La pie ne fait pas le moineau !

Pour faire la photo d’un oiseau
Lorsqu’on n’a pas le talent de Doisneau
Fixer d’abord une fenêtre
Légèrement entrouverte
Cadrer ensuite
Quelque chose d’utile
Pour l’oiseau
Se cacher derrière le rideau
Sans rien dire
Sans bouger …
Parfois l’oiseau arrive vite
Mais il peut mettre de longues minutes
Avant de se décider
Ne pas se décourager
Attendre
La vitesse de l’obturateur
Et la vivacité de l’oiseau
Ayant rapport
Avec la réussite de la photo
Quand l’oiseau arrive
S’il arrive
Observer le plus profond silence
Attendre que l’oiseau grimpe sur le bol
Et quand il commence à becqueter
Déclencher en rafale l’appareil photo …
Puis
Avec Photoshop, enlever le rideau …

Les pitreries quotidiennes de quelques moineaux m’ont inspiré ce médiocre pastiche du poète. Je vous ai servi l’original dans mon récent billet du 15 juin 2011 « Mon débarquement en Normandie … Opération Prévert ».
Tout a commencé avec l’éclosion précoce d’un printemps radieux. Une colonie d’oiseaux de toutes espèces -il n’y a pas encore de quotas dans ma banlieue- squattèrent les tilleuls en face de mon appartement. L’idée hospitalière vint à ma compagne, d’ouvrir une annexe des restos du cœur de Piaf, en remplissant de miettes de pain, un bol sur le rebord de la fenêtre de la cuisine.
Avant que l’adresse ne soit diffusée dans tous les arbres de la résidence, pendant plusieurs semaines, l’unique cliente fut une pie. Une de ces pies qu’on appelle ageasse en Poitou, ajaça dans le sud-ouest de la France, ou encore agace en Provence, et que Linné nomma Pica pica, bref une vraie Pie bavarde à la hauteur de sa réputation de jacassière.
Plutôt qu’en dire pis que pendre, n’en déplaise au compositeur italien Gioachino Rossini, cette pie-là, à sa décharge, n’est point voleuse puisqu’elle vient glaner sa pitance avec notre total consentement. Et comme j’en suis à combattre quelques idées reçues, c’est aussi une pie qui chante mal. Ses vocalises rauques et nasales ne valent vraiment pas un opéra, ni même un bonbec !
Le naturaliste Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon, qu’il me plaît souvent de citer quand je présente des animaux, précise, à propos de la pie, dans son Histoire Naturelle des Oiseaux que « Margot est le nom qu’on a coutume de lui donner, parce que c’est celui qu’elle prononce le plus volontiers ou le plus facilement, et (que) Pline assure que cet oiseau se plaît beaucoup à ce genre d’imitation, qu’il s’attache à bien articuler les mots qu’il a appris, qu’il cherche longtemps ceux qui lui ont échappé, qu’il fait éclater sa joie lorsqu’il les a retrouvés, et qu’il se laisse quelquefois mourir de dépit lorsque sa recherche est vaine, ou que sa langue se refuse à la prononciation de quelque mot nouveau ».
Louis Pergaud, avant d’écrire sa joyeuse Guerre des Boutons, publia un recueil de nouvelles intitulé De Goupil à Margot, histoires de bêtes avec lequel il obtint le Prix Goncourt en 1910 : « Radotante comme une aïeule en enfance qui répète sans savoir le même cri, monotone d’intonation et vide de sens, saoule du matin au soir, inconsciente de la dignité sauvage que, prisonnière, elle avait su garder d’abord avec ses geôliers, Margot la pie ravalant pour le plaisir des humains ses besoins et ses gestes, ne se faisait plus depuis longtemps les amères réflexions qui avaient tant attristé les premiers jours de sa captivité.
