selfies, de fleurs, si ce n’est pas des articles de luxe contrefaits ou des stickers pour des pizzerias du quartier. Ça tient un peu du Carreau du Temple, au sens de l’ancien marché parisien. Vous ne les avez pas repoussés qu’ils vous harcèlent de nouveau quelques mètres plus loin. En plus, à défaut d’être physionomistes, ils semblent polyglottes et ont réponse dans votre langue à tous vos refus même polis.
Pour leur échapper, la solution est de franchir les portiques de sécurité à hauteur des colonnades conçues par Le Bernin. Le génial architecte, suivant les instructions du pape Alexandre VII, imagina la place comme un espace entre deux bras symbolisant l’église accueillant la foule des pèlerins. Construites en 1660, ces colonnades se composent de quatre rangées de 284 colonnes d’une hauteur de vingt mètres. Elles sont surmontées de 140 statues hautes de deux mètres, toutes crées par Le Bernin et ses élèves, représentant les saints et pères de l’église.
Le Bernin maîtrisait également la géométrie : si l’on se place sur un des deux foyers de l’ellipse matérialisés par des plaques de marbre, il semble que la colonnade la plus proche n’est constituée que d’un seul rang de colonnes.

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Au centre de la place, se dresse l’inévitable obélisque taillé dans le granite rouge d’Assouan, à l’origine, au Ier siècle avant J.C, à Héliopolis, pour Caius Cornelius Gallus préfet romain en Égypte. Il fut rapporté à Rome en l’an 37 sur ordre de Caligula qui l’installa dans ce qui sera connu plus tard comme le cirque de Néron. Pline l’Ancien rapporte qu’il fallut construire un navire de mer, le Mirabilis Navis, exclusivement pour son acheminement. Il est communément cité que l’apôtre Pierre fut crucifié, la tête en bas, vers 67-70, approximativement au pied de cet obélisque, d’où parfois son appellation d’aiguille de (Saint) Pierre.
En 1585, le pape Sixte Quint inaugura sa valse des obélisques en déménageant celui-ci à son emplacement actuel.
Ça y est, le contact est établi avec nos amis, ils vont bientôt nous rejoindre à l’entrée de la basilique. En groupes, en ligues (au moins celles des adorateurs du selfie !), en processions, nous circulons de manière très pacifique dans les allées aménagées au milieu des chaises jusqu’au pied des marches.

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Nous pouvons contempler à notre aise l’immense façade conçue par Carlo Maderno, reprenant en partie le projet de Michel-Ange. Réalisée, au début du XVIIe siècle, en travertin avec des colonnes corinthiennes, elle s’étend sur une longueur de 144 mètres et une hauteur de 45 mètres. Certains puristes lui reprochent sa massive apparence plus proche d’un palais que d’une église, ainsi que sa trop grande avancée qui laisse la coupole en retrait.
Sans crainte du vertige, sinon celui que peut renvoyer l’humanité actuelle, le Christ Rédempteur, saint Jean Baptiste et les onze apôtres sont juchés sur l’attique. Un petit cocorico : les statues du Christ et de saint Jean sont l’œuvre du sculpteur lorrain Siméon Drouin. Chacune des sculptures possède une taille de six mètres.

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Au pied des marches, on est accueilli par deux statues colossales de saint Pierre et saint Paul. Modernes, elles furent commandées par Pie IX au XIXe siècle. Signe de la nouvelle ère numérique, elles surgissent au-dessus de deux écrans géants destinés aux retransmissions des cérémonies.

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Je me mets à l’ombre dans le portique ou narthex qui précède l’entrée dans la basilique elle-même. À l’une des extrémités de la longue voûte décorée de stucs et de dorures, dans une mise en scène assez théâtrale, je découvre une statue équestre de celui qui, selon une chanson populaire, aurait été à l’origine de ma profession.

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Non ne croyez pas France Gall, ce sacré Charlemagne n’a pas inventé l’école, il était même, dit-on, fort peu instruit. Cela dit, de nos jours, il aurait peut-être le bac comme (presque) tout le monde !
Par contre, Charles Ier le Grand, c’est son nom officiel, fut effectivement couronné empereur en l’an 800 par le pape Léon III dans l’ancienne basilique Saint Pierre construite sous le règne de Constantin, presque au même emplacement que l’actuelle.
Voilà, nous avons retrouvé nos amis et franchissons l’une des cinq grandes portes de bronze pour accéder enfin à l’intérieur du monument.
Je sors mon guide stendhalien : « … Nous voici dans Saint Pierre. On ne peut qu’admirer la religion qui produit de telles choses. Rien au monde ne peut être comparé à l’intérieur de Saint Pierre. Après un an de séjour à Rome, j’y allais encore passer des heures entières avec plaisir. Presque tous les voyageurs éprouvent cette sensation. On s’ennuie quelquefois à Rome le second mois du séjour, mais jamais le sixième ; et si on y reste le douzième, on est saisi de l’idée de s’y fixer. » Je n’aurai pas cette patience.
Un certain temps est nécessaire pour appréhender toute la grandeur de la basilique. Il faut que l’œil s’acclimate à ses immenses proportions. Au premier abord, malgré sa perspective grandiose, elle apparaît moins vaste qu’elle ne l’est en réalité, cette illusion provenant sans doute de l’harmonie de l’architecture. Il faut être au pied de chaque élément du décor pour en saisir le gigantisme. Par exemple, les deux anges enfantins qui soutiennent les bénitiers en marbre font presque deux mètres.

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L’embellie est de courte durée. Je constate une grosse cohue dans la première chapelle à droite en entrant : les flashs crépitent (ils sont curieusement autorisés ici), une forêt de tiges à selfies se dresse. On pourrait imaginer trouver au milieu de la bousculade le pape François ou une personnalité importante. Mais non, la vedette est la célèbre Pietà, le célèbre groupe de marbre de Carrare que sculpta Michel-Ange à l’âge de vingt-quatre ans, pour le Jubilé de 1500.

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On ne peut l’observer qu’à distance respectable derrière une vitre blindée depuis qu’en 1972, un déséquilibré la mutila à grands coups de marteau. C’est dire que l’émotion est malheureusement absente devant ce chef-d’œuvre, son mouvement des corps et le rendu de ses drapés.
Exaspéré par les goujats qui tentent de se frayer un chemin à grand renfort de coups de coude, je pourrais fanfaronner ma chance d’avoir presque touché une copie parfaite dans la chapelle de l’école des Beaux-Arts de Paris, à l’occasion de journées du patrimoine. D’autant qu’en bons faiseurs de selfies qui se respectent, ils tournent le dos à la Vierge tenant sur ses genoux son fils le Christ mort !
Impossible évidemment de lire sur le ruban qu’elle porte en sautoir, la signature de l’artiste. Un détail pittoresque car c’est la seule sculpture que Michel-Ange signa. Ayant surpris une conversation de visiteurs déclarant que son auteur était un certain Gobbo le Milanais, blessé et orgueilleux, il s’introduisit une nuit dans la basilique pour graver cette inscription : « Michel-Ange Buonarroti le Florentin l’a fait » (traduction).
Non loin de là, le monument dédié à la reine Christine de Suède attire aussi la foule. Couronnée en 1650, celle qu’on appela la reine Christine ne se maria pas et abdiqua quatre ans plus tard, avant de se convertir au catholicisme bien que fille d’un éminent protestant sous la Guerre de Trente Ans. Après que le pape Alexandre VII eût exigé son abjuration publique, elle fut reçue avec faste à Rome. Elle s’installa au palais Farnèse et entretint une relation sentimentale jusqu’à la fin de sa vie avec … un cardinal.

