Charly 9, le roi de la loose!

J’adore l’écrivain Jean Teulé. Non pas parce qu’il est originaire de la Manche comme ma maman ! Mais,  l’ancien dessinateur de L’Écho des savanes sait traduire dans une littérature enlevée, l’univers bête et méchant de Hara Kiri et Charlie-Hebdo, le vrai, celui dont je vous ai entretenu dans un billet du 23 décembre 2010. Ce n’est pas un hasard s’il a rédigé la préface de la récente biographie de Cavanna raconte Cavanna, un monsieur nonagénaire dans un mois, dont les chroniques me ravissent toujours (voir billet Week-end rital avec Cavanna du 26 mai 2009) .
Donc, à propos de Jean Teulé, sensiblement de ma génération, j’avais déjà évoqué ici son ouvrage Le Montespan (voir billet du 6 mai 2011) dans lequel il racontait avec truculence l’insoumission d’un marquis cocu au grand cœur refusant la légitimité monarchique ayant fait de son épouse la maîtresse favorite du Roi Soleil.
Cet été, selon l’humeur du moment, j’avais taquiné la muse. Après son magnifique Je, François Villon, j’avais avalé les deux autres opus de sa trilogie poétique, Rainbow pour Rimbaud et Ô Verlaine.
Bien qu’acquis il y a plusieurs mois, je gardais sous le coude son dernier roman historique Charly 9. Qui sait si ma curiosité n’était pas inconsciemment refroidie par la lecture de quelques mauvaises critiques à son propos.
Il est vrai que dès qu’il s’agit d’Histoire, naissent d’inévitables querelles entre les historiens pointilleux de formation universitaire et les profanes désireux de communiquer leur passion de manière plus vulgarisatrice. L’acteur Laurent Deutsch en sait quelque chose depuis que ses succès en librairie avec Le Métronome rendent jaloux les gardiens du temple.
Vu mes propres études supérieures en cette discipline, je devrais peut-être me ranger dans le premier camp. Mais soyons reconnaissants et indulgents envers les tenants du second s’ils permettent au grand public de connaître un peu mieux notre Histoire de France. Après tout, dans le même esprit, Chrétien de Troyes et La Fontaine ne sont-ils pas mieux connus et compris quand leurs mots sont mis en bouche par l’acteur Fabrice Luchini.
Lors d’une émission récemment diffusée sur la chaîne Histoire, un professeur se désolait de devoir faire lire à ses étudiants de licence, le Malet et Isaac, manuel mythique qui forma des générations de lycéens de la première moitié du vingtième siècle, afin qu’ils acquièrent un « socle basique de connaissances » (formule administrative pompeuse cachant la faiblesse du niveau actuel de l’enseignement). Alors donc, c’est déjà un bon point en sa faveur si Charly 9 fournit à ses lecteurs quelques rudiments d’information sur une des guerres de religion qui occupèrent le seizième siècle.
Je suis amusé déjà de la familiarité manifestée par l’auteur en affublant le souverain Charles IX d’un sobriquet. Si la couverture du livre ne révélait pas un portrait d’époque peint par François Clouet, et revisité façon sanguinolente avec Photoshop, ma passion pour le cyclisme d’antan m’aurait peut-être fait penser à la biographie d’un autre roi, de la montagne celui-là bien qu’il fût natif du Luxembourg, c’était même un ange : Charly Gaul, non pas Charles de Gaulle ! Pour être plus en phase avec maintenant, Charly 9, ça fait pseudonyme d’internaute !
Pour situer l’intrigue très resserrée dans le temps, il est sans doute nécessaire de la replacer dans le contexte de la fièvre religieuse qui touche la France et le reste de l’Europe dès la première moitié du seizième siècle. Cela commence déjà sous le règne de François Ier avec « l’affaire des placards » en son château d’Amboise lorsque des inconnus clouent près de la chambre du roi des affiches hostiles à la messe et au pape. Le « mal » continue à se répandre sous Henri II ; on dénombre alors dans le royaume environ deux millions de rebelles de la foi. On les appelle, par déformation d’un mot suisse allemand, les huguenots, ou plus virulemment encore les parpaillots.
La mort d’Henri II laisse la monarchie dans une sale situation. Son premier fils François II accède au trône à moins de quinze ans et meurt en 1560 après un an de règne seulement. Son frère Charles IX lui succède alors qu’il n’a pas dix ans. En fait, le « grand homme » de cette période trouble est leur mère Catherine de Médicis qui assure les années de régence … et pas seulement ! Une florentine sur le bout des ongles au propre comme au figuré ! Remarquez que c’est toujours d’actualité, nous avons vu récemment ce que c’est que de confier le pays à un « étranger » !
Comme chacun doit en prendre pour son grade, réglons donc le chapitre Hollande immédiatement. En effet, à l’heure où débute Charly 9, le roi est pressé depuis des semaines, notamment par son conseiller et ami, l’amiral de Coligny, chef de la faction protestante, d’intervenir aux Pays-Bas alors espagnols sous prétexte que Philippe II y opprime les huguenots.
Entre les Valois catholiques au pouvoir, les Bourbons, descendants de Saint-Louis, devenus par mariage rois de Navarre, protestants, et les Guise, une riche et puissante famille lorraine ultra catholique et alliée de la France, la régente Catherine, moins absolutiste contrairement à ce qu’on nous enseignait à mon époque, tente de calmer le jeu pendant un temps.
Ainsi, en 1560, elle publie un édit donnant certaines garanties aux huguenots comme pratiquer leur culte dans les faubourgs des villes. Évidemment, le duc de Guise est furieux et en 1562, à Wassy un petit village de Champagne, il commande à ses soldats d’assassiner une centaine de protestants en train de célébrer l’office.
Cela appelle des représailles en retour, bien sûr. Naît ainsi la première guerre de religion, il y en aura huit en moins d’un demi-siècle avec plein de carnages, de provinces ravagées, de villes assiégées, de traités inefficaces et …d’innocents tués. Celle que Jean Teulé décrit à travers la personnalité de Charles IX est la quatrième.

