Archive pour septembre, 2010

Je fais (Claude) Chabrol

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« Le 24 juin 1930. La date la plus importante de mon existence, à 10 heures du soir. Tout le monde pensait que j’étais mort dans le ventre de ma mère. Quatre mois avant, mes parents avaient pris un bain ensemble, le chauffe-eau avait explosé, on les avait emmenés à l’hôpital de la rue Broca où le médecin leur avait dit : « Comptez pas sur le gosse ». » À sa naissance, le bébé Claude nous faisait déjà du Chabrol !
Quatre-vingts ans plus tard, un homme terriblement vivant, le cinéaste Claude Chabrol, vient de mourir. À l’inverse des médias, je n’ai pas su m’exprimer sur l’instant face à une telle nouvelle. Je ne mets pas en conserve comme eux, de futures nécrologies, préférant laisser mijoter mes fraîches émotions le temps malheureusement venu.
Voilà, je fais Chabrol aujourd’hui. J’emploie à dessein cette expression (on dit aussi faire chabrot) décrivant un usage qui perdure encore dans le sud-ouest de la France. Les vieux paysans, avant de finir leur soupe, l’allongent avec un verre de vin puis l’avalent à petites gorgées à même l’assiette. Claude assista probablement souvent à cette coutume dans le village creusois de Sardent quand, enfant, il se réfugia chez sa grand-mère paternelle durant la seconde guerre mondiale. Là aussi, à onze ans, il fut projectionniste dans un garage désaffecté improvisé en salle de cinéma, avant d’y tourner une quinzaine d’années plus tard son premier succès Le beau Serge, un des premiers films du courant de la Nouvelle Vague.
Certes, le cinéma de Chabrol n’a guère de rapport avec le terroir et la paysannerie sauf en de rares circonstances dans des adaptations de Flaubert et Maupassant. De père pharmacien, il passa principalement sa carrière à croquer avec férocité les travers de la bourgeoisie française d’après-guerre des Trente Glorieuses aux « trente piteuses » qu’elle soit grande comme dans L’ivresse du pouvoir ou petite comme pour Que la bête meure ! Derrière l’œil de son objectif, on lui reconnaissait un talent balzacien pour filmer la comédie humaine. Derrière ses gros carreaux de lunettes et son air malicieux et même malin, cet admirateur d’Alfred Hitchcock jubilait à montrer la cruauté voire même la monstruosité aussi bien physique que morale. Il avait le talent en partant d’un simple fait divers, de montrer les aspects les plus sombres des humains. « J’utilise le cadavre comme d’autres emploient le gag » confiait-il.
Sans recourir à de gros budgets ou des effets spéciaux, c’était un artisan de la pellicule au sens noble du terme, un façonnier, un amoureux du travail bien fait respectant la grammaire cinématographique traditionnelle. Épicurien en diable, il nous mitonnait de succulents films aux petits oignons. Parmi la presque soixantaine qu’il tourna, il en est un qui m’est particulièrement cher :

