Archive pour août, 2011

Vous connaissiez Allain Leprest?

« Sans t’avouer que je me manque
Donne-moi de mes nouvelles
Dis-moi dans quel port se planque
La barque de ma cervelle.
Me crois-je encore guitariste ?
Comment vis-je, comment vais-je ?
Ai-je toujours le front triste
D’un professeur de solfège ?
As-tu rendu au voisin
La page du Télérama
Dont il avait tant besoin
‘Cause du Dalaï Lama ?
Vis-tu encore avec moi ?
How am I ? I’m not so well
De ma santé je m’en fous
C’est surtout de mes nouvelles
Près de toi dont je suis fou
Ma chienne Lou est-elle morte ?
Ai-je arrêté de fumer ?
Combien de rosiers avortent
Avant d’avoir parfumé ?
Est-ce que mon ombre chinoise
Á l’angle du cinéma
A enfin payé l’ardoise
Du restaurateur chinois ?
Vis-tu toujours avec moi ?
Donne-moi de mes nouvelles
Et ma singlette à carreaux
Fait-elle toujours des merveilles
Au championnat de tarot ?
Connaît-on encore Leprest ?
Fait-il encore des chansons ?
Les mots vont, les écrits restent
Souvent sous les paillassons
C’est quelle heure de quelle semaine ?
C’est quelle saison de quel mois ?
Longes-tu toujours la Seine
Au bras de mon frère siamois ?
Vis-tu toujours avec moi ?
Donne-moi de mes nouvelles
File-moi le boléro
Du téléphone à ravel
Et de mon dernier bistrot
Comment vais-je ? Comment boîtent
Mes pauvres pieds d’haricots ?
Et suis-je encore mis en boîte
Avec mon drapeau coco ?
On s’est promis tant de plages
Au bord des panoramas
Es-tu encore du voyage
Avant mon prochain coma ?
Vis-tu toujours avec moi ?
Viens-tu toujours avec moi ? »

Texte surréaliste et sans doute un peu prémonitoire !
J’interromps la relation de mes pérégrinations corses pour rendre un modeste hommage à celui que le grand Claude Nougaro considérait comme « l’auteur le plus flamboyant qu’il avait rencontré sous le ciel de la chanson française ». Le deux centième article de mon blog dont je me serais volontiers dispensé !
Á l’écart des hordes de touristes tentant d’oublier la crise, allongés sur les plages ou bloqués sur les autoroutes embouteillées, Allain Leprest avec deux « l » ou deux ailes, a souhaité s’envoler pour un monde meilleur que celui très injuste et violent qu’il combattait le poing levé. Comme un signe, cela s’est passé à Antraigues-sur-Volane, le petit village perché dans la belle montagne ardéchoise où s’était retiré et où repose Jean Ferrat. Il y était resté en vacances après avoir été, en juillet, l’un des invités d’honneur du festival organisé en hommage à son illustre aîné.
En ce week-end du 15 août, l’annonce de sa disparition est presque passée inaperçue.
J’ai appris tout seul à connaître Allain Leprest, immense chanteur méconnu, et pour cause. On ne l’entendait jamais à la radio, il n’était jamais invité à la télévision, ou presque ou alors à des heures tardives et confidentielles. Heureusement, à la médiathèque d’une banlieue rouge voisine de chez moi, je trouvais régulièrement les opus de ce membre viscéralement attaché au Parti Communiste Français. Il y a quelques semaines, il donna un concert à quelques centaines de mètres de chez moi. Je m’en veux aujourd’hui de n’avoir pu y assister.
Révélation du Printemps de Bourges en 1985, il obtint à deux reprises le Grand Prix de l’académie Charles Cros, en 1993 pour son album Voce a mano, et en 2008 pour l’ensemble de son œuvre. En 1999, il fut récompensé avec le Grand Prix national de la musique, et reçut en 2010, le Grand Prix de la poésie de la SACEM. Preuve que son talent boudé par le grand public, était reconnu par ses pairs à sa juste valeur !
Sans que cela soit réducteur, bien au contraire tant sa poésie éclate dans les textes qu’il consacrait à notre Normandie natale, la pointe de chauvinisme régional sommeillant encore en moi me rendait encore plus sympathique ce Manchot d’origine qui passa sa jeunesse dans la banlieue rouennaise. Écoutez-le chanter avec tendresse et émotion, son enfance dans le jardin de ses parents à Mont-Saint-Aignan près de Rouen. C’était encore le temps des doigts pleins d’encre violette. Là-haut sur la colline surplombant la ville aux cent clochers, se trouvait aussi l’université où j’entamais mes études supérieures, quelques années plus tard.

