L’ Riffard, ça devrait être obligatoire !

« Les pâquerettes les marguerites
Dans la prairie servent d’ombrelles
Servent d’ombrelles
Aux cantharides
Aux cantharides
Aux coccinelles
Jolis insectes
Que la mort guette
Restez sous la douce fleurette
Pour échapper au bec avide
De l’hirondelle insecticide
De l’hirondelle insecticide

Les pâquerettes les marguerites
Dans tous les temps furent la manne
Furent la manne
Des vaches rousses
Des vaches rousses
Des montagnes
Dieu vous bénisse
Bonnes génisses
Ruminez la douce fleurette
Afin que votre lait abonde
Dans toutes les crèches du monde
Dans toutes les crèches du monde

Les pâquerettes les marguerites
Sont témoins d’amours printanières
Oui printanières
Mais illicites
Mais illicites
Et buissonnières
L’heure rêvée
Est arrivée
D’effeuiller la douce fleurette
Et de froisser l’herbe jolie
Passionnément à la folie
Passionnément à la folie

Les pâquerettes les marguerites
Ornent par un soin charitable
Très charitable
Ornent la tombe
Ornent la tombe
Des pauvres diables
Ceux-ci du reste
Pour ce beau geste
Remercient la douce fleurette
Et la tiennent en grande estime
Et l’embrassent par la racine
Et l’embrassent par la racine « 

Une semaine après avoir salué l’arrivée du printemps déjà en sa compagnie, je souhaite rendre hommage à l’auteur de ces couplets pastoraux, faussement naïfs, qui naquit justement un 1er avril, voilà quatre-vingt-dix ans.
Ça vous dit quelque chose, Roger Riffard ? Asseyez-vous dans l’herbe tendre ! Il est probable que, si je vous montre son visage, vous vous souveniez l’avoir vu interpréter des seconds et, plutôt même, troisièmes rôles dans de nombreux films et téléfilms, pas mal de nanars certes mais aussi des œuvres d’auteur comme Lacombe Lucien de Louis Malle, Buffet froid de Bertrand Blier, Allons z’enfants de Yves Boisset.

Riffard4

Pour être honnête, c’est en grattant dans mes souvenirs d’enfance que j’ai redécouvert le chanteur et que m’a pris l’envie de réhabiliter en toute modestie son talent.
Car, comme l’écrit un de ses admirateurs, « ce modeste petit homme semble avoir toujours voulu faire les choses en « modeste » et en « petit » : des petites chansons qui évoquent « les p’tits trains », « la petite maison » ou la modeste pâquerette, les petites histoires de modestes jardiniers ou de piètres danseurs de java, des petits poèmes dédiés aux modestes amours et à leurs petits chagrins, aux modestes amitiés et à leurs petits tracas. » Et, c’est comme cela que la modestie mène parfois à l’oubli.
C’était donc, à la fin des années 1950. Mon frère, dans la chambre contiguë à la mienne, écoutait en boucle Brassens, comme beaucoup de jeunes gens de l’époque qui ne voulaient pas prendre la même route que leurs parents. Un jour, de son tourne-disque Teppaz, s’échappa une voix de fausset qui interprétait une espagnolade rigolote. L’image surgit sans doute, peu de temps après, sur l’étrange petite lucarne que mes parents venaient d’acquérir.
Regardez, c’est une pépite ! René-Louis Lafforgue (de parents anarchistes du Pays Basque sud, il subit la guerre d’Espagne), alors très populaire avec son succès Julie la rousse, cigarette au bec, tient le texte de la chanson, Brassens tire sur sa bouffarde. Elle était authentique la téloche de papa. Olé !

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Sensiblement à la même époque, Marcel Amont chantait Escamillo ô ô le roi de la corrida dans toute l’España, et Boby Lapointe trépignait sur une histoire d’amour compliquée entre un garçon de Castille qui vendait des glaces et une fille d’Aragon qui les aimait.
Hilarante manière de conjurer le franquisme qui sévissait encore alors ! Érasme, un prénom qui mérite qu’on tende l’oreille, faisait rêver un banlieusard un peu niais, en lui sortant tous les poncifs de la péninsule ibérique sur un air de paso doble ?
Notre sympathique hurluberlu avait déjà roulé sa bosse. En effet, né en 1924 à Villefranche-du-Rouergue, on lui connaît une brève carrière comme instituteur. Sans posséder quelque information sur son passage dans l’Éducation nationale, sinon qu’il était un peu chahuté, je devine que cet « observateur de nénuphars » dût laisser un meilleur souvenir à ses élèves qu’à ses inspecteurs.