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Non que cela soit son chef-d’œuvre (même s’il fut présenté au festival de Cannes), mais Chabrol qui aimait tourner dans les petites villes de province, réalisa celui-là à Forges-les-Eaux, mon bourg natal du Pays de Bray. Dans cette bande annonce, il se met en scène un peu à la manière de son maître Sir Alfred lorsque, dans mon enfance, il présentait ses séries télévisées : « Aujourd’hui, nous vous présentons une petite histoire de meurtre, de concupiscence, d’escroquerie, de vengeance et de cupidité. Je suis sûr que vous l’aimerez … ».
Ce Poulet au vinaigre n’est pas une des recettes que Chabrol se plaisait à glisser dans chacun de ses films. C’est un flic aux méthodes peu orthodoxes, l’inspecteur Lavardin, qui ordonne au garçon de café de cesser immédiatement la cuisson de ses œufs au plat en lui présentant sa carte d’officier de police, puis lui confie ironiquement qu’il a une poule à la maison ! Simplement peut-être pour justifier son amour des œufs au plat depuis l’âge de huit ans : « j’ai passé le cap des 30 000 le mois dernier » ! Depuis vingt-cinq ans que le film est sorti, à chaque fois que je passe devant le café du Centre place Brévière, je souris à cette séquence et aux « deux oeufs au plat tous les matins avec un grand crème » de Jean Poiret réclamant à cor et à cri au comptoir « Paprika ! »
Tout au long de sa filmographie, Chabrol m’a nourri, des tomates à la provençale des Cousins à la pintade aux choux de Bellamy en passant par la bouillabaisse des Innocents aux mains sales, le fricandeau de veau à l’oseille des Fantômes du chapelier, le hachis Parmentier de Landru et la blanquette de veau d’Une partie de plaisir. C’est inhumain de glisser ces plats dans des polars et s’il était encore de ce monde, je condamnerais Claude de crime pour l’obésité ! Je connais sa défense, il aurait comme circonstances atténuantes que ce que mangent ses personnages n’est absolument pas anodin et contribue à la compréhension de leur psychologie. Pour lui, « C’est tout simple : si les personnages ne mangent pas, ils meurent ! Donc (il)les fait manger. À table, les masques tombent, difficile de mentir la bouche pleine ! » Ainsi, lorsque les adorables tourtereaux Pauline Laffont et Lucas Belvaux dînent à ce qui s’appelait le château de l’Andelle dans mon enfance, baptisé château Gerbaud (du nom du vrai propriétaire du café du Centre cité plus haut!) dans le film, ils commandent des médaillons de foie gras, des feuilletés de ris de veau aux morilles, et des profiteroles, le tout arrosé d’un champagne Piper-Heidsieck 1976, des plats tape-à-l’oeil qui révèlent leur caractère médiocre voire vulgaire.
« Manger bien et travailler bien, c’est la même chose pour moi ». J’ai toujours appliqué son précepte lorsque je réalisais des films pour l’Éducation nationale. J’ai même poussé la similitude avec le maître en tournant chez un grand chef trois étoiles, dans des lycées hôteliers et des caves de fromages de Neufchâtel. Chez Chabrol, la bonne chère est dans et autour des films, ainsi entre deux lieux de tournage, le cinéaste choisissait celui qui possédait les meilleures tables alentour. Il contait parfois une anecdote survenue à la Rôtisserie de la Paix, une excellente table de Forges-les-Eaux. Avec ses amis acteurs Michel Bouquet et Jean Topart, ils y mangeaient et buvaient d’autant plus fréquemment et abondamment que la carte des vins proposait de sublimes crus à des prix étonnamment dérisoires. Le restaurateur effaré que sa cave se vidât trop rapidement, tempéra la consommation de ses clients et rectifia les tarifs !
« Prenez trois notables bien saignants qui magouillent dans l’immobilier. Faites les revenir à feu doux en y ajoutant leur victime, un postier nerveux et sa maison convoitée. Couvrir, faire mijoter. Saupoudrez le tout de quelques morts mystérieuses et obtenez un beau poulet au vinaigre ». C’est le synopsis du savoureux jeu de massacre auquel le remarquable Jean Poiret, brutal avec les puissants, indulgent avec les faibles, se livre sur une galerie de bourgeois véreux, l’infâme docteur Jean Topart, le notaire fourbe Michel Bouquet, le boucher beauf Jean-Claude Bouillaud. Les films de Chabrol « respirent un savoir-vivre local mais sous les bonnes manières se tapissent d’horribles mœurs ».
Claude n’aimait pas avoir un interprète en tête quand il écrivait même s’il avait sa petite idée. Mais, grand directeur d’acteurs, il savait s’entourer d’excellents comédiens et réhabiliter les seconds rôles chers au cinéma classique comme ici avec Stéphane Audran, Caroline Cellier et Andrée Tainsy ; vous ignorez peut-être le nom de cette solide actrice belge décédée il y a quelques années mais je suis persuadé que son visage vous est familier. Je n’oublie pas Pauline Lafont belle comme un cœur. Julien Clerc chanta les seins de Sophie Marceau, Chabrol, égrillard, flasha sur ceux de Pauline (ainsi que sur ses fesses d’ailleurs !) disparue tragiquement depuis. « Tu la r’verras ta mère ! » : ses dernières paroles dans le film sont drôles et émouvantes comme un clin d’œil à sa maman Bernadette qui débuta sa carrière … dans Le beau Serge de Chabrol.
Avec Poulet au vinaigre, il y a aussi la basse-cour, je veux dire les figurants qui m’interpellent car j’y croise des connaissances. J’avoue être toujours surpris ou amusé lors de la réception d’anniversaire du générique, de croiser les silhouettes légèrement floues d’anciennes amitiés. Je crois me souvenir que les caprices du climat brayon prolongèrent la prise de vue très tardivement dans la nuit. Lors de l’apparition de l’inspecteur Lavardin, après trois-quarts d’heure de film, le vrai pompiste qui le sert, est un ancien camarade de la communale. De même, dans la scène de l’incendie, je reconnais monsieur Teyssier, un des courageux pompiers comme il l’était dans la vraie vie. C’est aussi l’art de Chabrol pour bien ancrer son histoire dans la France profonde, de faire appel à ces gens jouant leur propre rôle . Et miracle, ses acteurs déteignent et se fondent complètement comme s’ils étaient eux aussi originaires du lieu, renforçant encore le parfum d’authenticité. Outre certains visages, les lieux me sont bien sûr familiers. Je reconnais là l’excellent travail de repérage et … aussi quelques minimes invraisemblances géographiques gommées par la magie des raccords de plans. Ainsi quand le notaire quitte son domicile de la route de Neufchâtel pour se rendre chez sa maîtresse, il s’engage à gauche dans la rue du bout de l’enfer alors que l’appartement de Caroline Cellier se trouve dans les locaux désaffectés de l’ancien cinéma Le Dauphin. Ici même, Chabrol utilisa pour visionner les rushes, la salle où j’appris gamin à aimer le septième art. Grâce au film, je pus enfin pénétrer à l’intérieur des châteaux de l’Andelle et de l’Épinay, manoirs aux mystérieuses statues qui me semblaient inaccessibles dans mon enfance. Petites histoires de cinéma !
Claude Chabrol aimait ma Normandie. Il y revint pour tourner Une affaire de femmes à Dieppe, Madame Bovary à Lyons-la-Forêt et quelques nouvelles de Maupassant dans le Pays de Caux.
Mes gros plans fixes et mes travellings littéraires vous auront semblé peut-être un peu futiles ou mièvres. Pourtant, j’ai l’impression qu’à travers principalement l’évocation d’un de ses films qui m’a naturellement touché, je rends hommage à un grand monsieur du cinéma. Son habileté résidait d’ailleurs dans la confection de produits parfaitement assimilables par le grand public et dont la charge critique n’apparaît qu’à qui se soucie d’aller la découvrir. Claude Chabrol, c’était ma douce France pour le meilleur et pour le pire. Au moment où, à Montpellier, se retrouvent sur le banc des accusés le mari de la victime, un vicomte et un jardinier, j’imagine ce qu’il nous aurait concocté autour de ce fait divers. Avec lui, on riait, on frissonnait, on réfléchissait, on mangeait jusqu’à la nausée d’une bourgeoisie écoeurante. Bientôt, au-delà de ses histoires drôlement féroces ou férocement drôles, son œuvre deviendra documentaire.

