Les bonbecs fabuleux de mon enfance

Il y a quelques semaines, vous vous pourléchiez les babines avec les gâteaux de mon enfance. Aujourd’hui, je m’assois sur un banc quelques minutes avec vous pour parler des bonbecs fabuleux du temps de mon école communale.
L’allusion est tellement évidente qu’avant de commencer, je vous laisse suçoter le clip de Mistral gagnant, la sublime chanson de Renaud.

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Ça y est, vous avez séché la petite larme qui perlait à votre paupière ? N’ayez pas honte, cela me fait pareil effet, ému par ce petit chef-d’œuvre de tendresse poétique et nostalgique.
Mine de rien, dois-je m’en réjouir, j’appartiens aux dernières générations susceptibles d’intéresser les paléontologues spécialistes des comportements alimentaires, pour avoir connu et goûté la confiserie immortalisée par Renaud.
C’était donc dans les années 1950 ! Comme on trouve aujourd’hui un marchand de kebabs à proximité des collèges et des lycées, il y avait une épicerie, dans mon bourg natal, à mi-distance de la maison et de l’école. Elle a disparu depuis fort longtemps comme beaucoup de ces petits commerces nombreux et utiles dans la France d’après-guerre, et a laissé la place à une pizzeria nommée L’Entracte. À l’époque, cela constituait un intermède quasi incontournable sur le chemin de l’école ou le jeudi avant une virée dans les bois. Avec mes copains Georges, Gérard et Philippe, j’y faisais provision de confiseries avec mon argent de poche, quelques francs ou centimes glanés en récompense d’une bonne note ou le plus souvent, simple obole de tendresse de ma maman. Je ne dis pas qu’on ne chipait pas malgré tout deux ou trois bonbons avant que Madame Bruet, c’était le nom de l’épicière, alertée par la clochette qui tintinnabulait à la porte, ne sortît de l’arrière-boutique. Qui sait si elle ne nous accordait pas quelques secondes d’attente pour commettre notre menu larcin. À tout le moins, nous pouvions préciser notre choix en passant en revue les bocaux bourrés de friandises posés sur le comptoir.
Je n’étais pas plus accro que cela à la poudre sucrée et légèrement acide au contact de la langue du mythique mistral gagnant. Elle était conditionnée dans un sachet rectangulaire replié aux deux coins contigus supérieurs. Un tube pré-inséré de réglisse douce, en guise de paille, permettait de l’aspirer. En échange d’un emballage vide portant à l’intérieur la mention « gagnant », on recevait gratuitement un autre sachet.
Un jour, la présentation changea : une paille en plastique remplaça la réglisse et au sachet de papier, succéda une grande gélule en pain azyme coloré d’un goût semblable à l’hostie. Ainsi, nous découvrîmes sinon le mystère du moins la saveur de la petite rondelle blanche avant l’heure de la communion solennelle.
Dans l’insouciance de l’enfance, on ne nous entretenait pas non plus de la grande histoire de la mort et j’étais encore trop jeune pour lire celle de l’oncle Olivier racontée par mon bel ami normand Guy de Maupassant dans sa nouvelle Coco, coco, coco frais ! :
« J’avais entendu raconter la mort de mon oncle Olivier.
Je savais qu’au moment où il allait expirer doucement, tranquillement, dans l’ombre de sa grande chambre dont on avait fermé les volets à cause d’un terrible soleil de juillet, au milieu du silence étouffant de cette brûlante après-midi d’été, on entendit dans la rue une petite sonnette argentine. Puis, une voix claire traversa l’alourdissante chaleur : « Coco frais, rafraîchissez-vous Mesdames, coco, coco, qui veut du coco ? » Mon oncle fit un mouvement, quelque chose comme l’effleurement d’un sourire remua sa lèvre, une gaieté dernière brilla dans son oeil qui, bientôt après, s’éteignit pour toujours … »
Cette drôle de nouvelle conduit à réfléchir sur les hasards du quotidien, en l’occurrence ici, l’influence étrange, lors de chaque événement décisif dans la vie de l’oncle, d’un de ces marchands ambulants qui se baladaient dans les rues avec leur fontaine à coco sur le dos et proposaient aux passants la boisson rafraîchissante à base de bois de réglisse et d’eau citronnée.
« Fais-toi l’ami d’un marchand de coco, mon petit Pierre. Quant à moi, je m’en irai content de ce monde, si j’en entends crier un, au moment de mourir ».
Moi, je me contentais d’être aimable avec l’épicière pour qu’elle me donne un boîtillon de Coco Boer de la couleur de mon choix. Il renfermait une poudre de réglisse jaune ocre. Faisant fi des interdits de l’enfance de ne pas mettre mes doigts dans la bouche, après avoir mouillé mon index, je le trempais dans la poudre puis le suçais. Quel shoot, en plus, sans aucun effet nocif !

