Archive pour février, 2014

La cuvette de Sapiac

« J’ai la France facile, comme d’autres ont le vin gai ; je l’ai au cœur et sous la semelle de mes godasses. Je suis français, ça n’a pas dépendu de moi et ça n’a jamais été un souci. Ni une obsession. Toujours un bonheur... »
Je fais mien ce passage tiré du Dictionnaire amoureux de la France de Denis Tillinac. En dépit de ses affinités chiraquiennes, j’éprouve de la sympathie pour cet écrivain, journaliste, longtemps directeur de la maison d’édition de la Table Ronde, membre de la Ligue nationale de rugby, prix Roger Nimier, prix Kléber Haedens, grand prix de littérature sportive, autant d’éléments qui l’associent à un autre de la bande des « Hussards », ce cher Antoine Blondin qui avait le Tour de France facile et le vin très gai.
Je le cite encore tandis que je mets le cap sur le sud-ouest : « … Cahors lovée dans une boucle du Lot au creux de ses collines. J’aime beaucoup Cahors, c’est la patrie de Clément Marot et Alfred Roques, un pilier d’anthologie, a porté haut les couleurs du Stade cadurcien. Je l’admirais beaucoup. Il est mort. Marot aussi. Presque tous ceux que j’admire sont morts, j’ai dû venir au monde trop tard… »
Note de la rédaction qui a droit à l’épître, pardon au chapitre, à propos de Marot : il est un homonyme prénommé Alain, encore en vie, ancien rugbyman international briviste, surnommé Caly. Pas de quoi pleurer sinon de rire !
« … Encore le causse jusqu’à Caussade ; ensuite, c’est la plaine. De la gare de Montauban, on aperçoit les tours jaune pâle de la cathédrale et de l’ancien évêché devenu musée Ingres, au bord du Tarn. J’aime Montauban, presque autant que Cahors ; ses briques rosâtres annoncent le Languedoc, c’est un peu de Toulouse en modèle réduit. Je suis toujours aussi heureux d’assister à un match à Sapiac, dans la fameuse cuvette … »
Il y a quelques semaines, alors que je contournais la préfecture du Tarn-et-Garonne, l’envie me prit soudain de m’écarter de l’autoroute A 20, à hauteur du panneau Sapiac, au sud de la ville.
Si vous imaginez que j’envisage de vous faire visiter le musée de Montauban et les peintures de Jean Auguste Dominique Ingres et Antoine Bourdelle, les deux enfants du pays, j’appréhende votre déception. Pour me faire pardonner, je vous confie presque un secret, car beaucoup l’ignorent probablement, que l’académicien André Chamson sauva des exactions nazies la célèbre Joconde et d’autres œuvres du Louvre en les rapatriant au musée Ingres.
Alors que le dit Ingres entretenait une passion pour le violon lorsqu’il abandonnait ses pinceaux, moi, depuis mon enfance, je manifeste un intérêt puéril mais tenace pour les enceintes sportives :
« Magiques comme les phonolithes, les stades restituent sans cesse tout ce que les champions et leurs supporteurs leur ont donné … Les bruits, les parfums, les couleurs des maillots reviennent en mémoire. » J’en ai déjà évoqué certains, ainsi Colombes, le seul stade olympique de France (billet du 6 mai 2008), et les Sauclières, la vieille dame de Béziers (billet du 11 février 2011).
Aujourd’hui, c’est le récapitulatif des résultats sportifs, le dimanche en fin d’après-midi, à la radio et à la télévision, qui resurgit. Au bon temps des poules de huit du championnat de France de rugby, Roger Couderc puis Pierre Salviac (ça rime avec Sapiac) nous informait presque immuablement de l’invincibilité du XV de Montauban dans sa « cuvette de Sapiac ».
Donc, il fallait bien qu’un jour je me fasse une idée plus précise de cette arène mythique du royaume d’Ovalie.
Elle ne serait pas facile à repérer dans le labyrinthe des ruelles sans les pylônes des projecteurs qui se dressent par-dessus les toits. Sapiac est un quartier tranquille de pavillons coquets et de jardins bien entretenus. Il n’y a aucun parking autour du stade, ce qui laisse deviner le trouble causé par la dizaine de milliers de spectateurs déferlant en moyenne pour soutenir les verts et noirs aux grandes heures de l’Union Sportive Montalbanaise.
L’histoire que je vous narre aujourd’hui commence aux environs des belles années mille neuf cent dix lorsque le monde découvrait l’automobile, comme le chantait Charles Trenet dont les randonnées sur la route de Narbonne dans sa superbe Panhard et Levassor le conduisirent justement à … Montauban.
À cette époque, la municipalité tarn-et-garonnaise ne se sent pas concernée par le lancement d’un club de rugby qui recrute essentiellement parmi les militaires et les étudiants de la faculté de théologie protestante, la ville possédant une forte tradition huguenote depuis les guerres de religion.
Les matches se déroulent sur le champ de manœuvres, bientôt repris par l’armée. Le club se porte alors acquéreur d’une carrière en fin d’exploitation, dans le quartier de Sapiac situé dans la partie basse de la ville entre la rivière du Tarn et son affluent le Tescou, une caractéristique géographique essentielle dans la suite de mon propos.
Le nouveau stade accueille son premier match de rugby le 18 octobre 1908. À cette occasion, les joueurs locaux, déjà intraitables à domicile, l’emportent sur leurs voisins Gersois de Auch trois points à zéro, un score de football, on dirait aujourd’hui.
Quelques semaines plus tard, l’USM est sacrée championne des Pyrénées et accède aux phases finales de la compétition de deuxième série, l’équivalent de la Pro D2 actuelle. Elle joue alors son huitième de finale contre le champion du Languedoc, l’US Perpignan. En terre catalane, Montauban se qualifie grâce à un essai de son capitaine Ricard, un nom prédestiné à une troisième mi-temps joyeuse et propice à une mémorable chanson.
Parvenus en finale, les Sapiacains se déplacent inutilement à Montpellier pour affronter le XV de Toulon resté en rade. L’organisateur de la compétition, un nommé Charles Brennus graveur de son métier et secrétaire de l’Union des sociétés françaises de sports athlétiques, décide le report de la finale qui se déroulera, en définitive, à … Montauban. L’USM commence à écrire la légende de la cuvette de Sapiac. En lessivant le « Ercété » (R.C Toulon), elle devient championne de France de seconde série et accède à la première division.

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En ce qui me concerne, je me rince l’œil en pénétrant dans l’antre plus que centenaire.

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C’est toujours un frisson qui me parcourt quand je découvre un stade, mieux que cela même, car c’est également un vélodrome, une piste ayant été construite en 1907.
En cet après-midi ensoleillé, la vue est pimpante avec le pré tendrement vert exclusivement réservé aux rugbymen, enchâssé dans l’anneau de ciment rose.
Pour être honnête, le bijou réservé à la gente cycliste est bien toc. Il est loin le temps, quarante ans exactement, où la piste accueillit les championnats de France. La mousse la ronge inexorablement dans les parties ombragées. Comme beaucoup de vélodromes en plein air, elle est laissée à l’abandon et sert d’espace privilégié aux publicités des sponsors des rencontres de rugby.