Charly 9, le roi de la loose! dans Coups de coeur charly+9

En route pour la lecture de son roman ! Le premier chapitre est un huis clos aussi effrayant que brillant. Pour reprendre le titre de la parodie de péplum réalisée au cinéma par Jean Yanne, on pourrait l’intituler : Deux heures moins le quart avant la Saint-Barthélémy !
En effet, nous sommes le samedi 23 août 1572. Il est un peu moins de 22 heures. Dans une pièce de son palais du Louvre, le jeune Charles IX, à peine vingt-deux ans, est en grande discussion avec son Conseil auquel appartiennent le garde des sceaux René de Birague, le maréchal de Tavannes, le baron de Retz, et le duc de Nevers. En vingt-deux pages surréalistes, Teulé règle la question !
Et 22, v’là la Mamma (qui n’est pas près de mourir) Catherine qui somme son rejeton royal d’ordonner l’assassinat de son plus fidèle conseiller, l’amiral Gaspard de Coligny, ce grand Réformé de la famille de Montmorency. Ce n’est pas évident de convaincre Charly de faire supprimer son ami, celui qu’il appelle « son père ». D’autant qu’on lui demande en fait d’achever le travail mal exécuté la veille lors d’un attentat par tir d’arquebuse, commandité à son insu par sa mère et son frère ! Et tant qu’à faire, il faudrait ensuite égorger le comte de La Rochefoucauld, son ami « Foucauld » protestant lui-aussi.
« -Deux morts ? … -Enfin deux, un peu plus Majesté … disons les grands chefs protestants. En tout, on devrait arriver à six ! »
Le monarque n’en croit pas ses yeux d’autant que quelques jours auparavant sa catholique sœur Marguerite de Valois, la légendaire reine Margot, s’est mariée avec le protestant Henri de Navarre en signe de réconciliation.
Justement ! rétorque le Conseil. La présence à Paris de toute l’aristocratie huguenote à l’occasion de ces noces est providentielle. Il serait bien dommage de ne pas en profiter pour l’exterminer, à l’exception des princes du sang, Condé et le jeune marié Navarre.
Mais ces parpaillots, ils ont des voisins, des épouses, des vieillards, des enfants. Qu’en faire ? Sinon les assassiner bien évidemment ! Six, dix, cent, deux cents, bientôt mille, dix mille, vingt mille, trente mille morts ! …
Corneille n’est pas encore né, mais, à cet instant, j’ai envie de pasticher quelques vers célèbres du dramaturge rouennais dont la statue trône devant le lycée éponyme où j’accomplis mes études secondaires.