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« J’ai laissé des z’hiboux, des arcs-en-cieux, des carnavaux et trois mille chevals au galop » : savoureuse revanche du poète sur la froide rigueur de l’orthographe !
Voyez encore comment il raconte sa presqu’île natale, le Cotentin à la tête de chien :

« Janvier, le Cotentin
Toute la côte est blanche
Et sa tête de chien
Hurle contre la Manche
J’y allais pour guérir
Des peines inguérissables
Poncer des souvenirs
Contre les grains de sable
Et la mer bonne fille
La gorge à deux longueurs
Des crocs de la presqu’île
Me nettoyait le cœur
Le Cotentin l’hiver
Où les chagrins vont boire
Jette vers l’Angleterre
Son profil de clébard
J’écoutais dans un bock
Des airs made in british
Et la pointe du roc
S’endormait dans sa niche
Et la mer bonne fille
Au bras de Mick Jagger
Sous le phare de Granville
M’illuminait le cœur
L’hiver, au Cotentin
L’eau met le ciel en pièces
Mais la brise retient
Son cou de chien en laisse
Pauvre pèlerinage
Ma mémoire en kaki
Traversait à la nage
Un quadruple whisky
Et la mer bonne fille
Remorquant ses r’morqueurs
Me prêtait ses béquilles
Pour m’étayer le cœur
L’hiver, le Cotentin
J’en repartais tout seul
En laissant mon chagrin
Comme un os dans sa gueule
Du sable rugissant
Un verre de bière amer
Des mouettes traversant
Un tableau de Vermeer
Et la mer bonne fille
Me laissait sans rancœur
Les trous de ses guenilles
Pour me boucher le cœur »

Après avoir éclusé une dernière bouteille, Allain a choisi de partir de sa propre volonté, peut-être désespéré et lassé de n’avoir pu changer un peu de ce monde comme il l’envisageait :

« Le temps de finir la bouteille
J’aurai rallumé un soleil
J’aurai réchauffé une étoile
J’aurai reprisé une voile
J’aurai arraché des bras maigres
De leurs destins mille enfants nègres
En moins de deux, j’aurai repeint
En bleu le cœur de la putain
J’aurai renfanté mes parents
J’aurai peint l’avenir moins grand
Et fait la vieillesse moins vieille
Le temps de finir la bouteille
Le temps de finir la bouteille
J’aurai touché la double paye
J’aurai ach’té un cerf-volant
Pour mieux t’envoler mon enfant
Un lit doux et un abat-jour
Pour mieux l’éteindre mon amour
Dans une heure, un litre environ
J’aurai des lauriers sur le front
Je s’rai champion, j’aurai cassé
La grande gueule du passé
Ça s’ra enfin demain la veille
Le temps de finir la bouteille
Le temps de finir la boutanche
Et vendredi sera dimanche
J’aurai planté des îles neuves
Sur les vagues de la mère veuve
J’aurai dilué la lumière
Dans la perfusion de la grand-mère
J’aurai agrandi la maison
Pour y loger tes illusions
J’aurai trouvé du pain qui rime
Avec des pièces d’un centime
Rire et pleurer, ce s’ra pareil
Le temps de finir la bouteille
Le temps de finir la bouteille
Et chiche que la poule essaye
De voler plus haut qu’un gerfaut
Chiche que le vrai devient le faux
Que j’abolis le noir, le blanc,
La prochaine guerre et celle d’avant
Les adjudants de syndicats
La soutane des avocats
Les carnets bleus du tout-Paris
Le dernier né du dernier cri
La force, le sang et l’oseille
Le temps de tuer la bouteille
Le temps de tuer la bouteille
Le temps de finir la bouteille
Je t’aurai recollé l’oreille
Van Gogh et tué le corbeau
Qui se perche sur son pinceau
Encore un pleur, encore un verre
La rue marchera de travers
Le vent poussera mon voilier
Je serai près de vous à lier
Tout au bout de la ville morte
Des loups m’attendront à la porte
J’voudrais qu’mes couplets les effrayent
Le temps de tuer la bouteille. »

Ici dans un de ces derniers poèmes, on retrouve des accents bréliens, la puissance des mots du Grand Jacques, sa colère, ses espoirs vains aussi. Á tous deux, le crabe rongeait les poumons. Chers lecteurs, vous qui avez été privés souvent involontairement de ce grand poète de la chanson, courez vite à la médiathèque la plus proche, connectez vous sur Deezer, ou mieux encore achetez ses albums. Nourrissez-vous enfin de ses textes étincelants et de sa voix éraillée et prenante. Ainsi, réhabilitez-le pour qu’il connaisse la même gloire posthume que l’ami Vincent auquel il a, peut-être déjà, recollé l’oreille !