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Le surnom de cuvette vient de l’architecture du stade, creusé dans une ancienne carrière. Le niveau de la pelouse est en-dessous du point le plus bas des tribunes, effet accentué par la déclivité de la piste elle-même.
Il provient possiblement aussi d’une raison d’ordre climatique et hydrologique. Le sol argileux et imperméable favorisait les inondations lors des fréquentes crues du Tarn et du Tescou. En 1996, la cuvette justifia plus que jamais son appellation, l’eau montant à hauteur des barres transversales des poteaux de rugby. Sapiac a les pieds au sec depuis la construction récente d’une double porte écluse.
L’état souvent boueux du terrain influença longtemps le style de jeu du club local, plus basé sur la puissance des avants que sur les envolées des lignes arrières. Hasard ou pas, une des gloires de l’USM, Arnaud Marquesuzaa dit le Bison, trois-quarts centre du Racing Club de France, du Football Club de Lourdes et de l’équipe de France qui fit la peau des Springboks en 1958, prit place dans le pack à son arrivée à Montauban.
Toujours est-il que les journalistes usèrent et abusèrent de la métaphore dans leurs dithyrambes pour raconter comment les espoirs des équipes visiteuses (on dit plus volontiers invitées en Ovalie) se noyaient ou prenaient l’eau presque immanquablement dans la fameuse cuvette de Sapiac.
Je m’assieds quelques instants dans la tribune d’honneur. Loin de ma Normandie natale, je n’ai évidemment pas de souvenir personnel se rattachant au lieu. Je tente d’imaginer ce qu’était un dimanche à Sapiac.
Quoi faire de mieux alors qu’exhaler quelques effluves de Sapiac ressentis avec beaucoup de ferveur, de chaleur et même de talent par un ancien petit enfant du cru :
« Ces instants magiques qui d’un rien font un tout !
Je devenais impatient. Je voulais les voir surgir du couloir, pénétrer sur l’onde verte, se passer le ballon, arborer leurs beaux maillots (encore propres) vert et noir, sautiller sur place, faire les mouvements rotatifs des bras, se frapper le poitrail et enfin se réunir en cercle pour la communion d’avant-match.
« Et voici l’équipe de l’USM ! Ouah ! En numéro un : CARDEBAT ! Ouah ! En numéro deux : CABANIER ! … »
Des frissons m’envahissaient, je me retrouvais dans un autre univers. Dans un sanctuaire ?
Il me semblait que le temps stoppait sa course folle, que les nuages s’étaient mis au point mort au dessus de nous pour contempler (avec nous) le miracle, que la foule bruyante devenait un bruissement sourd.
Et puis, l’apparition …
D’abord l’équipe adverse puis venaient nos héros, nos forçats. Les boums des tambours redoublaient d’intensité grâce à la résonance dans la Cuvette.
À côté de moi un grand-père criait à un autre grand-père « Il parait qu’ils sont sortis au Pim’s hier soir. Mon petit-fils les a vus … » Je pensais aussi comme eux que ce n’était pas bien d’aller dans une boîte de nuit la veille d’un match.
Le ballon s’envolait dans le ciel, c’était parti !
Un montalbanais venait de recevoir une poire dans la mêlée. Un seconde ligne à tous les coups (ils ont la tronche à portée pour un pillard d’en face.) … L’arbitre n’a rien vu et ne sanctionne pas. Une rumeur et puis : « L’arbitre au Tescou, L’arbitre au Tescou !!! » Le juron officiel de la Cuvette. Le Tescou étant un petit cours d’eau qui ne passait pas si loin du stade.
Tous en chœur nous braillions, à qui voulait l’entendre, notre conjuration.
Mais Londios allait nous servir un exploit de virtuose. Relançant de ses vingt-deux, il passait un, puis deux, puis trois, puis quatre adversaires sur des crochets tranchants, donnait à un avant qui ouvrait vers l’aile. Notre Piazza aux jambes de feu filait vers l’en-but en suivant la ligne de touche. « ESSAI !!! »
Le stade s’embrasait, j’étais aux anges, le rugby était formidable.
Quelle beauté du geste, le rugby n’était pas qu’un sport, c’était surtout un Art. Les artistes nous avaient comblés. Ils avaient fait honneur à la Cuvette. Le peintre et son tableau, le musicien et son instrument, le joueur de rugby et son ovale, Montauban et ses vert et noir, Robert et sa Cuvette … » (extrait de http://l-effluve-des-mots.over-blog.com/ )
Sapiac, ce nom qui fait clac, sonore comme un cri de guerre, facile à scander, s’est substitué depuis toujours à celui de la ville.
Quant aux injonctions envoyant le « rifiri » au Tescou après chaque décision défavorable aux joueurs locaux, elles trouveraient leur origine dans un match disputé en 1934 entre le régiment des Tirailleurs sénégalais de Montauban et le Train des Équipages de Toulouse. La victoire des militaires du cru (si j’ose dire !) déclencha l’ire des pioupious de la ville rose qui pourchassèrent l’arbitre hors de la cuvette et le baptisèrent dans la rivière voisine.
Référence aux joueurs cités, ce vivant billet date de la grande époque du quinze de Montauban qui brandit en 1967 lou planchot, le fameux bouclier gravé par Charles Brennus, déjà évoqué plus haut, en guise de trophée offert au champion de France.
L’un des gladiateurs sapiacains se prénommait Moïse (Maurière), autant dire que, selon la légende du roi mésopotamien Sargon d’Akkad, il se sauvait régulièrement des eaux de la cuvette.
Longtemps encore, Sapiac fit figure de citadelle imprenable avant qu’au milieu des années 1990, le professionnalisme et son inexorable et effroyable cynisme économique ne modifiassent l’esprit du rugby. Communication oblige, l’U.S Montalbanaise devint le Montauban Tarn-et-Garonne XV (MTG XV).
La petite préfecture provinciale ne pouvait rivaliser avec sa riche voisine toulousaine malgré la vaillance des Sapiacains dans leur cuvette. C’est cette issue dramatique que nous raconte un autre blogueur ( http://www.chroniques-ovales.com/article-la-cuvette-se-fera-fournaise-49168554.html ) :
« Des larmes et du sang À 16 h 25, un horaire que seule une chaine de télévision peut imposer à la sagesse des hommes, dans l’antre de Sapiac, la belle et noble Cuvette qui vit tant d’exploits, se déroulera le dernier acte d’une tragédie insoutenable. Quand l’équipe de Montauban foulera la pelouse, l’émotion sera à son comble. Dans les tribunes populaires et sur le pesage, ce sont des années de mémoire qui défileront dans les yeux des montalbanais, fiers de leur petite préfecture, de cette qualité de vie à nulle autre pareille et de ce maillot « vert et noir » pour la vie. Je connais des joueurs dont le corps se souvient encore et pour toujours, je crois, de ces combats d’antan. Des matches héroïques qu’il fallait livrer au stade toulousain de Rives et Skrela. Le soir, il y avait foule à l’hôpital. Personne ne râlait, la bataille avait été rude et loyale. À Montauban, le pèlerinage de Sapiac est un passage obligé, une pause nécessaire, un rayon de soleil dans une région où il est pourtant particulièrement généreux. C’est le public du Rugby comme on l’aime, simple, populaire, goguenard et chauvin. On ne se change pas ! Quatre-vingt minutes pour couler l’aviron et sortir la tête de l’eau.
Le Tescou n’a pas fait des siennes, c’est le grand dramaturge du championnat qui a décidé il y a fort longtemps de ce final à la « muerte ». L’actualité a ajouté les soubresauts d’un budget qui s’étiole, les hésitations qui deviennent tergiversations, les gestes salvateurs qui se transforment en coups bas. Les protagonistes de ce feuilleton indigne auront leurs places réservées, ils trôneront une dernière fois, pantins impudiques et sans honte qui n’ont d’autres préoccupations que de se montrer encore et toujours là où il faut être vu. Les vrais, les amis de toujours du Rugby, se moqueront bien de ces clowns pathétiques. Ils n’auront d’yeux que pour la terrible bataille qui va laisser une équipe au fond du seau … »
En cette fin d’après-midi d’avril 2010, l’Aviron Bayonnais eut beau ramer dans la cuvette, il ne sortit pas la tête hors de l’eau et … devait plonger dans la division inférieure.
Mais, malgré le maintien sportif acquis sur le pré, MTG XV, en proie à une grave crise financière, dut déposer le bilan. Pire même, le « gendarme financier », la Direction Nationale d’Aide et de Contrôle de Gestion de la Ligue de rugby, lui refusa sa participation au championnat de PRO D2. Les technocrates à la froideur implacable avaient succédé aux dirigeants à l’embonpoint entretenu par le cassoulet radical-socialiste.
La section professionnelle du MTG XV fut alors dissoute. Le club reprit son ancien sigle d’U.S Montauban et redémarra en Fédérale 1, antichambre des deux divisions de l’élite professionnelle.
Cependant, ne soyez pas inquiets, le sortilège de Sapiac subsista toujours et la cuvette continua d’écrire sa légende. En atteste le communiqué laconique sur le site du club en date du dernier week-end :
« À Sapiac : Montauban bat Hendaye par 40 à 0 (mi-temps : 35 à 0)
Temps pluvieux et pelouse détrempée, telles étaient les conditions de jeu de ce nouveau match de Fédérale 1. C’est la raison pour laquelle le lever de rideau des équipes de Nationale B fut délocalisé au Ramierou. Les coéquipiers d’Anthony Biscay vont décider de marquer des essais en ne tentant pas les pénalités. Serge Sergueev sera à la conclusion en force du premier et Eric Tafernaberry, le basque de l’USM prendra l’intervalle pour le deuxième essai. Le troisième essai d’Amédée Domenech naitra sur une action similaire et Julien Larroque se faufilera dans un vrai trou pour le quatrième et enfin Amédée Domenech pour le cinquième. 35 à 0, à la pause. Sur ce terrain très difficile, les « vert et noir » attendront les dernières minutes pour rajouter un dernier essai par Frédéric Urruty. Score final, 40 à 0. L’USM reste leader invaincu de son championnat. »
Souvenirs, souvenirs, on y retrouve un Amédée Domenech, petit-fils de l’illustre Duc, un truculent pilier de la grande école (rugbystique) de Brive.
Les anecdotes fourmillent au sujet du grand-père. Ainsi, lors d’une mémorable rencontre France-Afrique du Sud, à Colombes, en 1961, aux côtés de son compère Roques, le Pépé du Quercy, lors de la première mêlée fantastique (Denis Lalanne en fit un superbe livre), Amédée ferma d’un coup de poing l’œil valide de son adversaire direct Springbok, un certain Pelzer qui était borgne, avant de lui souhaiter « Bonne nuit Monsieur Pelzer » !
Sacré Amédée dont le charisme et la faconde lui ouvrirent par la suite les portes du cinéma (Coplan agent secret), des affaires (propriétaire du Grand Hôtel de Bordeaux à Brive) et de la politique comme président régional du Parti Radical Valoisien.
Je m’égare. Tandis que je quitte les travées de Sapiac, je vous laisse en compagnie des Frères Jacques qui vous chantent les (beaux) dommages collatéraux des joutes d’antan entre Montauban et Perpignan.
C’est ça l’rugby !

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Publié dans:Ma Douce France |on 20 février, 2014 |1 Commentaire »

Au bon temps des dictées!

