Archive pour juin, 2015

Trois jours en Alsace (1) : Guebwiller

« Salut, ô Florival (Florigera vallis), tu es presque rivale du paradis, avec tes collines fécondes et tes coteaux que les pampres de la vigne recouvrent ».
Ainsi, le frère Frulandus, moine poète du XIe siècle, parlait de la vallée de Guebwiller, but de ma première promenade à l’occasion d’un récent séjour en Alsace.
Pour les élèves les plus studieux de l’école communale de grand-papa, Guebwiller évoque une histoire de ballon. Il ne s’agit pas de l’énigmatique « référentiel bondissant » né de l’imagination pompeusement jargonnesque de quelques technocrates de l’éducation nationale pour qualifier la balle ronde de nos jeux dans les cours de récréation, mais du nom usuel sous lequel on désigne quelques sommets des Vosges, en la circonstance le Ballon de Guebwiller plus couramment appelé Grand Ballon, point culminant du massif montagneux avec ses 1 428 mètres d’altitude.
Auparavant, en cette heure apéritive, j’effectue un petit crochet par l’un des beaux villages de France, Hunawihr que je vous ai fait visiter dans mon billet du 12 juillet 2010 Quand passent les cigognes, histoire de déguster (avec modération car je conduis) quelques ballons (de vins) d’Alsace à l’accueillant caveau Sipp Mack et renouveler ma provision de Pinot gris et Gewurztraminer vieilles vignes.

Hunawihr blog

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N’imaginez pas que l’ivresse me détourne de mon sujet. En effet, la viticulture fit de Guebwiller, au XIIe siècle, l’une des plus importantes villes d’Alsace, et les grands crus classés locaux de la Wanne (aujourd’hui Kessler)), du Saering et du Kitterlé transitaient alors par Bâle et Lucerne en direction de l’Autriche, sous l’impulsion des princes-abbés de Murbach vers l’abbaye desquels je me dirige maintenant.
Les moines ont le chic de s’installer dans des endroits paisibles ; ainsi, cachés dans les bois, au pied du Grand Ballon, les vestiges de l’abbaye de Murbach se dressent au fond d’un vallon solitaire, loin de la grande route, à une lieue et demie de Guebwiller.

Abbaye Murbach

Avant d’accéder à l’abbatiale, je traverse un jardin de curé accolé à l’ancien presbytère. À défaut d’ecclésiastique, des bénévoles y font pousser des plantes médicinales, condimentaires et ornementales cultivées au Moyen-Âge.

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Quelques pancartes mentionnent poétiquement les propriétés de certaines d’entre elles. Ainsi, j’apprends que la Consoude tire son nom de ses capacités à accélérer la consolidation des fractures grâce à sa teneur en allantoïne.
Assis sur un banc de pierre ou en arpentant les différents plants, le lieu est propice à quelques instants de sérénité et méditation … de zénitude dirait notre ministre de l’Écologie prise récemment le doigt dans le pot de Nutella.
On peut lire, dans sa langue originale, le poème enluminé de fleurs Der Blütenzweig de l’écrivain allemand naturalisé suisse Hermann Hesse, prix Nobel de littérature en 1946. En voici la traduction :

« La branche en fleur se balance,
De ci, de là, dans le vent.
Mon cœur, comme au temps d’enfance,
Monte avec elle ou descend,
Jours de fête ou tristes jours,
Force, abandon, tour à tour.

Voilà les fleurs envolées,
La branche de fruits chargée;
Le cœur d’enfant désormais
A trouvé la paix.
Il sait que ce fut joie et non vaine folie,
Ce jeu mouvementé, bigarré, de la vie. »

Mes pensées s’envolent aussi vers la chapelle des Simples de Milly-la-Forêt décorée par Jean Cocteau (voir billet du 6 décembre 2014).

