Archive pour novembre, 2013

Tout ce que vous voulez savoir sur l’épicerie de Soueix sans jamais oser le demander*

Trou béant dans la roche, la porte de Kercabanac ouvre sur la vallée du Haut-Salat. Ce fut le titre d’un roman à succès, au début des années 1980, qui, depuis, a été rebaptisé Le cavalier aux yeux verts. L’auteur, Loup Durand, racontait l’histoire d’un village de cette contrée ariégeoise, au XIXe siècle, que les habitants avaient déserté pour partir s’installer aux Amériques afin d’y faire fortune.

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Tout en haut de cette vallée, la rivière du Salat prend sa source à quelques pas de la cabane de Pouilh, à l’endroit même où s’achève le film Là-haut … Amédée Soucasse que j’ai réalisé l’été dernier (voir billet du 25 août 2013).
Á la grande colère des bergers et éleveurs, les ours ont fait de ce secteur leur territoire de prédilection, causant des dégâts considérables parmi les troupeaux de brebis à l’estive.

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Même si quelque irréductible a peint sur la route un slogan à la gloire de l’animal fétiche des doudous, les conseillers généraux de l’Ariège, il y a quelques jours, ont demandé unanimement le retrait complet des ours dans leur département, qualifiant de cuisant échec (à juste raison ndlr) l’introduction de huit ursidés slovènes dans les Pyrénées.

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Les intérêts économiques ont bien changé. Il est loin le temps où le village d’Ercé, à quelques kilomètres de là, s’enorgueillissait d’être la capitale des orsalhers, les montreurs d’ours des Pyrénées. On estime à deux cents le nombre de dresseurs et montreurs d’ours dans la vallée en 1880, dont cinquante dans cette seule commune.
Aujourd’hui, je me rends à Soueix à la rencontre de quelques-uns de ces marcheurs de grands et petits chemins. En effet, depuis l’été, s’y est ouvert un musée des colporteurs, installé dans l’ancienne épicerie Souquet, une boutique très active de 1824 à 1960 que les descendants ont léguée à la municipalité en 2005.

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Les colporteurs étaient des vendeurs ambulants transportant des marchandises hétéroclites dans des caisses faites de bois ou d’osier portées autour du cou d’où leur nom (col-porter). On les appelait encore merciers, gagne-petit, porte-balle ou Jean-misère.
Porteurs des nouvelles du monde, propagateurs de rumeurs aussi, fournisseurs de livres, images, almanachs, chansons à la mode, pamphlets, ils possédaient aussi une fonction d’information auprès des populations rurales les plus reculées. Attendus par les villageois, ils étaient parfois décriés par les autorités les accusant de malhonnêteté ou de répandre des idées subversives. En raison de leur nomadisme et de leur aspect rustique, on avait aussi vite fait de les assimiler à quelque vagabond ou bohémien. Cette méfiance à leur encontre conduisit à l’instauration d’un permis de colportage en 1852.
En principe, il n’y avait rien à craindre des colporteurs de Soueix-Rogalle. Dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle, ils étaient une vingtaine, affublée souvent de sobriquets : Timbou, Pelou, Petitot, Coumère, Moustelle. Il y avait même une femme Elisabeth juchée sur son âne. Certains parcouraient de nombreux pays comme en témoignent quelques estampilles et cachets exposés.

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Avant de pousser la porte de la boutique, je réfléchis quelques instants devant la boîte en fer de la marque Banania trônant dans la vitrine.
J’ai déjà eu l’occasion de parler de ce chocolat en poudre dans un billet du 24 mars 2009 (Le temps pas béni des colonies ou quelques élucubrations vers la rue Mouffetard).
Une actualité brûlante nous renvoie encore en pleine figure l’image du « bon nègre » avec le slogan débecquetant proféré micro à la main lors d’une manifestation par un abbé de l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet : Y’a bon Banania, y’a pas bon Taubira ! (notre garde des sceaux ndlr). Les voix du seigneur sont parfois impénétrables.
Au cours d’un voyage au Nicaragua en 1912, Pierre Lardet découvrit dans un village au cœur de la forêt, une boisson faite de farine de banane, de cacao, de céréales et de sucre.
Dès son retour à Paris, encouragé par son épouse prénommée Blanche (ça ne s’invente pas !), il décida de commercialiser cette recette et déposa la marque BANANIA le 31 Août 1914.
Au départ, un portrait d’Antillaise constitua le symbole de la marque sur les boîtes en métal et en carton. Mais avec la première guerre mondiale en toile de fond, devant la fidélité à la métropole de ces troupes coloniales françaises et leur popularité lors de la campagne du Maroc, un tirailleur sénégalais hilare devint l’emblème en 1915. Et Pierre Lardet envoya 14 wagons de Banania aux soldats du front pour leur donner force et vigueur !
Voyez comment la simple observation d’une boîte en fer peut éveiller nos chères têtes blondes (de moins en moins) à des rudiments d’Histoire, de Géographie et d’Instruction civique … ou comment ne pas (petit) déjeuner idiot !
L’accueil, comme souvent dans les petits commerces, est aimable, d’ailleurs l’hôtesse reconnaît en ma compagne, une ancienne camarade de collège … quelle mémoire, cela fait quelques décennies.
La dynamique équipe d’animateurs bénévoles désire un musée vivant, aussi une première salle sert de lieu d’expositions temporaires consacré actuellement à des photographies émouvantes de l’épicerie prises durant les travaux de rénovation.
Je suis cependant impatient de pénétrer dans la pittoresque boutique de la famille Souquet, clou de la visite.

