Vacances romaines (1)

Lunedi 23 maggio 2016

En route pour mes Vacances romaines ! Il fallait bien que je trouve un titre à ma série de billets sur mon récent séjour en Italie, alors pourquoi ne pas emprunter celui de la célèbre comédie romantique de William Wyler qui reçut trois Oscars en 1954 sur ses dix nominations. Je ne souhaite pas que, comme l’héroïne du film Audrey Hepburn, ma compagne s’endorme sur un banc du Colisée et soit séduite par un beau reporter au physique de Gregory Peck, mais de cela, nous aviserons plus tard.
Pour l’instant, il s’agit de traverser une France morose accablée par les pluies continuelles et les multiples manifestations contre le projet de loi sur le travail. À la radio, on brandit même le spectre d’une éventuelle pénurie de carburant suite au blocage de certains centres de stockage.
Ouf, je passe tous ces obstacles sans encombres et me retrouvant à Modane, près de la frontière, vers 16 heures, je décide de poser mes valises en terre italienne dès le premier soir.
Pas si simple cependant car s’il tombe des hallebardes dans la vallée de la Maurienne, c’est la neige et le brouillard qui rendent délicat l’itinéraire par le col du Mont Cenis. Même si cela me permet de tester mes quelques rudiments de la langue de Dante, je ne place qu’une confiance limitée en l’optimisme du chauffeur de car transalpin assurant la liaison journalière entre Bardonecchia et Modane.

Mont-Cenis blog

À défaut de pneus neige, il y aurait bien la solution historique louée par la municipalité voisine de Bramans. En effet, elle a élevé une sculpture monumentale de quatre mètres de hauteur évoquant le franchissement des Alpes par Hannibal et ses éléphants.

elephant d'Hannibal

Les sources les plus fiables proviennent des récits de Tite-Live et de Polybe, le chef carthaginois Hannibal, en l’an 218 avant J.C, après avoir quitté l’Espagne et traversé les Pyrénées, aurait rejoint le nord de l’Italie en passant dans la région avec ses 30 000 hommes et 37 éléphants pour combattre les légions romaines lors de la Deuxième guerre punique.
Le trajet exact emprunté par Hannibal divise toujours les historiens et spécialistes. Récemment, l’un d’entre eux, un microbiologiste de l’université de Belfast, après l’analyse carbone de crottin le datant de 200 avant J.C, a émis l’hypothèse (contestée) d’un itinéraire plus méridional par la vallée de la Haute-Durance.
Foi d’Hannibal, les habitants de Bramans ne sont pas prêteurs, accordons-leur tout de même le passage des pachydermes par le col Clapier reliant la vallée de la Maurienne et le val de Suse. Parvenus dans la plaine du Pô, les soldats carthaginois durent combattre les Taurins (peuple celto-ligure qui occupait l’actuel Piémont dont la ville principale est Torino ou Turin) avant d’en découdre avec la cavalerie romaine du consul Publius Cornelius Scipion (père de Scipion l’Africain dont j’aurai l’occasion de vous reparler) lors de la bataille de la Trebbia.
Je n’ai comme unique ressource que de débourser 43 euros pour emprunter le tunnel routier du Fréjus, ainsi nommé parce qu’il est percé sous la pointe du Fréjus, une montagne qui culmine à 2 934 mètres entre la France et l’Italie.
Ça fait certes cher en sesterces les douze kilomètres que fait sa longueur, mais en prime, et aujourd’hui c’est sacrément appréciable, on a droit à sa sortie au soleil qui inonde le val de Suse. C’est fou comme le moral remonte : Forza Italia !

Susa vue générale

Suivant les suggestions de Booking.com repérées à la hâte sur notre tablette, nous jetons notre dévolu sur l’hôtel Fell à l’entrée de la ville de Susa (Suse en français mais il faut s’adapter à la langue du pays !). Le patron accueillant stigmatise notre chance, il s’agirait de la seule chambre encore libre. J’en suis moins persuadé, nous ne croiserons que deux autres couples de Français au cours de la soirée et au petit déjeuner du lendemain.
Cela n’a d’ailleurs aucune importance, de plus la première impression est favorable : l’escalier qui mène à l’étage est joliment décoré de photographies de la flore régionale et de croquis à la gloire du « roi des vins, vin des rois » (des papes aussi), le Barolo, prestigieux nectar du Piémont.

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Barolo ha il diavolo in corpo, le Barolo a le diable au corps, Il retrogusto, l’arrière-goût, les Italiens ont du talent quand ils parlent d’amour et de vin.
Avec de tels arguments, le comte Cavour qui élabora ce cru dans son domaine de Grinzane ne pouvait que réussir l’Unité italienne, un sujet d’Histoire qui ennuya beaucoup de candidats au bac !
La belle lumière de la fin de journée incite à la promenade le long du torrent encore impétueux de la Doire Ripaire.