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Peu après le porche menant à l’abbatiale, m’attend Saint Pirmin dans sa robe de grés rose à la mode néo-médiévale. C’est à cet évêque que s’adressa, en 727, le comte Eberhard, frère du duc d’Alsace et neveu de Sainte Odile, lorsqu’il décida de fonder l’abbaye sur ses terres de la vallée de la Lauch.
Il semblerait qu’existait alors, non loin de Guebwiller, une petite communauté de moines irlandais « pérégrins », c’est-à-dire refusant de s’enraciner longtemps en un lieu afin de mieux marquer leur volonté de servir Dieu. Soucieux d’organiser la vie monastique sur des bases plus stables, Pirmin introduisit la règle de saint Benoît. Ainsi, le monastère du Vivarius Peregrinorum (Vivier des Pérégrins), nom ancien de Murbach, fut le premier en Alsace à vivre sous la règle bénédictine, ne pas confondre avec la liqueur digestive fabriquée à Fécamp au risque de figurer dans quelque recueil de perles de cancres. Cela dit, la prescription de Saint Benoît, « de la mesure à garder dans le boire », autorisait les moines de sa congrégation à consommer au repas environ une hémine de vin par jour (entre 27 et 46 centilitres selon les régions). Cela dit encore, la légende raconte que l’élixir du Pays de Caux aurait été mis au point à l’abbaye de Fécamp par un moine vénitien, l’histoire affirme plus vraisemblablement que la bénédictine fut élaborée par Alexandre le Grand et un pharmacien à partir de vieilles recettes médicinales tirées d’un livre ayant appartenu à l’abbaye cauchoise. Bon, je vous narrerai peut-être cela plus en détail un jour.
Eberhard dota richement la nouvelle abbaye laquelle afficha bientôt un important patrimoine avec la possession de nombreux biens fonciers et droits dans de nombreux villages de la trouée de Belfort à la forêt de Haguenau, ainsi que des domaines dans le Palatinat et les régions de Worms et Mayence. L’abbaye reçut aussi d’importants privilèges tels la libre élection de l’abbé, la soustrayant au pouvoir de l’évêque diocésain, et l’immunité, c’est-à-dire son autonomie par rapport aux agents du pouvoir royal. Ces avantages lui permirent de relever directement du pape au spirituel et de l’empereur au temporel (puis du roi de France après 1680). Charlemagne, pour tout vous dire, se proclama même abbé laïc (c’était donc un Charlie avant l’heure ?) et même recteur de Murbach en 782.
L’abbaye très active créa des hymnes liturgiques bien connus des linguistes en raison de la traduction alémanique qui les accompagnait. Par souci pédagogique (dire que nous délaissons les langues mortes), on voulait que les novices comprennent le sens des poèmes latins qu’ils apprenaient à chanter. La bibliothèque de Murbach était l’une des plus riches de la haute vallée du Rhin. Dans son roman Le Nom de la rose, Umberto Eco cite même cette abbaye comme un atelier de copie encore actif au XIVe siècle.
Cette embellie s’acheva brutalement avec le raid hongrois de 926, il faut se méfier des Hongrois, même si républicains, encore aujourd’hui ! En juillet de cette année-là, des cavaliers pillards avec à leur tête le redoutable Zoltan (non pas Zlatan !) saccagèrent l’abbaye et massacrèrent sept moines dont on peut encore voir le tombeau dans l’abbatiale.
Mais l’abbaye se releva et reprit son expansion : acquisition de terres en Allemagne et en Suisse, gérance de mines, châteaux et sites thermaux. À tel point qu’en 1228, l’empereur Frédéric II offrit aux abbés de Murbach le statut de prince du Saint Empire. Plus tard, Charles Quint leur céda même le droit régalien de battre monnaie.
À la fin du XVIe siècle, la gloire de l’abbaye déclina peu à peu, notamment en raison de l’instauration du régime de la commende qui enlevait au prieur le droit d’exercer la moindre autorité sur la discipline intérieure des moines. Lors de la guerre de Trente ans, l’abbaye fut dévastée par les troupes de Bernard duc de Saxe. Le prince-abbé perdit le droit de battre monnaie quand, en 1648, l’Alsace fut cédée au royaume de France. Les moines décidèrent de quitter définitivement Murbach en 1720 pour rejoindre Guebwiller. L’abbaye fut sécularisée en 1764 et devint un chapitre de chanoines qui fut saccagé et déserté avec la Révolution française.
Il ne subsiste, aujourd’hui, de ce joyau de l’art roman alsacien que l’église Saint Léger avec son chevet et le chœur sous deux grandes tours en grés rose. Des gravures anciennes montrent que l’édifice devait être effectivement grandiose et savoir qu’à la place de l’actuel cimetière, se trouvait la nef d’une cinquantaine de mètres de longueur, laisse imaginer la majestuosité du monument.

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L’intérieur apparaît austère dans sa simplicité. Les éléments d’époque sont rares : outre le tombeau abritant les reliques des sept moines martyrs, on peut admirer le gisant du comte Eberhard fondateur de l’abbaye.

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Dans le chœur, est installé un triptyque récent, œuvre d’un peintre murbachois. La partie centrale est l’agrandissement d’une Crucifixion tirée d’un missel de l’abbaye datant des environs de 1 200. Les deux panneaux latéraux évoquent les origines de l’abbaye avec saint Benoit, flanqué de ses moines, et saint Pirmin.