 

Publié dans:Poésie de jadis et maintenant |on 23 août, 2011 |8 Commentaires »

Mon débarquement en Corse, d’Ajaccio à Galeria!

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Fidèles lecteurs, vous vous inquiétiez, vous m’attendiez, vous m’espériez, vous vous impatientiez, vous vous résigniez presque à ne plus me lire … !!! Sourire !
Me voilà de retour après un séjour de trois semaines en Corse ! Deux bonnes nouvelles … enfin, j’espère que vous les recevrez comme telles. D’abord, j’ai résisté au séisme de magnitude 5,2 qui a frappé l’île de Beauté, la Côte d’Azur et la Sardaigne. Son épicentre se situait à 95 kilomètres d’Ajaccio, lieu de mon débarquement. Bon sang de Viking ne saurait mentir, je n’ai même pas eu peur. Il est vrai que, depuis mon séjour au lycée français de Mexico City, je possède une certaine expérience des tremblements de terre. Celui qui secoua la capitale aztèque, le 19 septembre 1985, de niveau 8,1 sur l’échelle de Richter, fit plusieurs dizaines de milliers de morts et détruisit près de 500 immeubles. Pour être totalement honnête, j’avais fui le pays, dix ans auparavant !

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La terre est composée de différentes couches avec un noyau solide dégageant une chaleur de 5 à 6 000 degrés. Plus on s’éloigne de ce noyau, plus la température refroidit. Ainsi, à 200 kilomètres sous nos pieds, elle n’atteint plus que 1 000 degrés. Cet écart de température entre celle au centre de la terre et celle enregistrée sous nos semelles, crée des mouvements de convection du même type que ceux que l’on observe dans la casserole d’eau que l’on fait chauffer. Ce sont ces mouvements qui mettent en action l’ensemble des douze plaques lithosphériques formant la croûte terrestre, en les faisant se rencontrer ou s’éloigner. Depuis au moins 250 millions d’années, la plaque africaine remonte vers l’Eurasie, et génère des séismes à la frontière des deux plaques, du type de ceux qu’on a enregistrés en Méditerranée en ce mois de juillet. Faire l’amalgame entre ces mouvements de masse physique et les courants d’immigration, n’est qu’humour et un coup de griffe de ma part, aux idées identitaires des gars et des filles de la blonde Marine !