Une de mes fidèles lectrices m’a fait parvenir récemment un Éloge de la dictée rédigé par une de ses amies, pensant implicitement que cela fournirait prétexte à un joli billet comme je sais les trousser pour votre plus grand bonheur … Quel prétentieux, je fais !
Merci pour ce cadeau … empoisonnant ! Il n’était pas raisonnable, en effet, que j’atteste de ma modeste expérience d’ex jeune élève des fifties puis d’enseignant pour m’engager dans un débat argumenté autour d’un article publié dans la vénérable revue Défense de la langue française.
J’ai un rapport très pratique à la dictée, cet exercice de français quasiment tombé en désuétude, du moins dans la forme à laquelle j’étais confronté au temps de mon école communale et du cours complémentaire. Face à tous mes « gros mots », une petite fille qui m’est chère me rétorquerait malicieusement : « Papy, on n’est plus au Moyen Âge ». Sa remarque est bienveillante car je me demande parfois si ma scolarité ne relève pas plutôt du crétacé inférieur de la pédagogie.
Alors que l’adolescent boutonneux de Brel collectionnait les zéros en latin, des minces et des gros dont il faisait des tunnels pour Charlot et même des auréoles pour Saint François, moi, j’accumulais en dictée les « zéro … faute », tiens je ne me suis pas fait prendre au piège du pluriel.
Je ne (rosarum rosis) rosis pas et n’en tire ni gloire, ni vanité. Aussi loin que je me souvienne, j’ai écrit sans faute (ou presque) quasi instinctivement comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir. En fait, le mérite en revenait d’abord au travail méthodique effectué en amont par mes valeureux professeurs ainsi, sans doute, qu’à mes nombreuses lectures.
Vous avez déjà compris, je ne vais pas faire le procès de l’orthographe, celle que certains qualifient, qualifiaient plutôt car beaucoup n’en ont plus que faire, de science des ânes. Ne comptez pas sur moi pour être aux côtés des pourfendeurs qui, à l’instar de pseudo supporters de football à chaque dégagement du gardien de but adverse, pourraient éructer : « Ongulés ! »
Au contraire, c’est une jubilation de faire appel à un de ses admirateurs :
« Il y a des mots avec des « h » en trop, des consonnes doublées, des « eau », des « ault », des « ain », des « xc » … C’est ceux que je préfère. Ça leur donne une physionomie spéciale, un air précieux, un peu maladif, comme « thé », ou au contraire pétant de gros muscles, comme « apporter », « recommander », ou qui fait grincer des dents, comme « exception ». Il y a des mots à chapeaux à plumes, des mots à falbalas, des mots à béquilles et à dentiers, des mots ruisselants de bijoux, des mots pleins de rocailles et de trucs piquants, des mots à parapluie … quand on me parle, mais surtout quand je parle, je les vois passer un à un à toute vibure, s’accorder, se conjuguer, s’essayer un « s » au pluriel, le rejeter en pouffant parce que ça va pas du tout, grotesque et laid, vite s’accrocher l’ « x » qui va comme un gant, ah ! c’est bon, ça défile …
… Je sais, c’est très mal porté de dire ça, au jour d’aujourd’hui. L’orthographe est un instrument de torture forgé par la classe dominante pour snober les croquants, la grammaire un galimatias insultant toute logique et toute cohérence, la langue française dans son ensemble un tas de boue juste bon à entraver l’essor de la pensée. Voilà comme on doit causer, qu’on le veuille jeune loup dans le vent ou contestataire bon teint. Allez vous faire foutre ! Le français est la plus amusante, la plus scintillante, la plus stimulante pour l’esprit et l’imagination de toutes les langues qu’il m’a été donné de connaître avec quelque intimité. Tas d’imaginations débiles que vous êtes, bandes de feignasses à qui il faut tout mâcher, saletés de sociétaires de la Comédie Française qui supprimez les « e » muets dans les alexandrins, si vous saviez, petits cons, ce qu’on peut se marrer avec des virgules et des passés simples (que vous appelez « imparfaits du subjonctif », en vous croyant malins !), si vous saviez ! Plus qu’avec une guitare, merdeux, bien plus ! Et sans faire chier les voisins. »

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Vous aurez peut-être deviné, à leur style, que ces considérations naissent de la verve étincelante et mordante de François Cavanna qui s’est fait la belle avec Miss Parkinson, il y a quelques jours.
Je me réjouis de rendre ici encore hommage à cet enfant d’immigrés italiens, farouche défenseur de la langue française, modèle d’intégration par l’école de la République.
En tout cas, pan sur le bec de Ferdinand Brunot, linguiste éminent, qui, dans une lettre ouverte de 1905, haranguait ainsi le ministre de l’Instruction publique :
« Demandez à vos directeurs, à vos inspecteurs : le cri sera unanime l’orthographe est le fléau de l’école. (…) Cet enseignement a d’autres défauts que d’être encombrant (car les heures de dictée sont prises sur le temps donné jusqu’alors au calcul, à l’histoire et à la géographie), Comme tout y est illogique, contradictoire, que, à peu près seule, la mémoire visuelle s’y exerce, il oblitère la faculté de raisonnement; pour tout dire, il abêtit. »
En ce « temps béni des colonies » (Michel Sardou chanteur populiste, 1947- …), attention on dit de l’eau bénite, il précisait :
« Quelles réflexions peut se faire un jeune Annamite auquel on enseigne dans nos colonies que l’écriture est l’art de “retracer la parole “par des signes convenus” (Académie) et auquel on apprend que pour écrire oiseau, on emploie un o , un i , un s, un e, un a et un u, alors que pas un des sons ne se fait entendre dans le mot oiseau. »
N’est-ce pas toute sa complexité qui fait la beauté de notre langue ?
Allez, tolérez encore un zeste de Cavanna, génial écrivain et penseur : « Tous les matins, on commence par la dictée. Moi j’aime bien, parce que la dictée, ça raconte une petite histoire, ou alors ça décrit un paysage, mais c’est moins marrant. Dedans, il y a des pluriels, des féminins, des adjectifs qualificatifs et des conjugaisons, et en plus, par-ci par-là, des mots vraiment difficiles qu’on n’emploie pas pour parler, des mots de dictée, faits exprès pour, comme cependant, ou désormais, ou derechef, ou hippopotame, et aussi des mots qu’on croirait gentils et paf, c’est des pièges comme clef ou châtaignier. »
Françoise de Oliveira inaugure avec beaucoup de solennité son éloge que j’évoque enfin:
« Tous les matins, que le ciel soit gris ou bleu, que l’humeur soit bonne ou mauvaise, à huit heures trente-deux, nous étions debout à côté de nos bancs, nos tabliers bien boutonnés, nos mains bien propres, et la maîtresse tapait sur son bureau avec une grande règle de bois et disait : « Asseyez-vous sans bruit et ouvrez vos cahiers ! ». Et, dans cette classe sévère et sombre, s’ouvraient simultanément quarante cahiers, quarante plumes sergent major se trempaient dans le petit encrier de porcelaine blanche placé au coin du pupitre, et quarante têtes blondes et brunes d’une dizaine d’années se levaient pour lire la date écrite dans l’angle du tableau noir, modèle de pleins et déliés, modèle de lettres majuscules souples et élégantes, que nous recopiions à dix carreaux de la marge, en haut de la page blanche qui inaugurait une nouvelle journée. »
Une atmosphère absolument surréaliste dont, le visage à demi-masqué par une capuche, le portable à la main, certains écoliers de maintenant se gausseraient : « Oh, les bouffons ! Comment ki m’cause là ! »
« Puis nous posions nos porte-plumes dans la grosse rainure de bois devant nous, nous croisions les bras et nous écoutions. Le texte de la dictée était lu d’une voix sûre et claire, à vitesse mesurée. La mélodie de la phrase se dessinait déjà ; quand la maîtresse reprenait son souffle, nous sentions la virgule ; quand l’intonation baissait, nous sentions venir le point ; s’arrêtait-elle dans sa descente? Un point-virgule. Remontait-elle ? Un point d’exclamation. Bref, nous pénétrions déjà dans le monde nouveau d’un texte inconnu. Nous jugions déjà le style de l’auteur : longueur des phrases, richesse du vocabulaire, souplesse ou rigidité de la pensée ; l’auteur se dévoilait peu à peu. »
C’est étrange, je pense à cet instant à une ancienne institutrice de l’école de Chaponval, non loin de la gare où descendait Vincent Van Gogh. Pour les besoins d’un film commandé par le musée de l’Éducation du Val d’Oise, j’avais repris son évocation de souvenirs avec, en surimpression, les plumes Sergent-Major des écoliers écrivant sur le tableau de la classe 1900 reconstituée : « Tous les matins, c’était calcul, puis tout de suite, la dictée, tous les jours, et naturellement une dictée non préparée … »
Cette enseignante alors nonagénaire était la maman de l’écrivain Philippe Delerm et la grand-mère du chanteur Vincent. Il y a de plus mauvais exemples non ?
Je me souviens effectivement de ces instants de concentration, de tension, d’appréhension également, quand j’écoutais religieusement (adverbe peut-être inapproprié pour un élève de l’école publique!) l’enseignant lire intégralement le texte que nous allions devoir retranscrire en nous appliquant dans l’écriture. Je tentais d’anticiper déjà les éventuelles difficultés à surmonter. Le stress était plus intense encore lors de la dictée faisant office de composition trimestrielle pour le contrôle de nos connaissances.
L’écrivain Daniel Pennac évoque dans Chagrin d’école, cette espèce de jouissance intérieure qui l’envahissait à ce stade de l’exercice :
« Quelles qu’aient été mes terreurs d’enfant à l’approche d’une dictée – et Dieu sait que mes professeurs pratiquaient la dictée comme une razzia de riches dans un quartier pauvre !-, j’ai toujours éprouvé la curiosité de sa première lecture. Toute dictée commence par un mystère : que va-t-on me lire là ? Certaines dictées de mon enfance étaient si belles qu’elles continuaient à fondre en moi comme un bonbon acidulé, longtemps après la note infâmante qu’elles m’avaient pourtant coûtée … »
Laissons Françoise de Oliveira poursuivre son éloge :
« Quand nous reprenions nos plumes, nous étions concentrés, soigneux, intéressés, inquiets, certes, car nous ne connaissions pas tous les mots que nous avions entendus. Mais nous nous mettions au travail, le buvard sous la main, avec sérieux et humilité.
La dictée nous enseignait le passage quasi miraculeux de l’oral à l’écrit, nous donnait donc naturellement le sens de l’abstraction, si difficile à faire naître dans l’esprit d’un enfant. »