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« La marche des nains » de Marc Giai-Miniet

À l’occasion des Journées du patrimoine, la communauté d’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines invitait le public à pénétrer dans l’intimité des ateliers d’artistes en résidence dans la ville nouvelle. J’ai donc frappé à la porte de Marc Giai-Miniet, peintre et emboîteur dont je vous ai longuement entretenu dans un billet du 20 mars 2008.
Le porche est toujours de guingois avec sa petite porte encastrée. Familier du lieu, je me méfie moins de la plaque fixée dessus que de franchir le seuil sans me cogner le crâne. Voilà ce que c’est de mesurer neuf empans et demi ! L’empan est une unité de longueur ancienne ayant pour base la largeur d’une main ouverte du bout du pouce jusqu’à l’extrémité du petit doigt soit environ vingt centimètres.

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Surprise ! Je me retrouve nez à nez (l’expression nez à genou serait plus appropriée!) avec une importante manifestation de nains de jardin. On connaît la divergence systématique entre les chiffres quand il s’agit d’en évaluer l’ampleur : vingt-cinq selon la police, une centaine d’après les organisateurs. Pour les avoir comptés, je confirme l’exactitude du nombre avancé par le musée de la ville à Saint-Quentin-en-Yvelines, maître d’œuvre de cette Marche des nains.

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En ce mois de septembre chaud sur le terrain social, que peuvent bien revendiquer ces nains brandissant leurs pancartes ? La réforme des retraites qui tendent à devenir aussi minuscules que leur taille, c’était la semaine précédente. Après que la cour d’appel de Paris ait estimé que les poupées vaudou à l’effigie de notre président constituaient une atteinte à la dignité du chef de l’État, serait-ce une marque d’ostracisme à l’égard cette fois des nains de jardin, de la part de celui de l’Élysée ? Après la désapprobation de l’Union européenne face à l’ignominieuse purge ethnique menée contre les Roms, serait-ce une provocation supplémentaire de la part de messieurs Besson et Hortefeux pour un délit de longueur de jambes ? C’est bien sûr ce que j’ai voulu savoir auprès de l’artiste concepteur de ce soulèvement très populaire aux yeux des visiteurs.
Marc est loquace sur le sujet, avouant d’emblée avoir eu finalement, dès l’enfance, un ravissement pour les nains lorsqu’il passait devant les jardins de banlieue. Il ajoute avec humour que « sa petite taille, son teint jovial et sa barbe blanche pourraient à eux seuls justifier cette auto admiration » ! Il en est même à imaginer que la consonance de son nom le prédispose à son attrait pour le petit peuple.