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Dans une des chapelles latérales, je découvre une statue de Corneille apprenant ainsi que l’illustre dramaturge rouennais eut un homonyme pape, vingt et unième occupant du saint Siège, vers l’an 250.
En ressortant, je retrouve, assoupis sous les frondaisons, trois individus en pierre pas très catholiques et pourtant ils le sont sacrément : Pierre, Jacques et Jean sont endormis là au départ d’un chemin de Croix.

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Il s’en passe de drôles dans ce bosquet : un peu plus loin, je surprends le Christ en personne en pâmoison devant un ange qui tient un calice.
En raison de la chaleur étouffante de ce début d’après-midi, je ne me sens pas le courage, à tort, de grimper jusqu’à l’élégante chapelle baroque Notre-Dame de Lorette perchée sur un replat surplombant l’abbatiale.

Notre-Dame de Lorette

Retour au centre de Guebwiller où je me réfugie dans la fraîcheur de l’église Saint Léger, quelques instants seulement, car en ce samedi, on s’y marie.

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C’est la plus ancienne des trois églises que compte Guebwiller. Ce sont les princes-abbés de Murbach qui en ordonnèrent la construction en 1182.
Tout en grès rose des Vosges également, elle comprend en façade deux tours carrées reposant sur des porches, et un clocher octogonal à l’arrière.
L’utilisation de la voûte d’ogives et de l’arc brisé conduit parfois à situer l’édifice dans une architecture de transition entre le roman et le gothique, ainsi lui attribue-t-on un style roman tardif.

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Pour cause d’office marital, je ne peux qu’observer superficiellement une sculpture en pierre de l’assaut lancé, une nuit de février 1445, par la bande des Armagnacs surnommés les Écorcheurs du fait de leur sauvagerie et cruauté. Pour pénétrer dans l’enceinte fortifiée de Guebwiller, ils trouvèrent comme subterfuge de dresser des échelles sur la muraille. Avaient-ils abusé des crus locaux, toujours est-il qu’ils furent surpris dans leur entreprise par une jeune fille nommée Brigitte Schick. La prenant pour la Vierge Marie, affolés, ils abandonnèrent leurs échelles sur place. Celles-ci furent conservées dans l’église en hommage à la Vierge qui avait protégé la cité. C’est faire peu de cas tout de même de la Guebwilleroise noctambule !

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À la base du clocher, je repère une petite sculpture pittoresque d’un homme accroupi prenant le soleil. En fait, il y en aurait quatre, appelés marmouset ou doggala par les vieux Alsaciens. On dit qu’ils tourneraient autour du clocher les nuits de pleine lune. À vérifier !
En tout cas, celui que j’ai débusqué semble dubitatif devant les coutumes festives contemporaines ; en effet, une Fiat mini traînant casseroles et boîtes de conserve attend les nouveaux mariés sur le parvis.
Changement de décor en déambulant dans la rue de la République en partie piétonnière : quelques façades à l’architecture ondulante témoignent du Modern Style apparu avant la première guerre mondiale.

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Quelques pas encore, je m’attarde devant l’hôtel de ville au style gothique flamboyant qui vient de célébrer ses cinq cents ans. Aux beaux jours, chaque samedi, des orchestres et fanfares de villages d’Aisace viennent jouer sur le parvis. Aujourd’hui, l’harmonie de Berrwiller donne un concert dans le plus pur style … des bandas du Sud-Ouest.

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Au coin d’une rue, il est une maison bleue du moins son pignon sur lequel est peinte une fresque dédiée à un enfant du pays, Théodore Deck. Né à Guebwiller en 1823, il fut un céramiste de grand renom et directeur de la Manufacture Nationale de Sèvres.
Comme il existe en peinture le bleu de Yves Klein, on parle du bleu de Deck. L’une de ses ambitions fut de retrouver la couleur des faïences persanes. Après des années de recherches, d’essais, de travail opiniâtre, de lutte contre les hasards du feu, il parvint à son bleu turquoise qui a donc pris rang parmi les couleurs classiques. Il repose au cimetière Montparnasse. Le célèbre sculpteur Bartholdi, auteur de la statue de la Liberté et de sa sépulture, grava l’épitaphe : « Il arracha le feu au ciel ».
Guebwiller lui consacre un musée appelé Florival qui abrite une collection exceptionnelle riche de plus de 500 de ses œuvres. Le temps me manque malheureusement pour le visiter.
Je choisis, sur les recommandations de ma caviste d’Hunawihr, de me rendre à l’ancien couvent des Dominicains. Bien m’en prend tant ce monument, construit au XIV siècle sous le Saint-Empire Germanique, propriété aujourd’hui du département du Haut-Rhin, constitue un magnifique exemple de l’architecture gothique d’un couvent des ordres mendiants (les moines y vivaient théoriquement de la charité publique).