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En mon soir d’arrivée dans le golfe d’Ajaccio, il n’y eut de sang que le rougeoiement du soleil couchant sur les îles Sanguinaires. Et le séisme ne provoqua même pas une de ces insomnies qu’Alphonse Daudet se régale de conter dans une des Lettres de mon moulin :
« Quand j’habitais le phare des Sanguinaires, là-bas, sur la côte corse à l’entrée du golfe d’Ajaccio. Encore un joli coin que j’avais trouvé là pour rêver et être seul. Figurez-vous une île rougeâtre et d’aspect farouche ; le phare à une pointe, à l’autre une vieille tour génoise où, de mon temps logeait un aigle. En bas, au bord de l’eau, un lazaret en ruine, envahi de partout par les herbes, puis des ravins, des maquis, de grandes roches, quelques chèvres sauvages ; de petits chevaux corses gambadant la crinière au vent ; enfin là-haut, tout en haut, dans un tourbillon d’oiseaux de mer, la maison du phare, avec sa plate-forme en maçonnerie blanche, où les gardiens se promènent de long en large, la porte verte en ogive, la petite tour de fonte, et au-dessus la grosse lanterne à facettes qui flambe au soleil et fait de la lumière même pendant le jour… Voilà l’île des Sanguinaires, comme je l’ai revue cette nuit en entendant ronfler mes pins. C’était dans cette île enchantée qu’avant d’avoir un moulin j’allais m’enfermer quelquefois, lorsque j’avais besoin de grand air et de solitude….
A minuit, le gardien se levait, jetait un dernier coup d’œil à ses mèches, et nous descendions. Dans l’escalier on rencontrait le camarade du second quart qui montait en se frottant les yeux ; on lui passait la gourde, le Plutarque… Puis, avant de gagner nos lits, nous entrions un moment dans la chambre du fond, tout encombrée de chaînes, de gros poids, de réservoirs d’étain, de cordages, et là, à la lueur de sa petite lampe, le gardien écrivait sur le grand livre du phare, toujours ouvert : Minuit. Grosse mer. Tempête. Navire au large
. »
Je doute que les gardiens du phare situé au point culminant de Mezu Mare, la grande Sanguinaire, lisent toujours à haute voix le gros volume de Plutarque pour demeurer en éveil. Une grande muraille, en partie effondrée, témoigne toujours de l’ancien lazaret construit en 1802 par décret du consul Bonaparte, sous lequel pointait Napoléon. Á l’époque, s’y réfugiaient les corallines, les gondoles des corailleurs qui effectuaient là une quarantaine après leur épuisante campagne de pêche au corail sur les côtes de Barbarie … ainsi, nommait-on alors l’Afrique du Nord !
Par contre, je n’oserai pas vous affirmer, malgré l’herbe odorante du maquis, que ce sont les chèvres d’un improbable monsieur Seguinetti (!), qui inspirèrent au conteur provençal, la poignante histoire qui me fit tant pleurer dans mon enfance. Aujourd’hui, les sympathiques caprins sont, pour moi, synonymes de fabuleux fromages dont je ne manque jamais de louer la saveur incomparable, lors de chacune de mes escapades corses. Pub !!!

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Je vous ai promis deux bonnes nouvelles, la seconde est que je ramène matière à quelques billets pour égayer votre mois d’août. J’ai évoqué récemment le débarquement des alliés sur les plages normandes le 6 juin 1944 dont l’adaptation cinématographique Le jour le plus long, fut tournée en Corse, sur la plage de Saleccia, dans le désert des Agriates (voir billet du 15juin 2011). Celui-ci évoque mon débarquement sur le littoral corse et ma remontée le long de la côte Ouest jusqu’à mon port d’attache de Galéria, à l’embouchure du Fango (voir billet du 14 août 2010) : environ cent cinquante kilomètres à parcourir à allure modérée tant les routes de l’île sont sinueuses et pleines d’embûches et tant le paysage mérite de fréquentes haltes.
Et pour commencer, île de Beauté oblige, je vous offre une perle orientale des plus précieuses, bien qu’enchâssée sur la côte occidentale : Cargèse la grecque, peut-être plus connue du grand public à cause du surnom d’un des enfants du pays, inculpé d’assassinat d’un préfet de la République. Dans le village, une banderole en langue corse revendique toujours l’innocence du berger…
L’originalité de la commune provient de la coexistence de deux églises d’obédience catholique toutes les deux, mais tandis que l’une respecte tout à fait normalement le rite latin, l’autre célèbre le rite grec ou byzantin.
Pour comprendre cette curiosité religieuse, il faut remonter à l’an 1675 lorsque les habitants de Vitylo, village au sud du Péloponnèse, fuyant l’occupation turque, demandent asile à la République de Gênes alors maîtresse du littoral corse. Ils s’installent sur des terrains abandonnés au maquis, à Paomia, à deux kilomètres à l’est de l’actuel Cargèse. Rapidement, des maisons sont construites et les champs se couvrent de cultures. En peu d’années, Paomia devient l’un des villages les plus beaux et les plus prospères de la région, au grand mécontentement des paysans locaux qui, voyant en ces colons, des alliés des Génois et des personnes venues s’enrichir sur leurs terres, leur livrent une lutte sans merci les obligeant à se réfugier à Ajaccio.
Suite à la cession de la Corse à la France, en 1769, le comte de Marbeuf, premier gouverneur de l’île, accordant toute sa sympathie à cette population grecque, obtient pour elle, auprès du roi, le territoire de Cargèse, et le génie militaire lui bâtit 120 maisons.
Au cours des siècles, les mariages mixtes entre les descendants de colons grecs et les corses ont mêlé les deux communautés de Cargèse. Curiosité patronymique, des noms de famille d’origine grecque se sont « corsisés », surtout dans leur terminaison, tels Stephanopoli, Papadacci ou Petrolacci.
Les deux rites coexistent toujours et les clochers des deux églises, presque face à face, se détachent sur le promontoire à l’extrémité nord du golfe de Sagone.