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Détendons-nous un instant en retrouvant à la pension Muche, Topaze, le maître d’école caricaturé par Pagnol, se promenant au milieu des pupitres :
« Des moutons … Des moutons … étaient en sûreté … dans un parc ; dans un parc. (Il se penche sur l’épaule de l’élève et reprend) Des moutons … moutonss … (L’élève le regarde ahuri) Voyons mon enfant, faites un effort. Je dis moutonsse. Étaient (Il reprend avec finesse) étai-eunnt. C’est-à-dire qu’il n’y avait pas qu’un moutonne. Il y avait plusieurs moutonsse … »
Par chance pour l’écolier, Ernestine Muche, jolie jeune fille de vingt-deux ans, entre à cet instant dans la classe … Sans atteindre ces excès, il est vrai que, parfois, le maître compatissant trichait un peu en accentuant exprès une liaison, pour nous aider, pour nous faire entendre par quelle lettre tel mot se termine … quoique les z’haricots, ça ne le faisait pas !
Parmi ceux battant en brèche la dictée, certains justement soulèvent le problème de la prononciation, source possible d’erreur.
Vaste débat auquel je ne me mêlerai pas : notre belle langue s’est au cours des siècles artificiellement forgée, en circuit fermé, au sein d’une élite d’un royaume, aristocrates et clercs, salons et poètes, sans aucune relation avec la langue des gens du cru. Est-ce, aujourd’hui, la revanche de ces derniers avec les « c kler et mdr » qui encombrent les textos ?
Je me délecte d’écouter les sermons du Requiem des rois de France d’Eustache du Caurroy, Le Roué (Roy) est mort, vive le Roué Louis ! psalmodiés avec un drôle d’accent picard. Je ne me moque pas, moué je plaide plutôt en faveur, car mon père, tout originaire de cette région qu’il était, il était un bon apôtre de l’Éducation Nationale !
Au temps de mon école communale en Pays de Bray, je savais débusquer (à moins que je fus séduit) les pièges tendus par la langue chantante d’enseignantes méridionales. C’est l’occasion de rendre hommage à mademoiselle Perségol, native de Sainte-Énimie dans les gorges du Tarn, et à madame Ricard, douce enseignante du Lot-et-Garonne. Où sont-elles passées mes belles maîtresses de l’école de jadis ?
Il me revient en mémoire un casse-tête infernal posé par mon père, oui le picard, lors d’une composition. Je dus mâchouiller l’extrémité de mon porte-plume, je dus raturer plusieurs fois avant de mettre ce que je pensais être l’orthographe exacte de assujetti, on m’avait tellement prescrit d’écrire le mot le plus simplement possible quand on ne savait pas … que je me résolus à ne mettre qu’un seul t. Y avait-il pour compliquer la chose, un accord à effectuer avec un sujet ou un complément d’objet direct placé avant ? Je ne sais plus mais je dus me satisfaire de la note de seize sur vingt. Car oui, en ce temps-là, une faute coûtait quatre points sur vingt attribués, et cinq fautes valaient la bulle ou … une auréole pour saint François pour les élèves du Sacré-Cœur !
Une panique similaire à celle évoquée par Cavanna, encore lui, dans son essai Mignonne, allons voir si la rose … titre poétique emprunté au premier vers de l’Ode à Cassandre de Ronsard.
« Quand, à l’horizon du cours de français, se lève pour la première fois, nuage lourd de menaces, le participe passé conjugué avec l’auxiliaire « avoir », l’enfant comprend que ses belles années sont à jamais enfuies et que sa vie sera désormais un combat féroce et déloyal des éléments acharnés à sa perte.
L’apparition, dans une phrase que l’on croyait innocente, du perfide participe passé déclenche, chez l’adulte le plus coriace, une épouvante que le fil des ans n’atténuera pas. Et, bien sûr, persuadé d’avance de son indignité et de l’inutilité du combat, l’infortuné qu’un implacable destin fit naître sur une terre francophone perd ses moyens et commet la faute. À tous les coups. (…)
Pourtant, s’il est une règle où l’on ne peut guère reprocher à la grammaire de pécher contre la logique et la clarté, c’est bien celle-là. (…) Quoi de plus lumineux ? Prenons un exemple : «J’ai mangé la dinde.» Le complément d’objet direct «la dinde» est placé après le verbe. Quand nous lisons «J’ai mangé», jusque-là nous ne savons pas ce que ce type a mangé, ni même s’il a l’intention de nous faire part de ce qu’il a mangé. Il a mangé, un point c’est tout! La phrase pourrait s’arrêter là. Donc, nous n’accordons pas «mangé», et avec quoi diable l’accorderions-nous ? Mais voilà ensuite qu’il précise «la dinde». Il a, ce faisant, introduit un complément d’objet direct. Il a mangé QUOI ? La dinde. Nous en sommes bien contents pour lui, mais ce renseignement arrive trop tard. Cette dinde, toute chargée de féminité qu’elle soit, ne peut plus influencer notre verbe «avoir mangé», qui demeure imperturbable. Notre gourmand eût-il dévoré tout un troupeau de dindes qu’il en irait de même : «mangé» resterait stoïquement le verbe «manger» conjugué au passé composé. Maintenant, si ce quidam écrit «La dinde ? Je l’ai mangée» ou «La dinde que j’ai mangée», alors là, il commence par nous présenter cette sacrée dinde. Avant même d’apprendre ce qu’il a bien pu lui faire, à la dinde, nous savons qu’il s’agit d’une dinde. Nous ne pou¬vons plus nous dérober. Nous devons accorder,-hé oui. «Mangée» est lié à la dinde (c’est-à-dire à «I’» ou à «que», qui sont les représentants attitrés de la dinde) par-dessus le verbe, par un lien solide qui fait que «mangée» n’est plus seulement un élément du verbe «manger» conjugué au passé composé, mais également une espèce d’attribut de la dinde. Comme si nous disions «La dinde EST mangée». »
Bien qu’il se déclarât dépourvu de toute qualité pédagogique, qui sait si les chères têtes blondes n’auraient pas mieux déjoué avec Cavanna les pièges tendus par les participes passés. Quoique celui-ci, avec son esprit « bête et méchant », aime à se souvenir :
« Après la dictée, on fait la correction, et on voit combien on a de fautes. C’est toujours les mêmes qui en ont plein, et des fois des tellement marrantes que ça fait rire la classe quand le maître les oblige à les lire à haute voix. »
Ma maman rapportait parfois une anecdote survenue à l’une des ses anciennes collègues dans son école d’un modeste village du Pays de Caux. Je la soupçonne de l’avoir puisée dans La foire aux cancres de Jean-Charles, un succès de librairie dans les années 1950-60. Peu importe, alors que la maîtresse avait dicté : Les poules étaient sorties du poulailler dès qu’on leur avait ouvert la porte, le petit écolier de la campagne cauchoise écrivit, avec son bon sens paysan, Les poules étaient sorties du poulailler, des cons leur avaient ouvert la porte ! Ça sent le vécu ! Je ne sais pas si l’enseignante argua pour sanctionner l’élève, qu’elle n’avait pas signalé de virgule. La jubilation valait bien sa mansuétude en la circonstance.
Parvenu à l’âge adulte, envers du décor, je passais en position confortable d’infliger à mon tour le supplice de la dictée à mes chers élèves du lycée français de Mexico. Ils étaient péruviens, belges, néerlandais, libanais, suédois et même français, ils étaient enfants d’ambassadeurs, de consuls et de coopérants, ils parlaient couramment au moins quatre langues mais … ils maîtrisaient beaucoup moins bien l’orthographe française. J’y perdis peut-être mes premiers cheveux lors des premières dictées que je leur eus imposées en vue de l’incontournable examen d’entrée en sixième. Je ne pouvais me résoudre à enfiler inexorablement des colliers de zéros à ces enfants attachants et intelligents.
Pennac, semble-t-il, connut pareil phénomène :
« Inutile de m’épuiser en corrections puisque le résultat m’était connu d’avance ! Combien de fois, enfant, ai-je affirmé à mes professeurs ce que mes élèves me répèteraient à leur tour si souvent :
– De toute façon, j’aurai toujours zéro en dictée ! »
Il trouva la parade en improvisant une dictée non préparée, « écho instantané à leur aveu de nullité » :
« Nicolas prétend qu’il aura toujours zéro en orthographe, pour la seule raison qu’il n’a jamais obtenu une autre note. Frédéric, Sami et Véronique partagent son opinion. Le zéro, qui les poursuit depuis leur première dictée, les a rattrapés et avalés. À les entendre, chacun d’eux habite un zéro d’où il ne peut sortir. Ils ne savent pas qu’ils ont la clé dans leur poche.
Pendant que j’imaginais le texte, y distribuant un petit rôle à chacun d’eux, histoire d’émoustiller leur curiosité, je faisais mes comptes grammaticaux : un participe conjugué avec avoir, COD placé derrière ; un présent singulier précédé d’un pronom complément pluriel et d’un pronom relatif sujet ; deux autres participes avec avoir, COD placé devant ; un infinitif précédé d’un pronom complément, etc. »
S’en suivit, la dictée achevée, une correction immédiate collectivement avec un questionnement sur chaque difficulté. Je n’agis pas autrement sans sombrero sur le nez.
« Une fois chacun sorti de son zéro, les dictées devenaient moins nombreuses et plus longues, dictées hebdomadaires et littéraires, dictées signées Hugo, Valéry, Proust, Tournier, Kundera, si belles parfois que nous les apprenions par cœur, comme ce texte de Cohen emprunté au Livre de ma mère … »
Ah, les belles dictées d’antan, tenez, Cavanna, toujours lui :
« La dictée est signée du nom de celui qui l’a écrite, parce qu’il en est très fier et il veut que ça se sache. Je commence à bien les connaître. Il y a M. Victor Hugo, M. Anatole France, M. Alphonse Daudet, M. Pierre Loti, Mme George Sand qui a un prénom d’homme et Mme Colette qui n’a pas de nom de famille, ça doit être une enfant de l’Assistance. Ce sont des écrivains. Ils écrivent des dictées. Ils sont célèbres parce que leurs dictées sont très bonnes, avec des pièges dedans juste ce qu’il faut. »
C’est vrai qu’une fois écrit le nom de l’auteur du texte dicté, au-delà des tourments causés par l’orthographe de certains de ses mots, coulaient en moi, comme une jouissance, la beauté d’une description, d’un portrait, la révélation d’une histoire, en résumé, cette brève confrontation à la vraie littérature.
Ces dictées n’avaient rien à voir avec celles, pour linguistes savants, proposées à la télévision par le populaire Bernard Pivot qui se régalait de les truffer de mots rares ou obsolètes, de règles de grammaire abstruses et d’exceptions équivoques.
Modèle du genre, la dictée, prétendument attribuée à Prosper Mérimée, faisait partie des passe-temps de la cour de Napoléon III. La légende dit que l’empereur aurait fait 75 fautes, l’impératrice Eugénie 62 et Alexandre Dumas fils 24 !
Je retrouve Daniel Pennac, de nombreuses dictées quotidiennes plus tard … :
« Vint la correction secrète du professeur ; la mienne, chez moi, et la remise des copies le lendemain, la note, la fameuse note, histoire de voir la tête que ferait Nicolas en sortant pour la première fois de son zéro. La bouille de Nicolas, de Véronique ou de Sami le jour où ils brisaient la coquille de l’œuf orthographique. Affranchis de la fatalité ! Enfin ! Oh, la charmante éclosion ! »
Je vécus semblable satisfaction et je ne me souviens pas qu’un seul de mes élèves fût victime du traumatisant zéro éliminatoire pour le passage au collège.
C’était moins démagogique que le subterfuge, envisagé plus tard par certaines têtes pensantes de l’éducation nationale, d’être bienveillant avec les fautes dites « d’usage » et de ne pas tenir compte des fautes d’accent. Ceci dit, il faut reconnaître que la barre fatidique éliminatoire de cinq fautes dans certains examens comme le certificat d’études primaires et l’entrée en sixième était probablement excessive. Encore que, lors de mon séjour au Mexique, ayant instauré une fréquente correspondance avec ma grand-mère paysanne, j’eus l’heureuse surprise de découvrir que ma chère aïeule possédait une rédaction et une orthographe irréprochables bien qu’elle eût quitté l’école à douze ans, âge légal alors de la fin de scolarité obligatoire. Comme quoi …
Je m’escrime à vous énumérer les vertus de la dictée, ne faut-il pas que Jean-Paul Sartre, dans Les Mots, me casse la baraque :
« Mon grand-père avait décidé de m’inscrire au lycée Montaigne. Un matin, il m’emmena chez le proviseur et lui vanta mes mérites : je n’avais que le défaut d’être trop avancé pour mon âge. Le proviseur donna les mains à tout : on me fit entrer en huitième et je pus croire que j’allais fréquenter les enfants de mon âge. Mais non : après la première dictée, mon grand-père fut convoqué en hâte par l’administration ; il revint enragé, tira de sa serviette un méchant papier couvert de gribouillis, de taches et le jeta sur la table : c’était la copie que j’avais remise. On avait attiré son attention sur l’orthographe – « Le lapen çovache ême le ten » (le lapin sauvage aime le thym) – et tenté de lui faire comprendre que ma place était en dixième préparatoire. Devant « lapen çovache » ma mère prit le fou rire ; mon grand-père l’arrêta d’un regard terrible. Il commença par m’accuser de mauvaise volonté et par me gronder pour la première fois de ma vie, puis il déclara qu’on m’avait méconnu ; dès le lendemain, il me retirait du lycée et se brouillait avec le proviseur… »
Que Madame de Oliveira ne m’en tienne pas rigueur, je me suis souvent détaché de son pertinent plaidoyer pour citer, en guise d’approbation, quelques écrivains qui rendent avec humour et jubilation aussi hommage à la dictée bien qu’elle leur infligeât quelques souffrances morales (et peut-être même physiques) dans leur enfance. Au vu de leur carrière littéraire, cela s’arrangea bien par la suite.
Permettez-moi encore un soupçon de Cavanna :
« Après la dictée, il y a les questions. Analyse logique, analyse grammaticale, questions sur le sens pour voir si on a bien tout compris ce que l’écrivain a voulu dire et si on a su apprécier comme c’est beau.
Comme dit maman : « Quand on sait lire et écrire, on peut aller partout la tête haute. »
J’ajoute un doigt de Pennac :
« Réactionnaire, la dictée ? Inopérante en tout cas, si elle est pratiquée par un esprit paresseux qui se contente de défalquer des points dans le seul but de décréter un niveau ! Avilissante, la notation ? Certes, quand elle ressemble à cette cérémonie, vue il y a peu à la télévision, d’un professeur rendant leurs copies à ses élèves, chaque devoir lâché devant chaque criminel comme un verdict annoncé, le visage du professeur irradiant la fureur et ses commentaires vouant tous ces bons à rien à l’ignorance définitive et au chômage perpétuel …
… J’ai toujours conçu la dictée comme un rendez-vous complet avec la langue. La langue telle qu’elle sonne, telle qu’elle raconte, telle qu’elle raisonne, la langue telle qu’elle s’écrit et se construit, le sens tel qu’il se précise par l’exercice méticuleux de la correction. Car il n’y a pas d’autre but à la correction d’une dictée que l’accès au sens exact du texte, à l’esprit de la grammaire, à l’ampleur des mots. Si la note doit mesurer quelque chose, c’est la distance parcourue par l’intéressé sur le chemin de cette compréhension. Ici comme en analyse littéraire, il s’agit de passer de la singularité du texte (quelle histoire va-t-on me raconter ?) à l’élucidation du sens (qu’est-ce que tout cela veut dire exactement ?), en transitant par la passion du fonctionnement (comment ça marche ?). »
CQFD ! Madame de Oliveira ne dit rien de différent, dans une optique plus universitaire eu égard à la tribune où son éloge est publié.
« La dictée nous enseignait l’attention et le soin … La dictée nous enseignait la logique … La dictée nous enseignait la confiance … Nous apprenions l’humilité, la sagesse de reconnaître nos faiblesses et le sens de la responsabilité.
La dictée n’était pas une torture subie, c’était un entraînement que nous faisions chaque matin, tels les joggeurs modernes, pour notre bien, pour notre santé intellectuelle. Et elle nous apportait le plaisir du travail bien fait … La dictée était la clé des études réussies. »
Chers lecteurs, un peu cancres avant-hier, ne me vouez pas aux gémonies ! Loin de moi l’idée de vous envoyer au banc du savoir au fond de la classe, près du radiateur.
Avec le secours de quelques pépites littéraires, j’ai surtout souhaité égrener quelques bons souvenirs scolaires de mon enfance à l’encre violette.