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Je me retrouve en plein baroque avec déjà la présence de transats dans la cour du cloître. L’idée semble incongrue un instant quoique on a vu pire avec les colonnes de Buren au Palais Royal. Qui sait si les moines n’auraient pas aimé, ainsi lovés, être transportés dans leur quête spirituelle.
Mais je ne suis pas au bout de mes surprises en pénétrant dans l’église Saint Pierre et Saint Paul. Quelle émotion ! Quasi désaffectée, une scène dans le chœur comme seul mobilier, on a l’impression de la découvrir telle que les frères prêcheurs Dominicains la désertèrent à la Révolution française, sonnant le glas de son activité religieuse.

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Elle servit par la suite de casernement et d’écurie lors de l’occupation austro-russe de 1814, d’usine de teinturerie à partir de 1826, d’hôpital à la fin des années 1830 et même de halle de marché le vendredi matin jusqu’au début des années 1960. Incroyable !
La nef possédait un patrimoine exceptionnel de peintures murales des XIVe, XVIe et XVIIIe siècles, retraçant des épisodes de la Bible ou évoquant des grands saints de la vallée rhénane. Recouvertes d’un badigeon blanc du temps des Dominicains peu avant leur départ, elles ont été ainsi préservées. Des restaurations leur redonnent vie progressivement.

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Étonnamment cependant, un mécène Jean-Jacques Bourcart, grand patron du textile guebwillerois et grand amateur de musique, transforma le chœur en salle de spectacle où le premier concert fut donné le 22 décembre 1838. De par l’acoustique naturelle et exceptionnelle du lieu, sa vocation musicale ne s’est jamais démentie depuis près de deux siècles avec la réception d’artistes de renommée internationale, des sessions d’enregistrement par des grands labels discographiques et même l’accueil à résidence d’artistes.
Les « Dominicains » du vingt et unième siècle, loin d’être cloitrés, ouvrent leur couvent à tous les champs du possible musical, des troubadours médiévaux à la musique contemporaine en passant par la musique baroque et le jazz. Abritant même désormais un centre de création numérique de pointe, on peut parler d’un couvent connecté ouvert à toutes les musiques en lien avec les arts numériques.
Je ne m’étonne même plus de la présence de deux livres format vinyle de photographies des Rolling Stones et du chanteur belge écorché vif Arno, sur le remarquable autel néo gothique flamboyant de la petite chapelle catholique dans une aile du cloître.

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Et si dans ma folie surréaliste, je m’imaginais un instant, assis dans le canapé réellement installé devant l’autel, avec un vrai dominicain de l’époque, écoutant Arno chanter Le Bon Dieu de Jacques Brel ? Ne serait-ce pas ça la laïcité ? On essaie ?

http://www.mytaratata.com/emission/taratata-n145-special-jacques-brel/video/1120/arno-le-bon-dieu-1996

Je vous joins les paroles tant sa voix rauque, tellement touchante, perd parfois de sa clarté, aurait-il bu le calice jusqu’à la lie d’un bon cru d’Alsace?

« Toi, Toi, si t’étais l’ Bon Dieu
Tu f’rais valser les vieux
Aux étoiles
Toi, toi, si t’étais l’Bon Dieu
Tu rallumerais des vagues
Pour les gueux

Toi, Toi, si t’étais l’Bon Dieu
Tu n’serais pas économe
De ciel bleu
Mais tu n’es pas le Bon Dieu
Toi, tu es beaucoup mieux
Tu es un homme … »

Guebwiller possède d’autres attraits encore. C’est le fief par exemple de la famille Schlumberger dont on pourrait conter la saga. Elle y installa la première filature de coton en 1808 et fabriqua des machines textiles (peigneuses notamment) dès 1818. La ville avait plus de 4 000 employés du textile au milieu du XIXe siècle mais les crises sont passées par là.
La famille Schlumberger détient aussi le plus grand domaine viticole d’Alsace. Ma balade se termine comme elle a commencé, un verre ballon à la main.
Vous connaissez ma manie d’associer nourritures spirituelles et terrestres. Pour tout vous dire, si je dois cesser là ma promenade, c’est que ce soir, à la table fraternelle, il est prévu un baeckeoffe qui demande encore deux heures de cuisson.

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Baeckeoffe signifie le four du boulanger ». Il s’agit d’un plat traditionnel alsacien à base de viandes et de légumes marinés dans du vin blanc, que les ménagères confectionnaient autrefois avant d’aller aux champs ou au lavoir, et mettaient à cuire dans le four du boulanger, le seul four du village à l’époque. J’ai faim, je vous laisse !