« J’exerce un métier qui freine mon départ
Pour la fortune
Car je suis observateur de nénuphars
Au clair de lune
Compter les écus ça n’est pas mon lot
À part ceux qu’on voit briller sur les flots
Quand la lune paye en rayons comptant
Les Pierrots qui rêvent alentours des étangs »

Qui sait s’il ne sortait pas sa guitare en classe pour leur en jouer « une petite rustique et printanière », ainsi, par ces mots, annoncerait-il plus tard sur scène, « Les pâquerettes ».
Il suivit ensuite d’autres voies, notamment celles de la SNCF, y entrant comme balayeur de quais puis comme bureaucrate grâce à sa belle écriture. C’est probablement là qu’il trouva l’inspiration de ses « P’tits trains » :

« Sur les quais les quais des gares
Les p’tits trains sont à l’amarre
Les p’tits trains en trois bonds
Sont au bout de l’horizon
Moi je rest’ sur l’ quai des gares
À les suivre du regard … »
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Tchou tchou ! Les p’tits trains de notre pierrot lunaire ressemblent à celui qui nous proposait des rébus durant les interludes à la télévision et dont les Rita Mitsouko reprirent en partie la musique pour évoquer celui sinistre qui menait aux camps de la mort :

« Le petit train
S’en va dans la campagne
Va et vient
Poursuit son chemin
Serpentin
De bois et de ferraille
Rouille et vert de gris
Sous la pluie … »

C’est peut-être comme cela que Riffard fit la connaissance du romancier René Fallet dont le père fut aussi employé de la SNCF dans sa chère Banlieue Sud-Est.
Fallet publia alors, dans le Canard enchaîné, d’excellentes critiques des deux romans que Roger Riffard avait déjà écrits : La grande descente et Les jardiniers du bitume, édités tous deux chez Julliard et, aujourd’hui, introuvables, malheureusement.
En 1958, René Fallet lui dédia son roman Les vieux de la vieille qui commençait ainsi :
« Blaise Poulossière sortit de sa poche l’immensité d’un mouchoir à carreaux.
– C’est moi qu’à présent je fais cuire la soupe, le lard et le ragoût, confia-t-il à sa femme qui reposait là, devant lui, à l’intérieur du caveau de famille
– Le monde sont fou, ma pauvre vieille, le monde sont fou …
Il se moucha fortement, ce qui fit s’égailler des mésanges perchées sur une croix. Mai jouait du soleil et des fleurs sur le cimetière de campagne. »
Riffard était encore trop jeune pour jouer dans l’adaptation cinématographique mais je l’aurais bien vu interpréter le père Poulossière.
On retrouva Riffard et Fallet, au milieu des années 1960, dans le film Un idiot à Paris tiré du roman éponyme de Fallet. Ils jouaient deux figurants du village bourbonnais de Jaligny, celui-là même où Fallet, amoureux de la petite reine, organisa plus tard la truculente course cycliste des Boucles de la Besbre. Il faut revoir ce film populaire pour plein de raisons, les dialogues de Audiard, une chanson de Brel, et une distribution joyeuse avec Jean Lefebvre, Bernard Blier, Robert Dalban, Bernadette Lafont, Yves Robert, André Pousse, Jean Carmet, Pierre Richard, Paul Préboist, et j’en passe.
Au milieu des années 1950, Riffard rédigea aussi quelques articles dans Le Monde Libertaire, successeur du Libertaire dont Brassens avait été un des permanents sous le pseudonyme de Géo Cédille.
En 1960, on inverse les rôles, une journaliste en fit un portrait poétique et élogieux dans les colonnes de l’hebdomadaire anarchiste :
« Aux confins du massif montagneux, les vallées largement ouvertes vers les plaines chaudes, le Rouergue pousse vers le ciel ses pitons arides couronnés par des châteaux de contes de fées. Le Tarn gronde en dévalant les Causses qui enserrent le pays ; mangées par le temps les pierres gardent le souvenir des cours d’amour et de poésie qui au moyen âge accueillaient le trouvère et son rebec. Dans les salles froides protégées par les remparts, les fossés herbus, les escaliers à vis, les belles mélancoliques rêvaient au prince charmant en attendant l’époux parti aux croisades. Là est la poésie au parfum de bruyère et avec elle le ménestrel, musicien, poète, interprète de ses propres œuvres et ancêtre légitime des Brassens, des Jacques Brel, des Léo Ferré.
C’est sur cette terre rude au souvenir enivrant qu’est né Roger Riffard, écrivain, poète qui fut cheminot et comme tel mêlé à tous les mouvements ouvriers de ces dernières années, rédacteur à la page littéraire de notre journal avant d’interpréter les chansons dont il compose lui-même les paroles et la musique. »
Ça semble sourire à l’ami des nénuphars repéré entre autres par Fallet et Georges Brassens qui commence à le faire « tourner » en première partie de ses concerts.
Brassens confiait : « Quand j’ai découvert la bibliothèque municipale du 14e arrondissement, j’ai compris que j’étais d’une ignorance encyclopédique ». Sans façon, il vida alors les vers des poètes, Lamartine, Paul Fort, Francis Jammes, Rimbaud, Villon, La Fontaine.
Riffard, de la même manière, alla chercher sa culture dans les livres. Ainsi, raconte quelqu’un qui l’a bien connu : « Sa mère était gardienne d’immeuble. Or il y avait, au troisième, un érudit avec une bibliothèque extraordinaire. La mère de Roger l’envoyait parfois fermer les fenêtres. Il en profitait pour se plonger dans les livres. C’est comme ça qu’il s’est cultivé, tout seul, à douze ans, en bouquinant ».
C’est comme ça qu’il acquit sa langue châtiée qui fait merveille dans Timoléon le jardinier, la chanson sans doute la plus connue de son répertoire, celle qui me faisait rire dans mon enfance. Prêtez l’oreille :

