Archive pour avril, 2013

« Larmes d’albâtre » ou quand des statues pleurent …

On n’a pas forcément besoin d’aller bien loin pour voyager. Ainsi, ce jour-là, je commence ma promenade par un tour au Machu Picchu.

Il s’agit d’un petit restaurant péruvien situé dans une ruelle discrète entre le jardin du Luxembourg et le Panthéon. La Montagne Sainte-Geneviève culminant à 61 mètres, vous n’avez pas à craindre de souffrir du soroche, le mal d’altitude !
Tenu par le même couple depuis une trentaine d’années, on y mange une cuisine aux saveurs andines pour un prix raisonnable. J’ai choisi dans le menu à 10,50 € proposé ce midi-là, l’aji de gallina, un émincé de poulet émincé, sauce palillo, piment jaune péruvien, amandes effilées et olives noires. Ce n’est pas le Pérou, mais c’est très correct !
Un parfum de culture embaume la rue Victor Cousin. Aux abords de la Sorbonne, je croise de vieux professeurs, le cartable sous le bras, et quelques secrétaires portant des cartons remplis de mémoires et de thèses fraîchement photocopiés.
J’entre quelques minutes dans la cour d’honneur de l’université beaucoup moins animée qu’au printemps 68.

hugosorbonneblog dans Coups de coeur

Au pied des marches de la chapelle, Victor Hugo, dont la statue symbolise les Lettres, semble toujours absorbé dans ses pensées. En 1852, il publiait un pamphlet intitulé Napoléon le petit :
« Il a pour lui désormais l’argent, l’agio, la banque, la bourse, le comptoir, le coffre-fort et tous les hommes qui passent si facilement d’un bord à l’autre quand il n’y a à enjamber que la honte…Quelle misère que cette joie des intérêts et des cupidités… Ma foi, vivons, faisons des affaires, tripotons dans les actions de zinc ou de chemin de fer, gagnons de l’argent ; c’est ignoble, mais c’est excellent ; un scrupule en moins, un louis de plus ; vendons toute notre âme à ce taux ! » Un siècle et demi plus tard, rien n’a vraiment changé dans notre société.
Tous les chemins mènent à Rome, ainsi je me retrouve bientôt dans le square Paul Painlevé devant une sculpture en bronze de Remus et Romulus, les fondateurs de la ville, tétant les mamelles de la louve qui les recueillit.

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Entre légende et poésie : « On accepte que les Anciens mêlent les dieux aux affaires humaines pour donner plus de majesté à leur ville » écrivait sans illusion Tite-Live dans son Histoire romaine.
En tout cas, je ne peux m’empêcher de penser à l’affiche du film Fellini Roma avec la mention « Rome est un bien bel endroit pour attendre la fin du monde ».

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Du sourire aux larmes, il n’y a qu’un jardin à traverser.

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Le musée national du Moyen Âge, installé dans les thermes gallo-romains et l’hôtel des abbés de Cluny, accueille, en ce printemps, l’exposition Larmes d’albâtre. Derrière ce titre mystérieux et poétique, se cachent les pleurants du tombeau de Jean sans Peur duc de Bourgogne.
Sans vouloir vous imposer une fastidieuse tournée des grands ducs, il vous reste peut-être de vos lointaines études scolaires, certains surnoms, traits de leur personnalité, Philippe le Hardi, Jean sans Peur, Philippe le Bon et Charles le Téméraire. Sous leur règne, le duché de Bourgogne connaît un siècle de puissance et de gloire jusqu’à vouloir rivaliser avec les plus grands royaumes d’Europe.
Les dissensions sont vives au sein du conseil de régence présidé par la reine Isabeau de Bavière, qui assiste le malheureux roi Charles VI d’abord mineur puis fou. Jean sans Peur et son cousin, Louis d’Orléans, le frère du roi, se querellent. Il semblerait que la reine Isabeau ne soit pas insensible aux charmes du séduisant Louis (Charles VII serait donc peut-être un enfant illégitime). Sentant le pouvoir lui échapper, Jean sans Peur fait assassiner Louis d’Orléans, le 23 novembre 1407, rue Vieille du Temple à Paris.
Cela déclenche une véritable guerre civile qui, aujourd’hui, fleurerait bon le vignoble (!), entre les Bourguignons menés par Jean sans Peur, et les Armagnacs commandés par le fils de la victime, Charles d’Orléans, et le comte d’Armagnac.
Brève digression littéraire : outre des velléités guerrières, Charles d’Orléans possédait un beau talent de poète. C’est de sa plume qu’a éclos ce Rondeau de printemps que les plus anciens d’entre vous ont possiblement appris au collège :

« Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie,
Et s’est vêtu de broderie,
De soleil luisant, clair et beau.

Il n’y a bête ni oiseau
Qu’en son jargon ne chante ou crie:
« Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie, « 

Rivière, fontaine et ruisseau
Portent en livrée jolie,
Gouttes d’argent, d’orfèvrerie;
Chacun s’habille de nouveau.
Le temps a laissé son manteau. »

On aurait souhaité que ce poème fût d’actualité plus précocement, cette année !
Trouillard bien que sans Peur, pour se protéger, Jean fait fortifier son hôtel particulier parisien dont le seul vestige, la très belle tour dite Jean sans Peur, subsiste aujourd’hui dans un quasi anonymat, adossée à une école élémentaire de la rue Étienne Marcel. Grandeur et décadence …
Attisant beaucoup de haine contre lui, Jean Sans Peur est assassiné à son tour le 10 septembre 1419 sur le pont de Montereau, à la confluence de l’Yonne et de la Seine.
Ce meurtre jette le fils unique du défunt, le jeune duc Philippe le Bon, dans les bras des Anglais. Cherchant à venger son père, il pousse la reine Isabeau de Bavière à signer le désastreux traité de Troyes qui prévoit que le roi Charles VI, après sa mort, aurait comme successeur son beau-fils, le roi d’Angleterre Henri V. Heureusement … Jeanne d’Arc accourra de sa Lorraine pour sauver Charles VII de cet avenir calamiteux.
Comme son père Philippe le Hardi, Jean 1er de Bourgogne dit Jean sans Peur est enterré à la Chartreuse de Champmol, un monastère de l’ordre des Chartreux, situé tout près de Dijon.
La légende prétend que lors de la visite de François I° à Champmol, le père abbé fit ouvrir les sépulcres et déclara au roi en lui montrant la tête fracassée de Jean Sans Peur : « Voici, sire, le trou par lequel les Anglais entrèrent en France ! » Humour plus noir que british !
Son fils héritier Philippe le Bon souhaita que la sépulture de Jean sans Peur soit une copie fidèle du tombeau de Philippe le Hardi : une dalle de marbre noir sur laquelle se tiennent les gisants en marbre blanc du duc et de son épouse Marguerite de Bavière, avec pour soubassement, une autre dalle noire surmontée d’arcades gothiques accueillant un cortège de pleurants.
Suite à la vente de la chartreuse comme bien national en 1792, les tombeaux furent conservés en raison de leur valeur historique et artistique, puis réinstallés en l’église Saint- Bénigne. Pendant les actes de profanation consécutifs à la Révolution française, certains éléments disparurent ou furent récupérés par des amateurs. En 1827, les deux tombeaux restaurés furent remontés dans la salle des gardes du palais des Ducs de Bourgogne à Dijon.
Sans blasphémer, il y a une joyeuse pagaille chez les pleurants. Entre ceux qui soutenaient le gisant de Philippe le Hardi et qui se retrouvèrent à supporter celui de son fils Jean, ceux qui disparurent, ceux qui furent rachetés à des collectionneurs, ceux qui furent refaits à l’identique des manquants, sachant aussi que quatre d’entre eux se sont expatriés au musée de Cleveland, la vie de pleurants des tombeaux des ducs de Bourgogne n’est pas un long fleuve tranquille !
À la faveur des travaux de rénovation entrepris au musée des Beaux-Arts de Dijon, installé dans l’ancien palais ducal, les fameux pleurants ont même pris la poudre d’escampette pour effectuer une tournée triomphale. Au cours des trois dernières années, en véritables ambassadeurs, ils ont parcouru le Nouveau Monde, du Metropolitan Museum de New-York jusqu’à San Francisco en passant par Saint-Louis, Dallas, Minneapolis, Los Angeles et Richmond, avant de retrouver le vieux continent via le Sint-Janshospitaal à Bruges, le Bode Museum à Berlin, et donc le musée de Cluny à Paris.
Un peu comme les merveilleux papys du groupe de chanteurs cubains Buenavista Social Club, ils connaissent tardivement la consécration mondiale, six siècles après leur naissance.
Ces pleurants devaient à l’origine être l’œuvre du sculpteur flamand Claus de Werve, « ouvrier d’ymages et varlet de chambre du duc Jean sans Peur » puis de Philippe le Bon, et auteur (avec son oncle) notamment de l’admirable Christ au tombeau de la cathédrale de Langres. Malheureusement, il mourut avant de commencer la réalisation du tombeau. Philippe le Bon fit alors appel, en 1443, à l’artiste aragonais Jean de la Huerta. Celui-ci, en proie à des grosses difficultés techniques, s’enfuit en 1456 et fut remplacé par le sculpteur avignonnais Antoine Le Moiturier qui tailla les gisants et quelques pleurants. Le tombeau fut enfin mis en place en 1470, un demi-siècle après la mort de Jean sans Peur.
Les pleurants sont des statuettes en ronde-bosse, une technique de sculpture en trois dimensions. Elles ne sont pas attachées à un fond comme les hauts et les bas-reliefs, mais posées sur un socle, indépendantes les unes des autres.
À Dijon, en soubassement du tombeau, les pleurants comme écrasés sous le poids des deux gisants, semblent glisser à pas feutrés entre les arcades d’un cloître.
Dans la scénographie imaginée au musée de Cluny, le visiteur n’a nul besoin de s’agenouiller pour les contempler. Autonomes, exposés à hauteur d’œil, quasiment à portée de main, on peut les examiner sous toutes les coutures de leur robe de bure. Ils gagnent en vie, un comble pour des éléments de sépulture.