Publié dans:Ma Douce France |on 24 juin, 2015 |Pas de commentaires »

Le Monument à l’Immigré(e)

J’ai profité d’un pont de mai pour visiter le Viaduc du Livre.
Il s’agissait d’une manifestation de l’association l’Autre Livre à l’occasion de laquelle une vingtaine d’éditeurs indépendants présentaient leurs publications dans les élégants locaux voûtés du Viaduc des Arts, un ensemble d’ateliers des métiers d’art installé en lieu et place de l’ancien viaduc qui reliait autrefois la voie ferroviaire de la gare de la Bastille à Vincennes.

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Battant en brèche les groupes industriels de distribution et les géants du numérique, l’Autre Livre propose une conception militante avec la défense de l’exception culturelle, de la pluralité et de la diversité dans l’édition.
N’y avait-il pas meilleure illustration, en ce jour férié du 8 mai, que de partir à la rencontre d’un de ses valeureux adhérents ?
Et, plutôt qu’appeler Jeanne d’Arc au secours, j’ai préféré ranimer la flamme citoyenne devant Le Monument à l’immigré(e) en compagnie de son auteur Per Sørensen.

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Mes lecteurs assidus connaissent déjà Per, écrivain poète danois dont j’ai loué la plume à plusieurs reprises (voir billets des 9 mars 2013, 2 juillet 2014 et 1er février 2015) au gré de ses publications.
Il m’accueille à la porte de la librairie éphémère, foulant sur le trottoir quelques mots dessinés comme une légende : Lire entre les lignes, ailleurs … C’est presque un viatique récurrent dans ses recueils de poésies, contes et haïkus.
J’ai hâte de m’incliner devant son élégant édifice littéraire, son « autre livre », ou plus justement encore son « livre autrement ». Car, en effet, Per l’a conçu artisanalement de A jusqu’à Z : le poème bien sûr mais aussi les illustrations, jusqu’à la conception et la fabrication elle-même de l’objet-livre dans un format à l’italienne.
Les images datent des années 1970 au temps où il envisageait de se consacrer à la peinture parallèlement à son activité de sérigraphie, les paroles sont des années 1990 : « Du vieux vin dans des bouteilles neuves » déclare Per avec humour, s’empressant d’ajouter … « Mais il fallait que ça soit fait » ! L’actualité criante de notre époque avec la grave crise identitaire que connaît notre société, l’impose à l’évidence.
L’idée essentielle véhiculée dans le poème est que le travailleur migrant a beaucoup donné à son « pays d’accueil », plus qu’il n’en a reçu.
En feuilletant l’ouvrage (« de la belle ouvrage » au sens noble du beau travail d’artisan), en faisant le tour du Monument en somme, plusieurs illustrations éclairent immédiatement le propos, et pour commencer, de manière répétitive, un collage directement inspiré de la série de tableaux de Pieter Brueghel dit l’Ancien sur la Tour de Babel (selon que vous souhaiteriez admirer la « Grande » ou la « Petite », il faudra vous rendre à Vienne ou Rotterdam !).
L’histoire de cette Tour est un épisode biblique. Selon les traditions judéo-chrétiennes, peu après le Déluge, le roi Nemrod, régnant sur les descendants de Noé, eut l’idée de construire à Babylone une tour suffisamment haute pour toucher le ciel et ainsi atteindre Dieu. Mais on ne défie pas Dieu comme ça et celui-ci, pour punir l’orgueil des humains, créa la diversité des langues afin qu’ils ne se comprennent plus, et les dispersa partout sur terre. La construction cessa et la Tour de Babel devint, ce qu’elle était certes déjà ( !), un mythe, et métaphoriquement une entreprise vouée à l’échec. Ce qui est bien réel, par contre, c’est la confusion et les polémiques que les langues suscitent ces jours-ci dans la nouvelle réforme du collège (langues mortes et classes bilangues) !
Un édifice vaguement penché, une architecture de galeries voûtées ne menant nulle part, un chantier ne semblant pas progresser de façon logique avec des constructions neuves surmontant des ruines, Brueghel traduit plastiquement et métaphoriquement le déséquilibre, l’irrationnel et l’absurde.

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Pour symboliser son propos, Per revisite l’œuvre du peintre flamand en remplaçant, au pied de la tour, Nemrod, l’architecte et les tailleurs de pierre, par un amoncellement de valises, et en coiffant l’édifice, au-dessus des nuages, d’un pavillon en construction.
La valise est la compagne incontournable de celui qui est expulsé ou part dans un autre pays pour travailler, pour fuir des guerres, des dictatures, des pogroms, quoique les chaînes de télévision distillent quasi quotidiennement des images de migrants sans bagages, les mains dans les poches vides, entassés sur des rafiots de fortune entre Libye et Italie.
Qu’elle soit en carton ou en osier, baluchon, sac, besace, panier, portée à bout de bras, sur la tête ou à l’épaule, dans le dos ou en stand by au sol, la valise est omniprésente dans les illustrations de Per.