Loin, bien loin maintenant la mer moutonnante des frondaisons, les corridors de verdure, les chênes hospitaliers où s’ébattait jadis, parmi les senteurs sylvestres, sa jeune liberté. Pourquoi, après avoir échappé à la glu de la mare, au trébuchet de l’oiseleur, au plomb du braconnier, à l’appeau du chasseur, s’être fait prendre et finir ainsi !
»
À en juger par la manière dont Pergaud décrit la captivité de Margot, je conçois que la pie ne se répande pas trop en bavardages à ma fenêtre. Méfiante et farouche, au moindre bruit ou à la moindre ombre qui se profile derrière les rideaux, elle s’envole vers la cime des arbres voisins.
Pourtant, j’aurais bien des questions à poser à celle qui s’avère être un personnage de roman aux multiples facettes. Ainsi, dans La Pie saoule d’Henri Vincenot, elle se révèle plus entreprenante :
« Il aurait peut-être tout brisé, de rage et de dépit, si, sur la table, il n’avait pas vu la pie Margot qui était restée prisonnière. Il allait l’assommer d’un coup de trique lorsque l’oiseau s’approcha d’un verre à moitié plein de vin, qui traînait là, parmi des couennes. Elle y plongea le bec et but à petites gorgées. Alexandre commença à ricaner en sourdine et la regarda faire. Elle but encore plusieurs lampées et, à chaque fois qu’elle buvait, Alexandre riait plus fort et il éclata de rire d’un seul coup lorsqu’il la vit caqueter en titubant. Enfin, bavant, l’œil torve, plumes ébouriffées, la pie saoule s’effondra, pantelante, grognante, méchante. Alexandre, en riant, lui cria : « Crève, Margot, crève-lui le cœur ! » puis, se renversant sur sa chaise, il laissa jaillir son contentement mauvais.
Depuis ce jour, la pie prise par son vice, revint souvent frapper du bec à la vitre d’Alexandre, et chaque fois plus laide, plus hargneuse, plus arrogante. Chaque fois aussi Alexandre lui ouvrit son guichet en disant :
-Te voilà charogne ? Tu veux boire la goutte, hein ?
Et il l’emmenait du côté de son tonneau. Elle buvait jusqu’à succomber, faisait scandale, souillait la table et s’endormait affalée sur du vieux linge ..
. »
Vincenot, conteur truculent, auteur du roman à succès La Billebaude, et … journaliste durant vingt ans à La Vie du Rail, fait de cette Margot burgonde, l’oiseau de compagnie de Lazare Denizot, un forgeron au village de Châteauneuf-en-Bourgogne, qui, attiré par le monde des trains et des cheminots, la délaisse pour participer à la construction de la première ligne de chemin de fer Paris-Lyon qui passe par Dijon, au milieu du dix-neuvième siècle.
La « vallée noire » en Berry, chère à George Sand, souvenez-vous de La Mare au Diable, fut longtemps baignée de légendes et de superstitions ancestrales. Ainsi, selon les Évangiles du Diable, lorsque Dieu eut fait le mouton, le Diable fit le renard, le premier ayant fait le chien, le second créa le loup, l’un le lièvre, l’autre le putois, à l’alouette, le démon répondit par l’épervier, au pigeon, il préféra la pie, bref, à chacun son vrai maître.
Certains Berrichons obscurantistes pensaient que la pie portait en son crâne, un petit os du diable. On l’accusait même d’avoir apporté dans son bec, l’épine la plus acérée qu’elle eût trouvée sur la Terre Sainte pour la glisser dans la couronne du Christ. Ainsi, dans un village de cette région de sorcellerie, au moment de Pâques, les enfants de chœur avaient pour coutume, d’attraper des pies à la glu et de venger le Christ en leur enfonçant des aiguilles et des épingles dans le crâne.
Les légendes ont la vie dure, toujours est-il que ma pie me rendit visite de moins en moins souvent, à la période pascale, ce dont profitèrent une volée de moineaux.