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La caisse au centre de la pièce, trois longs comptoirs disposés en U, des étagères jusqu’au plafond, plein de tiroirs, en un coup d’œil panoramique à 360 degrés, je remonte au temps de mon enfance quand, dans mon bourg natal de Normandie, l’épicerie de Madame Bruet constituait une halte immuable sur le chemin de l’école.
D’ailleurs, est-ce juste un hasard, mon regard se braque immédiatement vers le coin des « bonbecs fabuleux » et deux bocaux remplis de chewing-gums et de caramels à 1 franc.

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« Te raconter un peu
comment j’étais, mino
les bonbecs fabuleux
qu’on piquait chez l’marchand
car-en-sac et Mintho
caramels à un franc
et les Mistral gagnants... »

J’ai déjà évoqué les confiseries de ma jeunesse et la merveilleuse chanson de Renaud dans un billet du 2 mai 2012, « Les bonbecs fabuleux de mon enfance ». Il y était même question des réglisses Tête Nègre qu’Haribo rebaptisa avec opportunisme Melting Potes !
Un demi-siècle plus tard, les délicieux caramels au beurre salé et à la fleur de sel sont toujours à un franc, même les impositions à tout va de nos gouvernants n’y peuvent rien.
Gamin, je me creusais la tête, comme l’écolier sur l’étiquette du bocal, pour comprendre les mystères des systèmes monétaires et leur influence sur le coût du fameux caramel. En 1958, nous passâmes des francs aux nouveaux francs et nous continuâmes cependant à acheter des caramels à 1 franc. Allez comprendre qu’un carambar valant cinq centimes coûtait plus cher qu’un caramel à 1 franc ! Pire encore, comme on achetait les caramels (très minces) par dizaines voire par centaine, il y eut un moment où l’on payait un (nouveau) franc cent caramels à 1 franc. Vous imaginez qu’avec l’euro, les technocrates de Bercy ne sont pas près d’élucider le problème quoique ! Dans tous ces comptes, seuls les caramels collent.

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Autre casse-tête, à quelques étagères de là : le bouillon KUB c’est Maggi, mais le bouillon en cubes, ce n’est pas Maggi, ce peut être Liebig ou Knorr !
Je vous explique : le bouillon en petit cube contenant de l’extrait de viande existait déjà dans les années 1880. En novembre 1907, Julius Maggi, de père italien et de mère suisse alémanique, invente et brevette le bouillon KUB avec un K pour le différencier des autres produits similaires commercialisés en cubes. Par la suite, les bouillons KUB se diversifieront en proposant plusieurs saveurs.
Pour faire connaître son produit, Julius Maggi imagine d’énormes actions promotionnelles, on appelait cela à l’époque de la « réclame » : hommes-sandwichs et dégustation dans les rues, défilés de voitures publicitaires, affiches signées par les plus grands noms tels Benjamin Rabier et Firmin Bouisset (plus tard Savignac), images d’Épinal, plaques émaillées Bouillon Kub, exiger le K sur les épiceries, les tramways, les trains, les kiosques. En 1950, Julius fera même danser et chanter des vaches transformées en bouillon cubes dans un Opéra bœuf !
Dans le contexte xénophobe de la première guerre mondiale, une campagne orchestrée par le quotidien nationaliste et d’extrême droite L’Action Française et son chantre Léon Daudet, distille insidieusement que Maggi et Kub servent d’officines à l’espionnage allemand, et que les milliers de panneaux réclames du bouillon Kub indiquent des objectifs stratégiques à l’attention des troupes d’invasion.
À vouloir plonger autant les yeux dans le bouillon boche, l’affaire prend un sale tour et, en août 1914, le ministre de l’Intérieur adresse un télégramme aux préfets leur intimant l’ordre : « Extrême urgence. Prière de détruire complètement affiches du Bouillon Kub placées le long des voies ferrées et particulièrement aux abords des ouvrages d’art importants, viaducs, bifurcations … »
Léon Daudet, fils aîné de l’auteur des Lettres de mon moulin, pourrait figurer dans le musée des colporteurs … de rumeur. L’affaire connaît son épilogue après la guerre, en 1920, et Daudet est condamné pour diffamation sans être véritablement accablé, l’arrêté indiquant que « la société Maggi Kub a fait montre d’imprudence en se donnant les apparences d’une organisation secrète qui devait nécessairement porter ombrage au sentiment français. » On appelle cela de la diplomatie.
Tiens, après Mistral gagnant, je pense à un autre couplet de Renaud :

