Archive pour octobre, 2010

« J’ai deux grands boeufs dans mon étable »… (m)euh sur mon rond-point!

Je vous ai entretenu dans un billet du 17 septembre 2008, de cette fièvre des ronds-points qui terrasse ma commune. Cet été, comme dernière œuvre d’art topiaire, cet art du paysage qui consiste à tailler des végétaux en sculptures géométriques ou figuratives, ce sont deux bœufs tirant un chariot qui font tourner en bourrique les chevaux-vapeur.

Allez savoir pourquoi, à chaque fois que je contourne ce rond-point, me revient en mémoire une vieille chanson qui appartient désormais au folklore français :

« J’ai deux grands bœufs dans mon étable,
Deux grands bœufs blancs marqués de roux
La charrue est en bois d’érable,
L’aiguillon en branche de houx.
C’est par leurs soins qu’on voit la plaine
Verte l’hiver, jaune l’été.
Ils gagnent dans une semaine
Plus d’argent qu’ils n’en ont coûté… »

En fait, j’ai ma petite idée sur l’origine de ce phénomène pavlovien. Ce « chef-d’œuvre » de lyrisme paysan fut créé en 1845 par le poète et chansonnier Pierre Dupont mais, au tout début des années 1960, Marcel Amont le reprit sur un disque vinyle 30 cm, « Nos chansons de leurs 20 ans ». Et un oncle cher que j’ai également évoqué (voir billet du 19 mai 2009), crut possible d’enrayer mon goût pour la déferlante yéyé en m’offrant ce désormais « collector ». C’est ainsi qu’aujourd’hui encore, l’ivresse aidant, à défaut de chansons à boire, je peux regretter « Adieu Venise provençale/Adieu pays de mes amours/Adieu cigalons et cigales/Dans les grands pins chantez toujours », ce qui est cocasse de la part d’un normand( !), ou supplier « Marinella/Ah reste encore dans mes bras/Avec toi je veux jusqu’au jour/Danser cette rumba d’amour… » C’est l’occasion de rendre hommage à Marcel Amont, un alerte octogénaire, qui dans mon enfance, connut un énorme succès. C’était une extraordinaire bête de scène capable par exemple de tenir en haleine son public vingt minutes avec « Un mexicain basané… Est allongé sur le sol… Son sombrero sur le nez… En guise…. En guise… En guise, en guuuuuuuuiiiiiise… De parasol… » Et de passer encore vingt autres minutes à conter l’histoire d’Escamillo, un torero de fuego de la Sierra Morena, très agacé par les mouches, un beau soir d’été ! Flamenco « flytoxant » et transition bovine habile pour en revenir à mes bœufs !
Dociles, avez-vous remarqué que dans la littérature on leur adjoint souvent le qualificatif de paisibles, puissants et résistants à l’effort, ne dit-on pas fort comme un bœuf (imaginez alors un bœuf turc !), ces braves bovins furent utilisés comme animaux de trait dès le IVéme millénaire avant J.C. Cette pratique déclina dans nos pays européens industrialisés dans la première moitié du vingtième siècle avec le développement du cheval puis la mécanisation. Je me souviens dans ma prime enfance, des percherons qui décoraient le pavé des rues de mon village, de « quelques brioches tièdes » comme écrivait Pagnol quand il glorifiait son père. Je me rappelle aussi des boulonnais de ma grand-mère au rythme lent desquels nous rejoignions les champs au temps des moissons. Les bœufs de trait prévalaient plutôt dans la France méridionale et, il y a encore une vingtaine d’années, j’en rencontrais encore au détour de mes promenades dans certains coins reculés d’Ariège.

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Aujourd’hui, ils sont à la fête lors de manifestations témoignant des activités agricoles d’antan, ainsi celle d’ « Autrefois le Couserans » qui se déroule chaque été à Saint-Girons.

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Les bœufs de trait travaillaient la plupart du temps par paire. L’attelage leur permettant d’avancer de manière synchrone, consistait en un joug à cornes, une barre en bois placé entre les cornes des deux bœufs, remplacé par la suite par le joug de garrot fixé à l’encolure des animaux.
Le bois du joug était parfois taillé pour le décorer. Dans le Sud-Ouest, le joug était de temps en temps surmonté d’un surjoug ou clocher de joug. En bois tourné, sculpté à la main, de forme allongée, il avait pour fonction, outre décorative, d’équilibrer et d’optimiser la position de l’animal, ainsi que de distinguer le propriétaire de l’attelage.
Des pièces de tissu protégeaient parfois les yeux des boeufs des insectes piqueurs ou suceurs, en particulier des taons appelés aussi mouches à bœuf. Comme quoi il n’y a pas qu’Escamillo qui soit importuné par les mouches !

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La relative lenteur des boeufs comparée à celle des chevaux, ne constituait pas forcément un défaut car elle permettait un meilleur contrôle de la machine tractée. Bien qu’ils le soient, ils peuvent éventuellement le réfuter en reprenant à leur compte la locution familière qu’ils ne sont pas des bœufs pour demander d’être traités avec plus d’égard, ne pas être bousculés ni pressés dans l’accomplissement d’une tâche ! Le général De Gaulle traitait bien les Français de veaux pour fustiger leur apathie ! Plus subtil dans son propos, le fabuliste Jean de La Fontaine mit en scène une grenouille envieuse d’égaler un bœuf en grosseur. « La chétive pécore s’enfla si bien qu’elle creva » ! La vanité règne toujours : « Le monde est plein de gens qui ne sont plus sages/Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs/Tout petit prince a des ambassadeurs/Tout marquis veut avoir des pages » et tout petit président a des ministres courtisans !
C’est peut-être encore en référence à leur lenteur proverbiale qu’on appelait parfois familièrement l’automobile 2 CV Citroën, la légendaire « deudeuche », une « deux bœufs » . En tout cas, ce véhicule naquit en 1948 de l’esprit d’un ingénieur qui, de la fenêtre de sa maison de Lempdes, près de Clermont-Ferrand, voyait passer les paysans avec leur femme et enfants se rendant au marché vendre leurs produits, sur de vieilles charrettes tirées par des bœufs ou des chevaux. L’idée lui vint alors que si la femme pouvait venir seule au marché dans une voiture, son époux pourrait consacrer ce temps gagné à travailler à la ferme ! CQFD !

« …Les voyez-vous les belles bêtes
Creuser profond et tracer droit
Bravant la pluie et les tempêtes
Qu’il fasse chaud, qu’il fasse froid ?
Lorsque je fais halte pour boire,
Un brouillard sort de leurs naseaux,
Et je vois sur leurs cornes noires
Se poser les petits oiseaux… »

Je reviens aux deux grands bœufs blancs tachés de roux sortis de l’étable de Pierre Dupont pour investir le rond-point de l’Agiot près de chez moi. Ils sacrifient à la mode du tout bio dans leur parure de feuillage vert.
Ménageant le suspense et les risques de rébellion d’associations féministes, le moment est venu cependant de vous dévoiler le refrain de ce qui fut un immense succès à sa sortie au milieu du XIXéme siècle et qui figure encore parfois dans des anthologies de la poésie française. Cliquez sur la photo pour le découvrir, femmes susceptibles vous abstenir !

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Coup de tonnerre, Les boeufs apportent une soudaine et grande popularité à Pierre Dupont qui jusqu’alors, connaît plutôt les vaches maigres. Né en 1821 à La Rochetaillée près de Lyon, après des études dans un petit séminaire, il entre comme canut dans une filature de soie à Lyon ce qui lui inspirera plus tard sa Chanson de la Soie :

« Que de métiers ! que de bobines !
Que de travaux et d’oeuvres d’art !
Quel essor donnent aux machines
Vaucanson et l’humble Jacquard !
Quand l’insecte a fini sa tâche
Des milliers de doigts sont en jeu !
Les fils sont croisés sans relâche
L’homme achève l’oeuvre de Dieu… »