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Le nom curieux du bonbon désaltérant tirerait son origine de la célèbre guerre des Boers (prononcer Bour) qui opposa en 1902, en Afrique du Sud, les pionniers blancs originaires des régions néerlandophones d’Europe (Boer=fermier en néerlandais) aux troupes de l’Empire britannique défendant les colons britanniques accourus ici après la découverte d’or. Beaucoup de soldats français partirent combattre aux côtés des Boers et la presse nationale de l’époque évoqua longuement le conflit disputé sous les chaleurs torrides de la région du Transvaal.
Cela donna des idées à Jules Courtier, un pharmacien de la commune ardéchoise du Pouzin, qui, cette même année, mit au point la poudre légèrement anisée pour remplacer le jus de réglisse très populaire au dix-neuvième siècle. Le coco boer était né.
Pour le plaisir d’en retrouver le goût, un instant seulement, je déclamerais volontiers par cœur cette tirade du Tartuffe de Molière :

« TARTUFFE
Je puis vous dissiper ces craintes ridicules,
Madame, et je sais l’art de lever les scrupules.
Le Ciel défend, de vrai, certains contentements,
(C’est un scélérat qui parle.)
Mais on trouve avec lui des accommodements.
Selon divers besoins, il est une science
D’étendre les liens de notre conscience,
Et de rectifier le mal de l’action
Avec la pureté de notre intention.
De ces secrets, Madame, on saura vous instruire;
Vous n’avez seulement qu’à vous laisser conduire.
Contentez mon désir, et n’ayez point d’effroi.
Je vous réponds de tout, et prends le mal sur moi.
Vous toussez fort, Madame.
ELMIRE
Oui, je suis au supplice.
TARTUFFE
Vous plaît-il un morceau de ce jus de réglisse?
ELMIRE
C’est un rhume obstiné, sans doute; et je vois bien
Que tous les jus du monde ici ne feront rien.
TARTUFFE
Cela certes est fâcheux.
ELMIRE
Oui, plus qu’on ne peut dire. .. »

Mais peine perdue, dans les années 1970, l’invasion des colas sonna le glas des délicieux cocos. Autre époque, autres mœurs ! Elles n’évoluent pas toujours dans le mauvais sens.
La preuve, comme beaucoup d’autres gamins de mon âge, j’étais parfois pris d’une frénésie de cannibalisme en dévorant à pleines dents des nègres ! C’est horrible, me direz-vous, non, c’était succulent ! Nous nous goinfrions de petites friandises appelées tête nègre par le fabricant. Plates, de forme ovale, d’environ deux centimètres de hauteur, en réglisse, elles présentaient sur une des deux faces, la tête stylisée d’un noir.

Bobon Haribo blog 2Bonbon Haribo blog

Un vieux relent de colonialisme dans la réglisse qu’on ne nous apprenait pas à débusquer en classe !
Je ne prétends pas en la circonstance que le politiquement correct nous bouffe, en tout cas, la société Haribo (C’est beau la vie pour les grands et les petits !!!) qui fabrique encore ces friandises, a décidé, il y a quelques années, sous la pression de clients et d’associations antiracistes, de les commercialiser désormais en conditionnant des sachets avec des figurines multiraciales, chinoises, africaines, indiennes, sous le nom de « Têtes Nègre Melting Potes » ! D’ici à ce qu’avant dimanche, pour séduire quelques électeurs d’extrême-droite, le gouvernement impose que la réglisse soit désormais blanche … Moi je vote pour United Colours of Bonbons.
Mon goût prononcé pour la réglisse, on ne parlait pas encore à l’époque d’addiction, se portait encore vers les rubans torsadés enroulés comme un escargot et décorés en leur cœur d’une perle de couleur dragéifiée. Je prenais plaisir à dérouler complètement le long serpent noir puis le laisser pendre quelques instants avant de le grignoter avec délectation centimètre par centimètre.