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Selon la mythologie grecque, l’ancêtre du nain de jardin serait Priape, fils de Dionysos et Aphrodite ou d’une nymphe (avec laquelle le dieu aurait possiblement fricoté !). Sa mère, déesse indigne, l’aurait abandonné tellement il était monstrueux avec sa taille minuscule, son corps difforme et son énorme pénis constamment en érection. À cause de cet exceptionnel attribut, il devint une divinité de la fécondité des vergers et des jardins et est à l’origine du terme médical de priapisme. Les Romains plaçaient souvent dans leurs jardins des statues grossières de Priape, en bois de figuier peint en vermillon pour servir d’épouvantail. La tête couverte d’un bonnet phrygien pointu, portant des fruits dans son habit, tenant à la main une faucille ou une corne d’abondance, exhibant son phallus démesuré, il était censé éloigner les oiseaux. De là viendrait-elle cette réputation qu’un nain soit souvent lubrique ?! Pauvre nain qu’on affuble fréquemment de vilains défauts, voilà ce que c’est de fourrer son nez dans les affaires des grands! On le dit jouisseur et farceur, ce qui n’est pas pour me déplaire, mais aussi stupide ou susceptible, on le serait à moins.
Certaine théorie fait remonter l’origine des nains à la préhistoire. Les premiers forgerons extraient le minerai, du sulfure de cuivre qu’ils brûlent dans des foyers à ciel ouvert, afin d’en éliminer le soufre. Ce procédé produit des vapeurs d’arsenic qui provoquent des névrites, puis attaquant le système nerveux, une paralysie des jambes. Héphaïstos, le dieu du feu, est représenté sous les traits d’un forgeron boiteux. Dans la mythologie nordique, Brokk et Sindri sont des nains, fils d’Ivaldi, qui forgent la chevelure de la déesse Sif, la lance d’Odin et le bateau transportant les dieux.
Les nains sont reliés aux grottes, aux cavernes dans les flancs des montagnes, aux souterrains ténébreux. C’est là qu’ils cachent leurs ateliers de forgerons. C’est ainsi qu’ils connaissent les secrets des métaux rares et des pierres précieuses.
Au Moyen Âge, le nain est un prospecteur hors pair pour se faufiler dans les galeries étroites des mines. Pour le repérer dans les filons obscurs, le « nain porte quoi » ? : des couleurs vives, d’où le bonnet rouge typique et le tablier vert !
Lorsqu’on connaît l’univers de ses toiles et de ses boîtes traversées de boyaux, conduits, cheminées, égouts, souterrains, on comprend que Marc Giai-Miniet, passionné aussi d’alchimie, s’intéresse au petit peuple des entrailles de la terre, celui que Paracelse, illustre alchimiste suisse du XVIème siècle, appelle les élémentaires. Ces esprits des Éléments sont à l’origine des créatures imaginaires composées de l’un des quatre éléments issus de la tradition grecque, c’est-à-dire l’eau, la terre, l’air et le feu. Dans son « Livre des nymphes, des sylphes, des pygmées, des salamandres et de tous les autres esprits », Paracelse désigne six familles d’hommes sans âme, les nymphes filles de l’eau, les lémures fils de la terre habitant sous les montagnes, les gnomes esprits de l’air, les génies du feu, enfin les géants et les nains vivant à l’ombre des forêts.
Dans les anciens mythes germaniques et nordiques, l’univers est composé de sept à neuf « mondes » physiques encerclés par une mer : les pays des Elfes, des Nains (Nidavellir), des Dieux et des Géants. Le monde des Hommes connu sous le nom de Terre du Milieu se trouve au centre de cet univers. C’est là que Tolkien place la plupart de ses récits, notamment Le Seigneur des Anneaux.
Mon origine normande prédispose à une sympathie à l’égard des gobelins, une race de petits êtres noirauds et taquins. Ils sont apparus sur terre pour la première fois en Normandie où l’eau, la verdure et les nuées, facilitent leur développement. Certains, charmés par les falaises de la blanche Albion, embarquèrent sur les barques normandes et les drakkars vikings pour traverser la Manche. Dans les contes de mon enfance, je devais me méfier des goublins qui rôdaient l’sai dans les q’mins, le soir dans les chemins !
En flânant quelques minutes dans l’atelier, on ne peut s’empêcher d’établir une filiation entre toutes ces créatures minuscules et fantastiques, et les personnages sans bras voire larvés qui habitent les toiles et les boîtes de Marc Giai-Miniet. « Il rôde dans une atmosphère pesante les fantômes d’un opéra sinistre et silencieux où ceux qui gardent un peu d’espérance ont peine à voir une parcelle de lumière. Cependant, tout n’est pas noir et tout n’est pas perdu. Reste la clarté qui vient d’en haut et des bibliothèques qui transmettent la pensée, archivent l’histoire des hommes ».

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La lumière pour La marche des nains vient justement de la rencontre de Marc avec les livres et les rayons, ou plus exactement, avec Didier Lejeune, un vieux libraire de Roubaix. Également, pataphysicien, ex-soixante-huitard, révolutionnaire professionnel mais pas mort, ancien candidat aux municipales sur une liste du facteur de Neuilly, ancien journaliste, bouquiniste, il a eu l’idée farceuse de créer, chaque 32 mars (qui dans une logique calendaire implacable est la veille du 1er avril !), les rencontres mondiales des nains de jardin, au pays des Géants du Nord. Il pense que « les nains de jardin sont complètement aliénés. Mais ils sont heureux comme ça. Simplement, une fois par an, ils sont contents de se balader » ! Sa démarche est donc moins radicale que celle des membres du FLNJ, le Front de Libération des Nains de Jardin, qui libèrent nos compagnons en céramique (et plastique) de leurs prisons gazonnées en les transportant dans les forêts, l’habitat originel des nains dans les légendes.

« Déjà que j’avais pas grand chose
Dans ma petite vie pas toujours rose
Dans mon petit pavillon de banlieue
Oublié des hommes et de Dieu
Entre ma petite femme et mon chien
J’avais que la télé et puis rien
A peine un petit carré de pelouse
D’un mètre vingt trois sur un mètre douze
Où il trônait comme un pacha
Mon petit Simplet qui n’est plus là
Si je tenais l’enfant de gredin
Qui m’a volé mon nain de jardin
Je lui ferais passer le goût du pain … »

N’en déplaise à Renaud, j’avoue une certaine sympathie pour ces rapts jardiniers qui tiennent plus du canular que du vandalisme. Il est possible d’ailleurs que le chanteur, le premier degré dépassé, la partage !
Entre poésie enfantine et pamphlet politique, Giai-Miniet instrumentalise la fronde des nains en les équipant de masques à gaz, accessoire récurrent dans ses œuvres.