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Quand je débouche dans la galerie plongée dans la pénombre, je suis d’abord surpris par la petite taille des figurines, une quarantaine de centimètres seulement, qui les font ressembler de loin à une collection de nains de jardin, modèles Pleureur ou Grincheux.
Quelques pas plus loin, je cesse de blasphémer. Le charme opère, le recueillement et l’émerveillement s’installent, l’émotion m’étreint. Bien loin du plâtre grossier dont sont faits les petits bonshommes qui égayent les pelouses, les statuettes taillées et polies dans la pierre d’albâtre de Vizille, légèrement veinée, sont des chefs-d’œuvre de délicatesse.
À l’image d’une vraie procession ou d’un cortège de funérailles, les pleurants semblent gravir un plan légèrement incliné en forme d’arc de cercle. On en dénombre en principe trente-neuf, mais j’avoue ne pas les avoir comptés, préférant m’attarder devant chacun d’eux. En effet, aucun n’est à l‘autre pareil, tous  sont des œuvres à part entière.
Ils représentent les différentes parties de la société : les clergés régulier et séculier ainsi que des laïcs. Un aspergeant porteur du seau d’eau bénite, le porte-croix, le diacre, l’évêque, des chantres des chartreux, des membres de la famille et des gens de la maison ducale accompagnent le duc dans l’au-delà selon une symbolique très codifiée de la dévotion au Moyen Âge.
Leur chagrin est presque communicatif. Il est vrai que la fonction première des pleurants, n’est-elle pas de pleurer et de prier éternellement pour le duc défunt, incitant ainsi le croyant à prier également pour le salut de l’âme des ducs de Bourgogne.
Dans le silence recueilli de la salle, il semble qu’on perçoit des sanglots, des soupirs, des chuchotements, des froissements d’étoffe, tant la scénographie pourtant muette est réaliste.
Le poli de la pierre, le jeu des lumières et des ombres valorisent le travail délicat et majestueux sur les drapés des manteaux de deuil, des robes fourrées à manches amples avec un chaperon à cornette souvent rabattu pour masquer le visage. La bure lourde et épaisse est mise en valeur par ses bourrelets et ses replis.

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Comme pour mieux souligner encore la monochromie de l’albâtre, quelques rehauts de couleur sienne et or décorent parfois certains attributs, tels chapelets, livres et sacs.

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Outre le traitement remarquable des vêtements, je suis bouleversé par la variété des attitudes de chagrin, d’abattement, de douleur, de méditation ou d’exaltation qu’expriment le visage et la gestuelle de chacun des pleurants.
L’un, les mains jointes, implore le ciel. Un autre essuie une larme d’un revers de main cachée dans les plis de sa robe. Un autre encore se frappe la poitrine. Certains, pudiquement, dissimulent leur tristesse en enfouissant complètement leur visage dans la profonde capuche de leur manteau.

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C’est beau et poignant ! À cet instant, pour ajouter à la solennité de la cérémonie qui se déroule devant moi, j’écouterais bien un passage du Requiem des rois de France d’Eustache du Caurroy interprété sublimement par l’orchestre Doulce Mémoire.
Pour les puristes qui me reprocheront ma liberté avec la chronologie et la véracité historique, je suggèrerai alors tout simplement un trésor de la musique de la Cour de Bourgogne. Elle posséda quelques-uns des plus grands compositeurs de l’époque. Rabelais lui-même, cite dans le prologue du Quart Livre, Gilles Binchois, Antoine Busnoys et Guillaume Dufay. Je vous offre Mille regrets de Josquin des Prés :

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Je profite de l’exposition consacrée aux pleurants pour visiter aussi les riches collections permanentes que propose le musée de Cluny.
Ainsi, comme devant un chamboule-tout de la foire du Trône (évidemment), je serais presque à canarder un alignement de têtes de rois de France taillées dans le calcaire lutétien, la pierre locale. Ces sculptures datant de 1220 et appartenant notamment à Notre-Dame de Paris furent mutilées et arrachées par les révolutionnaires. Plusieurs dizaines d’entre elles ont été découvertes en 1977 … dans les sous-sols de l’ex-Banque française du commerce extérieur. Pour une fois que les banques planquent des trésors pour une bonne cause… !

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À défaut d’admirer les pleurants de Jean sans Peur qui vont rejoindre, cet automne, la Bourgogne après leur tournée triomphale, vous pourrez toujours vous consoler en vous rendant au Louvre contempler le tombeau de Philippe Pot, grand sénéchal de Bourgogne, chevalier de la Toison d’or, serviteur de Philippe le Bon puis Charles le Téméraire, descendants de Jean sans Peur.

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Son gisant est également porté par des pleurants drapés de noir dont l’originalité est qu’ils soient représentés grandeur nature.
Assez larmoyé, à la sortie du musée, je retrouve l’esprit frondeur du quartier Latin d’antan et du bal des Quat’z’Arts qui, chaque printemps, réunissait les élèves en architecture, peinture, sculpture et gravure de l’École nationale des Beaux-arts de Paris.
Allez, je vous fredonne un couplet un tantinet impertinent de Charles Trenet :

« Tout est Duc ici, Monsieur,
Tout est Duc,
Tout est au Duc,
Tout est au Duc.
Il possède à lui seul des millions de ducats
Ah oui, vraiment Monsieur,
C’est fou ce que le Duc a !
Le Duc a tout, Monsieur,
Pour être un homme heureux
Mais le Duc est très malheureux :
Depuis vingt ans
Il a perdu ses cheveux.
Il nerveux, il est nerveux
Et nous cherchons, en vain, depuis un truc
Pour faire pousser les poils du Duc ... »

Tout est au duc … de Bourgogne bien sûr !

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J’essaie d’être sérieux encore quelques minutes en compagnie de Montaigne qui, assis, prend le frais dans le square Paul Painlevé.
Sa statue est l’œuvre de Paul Landowski, l’artiste qui sculpta les émouvants Fantômes du mémorial de la seconde bataille de la Marne (voir billet du 4 janvier 2013). Initialement en marbre blanc, Montaigne a été depuis, coulé dans le bronze pour mieux supporter les farces estudiantines. L’une d’entre elles a donné naissance à une superstition : tout vœu prononcé en caressant le pied de l’écrivain serait exaucé … À défaut d’être concluants, les essais des badauds (pas ceux de Montaigne) ont donné une patine dorée au soulier droit de Michel Eyquem, seigneur de Montaigne.
Est-ce le vin du Machu Picchu qui fait son effet ? Il me revient en mémoire une chanson des Quatre Barbus :

« Le duc de bordeaux ne boit qu’du Bourgogne
Mais l’duc de Bourgogne, lui ne boit que de l’eau
Ils ont aussitôt échangé sans vergogne
Un verre de Bourgogne contr’le port de Bordeaux.

Ce traité idiot nous démontre un truc
C’est qu’le vin déforme l’histoire
Et que les eunuques qui éduquent les Ducs
Devraient leur couper l’envie d’boire !

Le duc de bordeaux ressemble à son père
Son père à son frère, et son frère à Montaigne
Si bien qu’on n’sait plus c’qui est le plus beau
Le Duc de Montaigne ou les essais d’Bordeaux... »

Il en existe une version paillarde que j’entonnais (frère Jean des Entonneurs ?!) dans ma jeunesse :

« Madam’ la Duchesse de la Tremouille,
Malgré sa pudeur et sa grande piété,
A patiné plus de paires de c…
Que la Grande armée n’a usé de souliers... »

… De Montaigne ? Je crains qu’il ne faille me couper l’envie d’écrire aujourd’hui !

Publié dans:Coups de coeur |on 24 avril, 2013 |1 Commentaire »

JeanDenis Robert, Clémence Veilhan et David Meignan ramènent des objets reclus au château de Nogent-le-Roi

Dix-huit mois après son exposition Chercheurs d’or (voir billet du 27 septembre 2011), quelques semaines après la sortie de PEOPLE, son beau-livre coréalisé avec le poète Per Sørensen (voir billet du 9 mars 2013), le photographe JeanDenis Robert revient au château de Nogent-le-Roi.