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Pour y parvenir, il suffit de dévaler vers la mer, par les ruelles pentues et fleuries de lauriers et bougainvillées. De-ci delà, quelques éléments d’architecture et le linge séchant aux fenêtres rappellent l’influence orientale.

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Á un coin de rue, une vieille chaise fait fonction humoristiquement de caméra de surveillance !

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En 1854, le père Medourio Stéfanopoli, curé du rite byzantin, prend la décision de construire une église d’architecture occidentale qui sera achevée en 1872. Au-dessus de la porte d’entrée, l’inscription « Oikos Theou » signifiant Maison de Dieu, ne laisse pourtant planer aucun doute sur le rite qui y est célébré, impression confirmée dès qu’on a franchi le vestibule ou narthex ; le décor en trompe-l’œil avec une dominante bleutée et jaune égaye la longue nef à voûte ogivale. On constate l’absence de statues, de bénitier et d’orgue, ignorés dans le rite oriental. Les saints patrons du lieu sont Spiridon, évêque de Chypre et de Corfou au IIIème siècle, et la Vierge Marie.

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En lisant la notice de présentation de l’édifice, je découvre le mot iconostase inconnu dans mon patrimoine lexical. Il s’agit de la cloison de bois peint d’images, qui marque la limite entre la nef réservée à l’église militante des fidèles, et l’église triomphante, le Saint des Saints où se dresse la Table Eucharistique. Environ trois cents paroissiens pratiquent encore selon le rite grec.

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En sortant, sur le parvis, se dresse en face, de l’autre côté d’un petit vallon arboré, l’église latine dont la cloche bat à toute volée en cette heure de midi. La décoration est beaucoup plus sobre avec une seule fresque murale de la Cène dans le chœur.
Dans la nef, dans un décor pompeux d’arche et de colonnades en marbre blanc et noir, un poilu et une sainte, alliance du sabre et du goupillon, rendent hommage aux glorieux enfants de Cargèse morts pour la patrie.
Pour pique-niquer, nous descendons jusqu’au petit port de plaisance.

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Sacrilège peut-être, récent débarquement oblige, nous nous rassasions de charcuterie d’Ariège et de tomates et œufs de la ferme familiale, au pied d’une antique embarcation, tout en contemplant quelques ondines bronzant sur le pont de bateaux de retour de promenade dans le golfe de Porto et la réserve de Scandola.

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Mon « pays » Guy de Maupassant, lors de son escapade insulaire en 1880, ne fut pas non plus insensible au charme des beautés locales : « Au grand trot de mon cheval, une petite bête toujours frémissante, à l’œil furieux, aux crins hérissés, je contournai le vaste golfe de Sagone et je traversai Cargèse, le village grec fondé là par une colonie de fugitifs chassés de leur patrie. De grandes belles filles, aux reins élégants, aux mains longues, à la tête fine, singulièrement gracieuses, formaient un groupe près d’une fontaine. Au compliment que je leur criai sans m’arrêter, elles répondirent d’une voix chantante dans la langue harmonieuse du pays abandonné. »
Á la vitesse réduite de mon automobile, je me retrouve bientôt comme lui à Piana, l’un des deux villages de Corse classés, à juste raison, parmi les plus beaux de France. Les petites maisons blanches et le clocher de l’église se détachent sur le relief déchiqueté en arrière-plan.