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Dans un texte d’accompagnement sur son propos artistique, il justifie son militantisme actif pour la sauvegarde de l’entité naine « menacée d’étouffement par les déjections mortifères et gazeuses de l’urbain, par la pollution de nos villes, de nos voitures, de nos mobylettes, de nos tondeuses à gazon. Attention au Nain qui tousse ! Cet index de l’allergie envahissante et de l’urbanisme codifié, ce sismographe du CO2, du béton et du jardin macadamisé … Ne vous méprenez pas : les nains sont des intercesseurs entre les profondeurs de la terre et nous, comme les anges le sont entre nous et le ciel, et comme eux possèdent les pouvoirs occultes que leur ont donné l’usage, la sagesse et la folie des temps. » ! En aparté, Marc me glisse que si même les nains doivent s’harnacher de masques, c’est que notre planète ne tourne vraiment plus rond. Yann Arthus-Bertrand choisit de sauver la terre en la photographiant et la filmant vue du ciel. À l’inverse, c’est au ras des pâquerettes que Marc pousse son cri d’alarme sur ce que les hommes sont en train de faire à eux-mêmes et à leur descendance ! Dans (ou À ?) la cour de Giai-Miniet, les nains retrouvent leur fonction ancienne de bouffon du roi exprimant sur le ton de la plaisanterie les choses les plus graves.

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Halte à la déforestation, sous l’œil dubitatif d’adorables écureuils, un groupuscule de nains scie les dernières souches de bois existant encore dans les forêts !
L’un d’eux, solitaire, a préféré s’installer sous la main protectrice d’une sculpture de femme grandeur nature.

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On a toujours besoin d’un géant chez soi ; Marc, lassé de cette œuvre, me réquisitionne pour transporter au verger cette femme enceinte dans une brouette !
Stop à la pollution, danger pesticides, d’autres nains nous interpellent avec leur pot de fleurs ou leur panier rempli de jolies pommes, peut-être trop rouges pour être honnêtement bio ! Il y a quelques jours, au journal télévisé, un producteur de fruits dans la vallée du Rhône, au bord des larmes et de la faillite, se plaignait de ne plus vendre ses poires parce qu’elles présentaient quelques défauts.

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« Je représente souvent des êtres qui ne sont pas finis et qui ne sont même plus des animaux » écrit Marc Giai-Miniet. Ici, entre image tendre et ironie, ses petits bonshommes de céramique, loin de leur réputation d’êtres stupides, manifestent leur réprobation devant le carnage écologique dont nous sommes coupables.

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En attendant que l’autocar du Parti Communiste, garé en double file, évacue la chaussée (blague de Renaud dans une de ses chansons !), Marc me montre dans son salon un des nains de l’artiste allemand Ottmar Höri qui fit scandale en en faisant défiler 1250 effectuant le salut hitlérien, bras droit en l’air. Le parquet de Nuremberg (la ville où se tint le fameux procès de guerre contre vingt-quatre responsables du Troisième Reich) l’a blanchi considérant qu’il dénonçait l’idéologie et poussait les gens à réfléchir sur la montée de l’extrême droite en Europe. Ce nain-ci se contente de me pointer un doigt d’honneur !

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Le cortège démarre. Déjà, deux dizaines de manifestants ont pris la tangente et s’engagent dans la rue de Montfort à Trappes. Les premiers slogans fusent. Qui sait si bientôt, nos nains de jardin n’entonneront pas, comme chaque 32 mars, le chant culotté des hauts nanistes roubaignots( !) :

« Debout ! Les nabots de la terre
Debout ! Les minus des jardins !
Nains des bordur’s et des lisières,
Nous ne sommes tout, soyons rien !
Des grincheux, faisons barbe rase
Et des simplets lalaïtou.
La grandeur changera de face
Quand l’infime deviendra tout !
C’est la lutte finale
Groupons-nous car deux nains,
Toute chose éga-a-ale
C’est deux fois plus que rien (bis) »

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Je vous encourage vivement à vous joindre à leurs revendications lors d’une prochaine exposition.
À partir du week-end prochain, Marc Giai-Miniet présente ses « Bibliothèques imaginaires » à l’occasion de la fête du livre de Merlieux-et-Fouquerolles dans l’Aisne. Savez-vous qu’à moins de cinq kilomètres, à Bourguignon-sous-Montbavin, vécut la plus célèbre fratrie de peintres français du XVIIème siècle, Antoine, Louis et Mathieu Le Nain ? Connus pour leurs tableaux décrivant des scènes de la vie paysanne, ils réalisèrent aussi des miniatures. Étonnant non ?!

