Archive pour février, 2013

PEOPLE entre dans Paris

PEOPLE entre dans Paris dans Histoires de cinéma et de photographie avispeopleblog

Vous allez peut-être penser que ma soirée au Fouquet’s (voir billet du 21 février 2013) m’a fait tourner la tête et que je me vautre désormais avec avidité dans un parisianisme outrancier.
Ne mélangez surtout pas les pinceaux qui vous dévisagent ! Le petit peuple de PEOPLE dont le photographe Jean-Denis Robert a tiré le portrait, possède des gueules d’atmosphère régénérée par la poésie surréaliste de Per Sørensen.
À la différence d’Arletty, fiers d’être traités d’atmosphère, ils m’ont même demandé, il y a quelques mois, de les présenter. C’est ainsi que j’ai commencé une carrière d’ « avant-proposiste » !
Patience ! De cela, je vous entretiendrai bientôt quand ce PEOPLE joyeux et malicieux envahira les librairies et les galeries d’exposition: http://encreviolette.unblog.fr/2013/03/09/

De la Blaquière au Fouquet’s

Il est des semaines comme ça où les circonstances de la vie suscitent d’étonnantes correspondances.
Au hasard de mes billets, vous avez compris que le plateau du Larzac fait partie de mes terres de prédilection. N’ayez aucune inquiétude, amis caussenards, je n’ai absolument pas la fibre militariste et si je vous envahis quelques heures, c’est pour la bonne cause, pour l’air revivifiant, au propre comme au figuré, de votre pays, pour la beauté à couper le souffle de ses paysages qu’un camp militaire souhaita autrefois dérober à notre regard !
Même si Charles Trenet prétendait que pour partir en vacances, il faut prendre la Nationale 7 qu’on aille à Rome ou à Sète, pour moi la route qui fait recette quand je rejoins le littoral languedocien, c’est l’A71 avec un détour obligé sur le Causse à hauteur de La Cavalerie.

« Quand s´éloigne la tourmente
Quand retombe la poussière pesante
Et que sombre le pays
Dans le sommeil et l´ennui

Comme dans les films héroïques
Aux moments les plus critiques
Quand tout croule dans ma vie
Quand tout semble compromis
Moi j’entends la cavalerie
Moi je pense à la cavalerie

Un jour je prendrai la route
Vers ailleurs coûte que coûte
Je traverserai la nuit
Pour rejoindre la cavalerie ... »

C’est (Julien) clair, me voilà un peu fou chantant !
Ce vendredi-là, je n’avais pourtant pas le cœur en fête. J’allais le lendemain rendre un ultime hommage à la chère sœurette de ma tendre maman (voir billet Ma petite Reine du 5 février 2013).
Cependant, au sommet de la côte à la sortie de Millau, une fois encore, je bifurque à gauche pour recevoir le grand souffle du Causse mythique, et de manière plus prosaïque, humer l’odeur des moutons. En effet, j’envisage de mettre le cap sur la bergerie de la Blaquière, symbole de la lutte contre l’extension du camp militaire dans les années 1970 : Oui aux moutons, non aux canons !

De la Blaquière au Fouquet's dans Coups de coeur larzacafficheblog

Quelques pancartes se détachent sur les vastes étendues du plateau enneigé, témoignant que, quarante après, les protagonistes du conflit sont toujours en alerte : « Camp militaire défense d’entrer », « Non au gaz de schiste », « OGM Non dans les champs ni dans les assiettes ! ».


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Bientôt, je m’engage sur la route étroite menant au hameau. Je suis en pays de connaissance. Je l’ai déjà évoqué (voir billet du 14 mai 2008), j’y avais rencontré un aimable paysan qui gardait ses brebis dans un champ au soleil brûlant de juillet 1981. Il me confiait alors son espoir que fût enfin abandonnée l’extension du camp avec l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République.
Je découvris, trente ans plus tard, lors de la projection du magnifique documentaire Tous au Larzac (voir billet du 1er décembre 2011), qu’il s’agissait d’Auguste Guiraud … le propriétaire de la bergerie mais aussi, avec son épouse, un des personnages marquants de la lutte.
En effet, le 9 mars 1975, à trois heures du matin, sa maison fut soufflée par un plastiquage : avec à l’intérieur, un berger, M.et Mme Guiraud et leurs sept enfants, sous les décombres. Heureusement, dans la partie où il y avait la chambre du couple Guiraud avec leur fils cadet âgé de 4 ans, la voûte s’ouvrit et se referma. Sinon, ils étaient morts ! Des clous avaient été répandus sur la route pour empêcher l’arrivée des secours. Les fils de téléphone avaient été coupés. L’enquête déboucha sur un non-lieu même s’il ne fait guère de doute que l’armée n’était pas étrangère à l’attentat.
Si on en voulait tant au brave Auguste, c’est qu’il avait été à l’origine de l’épisode le plus emblématique de la lutte du Larzac. Il possédait une bergerie de pierre en ruine sur sa propriété dont il devait être exproprié. Il n’obtint évidemment pas le permis d’en construire une nouvelle sur le périmètre de l’extension programmée du camp. Qu’à cela ne tienne, il décida de l’édifier tout de même avec l’Association pour la promotion de l’agriculture sur le Larzac.
Me voilà à la Blaquière, un hameau planqué derrière quelques blocs ruiniformes.
Puisque le Larzac et le cinéma ont désormais partie liée dans la postérité, voici une première anecdote : en 1973, Marlon Brando, Oscar d’interprétation pour son rôle dans Le Parrain de Francis Ford Coppola, refusant de se rendre à Hollywood pour recevoir sa récompense, envoya en son nom Petite Plume, une jeune femme déguisée en apache. Elle annonça devant le tout Hollywood que l’acteur déclinait cet honneur en signe de soutien aux Indiens d’Amérique et de protestation contre les traitements qui leur étaient infligés, notamment à Wounded Knee, une ville du Dakota du Sud, occupée par des Sioux réclamant une amélioration de leurs conditions de vie dans les réserves. À la suite de cela, pour faire connaître la situation des Amérindiens, Petite Plume effectua une tournée européenne qui la conduisit sur le Larzac. Elle s’assit au sommet d’un des rochers de la Blaquière et déclara : « Ici, c’est chez moi ! » !
En ce début d’après-midi, pas âme qui vive sinon deux chiens qui aboient. Ce sont pourtant quinze habitants qui demeurent là à l’année. Il me semble qu’il faut y être né pour apprécier la vie rude du Causse, pour y défendre avec une admirable ténacité, dix ans durant, des grandes causes.

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J’avoue que si mon cœur bat un peu plus vite en arpentant la ruelle principale, ce n’est pas uniquement à cause d’un manque d’exercice physique. Ici, c’est un pan de l’histoire sociale de notre pays qui s’y déroula et se poursuit encore.
Je m’arrête quelques secondes devant la ferme des Guiraud puis me dirige vers la fameuse bergerie tout en bas du village ! C’est fléché comme tout monument historique. Ça y est, j’y suis devant !

