Sortie d’un trappiste : Marc Giai-Miniet

Un trappiste peut en cacher un autre. Je ne veux pas vous parler aujourd’hui de Djamel Debbouze, Omar Sy et Nicolas Anelka, enfants de la diversité et de la banlieue qui ont grandi dans le même quartier de Trappes et dont Canal+ a diffusé récemment un documentaire évoquant leur incroyable ascension; mon propos ne concerne pas non plus les moines de l’ordre cistercien amateurs de bière et de fromages.
« Hâtons-nous de gagner le couvent des trappistes pour nous y cacher une neuvaine sous le froc » écrivait le poète Aloysius Bertrand dans son œuvre posthume Gaspard de la nuit ou Fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot.
Dépêchons-nous de rejoindre la Commanderie des Templiers à Elancourt qui abrite jusqu’au 1er juillet une exposition du peintre emboîteur Marc Giai-Miniet, un trappiste pur porc (même si le halal est d’actualité dans la cité!) puisque la maison où il habite et où il possède son atelier, dans le vieux village de cette banlieue des Yvelines, est celle où il vit le jour, il y a un peu plus de soixante ans. Un bon vivant à la vie peu monacale car il avoue avoir dans sa vie, débouché plus de bouteilles que de tubes de peinture.

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Je lui déjà consacré deux billets (voir articles du 20 mars 2008 et 23 septembre 2010). Ma référence à Aloysius Bertrand est moins fantaisiste qu’il n’y paraît. En effet, la vocation de Marc Giai-Miniet a peut-être surgi le jour où un instituteur de Trappes, Monsieur Mounier, l’emmena à une exposition de reproductions de Rembrandt et lui expliqua à cette occasion le combat de l’artiste jusqu’à sa mort pour défendre ses idées. D’autre part, Marc consacra ses premières années à l’École Nationale des Beaux-Arts de Paris au même art de la gravure que le lorrain du dix-septième siècle Joseph Callot, célèbre notamment pour ses eaux-fortes Les Grandes Misères de la guerre.
Nul n’est prophète en son pays, les talents de quelqu’un ne seraient jamais assez reconnus par les siens. Et si pour une fois, le proverbe se trompait ? En effet, ce ne sont pas moins de six expositions qui sont présentées en même temps ou de façon décalée, de mars à juillet 2012, en six lieux de la ville nouvelle de Saint-Quentin-en-Yvelines. Rassemblées sous le titre générique de Pour les nuages, passer par l’escalier, elles décrivent le cheminement labyrinthique d’un artiste singulier, des premières œuvres sur toile et sur papier aux créations plus intimes, des grands tableaux aux petits carnets, des céramiques aux boîtes.
Aujourd’hui, je me rends au vernissage de l’une d’elles, à vingt-cinq arpents de mon domicile, dans l’élégant bâtiment des gardes de la Commanderie de la Villedieu fondée vers 1180 par les moines soldats de l’ordre du Temple sur les friches du plateau agricole de Trappes.

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« Pour traverser, prendre le souterrain » ! Telle une signalétique de guidage, c’est ainsi qu’avec malice et justesse, Marc Giai-Miniet intitule son travail exposé en ce lieu.
C’est d’abord un clin d’œil à sa ville natale, douloureusement coupée en deux par la route nationale 10. Après de multiples projets de contournement, un dossier de recouvrement de la chaussée embouteillée est à l’ordre du jour. En attendant, depuis six décennies, Marc, pour se rendre à l’école, à la mairie, au marché, dans les commerces ou au cinéma, obéit à la recommandation inscrite sur le panneau en bordure de l’axe routier.
Trappes, « Trap, lui avait expliqué sa maîtresse d’anglais, une vieille fille à chignon dont la lèvre supérieure ornée d’un léger duvet habitait ses rêves les plus honteux, cela voulait dire « piège », un endroit dans lequel on pouvait entrer mais d’où il est impossible de sortir . »
C’est surtout une invitation poétique et métaphorique à embarquer pour un voyage dans ses œuvres remplies de ténèbres, de couloirs secrets et de huis-clos sordides. Malgré leur noirceur, Marc compte cependant nous faire sinon rêver du moins réfléchir comme le symbolisent les nuages qui moutonnent sur le fond de la mallette en carton bouilli et plissé de l’affiche.
Le prenant presque au mot, j’emprunte un escalier métallique en colimaçon pour prendre de la hauteur et embrasser l’exposition d’un regard panoramique à 180 degrés. « L’effet boîte » est identique à celui que j’avais perçu dans son atelier. Je me retrouve surplombant un vaste loft sombre, compartimenté par quelques cloisons ou rayonnages sur lesquels éclatent les taches colorées des œuvres.

