Joyeux Noël … tout de même!

Joyeux Noël ... tout de même! dans Almanach sapinblog

Les années précédentes, j’ai évoqué les Noëls de mon enfance, les marchés en Alsace, la savoureuse bûche au café ou au chocolat de la table familiale. Cette fois, je choisis de fêter Noël de manière plus irrévérencieuse mais néanmoins poétique.
Pour parodier Anne Roumanoff et ses propos de « radio bistrot », on ne nous dit pas tout sur « la plus belle nuit de l’année ». Étiez-vous au courant seulement que les sapins, fort mécontents de leurs conditions de vie, ont décidé de montrer de quel bois ils se chauffent ?

« C’est la grève des sapins
Des aiguilles des pommes de pin
Ils veulent tous être palmiers
Cerisiers ou bananiers
(citronnier abricotier)
Devenir arbres fruitiers
(jujubier ou grenadier)
– Les sapins sont fatigués
À la fin de chaque année
Toutes ces guirlandes à porter
Ça leur donne le dos courbé
Les sapins sont enrhumés
De vivre près des cheminées
Sans air pur sans horizon
Enfermés dans des maisons
-Les sapins en ont assez
De faire de l’ombre l’été
Sans être remerciés
Et l’hiver d’être coupés
Les sapins font grise mine
Et attrapent des angines
Qu’ils soignent avec du parfum
À la sève de sapin!
-Les sapins ont déclaré
Que pour la nouvelle année
Ils se mettront en congé
La forêt sera fermée
Les sapins s’en vont au vert
Les sapins quittent l’hiver
Pour aller se faire bronzer
Au chaud sous les cocotiers! »

Décidément, la fracture sociale est profonde. La réalité rejoint parfois la fiction chantée aux enfants par Dominique Dimey, digne fille de son père que je vous présenterai plus loin. En effet, je fais partie des sept « imbéciles » du conseil syndical de ma résidence, selon les termes d’un des copropriétaires, qui ont voté récemment le remplacement d’un pin coupable de nuisances par un tulipier de Virginie. En somme, pour faire bref, un remake de Massacre à la tronçonneuse par Yann Arthus-Bertrand dans l’esprit du Gendarme de Saint-Tropez !
Pour le regretté Pierre Desproges, Noël est le nom donné par les chrétiens à l’ensemble des festivités commémoratives de l’anniversaire de la naissance de Jésus-Christ, célèbre illusionniste palestinien de la première année du premier siècle pendant lui-même.
Quant à la messe de minuit, c’est une messe comme les autres, sauf qu’elle a lieu à vingt-deux heures, et que la nature exceptionnellement joviale de l’événement fêté apporte à la liturgie traditionnelle un je-ne-sais-quoi de guilleret qu’on ne retrouve pas dans la messe des morts.
A la fin de l’office, il n’est pas rare que le prêtre larmoie sur la misère du monde, le non-respect des cessez-le-feu et la détresse des enfants affamés, singulièrement intolérable en cette nuit de l’Enfant…
Le réveillon : c’est le moment familial où la fête de Noël prend tout son sens. Il s’agit de saluer l’événement du Christ en ingurgitant, à dose limite avant éclatement, suffisamment de victuailles hypercaloriques pour épuiser en un soir le budget mensuel d’un ménage moyen.
D’après les chiffres de l’UNICEF, l’équivalent en riz complet de l’ensemble foie gras-pâté en croûte-bûche au beurre englouti par chaque chrétien au cours du réveillon permettrait de sauver de la faim pendant un an un enfant du Tiers Monde sur le point de crever le ventre caverneux, le squelette à fleur de peau, et le regard innommable de ses yeux brûlants levé vers rien sans que Dieu s’en émeuve, occupé qu’Il est à compter les siens éructant dans la graisse de Noël et flatulant dans la soie floue de leurs caleçons communs, sans que leur cœur jamais ne s’ouvre que pour roter (Dictionnaire superflu à l’usage de l’élite et des bien nantis).
Si en cette nuit de Noël, j’allais retrouver la Closerie des Lilas, le « bistrot préféré » de Renaud :

« Mon bistrot préféré, quelque part dans les cieux
M’accueille quelquefois aux jardins du Bon Dieu
C’est un bistrot tranquille où il m’arrive de boire
En compagnie de ceux qui peuplent ma mémoire
Les jours de vague à l’âme ou les soirs de déprime
Près de quelques artistes amoureux de la rime
Je vide deux trois verres en parlant de peinture
D’amour, de chansonnettes et de littérature
Il y a là, bien sûr, des poètes, le Prince
Tirant sur sa bouffarde, l’ami Georges Brassens
Il y a Brel aussi et Léo l’anarchiste
Je revis, avec eux une célèbre affiche
Trenet vient nous chanter une Folle Complainte
Cependant que Verlaine et Rimbaud, à l’absinthe
Se ruinent doucement en évoquant Villon
Qui rôde près du bar et des mauvais garçons …
… Il y a Boris Vian, Maupassant et Bruant
Écoutant les histoires d’un Coluche hilarant
Je m’assois avec eux pour quelques libations
Entouré de Desproges et Reiser et Tonton …
… Gainsbourg est au piano, jouant sa Javanaise
Et nous chante l’amour qu’il appelle la baise
Dewaere est là aussi dans un coin, et il trinque
Avec Bernard Dimey, avec Bobby Lapointe ... »