« On peut pas être à la fois
Et au four et au moulin
On peut pas être à la fois
Jean Dutourd* et Jean Moulin »

* Jean Dutourd : écrivain, de sensibilité monarchiste, membre de l’Académie française, auteur du roman Au bon beurre se déroulant sous l’occupation allemande

On pourrait jouer tout l’après-midi avec les petits Kub. Savez-vous qu’ils ne sont pas sans rapport avec le cubisme, le célèbre mouvement de peinture. Un critique évoquant Braque lui reprocha de mépriser la forme et de réduire figures, sites et maisons à des cubes. Il surnomma même Picasso de Père Ubu-Kub. Avec humour, Pablo réagit en inscrivant les trois lettres du bouillon dans un tableau de 1912, Paysage aux affiches.

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L’aimable guide a vite fait de me rassurer que les boîtes de sardines du Salat sont l’œuvre d’un humoriste local.

« Qu’est-ce qu’on est serré, au fond de cette boîte,
Chantent les sardines, chantent les sardines,
Ha ! Qu’est-ce qu’on est serré, au fond de cette boîte,
Chantent les sardines entre l’huile et les aromates. »

Ouf ! Que je sache, on pêche des truites fario dans le gave pyrénéen.

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Par contre, ce n’est pas un calembour mais la réclame d’un vrai camembert d’Oust qui est affichée. En effet, dès le dix-neuvième siècle, le petit village voisin s’était fait une réputation dans la fabrication de fromages, se laissant aller à quelques extravagances. Pour ces appellations non contrôlées, l’ours aujourd’hui tellement décrié fut argument de vente.

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Je n’en fais pas un fromage mais, tout de même, quel sacrilège imposé au normand que je suis ! Cela dit, les cylindres de Jean Cabaup valaient, peut-être voire sans doute, d’indignes productions au lait pasteurisé made in Normandie actuellement.
Pour le vrai camembert, reportez-vous à mon billet du 1er juin 2010, Au village de Camembert, un amour de trou normand ! Sinon, on trouve aujourd’hui à Soueix des fromages typiques du terroir et notamment le Rogalle, un excellent fromage de montagne.

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Souvenirs, souvenirs encore avec une plaque émaillée du chocolat Suchard, une entreprise suisse née en 1826. À cette époque, ce chocolat ne contenait pas de lait. Le chocolat au lait apparaît en 1901 sous le nom de Milka (contraction des mots allemands Milch et Kakao, lait et cacao). C’est comme ça que les Alpes et les vaches devinrent violettes. Le cliché est si prégnant que quelques ruminants mauves en résine de synthèse paissent sur un rond-point de la banlieue de Rouen. Encore un sacrilège au pays des bovins porteurs de « lunettes » et à la robe bringée !
À l’école communale, je me rappelle avoir séché ma prose à l’encre … violette, avec des buvards publicitaires montrant trois braves chiens Saint-Bernard qui tiraient une tablette (ou un cartable ?) de chocolat Suchard sur un traîneau.

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C’est étonnant comme même des saveurs resurgissent. Ainsi, une caisse de Maïzena me renvoie à ma chère mémé Léontine qui utilisait ce produit pour lier notamment l’onctueuse sauce blanche accompagnant l’inoubliable poule (au pot) de sa basse-cour.
Je comprends la détresse des salariés de l’entreprise bretonne Tilly-Sabco mais ne peut-on pas, utopiquement, imaginer qu’avec leurs bonnets rouges, ils manifestent pour une production de goûteuses volailles fermières plutôt que leurs poulets à la chair triste.