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Pour en terminer avec le rayon réglisse, avec les quelques centimes qui me restaient, je faisais une provision de car-en-sac, des petits bonbons multicolores en forme de gélule. À première vue, à les avaler par poignée, ça donnait l’impression qu’en pleine déprime, on voulait mettre fin à nos jeunes années. Ça craquait dans la bouche et peu à peu, les faux médocs libéraient des saveurs de réglisse vivifiantes.

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Le nom curieux de ce bonbon provient de son créateur, la société CAR absorbée en 1962 par RICQLES. En 1987, la marque allemande HARIBO qui tient son nom de son inventeur HAns RIegel et de sa ville BOnn digéra la société RICQLES-ZAN-CAR et commercialise toujours les petites tubes de réglisse.
En lisant leur composition, j’ai découvert qu’on utilisait comme agent d’enrobage pour lui donner un aspect brillant, de la cire de carnauba issue des feuilles d’un arbre du Brésil le copernicia prunifera, et de la cire d’abeille identique à la pâte pour le lustrage en ébénisterie. C’est au moins plus poétique et exotique que l’additif E903 !
Outre d’être un des derniers consommateurs de mistral gagnant, j’appartiens aux premières générations qui ont mâchouillé du chewing-gum. En effet, il a été popularisé par les Américains à la fin de la seconde guerre mondiale. Les forces armées des Etats-Unis en fournissaient à leurs soldats, soi-disant pour aider à la concentration et combattre le stress. Ainsi, dans chaque ration de survie, les GI’s disposaient de deux étuis de chewing-gum Wrigley’s. À l’époque du débarquement et de la Libération, beaucoup en distribuèrent aux enfants.
L’un d’eux, Courtland E.Parfet, agent général pour l’Europe de la marque Beech-Nut, débarque une seconde fois en France en 1952 avec l’idée de lancer chez nous un chewing-gum au goût de chlorophylle. Génial argument publicitaire, ou comment on crée un mythe à partir d’un autre mythe, il lui donne le nom de Hollywood, un des symboles du rêve américain avec son cinéma et ses stars. James Dean est le héros de La fureur de vivre, le film de Nicholas Ray, en 1955. Hollywood chewing-gum clame la fraîcheur de vivre ! Le champion cycliste Louison Bobet, récent triple vainqueur du Tour de France, le recommande.

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Cependant, à l’époque, la gomme à mâcher verte ne franchissait pas le seuil de la classe. Il était hors de question pour les maîtres d’école de faire cours à des écoliers aux allures de ruminants. Ainsi, combien de boules de chewing-gums n’ont-elles pas été stockées sous les pupitres et les chaises ! Parfois, on en glissait une subrepticement sous les fesses d’un camarade qui nous avait fait une crasse.
À la fine plaque verte qui perdait trop vite sa saveur, je préférais le double rouleau rose Malabar créé en France en 1958 par la société Kréma qui venait de fusionner justement avec Hollywood. Le maillot jaune, le superman des chewing-gums comme le suggéra par la suite le logo avec le célèbre blondinet aux biceps bien dessinés.

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Avec lui, les plus doués d’entre nous explosaient les records lors des concours de bulles dans les cours de récréations sans qu’il y ait une corrélation avec les zéros pointés peu après pour cinq fautes en dictée.
Le succès du malabar tenait aussi aux vignettes à l’intérieur de l’emballage, les décalcomanies et les devinettes « le saviez-vous » qui nous fournissaient des rudiments d’érudition.