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Après un séjour en France et quelques manigances avec le cardinal Mazarin (elle réclama la condamnation à mort pour trahison de son écuyer à Fontainebleau), elle se fixa définitivement à Rome dans un palais du Trastevere qu’elle transforma en musée. Elle mena alors une vie de mécénat et devint amie de nombreux artistes dont Le Bernin. Son corps repose dans la crypte de la basilique.

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Ouf, voici un coin de relative tranquillité, une espèce de « fan zone » paisible où quelques fidèles nostalgiques se recueillent devant le tombeau de Jean-Paul II.
Lors de ses funérailles, en avril 2005, la foule scanda en italien « Santo subito ! », Saint tout de suite. Un mois et demi plus tard, son successeur Benoit XVI dispensa du délai nécessaire de cinq ans, la cause en béatification de Jean-Paul II.
Ce ne fut pas si simple, quelques théologiens s’opposèrent à cette rapide sanctification, étayant leur refus avec les considérations du pape défunt sur la contraception, le rôle des femmes au sein de l’Église catholique, la couverture de quelques affaires de pédophilie de prêtres catholiques (tiens, tiens !) et quelques négociations financières opaques avec la banque Ambrosiano.
Tout finit par s’arranger, ainsi la guérison, reconnue comme miracle, de la maladie de Parkinson d’une sœur d’Aix-en-Provence facilita la décision vaticane de béatification. Le cercueil de Jean-Paul II fut retiré de la crypte en avril 2011 et ré-inhumé le 2 mai dans la chapelle Saint Sébastien de la basilique à la place d’Innocent XI. Aux innocents les mains pleines et le tombeau vide !
Depuis, la congrégation pour la cause des saints, une réunion de cardinaux et évêques, a jugé que l’intercession de Jean-Paul avait été à l’origine de la guérison d’une Costaricienne atteinte d’une maladie incurable, ainsi sa canonisation s’est effectuée, en avril 2014, lors d’une cérémonie sur la place Saint-Pierre.
Ce jour-là, il ne fut pas le seul bienheureux pape à être déclaré saint de l’Église catholique. En effet, Jean XXIII fut également canonisé en la présence inédite de deux papes vivants, François et son prédécesseur Benoit XVI.
Ne me demandez pas pourquoi, j’étais encore jeune sans doute (!), je trouvais ce pape sympathique. Sa bonhommie rondouillarde tranchait avec l’ascétisme de Pie XII. Mon intuition n’était pas si mauvaise puisque les Italiens lui donnèrent le surnom affectueux d’Il Papa Buono, le Bon Pape.
En tout cas, j’avoue mon émotion devant le corps momifié de l’ex cardinal Angelo Roncalli qui repose, depuis 2001, dans un cercueil de cristal sous l’autel de la chapelle Saint Jérôme.

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Est-ce parce qu’il est décédé il y a maintenant plus d’un demi-siècle, je suis surpris de l’absence d’attroupement autour du Bon Pape.
Des 266 évêques de Rome appelés papes (liste approximative car sujette à caution), successeurs de Pierre, 148 sont inhumés dans la crypte ou à l’intérieur de la basilique Saint-Pierre. On l’a vu avec la reine Christine, des personnalités non religieuses y reposent également.
Me donnerait-on le bon Dieu sans confession ? Je n’en crois pas mes yeux, on m’autorise à pénétrer dans une zone du sanctuaire quasi désertée. Je comprends vite ma méprise, justement on filtre l’accès aux confessionnaux.

St Pierre blog

Une barrière nous empêche d’approcher de la statue en bronze d’un personnage barbu assis sur un siège : il s’agit de Saint Pierre, le premier des papes en quelque sorte. L’œuvre, postérieure au XIIe siècle, est la copie d’une autre statue en marbre, beaucoup plus ancienne, conservée dans les grottes vaticanes.
Saint Pierre tient fermement dans sa main gauche les fameuses clés du Paradis (pas moyen d’en faire un double !). Signe de vénération, le pied droit du saint est usé par les baisers déposés par les fidèles depuis des siècles.
« Le jour de l’Ascension, nos compagnes de voyage ont vu avec étonnement, et même avec une sorte de terreur, plusieurs paysans de la Sabine ; ils étaient réunis dans la grande nef autour d’une statue de Saint Pierre en bronze. Ils ont usé par leurs baisers le pied de bronze de cette idole. Ces paysans descendent de leurs montagnes pour célébrer la grande fête de Saint Pierre. Ils sont couverts de casaques de drap en lambeaux leurs jambes sont entourées de morceaux de toiles, retenus par des cordes en losanges ; leurs yeux hagards sont cachés par des cheveux noirs en désordre …
Cette statue, roide, fut un Jupiter, c’est maintenant un saint Pierre. Elle a gagné en moralité personnelle ; mais ses sectateurs ne valent pas ceux de Jupiter. L’antiquité n’eut ni inquisition, ni Saint Barthélemy, ni tristesse puritaine. Elle n’eut point le fanatisme, cette passion mère des cruautés les plus inouïes. Le fanatisme a été créé par ce passage : Multi sunt vocati, pauci vero electi, hors de l’Église point de salut. » Des propos qui n’engagent que Stendhal, leur auteur ! Cela dit, on peut, ce matin, être sinon effrayé du moins surpris par le manque de civisme de certains touristes …

Baldaquin Saint Pierre blogCoupole Saint Pierre blogfresque Saint Pierre blogSaint Pierre dais blog

Attention chef-d’œuvre qu’on ne peut admirer qu’à distance, des barrières, encore, en interdisant l’approche sinon à quelques groupes très restreints : à la croisée du transept, l’immense dais de bronze dont Le Bernin recouvrit l’autel papal. Pour être franc, cet espace de confidentialité nourrit cette fois l’émotion détruite ailleurs par l’affluence.
On a là encore du mal à appréhender le gigantisme de l’architecture tant elle est harmonieuse. Le baldaquin est constitué de quatre colonnes tordues s’élevant telles des plantes grimpantes à une hauteur de 29 mètres. Du baroque dans toute sa splendeur que Stendhal exalte ainsi :
« En arrivant près du grand autel (en vérité, c’est un voyage), on aperçoit une sorte de trou revêtu de marbres magnifiques et de bronzes dorés. Cent douze petites lampes sont allumées jour et nuit autour de la balustrade de marbre qui environne ce lieu surbaissé. Là reposent les restes de saint Pierre c’est ici que ce premier chef de l’Eglise souffrit le martyre. Ce lieu vénérable s’appelle la Confession (l’apôtre a confessé sa religion en donnant son sang pour elle).
Le grand autel est disposé comme dans la primitive église ; le célébrant regarde le peuple ; le pape seul a le droit d’y dire la messe.
Heureusement cet autel est assez simple, je le voudrais d’or massif ; un baldaquin en bronze d’une hauteur énorme le fait apercevoir de loin. Cet ornement était nécessaire ; mais on gémit quand on se rappelle qu’il a été fait avec du bronze enlevé au Panthéon. C’est le cavalier Bernin qui exécuta ce baldaquin en 1663. Croiriez-vous qu’il est plus élevé que le palais Farnèse ? Le sommet est à quatre-vingt-six pieds du pavé ; c’est vingt et un pieds de plus que le fronton de la colonnade du Louvre.
Rien ne sent l’effort dans l’architecture de Saint-Pierre, tout semble grand naturellement. La présence du génie de Bramante et de Michel-Ange se fait tellement sentir, que les choses ridicules ne le sont plus ici, elles ne sont qu’insignifiantes.
Je ne crois pas que les architectes aient jamais mérité un plus bel éloge.
Je serais injuste si je n’ajoutais pas le nom du Bernin à celui de ses deux grands hommes. Le Bernin, qui, dans sa vie, essaya tant de choses à l’étourdie, a parfaitement réussi pour le baldaquin et la colonnade.
En levant les yeux quand on est près de l’autel, on aperçoit la grande coupole, et l’être le plus plat peut se faire une idée du génie de Michel-Ange. Pour peu qu’on possède le feu sacré, on est étourdi d’admiration … »
Ce matin, je ne peux malheureusement pas jouir de ce point de vue privilégié mais finalement, cette frustration partielle nourrit aussi la part du mystère et mon admiration.
« Si l’étranger qui entre dans Saint Pierre entreprend de tout voir, il prend un mal à la tête fou, et bientôt la satiété et la douleur rendent incapable de tout plaisir. Ne vous laissez aller que quelques instants à l’admiration qu’inspire un monument si grand, si beau, si bien tenu, en un mot la plus belle église de la plus belle religion du monde. »

Saint Pierre statue pape blog 2Saint Pierre statue pape blog1Saint Pierre Innocent XII  blogSaint Pierre intérieur blog 2Saint Pierre intérieur blog 3

Je me range bientôt aux conseils de Stendhal. Auparavant, tout de même, je m’arme de patience pour jeter un œil au tombeau d’Alexandre VII, un pape humaniste et urbaniste, je l’ai évoqué en d’autres lieux.