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En 1492, Christophe Colomb découvre l’Amérique et le maïs, une fleur vénérée par les Indiens. En 1862, les frères Dureya créent la Maïzena aux Etats-Unis, du moins le mélange de fécule de maïs et d’eau. Car comme Frigidaire désigne parfois abusivement le réfrigérateur, Maïzena est une marque de fécule de maïs déposée depuis 1891 et inventée par une famille du village alsacien de Duttlenheim.
Un amidon peut en cacher un autre. Après celui de maïs, voici l’amidon de riz dont le premier producteur mondial fut Édouard Rémy qui fonda son entreprise en 1855 au bord du canal Louvain-Dijle.
Je me souviens que ma grand-mère l’utilisait pour traiter son linge. Ça sentait bon, c’était doux, et surtout, j’aimais l’emballage avec la tête de lion en logo, et parfois quelques chromos clownesques … quoiqu’on nous y fît comprendre qu’il valait mieux être un bon blanc bien propre.

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En 1872, c’était une époque où l’industrie made in France était florissante. Ainsi, M.Grandjean implante à Sauvigny-sur-Meuse une fabrique de biberons.

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Ses biberons, concurrents de la société Robert, sont alors « réputés les meilleurs comme fatiguant moins la poitrine des enfants. Aussitôt que le bébé a placé à sa bouche l’extrémité du tuyau, une simple aspiration fait monter le lait, et le jet continue sans nouvel effort. »
Sur l’affiche désuète et attendrissante, on distingue quatre modèles aux appellations tentatrices : le Nourricier incomparable, le Nourricier meusien, le Seule Tétée (présenté comme employé dans toutes les crèches maternelles) et le plus ancien, le Limande Vosgien, celui que le bambin tient en bouche.
À fureter dans la boutique, je n’arrêterais pas, à la vue de toutes ces réclames, d’étaler ma « culture pub ».
Sur les comptoirs sont posées les caisses, véritables boutiques ambulantes emportées par les colporteurs. On les appelle marmotte, caïcho ou encore balle. Elles sont constituées de compartiments doublés de tissu où le rangement était effectué avec méthode et finesse.

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Avant, nul besoin d’Antoine sur son atoll, d’Adriana Karembeu et Afflelou, et encore moins d’ophtalmologiste, le colporteur proposait toute une collection de lunettes parmi lesquelles le client choisissait la mieux adaptée à sa vue … « mais ça c’était avant » !
Je souris à la lecture de l’avis de passage d’un opticien, un certain M. Morère, « représentant particulier de M.M. les chirurgiens-oculistes de l’Institut des Jeunes Aveugles de Paris » : « Guérison assurée de toutes les affections de la vue par l’emploi régulier et continu de nos verres isométropes, périscopiques en cristal purifié du Brésil, dont la propriété à conserver et fortifier la vue a été reconnue et sanctionnée par les expériences multiples du Dr Rœntgen, dont l’autorité fait loi en pareille matière ... » Quelle crédulité !
Ou obscurantisme malgré (ou à cause ?) le foisonnement de bondieuseries et objets de piété regroupés dans un coin de la boutique.

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D’innombrables chapelets sont suspendus tels quelques « aller retour » de saucisse d’Ariège (péché de gourmandise).
Les étagères regorgent de crucifix, cierges, livres saints, images pieuses, statuettes saint-sulpiciennes.
Après Renaud, je blasphème volontiers en entrant avec Brassens dans sa Ronde des jurons :

« Ils ont vécu, de profundis
Les joyeux jurons de jadis …
Tous les Bon Dieu
Tous les vertudieux
Tonnerr´ de Brest et saperlipopette
Ainsi, pardieu, que les jarnidieux
Et les pasquedieux ... »

Il ne fallait pas toujours donner au colporteur le bon dieu sans confession. Les pierres bénites étaient parfois simplement ramassées dans le Salat. Les colporteurs de Salau et de Couflens (deux villages proches) louaient, avec l’aval du curé, la statuette de Notre-Dame de Salau, en échange d’une aumône.
Cela dit, miracle, j’entends des voix lorsque ma curiosité me pousse à regarder à l’intérieur des tiroirs très rustiques. En effet, leur ouverture déclenche le témoignage sonore de certains anciens du village.
Mon guide attentionné doit me juger (à tort) indifférent à ses commentaires tant mon regard ne se détache pas de ce qui constitue un véritable inventaire à la Prévert : épices, pelotes de fil, dés à coudre, aiguilles, porte-plumes, palettes de peinture, outillage, peignes en corne, coiffe de communiante, sacs de bioxyde de cuivre et de bouillie bordelaise, semences, farine de moutarde (souvenez-vous des cataplasmes brûlants sur la gorge), etc…