JeanDenis Robert, Clémence Veilhan et David Meignan ramènent des objets reclus au château de Nogent-le-Roi dans Histoires de cinéma et de photographie exponogent_afficheblog

Mais cette fois, toujours prêt à conjuguer les talents, en grand frère artiste, je devrais presque dire, ne lui déplaise, en père, il a désiré partager les cimaises, braquant ainsi un projecteur sur Clémence Veilhan et David Meignan, deux jeunes pousses prometteuses de la photographie française.

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L’exposition s’intitule curieusement Retour au château des objets reclus.
Synonyme d’ermite, d’isolement, de retrait, le reclus était une personne qui, par esprit de pénitence, s’enfermait dans des cellules parfois même murées … Ou que l’on enfermait volontairement, je pense au cardinal Jean de la Balue qui, accusé de trahison, resta enchaîné, sur ordre du roi Louis XI, pendant onze ans dans une cage de fer dans laquelle il ne pouvait même pas se tenir debout.
Ce même Louis XI effectua plusieurs séjours au château-fort de Nogent-le-Roi sur les ruines duquel est construit l’édifice actuel transformé en lieu d’exposition. Sa seconde fille, Jeanne de France dite l’Estropiée y naquit même en 1464.
Pour clouer le bec aux lecteurs qui imagineraient que je m’éloigne de mon propos, je précise que l’on donnait, non pas aux cages elles-mêmes, mais aux lourdes chaînes entravant les condamnés, le nom de fillettes du roi Louis XI. Je m’en libère … pour aller de ce pas vers les petites filles de Nogent-le-Roi qu’expose Clémence Veilhan.

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Je peux d’autant mieux vous en parler que je les ai manipulées tout un après-midi ! Ne soupçonnez surtout pas un quelconque penchant pédophile de ma part !
Je n’ai fait qu’aider l’artiste dans l’accrochage de ses œuvres, un moment privilégié d’échange dont aucun autre visiteur de l’exposition ne pourra jouir.

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Ainsi, en ce jour de Vendredi saint, tandis que dans le parc du château, quelques dévots marquent une des quatorze haltes de leur chemin de croix, je me dévoue, à genoux, dans un acte de Passion artistique.
En récompense de ma pénitence, pendant qu’elle effectue un ultime brin de toilette sur sa « progéniture », Clémence me raconte la genèse de son projet. C’est, en fait, le prolongement d’une première série de portraits intitulée Chewing girls pour laquelle elle demandait à des jeunes filles de poser nue avec comme seul accessoire, un chewing- gum qu’elles mâchaient en faisant des bulles. Comme un comic strip, Smack ! Shebam ! Pow ! Blop ! Wizz !
Cette fois, Clémence a inventé un jeu dont voici les règles :
« Vous avez envie de jouer la petite fille
Vous viendrez chez moi
Essayer une robe d’enfant.
Vous vous découvrirez dans un miroir,
Et vous viendrez poser devant un fond blanc.
Vous regarderez l’objectif photographique,
Vous tenterez de vous souvenir de la manière dont vous étiez petite fille,
Et vous ne bougerez plus,
Le temps de la photographie.
Plus tard, je vous montrerai la planche contact,
Et je vous donnerai une des photographies réalisées. »

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De son enfance, Clémence n’a conservé ni photographie, ni nounours, ni cahier de poésie, mais seulement, cette robe qu’elle enfilait lors des fêtes d’anniversaire ou des concerts de piano et … que j’ai la primeur de contempler aujourd’hui.
Recluse dans une armoire ou une malle, défraîchie par les années, découpée pour permettre aux jeunes femmes de la porter, peu à peu craquée ou déchirée, la robe retrouve vie.

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Au jeu des références, on pense aux sœurs jumelles du New Jersey, la célèbre photographie de Diane Arbus.
La robe, le cadrage frontal en plan américain et le choix du noir et blanc sont les dénominateurs communs aux photographies de Clémence. La seule variable est les femmes (entre quinze et quarante ans) qui se sont glissées à l’intérieur de la robe et qui, pour une ou deux secondes d’éternité (comme disait Doisneau), ont basculé en arrière de l’âge adulte vers l’enfance.

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Vingt-deux clichés apparemment assez semblables et pourtant tellement différents en les observant bien. Diane Arbus, encore elle, affirmait à propos de son médium : « Une photographie est un secret sur un secret. Plus elle vous en dit, moins vous en savez ».
Avec Clémence, c’est un peu le contraire ; ses modèles semblent, à première vue, ne pas révéler grand chose et, pourtant, les regards, les moues, la position des mains, des inclinaisons de tête, emportent le spectateur dans une émouvante introspection au cœur de leur enfance.
Clémence intitule sa collection Je n’ai jamais été une petite fille, de l’aveu même d’une des jeunes femmes photographiées. Est-ce prétention de ma part, je la reconnais immédiatement.
J’ai peine à trouver ne serait-ce que l’esquisse d’un sourire malicieux ou espiègle au coin de leurs lèvres. Certaines connurent peut-être des souffrances, des incompréhensions, des séparations, d’autres vécurent probablement avec plus de légèreté et d’insouciance, toutes semblent comme marquées cependant, par la traversée de l’adolescence, la transformation corporelle qui l’accompagne, ainsi que ses interrogations, ses hantises, ses perspectives.

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Furent-elles, seulement, vraiment des petites filles ? Elles appartiennent aux générations qui ont grandi avec le spectre du sida, du chômage, de la femme objet publicitaire ou de harcèlement, bref de quoi perdre beaucoup de fraîcheur et d’illusions. Leurs yeux dans notre regard, elles nous questionnent peut-être de leur avoir laissé ce monde en héritage.
Le propos de Clémence, comme souvent dans l’acte photographique, n’est pas tant de démontrer ou de nous raconter l’enfance de ces jeunes femmes lolitas ou petites filles modèles le temps de quelques secondes, mais surtout d’inviter le spectateur à réfléchir, imaginer des histoires heureuses ou douloureuses, drôles ou dramatiques, voire même à se replonger dans sa propre prime jeunesse.
Comme Alice, les jeunes femmes de Clémence sont redevenues petites. Car comment ne pas penser aux petites filles de Lewis Carroll ! En effet, souffrant d’une obsession maladive pour les fillettes, l’honorable professeur de mathématiques, créateur d’Alice, considérait aussi, selon ses propres termes, la photographie (née sept ans après lui) comme la nouvelle merveille du jour, et laissa plusieurs centaines de clichés de petites filles qu’il avait déguisées de vêtements tirés de ses malles. Ce qui lui valut quelques démêlés avec la morale victorienne.
Dans son recueil Les Chambres, poème du temps qui ne passe pas, Louis Aragon prétendait que « la vie au bout du compte est une mauvaise photographie ». Je modère son jugement en affirmant qu’artistiquement, l’enfance vue par Clémence Veilhan est une série de remarquables portraits en noir et blanc sublimés par la beauté technique des tirages argentiques, un procédé voué malheureusement, à la disparition.
De l’autre côté, non pas du miroir mais de la fenêtre, les fidèles poursuivent leur sacrifice eucharistique. Je ne crois pas avoir été blasphématoire en cédant aux louanges devant les actions de grâce de Clémence Veilhan !
Je plonge maintenant dans l’enfance retrouvée de David Meignan.

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Comme il le confie avec humour, David n’étudia rien du tout et devint photographe, comme on devient boucher, de père en fils. J’ajouterai de manière incongrue qu’il adore le vélo … (!)
Pour notre bonheur, avec son copain Frédéric Rougier, au contraire du titre du jubilatoire roman de Bruno Léandri On enterre bien les Dinky Toys, il les exhume.
Dans leur texte de présentation, ils louent involontairement ma minutie en listant les critères qui font de ces jouets mythiques, de belles pièces de collection : véhicules en parfait état, peinture et pièces d’origine, de fabrication antérieure à 1970, et nec plus ultra, avec l’emballage.
Je satisfais aux conditions ou, plus exactement, je les remplissais car j’ai cédé à un de mes neveux, il y a une dizaine d’années, ma collection de bolides de formule 1. Dinky Toys, Solido, Corgi Toys. Je prenais soin de mes miniatures même si j’organisais avec elles de fréquentes compétitions de grand prix. J’en dessinais les circuits à l’aide de feuilles de canson noir disposées sur les grandes tables de réfectoire du collège dirigé par ma maman. Je poussais même le détail à confectionner les stands de ravitaillement avec des boîtes parallélépipédiques en carton de balles de tennis Spalding. Je possédais même plusieurs exemplaires de Talbot Lago et Ferrari que je « customisais » avec un peu de peinture verte et jaune en des Lotus, Jaguar et Vauxhall, faute d’avoir trouvé ces modèles dans le commerce. Voyez, je suis déjà retombé en enfance!