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Vous devez vous moquer de moi. J’en fais des tonnes pour un vulgaire parcage de moutons. Voici ce qu’en a fait l’ami Christian Rouaud dans son film :

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Une cathédrale romane ! Il n’y a pas que les agneaux de dieu qui frissonnent à l’écoute des chants polyphoniques orthodoxes.
Je commence par lire un panneau d’information fixé à l’extérieur : « Une bergerie plantée ici comme un rempart au temps des templiers pour barrer la route à l’envahisseur … » avec un texte en guise de permis de construire :
-Pour renforcer le droit de vivre ici (Per affortir lo drech de viure aïci ….)
-Pour défendre la terre, outil de travail des paysans, nous avons voulu construire cette bergerie illégale (refus du permis de construire, la Blaquière étant située dans le périmètre d’extension du camp).
-Pose de la première pierre le 10 juin 1973
-Fin des travaux : début 1976
-Travail bénévole d’ouvriers, de paysans, d’étudiants venus de partout.
-Financement : refus 3% du paiement de l’impôt (beaucoup de contribuables militants déduisaient 3% de leurs impôts, en signe de protestation contre le budget militaire).
Quelle noble et émouvante action de désobéissance civile que la construction de cette bergerie respectueuse de l’architecture caussenarde par des centaines de gens ne possédant aucune qualification professionnelle !
« Les bâtisseurs venaient de partout, de tous milieux, de toutes familles politiques, routards voulant vivre mai 68, maos et scouts de France, écologistes et non-violents, étudiants, ouvriers, jeunes agriculteurs, retraités … Ils venaient pour un jour, pour une semaine, un mois, un an, certains sont restés … Ils vinrent des milliers totalement inexpérimentés … De longues A.G de 100 personnes s’attachaient à définir le programme de la journée et le travail de chacun … C’était le travail, c’était la fête, en un même temps, en un même lieu ... »

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Comme les protagonistes principaux du film Tous au Larzac en témoignent avec humour et admiration, il y avait sans doute un peu de fumette et des coucheries chez tous ces jeunes aux cheveux longs et chemises à fleurs, peu habitués au maniement de la truelle et de la brouette, mais le résultat est là !
Ils ont parfois signé leur œuvre. En longeant les murs extérieurs, je découvre des pétroglyphes, ces pierres chargées de messages ou de clins d’œil : l’hebdomadaire satyrique Le Canard enchaîné, l’entonnoir que le dessinateur Cabu popularisa sur le crâne de Michel Debré, alors ministre de la Défense, la pierre des ouvriers de LIP en lutte également à l’époque, la Dame de Saint- Sernin, une véritable « Vénus de Millau » dont le mégalithe anthropomorphe original se trouve au Musée Fenaille de Rodez, des pacifistes, des maoïstes, des occitanistes …

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Sous le toit de tuiles « canal » (la tuile ronde méditerranéenne), en frise, court en différentes langues, une phrase du général de Gaulle : « Les armes ont été de tout temps les instruments de la barbarie ». On n’osa pas s’en prendre au sanctuaire ovin, on préféra plastiquer la maison de son propriétaire.
Le premier troupeau de brebis pénétra dans la bergerie le 1er mars 1974. Leur descendance se manifeste cet après-midi par quelques bêlements. Respectueux de la pancarte, je rechigne à ouvrir pour lui rendre visite.
C’est ma chance, le seul habitant de la Blaquière (qui en compte quinze à l’année) que je croiserai dans le hameau est Philippe Guiraud qui a pris la succession de son père Auguste décédé, il y a une douzaine d’années. Avec plaisir, il ouvre un vantail de la porte de la bergerie :

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Plus que les brebis paisibles qui ont vite compris que je n’avais rien d’un garde mobile (!), j’admire les arceaux de la voûte.
Puis j’entame une conversation à bâtons rompus avec Philippe très disponible.

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Il est ému que je lui rappelle celle que j’avais eue avec son père, il y a plus de trente ans. Il ne tarit pas d’éloges sur mon copain Christian Rouaud qui a conté l’épopée du Larzac avec talent. D’ailleurs, il me confie que depuis la sortie du film, beaucoup de touristes viennent en pèlerinage, en particulier l’été. Cette affluence inédite n’est pas sans causer quelque gêne dans l’exercice de son travail. À sa profession d’agriculteur éleveur ovin, se greffe presque une fonction de guide. Sans compter que certains visiteurs irrespectueux n’ont pas la même délicatesse que moi avec l’ouverture des portes !
Philippe dormait dans la chambre de ses parents la nuit de l’explosion criminelle. Sa maman Marie-Rose, encore en vie, est l’admirable paysanne qui haranguait la foule lors d’un des rassemblements au Raja del Gorp : « L’argent, l’argent, ils n’ont que ce mot-là à la bouche ! »
Philippe figure même aussi dans une des séquences les plus émouvantes du film : c’est, en effet, l’un des trois gamins en culotte courte devant lesquels recule un char de l’armée. Il m’explique même dans quelles circonstances, cette scène fut tournée. Pour maintenir le suspense, je vous les révèlerai plus loin.
Les gosses de Pergaud et Yves Robert jouèrent à la guerre des boutons ; les enfants Guiraud firent l’apprentissage de la République de la liberté dans l’horreur avec la guerre des moutons.
Une demi-heure pour se remémorer dix ans de lutte, c’est une gageure impossible à tenir. Mais je reviendrai me recueillir à la « cathédrale » du Larzac.
Ce jour-là, je suis vraiment en pleine crise mystique puisque je ne résiste pas à faire mon petit crochet rituel à la chapelle de Saint-Martin du Larzac. Je m’attarde quelques instants devant les vitraux de Claude Baillon, maître-verrier à Millau.

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Clin d’œil cocasse, je me retrouve même nez à nez dans une des deux chapelles latérales avec … un mouton.
Comme à chacune de mes visites, je me procure sur la table à l’entrée, les plus récents numéros de Gardarem lo Larzac, le journal du Larzac solidaire fabriqué par des bénévoles dont certains habitent le hameau. Cette fois, pour effectuer mon règlement, je n’ai pas besoin d’aller demander l’appoint à l’ancienne école comme lors de mon précédent passage. Malgré tout, heureuse rencontre, une fois franchie la buissière, ce pittoresque tunnel de buis typique du coin, je croise sur le pas de sa porte l’hôtesse du lieu, Michèle Vincent, une des « actrices » de Tous au Larzac . Toujours aussi accueillante, elle me propose d’entrer boire un café. Je sais que lorsqu’on commence à parler du Larzac … ce sera donc pour la prochaine fois !
Car il me faut rejoindre le golfe du Lion pour malheureusement tourner le lendemain une page de ma vie de famille, vous savez laquelle.

« Trempe dans l’encre bleue du Golfe du Lion,
Trempe, trempe ta plume, ô mon vieux tabellion,
Et de ta plus belle écriture,
Note ce qu’il faudra qu’il advînt de mon corps,
Lorsque mon âme et lui ne serons plus d’accord,
Que sur un seul point : la rupture ... »

L’adieu fut simple et émouvant à quelques mètres de la stèle dédiée à Brassens et sa supplique pour être enterré à la plage de Sète.

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Et comme j’en étais aux hommages à ceux qui se sont absentés, je me suis rendu ensuite au cimetière moins marin que celui de Paul Valéry, faire une affectueuse révérence à l’ami Georges. Je veux dédier sa chanson à ma chère passante sur cette terre qui eut le bonheur de le fréquenter.