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Ces mille et un trésors dormaient dans la réserve et le grenier de l’épicerie Souquet elle-même. Grâce soit rendue à tous les bénévoles qui leur ont redonné vie et sens.
Dans une petite pièce attenante, on peut aussi consulter des factures et des livres de comptes.
Mais je dois bientôt prendre congé d’autant qu’un car de seniors est attendu. La boutique est évidemment aussi ouverte aux plus jeunes justement parce qu’elle parle d’un temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître.
Quoique le marchand de tapis maghrébin dans les années 1960-70 et le vendeur d’artisanat présumé africain l’été sur nos plages appartiennent également à ces traditions de marchands ambulants. L’homme du Tiers ou Quart Monde, migrant moderne, a repris la hotte de Jean-Misère avec toutes les marques de méfiance et de suspicion qui l’accompagnent.
Le prof qui sommeille toujours en moi imagine les passionnantes séquences d’éveil qui peuvent être envisagées à l’occasion d’une visite ici.
« Combien de courts souvenirs, de petites choses, de rencontres, d’humbles drames aperçus, devinés, soupçonnés sont, pour notre esprit jeune et ignorant encore, des espèces de fils qui le conduisent peu à peu vers la connaissance de la désolante vérité.
À tout instant, quand je retourne en arrière pendant les longues songeries vagabondes qui me distraient sur les routes où je flâne, au hasard, l’âme envolée, je retrouve tout à coup de petits faits anciens, gais ou sinistres qui partent devant ma rêverie comme devant mes pas les oiseaux des buissons. » Ainsi commence Le Colporteur, une nouvelle de Guy de Maupassant publiée quelques mois avant sa mort. Vous avez deux heures, chers collégiens, pour la commenter !
Qui sait si dans un siècle, vos arrière-petits-enfants ne s’extasieront pas devant des collections de portables, tablettes et consoles numériques, souvenirs vintage de notre temps présent, et peut-être même devant un vieux CD de réenregistrements de jazz de … Cole Porter !

* Le titre du billet fait, bien sûr, référence au film de Woody Allen. À quelques centaines de mètres près, le clin d’œil aurait été encore plus appuyé. En effet, le village voisin s’appelle Seix ! Jouissif non ?

Les deux cartes postales anciennes (boutique et montreur d’ours) sont éditées par l’association du patrimoine de Soueix-Rogalle.

Publié dans:Ma Douce France |on 12 novembre, 2013 |Pas de commentaires »

A la claire fontaine m’en allant promener avec Gustave Courbet

Je viens de partager une centaine de pages en compagnie de Courbet, non pas Julien, l’animateur redresseur de tort de la télévision, ni l’amiral, avant-dernier français à avoir emporté une bataille navale contre la flotte chinoise en 1885.
Il s’agit de Gustave le peintre dont l’écrivain David Bosc retrace les quatre dernières années de sa vie dans son délicieux roman La claire fontaine, présélectionné pour le prochain prix Goncourt.

A la claire fontaine m'en allant promener avec Gustave Courbet dans Coups de coeur couverturelivreblog