La pie ne fait pas le moineau ! dans Coups de coeur moineaublog6

moineaublog9 dans Histoires de cinéma et de photographie

Dans sa nomenclature, Buffon compte jusqu’à soixante-sept espèces et neuf variétés différentes de moineaux. Il s’agit là du Moineau domestique (ou Passer domesticus) de la famille des Passéridés. On lui attribue parfois le nom de moineau franc (ou français); qui sait si avec le temps, au cas où la convention de Schengen s‘étendrait à la libre circulation des oiseaux, cette appellation ne tombera pas en désuétude. Voilà une tâche « douillette » et inoffensive à laquelle pourrait s’atteler notre nouveau ministre en charge des ressortissants français de l’étranger ! Dans le cadre de la géopolitique ornithologique, je signale l’existence d’un moineau friquet, un cousin proche, vivant surtout en zone rurale. Son nom ne signifie nullement une certaine aisance sociale ; friquet désignait en vieux français, quelqu’un de vif et sémillant (comme métaphoriquement, le moineau). Mes moineaux à moi s’appellent aussi communément pierrot depuis que Jean de La Fontaine, dans sa fable Le Chat et les deux Moineaux, prénomma ainsi l’un d’eux :

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À Monseigneur le duc de Bourgogne

« Un chat contemporain d’un fort jeune Moineau
Fut logé près de lui dès l’âge du berceau ;
La Cage et le Panier avaient mêmes Pénates.
Le Chat était souvent agacé par l’Oiseau :
L’un s’escrimait du bec, l’autre jouait des pattes.
Ce dernier toutefois épargnait son ami.
Ne le corrigeant qu’à demi
Il se fût fait un grand scrupule
D’armer de pointes sa férule.
Le Passereau moins circonspect,
Lui donnait force coups de bec.
En sage et discrète personne,
Maître Chat excusait ces jeux :
Entre amis, il ne faut jamais qu’on s’abandonne
Aux traits d’un courroux sérieux.
Comme ils se connaissaient tous deux dès leur bas âge,
Une longue habitude en paix les maintenait ;
Jamais en vrai combat le jeu ne se tournait ;
Quand un Moineau du voisinage
S’en vint les visiter, et se fit compagnon
Du pétulant Pierrot et du sage Raton.
Entre les deux oiseaux, il arriva querelle ;
Et Raton de prendre parti.
Cet inconnu, dit-il, nous la vient donner belle
D’insulter ainsi notre ami !
Le Moineau du voisin viendra manger le nôtre ?
Non, de par tous les Chats ! Entrant lors au combat,
Il croque l’étranger. Vraiment, dit maître Chat,
Les Moineaux ont un goût exquis et délicat !
Cette réflexion fit aussi croquer l’autre.
Quelle Morale puis-je inférer de ce fait ?
Sans cela toute Fable est un oeuvre imparfait.
J’en crois voir quelques traits ; mais leur ombre m’abuse,
Prince, vous les aurez incontinent trouvés :
Ce sont des jeux pour vous, et non point pour ma Muse ;
Elle et ses Soeurs n’ont pas l’esprit que vous avez.
« 

Le duc de Bourgogne est le fils de Louis de France, le grand dauphin, et le petit-fils de Louis XIV. Il a douze ans lorsque La Fontaine écrit cette fable flatteuse à son égard, considérant sa muse ainsi que tous les autres arts, comme inférieurs à l’esprit du duc. N’y a-t-il pas une contradiction avec les propos énoncés au sein même de la fable, décrivant le moineau comme un être exubérant et imprudent, métaphore d’une jeunesse trop sûre d’elle qui ne se rend pas compte des dangers du monde.
Les moineaux de ma résidence sont rassurés, je ne joue pas les moralistes … quoiqu’ils fussent à l’origine de quelque querelle pour des motifs d’ordre architectural. En effet, membre du conseil syndical de ma résidence, je fus témoin, lors des réunions de chantier, à l’occasion de travaux de ravalement, de discussions acharnées autour de la pose ou non de cache-moineaux, ces pièces de calfeutrement en bois ou en métal, disposées en façade, au-dessus des fenêtres, pour interdire l’accès aux oiseaux.