Il devient par la suite commis banquier manifestant surtout du goût pour « couvrir de vers les grandes feuilles de papier à lignes rouges des bilans comptables ». Poussé par sa vocation littéraire, il monte à Paris en 1841, bien décidé à se faire un nom. « J’me voyais déjà » .., tâche peut-être plus compliquée quand on s’appelle Dupont ! Survient ce jour de 1845 où, à l’occasion d’une promenade en banlieue parisienne, il aperçoit sur la route de Poissy, un troupeau de magnifiques bœufs normands que l’on amène à l’abattoir. Dans un élan lyrique, il pense alors : « O Parisiens voraces, pourquoi ne laissez-vous pas ces braves animaux à leur charrue ? Ce ne sont pas nos paysans du Lyonnais qui voudraient ainsi livrer à votre gloutonnerie les rois majestueux du labourage »! Et il se met à fredonner tristement : « J’ai deux grands boeufs dans mon étable/Deux grands boeufs blancs marqués de roux… »
Une rime en amenant une autre, Dupont trouve en peu de temps les couplets, le refrain et l’air. De retour chez lui, il recopie hâtivement le fruit de ses pensées et, ne connaissant pas le solfège, il file chez son meilleur ami musicien qui se met aussitôt au piano pour noter l’air. Je vous sens désireux de connaître le nom de ce musicien ému jusqu’aux larmes qui collabora donc au chef-d’œuvre. Je vous la joue façon Julien Lepers ? Né à Paris en juin 1818, d’un père peintre et d’une mère professeur de piano, il obtient le premier prix de Rome en 1839 avec sa cantate Fernande, compositeur de Roméo et Juliette d’après Shakespeare, auteur de l’Ave Maria et de La marche funèbre d’une marionnette pour piano qui servit de générique aux séries « Hitchcock présente », c’est ? c’est ? … C’est Charles Gounod ! Oui, l’auteur de Faust est compromis dans Les bœufs ! Meuhhhh !
Illico, Gounod emmène au café des Variétés son ami Dupont qui chante Les bœufs devant un parterre enthousiaste d’artistes, acteurs et gens de lettres. « Bravo ! Tout est parfait, vers et musique » s’écrie Théophile Gautier, celui-là même qui avait revêtu un gilet rouge pour la fameuse bataille à la première d’Hernani de Victor Hugo (voir billet Mon alter Hugo à moi du 11 février 2010). « Deux jours plus tard, Les bœufs sont interprétés au théâtre des Variétés par Hoffmann costumé en laboureur normand. La salle trépigne d’aise ». Bientôt, la chanson est connue dans la France entière.
Comme il ne faut pas mettre la charrue devant les bœufs, il ne faut pas jeter l’opprobre sur ceux de Dupont sous prétexte d’un refrain machiste avant de resituer l’œuvre agreste dans son contexte du milieu du dix-neuvième siècle. Pierre Dupont est dans la lignée des chansonniers (on ne disait pas chanteurs) de l’époque tels Pierre-Jean de Béranger dont quelques œuvres ont été récemment adaptées par Jean-Louis Murat dans son album 1829 (notamment Le pape musulman), et Gustave Nadaud dont Brassens reprit Le roi boiteux.
Quoique les sentiments qu’il exprime soient d’une extrême naïveté, il n’est pas étonnant que l’évocation de la scène fondatrice du labour avec le bouvier menant sa charrue tirée par le couple de bœufs, soit reprise alors par une France des villages lors des banquets campagnards.
Fier de sa popularité, Dupont continuera à exploiter cette veine pastorale, ainsi dans un poème adressé à Lamartine :

« Pendant le repos du dimanche
Le paysan va voir son champ ;
Son front vers la terre se penche,
Illuminé par le couchant.
Le temps qui marque son passage
De rides et de cheveux gris,
Sur son grand et vaillant visage
N’a pas éteint le coloris
Rêve, paysan, rêve… »

Puis avec son Chant des paysans, hostile au futur Napoléon III :

« …La terre va briser ses chaînes,
La misère a fini son bail ;
Les monts, les vallons et les plaines
Vont engendrer par le travail.
Affamés, venez tous en foule
Comme les mouches sur le thym ;
Les blés sont mûrs, le pressoir coule :
Voilà du pain, voilà du vin !
Oh ! quand viendra la belle ?
Voilà des mille et des cents ans
Que Jean-Guêtré t’appelle,
République des paysans ! »

Cela lui vaudra sept ans de déportation ! Notre Johnny national sait ce qui lui reste à faire pour s’exiler ! Mais il n’est pas sûr que cela marche à moins d’être Rom !
Il faut dire qu’il (Pierre Dupont, pas Johnny !) avait déjà commis en « quarante-huit » le Chant des ouvriers, dénonçant la misère et l’exploitation de la classe ouvrière :

« …Nous dont la lampe le matin,
Au clairon du coq se rallume,
Nous tous qu’un salaire incertain
Ramène avant l’aube à l’enclume
Nous qui des bras, des pieds, des mains,
De tout le corps luttons sans cesse,
Sans abriter nos lendemains
Contre le froid de la vieillesse…
…À chaque fois que par torrents
Notre sang coule sur le monde,
C’est toujours pour quelques tyrans
Que cette rosée est féconde;
Ménageons-le dorénavant
L’amour est plus fort que la guerre;
En attendant qu’un meilleur vent
Souffle du ciel ou de la terre. »

« Quand j’entendis cet admirable cri de douleur et de mélancolie, je fus ébloui » écrivit le grand Charles Baudelaire qui préfaça ainsi l’édition des textes du chansonnier lyonnais : « Je viens de relire attentivement les Chants et Chansons de Pierre Dupont, et je reste convaincu que le succès de ce nouveau poète est un événement grave, non pas tant à cause de sa valeur propre, qui cependant est très grande, qu’à cause des sentiments publics dont cette poésie est le symptôme, et dont Pierre Dupont s’est fait l’écho. »
Quoi ajouter d’autre sous peine de tourner encore longtemps autour de mon rond-point !

Pour écouter la chanson « J’ai deux grands bœufs dans mon étable », rendez-vous dans le commentaire: du 6 février 2012, un beau cadeau vintage offert par une lectrice.

Mon festival du film britannique de Dinard 2010

Mardi 5 octobre, fin d’après-midi, « face à la Grande-Bretagne, sur la plage de Dinard, le rendez-vous annuel du cinéma britannique » !

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Face à un goéland aussi ! Il n’y a pas de mouettes en Bretagne, me rabâche sans cesse l’ami qui me permet de renouer, après une année sabbatique, avec cet événement cinématographique. Succès oblige, vouloir vivre le festival tient de plus en plus d’un parcours du combattant cinéphile et, au prix d’une attente de sept heures, un jour de juin heureusement ensoleillé, il a obtenu le précieux sésame, mon pass.

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En cette veillée d’armes, je fourre dans un sac celles offertes à l’accueil du palais des Arts, la grille des séances, le catalogue officiel des programmes et l’affiche du festival. Il n’y a pas de petites économies, le lot ne contient plus la bouteille de cru d’Anjou bien que l’interprofession des Vins de Loire soit toujours partenaire officiel de la manifestation. Il est vrai que les Plantagenêts, surnom d’une dynastie princière dont le premier membre Geoffroy V était comte d’Anjou et du Maine (1128-1151) ne règnent plus sur le royaume d’Angleterre depuis 1399.
Plage de l’Écluse, j’ai le bonjour d’Alfred … Hitchcock, le maître du suspense et de la cérémonie. Chers lecteurs, vous vous souvenez des sueurs froides qui m’avaient glacé l’échine (voir billets des 18 mai et 30 juillet 2008). Sans avoir la faiblesse de croire que j’y sois pour quelque chose, une statue en bronze haute de 2,40 mètres, plus apte à supporter les rigueurs du climat breton, se dresse à l’entrée de la promenade, depuis l’édition précédente du festival.

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En hommage au soixante-dixième anniversaire de la naissance de John Lennon ainsi qu’au trentième de sa tragique disparition, les Beatles ont emboîté le pas de sir Alfred sur l’affiche du festival. Clin d’œil émouvant à la pochette d’Abbey Road, l’avant-dernier album réalisé en commun par les quatre garçons dans le vent de Liverpool, la pellicule remplace ici le mythique passage piéton.

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Dans la rue montant vers le palais du festival, le tapis rouge est déroulé à ces cinq glorieux anoblis par la reine. De-ci delà, des enceintes diffusent en boucle les innombrables succès des Fab Four, et comme un signe, c’est Lucy in the sky with diamonds qui m’accompagne. Que n’a-t-on raconté autour de cette chanson ? Lennon, son auteur, confia qu’elle fut inspirée par un dessin de son fils Julian revenant de l’école maternelle, ainsi que par Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll. Beaucoup d’autres y relevèrent une allusion à la drogue à travers notamment les initiales rappelant le LSD, une fameuse substance hallucinogène. Nous y verrons ici une couleur psychédélique qui traversa les années 1960 et qui caractérise un peu les films en compétition officielle. Mercredi 6 octobre, après le crachin de la veille, le bleu trouve progressivement sa place dans le ciel dinardais. Bientôt, Here comes the sun !

« Nice very nice disent les vagues aux galets
En glissant le long d’la Promenade des Anglais
Nice very nice Nice… »

De Dinard à Nice, de Claude Nougaro à Mr Nice, le premier film de la sélection officielle à voir ce matin dans la salle des Alizés.

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Il raconte l’histoire vraie et tumultueuse de Howard Marks, héros de la contre-culture britannique. Issu des classes populaires du pays de Galles, diplômé d’Oxford, il devint un des plus importants trafiquants de marijuana des années 70 et 80. 43 identités, 89 lignes de téléphone, 25 sociétés écrans, Howard Marks a jonglé pendant vingt ans avec des tonnes de haschich et des millions de dollars tout en menant une vie de famille épanouie avec sa femme et ses quatre filles. Jouant de ses liens avec la CIA, l’IRA, les Triades et la Mafia, sans jamais se départir de son humour et de sa non-violence, ce contrebandier romanesque est finalement capturé au terme d’une traque menée par quatorze pays, et incarcéré dans le plus dur des pénitenciers américains. Il y restera sept ans. C’est à sa sortie de prison qu’Howard Marks écrit Mr Nice dont il tire un one man show qui fait salle comble en Europe. Clin d’œil, il s’assure qu’il n’y a pas de policiers parmi les spectateurs … avant de tirer une bouffée de cannabis ! Le film est planant au point d’être léger dans le cadre d’un festival.
Un sandwich américain au thon, un demi pression et cap vers le palais des Arts pour la projection de Soulboy de Shimmy Marcus.