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L’activité originale d’emboîteur qui semble être plus la marque de fabrique actuelle de Marc Giai-Miniet, est née fortuitement en 1995 quand il fut victime d’un infarctus. Contraint d’abandonner provisoirement la peinture de ses grands tableaux, il se résigne à découper et assembler des morceaux de carton en de petites scènes théâtrales sur les mêmes thèmes récurrents du décervelage et de ses personnages larvaires. Ainsi, c’est en quelque sorte un « coup de cœur » qui le mène à réaliser un de ses rêves de jeunesse. En effet, adolescent, il fit du théâtre dans une petite troupe d’amateurs de Trappes, puis tenta sans succès le concours d’entrée à l’école de la rue Blanche pour devenir décorateur.
C’est une dimension attachante de l’artiste que son itinéraire soit en complète cohérence avec sa vie d’homme et de citoyen. Ses œuvres, a priori abstraites et compliquées, sont à l’évidence la traduction de plusieurs évènements vécus, de riches lectures, de nombreux voyages et de mûres réflexions.
Marc Giai-Miniet, aussi volubile et pertinent dans ses commentaires que dans son travail, résume celui de la présente exposition, en un savoureux raccourci mêlant l’espace et le temps : « de l’Égypte à la semaine dernière » !
Il propose effectivement ici plusieurs grands tableaux reliés à son séjour de six mois, en 1984, à Karnak et Louxor, dans une communauté d’égyptologues, après avoir obtenu une bourse du ministère des Affaires Extérieures.

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L’influence éclate à l’évidence. « Giai-Miniet, sur le Nil, s’est abreuvé du voisinage d’hypogées et de mastabas », ces tombes, respectivement souterraines et aériennes, servant de sépultures aux pharaons et aux hauts dignitaires, de l’époque archaïque au Moyen Empire égyptien.
Certaines formes rappellent la Cime, ce sommet surplombant la vallée des Rois. S’y agglutinent des espèces de lombrics gluants qui préfigurent les chrysalides et les personnages larvaires équipés de masques à gaz des peintures ultérieures. Parfois, au pied, comme citation du fleuve irrigateur et d’un zeste de présence humaine, surgissent quelques lambeaux de végétation, des papyrus peut-être, cette plante utilisée pour fabriquer les rouleaux manuscrits et bientôt le codex puis les livres. Ceux que l’artiste empilent dans ses boîtes ?
L’atmosphère est sale. Les ciels sont souvent plombés ou pollués annonciateurs d’orages ou de catastrophes.
Ça dégouline parfois comme la gélatine des immondes gâteaux anglais. « Côté bouffe, vous êtes servis : méduses rachitiques à la graisse d’Amoco-Cadiz, flans languides au sang vénusien, totems phalliques à la chantilly … »
« Déjà, petit enfant, je voulais être pâtissier et explorateur … Mais c’est à l’huile sur toile que je peindrai des gâteaux-mausolées et des stèles plus vénéneuses que comestibles, des constructions délicatement crémeuses, des paysages de collines désertiques où débouchent des blockhaus et des entrées de galeries, des montagnes blessées d’où coulent des humeurs, et enfin les principaux acteurs que sont les personnages au masque à gaz, bardés d’un pseudo attirail guerrier ou médical ... »
Les tableaux ont pour légendes montagne avec gélatine, stèle-gâteau, mausolée bavarois !
Coïncidence, j’ai évoqué dans mes deux précédents billets, le cuisinier Marie-Antoine Carême, « le roi des chefs et le chef des rois ». Or, si l’on consulte son ouvrage Le Pâtissier pittoresque, en date de 1815, on y découvre de nombreuses planches d’architecture, et notamment, des pyramides et des temples égyptiens, qui l’inspirèrent pour certaines de ses pièces montées.
Outre les gâteaux de mon enfance, vous savez que le vélo est un autre de mes péchés mignons. Les montagnes blockhaus et nécropoles de Giai-Miniet me font penser à certaines caricatures de René Marcel Pellarin dit Pellos sur le Tour de France quand les Alpes et les Pyrénées prenaient visage humain, riaient ou devenaient menaçantes au passage des champions cyclistes ahanant sous l’effort. Nous n’étions peut-être pas si loin de l’univers du peintre quand Pellos croquait l’enfer du Nord de Paris-Roubaix, pavé de redoutables intentions, avec ses noirs crassiers et la légendaire sorcière aux dents vertes.
Ne vous moquez pas trop de mes élucubrations vélocipédiques car Pellos fut, par ailleurs, le créateur de Futuropolis, la première bande dessinée française de science-fiction, et dessina une centaine d’albums des Pieds Nickelés après la mort de son auteur Louis Forton. Or, que ne lis-je pas dans la magnifique monographie éditée à l’occasion de cette rétrospective ?: « Il me souvient d’un épisode fameux au cours duquel Ribouldingue, Croquignol et Filochard, s’étant faits médecin, chirurgien et infirmier pour gruger les gogos, traçaient sur la tête de leurs patients, en préliminaire à une trépanation imaginaire, des lignes accompagnées de la mention : À découper suivant le pointillé. C’est à cette sorte de violence pour rire, de menace qui n’était pas suivie d’effets que se rattachait naguère l’œuvre de Marc Giai-Miniet, œuvre adolescente encore, nourrie des souvenirs et des lectures de l’enfance. »
Me voilà retombé sinon sur mes pieds du moins sur ma selle!
C’est peut-être l’instant de mentionner, pour l’avoir vécu lors d’actions artistiques avec des écoliers de primaire, que l’univers au prime abord morbide et noir de l’artiste possède aussi subrepticement et mystérieusement une dimension ludique qui interpelle inconsciemment les jeunes enfants.
Quelques plats témoignent d’une confrontation de l’artiste à la céramique au cours des années 1990. Je sais une maîtresse de maison qui n’aimerait pas voir des momies décervelées courir dans son assiette. Cela dit, paradoxalement, elle utilise fréquemment quelques récipients ramenés de mon séjour au Mexique où dansent des cucarachas, ces cafards peu ragoûtants !
J’interromps ma déambulation pour écouter les quelques mots de bienvenue prononcés par un élu local, vieux compagnon de route de l’artiste, et par Marc lui-même. Rien que je ne sache déjà, pour avoir réalisé son portrait en 2003 dont la vidéo tourne en boucle à l’entrée de l’exposition.