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L’anar qui chanta Mourir pour des idées, d’accord mais de mort lente, écrivit aussi : « Il y a longtemps que j’ai pris position pour les moutons, contre les canons … Écoutez Pauvre Martin, j’ai été le premier à parler du Larzac ! »

« Avec une bêche à l’épaule,
Avec, à la lèvre, un doux chant,
Avec, à la lèvre, un doux chant,
Avec, à l’âme, un grand courage,
Il s’en allait trimer aux champs!

Pauvre Martin, pauvre misère,
Creuse la terre, creuse le temps!

Pour gagner le pain de sa vie,
De l’aurore jusqu’au couchant,
De l’aurore jusqu’au couchant,
Il s’en allait bêcher la terre
En tous les lieux, par tous les temps! ... »

Rendez-vous, non pas dans dix ans, mais le lendemain, Place des Grands Hommes à Montpellier !
Souhait de Georges Frêche, l’ancien maire de la ville, il s’agit d’un espace circulaire d’une soixantaine de mètres de diamètre, situé sur le site du centre commercial Odysseum. Le pourtour de la place comporte un portique sous lequel sont installées dix statues de personnalités politiques ayant marqué le vingtième siècle, œuvres de François Cacheux : par ordre alphabétique, Winston Churchill, Mohandas Gandhi, Charles de Gaulle, Jean Jaurès, Lénine, Mao, Golda Meir, Nelson Mandela, Gamal Abdel Nasser et Franklin Delano Roosevelt.

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Pour justifier son projet, Georges Frêche prétendait que les statues ne sont pas censées glorifier les individus qu’elles représentent, mais symbolisent des idéologies marquantes du siècle dernier. Toutefois, la présence de certaines représentations fait scandale auprès de certaines instances. Ainsi, suite à l’instauration de la Journée européenne de commémoration des victimes du stalinisme et du nazisme, certains députés européens ont dénoncé la statue de Lénine comme une insulte aux victimes des répressions soviétiques.

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À en juger par leur totale indifférence, je suis persuadé que lesdits symboles passent, au propre comme au figuré, au-dessus de la tête des quelques collégiens et lycéens qui traînent sur les bancs du square.
En lieu et place de son projet mégalomaniaque, Georges Frêche n’aurait-il pas fait œuvre vraiment originale en coulant dans le bronze une ode à la poignée de paysans du Larzac qui ont résisté avec succès aux décisions militaires et politiques. Voilà d’authentiques grands hommes et femmes ! Christian Rouaud, lorsqu’il reçut son César, ne disait rien d’autre, en termes plus châtiés, en citant La Boétie : « Les puissants ne sont grands que parce que nous sommes à genoux ». Et d’ajouter, « Ce César honore des femmes et des hommes debout ».
Il est temps d’ailleurs pour moi de retrouver sur le chemin du retour, les grands espaces qui ont servi de décor à leurs luttes. Christian Rouaud aime à dire à juste raison que le paysage est un personnage à part entière de son film.

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La neige est tombée en abondance depuis l’avant-veille. J’envie le promeneur qui glisse dans une draille avec son traîneau tiré par deux chiens husky.
Ce matin-là, je fais une courte halte pour effectuer quelques emplettes locales à La Cavalerie, bourg où sont implantés les bâtiments du (trop) célèbre camp militaire. Est-ce justement une conséquence de la non extension du camp mais l’activité économique de la commune semble péricliter.
Je trouve cependant une boulangerie pour acheter un fendu, un gros pain de campagne vendu au poids et pétri avec des farines de blé et de seigle. Sa conservation était appréciée par les paysans caussenards qui le ramenaient du marché hebdomadaire.
Causses toujours, tes spécialités culinaires m’intéressent, je me dirige vers la supérette à la périphérie du village pour faire provision pour l’hiver : dans mon panier, plusieurs boîtes de délicieux tripous aveyronnais de la Jasse Larzou et un assortiment de fromages de brebis du plateau que je mangerai « là-haut » religieusement (eu égard à la cathédrale de la Blaquière ?). L’une des employées m’indique comment accéder au panorama vertigineux avec Millau en contrebas que l’on voit dans la séquence d’ouverture (digne de Shining et des meilleurs westerns) du film. Aujourd’hui, la neige épaisse renvoie plutôt à Jeremiah Johnson de Sydney Pollack ! Ce sera pour une prochaine fois.

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Pour le vin d’accompagnement, je m’arrête quelques heures plus tard à la cave d’Yvan Bernard, à Montpeyroux, près de Clermont-Ferrand. Ce viticulteur sympathique produit des Côtes d’Auvergne (AOC) issues de raisin en conversion vers l’agriculture biologique.
Je suis un de ses fidèles clients depuis que nous fîmes connaissance lors d’une dégustation de crus d’Auvergne dans le cadre de Traces de vies, le festival du cinéma documentaire de Clermont-Ferrand … au cours duquel Christian Rouaud présentait en guest star sa précédente réalisation LIP, l’imagination au pouvoir, documentaire également nominé aux César.
Vous croyiez peut-être que le jus de raisin arverne me montait à la tête ? Que nenni, au contraire, mon propos est d’une cohérence implacable !
D’ailleurs, la convivialité et l’hédonisme se retrouvent volontiers dans le cinéma du réel, la raison gourmande et les causes militantes.
Tous au Larzac … tous au Fouquet’s ! C’est ainsi que ma plongée caussenarde entamée à la Blaquière s’est achevée le vendredi suivant dans l’établissement des Champs-Élysées célèbre depuis que … !
Non mais ! Il n’y a pas qu’un certain président de la République qui possède le droit d’y sabler son succès. Dans son mail d’invitation, Christian Rouaud conclut avec humour : « on oubliera les symboles incongrus pour profiter d’une occasion de boire un coup ensemble ».
Depuis plusieurs années, l’académie des César du cinéma français en a fait sa « cantine » et y réunit ses lauréats à l’issue de la cérémonie de remise des récompenses.
Ainsi, il est savoureux que l’ancien soixante-huitard Christian Rouaud y fêtât l’an dernier son César du meilleur film documentaire obtenu avec Tous au Larzac !

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Je ne suis guère « solidaire » sur le coup mais je blague, n’imaginez aucune critique dans mon propos ! Je charrie volontiers le copain Christian, compagnon de « chemin des images » (clin d’œil privé à saint Guy notre bon maître !) depuis trente ans. Putain 30 ans !!!
Pour une énième fois, manière de flatter mon ego (!), c’est l’occasion de lui rappeler qu’au temps où nous sévissions dans l’Éducation Nationale, je lui avais raflé la palme d’or du festival de Semur-en-Auxois ! Son savoureux film sur l’initiation au rugby en école maternelle avait moins séduit le jury (souverain bien sûr) que mes Voyages dans La gloire de mon père avec des élèves de CM2 ! À défaut de compression sculptée, je reçus une imposante fontaine (quel sacrilège au pays de Bourgogne !) qui doit se lézarder peut-être encore dans le jardin de l’ex-épouse d’un autre copain.