Bernard Dimey, le papa de Dominique, poète et chansonnier trop méconnu, à la barbe de Père Noël, ayant soif d’absolu (et de bons verres), aurait aimé, outre voir Syracuse, l’île de Pâques et Kairouan, croire au superbe paradis de son enfance. Écoutez comment il voit la nuit de Noël :

C est Noël par Bernard Dimey

cliquer sur le titre pour écouter

« C’est Noël ce soir, eh Marie
Va falloir que tu fass’le p’tit
Il est pas loin d’onze heures et d’mie
Ne t’endors pas sur le rôti
Le christianisme, l’faut s’le faire
Dans une demi-heure, c’est parti
Et comme c’est toi qui s’ras sa mère
Faut tout d’mêm’que tu fass’le p’tit !
Si j’avais su qu’tu soyes un’sainte
Dès l’premier jour moi j’s’rais parti
Mais maint’nant ça y est, t’es enceinte
C’que t’as d’mieux à faire, c’est le p’tit !
Je sais bien, la paille est pas sèche
L’bourricot a l’air abruti
L’bœuf aussi… tu parles d’un’crèche
N’empêch’qu’il faut qu’tu fass’le p’tit
Y a d’jà les bergers qui rappliquent
Faut pas les laisser v’nir pour rien
C’est pas grave, mais ça s’rait pas chic
C’est des bergers, c’est pas des chiens !
Ça t’gêne que les bestiaux te r’gardent
I’n’voient presque rien, il fait nuit
Mais à présent faut plus qu’tu tardes
Faut t’démerder de l’faire, ce p’tit
Si tu accouches après les fêtes
Ça s’ra fini, ça s’ra foutu
Tu n’en fais jamais qu’à ta tête
Marie, je n’te l’répèterai plus
Tu t’conduis comme un’vraie pucelle
Ecoute un pt’it peu c’que j’te dis
Tu vas gâcher la nuit d’Noël
Si tu fais pas tout d’suit’le p’tit
Enfin ça y est, t’es raisonnable
Te tracass’ pas, tout s’pass’ra bien
Dès qu’t’as fini, moi j’passe à table
J’bouff’rai tout seul, y’a presque rien
C’est pas marrant mais faut qu’ça s’fasse
Encore un p’tit coup c’est gagnant
Ça y est,v’la l’auréole qui passe
Il est né, le divin enfant. »

Une autre plume de talent qui a sa petite idée sur la nuit de Noël, c’est celle de Cavanna, heureusement bien vivant même si sa lune de miel de Parkinson l’exaspère. Voici le début de sa dernière chronique dans Charlie Hebdo (21 décembre 2011) :
« – Ces trois-là, c’est qui ? demanda pas content, le petit Jésus.
– J’ai pas bien compris, dit Joseph. Il paraît que ce seraient des espèces de rois, mais des rois sans royaume. Ils voyagent à dos de chameau, d’éléphant ou d’autruche, allant d’un pays à l’autre dire la bonne aventure. Des rois mages, qu’on les appelle.
– Des mendigots, dit le petit Jésus. La bonne aventure, je la connais. C’est moi qui la fais. Avec papa, bien sûr. On est associés dans ce coup-là.
– Ils apportent des cadeaux, dit le Saint-Esprit. J’estimerais discourtois qu’on refusât de les recevoir.
– Faudrait savoir. Je me sacrifie, je descends sur cette chose ronde légèrement aplatie aux pôles –ce qui ne la rend pas plus marrante-, pour y ramener la piété et les bonnes manières parmi le menu peuple, et voilà, la première rencontre qui m’échoit est avec des rois. Rois pouilleux, peut-être, mais montés sur des chameaux, des crocodiles, des baleines ou je ne sais quelles montures de prestige … Et qu’est-ce qu’ils ont à tenir leurs bras tendus en avant avec dessus des plats en or ou en doré pleins de ces choses qu’on s’offre entre riches, c’est sûr.
– Ce sont des présents qu’ils viennent déposer à tes pieds, mon bébé, dit la Sainte Vierge. Ils te rendent hommage. Ton père –non, pas toi, Joseph- leur a envoyé une étoile spéciale qui les a guidés jusqu’ici depuis le bout du monde.
Le petit Jésus soupira :
– Ah, celui-là ! C’est plus fort que lui, faut qu’il se vante. Nous voilà maintenant avec une cour, que dis-je, trois cours royales, même si ce sont des rois fauchés, chassés par une révolution et traînant les hôtels de luxe avec le fric volé à leurs peuples qu’ils avaient mis de côté à l’étranger. C’est collant, ces rapaces ... »
Joyeux Noël tout de même … avant que nous soyons les dindons de la farce de la mondialisation !

Noël Charlie-Hebdoblog

SinéNooëlblog

 




Publié dans : Almanach |le 24 décembre, 2011 |1 Commentaire »

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1 Commentaire Commenter.

  1. le 26 décembre, 2011 à 7:53 clara65 écrit:

    Bonjour,
    Tu as été irrévérencieux envers cette fête, mais c’était tellement agréable à lire !
    De toutes façons, on peut rire de tout, à mon avis ! et comme je ne suis pas croyante, cela me dérange encore moins.
    Bonne fin d’année et bien amicalement.

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