Devant moi ce Conseil s’avance,
Et porte sur le front une femelle assurance (Catherine la reine mère).
Nous partîmes d’un mort; mais par un prompt renfort
Nous en vîmes trente mille en arrivant au fort.

« Trente mille ? … Vingt mille ou trente mille, quelle est la différence ? »!
Charles IX est pathétique et Jean Teulé magnifique. Avec détachement, jubilation et frivolité, il décrit le roi pliant sous les injonctions de sa mère, venin florentin, ses frères et quelques conseillers allumés.
À minuit, Charly capitule en attrapant son filet de chasse aux alouettes : « Tous, tous ! Tuez-les tous. Les hommes, les femmes, les enfants, les infirmes, les vieillards … mais tuez-les tous, tous ! Je ne veux jamais voir un seul visage, entendre un jour une voix qui me le reproche ! »
Auront grâce malgré tout Ambroise Paré, protestant mais brillant médecin, ainsi que Marie Touchet, certes huguenote mais excellente maîtresse en beauté et caractère.
La mamma se retourne soulevant un nuage de poudre de riz parfumée : « Le roi le commande ! C’est la volonté du roi ! Tuez-les tous ! »
Va donc pour l’effroyable saignée ! Le 24 août 1572, avant la pointe du jour, les soudards du duc de Guise se ruent chez l’amiral de Coligny, le tire de son lit, le tue cette fois bel et bien, et le défenestre. Puis les nobles protestants logés au Louvre, pour cause de noce, sont évacués du palais puis massacrés dans les rues avoisinantes. Parmi eux, se trouve Pardaillan, ce qui n’est pas forcément exact si on se réfère aux romans populaires de cape et d’épée sur la famille du chevalier !

saintbarthelemy dans Coups de coeur

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Je vous gâte car je vous en raconte plus que Jean Teulé qui, subtilement, laisse une page blanche au chapitre deux de son roman consacré à la Saint-Barthélémy elle-même. Comment mieux décrire l’inconcevable et l’insoutenable finalement qu’en le suggérant !
De toute manière, si vous aimez le genre gore, votre frustration est apaisée dès les pages suivantes. Alfred Hitchcock peut aller se faire voir avec ses Oiseaux.
On est le mercredi 27 août 1572. Charles IX dort très mal. On peut le comprendre. « Le monarque découvre une infinité de corbeaux appuyés contre les pavillons du Louvre en chantier ». Les charognards s’égayent dans l’hémoglobine et se jouent de tellement de proies qu’ils remontent emportant des bouts de chairs écarlates. La Seine charrie plus de cadavres que de glaçons après le dégel. Les enfants s’amusent à traverser le fleuve en sautant de corps en corps sur les ventres gonflés. Un mulet arrive chargé de hottes de chiffonniers pleines de nourrissons égorgés. Ce sont de petits huguenots que des femmes jettent en Seine pour qu’ils aillent à Rouen, par voie d’eau, annoncer la nouvelle !« 
Après Hitchcock, Raymond Devos humoriste de l’absurde ! Voilà que Ronsard, oui le poète de la Pléiade, entre dans la salle à manger du palais alors que le roi casse des cous d’alouettes pour la confection de terrines et pâtés en croûte. Et notre Pierrot rimeur, sourd comme un pot par ailleurs (tiens je rime aussi !), fait remarquer à son Altesse que s’il faut attraper quotidiennement ces petits oiseaux pour les trois mille membres de la Cour, ce sera une vraie Saint-Barthé !
– Ça vous a plu la Saint-Barthélémy, hein, Ronsard ?
– Oui
– Voulez-vous casser des cous d’alouettes avec moi ?
– Non, merci ! J’aime mieux cueillir la boursette touffue, la pâquerette à la feuille menue, la pimprenelle heureuse pour le sang, pour la rate, et pour le mal de flanc.

pierre-de-ronsard

Sacré Ronsard, le maître de l’alexandrin même si Charly l’oblige à écrire La Franciade en décasyllabes ! Derrière ses salades sauvages, se cache une connotation sexuelle. Car l’intégriste papiste n’hésite pas à déflorer les jeunes filles sans attendre leur consentement. Comment voulez-vous lutter avec ce dragueur qui, avant même que vous ayez entamé la conversation avec une donzelle, lui a déjà pris la main en lui déclamant :

« Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avoit desclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu, ceste vesprée,
Les plis de sa robe pourprée.
Et son teint au vostre pareil. »

C’est râpé, ce n’est pas moi qui cueillerai, dès aujourd’hui, les roses de la vie (ni les violettes d’ailleurs !).
Ce n’est pas dans le roman, mais Ronsard n’hésita pas à brocarder en versifiant sur les « mignons » du frère de Charly, le duc d’Anjou, le futur roi Henri III :

« Le roi comme l’on dit, accole, baise et lèche
De ses poupins mignons le teint frais, nuit et jour ;
Eux pour avoir argent, lui prêtent tour à tour
Leurs fessiers rebondis et endurent la brèche. »

Et je ne résiste pas à vous livrer son Discours à Guillaume des Autels. Il l’écrivit en 1578 mais c’est toujours complètement d’actualité:

« Des Turcs, des Mammelus, des Perses, des Tartares ;
Bref, par tout l’univers tant craint et redouté,
Faut-il que par les siens luy-mesme soit donté ?
France, de ton malheur tu es cause en partie ;
Je t’en ay par mes vers mille fois advertie :
Tu es marastre aux tiens et mere aux estrangers,
Qui se mocquent de toy quand tu es aux dangers,
Car sans aucun travail les estrangers obtiennent
Les biens qui à tes fils justement appartiennent. »