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L’auditoire est attentif et ému. Loin des habituels compliments convenus, c’est l’amitié reconnaissante qui règne en cette fin d’après-midi. Et comme pour une mise à l’échelle de la grandeur de l’artiste, de taille mesurée, portant barbe blanche et affublé d’un patronyme évoquant la mine, trois nains de jardin ont même abandonné leur marche de protestation (voir billet du 23 septembre 2010) pour prendre place derrière le micro au pied de leur géniteur.

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Je plaisante mais l’art de Giai-Miniet s’occupe de choses graves. L’artiste le justifie ce soir en évoquant brièvement quelques évènements qui l’ont nourri : la découverte très jeune, lors d’une exposition photographique au stade de Trappes, des camps de concentration, des fours crématoires et des amoncellements de cadavres, les archives sur la guerre 14-18 avec ses tranchées et les gaz asphyxiants, cela fait quelque part pendant aux Grandes misères de la guerre de Trente ans de Callot, le drame de la mine de Courrières dû au grisou, la guerre du Vietnam, le coup d’état de Pinochet au Chili en 1973, et aussi le souvenir du garage de son père « rempli d’ombres et de ténèbres, de saleté grasse, de ferraille et d’objets étranges ».
« Dans un coin de l’atelier sombre où son père, un géant couvert de cambouis et de sueur, démonte en jurant d’imposantes machines qui ne cessent de lui résister … réfugié sous la grande table, il avait réuni tous les trésors accumulés, les seuls jouets qu’il ait jamais connus, et de ce jour passa tous ses moments libres à recombiner à l’infini les boulons, rouages, pignons et autres qui, il le savait, détenaient le secret de la vie … »
Le lien est évident avec les boîtes murales construites avec précision et dextérité et encastrées dans les cloisons de la galerie.