Monument Alexandre VII

En la circonstance, les multiples tiges à selfies qui dansent devant, ajoutent une note encore plus baroque à l’œuvre de marbre et de bronze du prolifique Bernin.
Il s’agit presque d’une danse macabre : la mort y est représentée sous forme d’un squelette en bronze doré, surgissant de dessous un linceul et tendant le sablier du temps au pape priant à genoux. Hors le respect exigible en ce lieu, il y a un côté grand guignol qui conclut ma visite.
En sortant, je croise un des fameux gardes suisses appartenant au corps militaire créé par le pape Jules II en 1506. Leur uniforme aurait été dessiné par Michel-Ange, styliste donc à ses heures. Les bandes jaunes, bleues et rouges sont tirées des couleurs des familles de Jules II et de son successeur, le Médicis Léon X.
Ça faisait longtemps, nous sommes bientôt confrontés à l’armée bien moins pacifiste des vendeurs ambulants qui nous assaillent dès la sortie des portiques de sécurité. Chez nous, les dieux du stade s’affichent dans des calendriers; à Rome, ils sont supplantés par des ecclésiastiques très sexy.

Saint Pierre calendrier blog

Les responsables de groupes ralliant leurs ouailles avec un vague tissu au bout de leurs ombrelles ou tiges à selfies, contribuent aussi à notre agacement. Vous y ajoutez les rayons très ardents du soleil, il est temps de retrouver un peu de quiétude à la terrasse d’une trattoria.
L’intolérable harcèlement du patron nous gâchant notre première gorgée de birra a la spina, nous amène à renoncer à lui passer commande des menus. Je déjeunerai plus loin de délicieuses pâtes al pesto et d’une goûteuse glace chocolat et café.
En cet après-midi, la Villa Borghese est un lieu plus propice à la méditation que la basilique Saint Pierre. Il ne faut pas se méprendre sur son appellation : plus qu’un palais, c’est un parc municipal de 80 hectares situé sur la colline du Pincio, comprenant un ensemble de riches musées et d’institutions culturelles.

Porta del Popolo blog

Nous choisissons d’y accéder par la Porta del Popolo dont Montaigne évoque le franchissement dans son Journal de voyage en Italie (1580) :
« Nous rencontrâsmes aucunes contrées de chemins relevés et pavés d’un fort grand pavé, qui sembloit avoir quelque chose d’ancien, et plus près de la ville, quelques masures evidemment très-antiques, et quelques pierres que les Papes y ont fait relever pour l’honneur de l’antiquité. La plupart des ruines sont de briques, tesmoings les Thermes de Diocletien, et d’une brique petite et simple comme la nostre, non de cette grandeur et espoisseur qui se voit aux antiquités et ruines anciennes en France et ailleurs. Rome ne nous faisoit pas grand’ montre à la recognoistre de ce chemin. Nous avions loin sur nostre main gauche, l’Apennin, le prospect du pays mal plaisant, bossé, plein de profondes fandasses, incapable d’y recevoir nulle conduite de gens de guerre en ordonnance : le terroir nud sans arbres, une bonne partie sterile, le pays fort ouvert tout autour, et plus de dix milles à la ronde, et quasi tout de cette sorte, fort peu peuplé de maisons. Par là nous arrivâmes sur les vingt heures, le dernier jour de novembre, feste de Saint André, à la porte del Popolo, à Rome, trente milles. On nous y fit des difficultés, comme ailleurs, pour la peste de Gennes. »
Un escalier un peu rude nous mène sur une première terrasse où l’on jouit d’une splendide plongée sur la Piazza del Popolo avec, en arrière-plan, la coupole de Saint-Pierre dans le lointain.

Piazza deel Popolo vue du Pincio blog

Les jardins plantés de pins, arrosés de fontaines et peuplés de statues n’ont pas l’ordonnancement des parcs parisiens et offrent un aspect un peu négligé, très « rital » en somme.
C’est l’heure de la sieste. Quelques cyclistes et joggers empruntent les voies asphaltées, des couples d’amoureux goûtent au romantisme sur les pelouses, d’autres Romains moins ardents somnolent sur de vieux bancs de bois à l’ombre des bosquets.

Jardin Borghese blog4Jardin Borghese blog6Jardin Borghese blog3Jardin Borghese blog1Jardin Borghese blog2

La promenade réserve quelques surprises, ainsi un lion de pierre échappé peut-être de l’hypogée du Colisée, mais aussi deux gladiateurs plus vrais que nature. Savent-ils que je fus Obélix porteur de menhir, dans ma jeunesse, lors d’un corso fleuri dans ma ville natale ?
On pourrait presque suspendre le temps devant une insolite horloge à eau (le mécanisme est mu par l’eau d’une petite île) en état de marche.

Jardin Borghese blog5

La chaleur altère notre curiosité à dévisager les innombrables bustes qui hantent les allées les plus discrètes, quitte à subir l’affront du romancier Alberto Moravia :
« Nous errâmes un moment par le Pincio ; d’allée en allée, de banc en banc, le long de tous ces bustes de marbre blanc alignés à la file, dans l’ombre des arbres (…). Et Larusso, à son ordinaire, recommençait à avoir l’esprit ailleurs. Oubliant l’amour, il paraissait tout préoccupé par ces bustes de marbre.
– Que représentent toutes ces statues ? me demanda-t-il. Je voudrais savoir qui elles sont…
– Tu vois comme tu es ignorant… ce sont de grands hommes et, parce c’étaient des grands hommes, on leur a fait leur statue et on l’a mise ici. »
Ces grands hommes ont essentiellement participé à l’histoire de l’Italie dans les domaines les plus variés : des héros nationaux, des monarques, des hommes d’État, des peintres et des sculpteurs, des scientifiques, des inventeurs, des romanciers, des poètes, des philosophes, des patriotes, des insurgés, mais par contre aucun pape.
Certains bustes sont délabrés, mutilés, parfois retaillés sur d’anciennes sculptures. On peut épiloguer sur « l’italienneté » de certains d’entre eux : certes, Pythagore aurait fui Crotone et se serait laissé mourir à Métaponte, port de l’Italie antique ; de même, Archimède, l’illustre scientifique grec de l’Antiquité, était natif de Syracuse aujourd’hui sicilienne. C’est un peu comme si je revendiquais moi-même une part d’identité transalpine en référence à un de mes ancêtres normands, Roger de Hauteville, fondateur, en 1130, du royaume de Sicile incluant le duché de Naples. Cela dit, je ne suis grand que par la taille pour mériter un buste.