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« J’ai mis ma vie à la gomme
Dans des guitares bubble-gum …
Papa, Maman c’est votre enfant
Ce ballon gonflé, cette bulle de papier doré
Maman, Papa ne risque-t-elle pas
Cette bulle qu’on zoom un jour de faire boum ... »

Un autre bonbec fabuleux, c’était le roudoudou, du sucre cuit et parfumé de saveurs variées coulé dans une petite boîte en bois, une miniature de celle du camembert ou dans un vrai coquillage de praire. Nous le léchions avec délectation au point que notre langue et même nos lèvres prenaient la teinte des colorants.

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Il aurait comme ancêtre le Cotignac d’Orléans, une spécialité toujours en vente faite de gelée de coing colorée présentée dans une petite boîte en écorce d’épicéa. Il serait apparu en France, au Moyen Âge, grâce à un pâtissier de Cotignac, un petit village du Var, qui se serait installé à Orléans. Très prisé, il aurait été l’une des sucreries préférées à la Cour de France.
François Rabelais l’évoque dans son Pantagruel : « Si on prend du Cotignac à l’orée d’un repas, il corrobore l’estomac, aide à la digestion et garantit la tête des fumées qui montent au cerveau après le boire ».
Le médecin d’Henri III le recommandait estimant que « les femmes enceintes mangeant force cotignacs font de beaux enfants » ! Chères mères de famille, avez-vous mangé force roudoudous pour être fières de votre progéniture ?
Décidément, ma génération a été gâtée, nos dents aussi, avec l’apparition de confiseries désormais mythiques. Ainsi encore, nous assistâmes à la naissance du Caram’bar (il y avait alors une apostrophe) enregistrée en 1954 à Marcq-en-Baroeul dans l’usine du chocolat Delespaul-Havez. Nous ne remercierons jamais assez messieurs Gallois et Fauchille fils, de leur bavure ; leur machine se serait en effet déréglée lors d’un mélange de caramel et de cacao, et du caramel en barre en serait sorti.

Carambarblog

Il en coûtait alors 5 centimes. Quelques années plus tard, sa taille passa de huit à dix centimètres et … son prix doubla. Aujourd’hui, un carambar vaut 0,15 € ! Certes, la monnaie n’est pas constante, mais, en cinquante ans, il a connu une flambée de 2 000 % !
De plus, grâce à un système de points D.H, nous pouvions alors gagner des cadeaux et notamment des petites voitures en plastique. Par la suite, ils furent remplacés par des « traits d’humour » imprimés dans chaque emballage. Ils ont connu une telle notoriété qu’aujourd’hui, l’expression blague Carambar est entrée dans le langage populaire. Évidemment, alors que nous n’avions pas droit à la parole à table, c’était l’occasion d’en « remontrer » un peu aux adultes : « Quel est l’animal le plus heureux ? Le hibou parce que sa femme est chouette ! ». Une autre ? : « Deux escargots se promènent sur une plage lorsqu’ils rencontrent une limace – demi-tour, nous sommes sur une plage de nudistes ! ». Une dernière ? « Un gars vient d’être admis à l’asile. À peine entré, il s’écrie : Mais il y a un monde fou là dedans ! »
Je laissais quelques minutes le carambar se ramollir dans la poche avant de le détacher de son papier jaune et rose ; et alors … Aïe Carambar !
Il existait une déclinaison à la menthe du carambar, peut-être pas commercialisée par la marque créée par Henri-Victor Delespaul et son épouse Émilie Havez, dont je n’ai retrouvé aucune trace dans mes recherches. Je le préférais presque à son cousin caramélisé, c’était le Tir’ Menthe conditionné dans un papier blanc avec des liserés vert et rouge. Pour m’imprégner de sa fraîcheur, j’en engloutissais souvent trois à la fois.

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La marque Kréma comblait aussi mon goût pour les saveurs mentholées. Je raffolais de ses fameux Mint’Ho, des pâtes à mâcher de caramel blanc et de menthe, et plus encore, de la variante Régliss’Mint, un bonbon combinant une moitié blanche de menthe et une autre noire de réglisse. Une folie, je m’en empiffrais avant d’avoir achevé de mastiquer les précédents. Le paquet ne passait pas l’après-midi.