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Légendée « valise militante », elle est d’ailleurs l’un des objets cultes exposés à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration sise au bout de l’avenue Daumesnil, à quelques enjambées du Viaduc.
Certes caricaturale, La valise en carton constitua aussi, dans les années 1980, un succès de librairie avec l’autobiographie de la chanteuse portugaise Linda de Suza évoquant son départ de son Alentejo natal pour la France.
Pour emprunter encore à la chanson et pasticher Charles Aznavour, il me semble que la misère de l’exil est moins pénible au soleil des couleurs souvent vives des dessins et peintures de Per. Il tire peut-être son inspiration picturale de l’île Maurice dont sa regrettée épouse était originaire, voire aussi des fresques empreintes de réalisme social du peintre mexicain Siqueiros dont il est un grand admirateur. Les teintes saturées expriment quelque part l’optimisme qu’apporte, contre vents et marées, le travailleur migrant.
Ses images éveillent des sons et j’imagine trottant dans la tête de ses personnages aux visages fermés par les peines et les douleurs, quelques notes de Sodade, sublime et poignante chanson de la regrettée artiste cap-verdienne Cesaria Evora, traitant de la séparation.

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« Si tu m’écris
Je t’écrirai
Si tu m’oublies
Je t’oublierai
Jusqu’au jour
De ton retour… »

La musique est d’ailleurs la clé (de sol ?) pour l’ouverture du Monument avec les paroles de rondes enfantines déclinées en plusieurs langues.

« Yo tengo un castillo
matarile-rile-rile …

Ah mon beau château
Ma tant’tire lire-lo… »

« Ma maison préserve, couvre mon dénuement, ma nudité », c’est la traduction de Daré mester âré, un proverbe séfarade transmis oralement de générations en générations depuis, peut-être, l’expulsion des Juifs d’Espagne en 1492. « Manger et boire si l’on est invité quelque part (fusse chez le roi) est peu de chose auprès de l’indépendance que procure sa propre maison où l’on est libre de faire ce que l’on veut, d’aller et venir à sa guise sans avoir de compte à rendre à qui que ce soit » … en somme, le pavillon en construction au sommet du Monument, le rêve que finit par assouvir l’immigré(e) de Per.

« Faim garda
Ventre plein gardera-t-il
les outils propres et libres
du cancer de la rouille ? »

Comment ne pas rapprocher ces vers de Per, d’un autre objet culte visible au musée voisin de l’histoire de l’immigration, la truelle usée, rouillée de Luigi Cavanna, le père du regretté écrivain François Cavanna auteur du si beau roman autobiographique Les Ritals, l’outil de maçon hautement symbolique de tous les bâtisseurs, au-delà de leurs propres pavillons, de la France elle-même.
Car ces immigrés ont dessiné le visage de la France. Leurs histoires individuelles ou collectives participent de l’Histoire de France.
Les vagues migratoires qui ont déferlé sur notre sol depuis la fin du dix-neuvième siècle avec la première révolution industrielle, sont les produits de nos propres nécessités, de nos besoins : nos voisins belges pour l’industrie textile du Nord, les Italiens dans l’industrie lourde de l’Est, les Polonais dans les mines, les Espagnols, les Portugais, les Maghrébins au lendemain de la seconde guerre mondiale. Cette immigration ouvrière a construit l’équivalent d’un logement sur deux, d’une machine sur sept, de 90% de nos autoroutes, a participé aux grandes luttes sociales. Elle continue l’histoire dans la construction des grands stades, dans les entreprises du bâtiment et travaux publics.
Ces immigrés (qu’on appelait autrefois étrangers) ont contribué aussi à l’Histoire de la nation en la défendant par les armes. Rappelons-nous les cent mille soldats africains de la première armée de Jean de Lattre de Tassigny, des tirailleurs sénégalais, des spahis, des goumiers dans le débarquement en Provence.
Rappelons-nous l’organisation de la MOI (Main-d’œuvre immigrée), des résistants juifs, arméniens, des martyrs de l’Affiche rouge en mémoire desquels Aragon écrivit son poème, Strophes pour se souvenir :

« … Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L’affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents… »