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œuvre de la plasticienne Sandrine Morsillo dans le cadre d’une exposition Faire l’École

Un inspecteur général fantasque avait, en son temps, suggéré d’effectuer les dictées sur une ardoise afin d’éviter les traces traumatisantes des fautes et des corrections en rouge sur les cahiers. Il ignorait que les mêmes ardoises fleuriraient un jour à la terrasse des brasseries et restaurants.
Vous ne pouvez pas imaginer combien j’ai la tripe qui se noue lorsque je lis : « plat du jour : cabillo sauce normende », « achis parmantier », « ce midi, popiettes de veau » ou « Nos deserts son fait maison » ! C’est presque rédhibitoire (pas facile à écrire ce mot), tant pis pour les profiteroles qui étaient peut-être délicieuses … j’en doute cependant. Les mots ne sont pas seulement des sons, ils possèdent une figure, une silhouette qui en font leur caractère émoustillant ou répugnant en l’exemple.
Il y a quelques années, au bout de ma rue, avait été aménagé un rond-point dit des « Quatres arbres » en référence à la toponymie du lieu-dit inscrit sur le cadastre. Cela dépasse encore mon entendement que des panneaux fussent fabriqués ainsi orthographiés, puis installés impunément à chaque débouché de voie pendant presque un an. Est-ce pour dissiper le doute qu’on baptisa finalement le rond-point du nom de Cassina de Pecchi, une ville de la province de Milan jumelée à la commune ?
Comme tout, métaphoriquement, est question de goût, je vous laisse en compagnie de Philippe Delerm dont les nouvelles pourraient constituer de savoureuses dictées. Dans son propos sur l’amer et le sucré,, il paraitrait que le goût de l’amertume vient avec les années.
Il n’est pas complètement exclu que quelques fautes se cachent malicieusement dans ce billet. Plutôt que me retrancher derrière l’infâme correcteur orthographique, j’en rejette la responsabilité sur le temps de sucrer les fraises qui se rapproche inexorablement !