Pour en terminer avec Ronsard, connaissez-vous les noms des poètes qui composent avec lui la Pléiade ? À part du Bellay, bien sûr ! J’en doute. Allez, notez-le, ça peut servir à Questions pour un champion, thème poètes de la Renaissance : Pontus de Tyard, Rémy Belleau, Étienne Jodelle, Jean-Antoine de Baïf, Jacques Peletier du Mans. On y associe parfois Jean Dorat, Guillaume des Autels et Nicolas Denisot (aucun rapport avec Michel !). Je fais le malin comme Julien Lepers avec les réponses sur son petit carton ! Oui, je sais, le compte n’est pas bon, ça fait plus de sept, mais les Trois Mousquetaires étaient bien quatre !
Retour à Charles IX ! Le massacre de la Saint-Barthélemy va le rendre tellement dingue qu’il en mourra un an et demi plus tard. Accablé, il a des hallucinations auditives et bientôt visuelles.
Nous avons eu un président excité qui courait comme un hamster. Charles X, passionné de chasse à courre, se dévoue au culte de Diane à l’intérieur même de son palais. En tenue de veneur, coutelas de chasse au côté qu’il ôte du fourreau et avec ses hautes bottes de cuir, soufflant dans un cor à en perdre haleine, il course des lapins qu’il lâche dans l’appartement de sa maîtresse Marie Touchet … avant de lui rendre hommage. « Il lutte sans repos ni remords , dans l’adultère de ce corps-à-corps, veut jouer du cor. Elle l’en dissuade : Tu es gentil Charly 9, mais pas trop dans les oreilles » ! Neuf mois plus tard, naîtra un fils naturel Charles de Valois, futur duc d’Angoulême, favori d’Henri III et Grand prieur de France !
Pendant ce temps, en octobre 1572, la reine Élisabeth d’Autriche donne au souverain une fille prénommée Marie-Élisabeth. Elle parle comme la plupart des membres de la famille des Habsbourg, l’allemand, l’espagnol, l’italien et le latin, mais pas le français. Elle ne communique que grâce à la comtesse d’Arenberg dont les traductions semblent fantaisistes sinon inexistantes à en croire Jean Teulé. Il est cocasse que dans Don Carlos, l’opéra de Verdi, la comtesse joue un rôle muet.
« Oh, mille pines de Dieu bouffées par le chancre, qu’est-ce que j’apprends ?i La France est ruinée. » Qu’à cela ne tienne, il prend l’idée au roi de battre de la fausse monnaie. Il forge lui-même une pièce à son effigie bien sûr et envisage de faire des écus soleil, des sols, des parisis , des douzains, des liards, des deniers. « La France a un problème, je le résous. Elle n’a plus de sous, j’en fais, comme ça, il n’y a plus de problème ! » On se plaint de l’amateurisme de notre gouvernement actuel avec ses lois mal ficelées mais que dire de ce roi de France !
Charles IX se laisse embobiner par un alchimiste escroc, un certain Jean des Galans, sieur de Pezerolles, qui lui fait croire qu’il peut transformer n’importe quelle rondelle de ferraille en or massif. Il lui fournit donc un laboratoire et cent vingt mille livres pour les premiers frais. Des Galans, s’enfuie avec la somme avant d’être arrêté et pendu au gibet.
Faute de sous, il lui vient alors l’idée d’offrir au peuple du muguet comme porte-bonheur au 1er mai. Une mesure qui ne devrait pas manger de pain, et pourtant si ! Les indigents mettent les fleurs à clochettes dans leur bouillon, ignorant qu’elles sont toxiques. Inflammations de la gorge, nausées, diarrhées, panique respiratoire, augmentation de la pression artérielle, c’est une nouvelle hécatombe dans Paris. Bon là, Jean Teulé prend peut-être quelque liberté avec les dates car il semblerait que c’est à l’occasion du 1er mai 1561 que Charles IX institua le muguet porte-bonheur en en offrant un brin aux dames de la Cour.
– Pourquoi le fermier a-t-il dit : « En ce jour de l’an » ? Nous ne sommes pas en janvier.
– Oh, vous savez … commente le duc d’Aumale qui chevauche près de lui, les gens de la campagne, les dates …
– Ça pue. Il est avec nous, Navarre ?
– Non répond le grand veneur
– Pourtant ça pue le poisson pourri
– Oh, Sire ! s’exclame Aumale, regardez ce que vous aviez accroché dans le dos par un hameçon ! Un petit poisson pas frais.
Il est possible qu’il y ait encore une approximation de chronologie de la part de l’auteur. En effet, c’est en vertu d’un édit signé le 9 août 1564 au château de Roussillon en Isère, que Charles IX instaura le 1er janvier comme le premier jour de l’année dans tout le royaume de France en lieu et place du 1er avril (en fait le 25 mars !). Encore que, bien qu’il n’y eût pas en ce temps-là de Conseil Constitutionnel empêchant les réformes de tourner rondes, les édits n’étaient pas toujours mis en application. Il semblerait aussi que beaucoup de personnes eurent des difficultés à s’adapter au nouveau calendrier, d’autres n’étaient pas au courant du changement et continuèrent à célébrer le 1er avril selon l’ancienne tradition. Pour se moquer d’elles, certains profitèrent de l’occasion pour leur remettre de faux cadeaux et leur jouer des tours.
La passion pour la chasse ne se calme pas chez le monarque, bien au contraire. Cette fois, par un jour d’hiver rigoureux, chevauchant un rouan imaginaire au galop, il traque le cerf, un magnifique vingt-deux cors. Pas  en forêt de Villers-Cotterets, ni dans le jardin des Tuileries, ni dans la cour carrée, mais carrément dans le Louvre ! Ça se soigne docteur Ambroise Paré (qui a échappé au carnage) ?
La bête détale dans les galeries et les escaliers avant d’être criblée de flèches par cinquante archers. « Qui a commandé l’abattage ? … Moi ! » répond Catherine de Médicis qui surveille tous les faits et gestes de son fils ! Ou fait espionner car il est une curieuse tapisserie d’un cerf dont l’oeil bleu cligne souvent.

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photo prise au musée de la Chasse et de la Nature à Paris