Tous ces gens ont versé leur sang pour sauver Le corps de la France pour reprendre le titre du beau livre de Michel Bernard.
Certains encore, par leur talent et leur réussite, ont fait la gloire de la France dans les sciences (Marie Sklodowska-Curie, prix Nobel de chimie), les arts, la chanson, le sport.
Comment donc cautionner les vieux discours d’extrême-droite voulant faire croire que les difficultés que vivent les citoyens de notre pays seraient essentiellement la faute de ceux qui viennent d’ailleurs pour travailler. On voit bien les richesses qu’ils ont apportées d’un point de vue économique et culturel …

« En tirant un pays
dit « pays d’accueil »
du bourbier défaitiste de sa léthargie économique. »

Pour comprendre le projet de « l’architecte littéraire » Per Sørensen pour dresser son Monument, pierre par pierre poétiques, il suffit de relire Les verbes auxiliaires qu’il conjugue si bien dans un précédent recueil Étoiles et yeux rouges, Incantations dans une enclave de paix précaire :

« « Peuples
quelles sont vos aspirations ? »

Être

fil de chaîne et
fil de trame
indispensables
au tissage du tissu collectif
et en même temps

Avoir

un tel tapis
(plus petit)
cache-misère
de lino ébréché
et géométrie
si aboutie
que la pensée peut y voyager
dans l’infini

être
et
avoir

une porte
à soi
à ouvrir
et à fermer

sur ces tapis »

J’ai souvent avoué humblement qu’à la première lecture, je ne comprends pas forcément grand-chose des vers surréalistes de Per … avant que, par une étonnante alchimie, le puzzle des mots et des idées ne s’ordonne progressivement.
Je n’ai d’ailleurs aucune raison de m’inquiéter de mes capacités de compréhension. Le poète dramaturge Thomas Stearns Eliot, prix Nobel de littérature en 1948, disait que la poésie peut être transmise avant d’être comprise.
De même, à certains de ses lecteurs qui lui rappelaient combien sa poésie était prétendument hermétique, le poète congolais Tchicaya U Tam’si leur opposait cette réponse en forme de boutade : « Les clés sont sur la porte. C’est-à-dire dans les titres ». En ce lendemain de fête des Mères, qu’il est magnifique celui de ses œuvres complètes éditées chez Gallimard : « J’étais nu pour le premier baiser de ma mère » !
Le poète dont l’écriture s’inscrivait dans la décolonisation et la lutte contre le racisme et les discriminations, complétait en forme de démonstration implacable : « N’est-ce pas un mauvais procès que l’on me fait, une forme de censure en décrétant que j’étais hermétique. Et voilà que j’émeus les incultes, les analphabètes – par quel miracle ? »
Bien que Dieu ait créé la « confusion » en divisant les hommes avec la multiplication des langues, Per Sørensen possède la faculté de « parler en langues » comme le glossolale et d’écrire la langue étrange et étrangère de la poésie.

« Sur un terrain
infesté
de bouts de planches lardées de clous
(lits de fakirs !)
et de câbles dénudés sous tension
(aspics phalliques fatals !)

ils l’ont construit

Fierté nue … »

… leur pavillon, leur monument !
Per n’impose pas. Pire peut-être (!), en fait mieux, il inocule insidieusement, non pas son venin mais son sérum poétique et politique en nous racontant la véritable Histoire de l’Immigré(e) à travers des bribes d’histoires souvent vues ou vécues, de détails parfois observés.

MonumentImmigréblog2

Comme souvent dans son propos, il s’intéresse aux humbles, aux modestes, ces sans grades qui ont apporté laborieusement leur pierre à l’édifice de notre pays dans lequel ils ont aussi bâti LEUR pavillon : une construction poétique à double niveau qui émeut et donne à réfléchir, à se souvenir.

« … Trop occupés
pour s’asseoir
dans leurs propres fauteuils obèses
(leur réponse cinglante
aux sièges en fer inhospitaliers
délibérément dissuasifs
castrateurs inavoués
des Offices des Migrants),
trop fatigués
pour s’asseoir et voir
dehors
les corolles miraculeuses
des mirabilis/belles-de-nuit
s’ouvrir au ralenti au crépuscule
ils l’ont érigé
(personne d’autre ne le fera) … »

Un attendrissant dessin atteste que son auteure, une jeune collégienne de sixième, en l’occurrence la fille de l’écrivain, vit éclore les belles de nuit.

monument immigré 1

Les 16 et 17 août 1893, à Aigues-Mortes, des ouvriers italiens de la Compagnie des Salins du Midi furent massacrés par des villageois et ouvriers qui les qualifiaient de « voleurs de travail. » Cinq ans plus tard, naissait la Ligue de la patrie française, d’orientation nationaliste, dans le cadre de l’affaire Dreyfus …
Il y a toujours eu des controverses, des peurs, des démagogues pour attiser les braises. Plus d’un siècle est passé, et le vent de la haine souffle encore.
Je préfère le zéphyr poétique de Per Sørensen. Son Monument à l’immigré(e) est œuvre utile.