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Jeune réalisateur de documentaires et de clips, il met en scène son héros Joe MacCain, un adolescent de 17 ans, dans le Wigan Casino Dance Floor, le temple de la Soul music du nord de l’Angleterre, au début des années 1970. L’intrigue est mince et je finis par m’ennuyer malgré l’énergie déployée par le juvénile Martin Compston.
Vite, en route vers l’ancienne chapelle de la salle Stephan Bouttet ; après de sympathiques mises en bouche, voici le plat de résistance du jour : We want sex, un titre racoleur propre à effaroucher la bonne bourgeoisie dinardaise à moins que…

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We want sex est en fait le slogan tronqué We want sex equality d’une banderole mal déployée lors d’une manifestation. Le film sorti au Royaume-Uni sous le titre plus sobre de Made in Dagenham, retrace la grève menée en 1968 dans l’usine Ford de Dagenham, une banlieue ouvrière de Londres, par 187 femmes protestant contre les discriminations salariales dont elles sont victimes.
Le réalisateur Nigel Cole, plutôt que de se lancer dans un violent pamphlet social, nous trousse une comédie très efficace dans la lignée des Virtuoses et Full Monty, un ancien premier prix à Dinard. Séquence cocasse, faisant l’union avec les travailleurs au premier degré, l’une des révolutionnaires en jupons relève les siens pour s’unir avec un ouvrier sur la banquette arrière d’une automobile Ford (of course) dont elle a justement cousu le cuir des sièges. Personnage emblématique de la révolte, la timide Rita, magnifiquement interprétée par Sally Hawkins, se retrouve à contre-cœur à la tête du mouvement. S’engage alors un long bras de fer avec les dirigeants du géant Ford au terme duquel elle devient amie avec l’épouse du patron et finit par trinquer (un double whisky !) avec Barbara Castle, la ministre de l’emploi du gouvernement travailliste, tout cela dans une ambiance minijupe, imperméable en plastique et maquillage boîte de peinture style Mary Quant très en vogue alors. Au bout de leur combat, les ouvrières de Ford obtiendront une revalorisation de leurs salaires à hauteur de 92 pour cent de ceux de leurs collègues masculins avant que soit adopté en 1970 l’Equal Pay Act qui met fin à la discrimination salariale entre hommes et femmes. Nous n’en sommes pas encore là en 2010 dans notre douce France ! Ça donne la pêche pour manifester contre la réforme des retraites.
D’ores et déjà, à voir la mine réjouie des spectateurs à la sortie, We want sex se pose en grandissime favori pour le prix du public. Et si les dames de Dagenham devenaient samedi, lors de la proclamation du palmarès, les dames de la côte d’Émeraude ?
Les membres du jury débarquent peu à peu. Le bonheur est au lounge du palais des Arts. J’y rencontre le président, Étienne Chatiliez, l’inoubliable créateur de la famille Groseille, de Tatie Danielle et de Tanguy, ainsi que la délicate Elsa Zylberstein. Mon ami attend avec fébrilité Sienna Miller, l’explosive actrice et mannequin américaine. C’est un des charmes du festival de croiser en toute simplicité dans les rues, bars et restaurants de Dinard, les gens de cinéma sans caméras, ni photographes et gardes du corps.
En fin de soirée, j’achève ma première journée de festivalier avec un quatrième film de la sélection officielle, Sex&Drugs&Rock&Roll du réalisateur Mat Whitecross, auteur de The road to Guantanamo, Ours d’argent à Berlin en 2006 et, accessoirement de plusieurs clips du groupe Coldplay. Pas de crainte donc sur son aptitude à « bouger la caméra » pour nous conter la vie pour le moins chaotique de Ian Dury, rocker britannique devenu célèbre dans les années 1970 avec son groupe The Blockheads.

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Sex&Drugs&Rock&Roll, s’ils ne sont pas les auteurs de cette formule, ils ont créé en 1977 la chanson éponyme à jamais gravée dans l’esprit de plusieurs générations. Chanteur punk, parolier, auteur de comédies musicales, peintre, acteur, ambassadeur de l’UNICEF, Ian Dury, handicapé dès l’enfance par une poliomyélite des piscines, connut une vie foisonnante dont Matt Whitecross refuse d’appréhender la chronologie en lui préférant un périple émotionnel rythmé par sa musique « surréelle ». Pour évoquer sa multitude de styles et de looks, le réalisateur choisit un parti pris de kaléidoscope surréaliste en tournant chaque scène d’une manière différente. L’effet bande dessinée peut dérouter même ennuyer. En ce qui me concerne, je plane (c’est de circonstance !) avec beaucoup de jubilation dans ce balancement entre la violence exprimée sur scène et la tendresse et la poésie de l’enfant qui n’a jamais su grandir. De plus, l’interprétation d’Andy Serkis est remarquable. Enchanté, comme auparavant pour We want sex, je glisse la note maximale dans l’urne réservée aux votes du public. Puis je regagne mes pénates sans sexe, sans drogue, sans rock’n’roll non plus d’ailleurs mais avec une bouteille d’alcool de menthe gentiment mise à ma disposition par l’épouse de mon ami !

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Jeudi 7 octobre, grand bleu sur la plage de Dinard avant d’assister à un film très noir, c’est du moins ce que peut laisser présager son titre Skeletons. Crainte dissipée dès les premières secondes du film qui rappellent Bertrand Blier au temps de sa splendeur, paraît-il retrouvée dans son récent Le bruit des glaçons.

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Tandis qu’ils marchent dans la campagne magnifique du Derbyshire, vêtus de costumes de représentants de commerce un peu élimés, attachés-cases à la main, Davis et Bennett, les deux héros à la fausse dégaine de Laurel et Hardy, devisent de la transparence morale de Raspoutine, « droit dans ses bottes », beaucoup plus respectable que John Lennon et les frères Kennedy avec l’épisode de la baie des Cochons, leurs magouilles avec la CIA et leurs frasques avec Marilyn Monroe ! Le ton hilarant et décalé est donné et souligné par une musique du Mystère des voix bulgares beaucoup moins incongrue qu’il n’y paraît, mais cela on ne le saura que plus tard ! En fait, nos deux VRP, employés de l’entreprise Veridical, sont chargés de débarrasser les gens des cadavres qui traînent dans leurs placards. Pour appliquer la « procédure » et extraire les mensonges et les secrets de famille enfouis, ils utilisent un drôle de matériel de l’ère analogique. Mon propos vous laisse sans doute perplexe mais pour clarifier vos idées, sachez que ces chasseurs de fantômes se refusent à travailler dans la troisième dimension, préférant directement entrer dans la quatrième !!! Profession pleine d’aléas puisque pèse sur nos compères, la menace d’être envoyés en Bulgarie en cas de faute grave, notamment pour l’un d’eux, contaminé spirituellement par abus de joints « quadridimensionnels » ! L’astuce du scénario est d’introduire le miraculeux dans une vie quotidienne des plus banales. Vous avez compris (manière de dire), Nick Whitfield signe là un film que j’ai adoré : note maximum !
C’est l’heure de la pause, du sandwich américain au thon, pression et café avant la projection de Treacle Jr de Jamie Thraves.

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C’est l’histoire d’un mec, pas con le mec il est architecte, aisé le mec il a un joli cottage dans les Midlands, heureux le mec il a une belle femme et un adorable bébé. Et pourtant, il décide, un beau matin, de fuir tout cela pour vivre dans la rue à Londres. Il y rencontre presque aussitôt, un simplet au grand cœur, excessivement bavard et collant au possible dont, par bonne éducation, politesse ou pitié, il ne sait se défaire. Le réalisateur présent dans la salle avec un des deux héros, explique que ne sachant pas comment appeler ses personnages, il leur a donné le même prénom que dans la vie. Aidan Gillen étincelant et Tom Fisher excellent dans son rôle de looser effacé et pudique, nous entraînent dans leur mélancolique errance, au ton léger malgré la gravité du propos. Quant à Treacle dont la traduction française signifie mélasse, c’est le nom d’un adorable petit chat ! Happy end, Tom ferme sa parenthèse clocharde en retournant vers sa famille. J’ai beaucoup aimé, note maximum ! Encore une fois, on constate la richesse du cinéma britannique capable de traiter des sujets de société variés avec beaucoup de délicatesse, humour et efficacité. J’en ai terminé avec les films en compétition officielle, vous voulez mon palmarès ? We want sex excellent mais peut-être trop classique dans un festival, Skeletons excellent mais peut-être trop dérisoire, Sex&Drugs&Rock&Roll excellent mais peut-être trop déroutant dans sa construction, Treacle Jr excellent et consensuel, de là viendra peut-être la surprise. Verdict samedi !

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Place désormais aux avant-premières et aux hommages et pour commencer The Magdalene sisters, un film réalisé en 2002 par Peter Mullan et récompensé par un Lion d’or à la Mostra de Venise. Dans le comté de Dublin, en 1964, Margaret est violée par son cousin lors d’un mariage. Bernadette, pensionnaire dans un orphelinat, suscite la convoitise des jeunes gens du quartier. Rose, non mariée, donne naissance à un petit garçon. Trois tranches de vie qui envoient les trois jeunes femmes au couvent des sœurs de Marie-Madeleine pour qu’elles expient leurs péchés et sauvent leur âme, par la prière et le travail. La réalisation et l’interprétation remarquables nous font découvrir ce qu’étaient Les Couvents de la Madeleine, ces foyers pour femmes « perdues », nés au dix-neuvième siècle en Grande-Bretagne et en Irlande, gérés par différents ordres de l’Église catholique romaine. Les estimations font état d’environ 30 000 femmes y ayant séjourné, le plus souvent contre leur volonté. Le dernier établissement fut fermé le 25 septembre 1996. Et notre président va faire cette semaine des courbettes auprès du Saint-Père … ! Avant la cérémonie d’ouverture en soirée, nous nous régalons d’une savoureuse choucroute de la mer et d’une trilogie de chocolats au Café Anglais, le bien nommé. Je vous recommande l’adresse, l’accueil est très sympathique, la cuisine également !