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Bref, Christian a eu la délicate et amicale attention de m’inviter dans la trop fameuse brasserie pour la sortie du livre Tous au Larzac, ce n’est qu’un début (Éditions de l’Œil).
En effet, l’académie des Arts et Techniques du Cinéma et l’académie des César ont l’excellente idée, depuis quelques années, d’éditer un livre autour d’un film primé aux César.
Après notamment, Rendons à César autour du film Quand la mer monte, Les Promeneurs autour de Le Promeneur du Champ de Mars de Robert Guédiguian, Les Plages d’Agnès Varda, leur choix s’est porté cette année sur le documentaire de Christian Rouaud.

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Christian m’accueille en haut de l’escalier d’accès au salon Raimu. Avant que les invités n’affluent, nous avons le temps d’échanger quelques minutes. Il est ravi que je lui rapporte des nouvelles toutes fraîches du Larzac, notamment de Philippe Guiraud et Michèle Vincent, et touché que, suite aux multiples projections de son film à travers l’hexagone, les touristes déferlent en masse sur le plateau. C’est aussi cela la magie du cinéma, plus encore quand il sert … des caus(s)es aussi exaltant(e)s.
Bien évidemment, dès qu’il le peut, Christian retourne voir ses « acteurs ». Il est même allé chez eux leur montrer son César. Il m’avoue que depuis deux ans que le film est sorti, il ne fait que travailler et vivre pour lui : projections et débats dans les festivals, multiples rencontres avec des publics variés, des lycéens de Bordeaux la semaine précédente. Voilà du service après-vente intelligent et militant ! Le professeur sommeille encore dans le cinéaste.
Je puise dans le livre : « Après les débats que j’ai animés autour de Tous au Larzac, j’ai le sentiment d’avoir parcouru une sorte de France idéale, où des gens comme vous et moi inventent de nouvelles façons de vivre ensemble, de communiquer, d’agir, en expérimentant des micro-systèmes totalement alternatifs à la frénésie de consommation et de compétition qui nous submerge. J’y vois une nouvelle façon de militer, c’est-à-dire de retrouver une autonomie perdue, tout en reprenant l’initiative collectivement ».
Il me confie que, comme autrefois avec les ciné-journaux de Léon Maillé tournés sur le Larzac et projetés au début des meetings de soutien, des gens tournent aujourd’hui nombreuses images relayées par le web sur le conflit autour de l’implantation d’un aéroport à Notre-Dame des Landes. Qui sait si dans un demi-siècle, nous n’aurons pas un documentaire « Des moutons, pas d’avions ! ».

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À propos des images d’archives, il est temps que je vous dévoile les dessous de la séquence des gamins d’Auguste Guiraud repoussant un char d’assaut qui s’est aventuré à la Blaquière, tels que me l’ont racontés Philippe, témoin de la scène, et Christian.
J’ai désormais d’autant moins de scrupules à vous les révéler que le réalisateur se justifie dans le livre : « Cette séquence a été tournée avant la lutte, par la BBC, quand un char anglais s’était coincé entre deux maisons. Je ne l’utilise pas comme preuve, ou comme illustration, mais de façon métaphorique, comme un rappel de l’image tellement connue de l’homme avec son petit sac en plastique devant le tank de la place Tien An Men. Ce qui compte, c’est la force narrative de la séquence, la façon dont elle emporte le spectateur aux côtés des personnages ». Leçon de cinéma !
Je suis surpris de me retrouver dans la liste de diffusion de l’invitation, en la flatteuse compagnie de Nicolas Philibert, réalisateur de Être et avoir, et Bertrand Tavernier qui écrivit à propos de Tous au Larzac : « Ils ne courent pas les rues les films qui réchauffent autant le cœur des pauvres hommes, qui regardent le passé, constatent qu’il n’est pas mort, loin de là. Qu’il n’est même pas encore passé… »
Dommage qu’il ne soit pas présent ce soir ! J’aurais peut-être osé dire au spécialiste du cinéma américain qui trouve dans cette chronique de solidarité le souffle du western et de John Ford, que (peut-être) autant que Ford, il y a (Robert) Redford et la guerre du champ de haricots de son film Milagro. Le pot de terre contre le pot d’affaire !
Avant que je le laisse à ses invités et aux journalistes, Christian paraphe le livre d’une amicale dédicace. Dans un format à l’italienne, la mise en page de l’ouvrage rappelle les photogrammes et les pellicules d’avant le numérique. Défilent ainsi au fil des pages de nombreux instantanés du film avec pour légende quelques phrases-choc :« Monsieur Debré nous a  parlé d’écoles, de routes, d’aérodromes. Il n’a pas eu de paroles pour les hommes, pour les femmes, pour les vieillards, pour les bergers, pour les enfants. On dirait que pour lui, les personnes ne comptent pas. »

Le livre mêle, au-delà de Tous au Larzac, l’histoire de différentes luttes et d’autres films militants comme Les LIP ou l’imagination au pouvoir également réalisé par Christian Rouaud. Et sous forme d’entretiens, les hommes et les femmes debout du Causse sont rejoints par d’autres cinéastes, Ariane Doublet, Mariana Otero, Bertrand Bonello, William Klein, le paysagiste Gilles Clément, pour continuer le combat.

En double page centrale, je tombe sur un slogan en grosses lettres « Le Larzac est comme une grosse miche de pain. Pour la manger, il faudra la couper en morceaux ». Au-delà de la métaphore, la déraison gourmande me renvoie lourdement au « fendu » de la Cavalerie.
Il est temps que j’aille me rafraîchir sinon l’esprit du moins le gosier avec quelques flûtes de champagne.

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Le temps d’enfiler sa petite laine (de mouton?), une ancienne compagne de route dans l’image se fera plus tard subtiliser son livre dédicacé. Comme quoi, même dans l’antre des « pipeules », les mœurs ne sont pas irréprochables. Allez, le combat continue ! Et si vous ne l’avez pas encore fait, allez voir Tous au Larzac s’il passe encore en salle ou, à défaut, procurez-vous le DVD ! Vous aurez la pêche après la projection : une leçon de militantisme fort utile en ces temps de crise et de morosité. Je n’ose pas vous dire de vous rendre tous au Larzac pour respirer l’air des grand(e)s caus(s)es …


Publié dans:Coups de coeur |on 21 février, 2013 |5 Commentaires »

Gare à la Garonne

Je me rends compte que, ces temps-ci, je fais fréquemment appel (avec un seul l) à Allain Leprest (avec deux ailes !), le « Rimbaud du vingtième siècle » comme le qualifia Jean d’Ormesson de l’Académie Française.
Aujourd’hui, je vous offre un de ses poèmes al dente (tel est le titre de l’opus) mis en bouche par Francesca Solleville. Francesca est la chanteuse ayant le plus interprété Jean Ferrat, avec Isabelle Aubret et Christine Sèvres son épouse. L’après-midi de ses obsèques, c’est elle qui déclama Ma France sur la place d’Antraigues. Petite fille du fondateur de la Ligue italienne des Droits de l’Homme, elle a beaucoup chanté les poètes Aragon, Mac Orlan, Ferré Interprète de chansons engagées contre le nazisme, le franquisme et la guerre du Viêt Nam, elle a aussi soutenu la cause ouvrière (La Commune en chantant, Chants d’exil sur des textes de Pablo Neruda).
Il y a une quinzaine d’années, Leprest qui fréquentait assidûment Antraigues, il choisit même malheureusement d’y mettre fin à ses jours, entreprit d’écrire un disque complet pour Francesca. Ainsi, y figure Gare à la Garonne, un hommage à Claude Nougaro, une chanson qui me fait tourner la tête en cette période de Saint Valentin.
Prenez ma main, je vous emmène pour une valse lente et nostalgique sur un des ponts qui enjambent le fleuve dans la traversée de Toulouse.