« Clara ma fille d’où rapportez-vous
Tant de brindilles dans vos cheveux fous
Par quelle sorte d’horloge trompée
N’êtes-vous rentrée qu’à la nuit tombée … »

Gamin espiègle et facétieux, je prenais la main de mon oncle pour esquisser une figure de menué-é-e, de menuet pardon. C’était une reconnaissance inconsciente de la qualité littéraire de ce dialogue libertin entre une mère et sa fille.
Cette sorte de fabliau finalement ciselé était en décalage total avec la voix de tête, mal assurée, de son auteur.
Je n’ai jamais vu chanter Riffard autrement que, le cul sur la commode, dans Mon copain d’Espagne. Il semblerait pourtant qu’il faisait un tabac en première partie des concerts de Brassens, ainsi qu’au cabaret Le cheval d’or, rue Descartes, à Paris, dont il fut l’un des piliers avec Anne Sylvestre, Pierre Louki, Boby Lapointe et Ricet-Barrier. Le public était conquis, outre la valeur de ses textes, par le jeu scénique pour le moins désordonné de ce petit bonhomme qui ne ressemblait à rien, avec son air ahuri, engoncé dans sa veste de cheminot. Il lui arrivait fréquemment d’interrompre sa chanson et de l’agrémenter de digressions et de commentaires.
La grande vague yéyé du début des années 1960 l’emporta. Probablement aussi, manqua-t-il de pugnacité et d’assiduité. Ainsi, j’ai relevé ce témoignage tiré d’un ouvrage consacré à Georges Brassens :
« Cet employé de la SNCF, autre figure des cabarets, auteur du désopilant Timoléon le jardinier, n’a jamais pu décoller dans la chanson. Pas même une seule fois, il n’a eu sa Julie la Rousse. Il a été l’un des rares « clients » des Éditions musicales 57, Brassens et Gibraltar ayant consenti à faire pour lui une exception à titre amical :
« Tous les jeunes qui débutaient n’avaient qu’une ambition : entrer aux Éditions musicales 57. On a pris Riffard parce que ça lui faisait plaisir et tout en sachant qu’il n’avait aucune chance. Nous n’étions pas équipés, ni organisés pour développer un catalogue, une carrière, faire la promotion d’Untel ou Untel. Pour Riffard, on a fait ce qu’on a pu, on l’a fait travailler, mais il faut avouer que, pour ce qui est de rester inconnu, il y a mis du sien. Un jour, Georges a joué de tout son poids auprès de Michèle Arnaud pour qu’elle prenne Riffard dans un cabaret que tenait son ami. Quand on l’a annoncé à Riffard, il a répondu à Georges : « Mais tu ne crois pas que j’ai lâché la SNCF, où j’étais balayeur, pour aller travailler deux fois par jour ?! » Riffard était très nonchalant. »
Incorrigible observateur de nénuphars ! Son roman Les jardiniers du bitume évoquait de manière prémonitoire ses espoirs minés sur la route de la vie :
« Dans un faubourg de la ville, Alexis mène une vie difficile. Sa cervelle étroite rêve de l’évasion vers la nature, où les fleurs sont butinées par des abeilles aux ailes irradiées par le soleil. La réalisation de ce rêve dépend de son copain Durand. Durand perd son fils et le rêve d’Alexis, longuement mûri dans l’atmosphère lourde de l’entrepôt où il travaille, s’évanouit. Minou la femme, essaie maladroitement de panser la blessure. Un bistro sordide, des escaliers poisseux, une chambre étroite, enfin la rue, la rue sale, humide, baroque forment la toile de fond de son roman qui baigne dans la tendresse, dans la poésie, dans le désarroi aussi et où l’on regrette que la révolte ne soit représentée que par « l’homme au grand chapeau », personnage pittoresque, sympathique, mais en dehors des réalités. »
En guise d’explication, Riffard confia joliment un jour à Suzanne Gabriello qui s’étonnait du peu d’écho que rencontraient ses chansons :
« Tu vois, tu vas sur le pont Notre-Dame, tu laisses tomber dans la Seine deux brins de paille de la même taille, au même moment, un brin ira jusqu’à l’Océan Atlantique, l’autre s’arrêtera au bord de la Seine à cent mètres. » Ainsi sont les chansons. Certaines vont très loin, d’autres s’accrochent à la rive. »
Riffard était peut-être un glandeur, cela le regarde, mais aussi et surtout un génial glaneur :
« Quand je l’ai connu, dans cette « encore-campagne » pas si loin de Paris, où il avait sa petite maison, jamais de ses promenades il ne rentrait les mains vides ! Il ramassait les pommes tombées, les pommes de terre oubliées dans les champs, les pissenlits, les champignons, les mûres… Semblablement, il glanait les histoires simples, les personnages cocasses ou touchants, les fleurs, les trains, les oiseaux, pour les accommoder à sa sauce, poétique ou comique, raffinée la plupart du temps, humaine toujours. Avec sa tête hirsute et ses yeux effarés, son polo gris et sa voix indescriptible, Roger était l’être le plus exquis et le plus attentionné que j’ai rencontré dans mon univers musical. C’était un grand poète. »
Ainsi le décrit Anne Sylvestre, une grande dame trop méconnue de la chanson, qui le côtoya beaucoup et qui, actuellement, célèbre son souvenir et son talent en collaborant à un spectacle Gare à Riffard.
Elle a inscrit à son répertoire La margelle, un véritable petit bijou d’humour noir. Elle précise à la fin que c’était encore plus drôle quand Riffard la chantait.