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She loves you yeah yeah yeah...♫ Pass en bandoulière et carton d’invitation à la main, nous faisons partie des privilégiés de la cérémonie d’ouverture. Un privilège dont mes longues jambes et mes fesses se dispenseraient bien vu l’inconfort et la vétusté du balcon du palais des Arts ! Les membres du jury, Sienna Miller comprise ( !) montent sur scène avant que ne débute la projection de Nowhere Boy, un des trois films présentés dans le cadre du Focus sur les Beatles. 9 octobre 1940, naissance de John Lennon, 1960 véritable reconnaissance du groupe avec la tournée à Hambourg, 1970 et la séparation des Beatles, 1980 assassinat de John Lennon, tout concourt en 2010 pour un hommage ! Avec Nowhere Boy, Sam Taylor Wood re-imagine l’enfance tourmentée de John Lennon déchiré entre sa formidable tante Mimi qui l’a élevé et sa maman Julia qui l’a abandonné. C’est remarquablement interprété avec notamment Kristin Scott Thomas dans le rôle de la tante rigide. C’est divertissant, on tape du pied sur quelques morceaux des Quarrymen. Le nom du futur groupe de légende n’est à aucun moment prononcé. Le film s’achève par la rencontre de son frère d’âme Paul McCartney et George Harrison et la mort de sa maman renversée par une voiture qui le marquera pour la vie. Rappelez-vous de Mother et de :

« Half of what I say is meaningless
But I say it just to reach you
Julia
Julia
Julia
Oceanchild
Calls me
So I sing a song of love
Julia
Julia
Seashell eyes
Windy smile
Calls me
So I sing a song of love
Julia… »

Vendredi 8 octobre, une dizaine d’heures plus tard, je franchis deux décennies avec The killing of John Lennon. Andrew Piddington, présent dans la salle, nous explique que pour raconter l’histoire de Mark David Chapman qui assassina John le 8 décembre 1980, il a tourné sur les lieux exacts en utilisant fidèlement les propos tenus par le meurtrier lors de l’enquête et le procès. Il ne manque pas d’ajouter que Chapman est toujours incarcéré et qu’il le mérite bien, sans doute pour briser toute velléité de sympathie que la progression psychologique du récit pourrait engendrer à l’égard du meurtrier. Fan obsédé des Beatles, Chapman voyait en Lennon celui qui l’aiderait à surmonter sa vie médiocre et sans but. Jusqu’au jour où il considère que John, celui qui imagine no possessions, l’a trahi dans ses espoirs en menant une vie de milliardaire avec yachts, ranchs et investissements immobiliers. Dans plusieurs séquences du film, Chapman se réfère à L’attrape-cœurs, le livre de Salinger qu’il portait sur lui lors de l’assassinat. Dangereux psychopathe, il voulait être quelqu’un de célèbre au moins une fois dans sa vie. Comme il dit en regardant la télévision dans sa cellule, la tentative de meurtre sur Ronald Reagan : « il m’a copié » ! Voici là dans le genre thriller, l’étude ambitieuse et esthétique de la montée en puissance du prédateur.
Je profite du temps toujours superbe pour me restaurer rapidement en terrasse sur le front de mer, d’autres nourritures moins terrestres m’attendent. Peter Mullan avec femme et enfant flâne en toute décontraction sur la plage à marée basse. Cet acteur écossais qui obtint le prix d’interprétation masculine lors du festival de Cannes 1998 pour My name is Joe de Ken Loach, s’essaie avec succès à la réalisation avec, outre The Magdalene sisters déjà cité, Orphans et Neds à voir demain.

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Je photographie un goéland en plumes et en os qui a rejoint ses congénères de bronze sur les épaules d’Hitchcock, avant de tenter le pari de voir trois films consécutivement.
Et pour commencer, ce n’est sans doute pas la meilleure manière de digérer mon sandwich jambon fromage, Cherry Tree Lane de Paul Andrew Williams, Hitchcock d’or à Dinard en 2006 avec London to Brighton. Il s’agit d’un huis-clos dans un pavillon de banlieue habité par un couple juste en proie à la crise de la quarantaine. Un soir, deux coups de sonnette font basculer leur vie tranquille dans l’horreur. Parce que le fils de la maison a balancé leur cousin dealer à la police, des adolescents par vengeance, prennent en otages les parents en attendant son retour. On ne voit rien mais on pressent tout ce qu’on peut faire avec des couteaux de cuisine et autres objets domestiques contondants. On assiste impuissant à l’horrible montée de la violence. Audacieux et efficace ! Je file vite vers la salle Bouttet pour The Arbor de Clio Barnard. Dans la file d’attente, nous retrouvons Jamie Thraves et Tom Fisher, réalisateur et acteur de Treacle Jr, en grande discussion avec Shane Meadows, peut-être le plus grand cinéaste britannique de la jeune génération. Vainqueur ici en 2004 avec Dead Man’s shoes, il avait aussi présenté en avant-première en 2007 son remarquable This is England. Tom Fisher répond avec beaucoup de gentillesse aux demandes d’autographes et photographies de ses fans « fiftyagers » !
The Arbor raconte l’histoire vraie de la dramaturge de Bradford, Andrea Dunbar, en se concentrant sur sa relation tumultueuse avec sa fille Lorraine. Celle-ci n’a que dix ans quand sa mère meurt tragiquement à l’âge de vingt-neuf ans en 1990. La réalisatrice la retrouve aujourd’hui alors qu’elle purge une peine de prison pour l’homicide involontaire de son fils. La variété des sources, témoignages de proches, images documentaires, scènes de théâtre en plein air, déroute un certain temps mais au final, donne de l’épaisseur au propos en abordant l’héritage familial tragique, la culpabilité et l’évolution sociale du quartier de Buttershaw au cours des vingt dernières années. J’aimerais revoir The Arbor pour goûter mieux encore à la subtilité de la construction narrative.
Premier Gros plan sur le cinéma irlandais avec All good children d’Alicia Duffy présenté en mai dernier à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes ! Le film raconte l’histoire de Dara et Eoin, deux jeunes garçons irlandais, envoyés à la mort de leur mère chez une tante dans le Nord de la France. Les enfants sympathisent avec une famille anglaise et Dara tombe sous le charme de leur fille Bella. Il règne une atmosphère de conte avec la forêt qui bruisse de secrets, les enfants en quête d’apprentissage, la rousseur de la jeune fille, une toile d’araignée rayonnant au soleil, mais quand Bella commence à s’éloigner, les sentiments de Dara deviennent incontrôlables et c’est le plongeon dans un conte de la folie cruelle.
En fin de soirée, la file d’attente pour Black Death diminue brutalement quand l’hôtesse annonce que le film est projeté en version anglaise non sous-titrée. Malgré mes insuffisances dues à dix ans de lecture pourtant assidue de mon manuel scolaire Davit et Giroud ( !), je ne veux pas manquer la nouvelle œuvre de Christopher Smith, maître du film d’horreur, qui m’avait déjà conquis en 2006 avec son premier long métrage, le sanglant et néanmoins désopilant Severance. En préambule à la séance, le réalisateur plein d’humour invite les spectateurs bilingues à assurer la traduction à haute voix. Nous voilà presque revenus au temps du cinéma muet lorsque les spectateurs lisaient les « cartons » à haute voix. Finalement, l’intrigue est suffisamment limpide pour être comprise sans maîtriser la langue de Shakespeare. L’histoire se déroule dans l’Angleterre médiévale envahie par la peste noire, une pandémie de peste bubonique qui toucha réellement la population européenne entre 1348 et 1352. Osmond, un jeune moine, accompagne un terrifiant chevalier et sa horde de mercenaires vers un village reculé dans les marais qui n’est pas affecté par le mal ravageur. Ils suspectent le rôle d’un nécromancien qui serait capable de ramener les morts à la vie. Accueillis en amis, ils découvrent rapidement que les habitants de ce village sont manifestement païens. De terribles faits sont révélés, Dieu n’épargne personne. Les soi-disant vertueux commettent des actes atroces et les vilains font parfois le bien. Vos sympathies envers les personnages changent au fil des événements, vous détestez bientôt ceux que vous pensiez aimer. Genre de l’épouvante oblige, le film sombre souvent dans une violence inouïe, les protagonistes ne manquant pas d’imagination et de matériaux raffinés pour satisfaire leur cruauté. C’est très documenté sur les mœurs et croyances de l’époque, magnifiquement filmé, magistralement interprété, bref un brillant film d’horreur qui ne m’empêche pas de trouver vite le sommeil
Samedi 9 octobre, c’est toujours l’été indien à Dinard qui me ferait presque regretter de me réfugier dans les salles obscures. Je commence la journée avec Snap, un autre film de la sélection irlandaise. La réalisatrice Carmel Winters, présente dans la salle, se propose de répondre à toutes nos questions à l’issue de la séance, précisant cependant avec justesse qu’il vaudrait mieux en débattre dans une semaine ! Je ne suis pas persuadé en effet que j’ai saisi toutes les clés pour appréhender ce film fort. L’héroïne Sandra a elle-même des difficultés à comprendre un événement qui s’est déroulé trois ans auparavant, lorsqu’à son insu, son fils de quinze ans a séquestré un petit garçon pendant cinq jours chez son grand-père. Pour tenter de reconstituer et justifier le drame, elle accepte de tout raconter devant une caméra tenue comme on l’apprendra à la fin par le jeune homme en question. La vidéo apparaît comme l’outil nécessaire pour évacuer des histoires trop lourdes à porter entre une mère déchirée et un adolescent déboussolé. Le montage est très astucieux, la réalisatrice utilisant les fréquents flash-backs comme une plaidoirie qui ne cherche pas le pardon mais juste la compréhension.
En début d’après-midi, je choisis de voir Zohra, a Moroccan Fairy Tale dans le cadre de l’hommage rendu à Barney Platt-Mills, présent à la projection. Je pouvais espérer beaucoup de ce réalisateur qui débuta brillamment sa carrière avec Bronco Bullfrog primé à Cannes en 1969 et Private Road, Léopard d’or au festival de Locarno en 1972. J’avoue que je m’ennuie ferme avec son conte oriental décrivant la brève romance entre un jeune homme de dix-huit ans et une jeune fille de quatorze promise en mariage à un homme riche plus âgé.
Grand saut dans l’espace, je quitte le Maroc pour rejoindre l’Irlande et The Eclipse de Conor McPherson, un auteur de pièces de théâtre à succès qui s’essaie donc à la réalisation cinématographique. Interprété avec talent et humanité par Ciaran Hinds (il jouait dans Munich de Spielberg) Michael Farr, instituteur, veuf depuis deux ans, élève seul ses deux enfants. Victime de cauchemars et d’hallucinations depuis la mort de son épouse, il tente d’oublier son quotidien comme volontaire bénévole dans un festival de littérature qui se tient dans une petite ville du bord de mer. C’est l’occasion de faire la connaissance de la jolie et douce Lena Morelle, une écrivaine dont il a apprécié le dernier roman autour des fantômes et du surnaturel, et qui peut sans doute écouter voire expliquer la réalité de ces tourments. Ce n’est pas si simple car elle-même tente de prendre ses distances avec un ancien amant, un romancier de renommée internationale, buveur et coureur de jupons impénitent. Le cadre de la modeste station balnéaire balayée par le vent, les paysages de landes et de côtes rocheuses prises d’assaut par les vagues, contribuent au mystère. The Eclipse est un joli film superbement interprété, oscillant avec subtilité entre fantastique et mélo. Il s’en passe des choses décidément en coulisses des festivals à en croire un chauffeur de l’organisation rencontré au pied des marches du palais ! Ce sont les petites histoires du cinéma.
Pour l’instant, c’est l’heure d’écrire la grande histoire du cinéma à Dinard avec la proclamation du palmarès. Comme au restaurant, c’est fromage ou dessert, ici pour les possesseurs de pass, c’est cérémonie d’ouverture ou de clôture. Foin des mondanités, je croise tout de même les membres du jury qui foulent lentement le tapis rouge sous le crépitement des flashes. Mon ami se faufile entre les plantes décoratives pour admirer (une dernière fois ?) Sienna Miller ! Pour vous mesdames, je photographie Pascal Elbé et Roschdy Zem venu remettre un prix.