Buste Archimède Pincio blogBuste Pythagore Pincio blog

Quelques monuments plus imposants rendent hommage aussi à des stranieri (étrangers) illustres comme Goethe, Gogol, Byron.
On peut voir un buste de Chateaubriand non loin de la Villa Médicis, un palais du Pincio qui héberge, depuis 1803, l’Académie de France à Rome. Bonaparte avait choisi l’illustre écrivain pour accompagner le cardinal Fesch comme secrétaire d’ambassade à Rome. Vingt-cinq ans plus tard, il y fut nommé ambassadeur.
Je mentirais si je n’imagine pas, au moins sur le mode de plaisanterie, croiser en plein jogging le journaliste sportif Gérard Holtz, nouvel hôte de la Villa Médicis depuis que son épouse en a pris la direction.
Plus sérieusement, mes pensées émues s’envolent vers La légèreté, la bouleversante bande dessinée de Catherine Meurisse. Dessinatrice à Charlie-Hebdo, elle échappa, à quelques secondes près, au terrible attentat du 7 janvier 2015. Elle fait là œuvre de catharsis en racontant son parcours, dans les mois suivants, pour redonner un sens à sa vie.
« Á la fin novembre 2015, je pars à la Villa Médicis à Rome pour chercher, avec obstination, la beauté. Butée comme une mule, je pars en quête du syndrome de Stendhal, qui est un évanouissement face à la splendeur de l’art ; un choc esthétique que je crois censé m’apaiser radicalement. Evidemment, ça ne se passe pas comme je le prévois… Arrivée à la Villa, il pleut à verse, je ne suis pas immédiatement plongée dans un bain de lumière, comme je l’attendais. On me fait visiter les jardins de la Villa Médicis, et plus particulièrement le carré des Niobides : des statues représentant les enfants de Niobé massacrés par Apollon et Artémis. Nous sommes dix jours après les attentats du 13 novembre. »

Planche La légèreté blog

« Á la vue de cette scène mythologique, je suis transportée dans la salle du Bataclan, et à la rédaction de Charlie le 7 janvier — où je n’étais pas. Par la symbolisation, l’art a permis une médiation entre la violence et moi. J’ai ainsi eu le sentiment d’approcher la mort, les corps de mes amis, en douceur et sans peur. Ces corps, sublimés par la sculpture, n’étaient pas morbides, leur marbre blanc, scintillant, était d’une beauté à couper le souffle. Mon voyage à Rome, au contact des statues et des vestiges antiques, signes d’immuabilité, signes de la violence de l’Histoire suspendue par le temps, m’a permis de retrouver un peu d’éternité, après l’effondrement du 7 janvier. »
Ça s’achève en délivrance devant un tableau du Caravage au Louvre. Poignant, intelligent et drôle aussi !

Umberto 1er blogCasina Valadier blog

Au bout d’une allée, le roi Umberto Ier, héritier de Victor-Emmanuel II, parade à cheval.
Ce n’est évidemment pas en mon honneur que le tapis rouge est déroulé devant le palais que le célèbre architecte Guiseppe Valadier (celui-là même que Stendhal honnit pour sa restauration de l’arc de Titus) construisit au début du XIXe siècle. Il abrite aujourd’hui l’un des restaurants les plus luxueux de Rome.
Je n’ai pas la persévérance encore moins le masochisme d’être contaminé par le syndrome de Stendhal. Il faut faire des choix sur un court séjour, ainsi je renonce à visiter le musée Étrusque, la Galerie nationale d’Art moderne riche de quelques nymphéas de Claude Monet, et surtout la Galleria Borghèse qui détient des chefs-d’œuvre du Caravage, du Titien et du Bernin, Napoléon Bonaparte n’emporta pas tout au Louvre.
Un peu fourbus et accablés par la chaleur, non sans nous être désaltérés auparavant d’une seconde gorgée de birra a la spina (!), nous rejoignons la Piazza Venezia.
C’est l’occasion de constater l’état de vétusté des bus romains. L’usure quasi totale des amortisseurs ne contribue pas à la douceur de vivre de mon postérieur sur l’asphalte de la mythique Via Veneto. Cette célèbre avenue fut un des phares de la vie sociale romaine durant les années 1950-60, avec ses restaurants et cafés de luxe. Elle assied encore une bonne part de sa réputation pour avoir été un lieu de tournage essentiel de La Dolce Vita, le film de Federico Fellini. Une plaque rend d’ailleurs hommage au maestro qui, en fait pour commodité, reconstitua quelques tronçons de la Via Veneto dans les studios de Cinecitta, mais ceci est une autre histoire que je vous relaterai sans doute bientôt.

Dolce Vita Via Veneto blog

Affiche La Dolce Vita blogVia Veneto blog

À propos, La Dolce Vita, Palme d’or à Cannes, Oscar à Hollywood, sortit initialement en France sous le titre La Douceur de Vivre : celle, hormis les douleurs fessières, qui nous accompagne jusqu’au Trastevere, notre quartier d’attache.
Vous commencez à connaître la suite, non ? Le « petit » vin blanc Vernaccia di San Gimignano que je vais boire sous ma tonnelle …

Publié dans:Coups de coeur |on 12 juillet, 2016 |Pas de commentaires »

Vacances romaines (4)

Giovedi 26 maggio 2016

Je me demande si, inconsciemment, je ne visite pas Rome pour la conformer aux images des films qui enchantèrent ma jeunesse. En tout cas, nous avons fixé rendez-vous à nos amis à neuf heures trente devant la Fontaine de Trevi.
Comme la veille, tram 8 jusqu’à la Piazza Venezia, puis, après un petit salut à Victor-Emmanuel II toujours aussi royal sur son cheval, je fais connaissance avec les bus romains effectivement en piteux état. Une passagère très agréable vérifie sur son smartphone la station où je dois descendre. Parce que je lis sur divers sites des avis négatifs, n’engageant heureusement que leurs auteurs, je me permets de louer l’amabilité de nombreux Romains à mon égard durant mon séjour, le feeling, ça se cultive ou ça se mérite !
Les nuits romaines sont-elles agitées, le rione (quartier) de Trevi est encore presque endormi. La jouissance est d’autant plus vive, après m’être glissé à travers les ruelles désertes, de déboucher sur la minuscule place où s’encastre presque la célèbre fontaine.
Un éblouissement : celui du marbre blanc tout récemment restauré que le soleil montant dans le ciel illumine progressivement de ses rayons, celui de la musique rafraîchissante de ses eaux vives turquoises.
Pourtant, dans mon imaginaire, le monument est attaché à un souvenir nocturne. Je cite le billet que j’avais consacré à une exposition sur Federico Fellini au musée du Jeu de Paume à Paris :
(http://encreviolette.unblog.fr/2010/01/26/cinema-paradiso-fellini-parigi/)
« C’est l’heure du bain ! Qui plus est, passé minuit, dans la fontaine de Trevi, en compagnie de la plantureuse Sylvia! « Tu es tout, la première femme du premier jour de la création, la mère, la sœur, la maîtresse, l’amie, l’ange, le diable, la terre, le foyer … Ah, voilà ce que tu es, le foyer » : Anita Ekberg en personne, Miss Suède 1950, dont un de ses partenaires disait que ses parents auraient mérité le prix Nobel de l’architecture !
Je ne me lasse pas de voir et revoir cette scène somptueuse en noir et blanc qui appartient à la légende du septième art : « Marcello, come here ! » Qui n’a pas rêvé d’être Mastroianni à ce moment ? J’apprends que cette séquence s’inspire d’un fait divers réel survenu quelques mois auparavant. Dans une vitrine, un exemplaire d’Il Tempo daté de 1958, montre, en effet, quelques photographies de la pin up scandinave, vêtue d’une robe blanche cette fois, se rafraîchissant dans la célèbre fontaine à l’occasion d’une de ses folles nuits romaines. Anita Ekberg et Marcello Mastroianni font partie des couples mythiques de l’histoire du cinéma et pourtant, à aucun moment, leurs lèvres se rejoignent. Vingt-sept ans plus tard, par un artifice dont il a le secret, Fellini scellera enfin un vrai baiser en modifiant dans Intervista la scène de la fontaine projetée au duo d’acteurs vieillis. Dans Nous nous sommes tant aimés où les clins d’œil aux chefs-d’œuvre du cinéma sont nombreux, Ettore Scola reconstitue les répétitions nocturnes de La Dolce Vita, autour de la fontaine de Trevi, avec Mastroianni et Fellini dans leur propre rôle … »
Permettez-moi de photographier la fontaine mythique avant que les dingues du selfie, enfin réveillés, ne débarquent bientôt par grappes.