Publié dans:Coups de coeur |on 23 septembre, 2010 |6 Commentaires »

« Bicyclette, confit et p’tites poupées » ou promenade dans la vallée de Campan

Bicyclette, confit et p’tites poupées, te laissent groggy, te rendent un peu cinglé !!! Je vous emmène aujourd’hui dans la vallée de Campan en Hautes-Pyrénées. Très verdoyante, on lui trouvait autrefois, ce qui n’est pas pour me déplaire, un faux air de Normandie à cause de la production de beurre et de pomme à cidre. Certes ici, ça monte beaucoup plus quoique rappelez-vous le mur de Champeaux à Camembert !
Mon humeur serait plus guillerette si une triste nouvelle ne venait pas de tomber. Alors, symboliquement, je démarre ma promenade à la sortie de Bagnères-de-Bigorre, dans la commune limitrophe de Gerde, là où le champion cycliste Laurent Fignon possédait un complexe hôtelier à son nom et y proposait des stages de vélo. Comme un signe, dans le parc de l’établissement, hiberne en hiver une sculpture Le géant du Tour transférée aux beaux jours au sommet du col du Tourmalet. Ultérieurement, je rendrai sans doute hommage à ce sportif attachant, un des derniers grands de la légende des cycles, terrassé cette semaine par la maladie.

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Non loin de là, j’ai assisté de mes propres yeux à quelques-uns de ses plus beaux exploits tellement plus enthousiasmants que la piètre empoignade offerte cette année par Contador et Schleck. Il est difficile de ne pas vous faire partager un instant ma passion vélocipédique lorsqu’on s’engage dans une vallée qui mène au pied des mythiques cols d’Aspin et du Tourmalet. À l’apogée de ma carrière de cycliste du dimanche, j’ai hissé ma grande carcasse au sommet du premier nommé. En 1950, les alpinistes Herzog et Lachenal conquirent le premier 8 000 mètres en gravissant l’Annapurna ; trente ans plus tard, je franchissais mon premier col labellisé hors catégorie dans le Tour de France ! À chacun son Everest !
Évidemment, nul se souvient à Campan de ce jour mémorable. Le village était désert et avec mon coéquipier de randonnée, nous nous rafraîchîmes dans la plus stricte confidentialité à la jolie fontaine réalisée en 1628 par des sculpteurs de la commune. On dit qu’autrefois, on y plongeait même le beurre local, d’excellente réputation, pour vérifier sa qualité.

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Aujourd’hui, jour de marché, se presse sous les halles voisines la foule des touristes alléchés par les savoureux produits du terroir : bien sûr, beurre à la baratte sorti d’un moule au décor de fleurs mais aussi jambons et saucissons, fromages des estives, miel de montagne, pains de campagne, ainsi que des croustades et les truses, des gâteaux locaux. Je me dirige plutôt vers une pâtisserie de la rue principale, la bien nommée Monts et merveilles, qui propose de succulents gâteaux à la broche, tournés devant la cheminée au feu de bois ainsi que des tourtes nature ou aux fruits du pays. Hum !
Il est temps maintenant de partir à la rencontre de curieux habitants qui prennent le soleil, chaque été, dans les ruelles du village. Véritable chasse au trésor, il ne faut pas craindre pour les découvrir de lever la tête vers le balcon des maisons, de s’avancer dans les jardins ou se faufiler dans des sentes étroites. C’est le prix dérisoire à débourser pour entrer dans le monde merveilleux des mounaques.

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De l’espagnol muñeca mais aussi peut-être mona (guenon), elles sont en patois local, outre le jouet des enfants, des poupées grandeur nature confectionnées avec des chiffons et du foin, et habillées de vêtements. Héritage d’une vieille tradition remise au goût du jour au début des années 1990, leur origine est liée au système de transmission du patrimoine en vigueur autrefois dans la vallée.
À Campan, on trouvait son conjoint au sein même du village. La fille aînée de la ferme, future héritière des biens, terre, maison, bétail, était toujours l’objet de convoitises. Mais l’amour ne fait pas toujours bon ménage avec ce type de marchandages et parfois le cœur de la jeune fille penchait plutôt pour un garçon d’un autre village. Et ici, on n’aimait guère ces « hore-benguts » qui « enlevaient » une héritière aux jeunes du cru. Les choses s’arrangeaient si le futur époux s’acquittait d’un tribut compensatoire auprès des jeunes gens du village. À défaut, était alors organisé un charivari, une bruyante manifestation sociale, durant tout le mois précédant le mariage. Chaque soir, la jeunesse locale, des cloches de vaches autour du cou, faisait le tintamarre sous les fenêtres de la future mariée. Un couple de mounaques était également accroché à la maison de la fiancée. Ces poupées de chiffons représentaient en principe les défauts des futurs époux. Tout cela cessait le jour de la cérémonie nuptiale lorsque les nouveaux mariés passaient sous les mounaques et offraient aux jeunes une somme suffisante leur permettant de faire la fête. En fait, ces chahuts de moquerie s’étendaient à tout mariage hors norme, ainsi celui d’une fille mère ou lorsqu’un veuf épousait une jeunette.
Les temps changent : par leur indéniable intérêt touristique, les mounaques du vingt-et-unième siècle font oublier la symbolique péjorative du passé.