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Nous dînons à la terrasse du Café Anglais, lieu privilégié pour observer la fièvre d’un samedi soir de festival. Chabrol aimait glisser quelques recettes de cuisine dans ses films, je peux bien saupoudrer mes impressions de cinéphile d’allusions gastronomiques. Nous portons notre choix sur un délicieux carré d’agneau et son parmentier façon gigot de sept heures. Bientôt Shane Meadows, large sourire et pouce levé à mon égard, s’installe à la table en face. Pour lui c’est moules frites !

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Avant de faire la queue pour le dernier film de la soirée, je jette un œil au palmarès affiché : Grand Prix du Jury, Hitchcock d’or, ex-aequo We Want sex et Treacle Jr ; Prix du Public, Hitchcock d’argent, We want sex ; Hitchcock blanc pour la direction de la photo à Mr Nice ; Prix Coup de cœur et Hitchcock de bronze à Exam, bien que le film soit hors compétition. Rien d’illogique dans ces choix, il se murmure qu’Étienne Chatiliez et Anne Consigny ont fait le forcing pour hisser Treacle Jr sur la plus haute marche du podium. Ma seule déception concerne Skeletons qui se retrouve bredouille. Je ne pense pas que le jury soit envoyé en Bulgarie pour autant !
Coïncidence, une clameur s’élève dans la file d’attente : « les skeletons ! les skeletons ! ». Effectivement, Davis et Bennett ( qui a perdu quelques kilos depuis le tournage) s’approchent pour nous saluer sous les ovations. Je m’abrite derrière mon ami … des fois que leur vienne l’idée de m’appliquer la « procédure » !
Place à Neds, la dernière réalisation de Peter Mullan qui vient de remporter quelques jours auparavant la Concha de oro, principale récompense du festival de San Sebastian. Le film dépeint les milieux pauvres de Glasgow dans les années 1970 à travers les Non Educational Delinquents, ces jeunes bandes de quartier. Nous suivons plus particulièrement le cheminement du jeune John McGill, (remarquablement interprété par Connor McCarron primé aussi comme meilleur acteur à San Sebastian) qui balance entre son désir de devenir chef de bande comme son grand frère et celui de s’en sortir grâce à ses brillants scolaires. Très professionnel et efficace, ce n’est malgré tout pas le film le plus original traitant de la violence des banlieues en Grande-Bretagne.
À la sortie, j’ai la surprise de dénicher dans un coin tranquille, l’équipe victorieuse de Treacle Jr qui pose rien que pour moi devant son trophée.

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Récompense méritée pour le réalisateur Jamie Thraves qui est allé jusqu’à hypothéquer sa maison pour autofinancer son film.
Dimanche 10 octobre, c’est le dernier jour du festival essentiellement consacré à la rediffusion des œuvres primées. À défaut donc de revoir mon coup de coeur Skeletons, je porte mon choix sur Come on Eileen de Finola Geraghty, le quatrième film du Gros plan sur le cinéma irlandais. Eileeen, magistralement interprétée par Jackie Howe, a deux enfants et un nouvel amant qui fume des pétards. Elle adore la vie et la fête. Justement, un verre de trop et la voilà qui replonge dans les affres de l’alcoolisme. Elle perd le contrôle d’elle-même et de l’éducation de sa fille et son fils largement engagés sur le chemin de l’indépendance. Cela semble s’arranger à la fin de l’histoire lorsque tout ce petit monde se retrouve à l’occasion d’un festival rock. Raconté ainsi, ça fait un peu « sex&drug&spirits&rock&roll » mais c’est un film classique, grave et généreux.
Exam ne passant que plus tard dans l’après-midi, nous nous prélassons à la terrasse du Café Anglais où par mimétisme avec Shane Meadows, je commande des moules marinières et des frites. Puis nous nous attardons au pied de la statue d’Hitchcock, pour entendre face à la mer non pas Calogero mais … le cinéma. Allongés sur la plage, assis sur des transats ou sur les bancs de la promenade, les festivaliers rêvassent en écoutant un montage sonore réalisé à partir de citations des Beatles et des extraits de leurs chansons.

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17 heures, c’est le début de la dernière épreuve du festival, pardon d’Exam de Stuart Hazeldine! Il s’agit d’un huis-clos tiré d’une pièce de théâtre. Dans une salle, huit personnes se présentent à un examen, phase finale d’embauche pour un poste à très haute responsabilité dans une mystérieuse entreprise ; une seule sera retenue. Les règles sont simples, elles ont quatre-vingts minutes pour répondre à la seule question posée. Mais quelle est la question puisque lorsque les candidats retournent leur feuille de papier, ils se retrouvent devant une page blanche ? Et si leur avenir ne dépendait pas d’une bonne réponse mais de la bonne question ? Je me prends au jeu et cherche aussi la solution à ce casse-tête. Un beau travail sur la lumière accentue l’atmosphère d’enfermement. Utilisant avec brio et originalité les ressorts du thriller psychologique, le réalisateur nous offre l’un des meilleurs films du festival, justifiant son Hitchcock de bronze inattendu. Vous désirez peut-être savoir qui est reçu à l’Exam ? Contrairement aux blagues douteuses, c’est la blonde qui s’en sort à son avantage !
Voilà, cinq jours et vingt films plus tard, mon festival du cinéma britannique de Dinard 2010 a vécu. Un cru honnête mais les cinéastes britanniques ont placé si souvent la barre haute qu’on devient de plus en plus exigeant. Le cinéma français devrait s’en inspirer, notre société en déliquescence offre tellement de sujets à traiter.
Vive le festival 2011 ! Puisse mon ami m’obtenir le précieux pass en juin prochain. Mais vu la fellation pardon l’inflation de candidats, il lui faudra peut-être patienter neuf heures dans la queue !