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« Plus maligne que Maître Corbeau, La Pie qui chante garde ses bonbons pour les enfants sages ». Mine de rien, la réclame, ainsi appelait-on la publicité alors, prend les écoliers comme cœur de cible, comme on ne disait pas par contre. À l’instar de la pointe Bic avec les buvards, la marque de confiserie investit la couverture de nos cahiers scolaires en détournant la célèbre fable de La Fontaine. Comme dans toute bonne fable qui se respecte, il y a une morale, en l’occurrence, l’oiseau chanteur récompense avec ses bonbons, l’enfant exempt de tout reproche. Quand la discipline laissait à désirer, nous suivions plutôt l’exemple d’une pie voleuse pour piquer quelques friandises.
Région de tradition betteravière, le Nord est une terre privilégiée des sucreries et des confiseries. Ainsi comme Delespaul-Havez, La Pie qui chante provient d’une entreprise familiale que créèrent Émile Cornillot et ses trois fils, au milieu du dix-neuvième siècle, à Lille. Ils la baptisèrent Confiserie Francorusse en référence à l’alliance entre la France et la Russie signée en 1893. En 1925, Georges Cornillot, un petit-fils, acquiert la confiserie marseillaise La Pie qui chante. Le bolchevik n’étant plus en odeur de sainteté, il choisit en 1927 de donner ce nom et le logo à toute sa production. L’appellation viendrait d’une vieille chanson enfantine: « Y’a une pie dans l’poirier / J’entends la pie qui chante ».
À titre d’anecdote, il faut mentionner qu’au début des années 1960, sous l’impulsion de Pierre Cornillot, fils de Georges, l’entreprise mit en place des mesures salariales inédites comme la suppression du pointage, la mensualisation et l’intégration des primes. De nos jours, la mondialisation ne lui a pas trop volé dans les plumes et la pie module toujours ses trilles pour le plus grand bonheur des petits au sein du groupe Cadbury absorbé récemment par le groupe alimentaire américain Kraft.
L’un de ses fleurons demeure le Mi-cho-ko, un délicieux bonbon né sous le Front Populaire en 1936.

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Michokoblog

L’érotisme de l’épicière était beaucoup moins torride, mais en mon temps de pré puberté, je succombais volontiers aux saveurs de ses caramels après en avoir sucé l’enveloppe de chocolat noir.

Menthe-claireblog

Selon l’humeur et la saison, je me régalais encore des bonbons durs et rafraîchissants à la menthe claire.
Patronne, un paquet de bonbons à l’anis ! Je n’ose prétendre quand même que je tenais mon goût pour les bonbons anisés, de ma maîtresse de cours moyen qui s’appelait … Madame Ricard ! Un amour d’institutrice comme on en a tous rêvé, jolie, douce et excellente enseignante.
Il y avait aussi des confiseries que je dégustais uniquement chez ma grand-mère, des douceurs aux essences naturelles qu’elle suçotait patiemment pour apaiser une toux chronique. Elle en avait toujours une boîte dans une poche de sa blouse ou dans un tiroir du buffet. À chacune de mes visites, elle m’invitait à y plonger mes doigts et à me servir copieusement en pastilles à l’anis vert de l’abbaye de Flavigny, à la sève de pin des Vosges ou encore en bonbons au miel fabriqués par je ne sais quels moines.
Jusqu’où me menait ma gourmandise en matière de bonbons, je m’inventais parfois une vague irritation de la gorge pour être autorisé à sucer quelques Pulmoll. Je me régalais de ces pastilles de couleur marron à la saveur de menthol et d’eucalyptus, mises au point avant-guerre par Jacques Lafarge, un pharmacien de Châteauroux. À consommer certes avec modération mais j’avoue que je dépassais allègrement les doses prescrites sur la boîte rouge lorsque je franchissais le stade du malade imaginaire. Et puis diantre, on n’avait qu’à pas me tenter en s’affichant sur certains protège-cahiers. Même le héron au long bec de La Fontaine, habituellement si dédaigneux, semblait flatté par le goût de la pastille.

protege-cahier-Pulmollblog

pulmoll boîte blog

Il y a une évolution du comportement des jeunes à l’égard des confiseries. Plutôt que nos douceurs sucrées enfantines, ils se shootent à des confiseries bourrées d’acide citrique qui « arrachent » bien. À travers les goûts d’une chère petite fille, j’ai découvert leurs passions acides pour des bonbons piquants et pétillants.
Intrépide, inconscient, pour lui faire plaisir et partager son attrait pour les animaux préhistoriques, dans un délire érotique insensé, j’ai tenté de lécher les fameuses couilles de mammouth. Elles tiennent leur surnom de l’éléphantidé dessiné sur le paquet, Jawbreaker, le casseur de mâchoires. Mais leur vrai nom d’origine, c’est boules magiques, reconnaissez que c’est moins drôle !!!