Gare à la Garonne par Francesca Solleville

« Fais gaffe où tu mets ton pied
Ici ou sur l’autre quai
Toi l’amicale pochetronne
Et ton troubadour d’ivrogne
Des fois l’eau et son tirant
Sont bêtement attirants
Gare à la Garonne

Mon poète de vingt berges
Qui flânes en longeant la berge
Dans les pompes à Lord Byron
Que tes rimes t’éperonnent
Mais pose bien tes semelles
L’eau souvent ressemble au ciel
Gare à la Garonne

Attention petit mélomane
Qui te promènes en walkman
Au son de l’accordéonne
Diatonique de Péronne
Tendrement mais notes à notes
Le fleuve nous « Nougarotte »
Gare à la Garonne

On croit que tout recommence
Et on y danse et on y danse
On y plonge et on y coule
Une piqûre de frelonne
Qui fredonne dans la foule
Un peu saoule entre les boules
Gare à la Garonne

Toi le suicidé d’enfance
Toi déjà mort qui avances
Sur le pont de tes dégoûts
Une pierre autour du cou
Tu auras beau tendre tes bras
La mort te refusera
Grâce à la Garonne »

Allain Leprest confiait : « On m’a souvent reproché d’être un peu nostalgique dans mes chansons, mais je pense qu’on ne peut bien parler d’une chose que quand elle est éloignée de soi. »

Gare à la Garonne dans Coups de coeur toulousepontneufblog

Comme à Paris, il y a un Pont-Neuf à Toulouse. Comme à Paris, malgré son nom, c’est le plus vieux pont de la ville rose. Et comme à Paris, il y a des amants sur le Pont-Neuf, l’eau et son attirant tirant (pas tyran pour un sou).
Une jeune lionne superbe et généreuse au sens du drame romantique hugolien, majestueuse et impétueuse à l’image du fleuve, y croisa un poisson rêveur, un barbeau (pas argenté, néanmoins pas commun, mais fluviatile) d’un certain nombre de berges, qui frétillait près du quartier historique de la Daurade, ainsi nommé, non pas par la fréquentation de cette espèce marine, ce qui serait incongru ici, quoique … mais pour les dorures aujourd’hui disparues de ses immeubles. Il n’y a pas que l’eau du canal du Midi qui soit verte ; le poisson fut ébloui par l’émeraude qui miroitait au soleil d’été.
Voilà une fable pas très nette, mais en d’autre temps, le chantre de ces lieux n’avait-il pas fait boire un coq et une pendule à la fontaine de ses mots. Une bluette surréaliste et dramatique d’une poule aux heures d’or qui devint coq au vin quand l’horloge sonna l’heure du (t)repas !
Alors donc, vous voyez, tout est possible ! Surtout qu’Allain Leprest nous invite à prendre les brisées de George Gordon Byron. Celui-ci se voulait orateur à la Chambre des Lords mais ce sont ses poésies mélancoliques qui le rendirent célèbre. Au point qu’il constitue une des grandes figures du romantisme britannique avec notamment, William Wordsworth, l’auteur de l’admirable poème Daffodils, je l’avais évoqué dans mon éloge de la jonquille (voir billet du 12 mars 2008). Son œuvre maîtresse est son Don Ju(ju)an, je la bégaie, est-ce l’ombre de Nougaro justement qui plane depuis son ancienne demeure du quai de Tounis ?
Au milieu de la rivière, lion et poisson coulent bientôt une nuit magique. La vague émeraude se fait chaude dans les bras de son Old Man River ! La guitare de Carlos Santana électrise la White magic woman, dans tous ses états liquides, tantôt aquarium, tantôt cascade effervescente, comme le fleuve nourricier de la ville.
Est-ce un amour d’opérette comme les bouquets de violettes que chanta autrefois Luis Mariano au théâtre du Capitole, non loin de là ? En tout cas, voilà que subitement l’imprévisible Garonne, qui l’eut crue, s’emporte et, chevauchant son lit, (nou)garotte le pauvre poiscaille.

« Bonheur, tu aimes repartir
À peine à l’amarre
Tu appartiens à ces choses volatiles
Comme les bouquets de roses, tu t’fânes vite
C’est à croire qu’on ne te mérite pas
Que l’homme n’est pas fait pour toi
Te barre pas, bonheur, bonheur. »

Vaine supplique nougarienne tant la lionne Garonne au caractère bien trempé est indomptable.

frelonblog dans Poésie de jadis et maintenant

frelon sur fleur Desigual

La morale de la fable, Allain Leprest la délivre dans une autre chanson :

« Tu valseras pour rien mon vieux
La belle que tu serres dans tes yeux
Ce n’est pas de l’amour
C’est une envie d’amour
Tu valses avec une ombre ... »

Hombre et lumière ! Extinction des feux de l’amour ! Méfiez-vous de la Garonne !
Si Leprest était graveur, sa Garonne serait une eau-forte. S’il était peintre, elle serait naturellement une marine, ce qui n’est pas la moindre des incompréhensions de la part d’une eau douce, à moins que la gironde ne soit mal embouchée …
En auteur affable, je vous offre une seconde version de ma fable par JeHaN, un des derniers chanteurs itinérants dans la tradition des trouvères et troubadours. Ami de Nougaro et Leprest, il est aussi reconnu comme interprète hors pair des œuvres de Bernard Dimey. D’excellentes raisons pour qu’il me plaise !
Écoutez le donc trimballer son amertume poétique le long des berges de Garonne. Boudiou !