Pardonnez mon inculture, je ne connaissais guère, avant sa lecture, la vie et l’œuvre du peintre chef de file du courant réaliste, sinon bien sûr son tableau Un enterrement à Ornans (son village natal), un grand format de six mètres sur trois admiré au musée d’Orsay, ainsi que sa toile L’origine du monde (« religion du démon » en est l’anagramme !), sujet à nombreux scandales et polémiques.
Paradoxe géographique, c’est près de la cheminée d’une ferme d’Ariège que j’ai réellement découvert l’artiste originaire de la Franche-Comté, une région quasi symétrique sur la carte de notre douce France. Si le livre évoque la fin de son existence, une série de flash-back nous plonge cependant dans sa jeunesse à Ornans ainsi que dans la période tragique de la Commune.
Profondément républicain et socialiste (grand admirateur de Proudhon), Gustave Courbet refusa la légion d’honneur proposée par Napoléon III. Après la proclamation de la République, le 4 septembre 1870, il fut nommé président de la commission des musées et délégué aux Beaux-Arts. Il proposa au gouvernement de défense nationale le déplacement aux Invalides, de la colonne Vendôme, symbole des guerres napoléoniennes.
Soutenant l’action de la Commune de Paris, il fut élu au Conseil de la Commune aux élections d’avril 1871, vota contre la création du Comité de Salut public et signa le manifeste de la minorité.
La Commission de l’enseignement instituée par le gouvernement insurrectionnel le prit même comme membre, malgré son peu d’instruction ; il maîtrisait tout juste la lecture et l’écriture, carence que sa faconde compensait largement
La Commune décida bientôt, non plus de déboulonner la colonne Vendôme, mais de carrément l’abattre. Courbet encouragea l’application de cette décision, puis démissionna de ses fonctions en mai 1871 en signe de protestation contre l’exécution par les communards de son ami Chaudey qui, en tant que maire-adjoint, avait ordonné de tirer sur « la foule de ceux qui préféraient encore crever que capituler » : « C’était le mardi de la Semaine sanglante, après les plus beaux jours qu’on ait vus- de mémoire d’homme de cœur ».
Courbet fut arrêté le 7 juin 1871 et le conseil de guerre le condamna à six mois de prison qu’il purgea notamment à Sainte Pélagie, et à 500 francs d’amende.
En mai 1873, le maréchal de Mac Mahon, nouveau président de la République, décida de faire reconstruire la colonne Vendôme aux frais de Gustave jugé coupable, soit selon le devis établi, 320 000 francs, une somme exorbitante qu’il ne pourrait jamais régler.
C’est à ce moment que David Bosc débute sa rêverie le temps des quatre dernières années de la vie de l’artiste peintre. Car comme il est précisé en tête de l’ouvrage, il s’agit non pas d’une biographie au sens strict du terme, mais d’un roman cependant fort documenté, même érudit et écrit d’une plume à touches légères et poétiques comme le peintre se sert de sa palette.
« De corps fatigué, avec sur ses cheveux comme une pelletée de cendres, cinquante-quatre ans, les épaules chargées d’un sac, Courbet enquilla la rue de la Froidière, la barbe ouverte d’un sourire de bel entrain. Là où les pavés cessent, il se retourna, faisant se tordre l’écharpe bleue de sa pipe. Le jeune Ordinaire, son élève, s’était noué sur le visage une expression bien grave, jetant de droite et de gauche des regards de sentinelle et montrant, c’était drôle, qu’il était paré pour la bagarre, l’héroïsme même. » Ainsi commence l’exil de Courbet, le peintre communard qui a décidé de se mettre à l’abri de l’autre côté de la frontière.
Savoureux ! La Suisse d’alors était déjà une terre d’évasion fiscale ainsi que le moyen d’échapper au futur procès de la Colonne : « La Suisse des cantons forestiers, des cantons maraîchers, des cantons d’alpage, mal relevée d’une récession sévère, était un pays d’autant moins cher qu’on y trouvait peu d’occasions de fastes. L’or qui garnissait sa ceinture eût permis à Courbet de vivre là vingt ans. »
Ironie du sort, ce même jour de l’été 1873, « Arthur Rimbaud marchait le bras en écharpe, le pansement sale, sa poche débarrassée de l’ordre d’expulsion prononcé contre lui par un juge de Belgique, ordre qu’il avait froissé et lancé nonchalamment dans un fossé en eau – où il s’est épanoui, baveux d’encre, à la façon d’un désespoir – aussitôt franchie la frontière, quelle pauvre chose, une frontière : un coup de tranchet sur quoi veillent en plein vent des couillons pour l’exemple, les fils surnuméraires des longues tables de ferme… »
Vous vous souvenez sans doute d’avoir appris ou étudié son poème Le dormeur du val au collège, à tout le moins d’en avoir entendu sa magnifique interprétation par Serge Reggiani.

« C’est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit. »

Le tableau L’homme blessé de Courbet décrit une scène similaire à celle évoquée postérieurement dans le sonnet de Rimbaud.
Tant qu’à parler de poésie, on apprend que Courbet reçut autrefois Charles Baudelaire, quelques jours, à Paris, dans sa piaule au fond de l’atelier. Il semble qu’il n’en comprit guère son Spleen et que leurs relations furent tumultueuses.