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Santa Maria Assunta, Sainte-Marie de l’Assomption, de style baroque, possède quelques œuvres remarquables qui séduisirent tant une petite fille, lors d’une visite précédente, qu’elle souhaita acquérir quelques connaissances sur la vie du Christ ! Plutôt qu’une piéta, sur la petite place, à l’ombre d’un arbre multicentenaire, je déguste ma première Pietra du séjour, la délicieuse bière corse à la châtaigne. Mystère de la distribution, savez-vous que je la trouve moins chère en région parisienne ? Juste en face, le petit restaurant Chez Jeannette, avec sa salle voutée, existe toujours. Il y a quelques années, j’avais fait connaissance de la dite Jeannette … une normande comme moi ! En ces heures de sieste, l’épicerie rénovée est malheureusement fermée. Dommage, car j’y aurais fait provision de l’excellente charcuterie et notamment de fabuleux saucissons à la cendre dont je garde un souvenir ému ! Á propos de saveurs corses, je vous conseille de vous méfier de certains produits que certains supermarchés proposent aux touristes peu clairvoyants. Ainsi, s’il vous arrive de croiser des sangliers sur les routes de l’île de Beauté, mieux vaut ne pas en retrouver en terrine dans votre assiette car l’élevage en est interdit et à l’état sauvage, cet animal est réputé comme porteur de maladie. De même, le saucisson d’âne est un fantasme populaire car, n’en déplaise à Boby Lapointe et son inénarrable chanson Saucisson de cheval, en Corse, on ne tue pas les ânes qui sont souvent le bras droit de l’agriculteur. Enfin, acheter en été des figatelli, ces succulentes saucisses de foie locales, est une incongruité du calendrier et une quasi usurpation !
Qu’à cela ne tienne, je me repais bientôt d’un des plus merveilleux spectacles de la Méditerranée, les calanche (calanques en langue corse) de Piana, un chaos de rochers déchiquetés par l’érosion, que l’on traverse par un étroit défilé, en surplomb de la grande bleue.

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Je cède encore la parole à Maupassant : « Après avoir traversé Piana, je pénétrai soudain dans une fantastique forêt de granit rose, une forêt de pics, de colonnes, de figures surprenantes, rongées par le temps, par la pluie, par les vents, par l’écume salée de la mer.
Ces étranges rochers, hauts parfois de cent mètres, comme des obélisques, coiffés comme des champignons, ou découpés comme des plantes, ou tordus comme des troncs d’arbres, avec des aspects d’êtres, d’hommes prodigieux, d’animaux, de monuments, de fontaines, des attitudes d’humanité pétrifiée, de peuple surnaturel emprisonné dans la pierre par le vouloir séculaire de quelque génie, formaient un immense labyrinthe de formes invraisemblables, rougeâtres ou grises avec des tons bleus. On y distinguait des lions accroupis, des moines debout dans leur robe tombante, des évêques, des diables effrayants, des oiseaux démesurés, des bêtes apocalyptiques, toute la ménagerie fantastique du rêve humain qui nous hante en nos cauchemars.
Peut-être n’est-il par le monde rien de plus étrange que ces  » Calanche  » de Piana, rien de plus curieusement ouvragé par le hasard
. »
Rien à ajouter sinon que le spectacle est plus féérique encore en fin de journée lorsque le soleil couchant ensanglante tout ce fantastique peuple pétrifié. Et comme me confie un touriste normand qui me suit pour faire des photos, « à chaque virage, c’est encore plus beau » !

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La location nous attend. Je regrette de ne pouvoir descendre, depuis Piana, jusqu’à la petite plage de sable fin d’Arone à l’eau verte digne d’un lagon ; un bout du monde, une fin de terre. Un « finistère » même, puisque pour l’atteindre, il faut traverser la lande du Capu Rossu qui rappelle les bruyères de Cornouaille. Je me souviens d’avoir fort bien mangé sous une treille à la paillote de la plage.

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Danielle Casanova, une grande résistante communiste, était originaire d’un hameau de Piana. En hommage à son combat pour la liberté, des écoles, des hôpitaux, des rues et même un ferryboat de la SNCM, portent son nom.
« Et soudain, sortant de là, je découvris le golfe de Porto, ceint tout entier d’une muraille sanglante de granit rose reflétée dans la mer d’azur. » C’est encore mon bel-ami du Pays de Caux qui parle !

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Tout en surveillant (suffisamment ?) la route étroite et sinueuse pour éviter toute mauvaise rencontre, je ne cesse de jeter des coups d’œil à la mer toute bleue qu’on voit danser le long des golfes clairs. Excusez mon médiocre pastiche de Charles Trenet, d’autant plus qu’ici, c’est plutôt l’idole Tino Rossi qui roucoule Ô Corse île d’amour !
Quelques lacets encore et je parviens à hauteur d’Osani, la commune la plus septentrionale de la Corse du Sud, sur le littoral occidental.

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Á San Francisco, il y a une maison bleue accrochée à la colline. Á Osani, ce sont des maisons aux volets bleus qui sont nichées sur les pentes de la Punta Castellucciu (585 m).