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Ils me savent gré de ma neutralité bienveillante puisqu’ils continuent à pépier gaiement à la fenêtre de la cuisine, tordant le cou, par là même, à quelques idées reçues. Déjà, le fait de manifester ainsi leur gratitude prouve qu’ils ne possèdent pas une aussi petite cervelle que l’on prétend.
De même, affirmer qu’une personne qui mange très peu, possède un appétit de moineau, relève d’un réel manque d’esprit d’observation ou constitue une erreur grossière d’anthropomorphisme. Buffon confie « qu’il faut à peu près vingt livres de blé par an pour nourrir un couple de moineaux, des personnes qui en avaient gardé dans des cages, l’en ayant assuré ». Et pour abonder en son sens, ce sont trois à quatre bols remplis de morceaux de pain qu’engloutissent, quotidiennement, mes amis pierrots. Et pas n’importe quel pain ; à la baguette flasque d’Intermarché, ils préfèrent des pains spéciaux maison à base de farine d’épeautre, de seigle ou de multi-céréales, confectionnés avec notre machine. En une occasion, nous leur proposâmes bien une brioche manquant de fraîcheur mais l’ampleur des dégâts suite à leurs ennuis gastriques nous amena à y renoncer.
Vous constatez que ce n’est pas la misère qui les a fait tomber du nid, contrairement à la triste histoire du Moineau de Paris chantée autrefois par Les Frères Jacques :

« Dans l’ jardin public, tout ensoleillé,
Un petit moineau sur l’herbe est tombé ;
Un gosse en haillons sur l’oiseau se jette,
Mais une brave dame d’un geste l’arrête.
Que fais-tu, gamin ? Laisse-le partir !
Ça t’amuse donc bien de le faire souffrir ?
Ma, que l’gosse répond, voyons la p’tit’ mère,
On s’ connaît tous deux puisque l’on est frères ;
Car moi aussi, j’ suis un petit
Que la misère a fait tomber du nid.
J’ suis l’moineau, j’suis l’ titi ;
J’ suis l’ gamin d’ Paris.
Dans la rue, je me faufile,
Nez au vent, bataillant,
Mais toujours chantant,
J’ vais tout droit sans me faire de bile,
J’ suis blagueur, j’ suis farceur,
Ça, y a pas d’erreur.
Mais comme au fond, j’ai bon cœur
J’ vais grimper tout là-haut de peur qu’il s’ennuie,
Remettre mon moineau dans son nid.
La bonne dame émue lui dit : Mon enfant,
T’es tout seul, veux-tu que j’ sois ta maman ?
L’enfant a dit oui ; elle l’amène chez elle,
Lui fait don de tout, c’est une vie nouvelle.
Mais, en grandissant, il se sent gêné.
Il n’ pense qu’à une chose : c’est sa liberté.
Dehors, le soleil éclaire la grande route.
C’est l’ printemps qui chante ; joyeux, il écoute.
Alors un soir, il est parti,
Laissant seulement ces quelques mots d’écrits :
J’ suis l’moineau, j’ suis l’titi ;
J’ suis l’ gamin d’ Paris.
Dans la vie faut que j’ me faufile.
Je suis grand, j’ai vingt ans ;
Faut que j’aille de l’avant.
Bonne maman, ne t’ fais pas de bile.
J’ suis blagueur, j’suis farceur,
Ça, y a pas d’erreur,
Mais n’ crois pas qu’ j’ai mauvais cœur.
M’en veux pas, tu l’ sais bien : quand ils ont grandi,
Les moineaux se sauvent de leur nid.
Maint’nant, la brave dame a les ch’veux tout blancs.
Mais elle songe enfin à son grand enfant
Qui s’est envolé, l’âme vagabonde.
R’viendra-t-il un jour ? C’est si grand le monde.
Mais voilà qu’un soir, quelqu’un a sonné.
Un sergent est là, sergent décoré.
Monsieur, vous d’mandez ?
Lui n’ose rien dire
Puis soudain s’avance dans un bon sourire
Et la prenant entre ses bras,
Il dit : Maman, tu n’ me reconnais donc pas ?
C’est l’ moineau, c’est l’ titi ;
C’est l’ gamin d’ Paris
Qui revient au domicile.
J’ suis pas riche, maintenant
Mais j’ gagnerai d’ l’argent.
Bonne maman, ne t’ fais pas d’ bile.
Je suis blagueur, j’suis farceur,
Ça, y a pas d’erreur,
Mais l’ travail ne m’ fait pas peur.
Mon devoir envers toi, maint’nant, j’ l’ai compris :
C’est mon tour de réchauffer ton nid... »

http://www.deezer.com/listen-2760931

Derrière cette chanson aussi sautillante que la démarche de l’oiseau, se cache un drame social que la joyeuse bande en collant et justaucorps, apaisait avec beaucoup d’humour et de poésie.