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Les voitures photographiées par David Meignan ont, par contre, … pas mal de route derrière elles. Déglinguées, rouillées, cabossées, certaines ont accompagné la propre enfance de David et Frédéric ; par la suite, l’amour de la chine, le concours des amis, le hasard des rencontres ont permis d’enrichir leur parc automobile. Tous les modèles présentés apparaissent en leur véritable état de conservation, sans quelconque intervention des artistes.
Avant de rêver avec elles, je vous impose un effroyable retour à la réalité, quelques années avant que je ne sois moi-même gamin. Dinky Toys (traduction littérale : « jouets mignons ») est une marque créée en 1934 au Royaume-Uni dont les jouets étaient fabriqués par la société Meccano Ltd. Durant la seconde guerre mondiale, la pénurie de matières premières entraîna la réquisition de certaines usines afin de produire du matériel de guerre et la filiale Meccano France dut travailler sous la pression de l’occupant, pour son concurrent allemand Märklin. Ainsi, qui sait si le plomb fondu des miniatures ne servit pas alors à la fabrication de vrais canons !

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Ne tirons pas sur l’ambulance de Frédéric Rougier. Elle est à l’origine du projet. Ému, il a vu, chez ses parents, ses enfants s’amuser avec. Drame de la maltraitance, elle était dans un piteux état : plus de portières, une peinture quasi inexistante et puis, sur le toit, un morceau de scotch jauni, certainement un rafistolage effectué par sa maman à l’époque.
Il n’en fallut pas plus pour convaincre David de lui offrir une nouvelle destinée en la passant, non pas au marbre, mais dans sa chambre photographique et sa boîte à lumière.
Les deux compères se réclament volontiers, avec modestie et humilité, du photographe américain Irving Penn et sa vision moderne de la nature morte. On se souvient de ses clichés épurés, simplissimes mais tellement inventifs de vieux mégots, de papiers épars et de canettes de bière écrasées. La filiation est évidente dans les images très graphiques de David.

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Faute avouée doublement pardonnée, lors d’un séjour au Canada, David mit machinalement dans sa poche de blouson, une mythique voiture orange que lui montrait un ami. C’est ainsi que la grande héroïne de la série Shérif, fais-moi peur ! a traversé l’Atlantique jusque dans un château d’Eure-et-Loir : la Général Lee, une Dodge Charger de 1969, aux portes soudées, flanquée du nombre 01, le toit recouvert du drapeau sudiste !
Contrairement aux trois cents véhicules qui furent sacrifiés sur les 147 épisodes de la série et les six ans de tournage, le modèle réduit photographié par David est unique et porte les stigmates des sauts monstrueux et multiples cascades que lui fit subir par mimétisme un môme canadien. Que cet enfant devenu adulte se rassure : lors d’une prochaine visite, David lui restituera le précieux objet avec en prime, son portrait dans une « caisse américaine », c’est le nom, bien de circonstance, du type d’encadrement choisi.

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Une autre belle américaine qui a beaucoup souffert est la réplique de couleur blanche (du moins ce qu’il en reste) de la voiture de police pilotée par Bruce Willis dans Moonrise Kingdom. Dans ce film de West Anderson présenté l’an dernier en ouverture du festival de Cannes, les enfants se prennent pour des adultes et les adultes se comportent comme des enfants … n’est-ce pas quelque part le propos du travail de David Meillan et Frédéric Rougier ?
Chacun des véhicules emprunte les chemins de travers(é)e de l’enfance, celle évidemment de leurs propriétaires mais aussi des visiteurs de l’exposition. Souvenirs de bacs à sable, de terrains d’aventure, de jeudis (à mon époque) puis de mercredis merveilleux passés à ramper et pousser ces petites voitures. Objets sans valeur mais qui n’ont pas de prix tant ils sont inestimables sentimentalement !

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Coups de vieux ou bains de jouvence, ces miniatures furent parfois même nos vraies voitures. Ainsi, je sais un artiste qui en pince pour un vieux combi Volkswagen de quelques centimètres de long qui lui rappelle quelques randonnées mémorables. Qui sait même si certains, comme le chantait Bashung, ne devinrent pas monarques et figurines à l’arrière des berlines, ou rois des scélérats à l’arrière des Dauphines !
Dure, dure, la vie d’un jouet d’enfant : une bosse, un point de rouille, un fil arraché, un essieu affaissé, des pneus disparus ; peu importe, David, mécanicien d’art, en sublime le moindre défaut.

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J’ai un coup de cœur pour la Coccinelle Volkswagen accrochée à même une boiserie du château. Malgré sa dégaine d’épave, elle possède l’élégance des gravures anglaises tapissant les murs des vieux clubs et pubs britanniques. En la regardant avec attention, on perçoit, notamment sur la portière, la délicatesse mouillée d’une aquarelle. N’est-ce pas le plus beau compliment pour une photographie, de la comparer à une peinture ?

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Dans l’exposition de David Meignan, il y a une vraie esthétique qu’on pourrait qualifier d’industrielle ou technologique : dans une lumière douce, les formes et les couleurs se répondent par associations ou oppositions.
Nous replongeons dans un monde merveilleux de l’enfance, un temps et un espace où, insouciants, nous provoquions des accidents pour rire.
La vraie vie nous a rattrapé depuis, comme la dénonce si justement une chanson nostalgique intitulée Dinky Toys :

« Pourquoi faut-il qu’un soir d’automne
On soit devenu des grandes personnes
On rêvait d’la grande aventure
Maintenant c’est nous les miniatures »

Une bonne fée veille sur les « cars à bosse » de David Meignan, empêchant que « Norev » soient brisés.
Mieux encore, pour moi seul, David se charge d’en exaucer quelques autres en me faisant partager sur son ordinateur ses photographies de … vélo dans des cols de légende, le Galibier, la Casse déserte de l’Izoard. À mon tour, je lui fais écarquiller des yeux d’enfant en lui contant quelques épisodes glorieux des Tours de France de grand-papa. Il me parle du maillot Magicrème de Ghislain Lambert …
Mais le temps m’est compté, il faut que je vous entretienne de JeanDenis Robert, une crème de photographe !

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S’il est un artiste dont on ne peut pas dire qu’il ne casse rien, c’est bien lui, mais mes fidèles lecteurs le savaient déjà, suite aux deux billets que je lui ai consacrés.
Au-delà de ma plaisanterie au premier degré, il a choisi d’exposer ses natures mortes de VR KC, ainsi nomme-t-il sa série de clichés (un titre on the rocks ) !
Le thème de l’enfance n’est pas si loin. En effet, il me confia un jour qu’à l’occasion de quelques accès de colère, on brisait parfois quelques verres dans la famille Robert. Une certaine gaucherie et un penchant à manipuler de la main gauche lui faisaient commettre aussi certaines maladresses. Cela dit, il y a bien longtemps qu’il a acquis une certaine habileté dans sa gestuelle et, désormais, ce sont ses amis qui le fournissent en verres cassés.
JeanDenis, je vous assure, ne casse pas les verres par plaisir. Par contre, il les met en scène puis les photographie avec jubilation pour « leur rendre grâce, les faire vibrer, les sublimer, leur donner une seconde chance ».

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Fouineur impénitent, il mit même à profit une précédente exposition pour fureter dans une partie désaffectée du château. En alignant sur le rebord d’une antique cheminée des bouchons orphelins de leurs carafes brisées, il marque ainsi son Retour à Nogent.

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La photographie qu’il légende avec humour L’inutile symbolise peut-être le mieux la démarche de JeanDenis. Dans une mise en scène subtile prise en plongée, un « verre utile » gradué faisant anciennement office de doseur vole en éclats comme suspendu dans l’espace.
Devant l’ustensile de cuisine mutant en OVNI, on pense à la phrase de Cyrano de Bergerac : « C’est bien plus beau lorsque c’est inutile ». En effet, juste pour la beauté du geste photographique !
J’ai un vague sentiment de me répéter tant il me semble avoir déjà beaucoup écrit et décrit sur l’art de JeanDenis dans l’avant-propos de son livre PEOPLE. Mais comme le charme opère sans lassitude, je bois encore goulûment dans ses verres même ébréchés ses cocktails d’objets marqués par le surréalisme.
L’artiste se régale en jouant et en composant avec les transparences, les reflets, les diffractions, la lumière, les couleurs.

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Dans Quatre verres verticales et L’équilibriste, les verres, totalement décomplexés, comme délivrés de leur fragilité primitive, défient les lois les plus élémentaires de la physique.
Dans La poire et l’ibis, l’artiste affabule en jouant avec une ombre improbable.

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Généreux, JDR vous offre trois natures mortes dans le seul cadre de La Chouffe. Le lutin, symbole de la célèbre bière des Ardennes belges, a échappé de peu à la fracture. Qui sait si quelqu’un n’a pas trinqué trop violemment au futur succès de David Meignan dans l’épreuve cyclotouriste la Chouffe Classic ! Quant à moi, je me vois, enfoncé dans un fauteuil moelleux, savourant la belle blonde parfumée à la fleur d’oranger.
Car comme souvent, avec ses « tableaux » » photographiques, JeanDenis invite le spectateur à être actif, à imaginer des atmosphères, à ressentir des émotions, à inventer des histoires.
La rouille, la cendre, le coût du vent, le taille-crayon : il affuble ses œuvres de légendes comme pour nous accompagner dans le début de notre rêverie ou de notre méditation. Énigmatiques, elles balancent entre poésie et humour.