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La Madeleine de Brel

Vous vous souvenez peut-être des « vieilles photos de ma jeunesse » dénichées par une lectrice belge au marché aux puces de Bruxelles (billets des 1er et 15 octobre 2009). Tandis que Bruxelles « brusselait » encore un peu pour moi, quand ma chineuse m’invita à un petit tour de transport en commun (en tout bien tout honneur, je le répète !) je crus un instant qu’elle m’emmenait à bord du tram 33 sur un air de Brel. J’échouai en fait à la station de métro Merckx devant un vélo ; celui sur lequel du temps où il s’appelait Eddy, il fut une heure, une heure seulement, rien qu’une heure durant, beau, beau et con à la fois … celui sur lequel l’immense champion belge battit le record de l’heure à Mexico.
Il y a un an, j’attendais donc Madeleine qui n’arriva pas. Mais comme son illustre soupirant, d’un optimisme (trop ?) débordant, j’espérais qu’un soir… Et aujourd’hui, mon envoyée spéciale outre-Quiévrain (je place judicieusement cette expression qui m’est chère !) exauce mon vœu en m’adressant quelques photographies. En ce jour anniversaire de la mort du grand Jacques, le tram 33 reprend du service, rien que pour vous … enfin presque !
À la périphérie de Bruxelles-ville, gare de Watermael-Boitsfort, Watermaal-Bosvoorde en flamand ; « je trouve que la Belgique vaut mieux qu’une querelle linguistique » déclarait Brel ! L’actualité confirme que nul n’est prophète en son pays.

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Attention, mesdames et messieurs les voyageurs pour l’univers de la chanson Madeleine, au départ ! Je presse le pas dans l’ancienne rue du Tram rebaptisée rue de Visé quand soudain un « carillon de bleus comme ceux au fond des yeux des hommes du nord » sonne dans la grisaille des façades. Je me frotte les yeux, vision véritablement surréaliste, je ne peux pas mieux dire!

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Le fameux tram 33 chanté par Brel, entre en gare de Watermael qui figure dans un certain nombre de tableaux de Delvaux. Celui-ci, fasciné par les trains de son enfance, vécut très longtemps dans la commune. Authentique poète, il peuple ses décors du réel, de petites filles ingénues, de longues femmes lumineuses, de messieurs austères en redingote et même de personnages de Jules Verne. On en retrouve ici sur le quai et suspendus dans l’azur parsemé de nuages, un thème récurrent chez Magritte, autre immense peintre venu en voisin et ami, accompagné de son célèbre personnage au chapeau melon. En observant attentivement, on devine encore une citation de Jean-Michel Folon et sa Fontaine aux oiseaux, une sculpture installée sur un étang de Watermael-Boitsfort. Il est même jusqu’à la figurine du feu rouge qui clignote de jubilation devant l’hommage à cette brochette d’illustres artistes. Brel qui appréciait beaucoup Delvaux et Magritte, composait à l’occasion avec le fantastique. Rappelez-vous « J’étais bien plus heureux avant, quand j’étais ch’val » ou « Je suis un soir d’été », sans oublier cette magistrale ode à la voile où il fait d’un bateau, une cathédrale « débondieurisée » :

« …Prenez une cathédrale
Hissez le petit pavois
Et faites chanter les voiles
Mais ne vous réveillez pas
Prenez une cathédrale
De Picardie ou d’Artois
Partez pêcher les étoiles
Mais ne vous réveillez pas
Cette cathédrale est en pierre
Traînez-la à travers bois
Jusqu’où vient fleurir la mer… »

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Bon ! C’est bien joli tout ça mais pour parodier justement Magritte, ceci n’est pas la gare de Watermael, même peinte de la manière la plus réaliste qui soit, mais une représentation de la gare de Watermael ! La vraie n’est pas loin, j’y arrive :

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Déception, il n’y a pas de tram 33 ! Non pas qu’il y ait grève (comme toutes les semaines, chez nous !) mais la ligne fut remplacée, le 13 octobre 1960, par des autobus avant d’être définitivement supprimée huit ans plus tard. Il n’existait donc déjà plus lorsque sortit en 1962, le disque microsillon vinyle 30 centimètres dans sa pochette blanche, comprenant quelques uns des plus grands succès de Jacques Brel : Le plat pays, Bruxelles, Les bourgeois, Zangra, Rosa et donc Madeleine.

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Qu’à cela ne tienne, je veux la rencontrer et je saute dans le premier omnibus avec des femmes en crinoline et des messieurs en gibus ! Tandis que le wagon s’ébranle, dehors un graffiti m’interpelle :

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Madeleine, c’est l’histoire d’un gars qui … passe par tous les états d’âme. Ce jeune homme attend son amourette avec un bouquet de lilas pour sortir manger des frites et aller voir un film ensemble. Elle l’aime, il en est sûr, même si ses cousins disent tous qu’elle est trop bien pour lui. La pluie commence à tomber sur lui, les restos se ferment et il se rend compte finalement qu’elle ne viendra pas. L’espoir ne l’abandonne cependant pas: si elle ne vient pas aujourd’hui, peut-être qu’elle viendra demain! Même Brel n’a jamais pu en cerner le caractère profond : « Après avoir interprété plus de mille fois Madeleine, je ne sais pas encore si son héros doit être tenu pour un exemple de courage et de résolution ou, au contraire, pour un symbole de bêtise et de faiblesse » !

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Dans l’univers ferroviaire de son célèbre tableau Solitude, Paul Delvaux peint une élégante jeune femme blonde. Ce pourrait être Marieke ou Frida voire même La Fanette, mais en aucune façon Madeleine car elle était brune. Elle a existé réellement. Espagnole, elle fréquenta, au début des années 1950, poètes et artistes à Saint-Germain des Prés tandis qu’elle travaillait comme modèle pour les coiffeurs parisiens selon certains, posait nue pour des peintres selon d’autres. C’est là qu’elle rencontra bientôt un type au mauvais caractère qui venait de quitter la cartonnerie Vanneste et Brel (il s’ennuyait chez Ces gens-là) pour chercher la reconnaissance artistique dans la capitale. Il « accordéonna » pourtant plus tard :

« … J’irai pas à Paris
D’ailleurs j’ai horreur
De tous les flons flons
De la valse musette
Et de l’accordéon … »

Bref, un soir, la vraie Madeleine lui tendit un lapin des plus classiques, prétexte ordinaire à une chanson extraordinaire !
S’il fut chanté, le tram 33 fut aussi dessiné par Georges Rémi dit Hergé, le créateur de Tintin, dont les parents vécurent à une époque … rue du Tram à Watermael. Ainsi, dans une de ses aventures parues dans le Petit Vingtième, son héros Flupke, tellement absorbé par la lecture de son magazine favori, traverse sans se soucier du tram, créant un début de panique dans la circulation.

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Le temps passe vite ; terminus square Henri Rey à Anderlecht, tout le monde descend ! Première surprise : un panneau didactique présente le vrai tram 33 tel que, sans doute, Brel le connut et l’emprunta, à cet endroit précis.

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J’effectue quelques pas dans la rue Jacques Manne voisine. Là, au numéro 5, non loin de la cartonnerie, Brel vécut sa jeunesse avec ses parents de 1942 à 1951.

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Retour au square, le cœur battant, Madeleine va arriver ! J’entre dans le jardin, elle est là, ponctuelle au rendez-vous. Vous ne me croyez pas ? Regardez !

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L’intégralité des paroles de Madeleine sculptées dans une pierre gris bleu, défilent le long des murets.
Profonde émotion ! Quand elle sortit, c’était sa chanson d’entrée en scène. À la fin de sa carrière, elle achevait son récital. Il ne cédait jamais à la tradition du rappel qu’il jugeait démagogique. Qui sait donc si Madeleine n’est pas la dernière chanson que Brel interpréta sur scène, le 16 mai 1967, dans une modeste salle de Roubaix.
J’ai une petite faim, tiens si j’allais manger des frites chez Eugène ? C’est tout près entre la rue Jacques Manne et la cartonnerie familiale rue Verheyden. Au square des Vétérans coloniaux, se trouve effectivement encore une friterie ou « friture » comme on dit parfois en « brusseleer » mais signe des temps, Chez Eugène est devenue Chez le Grec ! De plus, elle n’est pas située au même emplacement.
Brel ne fut pas toujours aussi scrupuleux avec les lieux énoncés dans ses chansons. Ainsi, au temps où Bruxelles brusselait, les hommes et les femmes en crinoline ne pouvaient chanter sous les lampions de la place Sainte-Justine puisqu’au contraire des places de Broukère et Sainte-Catherine, elle n’a jamais existé sinon dans la licence poétique de l’auteur ! Ce à quoi, celui-ci répondait avec humour :  » il n’y a jamais eu de port, non plus, à Amsterdam » !

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De retour en Espagne, son pays d’origine, Madeleine Zeffa Biver, plus « tellement jolie, tellement tout ça », atteinte d’une sclérose en plaques, mit fin à son calvaire, il y a trois ans.