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Je me souviens, dans mon enfance, de tous ces titis, ces mimiles, ces moineaux, de Paname ou de province, qui sifflaient dans les rues. Même, Jean Gabin sifflait dans les films de Marcel Carné, le coeur en fête après les congés payés de 1936. J’ai encore en mémoire un artisan, repeignant la maison, qui sifflait à longueur de journée le succès d’une (jeune) Line Renaud: « Toi ma p’tite folie, Mon p’tit grain de fantaisie, Toi qui boul’verses, Toi qui renverses, Tout ce qui était ma vie« ! Savez-vous que, échange de bon procédé, c’est le chant d’un oiseau sur la branche qui inspira à Michel Polnareff, la musique d’ Âme câline?  Signe des temps, les d’jeuns préfèrent, aujourd’hui, écouter leurs refrains, le casque collé sur les oreilles.

« ...Envolés les bougnats café-bois-et-charbon
Les flambeurs de java soignant leurs peines de coeur au Martini-Picon
Les sifflets des poulbots qui fusaient de la place, quand les filles à marlou
Valsaient la chaloupée l’été à la terrasse des caboulots
Où sont passés les fous rires et tous les mots doux des amants de la Seine
Qu’étrennaient leur bonheur
Des quais de l’Ile Saint-Louis à Notre-Dame en fleurs
Dans quels nids haut-perchés du paradis
Des photographes se cachent les petits moineaux
Du Paris de Doisneau chantés par la môme Piaf
Les accords de l’accordéon désaccordé du beau Léon
Me filent à fleur de peau des nappes de langueur, des vagues de frissons
Et dans ce vieux décor illuminé par les tubes au néon
Je noie mon mal d’amour dans les bras du Paname encerclé par les tours
Qu’est-ce qu’y t’ont pas fait, mon Paris, ma canaille, tous ces démolisseurs
Qu’ont un pavé dans le coeur et des semelles en béton
Par où s’est envolé l’esprit des ritournelles s’évadant des ruelles
Et du pavé des cours sous l’aile des hirondelles du faubourg
T’as l’air d’un nouveau riche qu’a honte de son passé et qui jette la photo
Déchirée de son âme par dessus les périph’s
Je t’abandonne aux touristes, aux branleurs de Tour Eiffel
Et je retourne en banlieue demander au bon dieu de faire la courte échelle ... »

Cette chanson nostalgique de Jacques Higelin me « file à fleur de peau, des vagues de frissons ». Ma grand-mère paysanne devenait une hirondelle des faubourgs, le temps d’une chanson de Georgette Plana. Mes parents fredonnaient les airs de la môme Piaf. Il y eut même une môme Moineau : sous ce pseudonyme, se cachait Lucienne Suzanne Dhotelle, une artiste française des années 1920 qui, après avoir chanté dans la rue devant le Fouquet’s, connut la gloire à Broadway. Elle épousa un richissime homme d’affaires portoricain et devint milliardaire. Je me souviens que, dans mon enfance, mon père me montra son yacht somptueux amarré au port de Cannes ! Je rêve beaucoup moins, aujourd’hui, devant ces signes extérieurs de richesse !
Il y avait du moineau dans le photographe Doisneau. Cela inspira même le titre d’un de mes billets que je lui ai consacré à l’occasion d’une exposition en son hommage (lire Ouvrez la cage au Doisneau !, billet du 1er mars 2010). Son œil malicieux aimait surprendre la bouille un brin effrontée des gamins de Paris et de la banlieue populo de l’après-guerre. Le 1er avril 1994, jour de poisson-gag, le petit oiseau refusa, pour l’éternité, de sortir de son objectif. L’ami Robert repose dans un petit cimetière des Yvelines, au cœur de la forêt de Rambouillet. Le hasard d’une promenade fait que je me suis recueilli sur sa tombe alors que j’écrivais ce billet. Sous les frondaisons, les piafs chantaient gaiement auprès du môme Doisneau.