Gare à la Garonne par JeHaN

Depuis, j’ai ouï(es) dire que le gentil poisson, fuyant le pont de ses dégoûts, se serait réfugié vers l’(im)passe du Bazacle, auprès de quelques saumons remontant le fleuve depuis le pic d’Aneto jusque vers l’océan. Trouvant la plaisanterie saumâtre, il s’est juré qu’on ne l’y reprendra plus à gober quelques libellules vers le pont des « Demoiselles ».
Cependant, pris entre deux eaux, il emprunte encore à Leprest pour écrire à sa Garonne perdue :

« Sans t’avouer que je me manque
Donne-moi de mes nouvelles
Dis-moi dans quel port se planque
La barque de ma cervelle ... »

Mon imagination débordante, cela peut être dangereux lorsqu’il s’agit d’eau, a largement outrepassé les pensées d’Allain Leprest. Simple licence poétique, mais finalement, n’est-ce pas le projet de tout poète que de faire vagabonder l’esprit de son lecteur, en l’occurrence ici, vers les (dé)rives de Garonne.
Toulouse to win chantait Nougaro lorsqu’au temps de Nougayork, il cherchait des synthés liturgiques du côté de la 42e rue. Si l’on (se) perd parfois avec la Garonne, vous, vous avez gagné d’écouter aussi celle, éternelle, de l’ami Claude. C’était la moindre des choses tant il a inspiré également mon histoire d’eau.

plaquenougaro

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Ma petite Reine

Ma petite Reine dans Portraits de famille tantereineblog

Ma petite (tante) Reine s’en est allée ce dimanche. Elle aurait fêté ses 105 printemps en avril prochain car si elle est morte de vieillesse paisiblement, elle était toujours jeune d’esprit. Je vous l’avais présentée à l’occasion de son centenaire dans un billet en date du 6 avril 2008.
C’était la sœur de ma chère maman. Ces deux normandes n’avaient pas le même caractère. Est-ce le soleil méditerranéen d’Alger, de Marseille puis de Sète qui l’avait rendu gaie et exubérante, mais mes visites au pied du Mont Saint-Clair respiraient toujours la joie de vivre.
Les images de jours heureux défilent dans ma tête : Brassens, le petit port de la Pointe Courte, les bourrides de baudroie et les encornets farcis au bord de l’étang de Thau, une bonne tielle épicée, les baignades à la plage de la Corniche, les tournois de joutes, les matches aux Métairies avec le plus du tout invincible Football Club de Sète ….
En hommage, je vous offre à écouter une merveilleuse chanson de Linda Lemay :

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Samedi prochain, à quelques pas de la tombe de l’ami Georges Brassens et du musée qui lui est consacré, je te rendrai une ultime visite, chère petite tante.

« Pauvres cendres de conséquence,
Vous envierez un peu l’éternelle estivante,
Qui fait du pédalo sur la vague en rêvant,
Qui passe sa mort en vacances. »

Publié dans:Portraits de famille |on 5 février, 2013 |1 Commentaire »

Au bon temps des rédactions

Ayant souhaité acquérir un numéro spécial que la fédération des œuvres laïques de l’Ardèche avait consacré à Jean Ferrat au moment de sa disparition, je reçois depuis, régulièrement, leur mensuel Envol sous-titré Montarem tant que poirem, un vieil adage des anciens qui, un à un, ont quitté leur pays pour s’en aller gagner leur vie loin de la terre où ils sont nés … vous connaissez la chanson.
J’adore feuilleter ces journaux régionaux voire locaux, de résistance au hasard de mes promenades à travers ma douce France. Ainsi, vous le savez, je ne manque jamais de ramener quelques exemplaires de Gardarem lo Larzac à chacune de mes visites sur le causse.
Comme me qualifie un excellent ami dont je vous parlerai, sans doute, prochainement, je suis un insatiable “je-veux-comprendre-tout” !
Bref, je ne résiste pas à réveiller votre curiosité et votre sensibilité avec un savoureux article publié dans le journal d’action laïque de l’Ardèche en date de janvier 2013. Il concerne une rédaction que Monsieur Paul Suchon, un instituteur comme on en trouve de moins en moins de nos jours (et pour cause déjà, ce sont des professeurs des écoles), proposa, dans les années cinquante, à ses élèves de l’école communale de Saint-Michel-de-Chabrillanoux. Je ne sais pas si cela vous fait le même effet mais rien que le nom de cette modeste commune de moins de 300 âmes au cœur des coteaux ardéchois, ça exhale en moi des parfums de châtaignes et de champignons.
Un demi-siècle plus tard, il n’est sûrement pas inutile de préciser en quoi consistait une rédaction, un véritable gros mot pour une petite fille qui m’est chère, et pour cause, elle n’y a quasiment jamais été confrontée au cours de sa scolarité. Et pourtant, elle est aujourd’hui en troisième !
Donc, à travers cet exercice de français, à l’école primaire puis au collège, on demandait à l’élève de parler d’un sujet qui lui était familier ou d’un fait dont il avait été témoin et dont toutes les circonstances lui étaient par conséquent connues, notamment en lui donnant à reproduire une leçon quelconque du programme que le maître avait développée précédemment dans un ordre méthodique, l’effort se bornant à habiller chaque idée, à lui donner une forme correcte, construite d’après les règles grammaticales, en veillant à la précision et à l’exactitude des termes employés.
Étape supérieure, on passait à la composition française. Le sujet était plus abstrait. L’élève, avant de rédiger, devait trouver toutes les idées s’y rattachant, en faire la sélection, les classer dans un ordre logique en donnant à chacune l’importance qui convient. Elle était proposée sous des formes variées : lettres, récits, narrations, descriptions, comptes-rendus, discussion d’une pensée.
Ce jour-là, à l’école de Saint-Michel-de-Chabrillanoux, le sujet de la dite rédaction était donc : : « Quel est, selon toi, l’objet qui est le plus utile à ton père ? Pourquoi ? »
Voici ce que rédigea la chère tête blonde, quoiqu’en Ardèche, il soit plus probable qu’elle fût brune, sur son petit cahier revêtu d’un papier frictionné bleu.

« Malgré le béchard et le lichet, l’objet qui est le plus utile à mon père est la boge. Vous croyez maître, que la boge ne sert qu’à remiser les tartifles, les combales et les garinches hé bien pas du tout ; elle sert à beaucoup d’autre chose ! Mon père en met toujours une pour se protéger quand il plusique. Il en a toujours une accrochée à une pointe sous le calabert ou posée sur le pressoir à la cave. Çà évite aussi que du purin dégouline dans son cou quand il charrie le fumier dans ses échanous avec la besse et le coulassou. L’inconvénient c’est que la boge peut l’entrabler et qu’il risque de se barunler ou de s’espanler. Mon père utilise toujours une boge en coussin et il s’assoie dessus quand il enchappe sa daille. Quand il s’ajare pour greffer ses pêchers, il met aussi une boge pour éviter de s’égraougner les genoux. Quand il fait sa sieste sous le tilleul il en met une sur le banc avant de se jaïre dessus mais çà le fait ronfler. Et pour ramasser le rebrou . Il utilise encore une boge accrochée à une branche. La boge pendole et elle est munie d’un cerceau en châtaigner pour la garder ouverte. On verse ensuite le rebrou dans le bourrin pour le charrier.
La boge permet de transporter beaucoup de choses. Quand on va à la foire de St Sauveur du 5 septembre, on y met le petit cayou tout migraillou acheté après le marchandage, mais il n’est pas bien content et il couïne et repite pendant tout le trajet .La boge permet de remiser les feuilles de choux, les tatiflous et toutes les ploumailles pour pas qu’elles se pétafinent, et on peut les faire cuire dans la chaudière ou dans la grande oule. Après on escachine le tout dans le bachas à l’aide du et cette bachassée permet de nourrir le cayou qui s’est bien remplumé depuis le 5 septembre.
Quand les vaches font leur petit bouillou, la boge est très utile pour le tirer par les pattes car elles sont gluantes et çà glisse.
Avec quelques pataris de boge qui crame dans un bouffaïre il n’y a rien de mieux pour les abeilles et les rendre moins méchante. Quand elle fait sa lessive à la fontaine ma mère s’en sert aussi comme coussin sous ses genoux pour éviter qu’ils trempent dans le gouillassou à cause de l’eau qui giscle. Moi aussi j’utilise une boge pour remiser et transporter mes babés après les avoir ramassés dans un billot.
À la vogue il y a des courses ou les enfants ont les jambes entrablées et c’est le premier qui arrive qui gagne. L’hiver, on bouche aussi certains frachous pour pas que le froid rentre.
Ah, j’ai oublié que la boge sert aussi pour mettre la jagne quand on va faire la goutte. Pour moi, la boge est bien indispensable pour tous les travaux. Le seul inconvénient, c’est que les rats y font des trous et qu’on est obligé de la pétasser. »