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En sollicitant sa bienveillance, je remercie Françoise de Oliveira de m’avoir permis, à travers son Éloge de la dictée, de croquer quelques madeleines de mon enfance.

Publié dans:Ma Douce France |on 15 février, 2014 |3 Commentaires »

La valse de Pantin

Parce que l’envie me vient d’écrire un billet sur Pantin, voilà que me trotte dans la tête l’air facétieux et poétique d’un Grello. Non, mon orthographe n’est pas défaillante ; il ne s’agit pas d’une clochette mais du regretté chansonnier, prénommé Jacques, créateur de La Boîte à sel, une célèbre émission hebdomadaire d’actualité satirique au temps héroïque de la télévision de mon papa. Outre ses couplets pamphlétaires, il écrivit notamment un bijou de chanson que Guy Béart mit en musique.
Il fait beau !
Une bonne nouvelle vraie, ça vaut l’coup d’en parler, non ?

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« Délaissant avant l´heure son torride bureau
L´ami Gaston chez lui est rentré bien trop tôt
Il fait chaud
Il a trouvé sa femme seule avec un monsieur
A part le drap du d´ssus, ils n´avaient rien sur eux
Il fait chaud
Gaston restait sans voix, sa femme ne disait rien
Alors l´autre type a dit « Y a qu´ comme ça qu´on est bien »
Il fait chaud, il fait chaud
« Vous croyez? » dit Gaston, « Je peux vous l´affirmer »
Gaston s´est dévêtu et tout s´est arrangé
Il fait chaud, on peut pas s´fâcher … »

Georges Brassens qui adorait chanter les autres et, à qui justement Jacques Grello offrit sa première guitare, avait modifié ce passage … licencieux : « Elles (les femmes) sont drôlement pin-up, si j’en trouve une qui me veut, j’m’en vais gâcher ma vie pour elle, une heure ou deux ».
Cet après-midi là, tandis que le soleil est parti faire son tour du monde, moi flânant aux alentours de la Villette, sur le chemin de halage du canal de l’Ourcq, la curiosité me pousse au-delà du « périph ».

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Sur l’autre rive, au Cabaret sauvage, Dino fait son crooner et Shirley sa crâneuse ! Bon public, j’adore ce duo dont je vous avais parlé dans une mise en scène désopilante du King Arthur, l’opéra d’Henry Purcell (billet du 19 mars 2011).
Je longe le Zénith de Paris. Auparavant, se dressait là une autre salle de spectacle appelée improprement Hippodrome de Pantin. Il s’agissait d’un cirque permanent, situé à proximité de la station de métro Porte de Pantin, qui accueillit par la suite des spectacles musicaux. Parmi les bêtes de scène qui fréquentèrent ce lieu, on relève James Brown, Johnny Hallyday, Genesis, Roxy Music, le groupe Téléphone, The Clash, Éric Clapton et … dans un inoubliable récital, la longue dame brune Barbara.

Tchao Pantin
! Le clin d’œil est trop tentant même si le film qui valut à Coluche le César du meilleur acteur se déroule en fait à la Goutte d’or, quartier crasseux à l’époque du dix-huitième arrondissement de Paris.

Un humoriste peut en cacher un autre. Pantin, commune à part entière de la Seine-Saint-Denis, banlieue nord-est de la capitale, ne perd pas au change. Ainsi, voici ce qu’écrivait Pierre Desproges, avec son humour plus que grinçant : « Avant de mourir, je voudrais remercier tout particulièrement la municipalité de Pantin, où je suis né, place Jean-Baptiste Vaquette de Gribeauval. Et, comme je suis né gratuitement, je préviens aimablement les corbeaux noirs en casquette de chez Roblot et d’ailleurs que je tiens à mourir également sans verser un kopeck. Ecoutez-moi bien, vampires nécrophages de France : abattre des chênes pour en faire des boîtes, guillotiner les fleurs pour en faire des couronnes, faire semblant d’être triste avec des tronches de faux-culs, bousculer le chagrin des autres en leur exhibant des catalogues cadavériques, gagner sa vie sur la mort de son prochain, c’est un des métiers les moins touchés par le chômage dans notre beau pays. » Fut-il entendu, mort le jour de la Saint Parfait, ses cendres ont été mélangées directement à la terre du cimetière du Père-Lachaise, dans un minuscule jardinet sans croix ni dalle, en face des tombes de Frédéric Chopin et du pianiste de jazz Michel Petrucciani dont il brocardait le handicap physique. Étonnant non ?

Desproges faisait souvent référence à Vaquette de Gribeauval dans ses chroniques se targuant d’être la seule personne à connaître cet ingénieur militaire du dix-huitième siècle qui réforma l’artillerie de campagne française.

Pour poursuivre dans la rubrique nécrologie, des personnes illustres ont choisi de se reposer pour l’éternité au cimetière de Pantin. Sans doute, leur présence se justifie par le fait que la nécropole, la plus grande de France avec ses 107 hectares, dépend administrativement de la ville de Paris.

À ma grande surprise, s’y trouve la sépulture du poète Jacques Audiberti cher à Claude Nougaro, un autre souffleur de vers. Je serais plutôt allé me recueillir du côté d’Antibes, rue du Saint Esprit.

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Il me plait de rendre hommage également à Jean-Pierre Melville, l’un des plus grands réalisateurs de l’histoire du cinéma français. On lui doit treize films admirables dont quelques chefs-d’œuvre comme Léon Morin prêtre, Le Doulos, Le Samouraï, Le Cercle rouge, Le Deuxième souffle, L’Armée des ombres. Immense ! Dans l’au-delà, peut-être devise-t-il de Jean-Paul Belmondo héros boxeur de L’aîné des Ferchaux, avec Alphonse Halimi, ancien champion du monde des poids coq, son voisin dans le carré israélite. Je me souviens d’avoir écouté à la radio avec mon papa, dans ma prime jeunesse, son combat pour le sacre, au Vel’ d’Hiv’, contre Mario d’Agata, un italien sourd-muet.
Le sympathique Alphonse avec son accent pied noir inspira largement Guy Bedos pour son célèbre sketch M’sieur Ramirez. Mémorable fut aussi sa déclaration emphatique après sa victoire à Londres contre un boxeur britannique pour le titre de champion d’Europe : « J’ai vengé Jeanne d’Arc » ! Sacré Alphonse, un sportif attachant dont la fin de vue fut douloureuse.

Plus conforme à l’idée de ce qu’on se fait de Pantin, ancienne ville ouvrière, si vous arpentez les allées du cimetière, vous trouverez aussi les tombes de Damia et Fréhel, chanteuses réalistes extrêmement populaires entre les deux guerres. Marguerite Boulc’h dite Fréhel immortalisa La java bleue qu’on danse (encore de nos jours) les yeux dans les yeux, c’est en fait une valse. Quant à Damia, celle qu’on surnomma la « tragédienne de la chanson », elle a fermé les volets de sa guinguette :

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Bien que pur produit de la génération yéyé, ces refrains ont traversé mon enfance tant je les entendis fredonner par mes aïeux. Pour les brocarder effrontément mais affectueusement, il me prenait même parfois de les leur chanter avec cette gouaille caractéristique de l’époque : « Les joyeux triolets de l’accordéon fusent … » Comme un clin d’œil au temps disparu de l’enceinte édifiée sous Louis-Philippe par Adolphe Thiers, dont de rares vestiges sont encore visibles non loin de là, voici encore quelques couplets de la Chanson des Fortifs, un autre succès nostalgique de Fréhel :

« « Le poète en guenille la nuit
Les rodeurs et les filles
Des chansons d’Aristide Bruant

Les héros populaires
Les refrains d’avant guerre
Sont bien loin de nous maintenant

Tout cela disparaît dans la nuit
Et l’on se demande aujourd’hui

Que sont devenues les fortifications
Et les p’tits bistrots des barrières
C’était l’décor de toutes les chansons
Des jolies chansons de naguère

Où sont donc Julot
Nini, Casque d’or
Et P’tit Louis l’costaud
Si célèbre alors
Que sont devenues les fortifications
Et tous les héros des chansons … »

En effet, qu’est devenu le P’tit Boscot évoqué par Berthe Sylva ? Un gamin de Paris semblable à celui qui offrait des roses blanches à sa jolie maman …

« …C´est aujourd´hui dimanche et jour de fête
le p´tit Boscot se promène à pas lents
une fleuriste il hésite s´arrête
et fait le choix d´un bouquet d´œillets blancs
puis il s´en va portant sa blanche gerbe
mais il rencontre un groupe d´ouvriers
tiens dit l´un d´eux le Boscot il est superbe
mais ma parole il va se marier
« hé! présente-nous donc ta gosse
elle doit avoir aussi une bosse
un œil de verre un faux menton
donne donc ces fleurs, espèce d´avorton »

Dans ses grands yeux tout remplis de souffrance
on voit perler des larmes de dépit
et brusquement le p´tit Boscot s´élance
pour s´emparer des fleurs qu´on lui ravit
pâle et tremblant d´un geste de colère
il ressaisit deux œillets tout meurtris
et les cachant sous sa veste légère
d´un pas pressé tristement il s´enfuit

Il n´est pas bon quand il est en colère
suivons-le donc nous allons rire un brin
le p´tit Bosco les mène hors la barrière
sans s´inquiéter il poursuit son chemin
voici Pantin et son vieux cimetière
le p´tit Bosco pénètre lentement
les ouvriers gênés suivent derrière
saisis soudain d´un noir pressentiment
« là devant une croix de pierre
le p´tit Boscot est en prière
on voit sur l´humble monument
ces mots  » à ma chère maman »