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La fontaine de Trevi est un de ces lieux où les gens se regardent. Ils ne regardent pas le blanc et le bleu des pierres et des eaux. Dans la foule, peu nombreux sont ceux qui réellement la regardent. Non, je vous jure, ils se regardent. Une tradition les invite même à lui tourner le dos pour lancer dans le bassin deux pièces de monnaie, l’une pour revenir un jour dans la Ville éternelle, l’autre pour exaucer un vœu. Je serais surpris que mes parents aient sacrifié à cette coutume lorsque nous visitâmes Rome il y a plus d’un demi-siècle ; si tel fut le cas, c’est donc que c’est efficace, pour l’autre souhait, je ne le saurai jamais !
Près d’un million d’euros serait jeté annuellement par ces visiteurs superstitieux, cette manne étant repêchée chaque jour par l ‘association catholique Caritas et reversée aux Romains dans le besoin. Qu’il ne vous vienne pas à l’idée de plonger la main pour récupérer quelques sesterces, les policiers en faction sur la place ont l’œil. Seul, un goéland (Rome est située à une vingtaine de kilomètres de la côte) profite de la somptueuse douche à l’italienne.

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La fontaine est alimentée en eau par l’aqueduc de l’Acqua Vergine construit par Agrippa, le gendre d’Auguste, en l’an 19 avant J.C. Commandée par le pape Clément XII au sculpteur architecte Niccolò Salvi en 1732, elle fut achevée trente ans plus tard.
Sa majestuosité vient de ce qu’elle épouse la façade du palais Poli à laquelle elle est adossée. Comme au théâtre, j’ai envie de m’asseoir sur la rangée de gradins circulaires qui lui fait face et de savourer le spectacle, d’observer en détail toutes les sculptures, d’autant mieux que, ce matin, tel un projecteur de poursuite suspendu aux cintres célestes, les rayons du soleil les éclairent progressivement.
Au centre de la vasque, la niche principale abrite Neptune, le dieu Océan, debout sur un char en forme de coquillage tiré par deux chevaux marins. L’un des équidés semble paisible, l’autre, plus agité, se cabre, à l’image de la mer, tantôt calme, tantôt furieuse.

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De chaque côté de Neptune, deux statues symbolisent l’Abondance et la Salubrité.
Au-dessus, deux bas-reliefs représentent la jeune fille vierge indiquant la source à des soldats romains altérés, et Agrippa constructeur de l’aqueduc.

Fontaine Trevi blog5Fontaine Trevi blog6Fontaine Trevi blog11Fontaine Trevi blog12Piazza Trevi blog

Maintenant que la foule a envahi la place, il est temps de lever l’ancre, non sans vous avoir, auparavant, livré quelques lignes tirées de l’ouvrage La perle et le croissant, de Dominique Fernandez, grand voyageur et membre de l’Académie française :
« … Cent ans après la Fontaine des Fleuves (de la piazza Navona ndlr), l’architecte romain Nicolas Salvi construirait la gigantesque Fontaine de Trevi, apothéose de rochers, d’eaux bouillonnantes, de tritons, de chevaux marins. Deux cents ans plus tard, Anita Ekberg se jetterait tout habillée, lors de la séquence la plus spectaculaire de La Dolce Vita : noces de la beauté moderne et du décor baroque, image qui révèle les racines historiques de Fellini, le dernier Berninien.
Fluidité, mouvement, labilité, les propriétés de l’eau sont aussi les caractéristiques du baroque et, de la première fontaine qui utilisa l’eau comme réfutation et négation de la dureté minérale de la pierre (Bernini, Fontaine du Triton, piazza Barberini 1642) à la Fontaine de Trevi, façade de palais transformée en spectacle aquatique, s’affirme la tendance à répudier l’idéal classique des formes fixes et intemporelles, la volonté de privilégier ce qui bouge, ce qui change, l’insaisissable, le fugace, le chatoyant … »
Les cloches sonnent à l’église Santi Vincenzo e Anastasio a Trevi au coin de la place. Elle n’est plus catholique depuis qu’en 2002, Jean-Paul II l’eut donnée aux orthodoxes bulgares.
Les reliques de vingt-cinq cœurs de papes, de Sixte-Quint à Léon XIII y sont conservées.
Cette église fut bâtie au milieu du XVIIe siècle sur commande du cardinal Mazarin (il naquit dans les Abruzzes). Son nom figure sur le fronton ainsi qu’un mascaron de sa nièce Marie Mancini connue pour avoir été le premier amour du jeune Louis XIV.

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À quelques pas de là, il me faut « gravir le Quirinal », la plus élevée des sept collines légendaires de Rome. Au sens géographique de l’expression, cela ne présente aucune difficulté, juste une rue en légère montée et un large escalier pour finir.

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Dans son acception politique, la tâche est beaucoup plus complexe puisqu’elle signifie le long chemin pour accéder à la présidence de la République italienne.
C’est, en effet, sur cette place que se trouve le palais du Quirinal, résidence officielle du président de la République depuis 1948. Il fut la résidence d’été des papes lorsqu’ils régnaient sur Rome. Lors de l’annexion des États pontificaux en 1809 par la France sous le Premier Empire, Napoléon Ier l’aménagea puis le rebaptisa palais de Monte Cavallo pour en faire son palais impérial à Rome. Le pape Pie VII retrouva sa résidence à la chute du Premier Empire après avoir été en exil à Fontainebleau. Le Quirinal devint résidence royale à partir de 1870 quand Victor-Emmanuel II fut à la tête de l’Italie unifiée.
Le président de la République italienne est élu au suffrage indirect par la Chambre des députés, le Sénat de la République et des représentants de régions, pour un mandat de sept ans renouvelable sans limitation. Il jouit d’un certain prestige bien que son rôle soit essentiellement honorifique. Le pouvoir exécutif est entre les mains du président du Conseil des ministres, actuellement Matteo Renzi beaucoup plus connu que Sergio Mattarella l’hôte du Quirinal.
Par hasard, j’assiste à la relève des gardes en faction devant le palais. On est loin de la solennité de Buckingham Palace à Londres.

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C’est ce qui explique peut-être la presque confidentialité de la cérémonie. En effet, hors de rares badauds, la place quasiment vide est juste occupée par quelques voitures de police et de la sécurité, ce qui laisse présager une sortie prochaine du président.
À côté du palais, se trouve le Palazzo della Consulta qui abrite la Cour constitutionnelle.
À Rome, une piazza ne mériterait pas son nom si elle ne possédait pas son obélisque, sa fontaine et quelques imposantes statues, quitte à aller faire son marché dans d’autres monuments. Le Quirinal ne déroge pas à la tradition grâce à plusieurs papes qui apportèrent leurs pierres de divers endroits.