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Isolée sur un terrain presque vague, à l’entrée du village, l’église Saint-François toute blanche possède un faux air de chapelle mexicaine. Bien qu’une petite fille, au moyen de son portable, serine son impatience de nous retrouver, nous nous glissons quelques instants dans les sentes et escaliers empruntés également par les vaches en liberté, à en juger par les souvenirs qu’elles y déposent. Le village qui a connu l’exode rural, tente doucement de retrouver vie. Paisible, il n’offre véritablement aucune curiosité touristique mais il y fait bon déambuler à la recherche d’un parfum d’authenticité. Noël en juillet, les clémentines et les citrons égayent les vergers de leurs boules orange et jaunes.

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En observant bien, nous repérons quelques traces du passé, ici le four à pain communal, là une fontaine en granit rose, plus loin, dans un jardinet, une autre fontaine de fortune faite de petites barriques témoignages d’anciennes vignes.
Une mine d’anthracite fut même exploitée au début du vingtième siècle.
Tel un petit temple, une imposante tombe de granit rose très décorée surplombant le cimetière, rappelle la légende de Lorenzo, un jardinier de la commune. Voyant sa fiancée Calixta partir avec la confrérie pour soigner les malades d’une épidémie, et pressentant qu’il ne la reverrait plus, Lorenzo mourut de chagrin le soir même. Les villageois décidèrent alors d’ériger en sa mémoire, la plus belle tombe du cimetière.
Á l’autre bout du village, de manière plus humoristique, un crâne de vache cloué à un pieu tient lieu de calvaire ; petit frisson avant d’entamer, au milieu des chênes verts et des oliviers, une descente très abrupte de quatre kilomètres jusqu’à la plage de Gradelle, un autre bout du monde.

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En ce début d’après-midi, à cause du libeccio, vent violent corse soufflant de l’Ouest, des nuages s’accrochent aux pics déchiquetés, et la mer en rouleaux se brise sur les rochers. Allez savoir pourquoi, bien que ne l’ayant jamais doublé, j’ai comme une vague sensation de Cap Horn. Pour nourrir plus encore mon imagination, deux chercheurs d’or ont repris les terres familiales pour produire l’Oru di u Pumonte, une huile d’olive goûteuse à la couleur dorée qu’on peut se procurer au restaurant de la plage.
Retour sur mes pas pour rejoindre la route en corniche qui mène de Piana à Calvi ; quelques centaines de mètres plus loin, j’atteins le sommet du col de la Croix dont les parkings automobiles sont quasi complets. C’est ici le point de départ du fameux sentier du facteur qui mène encore à un autre bout du monde, le hameau de Girolata, uniquement accessible à pied ou par mer.

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Il y a encore cinq ans, Guy Ceccaldi, figure emblématique de l’administration de La Poste, héros de nombreux reportages télévisés notamment dans les émissions Faut pas rêver et Thalassa, effectuait, deux fois par semaine, le trajet de sept kilomètres à travers le maquis pour distribuer le courrier aux rares habitants permanents de Girolata (moins de 10 à la morte saison). Pour l’avoir fait, il y a quelques années, en plein midi, par une chaleur accablante, je savoure sa performance. Voilà un fonctionnaire qui mérite amplement un régime spécial de retraite ! Cela dit, la balade est magnifique avec des échappées sur la grande bleue, la descente jusqu’à la plage déserte de Tuara puis la plongée vers le minuscule golfe au fond duquel se blottit le pittoresque hameau dépendant de la commune d’Osani. Après cet effort, le réconfort, une bouteille d’eau pétillante Orezza bien fraîche puis une flânerie sur la presqu’île entre l’aghja, l’aire où l’on battait autrefois le blé, et le fortin édifié par les Gênois, après qu’ils eussent capturé ici même en 1540, le célèbre pirate turc Dragut.

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Tout aussi sublime, il y a deux ans, je m’étais rendu à Girolata en bateau, en traversant la réserve naturelle de Scandola, véritable sanctuaire pour la faune et la flore. Voici quelques clichés pris à l’époque.

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Je reviendrai passer quelques jours tranquilles à Girolata mais aujourd’hui, il est temps de dévaler le col de Palmarella pour retrouver le port de Galeria, un nom si peu prédestiné pour le terminus d’une étape enchanteresse. Quoique … est-ce une conséquence du séisme et du rapprochement de la plaque africaine mais les rives du delta du Fango hébergent cette année, une faune quelque peu exotique !!!

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Publié dans:Coups de coeur, Ma Douce France |on 12 août, 2011 |3 Commentaires »

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