Pour être honnête, l’ami Roger était tombé au fond d’un puits d’indifférence dans mes souvenirs. Je retrouvais parfois son nom au détour de lectures sur Brassens. Ah oui, celui qui chantait le badinage avec Timoléon le jardinier !
En me replongeant pour vous dans sa discographie, j’ai déniché quelques bijoux empreints d’une fraîche poésie. Ils semblent même avoir pris du fumet et du corps, à travers les décennies.
Les quelques lignes déposées par Brassens, au dos de la pochette d’un 45 tours de 1962, n’ont pas pris une ride :
« Que les tenants du bel canto fassent la sourde oreille : Roger Riffard ne chante pas pour eux. Il suffit, à ce cheminot en rupture de gare, de pousser deux ou trois notes, pour nous convaincre que l’art vocal n’est pas son fort. En bref, Roger Riffard ne chante pour personne et c’est tant mieux. Il parle. Il raconte sur un ton comique les petits chagrins, les petites misères de ceux qui regardent les autres danser et ne savent pas mettre un pied devant l’autre, ceux qui regardent partir les trains de vacances sans jamais les prendre.
Un poète en fin de compte qui s’exprime dans une langue châtiée et personnelle. »
Il ne chante pour personne mais on aurait tort de ne pas l’écouter.
Rien de nouveau sous le soleil blafard de pollution ! Il y a quelques jours, les pouvoirs publics nous suppliaient de ne pas circuler en ville. Il y a un demi-siècle, de manière prémonitoire, Riffard nous invitait déjà à filer À la cambrousse :

« Le soleil semble
Pas bien costaud
V’là qu’ se rassemblent
Dans les hostos
Tous les microbes
Du mois d’octob’e …

… Paris y a pouce j’ lève mon doigt
Ma muse rustique à la glèbe se doit

À la cambrousse
J’ m’en veux aller
Z’ouïr la douce
Chanson des blés
Changer mon luth
Pour une flûte
À mon aimée montrant du doigt
Mes troupeaux de vaches de moutons et d’oies… »

Doux rêveur, il nie la fracture sociale dans Jojo du Magenta et imagine que l’amour peut unir baronne et plombier :