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Entre fiction et réalité, entre tristesse et espoir, Madeleine possède quelques ressorts comiques à travers sa syntaxe et son rythme sautillant, du moins le pensais-je dans mon adolescence taquine en chantant mon affection à un oncle très cher (voir billet Mon Oncle et … mon oncle du 19 mai 2009) : « Tonton c’est mon horizon,c’est mon Amérique à moi, même qu’il est trop bien pour moi … » !!! En d’autres circonstances, j’avais déjà commis un pastiche de La valse à mille temps :

« Un tonton à quarante ans
C’est beaucoup moins dansant
C’est beaucoup moins dansant
Mais tout aussi charmant
Qu’un tonton à trente ans
Un tonton à quarante ans
Un tonton à vingt ans
C’est beaucoup plus troublant … »

Suite peut-être à l’hilarante adaptation bovine par Jean Poiret :

« …Une vache à mille francs.
Une vache à mille francs,
F’rait l’filet à cent francs,
L’rumsteck à soixante francs,
Le gîte à quarante francs,
L’aloyau à trente francs,
La culotte à vingt francs.
Un’ culotte à vingt francs,
F’rait la côte à quinze francs,
La poitrine à douze francs,
La bavette à dix francs,
Le collier à huit francs,
Le jarret à quatre francs.
Un jarret à quatre francs,
Ce s’rait intéressant
Et plus avantageux
Pour faire un pot-au-feu
Qu’un jarret à mille francs… »

Ça ne fonctionne plus depuis la mise en circulation de l’euro !
Tu vois, cher Jacques, que comme tu le souhaitais, on rit et on danse le jour où on t’a mis dans l’trou !

« Ami remplis mon verre
Encore un et je vas
Encore un et je vais
Non je ne pleure pas
Je chante et je suis gai
Buvons à la santé …

De ma sympathique lectrice qui a permis cette promenade avec Madeleine … et heureux anniversaire puisque le destin l’a fait naître un 9 octobre ! Autre coïncidence troublante, elle vécut sans le savoir quand elle était maske (gamine en brusseleer !) rue Esseghem à Jette, à quelques mètres de l’ancienne maison et atelier de René Magritte ! Surréaliste, non ?»

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Publié dans:Almanach, Poésie de jadis et maintenant |on 9 octobre, 2010 |1 Commentaire »

♫ Monet, Monet, Monet ♫

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« Les touristes s’amenuisent. On ne fait plus la queue sur le trottoir, pour pénétrer dans la maison. Tout redevient plus simple, un peu plus vrai, un peu plus calme. Fraîcheur grise, fin d’été : cela suffit pour que tout recommence à vivre, à respirer… » Que n’ai-je lu auparavant Le jardin mouillé tiré des Chemins nous inventent de Philippe Delerm ?

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En ce dimanche de septembre, la bucolique rue Claude Monet est envahie par une impressionniste, pardon une impressionnante foule de visiteurs qui attendent le long du Clos normand, la célèbre propriété du peintre. Ça papote en américain et en japonais, presque autant qu’en français. Nous sommes aux portes de la Normandie, à 75 kilomètres de Paris et 60 de Rouen, très précisément à Giverny. Ce petit bourg de l’Eure d’environ 500 âmes découvre la célébrité et sans doute la fin de sa tranquillité en 1883 lorsque Claude Monet le repère en passant en train. Enthousiasmé par le site, il trouve une grande demeure à louer au lieu-dit du Pressoir, dont il fait l’acquisition sept ans plus tard au prix de 22 000 francs de l’époque. À titre indicatif, son tableau La Seine à Vétheuil s’est vendu 7 900 francs, l’année précédente.

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Le peintre, du moins son portrait, nous accueille dans l’encoignure de la porte, devant le guichet. En possession de mon billet, en bas de quelques marches, je me retrouve dans le vaste atelier où Monet créa ses gigantesques panneaux des Nymphéas. Une jolie lumière de septembre tombe par la verrière du toit sur ce qui n’est plus malheureusement qu’un fourmillant marché couvert de produits dérivés : livres, posters des célèbres tableaux, chapeaux de paille et même des sacs en toile customisés façon impressionniste.

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« Monet is money » ou « par ici, la monnaie ! », même l’artiste semble surpris par ce merchandising surréaliste dont je m’éloigne rapidement !
Une vraie poule aux œufs d’or sans rapport avec celles qui picorent dehors dans le poulailler comme à son époque. Son ami Georges Clemenceau lui offrait des poules japonaises. Dans une lettre de juin 1926, il lui écrit même : « J’espère que je pourrai faire le voyage de Giverny dans une huitaine de jours. Comme je crois avoir compris que vous ne travaillez pas en ce moment, je suppose que dimanche vous est indifférent. J’emporterai un oeuf à coque (avec la coque pour le cas où votre table serait dépourvue). Dites-moi si ce plan vous paraît bon ». Il n’y a donc pas que l’inspecteur Lavardin et moi qui adorons les œufs (voir billets L’œuf à la coque du 6 mars 2008 et Je fais (Claude) Chabrol du 28 septembre 2010) !
Je fais maintenant quelques pas devant la longue maison tandis que ma compagne prend place dans la queue au pied du perron pour la visite. La vigne vierge touffue noie presque complètement le crépi rose de la façade, épargnant juste les fenêtres aux pimpants volets verts. Des ipomées, de magnifiques fleurs bleu azur avec des feuilles en forme de cœur, grimpent avec délicatesse le long des murs.

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De véritables arbres de rosiers surgissent des massifs de pélargoniums rouges. Il me semble me souvenir d’un autochrome montrant Monet à cet endroit.
Le charme du peintre opère enfin. Chacune de mes visites à Giverny me renvoie étonnamment à une modeste aquarelle peinte par mon papa, de la maison de mes grands-parents maternels. Je n’ai pourtant connu ni mes aïeux, ni leur demeure d’Hacqueville, guère éloignée d’ici d’ailleurs. Peut-être, sont-ce l’amour de ma tendre maman pour les fleurs et les jardins, son indicible bonheur à venir autrefois au Clos normand, et son talent à me conter sa jeunesse, qui ont ancré cette image en moi. Allez prétendre après que la peinture ne procure pas des impressions ! Je ne le crie pas trop fort des fois que Degas écoute : « Ne me parlez pas de ces gaillards qui encombrent les champs de leurs chevalets. Je voudrais avoir la puissance d’un tyran despotique pour armer une police qui fusillerait impitoyablement comme des animaux nuisibles ces misérables embusqués dans la verdure sous leurs stupides boucliers de toile blanche » ! Impressionnant !
Une hôtesse filtre le flux des visiteurs car quoique spacieuse, il fallait bien que Monet loge sa grande famille, la maison avec ses pièces en enfilade, est un peu tarabiscotée. Je déroge un petit peu à l’interdiction d’y photographier mais … faute avouée, à moitié pardonnée. Comprenez cependant que je ne vous en fasse pas profiter ! Le parcours est imposé : je traverse d’abord un petit boudoir bleu décoré d’estampes japonaises puis l’épicerie où étaient entreposés le thé, l’huile d’olive, les épices et les œufs. Bon sang ne saurait mentir, rappelons-nous que Monet était le fils aîné d’un épicier. Je descends ensuite quelques marches pour accéder à un chaleureux salon avec des meubles de style anglais, des fauteuils en rotin et des copies de toiles du maître des lieux. Jusqu’en 1899, cette pièce fut le premier atelier du peintre. Je « colimaçonne » dans l’escalier étroit qui mène à l’étage et à la chambre de Monet. Il paraît que de son vivant, des œuvres de Sisley, Renoir et Cézanne, ses amis, étaient accrochées aux murs. Allez, cadeau ! Puisque c’est toléré, je vous fais profiter du superbe coup d’œil sur les jardins dont jouissait Monet de sa fenêtre.

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Viennent ensuite le cabinet de toilette du peintre où il prenait un bain froid chaque matin (brrrr !) puis celui d’Alice son épouse. Je m’attendris devant un minuscule réduit avec vue sur le clos, destiné aux travaux de couture. Je me verrais bien y installer mon ordinateur pour vous écrire mes billets !
Je « recolimaçonne » pour rejoindre au rez-de-chaussée la salle à manger. Il faut être un peintre de génie pour oser cela : les meubles, les murs et le plafond sont peints entièrement en jaune, mettant en valeur les estampes japonaises et la vaisselle en faïence bleue. Cela dit, ce n’est pas Monet qui maniait le pinceau mais un peintre en bâtiment auquel il donnait des consignes très précises : un jaune de chrome soutenu pour les moulures, plus clair pour les murs. Le maître poussa le raffinement jusqu’à se faire fabriquer son propre service de table en porcelaine de Limoges : sur un fond blanc, un marli jaune bordé d’un filet bleu ciel. La société Haviland réédite aujourd’hui ce modèle unique, Monet is money !
Dans la pièce attenante, ma compagne rêve devant l’immense cuisinière à plusieurs fourneaux, et l’impressionnante batterie d’ustensiles en cuivre : casseroles, sauteuses, écumoires et poissonnières. Est-ce par dépit qu’elle me lance que les cuivres ici brillent plus que ceux dont j’ai hérité de mes parents ? J’ai compris le message : opération Mirror en prévision pour les astiquer ! Autre défi de l’artiste : dans la cuisine où l’on chauffe, il opte pour une couleur froide. Tout est bleu, murs, meubles et plafond sont recouverts de carreaux bleus de Rouen. L’effet est des plus réussis. Quand je pense aux multiples querelles pour choisir les teintes des murs de ma résidence en plein ravalement et du carrelage des halls sans froisser le goût de quiconque, cela me laisse songeur !
Retour dans le jardin dit de fleurs pour le distinguer du jardin d’eau ! Je me plante quelques instants à l’entrée de la Grande allée, ce chemin de gravier qu’empruntèrent souvent Monet et ses amis Zola, Cézanne, Clemenceau, Proust, Pissarro, Berthe Morisot, Octave Mirbeau, pour rejoindre le bassin des Nymphéas.