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En ce week-end de Pâques, une grenouille rainette, symbole de résurrection dans certaines religions, se retrouve emprisonnée dans un verre retourné.
Un fantôme hante-t-il le château de Nogent ? Un mystérieux gabarit de botte en bois sans pitié piétine un verre Régence. On tremble.
Puis on sourit aussitôt devant de drôles de Pingouins, un curieux assemblage de morceaux de pichets.
Charles Trenet n’aurait pas désavoué ces ambiances surréalistes dignes de son Héritage infernal.

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On est toujours triste ou penaud lorsqu’on brise un verre. Désormais, la déception ou la colère dissipées, plutôt que le jeter dans un des horribles containers qui peuplent les parkings, je le confierai à JeanDenis avec le secret espoir qu’un jour, dans une de ses natures mortes, il lui redonne au-delà de sa dignité, un charme et une délicatesse qu’il ne possédait peut-être même pas de son vivant d’objet utilitaire.
Félicitations à Dominique Chanfrau, l’organisatrice de l’exposition, d’avoir donné carte blanche à JeanDenis Robert pour s’adjoindre deux talents amis dans sa réhabilitation d’objets reclus, Joli clin d’oeil également d’avoir fixé le vernissage un lundi de Pâques 1er avril.

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Pendant que les petits chassaient les œufs dans le parc du château, les grands cherchaient, à l’intérieur, l’âme des objets reclus. Tous ont assisté à leur joyeuse résurrection.
Que c’est beau la photographie devant un tel miracle … et que les trois artistes soient bénis !

Mes vifs remerciements à Clémence Veilhan, David Meignan et JeanDenis Robert pour leur disponibilité et pour le prêt de certains de leurs fichiers, ainsi qu’à Dominique Chanfrau pour son accueil.
Vous pouvez retrouver les oeuvres des artistes sur leur site :
http://www.jeandenisrobert.com/
http://www.clemenceveilhan.com/
http://www.davidmeignan.com/

« Sanguine sur la Butte et « Nature morte à Giverny », deux « pol’arts » de Renée Bonneau

En rendant hommage récemment à nos chères aïeules à partir de son anthologie Grand-mères au fil des pages, je vous avais confié que l’auteure Renée Bonneau, ancienne enseignante agrégée de lettres classiques, se distrayait à la retraite avec l’écriture de romans policiers historiques.
Suite à mon billet chaleureux sur son dernier ouvrage Meurtre au cinéma forain (voir archives du 1er mars 2012), s’était instaurée avec elle une correspondance cordiale et amicale qu’elle concrétisa notamment en m’offrant Nature morte à Giverny, un roman publié en 1999 (réédité en 2006).
Avant même d’en commencer la lecture, en fouillant sa bibliographie, comme par réflexe, par une sorte de cohérence que je vais m’attacher à développer ici, j’eus envie de commander Sanguine sur la Butte, une autre intrigue policière parue deux ans plus tard.
C’est ainsi, que mettant à profit l’épisode neigeux de mars, j’ai dévoré en quarante-huit heures les deux « pol’arts ». Car comme leur titre à double sens l’indique, les récits marient épisodes policiers et peinture, s’inscrivant même sensiblement dans la même époque, à la fin du dix-neuvième siècle et au début du vingtième.
Si je ne vous fais pas l’injure de vous définir ce qu’est une nature morte, au sens pictural du terme, il n’en est peut-être pas de même du type de dessin ou peinture réalisé avec la pierre de sanguine, une variété d’argile ferrugineuse. Matériau à l’aspect friable, particulièrement mis en valeur sur un papier doux possédant un peu de grain, ses coloris chauds rappellent ceux de la peau et en font l’outil de prédilection pour le nu et le portrait. Elle apparaît au seizième siècle dans l’histoire du dessin, avec notamment Léonard de Vinci qui en tire son célèbre effet de sfumato. Elle triomphe deux siècles plus tard avec Watteau et Fragonard qui exploitent sa palette chromatique.
Brève digression ou remarque, je ne sais pourquoi, sinon par simple homophonie, j’associe souvent à tort la rapine qui signifie brigandage, larcin, vol ou butin, et le rapin qui se dit d’un jeune élève dans un atelier de peinture, ou désigne un peintre bohême et sans talent.
En la circonstance, la confusion n’a absolument pas lieu d’exister puisque les deux romans mettent en scène en toile de fond des intrigues, deux grands artistes, Claude Monet, un des maîtres de l’Impressionnisme, et Henri de Toulouse-Lautrec.
Je les ai lus, non pas dans l’ordre de leur publication, mais, sans le savoir d’ailleurs, selon la chronologie de l’époque à laquelle ils se situent. Peut-être, inconsciemment, avais-je envie d’abord, d’une déambulation sur la butte Montmartre au pied de laquelle, quelques jours auparavant, j’avais fêté les PEOPLE de JeanDenis Robert et Per Sørensen (voir billet du 9 mars 2013).
Sur un air d’accordéon, on avait valsé à Pigalle.

Le roman de Renée Bonneau commence aussi en chanson :

« Elle avait sous sa toque de martre,
sur la butte Montmartre,
un p’tit air innocent.
On l’appelait Rose, elle était belle,
a’ sentait bon la fleur nouvelle,
rue Saint-Vincent …

… L’été, par les chauds crépuscules,
a rencontré Jules,
qu’était si caressant,
qu’a’ restait la soirée entière,
avec lui près du vieux cimetière,
rue Saint-Vincent.

Et je p’tit Jules était d’la tierce
qui soutient la gerce,
aussi l’adolescent,
voyant qu’a n’marchait pas au pantre,
d’un coup d’surin lui troua l’ventre,
rue Saint-Vincent. »

Créée par Aristide Bruant dans son cabaret le Mirliton, cette émouvante chanson a traversé le vingtième siècle, reprise notamment par Les Frères Jacques, Yves Montand, Cora Vaucaire, Patachou, Marc Ogeret, Colette Renard et même Renaud.
Elle raconte la fin tragique de Rose la petite blanchisseuse gisant à demi adossée au mur, une large flaque de sang étalée sur sa jupe grise.

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Il est une autre célèbre complainte écrite par le cinéaste Jean Renoir, fils de l’Auguste peintre, qui évoque un amour, cependant moins dramatique, au même endroit :

« En haut de la rue St-Vincent
Un poète et une inconnue
S’aimèrent l’espace d’un instant
Mais il ne l’a jamais revue

Cette chanson il composa
Espérant que son inconnue
Un matin d’printemps l’entendra
Quelque part au coin d’une rue

La lune trop blême
Pose un diadème
Sur tes cheveux roux
La lune trop rousse
De gloire éclabousse
Ton jupon plein d’trous

La lune trop pâle
Caresse l’opale
De tes yeux blasés
Princesse de la rue
Soit la bienvenue
Dans mon cœur blessé

Les escaliers de la butte sont durs aux miséreux
Les ailes des moulins protègent les amoureux

Petite mendigote
Je sens ta menotte
Qui cherche ma main
Je sens ta poitrine
Et ta taille fine
J’oublie mon chagrin … »

Similitude macabre, dans la nuit glaciale du 28 décembre 1894, Rolande et Lucie, deux prostituées racolent dans et autour du vieux cimetière Saint Vincent où ne reposent pas encore les écrivains Roland Dorgelès et Marcel Aymé, les peintres Eugène Boudin et Maurice Utrillo, le cinéaste Marcel Carné. Elles n’ont pas le cœur à chanter. Elles découvrent horrifiées, le corps d’une enfant habillée en petite fille modèle de la Comtesse de Ségur, qu’un fiacre vient de jeter avant de disparaître. L’autopsie révèle très vite que la fillette non vierge n’a pas été victime d’un coup de couteau dans le ventre comme on voudrait nous le faire croire, mais s’est noyée.
Quelques jours plus tard, toujours à Montmartre, c’est au tour d’une prostituée d’être poignardée en bas de chez elle. Avant de rendre l’âme, elle a juste eu le temps de souffler un nom incompréhensible à son amie de petite vertu qu’elle hébergeait. La victime, le visage tuméfié par les sévices infligés par son souteneur, s’appelle Rosa la Rouge ainsi surnommée à cause de son abondante crinière couleur de feu.
Les versions divergent au sujet de la personnalité réelle de Rosa mais Renée Bonneau a choisi de les confondre pour créer un personnage fictif attachant et cependant très plausible. Ainsi, de son vraie nom Carmen Gaudin, Rosa, petite ouvrière douce mais battue, rencontra en 1884 le peintre Toulouse-Lautrec qui, fasciné par sa splendide chevelure rousse, en fit son modèle de prédilection durant quatre années.

rosalarougeblog dans Coups de coeur

Cet extraordinaire portrait nous la montre, en plan américain, de profil, le nez pointu, le visage fermé sous la tignasse rousse, les bras maigres surgissant de sa camisole loqueteuse.
Le tableau s’appelle Á Montrouge (Boulevards extérieurs). Comme la chanson d’Aristide Bruant :

« … C’est Rosa…
J’sais pas d’où qu’all’ vient,
All’ a l’poil roux, eun’ têt’ de chien …
Quand all’ passe on dit v’là la rouge,
Á Montrouge.