« Sur un terrain infâme
(mais moins cher !)
envahi de broussailles bizarres
que seul le Sud sait comestibles
cuisinables
ils l’ont construit … »

Vous commencez à me connaître, mes papilles s’éveillent vite.
Surtout qu’à quelques tables du stand de mon ami poète danois (mais lui, c’est un immigré de luxe, reconnaît-il !), je déniche un savoureux bouquin : Goutte-moi ça ! Les recettes « faites ici » des habitants de la Goutte d’or (éditions Les Xérographes).
J’ai déjà faim des dolmasi farcies de Naïma, du guizado de Teresa et de son père ou du tiéboudiène de Salif. Les nombreuses recettes concoctées par les habitants du quartier métissé témoignent que l’histoire de l’immigration en France s’écrit aussi derrière les fourneaux.
Pour partager la soupe de l’amitié parisienne, j’invite pour conclure ce billet en musique l’ami Michel Dréano. Il doit passer ce soir au Viaduc. À cette heure-ci, il se dore (peut-être encore) à la Goutte d’or :

Issu de parents bretons immigrés de l’intérieur, Michel se compare « à un griot-baladin contant le voyage, l’exil, l’amour et le combat pour le droit de vivre dans la dignité et le respect des différences culturelles ».

« C’était un ouvrier, il faisait le gros dos
Contre la drôle de guerre du quotidien blafard et stérile
Il avait quatre enfants
Et une femme volubile,
Il ramenait du boulot, Entrecôtes et bavettes,
Tournedos …
Ses journées de congé, il les passait à dormir
Car il faut récupérer et puis il y a la télé
Le bestiaire de ses rêves, personne ne le connaissait
Songeait-il aux pandas, aux phoques ou aux lapins ?
Il se mettait parfois à peindre le dimanche
Ou mitonnait des plats, soignant les garnitures
Dans son trois-pièces cuisine des boulevards de ceinture
Cet homme-là c’est mon père … »

Je ne peux que vouer une sympathie toute particulière à un artiste qui compte dans sa discographie une chanson sur un Vieil encrier d’encre violette !
Plus sérieusement, dans son cursus universitaire, outre des études littéraires, on relève un master 2 de recherche en sociologie et anthropologie des migrations (tiens donc !).
J’emprunte à son site : « Journaliste, enseignant, réalisateur de documentaires, Dréano a toujours cherché les raisons de croire à la fraternité dans les banlieues du XXIème siècle ainsi que dans “ses” villes mythologiques. De laveries automatiques en épiceries arabes. De gares désaffectées en jardins ouvriers. De Paris à Belfast. De Venise à Saint-Denis. D’Hollywood à Belleville. De New York à Montreuil. … Ses mélodies, ses rythmes et ses guitares acoustiques nous entraînent dans des univers multiples, où les climats musicaux (folk-jazz, blues-funk et parfois latinos) colorent, du sépia au fluo, ses carnets de voyage dans les villes du monde occidental. »
Je m’en vais faire un tour de circonstance avec « Michael Dream » dans la Blue City :

L’histoire de l’immigration n’est pas une histoire périphérique, ni juste au-delà du périph’. Peu enseignée, mal connue, c’est bien que des artistes nous apportent leurs lumières. Pourquoi pensé-je à l’immense Bernard Dimey (j’ai évoqué sa mémoire dans un récent billet du 3 mars 2015) et son tendre poème sur L’enfance, la sienne, dans sa petite ville de Haute-Marne, Nogent ex en Bassigny ? :

« Il reste de tout ça quelques mots, des images …
… Un grand nègre jovial, sans doute anthropophage
Qui venait du Cap-Vert et je songe aujourd’hui
Qu’il avait des enfants blonds comme la Norvège,
Aux yeux bleus de vikings, le monde est si petit…
Négatif absolu d’un bonhomme de neige.
Il est peut-être mort et moi je suis parti … »

Le monument à l’immigré(e) de Per Sørensen
34 pages et 8 illustrations en couleurs par l’auteur
Collection : Poésie
Éditeur : http://www.lautrelivre.fr/editeur/toubab-kalo
Prix éditeur : 15,00 €
L’auteur Per Sørensen sera présent (sous le sigle de TOUBAB KALO) et dédicacera ses ouvrages, samedi 27 juin 2015 de 10h à 21h et dimanche 28 juin 2015 de 10h à 20h au 9ème salon des éditeurs indépendants du quartier latin. Lycée Henri IV. 23 rue Clovis. Paris 5ème.

Pour mieux connaître Michel Dréano et découvrir son univers: http://micheldreano.org/

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