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L’église de la Madonna del Ponte offre une architecture curieuse. Je ne sais pas qui du curé de la paroisse ou du conservateur du musée diocésain d’art sacré aux formes futuristes jouit de l’appartement surplombant la rivière, mais je succomberais volontiers au péché d’envie.

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En Italie, les églises, même celles des villages les plus modestes, sont largement ouvertes au public. C’est toujours un ravissement et une émotion d’y entrer pour en admirer les richesses artistiques. Sans importuner l’unique fidèle qui y prie en cette heure déjà tardive, je contemple la coupole et quelques fresques.
Le musée diocésain abrite quelques trésors dont une émouvante statue en bois de tilleul de la Vierge et l’enfant datant du XIIe siècle qui a d’ailleurs donné son nom à l’église.

Vierge à l'enfant Susa

À la recherche d’une trattoria pour le dîner, le sportif désormais en chambre que je suis s’arrête un instant devant une vitrine.

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Émozioni : des antiques godasses de footballeur et un « référentiel bondissant » comme disent les pseudo-pédagogues d’aujourd’hui, un vieux rond de cuir d’un poids de 396 grammes « en début de partie » comme le précisaient les règles énoncées par la Football Association.
Mon émotion se nourrit plus encore de la photographie de la mythique équipe du Torino en 1949. Comme nous informe la légende : « Campioni d’Italia 1942-43, 1945-46, 1947-48, 1948-49 … solo il fato vinse ! Seul le destin a gagné ou en a voulu autrement.
Le 4 mai 1949, le vol spécial Avio-Linee Italiane transportant l’équipe du Torino Football Club ainsi que quelques journalistes, de retour d’un match amical à Lisbonne, s’écrasa contre un mur de soutien de la basilique de Superga qui domine la plaine du Pô à quelques kilomètres de Turin.
Dix-huit joueurs dont huit internationaux italiens périrent dans ce crash. C’est le sélectionneur de la Squadra Azzura de l’époque qui fut chargé d’identifier les corps. L’international français Émile Bongiorni, ancien avant-centre du Racing Club de Paris, et Roger Grava ancien ailier gauche du CO Roubaix Tourcoing, figuraient parmi les victimes.
L’écrivain Dino Buzzati, présent aux obsèques, déclara : « S’il s’agissait de savants ou d’écrivains, personne ne pleurerait … » Le Torino représentait alors le sport de toute l’Italie, le symbole d’un pays qui sortait meurtri par la guerre. J’ai eu l’occasion d’en parler dans mon billet hommage au grand footballeur Alfredo Di Stefano, l’équipe argentine de River Plate organisa une série de matches en Europe dont les bénéfices furent reversés au club endeuillé (http://encreviolette.unblog.fr/2014/11/09/di-stefano-seleve-plus-haut-que-tout-le-monde/).
La ville de Susa est liée à un autre souvenir sportif de l’enfant que je fus, en véritable adoration devant son idole Jacques Anquetil. C’était un jeudi de juin 1959, jour chômé par les écoliers à l’époque. Ce bel après-midi-là, je suivis à la télévision, en noir et blanc bien sûr, la retransmission de l’étape du Giro d’Italia. Dans son exercice de prédilection contre la montre, sur les 51 kilomètres reliant Turin à Suse, mon champion accomplit un exploit retentissant en remportant l’étape à la vitesse de 47,539 km/h, reléguant très loin tous ses adversaires notamment Charly Gaul. Vous imaginez comme j’étais heureux : Anquetil allait être le premier coureur français à épingler à son palmarès le Giro qui s’achevait trois jours plus tard.
C’était sans compter avec l’Ange de la montagne qui, le surlendemain entre Aoste et Courmayeur, anéantit ma joie en le dépouillant de son maillot rose dans une de ces chevauchées dont il avait le secret.

Giro 1959 Anquetil-Gaul blog

Le cyclisme est une religion en Italie. Mais qu’avait fait la Madonna del Ponte pour mon campionissimo ? Il se vengea l’année suivante.
Le val di Susa a souvent été le théâtre d’étapes stratégiques du Giro parce qu’il se trouve à la confluence de routes menant aux cols du Mont Cenis, du Montgenèvre et de la Finestre.

Susa blog2

Allez, laissez-moi savourer ma première gorgée de birra a la spina (pression) à la terrasse du Caffé del Sole, Piazza IV Novembre, date commémorative du Risorgimento, renaissance et unification de l’Italie par les rois de la maison de Savoie.

Publié dans : Coups de coeur |le 7 juin, 2016 |Pas de Commentaires »

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