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Les moineaux sont particulièrement sociables et s’approchent volontiers de l’homme. Trop peut-être si l’on en croit Buffon qui brosse d’eux, un portrait somme toute guère flatteur: « On a remarqué qu’il y en a plus dans les villes que dans les villages. Ils suivent la société pour vivre à ses dépens ; comme ils sont paresseux et gourmands, c’est sur des provisions toutes faites, c’est-à-dire sur le bien d’autrui qu’ils prennent leur subsistance … et comme ils sont aussi voraces que nombreux, ils ne laissent pas de faire plus de tort que leur espèce ne vaut, car leur plume ne sert à rien, leur chair n’est pas bonne à manger, leur voix blesse l’oreille, leur familiarité est incommode, leur pétulance grossière est à charge ; ce sont de ces gens que l’on trouve partout et dont on n’a que faire, si propres à donner de l’humeur que dans certains endroits on les a frappés de proscription en mettant à prix leur vie » !
Vous y allez un peu fort, monsieur le comte ! J’ose vous avouer que je les trouve moins goujats que certains riverains de l’espèce humaine qui sautent par-dessus le portail de la résidence faute d’en posséder le code d’accès ! Et je ne trouve rien à redire qu’ils s’invitent à manger le pain des Franciliens sous leurs fenêtres.
Je m’attendris devant leur manège incessant : juchés sur le rebord du bol, ils se dressent sur leurs pattes frêles, jettent un rapide coup d’œil curieux dans la cuisine, sait-on jamais un « greffier » pourrait y rôder, puis plongent leur bec pour s’emparer de la mie bien tendre qu’ils vont picorer dans un arbre voisin.

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À l’heure où j’écris ces lignes, j’espère qu’ils ne m’en veulent pas (trop) de leur ôter le pain du bec pendant mes quelques semaines d’absence pour cause de vacances.

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5 Commentaires Commenter.

  1. le 17 juillet, 2011 à 23:57 Françoise écrit:

    Après cette longue lecture, compte tenu de l’heure, je vais me coucher et je vous souhaite de très agréables vacances.
    A bientôt dans vos pages ou les miennes.
    J’espère que vous profiterez du beau temps et du soleil pour vous promener.
    Ici, c’est l’hiver, pas très froid sur la côte mais venteux et pluvieux.
    Bonnes vacances à nouveau.

    Répondre

  2. le 19 juillet, 2011 à 11:32 clara65 écrit:

    bonjour Jean-Michel,
    Pas d’inquiétude pour la faute (de frappe) sur votre commentaire.Cela peut m’arriver aussi, mais c’est vrai j’aime l’orthographe.
    Votre article sur ces petits piafs, j’étais déjà venue en lire une partie et je l’ai relu maintenant. Il est très complet. C’est vrai que partout, les moineaux sont très hardis.
    Excellente journée, et à très bientôt !
    Amicalement.

    Répondre

  3. le 25 juillet, 2011 à 10:57 Françoise écrit:

    Les vacances sont-elles bientôt finies ?
    J’attends votre retour avec une certaine impatience.
    J’espère que le ciel a été clément pour vous car il semble que juillet n’a pas été très ensoleillé.
    A bientôt.

    Répondre

  4. le 25 juillet, 2011 à 13:43 encreviolette écrit:

    Les vacances sont éternelles pour un retraité, encore plus en Corse …
    Le soleil est au rendez-vous, le vent aussi!Je n’écris point mais j’ai en tête quelques balades pour le mois d’août, ne vous impatientez donc pas trop. En attendant, descendez le long de la rivière Fango en lisant le billet du 14 août 2010.
    Bien cordialement.

    Répondre

  5. le 31 juillet, 2011 à 17:41 MW écrit:

    Les vacanciers les abandonnent mais l’hiver est autrement difficile pour les oiseaux. Aussi, depuis quelques années, nous nourrissons les mésanges, moineaux, merles, verdiers, etc, avec des graines, du pain, des boules de graisse.
    Aux beaux jours, certainement par reconnaissance (?) il nous font la joie de nous visiter en famille.
    Quel plaisir de voir les mamans donner la becquée à leur (s) petit (s) toujours insatiable (s).
    Je m’interroge :
    - où se trouvent les nids des moineaux,
    - où les oiseaux vont-ils mourir ?
    Merci pour ton blog si intéresssant et varié.

    Répondre

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