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C’est d’abord, Sixte-Quint qui, à la fin du XVIe siècle, fit amener deux imposantes statues qui ornaient les thermes de Constantin. Elles représentent les Dioscures Castor et Pollux. Selon la mythologie grecque puis romaine, ils seraient venus au monde, en même temps, de deux œufs différents pondus par leur mère Léda après s’être unie à Zeus (Jupiter pour les Romains) changé en cygne et, la même nuit, à son époux légitime Tyndare. Ces divinités ont tout de même de drôles de mœurs.
Manière de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, Pollux serait issu avec sa sœur Hélène de l’œuf du dieu, quant à Castor, il serait avec sa sœur Clytemnestre, les enfants de Tyndare.
Ils sont ici représentés sur leurs chevaux blancs Xanthos et Balios qui leur auraient été offerts par Neptune que vous avez croisé à la fontaine de Trevi.
En 1783, le pape Pie VI fit déplacer légèrement les deux statues équestres pour ajouter un obélisque provenant du mausolée d’Auguste.
Enfin, en 1818, Pie VII effectua un dernier ajout, une vasque de granit ayant servi d’abreuvoir et qui fut retrouvé lors de fouilles du campo vaccino au forum romain effectuées sous l’occupation de Napoléon. Une toile du campo vaccino de William Turner a été vendue récemment à Londres 35,7 millions d’euros, je n’ai pas calculé en livres après le Brexit !
Dans la via del Quirinale, mon regard est attiré par deux statues dans de jolis jardins bien ombragés. La première célèbre le roi Carlos Alberto de Sardaigne connu aussi sous le nom de Charles Albert de Savoie en raison de son appartenance à cette famille. C’est d’ailleurs lui qui, par ordonnance, créa la future station olympique d’Albertville, en réunissant les deux bourgs de Conflant et de l’Hôpital. Il abdiqua pour son fils Victor-Emmanuel II, celui à qui le Vittoriano est dédié piazza Venezia.

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Je vous avoue sans honte que lorsque j’ai découvert le nom de Carlos-Alberto gravé dans la pierre, j’ai pensé en priorité au capitaine de l’équipe du Brésil lors de la Coupe du Monde de football 1970. C’était au stade Azteca que, quelques semaines plus tard, j’allais fréquenter lors de mon séjour au lycée français de Mexico. Souvent, j’ai essayé de reconstituer la scène mythique. C’était la première fois que cette compétition était intégralement diffusée en mondiovision, les rencontres étant même programmées à 12 heures pour qu’en dépit du décalage horaire, on puisse assister aux matches à une heure décente.
« Malgré sa position d’arrière, en ce 21 juin 1970, jour de finale contre l’Italie (4 à 1), Carlos Alberto a transformé d’une frappe limpide une action de légende. Cette action, au cours de laquelle le ballon est passé dans les pieds de tous ses coéquipiers avant de terminer sa course au fond des filets, est restée jusqu’à aujourd’hui l’un des plus beaux buts collectifs de l’histoire de la compétition ».
Pour ne pas paraître trop primaire dans mes références, je m’abrite derrière les propos de deux professeurs agrégés de Géographie :
« … Pelé, face au but, glisse, à l’aveugle le ballon exactement dans la course de l’arrière droit Carlos Alberto, en principe défenseur, qui vient de l’autre bout du terrain, conclure et marquer. C’est l’un des buts qui marque l’histoire sur le plan de la qualité du jeu, et qui reste une référence pour tous les amateurs de ce sport. Nous ne sommes pas ici des spécialistes du football à proprement parler, mais n’importe quel amateur de football voit là une opposition énorme de style de jeu, et même de culture et d’identité. Les représentations mentales, l’idée qu’on se fait de soi, l’appartenance à une aire culturelle et ses valeurs, sont des entrées majeures de la géopolitique. On retrouve dans le football et sa culture propre des oppositions comme dans tous les autres champs de la culture, de l’art, de l’expression humaine. » (Jean-André L’Hôpitault et Gérard Buono)
Ça vous en bouche un coin que la statue équestre de Carlos Albert me renvoie au génie du roi Pelé terrassant l’Italie. Je n’étais pas si hors sujet que cela, c’était tout de même une histoire de souverains !
La seconde statue, d’un style beaucoup plus moderne, constitue un hommage aux carabiniers. Deux d’entre eux, emmitouflés dans leur cape, bravent une tempête imaginaire.
Encore quelques pas et j’entre dans l’église Saint André du Quirinal dont la façade ne paye pas de mine. Elle est considérée comme un des bijoux du baroque italien. Elle est l’œuvre de Bernini dit Le Bernin, sculpteur architecte et peintre du XVIIe siècle, qui fut surnommé le second Michel-Ange. Elle surprend par sa forme ovale, le maître-autel étant situé dans l’axe le plus court de l’ellipse. Elle est entourée sur son pourtour de plusieurs chapelles richement décorées.

Sant' Andrea del quirinale blog

Sant Andrea de Quirinal blog2Sant Andrea de Quirinal blog3

Encore un petit effort pour parvenir à l’Incrocio delle Quattro Fontane, en langue de chez nous, le carrefour des 4 fontaines. De cette intersection assez passagère, on possède une perspective sur trois obélisques érigés par Sixte Quint. À ses quatre coins, bien postérieures au pape bâtisseur (leur construction fut effectuée par des particuliers propriétaires des terrains limitrophes en échange de la gratuité de l’eau), des fontaines nous rafraîchissent : deux d’entre elles, féminines, représentent Junon et l’oiseau, et Diane et le chien, les deux autres personnifient les fleuves du Tibre et de l’Arno.

Carrefour 4 fontaines blog1Incroci fontaines blog2Palais Barberini blog

Nous sommes au point culminant du Quirinal d’où nous redescendons, cette fois, par une rue plus pentue. Fontaines, je ne boirai pas de votre eau, pendant que ma compagne assure le ravitaillement en bouteilles d’eau, j’observe derrière les grilles la façade du Palazzo Barberini, en partie œuvre du Bernin. Le palais abrite la Galerie nationale d’Art ancien qui réunit des œuvres majeures de la peinture italienne, Titien, Le Tintoret, le Pérugin, Caravage, juste pour vous mettre l’art à la bouche, car pour l’eau je garde la bouteille précieuse avec le mercure qui grimpe.

Fontaine Barberini blog1

Piazza Barberini, que découvre-je ? Je vous le donne en mille, une fontaine ! Commandée par le pape Urbain VII, la Fontaine du Triton est l’œuvre du prolifique Bernin. Elle représente le dieu grec des mers Triton, fils de Poseidon et Amphitrie, mi-homme mi- poisson, soufflant dans une conque, juché sur une vaste coquille soutenue par quatre dauphins.

Obelisque Piazza di Spagna blogTrinita de Monti blog3Trinita de Monti blog2Trinita de Monti blog1

L’obélisque de la Trinita dei Monti en guise de phare, je monte vers le Pincio à la pente raide bien qu’il n’appartienne pas aux sept collines. Je récupère quelques minutes à la fraîcheur de l’église de la Trinité-des-Monts.
« Il y a ici quelques bons tableaux anciens », écrivait Stendhal « et une foule de croûtes modernes. Les artistes allemands viennent dans cette église se moquer de nous, car la plupart de ces croûtes sont françaises ». Est-ce une façon de nous consoler de ne pouvoir visiter l’église pour cause d’office ?
Ce que peu de touristes savent, mais malheureusement c’est interdit à la visite, c’est que dans le cloître, sont peints en haut des murs tous les portraits des rois de France depuis l’origine y compris le premier roi des Francs, Pharamond, l’ancêtre des Mérovingiens.
C’est encore ma déveine, le célèbre escalier de 137 marches qui descend vers la place d’Espagne est recouvert de bâches en plastique sans qu’il s’agisse d’un travail artistique du sculpteur emballeur Christo.
Pour faire avaler la pilule aux nombreux touristes déçus, des silhouettes d’acteurs et actrices célèbres qui ont fait la gloire de Rome au cinéma, sont disposées le long des marches.
Tiens, cette fois, Claudia ma chère connaissance d’enfance m’a reconnu !