Quand all’ tient l’micher dans un coin,
Moi j’suis à côté… pas ben loin…
Et l’lend’main l’sergot trouv’ du rouge
Á Montrouge. »

Dans son cabaret, vêtu de son costume de velours noir, ses bottes de chasseur, son chapeau à large bord et son écharpe rouge, Bruant lève soudain son verre de bière : « Je vais vous chanter une chanson que j’ai faite y’a pas si longtemps pour une fille – oui, mesdames les emperlousées, une fille, qu’aucune de vous ne vaudra jamais. Elle a pris avant-hier un coup de surin dans le ventre, et dans trois jours, on va la jeter dans la fosse commune, sans cureton, sans croquemort et sans discours. Alors, on va tous ensemble la lui faire, sa fête d’adieu, à Rosa la Rouge. Et après, mon ami le peintre passera parmi vous et vous mettrez dans son chapeau de quoi lui offrir des fleurs, elle le mérite. » Vous imaginez Toulouse-Lautrec, debout sur une table, s’improvisant chef de chœur avant de quêter ?
Comment ne pas penser encore au poème de Baudelaire, Á une mendiante rousse :

« Blanche fille aux cheveux roux,
Dont la robe par ses trous
Laisse voir la pauvreté
Et la beauté,

Pour moi, poète chétif,
Ton jeune corps maladif,
Plein de taches de rousseur,
A sa douceur.

Tu portes plus galamment
Qu’une reine de roman
Ses cothurnes de velours
Tes sabots lourds.

Au lieu d’un haillon trop court,
Qu’un superbe habit de cour
Traîne à plis bruyants et longs
Sur tes talons ;

En place de bas troués,
Que pour les yeux des roués
Sur ta jambe un poignard d’or
Reluise encor ;

Que des nœuds mal attachés
Dévoilent pour nos péchés
Tes deux beaux seins, radieux
Comme des yeux ;

Que pour te déshabiller
Tes bras se fassent prier
Et chassent à coups mutins
Les doigts lutins,

Perles de la plus belle eau,
Sonnets de maître Belleau
Par tes galants mis aux fers
Sans cesse offerts,

Valetaille de rimeurs
Te dédiant leurs primeurs
Et contemplant ton soulier
Sous l’escalier,

Maint page épris du hasard,
Maint seigneur et maint Ronsard
Épieraient pour le déduit
Ton frais réduit !

Tu compterais dans tes lits
Plus de baisers que de lis
Et rangerais sous tes lois
Plus d’un Valois !

- Cependant tu vas gueusant
Quelque vieux débris gisant
Au seuil de quelque Véfour
De carrefour ;

Tu vas lorgnant en dessous
Des bijoux de vingt-neuf sous
Dont je ne puis, oh ! pardon !
Te faire don.

Va donc ! sans autre ornement,
Parfum, perles, diamant,
Que ta maigre nudité,
Ô ma beauté ! »

Après ces deux meurtres, le Petit Journal agite le spectre de Jack l’éventreur. Aurait-il gagné Paris après avoir sévi dans Londres en 1888 ?
D’autant que la jeune sœur de Mireille, autre modèle préféré de Toulouse-Lautrec, a disparu mystérieusement lors du cambriolage d’une demeure bourgeoise du boulevard de Courcelles. Parmi le butin volé, figurent une petite étude de danseuse de Degas et un tableau de la série Gare Saint-Lazare de Claude Monet.
Y-a-t-il des liens qui unissent ces affaires ? C’est ce que doivent élucider l’inspecteur Gustave Berflaut, déjà à l’œuvre dans Meurtre au cinéma forain, et son collègue Lucas Guyon, avec, pour notre plus grand plaisir, la participation du peintre Toulouse-Lautrec qui, à son insu, a déjà croisé la route du mystérieux assassin et, involontairement, devient un protagoniste essentiel du roman.
Bien que descendant d’une des plus vieilles familles nobles de France, Henri de Toulouse-Lautrec fut victime de la coutume courante en son milieu de mariages entre cousins pour éviter l’éparpillement du patrimoine. Par suite de la consanguinité de ses parents, il contracta enfant la pycnodysostose, une dégénérescence du noyau cellulaire qui affectait le développement des os.
De toute petite taille, difforme, claudicant, zézayant, alcoolique pendant la majeure partie de sa vie adulte, mélangeant à son absinthe quotidienne divers cocktails soi-disant pour étudier les couleurs, devenu syphilitique, il mourut à trente-sept ans, non sans savoir connu beaucoup de succès auprès de la gente féminine.

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Il a croqué la vie et le mode de vie de la bohème parisienne à la fin du XIXe siècle. Avec lui, Montmartre où il habitait, a trouvé son peintre. Il devint le témoin des lumières de la nuit qui brillent au cirque, au café-concert, dans les bals ou dans les salons étouffants des maisons closes.
Ainsi, pendant que le commissaire Lepard fustige ses collaborateurs pour leur manque d’efficacité, c’est l’occasion de plonger dans la vie nocturne montmartroise grâce au célèbre peintre et lithographe. Certains de ses croquis et affiches remplissent encore aujourd’hui les présentoirs des boutiques de souvenirs : bien sûr, Bruant au temps du cabaret Le Chat noir (un ancien président de la République, encore en vie, féru d’accordéon, chercha la popularité et la fortune autour !) antérieur au Mirliton, mais aussi, comme sur la couverture du livre, Louise Weber dite La Goulue, levant la jambe haut devant Valentin le Désossé, au temps où elle menait la revue du Moulin Rouge.
La créatrice du French Cancan a depuis, perdu bien de son aura et on la retrouve (comme dans Meurtre au cinéma forain), s’exhibant comme dompteuse de fauves à la fête à Neuneu, dans une baraque dont la façade est ornée de deux panneaux de Toulouse-Lautrec évoquant sa gloire passée. Elle est inhumée au cimetière Montmartre, à l’ombre des ailes du Moulin Rouge.

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On croise aussi dans le roman, Jane Avril, une autre danseuse célèbre du Moulin Rouge, alors acoquinée avec un certain « alphonse » … Allais. Autre égérie de Toulouse-Lautrec, elle figure avec son grand chapeau sur une affiche très connue du cabaret le Divan Japonais.

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On entend chanter ou presque une des grandes vedettes du music-hall de l’époque, Yvette Guilbert surnommée à son corps défendant la « Sarah Bernhardt des fortifs »

« Madame Arthur est une femme
Qui fit parler, parler, parler, parler d’elle longtemps,
Sans journaux, sans rien, sans réclame
Elle eut une foule d’amants,
Chacun voulait être aimé d’elle,
Chacun la courtisait, pourquoi ?
C’est que sans être vraiment belle,
Elle avait un je ne sais quoi ! … »

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Quitte à vous surprendre, j’ai fredonné souvent ce refrain dès ma tendre enfance. D’une part, parce que je l’entendais de la bouche de ma mère et mes tantes quand il leur arrivait de chanter les airs de leur jeunesse ; d’autre part, et surtout, parce que veillait sur moi une madame Arthur, une vaillante employée de ménage et cuisinière du pensionnat de jeunes filles que dirigeait ma maman. Ce n’est pas l’insulter de dire qu’elle ne possédait pas le je ne sais quoi de son homonyme. Je « courtisais » cette brave femme de la campagne, corpulente et rougeaude, pour qu’elle me prépare à quatre heures, d’épaisses tartines de gros pain, recouvertes de beurre fermier et de confiture, ce qui me comblait largement à l’époque et lui valait en remerciement que je lui chantasse les deux premiers vers, et pas plus, au nom d’une certaine morale.
Soyez reconnaissant, cher lecteur, je vous offre en prime quelques strophes de l’Éros vanné, une chanson licencieuse dont Renée Bonneau se contente de citer le titre comme appartenant au récital d’Yvette Guilbert aux Ambassadeurs :

« … Je suis blond, mes yeux d’émeraude
Hypnotisant les névrosés,
J’apprends la science des fraudes
Aux maîtresses des épuisés.
J’ai la souplesse des couleuvres
Je sais le pouvoir des parfums
Et, par de secrètes manœuvres,
Ressusciter les sens défunts !
Et j’ai le martinet qui cingle
Pour les gagas ! triste troupeau,
Et le supplice de l’épingle
Cruelle, qui porte à la peau !
Elles ne sont point prolifiques
Mes unions, évidemment ;
J’assiste aux amours saphiques
Des femmes qui n’ont point d’amants.
Je suis le Dieu des Morphinées
En quête de frissons nouveaux,
Je suis le Dieu des Raffinées
Dont je détraque les cerveaux.
Très vieux, malgré mes vingt années,
Usé, blasé
Car je suis né
Sur un lit de roses fanées
Et je suis un Éros Vanné ! »

Tancée par son directeur artistique d’expliquer au public ce que signifiaient prolifiques et saphiques, Yvette Guilbert choisit de supprimer le quatrain en question.
Noctambule invétéré, Toulouse-Lautrec menait une vie plus que désordonnée dans laquelle il puisait copieusement ses sujets d’inspiration. Tout en faisant sa petite enquête, on le voit fréquenter assidûment le bordel mondain, on disait salon (!), sis au 24 de la rue des Moulins.
Il ne dédaigne, certes pas, étudier comme il dit malicieusement « sur le motif », mais, dans un des chapitres, il se consacre à sa célèbre toile Le Salon de la rue des Moulins.