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La perspective accentuée par la légère déclivité est sublime ; je m’imagine presque devant une toile du maître. Comme piquées sur un tapis de feuilles vertes, les capucines rampantes illuminent l’allée. De chaque côté, un cortège de dahlias, asters et tournesols se dresse au passage de la rivière orange. La présence d’arcs feuillus suggère comme un tunnel de verdure.
En cheminant dans les sentes autorisées du jardin, on constate que Monet n’aimait pas la platitude, ainsi pour la rompre, il multipliait les volumes avec les arbres et divers supports, arceaux et pergolas sur lesquels grimpent et s’enroulent fleurs et plantes.
En cette toute fin d’été, c’est la profusion, un « extraordinaire fourmillement floral » et une inventivité dans les couleurs, les formes, les tailles et les textures des espèces, qui caractérisent le Clos normand. De belles images valent mieux qu’un long discours.

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Des tournesols géants s’inclinent vers moi. Ôtez-moi d’un doute, je suis chez Van Gogh ? Leurs soleils se découpent dans l’azur du ciel : du jaune et du bleu, je me trouve bien chez Monet !

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J’ai un petit faible pour les crocus bleu lavande comme piqués sur les pelouses verdoyantes. Après renseignement, il s’agit de leurs cousines estivales, les colchiques qui poussent la délicatesse à ressembler aux fleurs de nénuphars pour que j’effectue une habile transition avec le bassin aux Nymphéas ! Je m’y rends en chantant :

« Colchiques dans les prés
Fleurissent, fleurissent
Colchiques dans les prés
C’est la fin de l’été… »

Savez-vous que la colchicine produite par ces fleurs fredonnées par nos grands-mères, est terriblement toxique et même mortelle ? Quelle peur rétrospective !
Je sens que cet après-midi, le jardin d’eau, « ça va pas l’faire » ! Un flot de Japonais l’envahit, chacun immortalisant à l’aide de son appareil numérique de marque japonaise 明らかに (évidemment dans la langue du pays du soleil levant !) qui son épouse, qui sa petite amie, qui ses enfants, sur le pont … japonais ! Monet avec son goût prononcé pour un certain esthétisme japonisant, contribue involontairement à cette déferlante.

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Je rirais jaune si je ne gardais pas le souvenir d’une journée inoubliable autour du bassin aux Nymphéas. C’était il y a une vingtaine d’années ; avec une trentaine d’écoliers versaillais, leur valeureuse institutrice et un collègue professeur d’arts plastiques, nous profitâmes d’abord des commentaires éclairés de monsieur Gilbert Vahé, le jardinier en chef de l’époque, d’ailleurs toujours fidèle au poste. Puis les enfants qui avaient déjà puisé une mine d’informations sur Claude Monet au musée d’Orsay, s’installèrent avec leur chevalet pour peindre deux toiles au même endroit de leur choix, une en matinée et l’autre en fin d’après-midi. Nul doute que l’impressionnisme et la maîtrise de la lumière « maîtresse de la couleur, du temps et du mouvement », signifient quelque chose pour ces gosses aujourd’hui trentenaires ! Je me souviens encore de la réflexion de l’un d’eux lorsqu’ils se rendirent par la suite au musée de l’Orangerie : « On se croirait à Giverny, au jardin d’eau ! » Finalement, dans sa simplicité enfantine, n’est-il pas plus bel hommage à Monet ? Je mesure ma chance quand j’apprends que Woody Allen, pour tourner une séquence de son film en août dernier, n’obtint la fermeture des jardins que pendant une heure et demie. Heureusement, il n’avait nul besoin en la circonstance de Carla Bruni qui s’y reprit à trente-deux reprises pour acheter une baguette rue Mouffetard !.
« Il y avait un ruisseau, l’Epte, qui descend de Gisors (il aurait pu écrire qui naît près de Forges-les-Eaux … ma ville natale !), en bordure de ma propriété. Je lui ai ouvert un fossé, de façon à remplir un petit étang creusé dans mon jardin. J’aime l’eau mais j’aime aussi les fleurs. C’est pourquoi, le bassin rempli, je songeai à le garnir de plantes. J’ai pris un catalogue et j’ai fait un choix au petit bonheur, voilà tout … » En 1875, un homme du Temple sur Lot, Joseph Bory Latour-Marliac crée une pépinière de nénuphars rustiques issus d’une hybridation entre le nénuphar blanc européen et ceux colorés d’Amérique. Il les présente sur une pièce d’eau devant le Trocadéro, en face de la tour Eiffel toute neuve, lors de l’exposition universelle de 1889. C’est là que Monet les repère. La livraison des premiers nymphéas arrive à Giverny par le train au printemps 1894. Il est cocasse de noter que Monet commanda autant de lotus que de nénuphars. Qui sait si ses lotus avaient mieux poussé, les Nelumbiums auraient supplanté les Nymphéas dans l’histoire de la peinture !
« J’ai mis du temps à comprendre mes nymphéas. Je les avais plantés pour le plaisir ; je les cultivais sans songer à les peindre…. Et puis, tout d’un coup, j’ai eu la révélation des féeries de mon étang. J’ai pris ma palette … Depuis ce temps, je n’ai guère eu d’autre modèle » , un modèle que le peintre faillit voir englouti lors de la grande crue de la Seine de 1910. « En parfait égoïste, je ne pensais qu’à mon jardin, à mes pauvres fleurs que voilà souillées de vase. »

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Dans l’ombre, tout près du pont japonais, deux barques sont amarrées discrètement. L’une d’elles dite norvégienne, ressemble à celle sur laquelle les belles-filles du peintre posèrent. Les embarcations servent encore pour le nettoyage du bassin. Monet exigeait que chaque matin, son jardinier allât laver les nénuphars ; chacun son pensum, moi ce sont les cuivres ! Monet, méticuleux avec ses nymphéas, on dirait aujourd’hui chiant au possible (!), obtint même du conseil municipal de Giverny (en finançant lui-même la moitié des travaux), de faire asphalter la portion de route qui sépare ses deux jardins car les nuages de poussière soulevés par les nouveaux véhicules à moteur, se redéposaient sur ses motifs obsessionnels. À propos, il me semble que la première fois que je vins ici au bras de ma maman lors d’un voyage de fin d’année des élèves de son collège, à défaut du passage souterrain actuel, on traversait la chaussée pour passer d’un jardin à l’autre.
Encore une fois, plutôt qu’un fastidieux discours, voici quelques images :

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Pour avoir vu et revu quelques bouts de pellicule, je situe bien dans ma déambulation, les endroits privilégiés où se posait l’artiste dans sa tenue blanche, sous un parasol par beau temps, sous un parapluie par temps de pluie, ça arrive en Normandie ! Ce travail sur le motif, en plein air, permis par l’invention de la pâte industrielle en tube, est la base de l’Impressionnisme.
Au-delà des célèbres nénuphars qui me sont familiers, je m’intéresse surtout au décor de ce théâtre d’ombres et de lumières que piégeait à merveille l’œil de Monet. Le jardin d’eau a beaucoup évolué depuis son époque. C’est tout le talent des jardiniers, de véritables artistes eux aussi qui, s’appuyant sur des écrits, témoignages et photographies, ont remodelé le paysage dans l’esprit de celui qui tenait les pinceaux.
Au-delà de Giverny et des célèbres nymphéas, je crois savoir pourquoi la peinture de Monet me touche tant. Avec une pointe de chauvinisme peut-être, ses motifs me « parlent ». Sa série des Meules me renvoie à mon enfance quand chez ma grand-mère, nous moissonnions l’avoine et le blé avec le chariot tiré par deux chevaux boulonnais. Je suis évidemment sensible aux jeux de lumière dans celle de la cathédrale de Rouen sur le parvis de laquelle je suis passé des centaines de fois. Les toiles d’Étretat, Pourville, Varengeville ou Dieppe me rappellent ma jeunesse où, en l’absence de piscines, nous bravions les galets et l’eau fraîche des plages normandes.
« Venir à Giverny dans le jardin mouillé, quand octobre déjà flamboie en vigne vierge rougeoyante sur les murs alentour, quand tout autour le village soudain ressemble à un village, avec ses habitants, son école à la cour penchée, son rythme, son identité. Octobre. Le nom est doux à boire, coule dans la gorge comme un vin muscat. Octobre à Giverny, c’est la promesse d’un automne à la française, où l’onctuosité de la Normandie se mêle à l’aristocratie d’une Ile-de-France toute proche. Partout, au début de l’automne, on fait de la gelée de coings, de mûres. Ici, Monet marchait dans son jardin, et préparait des confitures de lumière ». Je retiens la suggestion de Philippe Delerm, je reviendrai bientôt à Giverny.

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Environ 500 000 visiteurs se promènent dans les jardins chaque année. Monet, Monet, Monet, cela vous rappelle peut-être un vieux refrain disco d’Abba ; c’est surtout le succès d’un peintre à la jeunesse éternelle.

 

Publié dans:Coups de coeur, Ma Douce France |on 2 octobre, 2010 |1 Commentaire »

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