J’ignore quelle note fut accordée à ce devoir, mais l’élève récupéra son cahier avec un certain nombre de mots soulignés à l’encre rouge. Dans la marge, le maître, outre la mention passable, avait annoté ceci : « Bien pour l’observation et l’orthographe mais il faut continuer à faire un sérieux effort pour t’exprimer en français ».
Cinquante ans plus tard, il est permis de porter un autre regard. D’abord, il faut replacer l’activité dans le contexte de l’époque. Cette rédaction est le produit d’un fils de paysan ardéchois né dans la première moitié du vingtième siècle. Et dans cette région reculée (ne voyez là aucun sens péjoratif), les enfants en bas âge baignaient dans un milieu familial où les parents s’exprimaient essentiellement en patois.
J’ai pris conscience de ce phénomène très récemment dans des circonstances malheureusement cruelles. En Ariège, un autre département un peu oublié sur la carte de France (on le confond même, bizarrement, fréquemment avec l’Ardèche !), un ami cher que j’envisageais de filmer l’été prochain pour le travail de mémoire audiovisuelle que j’effectue là-bas, s’en est allé subitement. Orphelin de toute image pour lui rendre malgré tout hommage, j’ai fait la connaissance d’un professeur qui possède deux heures d’interview en gascon. Ce cher Amédée maniait en effet la langue occitane couramment. C’était même sa première langue ! Il n’avait connu que celle-ci dans la ferme familiale avant de rejoindre, à partir de l’âge de six ans, l’école communale distante de six kilomètres à pied à travers bois ! Ou comment, une absence précoce d’alphabétisation devient élément de culture cinq décennies plus tard !
Il me revient en mémoire aussi Farrebique, le magnifique film de Georges Rouquier racontant la vie d’une famille de paysans de l’Aveyron au rythme des quatre saisons. Des sous-titres sont souvent nécessaires pour traduire le patois du Rouergue dans lequel s’expriment les aïeux entre eux ou avec leurs enfants. Un chef-d’œuvre qui reçut une récompense au festival de Cannes en 1947 et qui est étudié dans les universités américaines. C’est ainsi que Coppola et Spielberg le soutinrent, ce qui permit à Rouquier d’obtenir un financement pour réaliser Biquefarre, quarante ans plus tard, dans la même ferme avec les mêmes protagonistes, du moins ceux qui étaient encore en vie.

Au bon temps des rédactions dans Coups de coeur farrebique

L’enseignant, outre de devoir imposer la langue française au patois, devait aussi composer dans les campagnes avec l’absentéisme. Il était fréquent qu’il ne puisse compter avec son effectif d’élèves au complet, qu’après la Toussaint, lorsque les travaux des champs étaient achevés.
Reconnaissons donc que cette rédaction qui révélait de sérieuses lacunes en français en son temps, possède aujourd’hui une indéniable dimension poétique. On y trouve même une richesse et une expressivité de vocabulaire tout à fait étonnantes. Cet écolier mettait aussi, à sa façon, en application les consignes que nos enseignants d’alors ne manquaient pas de réclamer, à savoir un langage précis, varié et sans répétition.
Pour manier le paradoxe, on peut même dire qu’il battait inconsciemment en brèche les instructions liées à la rédaction dans la première moitié du vingtième siècle : « On ne peut guère demander aux enfants qui fréquentent l’école primaire de tirer de leur propre fonds des idées originales, de faire œuvre personnelle et propre, de mettre de l’art dans leur composition … L’invention, quoiqu’on en dise, ne jouera jamais un grand rôle dans les devoirs de l’école primaire » ( article Rédaction du Dictionnaire de Ferdinand Buisson). Dans le même ouvrage, un pédagogue périssable déclarait péremptoirement que « l’imagination était maîtresse d’erreur et de fausseté ».
Est-ce parce qu’il choisit d’en finir avec la vie, justement en Ardèche, à Antraigues, au pays de Ferrat, je pense à Allain Leprest et à sa chanson Mont-Saint-Aignan, une ville de la banlieue rouennaise où j’accomplis mes premiers pas à l’université :

« Dans le jardin de mes parents
À Mont-Saint-Aignan, près de Rouen
J’ai laissé des Sioux, des cailloux
Des joujoux, des poux, des z’hiboux
Des arcs-en-cieux, des carnavaux
Et trois mille chevals au galop ... »

Un joli pied de nez au Français académique. C’est beau quand on transgresse ou plutôt quand on transcende ainsi la langue ! Dans la même chanson, Allain confie qu’il laissa autrefois « des carnets scolaires avec des zéros milliardaires » ! Pas si sûr car il a souvent déclaré qu’il croyait aux bienfaits de l’école :
« Je crois en la culture, je crois en l’apprentissage, je crois aux armes que cela peut donner. On ne peut pas résister sans un minimum de savoir qui peut, d’ailleurs, être tout à fait empirique, qui peut s’apprendre dans la rue ou au contact des autres. Pour ma part, j’ai toujours rencontré d’excellents professeurs ou instituteurs qui m’ont donné confiance dans ce que j’écrivais. J’ai le souvenir d’un instituteur qui s’appelait monsieur Fleury. Je me le rappelle, assis sur le bureau en train de nous raconter Le vieil homme et la mer d’Hemingway. On avait tous l’impression qu’il était là, la canne à pêche à la main et qu’il tirait dessus comme un mordu… Pour peu qu’il y ait un zozo dans la classe qui faisait le moindre petit bruit ou qui bavardait, il refermait son livre d’un geste sec : « Finie, la lecture, aujourd’hui. » On lui en voulait au copain… ! »
Grâce à cet homme, il passa, à treize ans , le dernier certificat d’études organisé en France et décrocha le premier prix du canton. Au collège d’enseignement technique Charles Péguy de Rouen, il écrivait des mots d’excuses pour ses camarades absents. Une de ses professeurs lui demanda pourquoi il n’avait pas choisi des études littéraires …
Je digresse, mais sinon carnaval est un mot d’origine italienne apparu après la palatalisation, celle-ci étant une modification phonétique dans laquelle un son est produit par une partie plus à l’avant du palais dur que celle utilisée pour le son d’origine. Je ne veux pas dire mais avec tous les accents que l’on croise dans notre douce France … quel palais doivent choisir les princes de l’orthographe ? Bref, c’est ainsi que bal, chacal, festival, régal, récital et … carnaval font exception et prennent un s au pluriel sauf chez Leprest ! Et que les idéaux peuvent être des idéals !