« Mounaques des années 80
Mais mounaques jusqu’aux bottes de foin
Ayant réussi l’amalgame
De l’autorité et du charme …

Elles me rendent fou au point de pasticher Sardou dans son voyage en Absurdie !!! À ma décharge, je vous avoue que la première fois qu’on s’installe à la terrasse du café-PMU, on regarde à deux fois ses voisins de table pour ne pas douter de sa santé mentale !»

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On reconnaît l’esprit créatif des fabricants de mounaques dans leur ingéniosité à intégrer leur progéniture dans la vie du village. Ici, l’une arrose les fleurs de son jardin ; là, deux autres prennent le thé à l’ombre d’un parasol.

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Une mounaque d’une taille démesurée se dresse sur le parvis de la mairie. Nulle faute dans les proportions, il s’agit de la réplique de Gaye-Mariole, un gaillard de près de 2,10 mètres natif du hameau de La Séoube, un soldat de l’an II nommé « premier sapeur de France » par ses compagnons d’armes. Il quitta sa vallée et fut presque de toutes les campagnes militaires du Directoire et de Napoléon. Le 26 nivôse an V (15 janvier 1797 pour les non-adeptes du calendrier républicain !), un coup de feu lui traversa les deux cuisses lors de la bataille d’Anguiarion, en Italie. Au grand étonnement des médecins, il survécut et reçut une carabine d’honneur en récompense de la part de son général. Admis dans le corps d’élite des grenadiers de la Garde impériale, Napoléon en personne le décora de la croix de la Légion d’honneur en 1804. Lorsque l’empereur passa en revue son unité à la veille de la bataille de Tilsitt en 1807, celui qu’on surnommait aussi l’Indomptable, présenta les armes, non pas avec son fusil mais avec l’affût  d’un canon d’une trentaine de kilogrammes. De cette anecdote, serait née abusivement l’expression faire le mariole car en effet, le « mariolo » désignant un coquin, filou, malin, appartient au vocabulaire italien du XVIème siècle. Par contre, en hommage au héros du village, il existe désormais à Campan une confrérie des Mariolles et une fête des Mariolles le deuxième dimanche de juillet à l’occasion de laquelle a été remise en vigueur, il y a une vingtaine d’années, la tradition des mounaques.

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La routine n’a pas cours ; d’une année à l’autre, les mounaques changent d’aspect même si parfois le thème subsiste. Ainsi, une noce est régulièrement mise en scène sous la galerie dans la cour d’entrée de l’église. Cette année, le photographe tire avec sa chambre le traditionnel cliché des mariés et de la famille.

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En me retournant, j’en profite pour contempler le curieux monument aux morts. Les guerres ont vidé la vallée de ses hommes et c’est une veuve, une pleureuse au visage masqué par le capuchon rabattu de sa cape de deuil, qui remplace l’habituel poilu. À ses pieds, trois bas-reliefs rappellent la paix retrouvée à travers la représentation des trois richesses de la commune à l’époque : le bois, le beurre et la laine.

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Devant la vitrine de la pharmacie, je rirais volontiers de l’individu plâtré suite à un probable accident de ski si, au même instant, ne passaient sur la chaussée deux brancards portant  deux pèlerins de Lourdes. Ironie de la vie que Pierre Desproges aurait contée avec plus de talent. Les clientes attendant devant chez Cathy et son salon de coiffure mixte, ne présagent pas d’un brushing tendance.

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De même, les fans de la marque Desigual doivent tiquer devant les fripes et les sacs à main démodés dont se parent la plupart des poupées de chiffon. Quoique coquettes (il faut environ 6 heures pour les apprêter), elles évoquent avant tout le charme suranné du temps passé.

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La preuve, quelques lavandières cancanent au lavoir ; un peu plus loin, deux pompiers actionnent leur antique lance à incendie.

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Chaque coin de rue, chaque cour, chaque balcon, me réservent leur lot de surprises.

« Moi je construis des marionnettes
Avec de la ficelle et du papier
Elles sont jolies les mignonnettes
Je vais, je vais vous les présenter… »

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Récent passage du Tour de France oblige, plusieurs coureurs ont escaladé une de ces galeries typiques qui ornent les maisons du pays. L’un d’eux ceint du célèbre maillot à pois rouges lève les bras en signe de victoire.

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Il y a bien longtemps pourtant que cette tunique ne récompense plus le meilleur grimpeur du Tour, à force de comptabiliser pour des raisons commerciales, les passages au sommet de « côtelettes » dans les étapes de plaine !
Un qui mérita par contre son maillot, c’est Eugène Christophe, un homonyme donc du constructeur de marionnettes, qui revêtit le premier maillot jaune (de la couleur du journal L’Auto organisateur de l’épreuve) du Tour de France au départ de l’étape Grenoble-Genève de l’édition de 1919. Mais son plus haut fait d’armes, celui qui l’a fait entrer dans la légende, il l’accomplit six ans plus tôt au hameau de Sainte-Marie de Campan vers lequel je me dirige maintenant.