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D’un diamètre de six centimètres, il faut déjà l’entrer dans la bouche, ce monstre multicolore est recouvert de couches successives d’arômes plus chimiques les uns que les autres avant de laisser apparaître après plusieurs heures de léchage obstiné, un chewing-gum insipide. Cradingue !
Que voulez-vous, les vieux sont incorrigibles, c’était mieux avant, « de leur temps », même en matière de bonbons !
J’achève mon évocation du « bon temps qu’est mort des bonbecs fabuleux qui nous niquaient les dents » comme je l’ai commencée, en vous offrant un autre clip de Mistral gagnant. Vous y entendez le grand Renaud sur des images du petit Séchan. Excusez, je chiale encore !

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Publié dans : Recettes et produits |le 2 mai, 2012 |36 Commentaires »

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36 Commentaires Commenter.

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  1. le 26 janvier, 2017 à 18:51 Marie-Blanche écrit:

    J’ai lu avec beaucoup de plaisir les « bonbecs fabuleux de mon enfance » venant d’écrire moi-même un petit texte sur le sujet au cours d’un exercice sur le web, pure coincidence. Je suis à la recherche d’une photo ou d’une confirmation de l’existence dans les années 50 du coco dans un tube en verre. Vous en souvenez-vous ? avait-il un bouchon ? comment le mangiez-vous ?
    Nous on crachait dedans et on le faisait couler sur la main, je réalise maintenant que ce n’est plus « politiquement correct » de raconter ça, mais… c’est un excellent souvenir.

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    • le 27 janvier, 2017 à 9:50 encreviolette écrit:

      Bonjour,
      En effet, j’ai déjà lu qu’il existait un conditionnement dans un tube en verre. Il me semble qu’à l’époque, on pouvait effectuer une préparation (comme pour un sirop) en versant une pincée de poudre dans de l’eau.
      Pour ce qui me concerne, je trempais le doigt dans la poudre et le portais à la bouche où il se mélangeait à la salive.
      Au final, foin du « politiquement correct », c’était délicieux!
      Cordialement.

      Répondre

  2. le 8 février, 2017 à 16:03 GAUTHIER Roselyne écrit:

    Merci pour cette belle et émouvante littérature – Peu importe en fait les divergences sur les dates, il faut seulement regretter que ces superbes confiseries ne soient plus présentes actuellement et que nos petits enfants ne trouvent que des gommes sans goût ni attrait – Quelle belle époque que celle que nous avons eu la chance de vivre pour ceux nés après la dernière guerre et comme je voudrais remonter le temps …..

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  3. le 6 juillet, 2017 à 11:53 Catherine Humbert écrit:

    Perso, je recherche un bonbon torsadé et mentholé qui était fabriqué par la patisserie Gogelein à Fénétrange en Moselle dans les années 60. Il s’en est refabriqué un peu plus tard puis plus de traces ! En vidant la maison de mes parents, j’ai même trouvé une bonbonnière et ces fameux bonbons qui devaient bien avoir 30 ans… Je n’ai pas osé les goûter, j’aurais du ! Si ça vous parle, contactez moi

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  4. le 20 septembre, 2017 à 23:48 lemaire jean écrit:

    bonjour
    votre site est le plus documenté.
    j’y ai appris plein de choses inédites.une question me taraude, quelle taille, grandeur pouvait bien avoir le sachet de mistral gagnant. si je comprendsla poudre qu’il contenait doit ressembler a la boisson sèche TANG.
    je vous remercie d’avance.
    moi j’ai fait des recherches sur les bêtises car j’habite Cambrai.
    il en est de Valenciennes de Berck , de Tournai.
    merci d’avance.

    Répondre

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