Le souverain s’adonne à d’autres passe-temps ! Dans un chapitre, on se croirait à Roland-Garros, ou au Masters de Bercy car c’est indoor que le roi joue à la paume dans la salle éponyme du Louvre. Match homérique et fratricide opposant en double Charles IX et Henri de Navarre à Henri duc d’Anjou et le cadet difforme des Valois, François duc d’Alençon. Ça discute grave au sujet d’une balle qui serait passée sous la corde. On n’a pas l’arbitrage vidéo à l’époque. À Charly 9 de servir ! Balles neuves annonce sa majesté.
Pendant ce temps, le massacre des huguenots a gagné les provinces du royaume. « En Touraine, les villes qui jusque-là n’avaient jamais trempé dans les guerres de religion troublent la Loire d’une teinte nouvelle … Pareil à Meaux, Troyes, l’eau de leurs rivières rit en mille ondes rouges ». C’est peut-être la faiblesse du roman. ou une de ses qualités. La verve truculente avec laquelle l’auteur nous livre moult anecdotes véridiques quoique un peu romancées nous détache parfois de la monstruosité de cette sinistre histoire qui conduit Charles IX à la folie et à la mort.
Elle survient le 30 mai 1574 au château de Vincennes, un mois avant son vingt-quatrième anniversaire. L’autopsie pratiquée (la première sur un roi de France) par Ambroise Paré conclut à une mort par pleurésie suite à une pneumonie tuberculeuse.
Le mémorialiste Brantôme écrira dans ses mémoires : « Ambroise Paré nous dit en passant et sans longs propos que le roi avait trop sonné de la trompe à la chasse au cerf » … Il est vrai que les hôtes du palais n’aimaient pas le son du cor au fond du Louvre !
Cependant, troublante et même extraordinaire encore est la maladie dont souffrait le roi, une hématidrose, une sueur de sang, la sécrétion de sang par les glandes sudoripares. Tout le sang qu’il a versé ressort par son corps ! Il faut toujours que ça saigne avec Charles IX !
Au-delà de sa mort encore, Charles IX aura décidément connu une vie de merde ! En effet, le 13 juillet 1574, alors que dix mille personnes accompagnent sa dépouille de Notre-Dame jusqu’à la basilique de Saint-Denis où reposent les rois de France, catholiques, protestants et Malcontents se déchirent encore. Les funérailles tournent au carnage. On peut même dire qu’elles sont « saint-barthélémiesques » ! Le mausolée prévu pour Charles IX à la basilique ne sera jamais construit et les restes du monarque seront jetés à la fosse commune en 1793. Il y a peu de chances que Charly soit allé au paradis !
Même si le style de Jean Teulé semble moins accompli, je n’ose pas dire bâclé parfois, que dans son Montespan, j’ai pris cependant beaucoup de plaisir à lire sa farce macabre d’un bouffon tragique.
Et pour clouer le bec à quelques historiens trop puristes, j’accorderais volontiers une note honorable au collégien qui, pour raconter la Saint-Barthélemy, s’appuierait sur le bouquin de Teulé, Charly 9, roi de la loose !
De toute manière, la Saint-Barthélemy est toujours analysée différemment selon que les historiens sont catholiques, protestants ou athées. Et les guerres de religion perdurent encore aujourd’hui …

Publié dans : Coups de coeur |le 14 janvier, 2013 |3 Commentaires »

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3 Commentaires Commenter.

  1. le 14 janvier, 2013 à 8:28 clara65 écrit:

    Bonjour et bonne année 2013 !
    J’ai lu « le Montespan » et je n’ai pas particulièrement apprécié.
    Ce qui m’a frappé entre autres infos de ce temps-là, c’est que les gens se mettaient du beurre à la place des dents qui leur manquaient ! Cela ne durait pas bien longtemps, tu imagines.
    Pour être « gore », c’est « gore ».
    Quant à la Saint Barthélémy, ce fut une horreur de l’époque, mais comme tu le dis, cela continue, et il y en a eu d’autres depuis, au nom de Dieu qui n’est qu’amour (sic!).
    Je pense qu’on n’en sortira jamais.
    Bonne journée et à bientôt.

    Répondre

  2. le 22 janvier, 2013 à 10:56 JPP écrit:

    Voilà l’histoire comme j’aurais voulu qu’on me l’enseigne…avec humour, jubilation et verdeur ! Brillant, primesautier, ce récit me comble d’aise.Décidément ces petits billets inoffensifs m’apportent beaucoup de plaisir et Jean Teulé que j’ai découvert grâce à l’un d’eux m’a converti à l’histoire (même avec un petit h).L’élégance du texte sur le hérisson m’avait fait réagir avce le même enthousiasme mais hélas les mystères qui enveloppent l’informatique ont fait disparaître mon texte dans le néant absolu.Je ne m’en remettrai jamais.

    Répondre

    • le 22 janvier, 2013 à 11:15 encreviolette écrit:

      Au train où vont les choses, bientôt, on n’enseignera plus l’Histoire ou si peu! C’est vrai qu’elle est dérangeante quand on l’appréhende avec le plus d’objectivité possible.
      Quant au commentaire sur le hérisson, c’est regrettable qu’il n’apparaisse pas. Cela n’aurait sans doute pas manqué de piquants!
      Amicalement.

      Répondre

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