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L’épisode se situe lors de l’étape Bayonne-Luchon du Tour 1913. Cri-Cri qu’on appelle aussi le Vieux Gaulois à cause de ses moustaches, franchit le sommet du Tourmalet en compagnie du belge Philippe Thys sur lequel il possède une demi-heure d’avance au classement général. C’est alors qu’une voiture suiveuse le déséquilibre dans la descente, brisant la fourche de son vélo. Le règlement de l’époque n’autorisant aucun changement de machine et aucune aide extérieure pour réparer, il n’a pas d’autre recours que de rejoindre à pied, son engin sur l’épaule, l’atelier du forgeron de Sainte-Marie à quatorze kilomètres de là. Les commissaires intransigeants le surveillent durant quatre heures, le temps qu’il mette au feu un bout de ferraille pour le réduire à la dimension de 18 millimètres afin de l’engager dans le fourreau de direction, puis de percer des trous dans le tube pour y passer des goupilles. Scène surréaliste aujourd’hui quand on pense qu’en juillet dernier, Schleck eut besoin de l’intervention d’un mécanicien lors d’un banal saut de chaîne ! « De mon temps, nous avions un métier » racontait Christophe. « Moi tenez, si je n’avais pas été serrurier, un métier qui exige de savoir travailler le fer, le bois, limer, forger, que croyez-vous qu’il me serait advenu ? Mon apprentissage, je l’ai fait rue Chapon dans le 3ème arrondissement de Paris » ! Les coursiers de maintenant savent-ils même changer un boyau ? Lors de la réparation, un commissaire affamé souhaite aller chercher un sandwich dans un café voisin. Christophe lui répond sèchement : « Si vous avez faim, mangez du charbon ! Je suis votre prisonnier et vous resterez mes gardiens jusqu’au bout » ! Presque du Zola dans le texte ! Au final, il se classe à Luchon, 29ème sur 44, à 3 heures et 50 minutes de Thys, perdant toute chance de gagner le Tour. À l’entrée de Sainte-Marie de Campan, une plaque rappelant cet acte héroïque, est apposée sur l’ancienne forge rénovée aujourd’hui en un gîte accueillant.

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Pour la petite histoire, sachez que dans ses mémoires, Philippe Thys raconta : « C’était en 1913. J’étais leader du classement général. Une nuit, Desgrange rêva d’un maillot couleur or et me proposa de le porter. Je refusais car je me sentais le point de mire de tous… Je fus contraint de céder. On acheta donc dans le premier magasin venu un maillot jaune. Il était trop juste puisqu’il fallut découper une encolure plus grande pour le passage de la tête. C’est ainsi que je fis plusieurs étapes en décolleté de grande dame ». S’il dit vrai, Thys fut vraiment la bête noire ou plutôt jaune d’Eugène Christophe.
L’heure de midi approche. Souvent, après mon rendez-vous avec les mounaques, aux trop fréquentés cols d’Aspin et Tourmalet, je préfère pour pique-niquer la verdoyante Hourquette d’Ancizan. Encore faut-il que les ânes et les chevaux sauvages daignent me laisser passer !

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Dans les sapinières, au bord du ruisseau, déguster une tourte aux myrtilles, une des « merveilles des monts », vaut le meilleur des desserts.

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Cette année, changement de décor, cap vers l’Est et une fort sympathique auberge nichée au sommet du col de Beyrède qui mène à la vallée d’Aure ! Au pied de la montée, nous passons à proximité des anciennes carrières royales du fameux marbre de Campan. Louis XIV utilisa abondamment ce beau marbre vert veiné de rouge, de rose et de blanc, au Louvre et à Versailles, notamment au Grand Trianon.
La petite fille qui m’accompagne, se souviendra probablement longtemps de l’omelette aux cèpes débordant largement de son assiette. Quant à moi, je sacrifie au « plat national » de la région, une réjouissante garbure. Je ne fais cependant pas « chabrot » vu le prix prohibitif de la demi bouteille de Madiran à 700 euros ! Je commande plutôt la bouteille de 75 cl, bien plus économique, à 10 euros et taquine amicalement la serveuse avec l’absence de virgule et l’erreur de frappe qui s’est glissée dans le menu ! Et pour suivre, je me régale … d’un confit de canard puisque c’est le titre de mon billet !
Pour digérer, la famille se chausse de pataugas et s’arme d’un bâton pour une courte randonnée à la recherche de … cèpes. J’en profite pour vous faire quelques photographies du paysage, de la faune et de la flore, notamment de jolis chardons bleus et argentés.

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Bientôt, le Pic du Midi chapeauté de son observatoire tout proche s’enveloppe d’une écharpe de nuages. La brume maintenant envahit le sommet du col. Un cheval guère amène décoche quelques coups de sabot sur la carrosserie de ma voiture, m’intimant sans doute ainsi l’ordre de circuler, il n’y a plus rien à voir ! Heureux portable quand même, j’appelle ma petite troupe noyée dans le brouillard.

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Publié dans:Coups de coeur, Ma Douce France |on 4 septembre, 2010 |2 Commentaires »

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