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Dans son portrait peint en 1848, Baudelaire pose de face mais Courbet s’est décalé pour l’avoir de profil : « Choisir de montrer le profil d’un homme, c’est manifester qu’il possède un quant-à-soi ». C’est un paradis perdu qu’il ressuscite.
David Bosc consacre un paragraphe au comportement des deux artistes devant l’appareil photographique. « Baudelaire plongeait ses yeux dans l’œil liquide de l’appareil, dans cette chimie intime faite d’émulsions volatiles, pour y accroître sa présence jusqu’à y prendre quelquefois la physionomie d’un noyé. Ô vis, bagues, lentilles, cadrans d’émail, cuivres mats, soufflets de papier noir, comme il vous aimait, ô toutes choses d’artifice ! »
Après le coup d’État de 1851, Courbet n’a plus posé que de profil ou de trois-quarts chez les photographes. « Courbet, lui, aimait les fleurs, les fruits, les femmes, les peaux de bêtes, les peaux de fruits, les peaux de femmes, les arbres immenses et la broussaille, le sang dans les plumes, le sang dans les poils, la poudre et le plomb, la terre odorante, la boue, la pluie, l’eau, la brume, l’eau, les vagues, l’eau, les flaques, l’eau, les lacs, l’eau, et comme Baudelaire, il aimait les chevelures – feu liquide des rousses, des blondes, flammes mouillées des brunes, flots des noyades fines… »
Lignes admirables pour appréhender tout l’univers, pas seulement pictural, de Courbet.
On a écrit aussi que l’œil du peintre empruntait parfois à celui du photographe, notamment par le choix du cadrage rapproché du motif central, ainsi la pose peu académique dans L’origine du monde. Gustave, évidemment sans avoir recours à un logiciel de retouche d’image, efface même « la balafre courbe du chemin de fer ouverte au pic et à la pioche » au premier plan d’une toile sur le château de Chillon.
L’homme qui vient de franchir la frontière est un homme mort et la police n’en sait rien ; en effet, peu avant son exil, Courbet écrit : « Aujourd’hui, j’appartiens nettement, tous frais payés, à la classe des hommes qui sont morts, hommes de cœur, et dévoués sans intérêts égoïstes à la République, et à l’égalité ». Cela dit, l’auteur ajoute : « c’est un homme mort qui fera l’amour avant huit jours » !
Courbet passe quelques semaines dans le Jura, séjourne à Neufchâtel, se rend à Genève où vivent de nombreux proscrits communards tel Henri Rochefort du journal La Lanterne. Puis direction la Riviera lémanique, encore quelques jours à Veytaux et le château de Chillon dont il peindra plusieurs tableaux, puis Vevey, avant de se poser définitivement dans le petit bourg de La Tour-de-Peilz où il acquiert une maison au bord du lac Léman, la bien nommée Bon-Port, port d’attache, port salut des dernières années de sa vie.
Déjà avant l’exil, Courbet, pas toujours scrupuleux devant l’éthique, s’adjoignait des aides qui suivaient les instructions du maître : « « Préparez-les (les toiles ndlr) en noir et écrivez dessus ce qu’il faut que je fasse ». Qu’on imagine une pièce remplie de toiles noires, posées par terre contre les murs, portant à la craie des inscriptions : Montagne, Forêt, Pré au soleil avec vaches, Chasseur et chiens. »
En effet, Courbet enduit sa toile d’un fond sombre, presque noir, à partir duquel il remonte vers la clarté. Sa technique est peut-être en train aujourd’hui de menacer ses œuvres car ce goudron tend avec le temps à remonter à travers la peinture et à assombrir les tableaux.
Ses collaborateurs, Chérubino Pata et Marcel Ordinaire, s’attellent à la tâche car les commandes affluent. Pata fait même des allées et venues par-dessus la frontière pour ramener d’Ornans toutes les toiles que le père de Courbet a mises à l’abri. Il maquille la signature d’un peu de gouache pour passer la douane et le tour est joué ; les tableaux sont confiés à un ancien directeur des chemins de fer pendant la Commune qui s’improvise maintenant marchand de couleurs à Genève.
Plus tard, la petite sœur « Juliette en découvrant Bon-Port, le désordre, les carreaux sales, dit à son frère qu’il vit vraiment à la façon d’un Turc. Un Turc moi ? répond Courbet, sauvage tant que tu voudras, et Bohémien plutôt, mais Turc sûrement jamais. Les douzaines de femmes enfermées dans les bains, c’est un raffinement que je laisse au vieil Ingres qui n’a même plus les bras pour en tenir une seule ». Courbet abhorre l’orientalisme ; en d’autres temps, il avait appelé son âne Gérôme du nom d’un peintre renommé, fournisseur attitré en exotisme sous le Second Empire.
Bien qu’il fût d’Ornans, « il haïssait l’esprit de clocher. Pendant la Commune, il avait adressé une lettre ouverte aux artistes allemands, une invitation fraternelle à faire ensemble l’effort mental, simple et magique, d’abolir les frontières ».
Bohémien me ramène au poème de Baudelaire et tout récemment aux pinceaux saltimbanques en couverture de PEOPLE, le beau-livre du photographe Jean-Denis Robert et du poète danois Per Sørensen (voir billet du 9 mars 2013).

« La tribu prophétique aux prunelles ardentes
Hier s’est mise en route, emportant ses petits
Sur son dos, ou livrant à leurs fiers appétits
Le trésor toujours prêt des mamelles pendantes … »

Traînant sur la grève, du côté des lavandières, Juliette déniche une solide Piémontaise pour faire le ménage et … assouvir le besoin qu’avait son frère d’une femme.
Courbet aime la gaudriole, couche avec ses modèles, tombe sous le charme d’un sculpteur signant ses œuvres Marcello, ancienne maîtresse de Napoléon III, et vraie duchesse de Castiglione-Colonna. Elle lui présente bientôt une de ses amies, Olga de Tallenay « qui n’avait rien d’une artiste et à laquelle aucun tyran n’avait ouvert son lit ».
« Le premier, peut-être, Courbet a peint la jouissance de la femme » avance l’auteur. « On la voit qui monte dans La femme à la vague ; elle y est à la fois la vague et ce que l’on perçoit d’emporté, de délivré, d’ouvert sur le visage de celle qui accueille la vague et qui, peut-être la dirige ». Et de poursuivre sur La femme au perroquet où « le drap en ébauche fougueuse jaillit blanc comme l’écume et submerge la fille aux seins levés ».