Piazza di Spagna blog2Piazza di Spagna blog3Piazza di Spagna blog1

Je dépasse aussi Elizabeth Taylor et Richard Burton en tenue de ville. Ils se connurent à Rome dans les studios de Cinecitta en 1961, à l’occasion du tournage de Cléopâtre, le mythique péplum de Joseph Mankiewicz. Elle avait déjà été mariée quatre fois, ils se marièrent deux fois ensemble. Sa vie sulfureuse ressemblait un peu à celle de Cléopâtre qu’elle allait interpréter, la reine d’Égypte ayant épousé successivement Ptolémée XIII son premier frère, Ptolémée XIV son second frère, fut amante de Jules César dont elle eut un fils Césarion, puis la maîtresse de Marc Aurèle qui lui donna trois enfants et était incarné par Richard Burton dans le film.
« Un des grands avantages de tourner Cléopâtre à Rome était la proximité de la délicieuse boutique Bulgari » confiait l’actrice aux gazettes. Peut-être que ce matin, ils descendent justement jusque chez le grand joaillier un peu plus bas !

Piazza di Spagna blog4Piazza di Spagna blog6Piazza di Spagna blog5

Au pied de l’escalier, jaillit évidemment … une fontaine, la Fontana della Barcaccia. Elle serait l’œuvre du père du Bernin au XVIIe siècle. Elle représente une barque semblant faire naufrage dans son bassin.
Nous donnons quartier libre une demi-heure aux compagnes, nous savons qu’elle ne pourront pas être dispendieuses dans les boutiques de la Via dei Condotti, une des rues les plus élégantes et luxueuses de Rome. Ici, les enseignes les plus prestigieuses d’Italie y ont pignon sur rue, Gucci, Valentino, Versace Bulgari, Armani, Ferragamo, Ferdi, et à quelques centaines de mètres de Saint Pierre, le diable peut même s’habiller en Prada. Hermès. Dior et Saint-Laurent portent aussi haut nos couleurs.

Via Condeitti blog 3iVia Condeitti blog 2Via Condeitti blog 1

Je glisse un œil à l’entrée de l’Antico Caffé grec fondé en 1760 pour y surprendre les fantômes de Goethe, Wagner, Berlioz, Andersen, D’Annunzio ou Stendhal qui le fréquentèrent.
Pour que nos compagnes se confessent de leur péché d’envie, je vous avais prévenu qu’elles n’achèteraient rien pourtant, nous entrons, sur la Via del Corso, dans la première église venue, la basilique Saint-Ambroise de Milan et Saint-Charles Borromée. Construite au XVIIe siècle, c’est une ode au baroque avec sa coupole décorée de stucs, ses fresques colorées, ses nuances de marbre, ces colonnades massives, ses plafonds à caissons.

église Saint Ambroise blogBasilica Sant'Ambrosio  e Carlo blogSant' Ambrosio e Carlo blog 2

C’est un peu sacrilège dans la ville éternelle, nous cédons cette fois au péché de gourmandise au restaurant d‘Il Brillo Parlante, littéralement « L’ivrogne bavard », j’ignorais être bavard. La terrasse est à l’ombre dans une petite rue étroite à l’écart de la bruyante Via del Corso. Encore que ce soit un ballet répété de limousines noires, les chauffeurs tournant sans doute dans le quartier en attendant que leurs clientes fortunées eussent effectué leurs emplettes dans la via dei Condetti.
Je ne garde pas un souvenir impérissable de ma pizza, par contre, je me délecte au sous-sol d’une exposition photographique sur le thème des acteurs et actrices et des pâtes. Y figure même notre Charles Aznavour … sans la Mamma ni Giorgio le fils maudit !

Gina Lolobrigida blogMastroianni pâtes blogAznavour pâtes blog

À deux rues de là, Federico Fellini et Giuletta Masina vécurent au 110 de la Via Margutta. En témoigne une plaque que l’on peut traduire approximativement ainsi :

« Que de rues rares et belles
Qui sont la fierté de ce monde
Et qui enchantent le regard.
Sais-tu, pourtant, ce que je réponds ?
Désormais il est évident
Que c’est la Via Margutta
Qui les bat toutes
Tant elle est unique et spéciale
Et de part le monde elle n’a pas d’égale ! »

plaque Fellini blog

Je retrouve la Via del Corso, une large rue absolument rectiligne de 1 500 mètres qui emprunte le parcours urbain de l’antique Via Flaminia. Elle tiendrait son nom des courses de chevaux que le pape Paul II y organisait au XVe siècle. Selon que je regarde derrière ou devant moi, je découvre dans la perspective, ou le Vittoriano de la Piazza Venezia ou l’obélisque de la Piazza del Popolo que j’atteins maintenant.
Son entrée est encadrée par deux églises jumelles, Santa Maria di Montesanto, et Santa Maria dei Miracoli malheureusement en travaux et complètement masquée par une publicité géante pour la compagnie Allitalia.

Piazza del Popolo église blog6Piazza del Popolo église blog5

Le miracle provient, en face, côté Nord de la place, de la Basilica di Santa Maria del Popolo. De construction Renaissance, le quasi incontournable Bernin apporta sa note baroque en ajoutant des statues en stuc sur les arcades de la nef qui distribuent une série de chapelles regorgeant de chefs-d’œuvre, des fresques du Pinturicchio, des statues de Bernini, je vous offre la coupole de la chapelle Gigi dessinée par Raphaël avec la mosaïque de La Création du monde, ainsi que la Crucifixion de Saint-Pierre du Caravage.

Caravage blogPiazza del Popolo église blog4Création du monde Raphaël blog

On frise le syndrome de Stendhal, il faut éviter la station prolongée. Donc je sors !
En ce milieu d’après-midi, est-ce la chaleur qui accable les touristes (il paraît qu’il pleut toujours chez vous … enfin, chez nous !), la place semble presque déserte. Il est vrai qu’elle est tellement vaste. Je vous parie cependant qu’elle sera absolument comble dans quelques jours si la Squadra Azzura remporte notre Euro de football.

Piazza del Popolo  blog1Piazza del Popolo  blog2Piazza del Popolo  blog3Piazza del Popolo  blog5Piazza del Popolo  blog4

Les obélisques circulent plus facilement dans Rome que les automobiles ! Celui-ci fut ramené d’Héliopolis (en 10 avant J.C) en Basse-Égypte et érigé au Circus Maximus sous le règne d’Auguste. Le pape bâtisseur Sixte Quint commanda au XVIe siècle de le dresser ici.
Il semblerait que ce soit l’architecte Valadier, celui-là même que Stendhal fustigeait pour sa restauration de l’arc de Titus (voir billet précédent), qui soit à l’origine de la forme ovale actuelle de la place ainsi que de l’installation des fontaines. Celle, au pied de la colline du Pincio, est particulièrement majestueuse avec la déesse Rome flanquée de figures allégoriques représentant le fleuve Tibre et son affluent Aniene, avec en-dessous la louve du Capitole allaitant les jumeaux.
Je poursuis ma vaste déambulation dans le centre historique : prochain objectif, la piazza Navona, en empruntant la Ripetta, une autre des trois grandes artères (avec la via del Corso et la via del Babuino) qui forment le « trident » avec la Piazza del Popolo à la pointe. Certaines sources affirment que le coût de sa construction aurait été financé par une taxe sur les lupanars.
C’est une rue qui dégage une atmosphère plus populaire mais loin d’être dénuée de charme avec ses vieilles façades parfois décrépies, ses magasins d’alimentation, ses brocanteurs. On y trouve aussi l’institut des Beaux-Arts.

Via Ripetta blog2Via Ripetta blog1

Très proche de la rive droite du Tibre, un port s’y trouvait encore au XIXe siècle, non loin du pont Cavour, à hauteur des églises quasi contiguës de San Rocco et Saint Jérôme des Croates. Stendhal eut la chance de pouvoir l’évoquer dans ses Promenades.