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Auprès de « Madame », la mère maquerelle, et de quelques collègues de « travail », assises sur les fauteuils et le grand canapé rouge, on retrouve Mireille, la sœur de la jeune bonne enlevée rue de Courcelles, que le peintre distrait parfois de ses devoirs à l’horizontale pour des séances de pose dans son atelier.
Au fil des pages, on croise des figures connues de cette belle époque, Casque d’or, d’autres danseuses du Moulin Rouge, la Môme Fromage, Mimi Pattes en l’air. On découvre des cabarets alors à la mode, ainsi on ne s’ennuyait pas au Rat mort, rendez-vous des peintres impressionnistes Degas et Manet, et des poètes ; Rimbaud y aurait blessé Verlaine de trois coups de couteau à la cuisse. Le café tiendrait son nom d’un rongeur trouvé mort, le jour de son inauguration, sur une banquette voire dans une pompe à bière. Notons qu’en ce quartier, on pourrait reconstituer un bestiaire des cafés entre le Chat noir (mangea-t-il le rat ?), le Lapin agile, le Perroquet gris, l’Âne rouge, le Sanglier bleu, et encore, aujourd’hui, les Deux Ânes et les Trois Baudets où débutèrent de futurs grands noms du music-hall.
Petit clin d’œil et pointe personnelle d’humour, il est un artiste originaire de Toulouse (Lautrec ?) qui hanta aussi la butte, une soixantaine d’années plus tard. Il s’agit de Claude Nougaro dont j’ai évoqué la période montmartroise dans le billet Allée des Brouillards du 1er février 2008. Concevez que ses souvenirs d’un tendre pique-nique ne sont pas incongrus ici :

« Tous les deux, on déjeunait sur l’herbe
Et moi j’en avais fumé un peu
A travers mes paupières entrouvertes
L’air bleu
Ton visage à l’envers sur ton buste
Un baiser que tu me donnes à boire
A se croire dans un tableau d’Auguste
Renoir

Un chardonneret qui sifflote
Dans l’eau un bouchon qui flotte
Ma plume qui pêche à la ligne
Un vers insigne

Tous les deux, on déjeunait sur l’herbe
Et moi j’en avais fumé un peu
Tu me disais je t’aime, que ce verbe
M’émeut
Donne-moi encore ta bouche qu’on déguste
L’eau-de-vie de pomme, de prune, de poire,
Dans la toile étoilée de l’auguste
Renoir

Un rouge-gorge qui sifflote
Dans l’eau un bouchon qui flotte
Ma plume qui pêche à la ligne
Une plume de cygne

Tous les deux, on déjeunait sur l’herbe
Et moi j’en avais fumé un peu
Dans mes yeux, un triangle superbe
Tes yeux
Puis le soir obscurcit la pelouse
Pour l’oiseau, laissons les gâteaux secs
C’est parfait. On repart à Toulouse-
Lautrec. »

Toulouse-Lautrec aimait esquisser en arrière-plan de ses tableaux de cabarets, quelques silhouettes comme Oscar Wilde et Tristan Bernard dont l’amoureux de la petite reine que je suis apprend qu’il fut directeur du célèbre vélodrome Buffalo, situé à Neuilly tout près de la Porte Maillot.

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C’est d’ailleurs, à cause de cette coquetterie picturale qu’il dessine, sans le savoir, un des premiers portraits-robots de l’histoire criminelle, celui de l’homme qui a semé la terreur sur la butte Montmartre durant quelques jours.
Ne voulant rien ôter du suspense, je file de suite à la campagne, précisément à Giverny, un petit bourg du département de l’Eure où Claude Monet posa définitivement son chevalet en 1890 et où Renée Bonneau situe un autre polar historique Nature morte à Giverny.

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Le roman commence par un article lapidaire du Figaro en date du 18 août 1908 informant qu’un crime mystérieux vient d’être commis dans la paisible bourgade où demeure le Maître de l’Impressionnisme. Les lecteurs devraient rapidement en savoir plus sur l’affaire car le journaliste Robert Fresnot est sur place. Il constitue d’ailleurs une transition tout à fait involontaire entre les deux romans car je découvre bientôt qu’il a bien connu Henri de Toulouse-Lautrec pour l’avoir eu comme voisin de palier rue de Caulaincourt sur la butte Montmartre. Cela dit, il ne vaut mieux pas qu’il évoque la mémoire de l’infirme génial devant Monet vu comme il le considérait : « Seule la figure existe, les paysagistes sont des brutes ; que n’eût pas fait Monet s’il n’avait pas été assez con pour lâcher la figure ! »
C’est tout le pouvoir de la romancière d’en savoir plus que ses personnages et elle met immédiatement au parfum ses lecteurs :
« Claude Monet s’était levé aux aurores. Il voulait terminer les Nymphéas au soleil levant qu’il avait commencés à la même heure au début de la semaine, et se dirigea vers l’étang.
Il installa son chevalet tout près du pont japonais … Aucune ride n’agitait la surface de l’étang qui revêtait en cet endroit précis, tout autour des feuilles, une délicate teinte rosée qu’il n’avait pas observée la veille… » Encore une histoire de sanguine ?
Nous n’en saurons pas plus car Renée nous emmène alors dans un long flash-back de cent quarante pages en reprenant les personnages un mois avant le drame découvert par Monet.
Il y a un siècle, déjà les Japonais, certes sans appareil Nikon en bandoulière, se rendaient à Giverny, pour admirer notamment, surplombant le bassin des Nymphéas, un pont … japonais ! Il s’agit dans l’histoire d’un expert en art occidental de Tokyo et de sa fille qui ont la chance rare d’être les hôtes du peintre dans sa propriété du Clos Normand.
Notre bonheur immédiat est d’accomplir en leur compagnie les quelques kilomètres qui séparent la gare de Vernon et Giverny : « Ils longèrent les prairies éclaboussées de coquelicots, les champs où s’allongeaient les ombres des meules, les vergers en fleurs, et découvrirent enfin l’embouchure de l’Epte, bordée de peupliers. Monsieur Hakasuko frémit de joie. »
En effet, qui connaît un peu le peintre effectue à travers ces deux phrases somme toute banales, une sorte de trajet initiatique dans les œuvres de Claude Monet.

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Les peupliers plantés en bordure de l’Epte au bout du jardin d’eau firent l’objet d’une exposition de quinze tableaux sur ce seul thème. Pour les peindre, Monet sauva ces arbres de l’abattage en indemnisant les marchands de bois privés de la coupe. Il installa son chevalet dans une barque au milieu d’une zone marécageuse. La construction en tranches verticales et la bande horizontale de la rive anticipe sur le travail de Mondrian, deux décennies plus tard.
La fiction policière se déroule dans le périmètre réel et très restreint de quelques centaines de mètres entre la propriété de l’artiste et l’hôtel Baudy.
Á l’origine, cet établissement était une modeste épicerie-buvette, faisant aussi un peu office de recette auxiliaire des Postes, dirigée par Angelina Baudy, avec attenant, un atelier où son mari Lucien entretenait les machines à coudre dont il était représentant.
Il fallut qu’au début des années 1880, Willard Leroy Metcalf, « un américain hirsute et baragouinant un langage incompréhensible » poussât la porte avec son matériel de peintre sur le dos, pour que naisse la merveilleuse histoire de l’hôtel Baudy.
Bientôt, Giverny devient le point de ralliement de quelques jeunes peintres américains, en provenance de Washington, Philadelphie, Boston et New York, attirés par la réputation de Monet et espérant peut-être quelques conseils du maître. Les chambres chez l’habitant ne suffisent plus, la maison Baudy se transforme en auberge puis en hôtel cossu d’une dizaine de chambres avec des ateliers pour les artistes-peintres, et aussi des tennis.
En l’été 1908, période à laquelle se situe le roman, y logent un peintre Donald Amberson et son épouse Elisabeth, leurs cousins Stanley et Linley Edwards, peintres eux-aussi, Lilian Merry une jeune photographe du Washington Post, un couple français de vieux comédiens dont la femme est la cousine d’Angelina Baudy, un militaire de carrière ayant défendu le capitaine Dreyfus lors de la célèbre affaire, accompagné de sa femme, ainsi que le journaliste du Figaro présent pour écrire un article sur la visite prochaine de Marcel Proust chez Claude Monet.
Pour compléter le « casting » du polar, se joint Ophélia, la jeune fille de monsieur Hakasuko, hébergée avec son père dans la maison de Monet.
Durant un mois, ce petit monde se côtoie quotidiennement. Ils partagent les repas, jouent au tennis ou au bridge, lisent dans le jardin, certains peignent tout de même. Le vieil acteur cabot anime des soirées en présence de Monet, en déclamant des textes tels Les Conquérants de José-Maria de Heredia, rappelez-vous « Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal.. », ou encore à la demande de son épouse, Les Bijoux, le poème érotique de Baudelaire :

« La très-chère était nue, et, connaissant mon cœur,
Elle n’avait gardé que ses bijoux sonores …
… Elle était donc couchée et se laissait aimer,
Et du haut du divan elle souriait d’aise
A mon amour profond et doux comme la mer,
Qui vers elle montait comme vers sa falaise.

Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté,
D’un air vague et rêveur elle essayait des poses,
Et la candeur unie à la lubricité
Donnait un charme neuf à ses métamorphoses … »

Un bijou, une émeraude précisément, sera à l’origine d’un des petits scandales qui ne vont pas tarder à secouer les clients de l’hôtel. Ophélia, la jeune japonaise logeant chez Monet, avec son franc-parler, ne rate pas une occasion de les attiser.
Les jalousies, les inimitiés, les susceptibilités, les sentiments amoureux aussi, participent de façon très insidieuse à la future découverte macabre de Claude Monet au milieu de ses nymphéas. Plein de détails a priori sans importance pour le lecteur deviendront éléments à charge ou pas pour les différents suspects.
C’est sans doute d’ailleurs une qualité du récit que de ne pas trop nous accaparer avec l’enquête policière pour nous laisser vagabonder en sa présence dans la vie et l’œuvre du grand artiste. Ne boudons pas ce plaisir que Monet offre avec plus de parcimonie aux jeunes peintres américains hébergés à l’hôtel.
Sensation étrange, je me sens même privilégié par rapport aux protagonistes du roman. Certes, l’illustre peintre s’était alors absenté depuis soixante-cinq ans, mais j’eus la chance, avec une trentaine d’écoliers et leur maîtresse, de disposer pour nous seuls de l’admirable jardin d’eau durant une journée complète de juin. C’est dire que j’imagine parfaitement les variations de lumière, les déplacements et les émotions des personnages du roman.
Renée Bonneau met en scène quelques situations comme des instantanés photographiques renvoyant à quelques célèbres toiles du maître.
« Un matin d’intense chaleur, elles décidèrent de faire une promenade en barque sur l’Epte. Elisabeth, en robe blanche, comme sa compagne, laissait pendre un bras dans le courant, tandis qu’Ophélia ramait, lentement, jusqu’à l’ombre d’un saule pleureur, où elles s’arrêtèrent. »


canotsurepteblog

En canot sur l’Epte est une de ces toiles où Monet a tenté selon ses propres mots « des choses impossibles à faire de l’eau avec de l’herbe qui ondule dans le fond … C’est admirable mais c’est à rendre fou de faire ça. »
Renée Bonneau, en s’appuyant sur ce tableau, met en scène le trouble qui semble naître entre Elisabeth Amberson et Ophélia dont on connaît déjà ses penchants saphiques. D’ailleurs, Ophélia ne manque pas de suggérer à son père d’acquérir le chef-d’œuvre pour le musée de Tokyo.
L’écrivain Octave Mirbeau, ami de Monet, dans son commentaire du tableau, écartait rapidement les deux figures féminines, les deux belles-filles du peintre, préférant insister sur un autre érotisme surgissant au premier plan du tableau : « l’œil peu à peu s’enfonce dans cette fraîcheur d’onde, et découvre à travers les transparences liquides, jusqu’au lit de sable d’or, toute une vie florale interlacustre, d’extraordinaires végétations submergées, de longues algues filamenteuses, fauves, verdâtres, pourprées, qui, sous la poussée du courant, s’agitent, se tordent, s’échevèlent, se dispersent, se rassemblent, molles et bizarres chevelures ; et puis ondulent, serpentent, se replient, s’allongent, pareilles à d’étranges poissons, à de fantastiques tentacules de monstres marins ».
Comment ne pas penser aussi au poème poignant de Victor Hugo Á Villequier que Gaston Vieuxville dit Mortambert inscrit souvent au programme de ses soirées littéraires :

« Maintenant que Paris, ses pavés et ses marbres,
Et sa brume et ses toits sont bien loin de mes yeux ;
Maintenant que je suis sous les branches des arbres,
Et que je puis songer à la beauté des cieux ;

Maintenant que du deuil qui m’a fait l’âme obscure
Je sors, pâle et vainqueur,
Et que je sens la paix de la grande nature
Qui m’entre dans le cœur ;

Maintenant que je puis, assis au bord des ondes,
Ému par ce superbe et tranquille horizon,
Examiner en moi les vérités profondes
Et regarder les fleurs qui sont dans le gazon ;

Maintenant, ô mon Dieu ! que j’ai ce calme sombre
De pouvoir désormais
Voir de mes yeux la pierre où je sais que dans l’ombre
Elle dort pour jamais … »

Hugo pleure bien sûr sa fille Léopoldine qui s’est noyée avec son mari lors d’une promenade en barque sur la Seine dont l’Epte est un affluent.
Lilian la photographe et Fresnot le journaliste canotent aussi souvent sur l’Epte pour rejoindre l’île aux Orties, un endroit où Monet possède un hangar pour ranger ses bateaux. Á l’abri des regards, sans se soucier de l’effet urticant des plantes, ils mettent à nu leur intimité croissante.
C’est dans ce même endroit discret qu’une vingtaine d’années plus tôt, l’artiste peignit deux grands tableaux de Suzanne sa belle-fille qu’il appelait L’Ascension et L’Assomption.
Dans un geste de rage, il aurait un jour lancé son pied chaussé d’un sabot en plein milieu d’une des deux toiles, y laissant une « terrible balafre ». Il ne vendit jamais les deux tableaux.
Curieux destin de ces deux œuvres que le roman place négligemment dans l’atelier du peintre : « du haut de leur talus, deux jeunes femmes abritées sous leur ombrelle, se faisant face, comme si elles allaient à la rencontre l’une de l’autre ». Une seule en fait, Suzanne Hoschedé en jeune fille à l’ombrelle tournée vers la gauche et vers la droite !

ombrelle-vers-droite

ombrelle-vers-gauche

Deux portraits admirables … comme quoi, n’en déplaise à Toulouse-Lautrec, Monet n’a pas toujours été con !
Avec l’arrivée de ses hôtes japonais et de ses jeunes admirateurs de l’hôtel Baudy, l’artiste, souffrant d’une cataracte qui altère ses perceptions visuelles, semble retrouver envie et dynamisme devant son chevalet, d’autant que la galerie Durand-Ruel se fait pressante pour une prochaine exposition.
Ophélia rabattant les volets verts sur le crépi rose de la maison, inspire Monet se promenant dans son jardin : « Femme à la fenêtre » ! Mais, pour l’instant, il se consacre encore à ses célèbres nénuphars en s’essayant au tondo, toile de format circulaire, proche de l’objectif photographique fish-eye.
Monet a retrouvé aussi l’appétit (l’avait-il perdu ?) et, dans la salle à manger entièrement peinte en jaune, ses hôtes, jaunes aussi (!), plus habitués aux sushis, font preuve de politesse et de courtoisie pour honorer la solide cuisine de Marguerite : ce jour-là, d’après une recette de Mallarmé, poisson (je ne pense pas qu’il fût cru), poêlée de girolles, arrosés d’un sancerre bien frais.
Le roman circule dans l’atmosphère lumineuse de Giverny jusqu’à ce que … le sang se mêle aux nuances délicates des toiles impressionnistes.
Je ne vous en révèle pas plus. Dans mon billet sur les grand-mères, j’avais écrit qu’il y avait quelque chose d’Agatha Christie en Renée Bonneau. En effet, elle réunit dans le salon tous les acteurs du drame pour la scène finale. Le commissaire, aidé par le perspicace journaliste, passe alors en revue chaque personne de l’assistance en énumérant ses mobiles, les failles de son alibi, et les preuves qui le trahissent.
Robert Fresnot pourra faire enfin pour le Figaro le récit du drame qui a bouleversé Giverny. Comme Toulouse-Lautrec lui avait légué son carnet de croquis, Claude Monet, reconnaissant, lui offrira un petit format du Pont japonais.
Plus tard, l’artiste avec ses jardiniers, créera une rose thé qu’ils baptiseront du prénom de la victime.
Claude Monet décèdera le 5 décembre 1926. Accouru au chevet du peintre, son ami Georges Clémenceau aurait insisté pour qu’on ne recouvre pas le corps d’un linceul noir, en expliquant que cela n’était pas convenable : « Pas de noir pour Monet ! Le noir n’est pas une couleur ! ». Il aurait alors arraché les rideaux aux motifs colorés de la fenêtre pour en recouvrir la dépouille du peintre.
Du noir et des couleurs dans les deux romans de Renée Bonneau ! Cela fait du bien de se distraire en se cultivant. Torquay, cité balnéaire du sud-ouest de l’Angleterre se flattait d’accueillir le plus grand nombre de têtes couronnées ainsi que la « reine du crime », Agatha Christie, native de cette région du Devon. Puisse Renée Bonneau, de l’autre côté du Channel, lorsqu’elle est en villégiature sur la côte d’Émeraude, continuer à nous concocter quelques savoureux romans historiques!




Publié dans:Coups de coeur |on 2 avril, 2013 |Pas de commentaires »

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