femmealavagueblog

femmeperroquetblog

Il y a encore quelques lignes magnifiques sur le rapprochement de la béance sombre de la source de la Loue et de la vulve féminine et sa pilosité moussue de l’Origine du Monde.
Courbet est un jouisseur de la vie au sens le plus large du terme. Sa maison de Bon-Port est un vrai moulin : « Les gamins du village, les artistes du pays, les voyageurs, les vendangeurs, les notables, les fous, tous les curieux y trouvaient bon accueil ». Maniant le paradoxe, il peint simultanément pour Madame Arnaud de l’Ariège en son château, et donne des tableaux pour des tombolas de sinistrés et exilés. Il fait le portrait d’un avocat de Lausanne et conçoit un drapeau pour le syndicat des typographes à Genève. Il chante dans une chorale de Vevey, ce gaillard lourdaud aurait même curieusement une voix de tête, il est porte-drapeau lors d’une fête de gymnastique à Zurich. Il organise une exposition à La Tour-de-Peilz dont le droit d’entrée est destiné à venir en aide aux habitants de Genève victimes de la grêle. On pourra y admirer ses tableaux bien sûr ainsi que des œuvres de Murillo, Van Dyck, Véronèse et Rembrandt … en fait, de pâles copies que Courbet avait acquises « à ce prix où l’on plonge, ravi, pour se faire berner ».
Il adore l’eau et plonge nu avidement dans les ruisseaux, les rivières, le lac Léman maintenant, à pas d’heure, souvent en bonne compagnie.
Ne séparons pas le bon grain artistique de Courbet de son ivresse. Truculent, rabelaisien, client assidu du café du Centre, il boit comme un trou jusqu’à une dizaine de litres par jour du gouleyant vin blanc local, un excellent chasselas.
Au milieu de cette vie foisonnante, « Courbet ne travaille que l’après-midi, durant ces heures qui sont quand même obligatoires dans les bureaux, entre le déjeuner qui finit tard et l’apéritif qui se prend tôt ».
J’ai plaisir à apprendre qu’il a découvert la lumière et que sa palette s’en trouvât éclaircie en Languedoc. « Étang d’Ingril, étang de Vic, à Maguelone, étang de l’Arnel, étang de Pérols, étang du Grec, étang de Mauguio : la toponymie sera-t-elle un jour le dernier poème ? »

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Son tableau Souvenir des cabanes me renvoie à l’un de mes premiers billets sur les cabanes de Lansargues (voir billet du 3 janvier 2008).
Le 24 mai 1877, Courbet signe le protocole où il accepte de payer à l’État français trois cent vingt-trois mille francs à raison de deux fois cinq mille francs par an pendant trente trois ans. « Il lui faudra faire suer la peinture de dix mille francs par an. Á partir de ce jour, il n’a plus jamais peint » !
Il laisse inachevé son tableau Grand Panorama des Alpes, privé d’un lac qu’il n’a pas peint.
Gustave Courbet, victime d’une cirrhose du foie et d’hydropisie, meurt le 31 décembre 1877.
Le roman s’achève sur la délicate évocation de son tableau Les trois baigneuses.

troisbaigneusesblog

« Une femme est sur le point d’entrer dans l’eau d’une rivière. Elle est soutenue par deux autres femmes, l’une au-dessus, habillée, et l’autre assise nue sur un rocher, qui accompagnent et guident sa descente. La structure de ce tableau de 1868 est exactement celle d’une descente de croix. Et le schéma qui a porté plus de mille la représentation de la douleur, décuple ici la célébration de la vie et du corps transfiguré, conscient, rouvert à sa liberté. La philosophie heureuse et amoureuse de Courbet est toute entière dans ce tableau, « Les trois baigneuses », qu’il avait avec lui à La Tour-de-Peilz. »
Je vous recommande vivement de vous baigner à La claire fontaine de David Bosc, un délicieux « témoignage de la joie révolutionnaire : Pour tous la liberté, c’est-à-dire le devoir de se gouverner soi-même ».
Ça donne envie de voir Gustave Courbet en peinture !

La claire fontaine de David Bosc, éditions Verdier (14€).

Publié dans:Coups de coeur |on 3 novembre, 2013 |3 Commentaires »

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