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De taille variable, peu profondes, elles apparaissent comme des miniatures d’immeubles ou de tours observés en coupe. Leur organisation verticale est quasi identique, le haut est lumineux presque blanc, le bas est sombre presque noir.
Sur les étagères supérieures, sont alignés de vastes rayonnages tapissés de livres. En y regardant de plus près, on distingue toutes sortes d’ouvrages, des encyclopédies, des collections reliées, des dossiers à sangle.
Une des légendes est explicite : « Une bibliothèque est une mine, un gisement de savoir, d’informations, de mémoire. On pourrait s’amuser du creusement du sol dans les termes « creuser une question ». Un poète a dit quelque part : les bibliothèques sont des forêts soigneusement pliées ». On peut ajouter que les bibliothèques rassemblent des foules de livres, comme autant d’humains rangés, avec leurs « mines de papier mâché ». »
L’accès aux étages inférieurs s’effectue via des escaliers en colimaçon, des passerelles sans rambarde, des échafaudages, des échelles métalliques.
Le niveau médian, plus gris, est occupé par toute une inquiétante architecture industrielle de laboratoires, fours, chaudières, colonnes, tuyaux, poulies, engrenages, fils électriques et cuves. Cela donne parfois un vague air de façade de centre Pompidou noircie par la pollution, mais, à l’évidence, ici, on ne conserve pas la mémoire artistique, bien au contraire.
Avec cette machinerie infernale, on aspire, on broie, on déchiquette, on dissout, on brûle. Viennent à l’esprit des mots comme autodafé, la destruction par le feu organisée par l’Inquisition de livres et manuscrits, des expressions comme le bûcher des vanités ou l’enfer d’une bibliothèque terme né au Moyen Âge lorsque les religieux mettaient sous clef les objets qui pouvaient provoquer un péché ou une hérésie, bref mener à l’enfer.
Il est des livres pas « saints » du tout qui portent en eux le mode d’emploi de funestes et collectives destructions. Certains traversent les siècles, absous de manière incompréhensible par l’ignorance collective (volontairement ou pas ?). Ainsi, ces jours-ci, un de mes lecteurs stigmatisait Voltaire, « une sorte de saint homme laïque, l’une des divinités du Panthéon républicain » pourtant coupable d’avoir écrit de sacrées horreurs dans sa Correspondance.
Giai-Miniet ajoute parfois à sa broyeuse infernale, une touche presque grand-guignolesque. Une perceuse s’attaque à une forme encéphalique formolée, les tubulures s’enroulent comme des intestins ou les andouilles de Rabelais. « La tripe résiste », luttes intestines, guerres picrocholines … !

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Comme le sieur François, Marc, iconoclaste, s’amuse, joue avec les mots. Il construit une « boîte du gouverneur ». Derrière celle du « grand digérant » se cache peut-être un important « dirigeant » : « Il y a dans cette boîte (on dirait une usine) comme un énorme tube digestif qui digèrerait, pour les évacuer, les livres et ce qui y est raconté. Là encore, je veux dire ma crainte que le savoir, la connaissance, la sagesse, les histoires et la mémoire des hommes disparaissent un jour. »
La curiosité pousse à plonger bientôt le regard vers le néant de la partie inférieure des boîtes. C’est obscur, sordide, glauque, charbonneux. Plus qu’une cave, cela fait penser à des cellules, des salles d’interrogatoire et de torture, des égouts, cela suscite le dégoût.

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C’est souvent aussi un embarcadère vers un ailleurs ou un au-delà. Des wagonnets, des engins oblongs en forme de suppositoire, dirigeable ou sous-marin attendent pour le grand départ. Car si les boîtes ne révèlent aucune présence physique de l’homme, il est pourtant là, métaphorique, dans les « livres blancs » qui symbolisent sa pensée, sa spiritualité, et dans ce qu’il en a fait, des débris racornis et calcinés.
Marc Giai-Miniet, amoureux de la chine, glane sa « matière première » dans les vide-greniers et les bric-à-brac. Puis en bricoleur d’art, il la découpe, pétrit, scie, creuse, ponce, colle, peint pour en faire des menus objets et le décor de ses théâtres d’ombres.

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Chaque boîte fourmille de détails et propose multiples lectures.
Tout tourne autour de l’homme, qu’est-ce qui fait qu’on est un homme ? suffit-il d’avoir une apparence humaine pour être un homme ? pourquoi est-il et comment ? c’est le leitmotiv de toutes les œuvres de l’artiste.
Il ne faut pas perdre de vue pour évaluer sa production prolifique que s’il a construit environ 200 boîtes, Marc a aussi et surtout peint près de 4 000 tableaux. Est-ce à cause de leur grande taille ou de leur propos très chargé émotionnellement, il ose avec humour et auto dérision, prétendre que les peintures exposées ici sont invendables ! Cela dit, pour cette rétrospective, il a dû en puiser certaines dans des collections privées …
Celles vers lesquelles je me dirige maintenant appartiennent à une période plus récente. L’acrylique sur bois remplace l’huile de l’époque égyptienne.