« Par un soir de printemps Jojo-du-Magenta
À Mimi-de-Charonne offrit le cinéma
Cependant qu’il murmurait d’un air attendri
Comme quoi j’aim’rais bien que tu soy’s ma souris
Il faut dir’ que ce gnard était un vrai verjot
Attendu que Mimi en pinçait pour Jojo
Il put s’en assuré par un test positif
Une nuit du côté des fortifs

L’amour ça rôde partout
Ça hèle n’importe où
Sous les buissons dans les faubourgs
Autour des petits fours

Car pendant ce temps là Oscar-de-la-Timbale
Pour Virginie-du-Pin tournait le madrigal
Et ce petit jeu conduit à certains écarts
Ma Virginie par ci par là mon cher Oscar
Les v’là pris comme on dit dans des liens plus étroits
Et du fait que de deux ils seront bientôt trois
Par-devant le curé de Filbur’-les-Essieux
Ils deviennent Madame et Monsieur

L’amour peut mettre d’accord
Les gens du même bord
Aussi vrai qu’il peut affilier
La baronne au plombier

D’Oscar et Virginie naquit Éléonore
Quand Jojo et Mimi produisirent Totor
J’en conclus que Totor atteignit ses vingt ans
Au moment qu’Éléonore en faisait autant
Ces enfants sont d’abord devenus compagnons
À l’occas’ de l’exposition du champignon
Ils se mirent en ménag’ subito presto
Vers la fin du salon de l’auto

L’amour confond les milieux
Il unit deux par deux
Ceuss’s de la haute au populo
C’est ça qu’est du boulot »

Cela dit, il se rend compte effectivement qu’il y a du boulot quand il s’agit de séduire mamz’elle Grand Flafla :

En réalité, Roger Riffard ne se nourrit guère d’illusions sur la sincérité des sentiments humains. Comme clamait Coluche, une bonne dizaine d’années plus tard, « les hommes naissent libres et égaux mais certains sont plus égaux que d’autres ».
L’actualité le rattrape avec les affaires des écoutes téléphoniques. Nul besoin de quelconque technologie, déjà, à son époque, le bouche à oreille, malveillant, mesquin, diffamant, fonctionnait entre les Jules et les Étienne(s), prénoms emblématiques de deux classes sociales :

Roger est lucide sur lui-même et sur le regard que les autres portent sur lui. Tandis que les « julos et les nénettes jouent d’la hanche et du tibia », il reste scotché à la buvette du bal car il gambille d’une manière lamentable(ue).

« Je n’aurai pas de p’tit’ maison
Pour y chanter mes p’tit’s chansons
J’ les chanterai sur les chemins
Comme c’est écrit dans l’ creux d’ ma main
Les habitants des p’tit’s maisons
Se dis’nt entre eux
Que j’ suis un paresseux
Ils n’ont pas tort les habitants
Des p’tit’s maisons où l’on s’ plait tant … »

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Ils n’ont eu qu’un tort les gens actifs, c’est de ne pas faire grand-chose pour que cet oisif poète ait la reconnaissance artistique qu’il méritait.
Roger Riffard fut modeste et discret jusqu’au dernier jour de son existence. Ultime pied de nez à la vie, il mourut, dans un quasi anonymat, en lever de rideau de son ami Georges Brassens en quittant notre terre deux heures avant lui, le 29 octobre 1981.

« … Quand j’ clamserai j’ voudrais que ce soye Edouard
Qui me conduise au son de sa guitare
Il m’ jouerait un bath de petit air
Un genr’ d’Ave ou de Pater

Leurs chichis d’enterr’ment moi, ça n’ me dit rien
Surtout qu’à la papa ça marche aussi bien
Et j’ m’en irai bercé par la musique
Derrière un vieux bourrin mélancolique
Salut l’ Bon Dieu Saint-Pierre et tout’ la clique »

Abandonnant l’octave de trop dans sa voix, il n’a jamais peut-être aussi bien chanté qu’au son de la guitare d’Édouard. Ça s’achève de manière poignante.
Roger Riffard repose dans le petit cimetière de Banhars, un hameau du pays du Haut Rouergue, en Aveyron. J’imagine un petit carré d’herbe piqueté, en cette saison, de pâquerettes et de marguerites.
Ce serait tellement chouette qu’à l’époque de The Voice, on effeuille ses tendres fleurs musicales.

 

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1 Commentaire Commenter.

  1. le 30 juin, 2017 à 18:29 herant écrit:

    bonjour
    bravo pour votre hommage au regretté Roger Riffard dont je cherche désespérément les 2 livres chez Julliard ( j’ai tous les disques ).
    amicalement.
    J.P

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