livredor-deredactionblog dans Ma Douce France

Je ne saurais terminer ce billet sans évoquer un cahier jauni qui trône en permanence dans ma bibliothèque. Sur la couverture, est écrit à l’encre : Livre d’Or de la Rédaction, Cours Complémentaire deuxième année (la cinquième du collège actuel). D‘une belle écriture cursive à l’encre violette, des jeunes filles y ont recopié la rédaction dont les qualités leur avaient valu de figurer dans ce florilège. Les sujets sont parfois semblables à celui proposé à l’écolier ardéchois. Ainsi, celui-ci : « Nous aimons souvent des objets même sans valeur et des lieux même sans beauté à cause des souvenirs qu’ils évoquent en nous. Décrivez-en un et dites pourquoi il vous est cher ». Ou encore : « Décrivez d’une manière objective puis subjective l’objet de votre choix ». Marie-Thérèse Canchon, née le 26 novembre 1933, évoque son cartable. Marcelle Hommebon, née le 14 janvier 1933, parle du vieux piano de son « pauvre » grand-père. Pour Éliane Genty, née le 9 mars 1934, ce sont ses chaussures qu’elle choisit. Comment à cet instant, mes pensées ne vagabonderaient pas vers le grand poète québécois Félix Leclerc :

« Moi, mes souliers ont beaucoup voyagé
Ils m´ont porté de l´école à la guerre
J´ai traversé sur mes souliers ferrés
Le monde et sa misère.

Moi, mes souliers ont passé dans les prés
Moi, mes souliers ont piétiné la lune
Puis mes souliers ont couché chez les fées
Et fait danser plus d´une... »

Ces jeunes filles, aujourd’hui octogénaires, étaient immédiatement après la guerre, à la remarquable école de ma chère maman.
Je naquis peu après. Tout gamin, j’allais gribouiller quelques feuilles dans son bureau directorial contigu à la salle d’études. En ce temps-là, en effet, le principal de collège ne s’installait pas dans la pièce la plus à l’écart des activités scolaires comme souvent maintenant … !
Avant le repas du soir, tout en vaquant à ses occupations administratives et pédagogiques (car elle enseignait en même temps qu’elle dirigeait l’établissement !), tandis qu’elle corrigeait les devoirs de la journée, il n’était pas rare qu’elle fasse irruption à côté et interpelle une pensionnaire pour qu’elle affine sa pensée et parvienne au mot juste. Admirable !
Je sais, je vous parle d’un temps que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître. Il m’arrive de jouer aux vieux cons même si, plus jeune, je jurais qu’on ne m’y prendrait jamais.
Ainsi, lorsque je suis un peu catastrophé du niveau en français (ce n’est pas uniquement de sa faute, la pauvre ! loin de là même !) de ma chère petite fille, je lui sors le livre d’or. Je vois poindre alors dans ses yeux un mélange d’étonnement et d’admiration et puis … elle reprend son iPhone 4 ou 5 ? on est à combien maintenant ! Heureusement, le dernier ouvrage Petite Poucette du philosophe académicien Michel Serres me redonne le moral. Il paraîtrait que « ces enfants habitent le virtuel. Les sciences cognitives montrent que l’usage de la Toile, la lecture ou l’écriture au pouce des messages, la consultation de Wikipédia ou de Facebook n’excitent pas les mêmes neurones ni les mêmes zones corticales que l’usage du livre, de l’ardoise ou du cahier. Ils peuvent manipuler plusieurs informations à la fois. Ils ne connaissent, ni intègrent, ni ne synthétisent comme leurs ascendants ». Allons bon, c’est donc moi qui suis infirme!
Bon ! Elle était très pittoresque cette rédaction ardéchoise mais au final, savez-vous ce qu’est la boge ? C’est un grand sac en toile de jute comme ceux que Jean-François Millet peignit !

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Au cas où quelques mots ou expressions vous auraient échappé, ce dont je ne vous tiendrai bien sûr aucune rigueur, je mets à votre disposition un glossaire ci-après.
Pour conclure, en guise de clin d’œil à l’objet et à l’écriture, j’emprunte encore quelques vers à Allain Leprest :

« Je suis hostile au premier jet
Je lui préfère les migraines
La nuit jusqu’au jour prolongée
à extraire de ma carène
l’adjectif, prénom de l’objet... »

PS : Le hasard fait bien les choses. Quarante-huit après la publication de ce billet, j’ai reçu le numéro de février de la revue Envol. Il y est encore question de langue française et de Michel Serres.
Bien qu’il soit optimiste sur l’avenir de sa Petite Poucette, cette jeune enfant qui pianote les touches de son portable avec ses deux pouces, le philosophe nous livre encore quelques sentences sur le bon usage de la langue française, à l’heure où le mot relais s’affiche avec un y dans toutes les gares de France :
« Les langues des régions de France moururent de la mort des paysans. Au Moyen-Âge, les savants, les médecins, les juristes, bref, la classe dominante parlait latin. Il fallut un édit royal pour que notre langue maternelle fût usitée en public et dans les actes officiels. Nous revenons aujourd’hui à cet état de fait. Les riches, la classe dominante, les publicitaires, ceux qui tiennent l’espace des affiches et le temps de parole éliminent le français. Comme d’habitude, les vainqueurs cherchent à imposer leur langage. Vous souvenez-vous de la vieille pub où un chien écoutait, obéissant, assis devant une enceinte acoustique d’où sortait la Voix de son Maître. La voix de nos maîtres, nous ne l’entendons plus que dans une autre langue …
Je vous invite à l’écrire et à la parler fièrement, comme une langue de la Résistance. Chaque fois que je reçois un message où l’on me demande un pitch de ma conférence à venir, je réponds aussitôt : qu’ès aco, lou pitch ? »

le béchard et le lichet : outils de jardinage pour retourner la terre
la boge : grand sac en toile de jute
les tartifles : pommes de terre
les combales et les garinches : variétés de châtaignes
il plusique : faible pluie
le calabert : hangar ouvert
la besse : hotte
le coulassou : coussin posé sur la nuque
entrabler : entraver
se barunler : tomber en roulant
s’espanler : dégringoler
enchapper sa daille : aiguiser sa faux
s’ajarer : se baisser
s’égraougner : s’écorcher
se jaïre : se coucher
pendole : suspendu négligemment
le cayou : le cochon
migraillou : maigre
couïner : crier
repiter : remuer
les tatiflous : petites pommes de terre
les ploumailles : épluchures
elles se pétafinent : elles s’abîment
la chaudière : grand récipient avec son foyer pour faire cuire la nourriture pour les cochons
la oule : la marmite
escachiner : écraser
le bachas : récipient pour la nourriture des bêtes
le pestaillet : le pilon
la bachassée : nourriture dans le récipient
remplumé : a bien grossi
le petit bouillou : veau
pataris : chiffons
le bouffaïre : instrument pour attiser le feu
ensuquer : abasourdir
le gouillassou : petite flaque d’eau
giscler : gicler
les babés : pommes de pin
un billot : cageot
entrablées : entravées
frachous : petites fenêtres avec ou sans carreau
pétasser : raccommoder

Publié dans:Coups de coeur, Ma Douce France |on 1 février, 2013 |2 Commentaires »

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