Dans ses grands yeux tout remplis de détresse
on voit perler des larmes de douleur
pieusement le p´tit Bosco se baisse
pour déposer ses deux modestes fleurs
d´un geste ému retirant leurs casquettes
les ouvriers s´approchent doucement
pardon petit vois-tu nous étions bêtes
reprends tes fleurs pour ta chère maman. »

Il y a une vie, la nuit tombée, au cimetière de Pantin à en croire la chanson sacrilège de Pierre Perret :

 » Ils se sont rencontrés au cimetière de Pantin
Sur le coup de minuit ils se sont fait coucou
Elle, elle piquait des fleurs sur la tombe des voisins
Lui, déterrait les morts pour piquer leurs bijoux
À leur sortie de prison dans un élan tacite
Ils firent de grands projets, c’est ainsi qu’ tous les soirs
Il lui passait le rouleau contre la cellulite
Pendant qu’elle, en échange, elle lui enlevait ses points noirs« 

Un autre héros de chanson cher à Renaud crèche là pour toujours :

« Pauv’Dédé aujourd’hui est au cimetière d’Pantin.
Sur sa tombe on a peint deux band’s blanches, c’est super
Sa bagnole crève douc’ment tout au fond du jardin
D’un pavillon d’banlieue près d’la ligne de ch’min d’fer.
Les poules ont fait leur nid sur les sièges éventrés,
La rouille a tout bouffé, la peinture et les chromes,
Le pare-brise et les phares dégommés par les mômes,
Il reste bientôt plus rien d’la pauv’ tire à Dédé. »

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Les murs de soutènement du boulevard périphérique favorisent quelques squats glauques et graffités, déserts en ce début d’après-midi. On y récupèrerait presque des débris de l’épave désossée de la tire à Dédé. L’espace de quelques mètres, j’ai l’impression de traverser une « zone » oppressante qui sépare la capitale de la banlieue. Est-ce pour me donner du courage, Serge Reggiani chante dans ma tête Paris ma rose :

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« Où est passée Paris la rouge?
La Commune des sans-souliers?
S´est perdue vers Aubervilliers
Ou vers Nanterre l´embourbée
Paris la rouge … »

C’est la question que je me pose tandis que devant moi, surgissent les anciens Grands Moulins de Pantin.

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J’ai toujours été intrigué par cette imposante architecture industrielle en brique blonde du Nord, que l’on repère loin à l’horizon depuis les points hauts de Paris, Montmartre et les parcs de Belleville et des Buttes Chaumont.
Le poète beauceron Gaston Couté n’a certes pas rimé sur les moulins sans ailes de Pantin et pour cause, et Michel Legrand n’a pas trouvé là non plus l’inspiration pour les moulins de son cœur.
La présence d’un premier moulin dit Stanislas, du nom de son créateur Abel Stanislas Leblanc minotier briard, est attestée dès 1882. La fin du XIXe siècle voit les grandes minoteries industrielles supplanter les moulins artisanaux. La proximité du canal de l’Ourcq et du réseau ferroviaire de l’Est favorise l’installation de ces nouvelles infrastructures destinées à alimenter la capitale en farine à partir de la plaine céréalière de la Brie. Ainsi, le moulin peut facilement recevoir et expédier les blés et la farine par wagon et péniche.
Consécutivement à une restructuration (déjà à l’époque), la société de Strasbourg-Port du Rhin devient actionnaire majoritaire, fonde en 1921 la société des Grands Moulins de Pantin-Paris et choisit un architecte alsacien Eugène Haug pour en concevoir l’agrandissement et la reconstruction. Ainsi s’explique l’architecture d’inspiration régionale alsacienne avec son beffroi et les toitures à pans brisés.
Endommagés en 1944 par l’explosion d’une péniche minée, le moulin, les silos et la chaufferie sont alors restaurés dans le respect du style initial par l’architecte Jean Bailly qui construit de nouveaux éléments comme la semoulerie.
Les Grands Moulins de Pantin compteront plus de 400 cents salariés. Mais la baisse de la consommation du pain, la concurrence des farines étrangères vont amorcer leur déclin.
En 1994, le céréalier Soufflet, conjointement avec les grands moulins de Corbeil, reprend le site. En 2001, il ferme définitivement la meunerie.
Meunier (Immobilier) tu dors ? Non, il y a du blé à se faire ! Cette filiale du groupe BNP Paribas rachète le bâtiment et décide de sa transformation en bureaux.
Après plusieurs années de travaux de réhabilitation, plus de 3000 salariés de BNP Paribas Securities Services emménagent à partir de la fin 2009.
BNP Paribas la banque d’un monde qui change ! Le slogan illustre bien la reconversion industrielle vers des activités tertiaires, du moins dans son aspect architectural.
Bernard Reichen, l’architecte en charge du chantier, a remodelé le site avec pas mal de goût, en combinant le verre moderne et la brique de l’ancienne minoterie qui a retrouvé son élégante couleur jaune crème. Il ne s’agissait pas de faire un musée de la meunerie mais de caser 25 000 m2 de bureaux : pour ainsi dire, une valse des Pantin d’autrefois et d’aujourd’hui.
En errant autour des bâtiments hautement sécurisés (on ne rentre plus comme dans un moulin !), j’essaie de repérer quelques éléments lisibles du passé. Le transbordeur, sorte de tapis roulant qui acheminait blé et farine, plonge toujours vers le canal. Désormais, il a vocation d’accueillir des expositions.
L’énorme chaudière américaine de Babcock & Wilcox installée en 1925 est conservée dans un des bâtiments de verre et aluminium, à l’abri des regards des curieux.

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Pour franchir le canal, j’emprunte le quai du nouveau tramway. « Ce n’est pas une femme, c’est une apparition ». Ainsi Antoine Doinel parlait de Fabienne Tabard alias Delphine Seyrig dans Baisers volés de Truffaut. C’est une agréable surprise d’entrer dans Pantin par une rue dédiée à la militante féministe et à la comédienne à « la voix de violoncelle ».

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Au bord de canaux plus romantiques que celui de l’Ourcq, elle obtint, à la Mostra de Venise, la coupe Volpi de la meilleure actrice pour son interprétation dans Muriel.

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À quelques mètres des anciens moulins, se dresse une grande cheminée blanche, l’ultime vestige d’une autre friche industrielle, l’ancienne blanchisserie Elis. Panaches et volutes de vapeur d’eau ne se découperont plus dans le ciel de Pantin.
Pendant plusieurs siècles, les lavandières parisiennes lavèrent le linge des habitants de la capitale sur les rives de la Seine. En 1623, le premier lavoir flottant fut établi à Paris, à bord d’un bateau amarré sur le fleuve.
À la fin du XIXe siècle, Théophile Leducq, un ingénieux chef d’entreprise, eut l’idée de fournir de grands établissements comme des hôpitaux, hôtels, restaurants, bouchers, coiffeurs, en linge et vêtements de travail, ainsi que d’en assurer l’entretien. Après s’être installé quelque temps rue de Flandre à Paris, il implanta son usine à Pantin, en bordure du canal de l’Ourcq. Une nappe phréatique peu profonde facilitait l’approvisionnement en eau chaude et douce. D’autre part, il bénéficiait de la proximité de plusieurs entreprises de matériel pour blanchisserie, savonniers, fabricants de lessive et d’eau de Javel.
Où est passé Pantin la rouge ? La blanchisserie Elis a migré à un peu plus d’un kilomètre de là.

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À Pantin, il n’y a pas que le vendredi que tout est permis. Comme le fameux décor penché de l’émission d’Arthur, un élément cubique d’un immeuble en verre a basculé par l’imagination de son architecte.
Quelques pas plus loin, c’est la récréation à l’école maternelle de la Marine. Ce clin d’œil à la géographie locale évite toutes les susceptibilités d’opinions qui naissent lorsqu’il s’agit de baptiser une rue ou un établissement public. Quoique quelque esprit tordu y trouvera une possible confusion avec une passionaria d’extrême-droite. Heureux moussaillons qui, en sortant de l’école, peuvent faire le tour de la terre en bateau à voiles avec le soleil.

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En face, Brunello, restaurant bobo, succède peut-être à un « doux caboulot plein de populo » cher à Francis Carco et Juliette Gréco.
Le Centre National de la Danse s’est installé à deux pas. On y pratique sans doute plus des formes modernes de chorégraphie que les valses musette des guinguettes d’antan.

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Á proximité de la passerelle suivante, des fresques déclinant en plusieurs langues le mot solidarité couvrent les murs de la Maison des Associations, des Alternatives et de la Formation. Ici, la lutte contre l’exclusion n’est pas une vaine expression. L’association rassemble notamment un centre de formation contre l’illettrisme, un restaurant, une coopérative de distribution, un atelier de théâtre, un journal … Il fait beau aussi dans les cœurs à Pantin.

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Au fronton d’un bâtiment ancien, je remarque qu’on y fabrique des coupes ; des médailles et des trophées. Bon prétexte pour vous dire que la Grande Guerre minait encore le pays quand l’Olympique de Pantin remporta la première Coupe de France en battant le Football Club de Lyon trois buts à zéro. L’événement se déroula, le 5 mai 1918, devant 2 000 spectateurs enthousiastes, au stade de la Légion Saint-Michel, rue Olivier de Serres, dans le XVe arrondissement de Paris.