Gravure Port de Ripetta blog

Son aspect ombragé et son calme relatif sont bienvenus en ce chaud après-midi avant de retrouver l’affluence à l’approche du Panthéon.
Stendhal était dithyrambique à son sujet : « Le plus beau reste de l’antiquité romaine, c’est sans doute le Panthéon ; ce temple a si peu souffert qu’il nous apparaît comme aux Romains … Le Panthéon a ce grand avantage : deux instants suffisent pour être pénétré de sa beauté. On s’arrête devant le portique, on fait quelques pas, on voit l’église et tout est fini. Ce que je viens de dire suffit à l’étranger ; il n’a pas besoin d’autre explication, il sera ravi en proportion de la sensibilité que le ciel lui a donnée pour les beaux-arts. »

Pantheon blog

Je ne verrai malheureusement pas l’intérieur car la longueur de la file d’attente nous enlève tout courage.
Le Panthéon fut construit en 27 avant notre ère par Agrippa, général (et plus tard gendre) d’Auguste. Ravagé par plusieurs incendies, il fut reconstruit vers 125 après J.C sous le règne de l’empereur Hadrien.
À la différence de celui de Paris, c’est une église, Santa Maria Rotonda, et non une nécropole, encore qu’il abrite quelques rares tombeaux dont le plus célèbre est le peintre de la Renaissance Raphaël. Sur son sarcophage, on peut lire cette inscription : « Ci-gît Raphaël. À sa vue, la nature craignit d’être vaincue ; aujourd’hui qu’il est mort, elle craint de mourir ». Le désastre écologique aurait-il trouvé son coupable ?

Pantheon Fontaine blog2Pantheon Fontaine blog1

Par contre, Stendhal était fort critique sur l’obélisque qui s’élance devant le monument sur la Piazza della Rotonda en mentionnant même un détail cocasse : « Cet ornement est on ne peut pas plus mal entendu. Au lieu de charger la place qui enterre le Panthéon, il faudrait en faire enlever douze pieds de terre. Lorsque le Tibre inonde Rome, tous les rats du quartier se réfugient sur la partie du pavé du Panthéon, qui est placée au-dessus de la lanterne, où on les fait attaquer par des troupes de chats. » Chacun ses plaies, aujourd’hui j’empeste contre la « geste autocentrée des addicts aux selfies » !
Sinon, que voulez-vous, Rome est embarrassée avec ses obélisques qu’elle promène au fil des siècles. Celui-ci, en marbre rouge, couvert de hiéroglyphes, construit à l’origine par le pharaon Ramsès II pour un temple d’Héliopolis, ramené à Rome dans l’Antiquité pour un temple dédié à Isis sur le Champ de Mars (aujourd’hui disparu), fut finalement dressé en 1711 sur la piazza della Rotonda à la demande du pape Clément XI.
La fontaine en marbre qu’il surmonte est plus ancienne (1578) et appartenait au projet d’un autre pape Grégoire XIII d’étendre la distribution de l’eau de l’Acqua Vergine (aqueduc) à 18 nouvelles fontaines publiques.
Pour pondérer l’opinion de Stendhal, je trouve tout de même beaucoup d’élégance à « cet ornement » avec en arrière-plan les maisons ocres et jaunes qui entourent la place.
Pour achever en grande beauté notre promenade, nous rejoignons la Piazza Navona toute proche, un des hauts lieux touristiques de Rome. Près des fontaines, on laisse couler la vie devant soi, c’est sans doute cela le farniente à la romaine, le mot vient d’ailleurs de l’italien fare, faire, et niente, rien. Goûtons donc une demi-heure à une des spécialités du pays, ne faisons rien en savourant à une terrasse notre birra a la spina tandis que des musiciens de rue distillent quelques succès internationaux.
Ça a un côté presque intime, du moins paisible, qui surprend sur cette place démesurément allongée. Sa forme oblongue épouse exactement les dimensions du stade que l’empereur Domitien avait construit au 1er siècle de notre ère.

maquette piazza Navona Domitien blog

Il y organisait, non pas des combats de gladiateurs, mais des jeux à la grecque, concours d’éloquence, de poésie et de musique, course à pied, pugilat (ce devait être ce qu’on appelle la lutte gréco-romaine), lancers de disque et de javelot.
Désormais, ce ne sont plus que jeux d’eau. Au centre de la place, majestueusement baroque, se dresse la Fontana dei Fiumi (Fleuves) commandée par le pape Innocent X au Bernin, il a dû tremper dans des délits d’initiés celui-là, ce n’est pas possible !

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Comme son nom l’indique, elle représente les quatre fleuves symbolisant les quatre parties du monde : le Danube pour l’Europe, le Gange pour l’Asie, le Rio de la Plata pour l’Amérique et le Nil pour l’Afrique.
La légende prétend que trois des quatre statues, gesticulantes, lèvent le bras pour se protéger de l’éventuel écroulement de la façade de l’église Santa Agnese in Agone. L’écrivain Dominique Fernandez y voit avec humour un refus aux gelati du glacier en face. Plus sérieusement, si l’Afrique se voile la face, c’est pour marquer l’ignorance dans laquelle on était du lieu de la source du Nil à l’époque. Pas d’interprétation hâtive donc !
J’oubliais, cerise sur la pièce montée berninienne, il fallait bien sûr un obélisque. Il porte le nom de Domitien en hiéroglyphes et est surmonté d’une colombe emblème de la famille Pamphili dont le palais se trouve en face.

Piazza Navona Maure blog 7Piazza Navona Maure blog 9Piazza Navona Maure blog 8Piazza Navona Neptune  blog 10Piazza Navona Neptune  blog 11

La fontaine des Quatre fleuves éclipse celles, pourtant gracieuses, du Maure et de Neptune, situées aux extrémités de l’ancien cirque.
Tandis que je tente de sortir du dédale de ruelles du Campo de Marzo, une vieille bigote me fuit devant mes demandes répétées (et polies) de renseignements. Je désirais juste la direction du palais Farnese,
Celui-ci est, depuis la fin du XIXe siècle, le siège de l’ambassade de France en Italie et de l’École française de Rome. Symbole de l’amitié franco-italienne, en dépit de la grenouille de bénitier romaine, le palais fait l’objet d’un bail jusqu’en 2035 en échange de l’hôtel de La Rochefoucauld-Doudeauville, siège de l’ambassade d’Italie à Paris.

Palais Farnese blog

Quelques pas encore, nous nous retrouvons vite sur les bords du Tibre, qui plus est, à hauteur du Pont Sixte par lequel on accède directement au Trastevere qui commence à s’animer.

Pont Sixte blog 1Pont Sixte blog 2Trilussa blog

Un petit salut au poète Trilussa, vous le connaissez de l’avant-veille, qui surgit de son mur.
Une pensée aussi pour Alberto Sordi dont je découvre qu’il naquit dans ce quartier populaire : « Acteur et inoubliable interprète de l’histoire de tous les Italiens » !

Sordi blog

Il fut l’un des quatre mousquetaires de la comédie à l’italienne avec Ugo Tognazzi, Vittorio Gassman et Nino Manfredi. Il tourna avec les grands maîtres du cinéma de l’époque Mario Monicelli, Ettore Scola, Dino Risi, Luigi Comencini, Mauro Bolognini, Federico Fellini, dans « tous les films italiens qu’on allait voir dans les années 70 » comme le chantait nostalgiquement Yves Simon.

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Cet air va m’accompagner jusqu’à la location où m’attend une bouteille de blanc bien frais de Vernaccia de San Gimignano ! « À Paris, la Seine était grise … », il paraît qu’elle déborde en ce moment ?

Publié dans:Coups de coeur |on 1 juillet, 2016 |Pas de commentaires »

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