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Absentes physiquement des boîtes, des silhouettes larvaires harnachées de masques et de tuyaux courent sur les tableaux. Sont-elles des embryons d’humains, des monstres animaliers ? Même pas peur ! Elles me sont familières tant je les ai vues naître dans son atelier, tant je les ai filmées aussi. J’entends même sortant du téléviseur la chanson du décervelage d’Alfred Jarry :

« Voyez, voyez la machin’ tourner,
Voyez, voyez la cervelle sauter,
Voyez, voyez les Rentiers trembler ;
Hourra, cornes-au-cul, vive le Père Ubu ! »

L’homme génère parfois des monstres, une actualité récente en témoigne.
L’artiste, pour donner cette forme informe à ses personnages, se nourrit de ses lectures, de ses voyages, de ses souvenirs.
Ils ont quelque chose en eux du Golem, l’embryon d’argile de la synagogue du vieux quartier juif de Prague, de la momie égyptienne, du transi le gisant du Moyen Âge sculpté dans le réalisme de la putréfaction, des spectres des camps d’extermination.
À bien observer, de ci delà, ils possèdent souvent malgré tout un œil brillant comme de l’onyx, comme fixé sur la peinture elle-même. « Voyant lumineux qui est aussi l’œil du voyeur. Quelqu’un regarde-t-il par là, qui se trouverait dans le décor, de l’autre côté du tableau ? »
Memoria Materia Prima Est ! J’achève ma visite sur cette peinture récente conçue pour l’exposition Dépôts de mémoire organisée, à l’automne dernier, aux Archives départementales de la Dordogne. Je reconnais bien là le goût de Marc pour l’alchimie. Comme un symbole, les alchimistes parlaient de materia prima pour désigner le chaos primordial à partir duquel le plomb est changé en or; c’est l’inverse qu’envisage l’artiste à travers ce qu’en font les hommes.

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Marc met souvent en scène le décor froid de ces pièces réserves uniquement meublées de grandes armoires en tôle verte. J’ai souvenir notamment d’une miniature sur bois où une momie minuscule, espèce de rat de bibliothèque, se glisse entre le mobilier d’archivage.
Ici, dans la salle des « dépôts de mémoire », la présence humaine est suggérée par les lettres et les chiffres inscrits sur les casiers, ainsi, en bas et à droite, en guise de signature, les lettres GM. On a envie d’ouvrir ce tiroir réservé à Giai-Miniet. Que renferme-t-il ? que cache-t-il ? Des documents accablants ? Des dossiers compromettants ? Non, juste une pièce à conviction prometteuse : « Une conclusion s’impose : il est grand temps de changer de demain. C’est ce constat lucide mais désespéré qu’affirme la peinture de Giai-Miniet. On a compris que tout cela est fort grave et que celui qui tient pareil discours hisse son art à l’altitude du prophétique. »
Un slogan de campagne présidentielle clame que « le changement, c’est maintenant ». Puisse Marc Giai-Miniet continuer à être prophète en son pays et ailleurs. Il portera bientôt sa bonne parole picturale outre Quiévrain, à la maison de la Culture de Tournai du 9 juin au 26 août.

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- Les citations du billet sont tirées de la remarquable monographie de Marc Giai-Miniet :

« Pour les nuages, passer par l’escalier », 216 pages, des textes superbes et de très nombreuses photos, éditions Aréa (36 €)

- Actualité de Marc Giai-Miniet :

  • Pour traverser, prendre le souterrain, exposition à la Commanderie des Templiers de la Villedieu à Élancourt, du 4 avril au 1er juillet (du mercredi au dimanche de 14h à 18h)
  • De l’Égypte à la semaine dernière, exposition à la Ferme du Mousseau à Élancourt, du 2 au 27 mai, (les mercredis et dimanches de 14h à 18h et le samedi de 14h à 20h 30)
  • Le bonheur en question, exposition à la Maison des « bonheur » à Magny-les-Hameaux, du 9 au 31 mai, (du lundi au vendredi de 10h à 12h et de 14h à 17h 30)

- Consulter le site officiel de Marc Giai-Miniet : http://www.marc-giai-miniet.com/

Publié dans : Coups de coeur |le 20 avril, 2012 |Pas de Commentaires »

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