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Une gazette de l’époque rapporte que les joueurs banlieusards, tout de blanc vêtus, levèrent fièrement le trophée de 3,200 kg d’argent posé sur un socle marbré des Pyrénées, réalisé par l’orfèvre Chobillon.
Le club, fusionnant peu après avec le Sporting Club de Vaugirard, devint l’Olympique de Paris et fut encore finaliste de la Coupe de France en 1919 et 1921. Il jouait alors au stade Bergeyre, du nom d’un joueur de rugby mort durant la première guerre mondiale, construit boulevard Simon Bolivar près des Buttes

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Plusieurs matches de football des Jeux Olympiques de 1924 s’y disputèrent. En 1923, Paul Souchon le décrivit ainsi dans son recueil Les Chants du stade : « C’est un plateau de gazon, / Une île claire et tranquille / Que vient battre à l’horizon / Le flux de l’immense ville » … qui aiguisa bientôt l’appétit des promoteurs immobiliers. Cette aire sportive fut démolie en 1926 pour laisser place à un lotissement d’habitations, l’actuelle butte Bergeyre.
Où est passée Pantin la rouge, l’ouvrière, l’ancienne cité communiste ? Voici qu’elle fait de l’œil désormais au monde du luxe. Hermès, la marque de l’emblématique carré de soie, ainsi que Chanel, la maison au double C, s’y implantent avec une certaine discrétion.
Pour être précis, le célèbre couturier était pantinois depuis longtemps à travers sa filiale Bourjois … avec un J comme Joie, comme le scandait Charles Trenet dans une réclame radiophonique. L’intention de ce slogan était, en empêchant la confusion, d’élargir sa clientèle au-delà des « bourges ».
Une usine à vapeur fut construite à Pantin en 1891, non loin des abattoirs de la Villette qui fournissaient les graisses et suifs pour la fabrication des produits de beauté. Ça vous donne toujours envie de vous maquiller chères lectrices ?
Aucun signe extérieur de richesse et de la marque, Chanel a installé son laboratoire de recherche et développement des cosmétiques et parfums dans un immeuble, à son image, d’architecture classique et élégante. Je serais curieux de connaître le sentiment de ses salariés qui ont migré depuis Neuilly et Sophia Antipolis sur la Côte d’Azur.

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Choc de deux mondes, en face, sur l’autre berge du canal, les graffeurs s’en donnent à cœur joie en bombant les façades d’un ancien bâtiment des douanes et de réserve de grains, bientôt réhabilité. En 2015, BETC, la première agence française de publicité, y fera entrer ses designers, graphistes et directeurs artistiques.
E la nave va, pour quelques mois encore, l’immense vaisseau peinturluré offre un faux air de décor fellinien.

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Est-ce Desproges qui déteint sur moi, je me surprends à photographier deux blacks devant les nouveaux locaux de la blanchisserie Elis.
Je m’enfonce quelques minutes dans le vieux Pantin pour retrouver quelques vestiges de l’intense activité industrielle d’autrefois. Non loin de l’église, subsiste un pavillon de l’ancienne manufacture des tabacs créée en 1876, transformé en maison du tourisme.

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Ici, à la fin du dix-neuvième siècle, les ouvrières fabriquaient les cigares « favoritos », « milares » et « londrecitos ».
Le temps me manque pour me rendre à l’emplacement des anciens ateliers de l’entreprise mythique Motobécane qui naquit à Pantin en 1924, à l’initiative de Charles Benoît et Abel Bardin. En sortit, à l’époque, un modèle à fourche pendulaire équipé d’un moteur deux temps bicylindre de 175 cm3 à transmission par courroie. En 1926, fut créée la marque Motoconfort (à la dénomination plus flatteuse que la populaire bécane), avec la sortie de la première moto de grosse cylindrée, la MC1 de 308 cm3. En 1929, débuta la production des BMA, bicyclettes à moteur auxiliaire, une idée qu’on soupçonna d’avoir reprise à son compte le champion cycliste suisse Fabien Cancellara lors d’un récent Paris-Roubaix !
Aujourd’hui, des galeries d’art guignent le lieu pour l’architecture des halles métalliques surmontées de toitures en sheds et lanterneaux.
Progressivement, Pantin accomplit sa mutation et réhabilite ses friches industrielles.
Sur le chemin du retour, je m’éloigne du canal pour replonger dans le passé de Pantin la sombre. Cap vers la rue Cartier-Bresson … comment a-t-on pu donner à cette artère assez sordide en bordure du quai de l’ancienne gare de marchandises, le nom de l’illustre photographe ? Renseignement pris, c’est en fait, un hommage à ses aïeux qui, en 1925, installèrent une manufacture de coton à Pantin. Le fil de base, produit par les usines Thiriez, y était traité, teinté et mis en bobines.
Voici comment Henri parlait de son père : « Mon père respectait infiniment ses salariés. Il restait attentif. Jamais, il n’aurait licencié un ouvrier. Il ne disait jamais qu’il était dans les affaires mais qu’il dirigeait une affaire. Nuance ! Il ne raisonnait pas en capitaliste, il ne croyait pas dans le capital. La preuve, c’est que, plus tard, il n’a pas su manœuvrer, faire comme les industriels du Nord qui s’alliaient dans la finance et trouvaient les bons associés… C’est comme ça que l’entreprise a périclité. » Des propos qui semblent surréalistes aujourd’hui.
Je ne peux malheureusement accéder au quai aux Bestiaux ainsi nommé parce qu’on y débarquait au dix-neuvième siècle, les bœufs, veaux, moutons et porcs destinés aux proches abattoirs de la Villette.
La mort fut souvent au bout des voies. Dès 1870, la gare fut réquisitionnée pour les soldats en partance pour le front.

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Pire encore, elle possède le triste privilège d’avoir acheminé le 15 août 1944 le dernier convoi de déportés français à destination des camps de Buchenwald et de Ravensbrück. Ce jour-là, ce sont près de trois mille personnes qui s’entassèrent par centaine dans des wagons à bestiaux « hommes 40, chevaux en long 8 ».
Métaphoriquement, le quai aux Bestiaux de Pantin n’avait jamais aussi honteusement porté son nom.
Drancy, Le Bourget, Bobigny, Romainville et Pantin, la Seine-Saint-Denis fut la plaque tournante de l’abominable crime commis contre l’humanité (voir billet du 12 mai 2013 Un dimanche entre Drancy et Bobigny … avant Auschwitz).

« … Dans ce monde truqué de quelle drôle de guerre
Tout ceux qui font le front le bradait à l’arrière
Nous n’avions que dix ans et dans nos gibecières
Une histoire de France qui tombait en poussière
On nous a fait courir, traverser des rivières
Sur des ponts d’Avignon qui dansaient à l’envers
Ça tirait par devant, ça poussait par derrière
Les plus pressés n’étaient pas les moins militaires
On nous a fait chanter pour un ordre nouveau
D’étranges Marseillaises de petite vertu
Qui usaient de la France comme d’un rince cul
Et s’envoyaient en l’air aux portes des ghettos

Et je me souviens, la petite juive
On lui a dit viens
Elle était jolie
Elle a fait sa valise
Un baiser de la main
Elle s’appelait Lise
Il n’en reste rien … »

Je me souviens de Maurice Fanon. Fils d’une mère institutrice dans un bourg beauceron (non loin des moulins chers à Gaston Couté) et d’un père vendeur de fournitures scolaires, professeur d’Anglais au lycée Buffon, il écrivit, dans les années 1960, de superbes chansons. Sa petite juive était à l’époque l’une des rares chansons, avec Nuit et Brouillard de Jean Ferrat, à évoquer l’antisémitisme et la déportation, et pour cette raison trop boycottée par la radio et la télévision. On entend par contre encore relativement souvent sur les ondes L’écharpe, ce souvenir de soie qu’il portait à son cou en souvenir de sa femme Pia Colombo.
C’est de circonstance, surgit aussi de ma mémoire, un autre personnage de ses refrains, Jean-Marie de Pantin, tourneur à Saint-Denis.

« Je vais vous le montrer mon pas de Calais » ! Cela me rappelle Coluche, j’y reviens, et son sketch du Belge apercevant le panneau Pas-de-Calais sur le bord de la route : « Ils exagèrent, une fois … ils l’auraient dit, je n’serais pas venu ! »
Plus sérieusement, savez-vous qu’outre sa signification territoriale comme département (avec deux traits d’union), le pas de Calais possède aussi une valeur maritime. Il s’agit du passage entre la France et l’Angleterre, qui devient chez nos voisins anglais the Strait of Dover, le détroit ou pas de Douvres. Marquant la limite entre la Manche et la Mer du Nord, il s’appelait « pas Piquart » (de Picardie) au XIVe siècle.
Je dis bientôt au revoir à Pantin sans avoir croisé qui je rêvais. Non pas Jean-Marie mais Jacques de Pantin, Jacques Higelin qui a élu domicile ici, depuis quelques années, dans un beau repaire (le nom de son dernier opus et d’une rue de Pantin), un ancien relais de poste.
Je repasse sous le périphérique Seul :

« … J’adore me balader seul dans des châteaux hanté par des poètes
Le corps secoué de frissons en leur chantant tout ce qui me passe par la tête … »

En la circonstance, c’est un château de l’industrie des années 20 hanté aujourd’hui par des gens sûrement moins poètes mais qui continuent à faire du blé au sens argotique du mot.
On dirait du Trenet, l’autre fou chantant :

« … Je chante sur mon chemin.
Je chante, je vais de ferme en château.
Je chante pour du pain, je chante pour de l’eau … »

 

 

Publié dans:Ma Douce France |on 4 février, 2014 |1 Commentaire »

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