Archive pour août, 2010

Corvée de patates!

Quand on choisit sa compagne, c’est pour le meilleur, ainsi la descente de la rivière Fango en Haute-Corse (voir billet précédent du 14 août 2010), mais aussi pour le pire, en l’occurrence la corvée annuelle d’arrachage des pommes de terre dans la ferme familiale d’Ariège ! On ne peut pas gagner à tous les coups, j’avais échappé en d’autres temps de coopération aux fastidieux épluchages des patates de la caserne.
Plus objectivement, je devrais vouer aux gémonies Antoine Parmentier, un pharmacien, agronome, nutritionniste et hygiéniste du XVIIIème siècle dont les travaux popularisèrent la consommation en France du tubercule produit par l’espèce Solanum tuberosum et appartenant à la famille des solanacées. Contrairement aux idées reçues, il n’a pas découvert la pomme de terre puisqu’elle existait depuis bien longtemps déjà. Les plus anciens restes de tubercules cultivés retrouvés dans la cordillère des Andes, au Pérou, datent de 8 000 ans avant Jésus-Christ. La pomme de terre est introduite en Europe au XVIe siècle à la suite de la découverte de l’Amérique par les conquistadors espagnols. En 1573, des moines de Séville la cultivent pour nourrir des personnes malades sous le nom de papa tiré du dialecte quechua des Incas, d’ailleurs encore usité dans les pays hispanisants d’Amérique latine. L’immense poète chilien contemporain Pablo Neruda, prix Nobel de littérature, lui a consacré une de ses Odes élémentaires pour bien ancrer son origine :

 

« Papa
te llamas
papa
y no patata,
no naciste castellana:
eres oscura
como
nuestra piel,
somos americanos,
papa,
somos indios… « 

« Papa
tu t’appelles
papa
et non patata,
tu n’es pas née castillane :
tu es sombre
comme
notre peau,
nous sommes américains,
papa,
nous sommes indiens… »

En Italie, on la désigne sous le nom de taratoufli (truffe de terre). Comparée à la truffe, elle devient bientôt trumfa ou trifola dans certain dialecte occitan que rappelle la truffade, le roboratif plat aveyronnais. En 1600, Olivier de Serres qui la plante lui-même dans ses terres d’Ardèche, lui consacre un chapitre dans son Théâtre d’agriculture sous le titre de cartoufle à rapprocher de la kartoffel allemande. Le terme de pomme de terre n’est entré dans le Dictionnaire de l’Académie française qu’en 1835. On emploie même l’expression de poire de terre. Sa consommation est déconseillée en France jusqu’au XVIIIème siècle sous prétexte que quelques vieilles patates de médecins rétrogrades l’accusent de favoriser quelques maux comme la lèpre et des fièvres. C’est alors qu’arrive Parmentier, le grand Parmentier qui donnera plus tard son nom à une avenue et une station de métro de Paris ainsi qu’à une omelette et son célèbre hachis ! Pour être honnête, il faut rendre aussi à Duhamel du Monceau, Turgot et François Mustel ce qu’on attribue trop exclusivement à Parmentier. Duhamel, dans son Traité de la culture des terres, encourage les agriculteurs à la culture de la pomme de terre car « outre qu’elle est très utile pour toute espèce de bétail, elle est encore d’une grande ressource, dans les années de disette, pour la nourriture des hommes ». Turgot, appelé à l’Intendance de la Généralité de Limoges en 1761, fait servir à sa table et distribue aux membres de la Société d’agriculture et aux curés, des tubercules de pommes de terre en les priant d’en recommander l’usage. Quant à Mustel, un agronome rouennais auteur d’un Mémoire sur les pommes de terre et le pain économique, il en développe la culture en Normandie. Antoine Parmentier, capturé par les Prussiens lors de la guerre de Sept ans (1756-1763), découvre en cette circonstance la pomme de terre, la nourriture principale proposée aux prisonniers. De retour de captivité, il la promeut comme aliment humain et s’attache à en développer la culture. En 1771, en en faisant l’apologie, il remporte un concours organisé par l’académie de Besançon sur le sujet suivant : « Indiquez les végétaux qui pourraient suppléer en cas de disette ceux que l’on emploie communément à la nourriture des hommes, et quelle en devrait être la préparation ». Il la cultive sur un petit lopin de terre appartenant à des religieuses tout près des Invalides. Il fait même monter la garde autour de son champ pour donner l’impression aux passants qu’il s’agit d’une culture rare et chère destinée au seul usage des nobles. Cela éveille la curiosité de certains qui volent des tubercules, les cuisinent et … les apprécient. Il la promeut également en organisant des dîners où il convie des hôtes prestigieux tels Benjamin Franklin et Lavoisier. En 1778, il rédige l’Examen chimique de la pomme de terre, un mémoire dans lequel il prouve l’utilité de l’aliment pour l’homme, alors qu’il était jusqu’ici abandonné aux bestiaux, tout en démontant les préjugés communs sur les maladies et sur l’appauvrissement du sol. Les membres de la Faculté de médecine de Paris, plus clairvoyants que nos experts sur la grippe A, après de longs travaux, finissent par déclarer que la consommation de la pomme de terre ne présente pas de danger. Le roi Louis XVI félicite bientôt Parmentier : « La France vous remerciera un jour d’avoir inventé le pain des pauvres ».
Moi je le honnis quelques heures par an lorsqu’il s’agit de ramasser comme cette année, douze raies de pommes de terre de cent cinquante mètres de longueur ! Régulièrement, cela se déroule aux alentours du 15 août. Avant que la fête locale ne soit avancée au début du mois, mon cher beau-père, le maître de la ferme, avait le vrai chic ariégeois de nous convoquer pour l’arrachage le lendemain des festivités. Peut-être pensait-il que danser la veille au bal quelques mashed potatoes endiablés, donnait la patate !!! Plus sérieusement, les tubercules arrivent ici à complète maturité à l’approche de la fête de l’Assomption ; je vous salue Marie, pleine de grâce, priez pour nous pauvres arracheurs de pommes de terre !
Deux ou trois fermes au village récoltent encore les pommes de terre. Autrefois, s’instaurait une rivalité voire une jalousie entre paysans à savoir lequel les ramasserait le premier et surtout les « aurait réussies » le mieux. L’entraide existait cependant et les voisins et les amis donnaient volontiers un coup de main en échange d’un panier de pommes de terre. Pour nous, béotiens de la chose agricole, quand Amédée descend de sa colline pour effectuer le défanage, nous savons que la récolte est imminente. Il fauche alors les feuilles et les tiges ce qui limite la contamination des tubercules par le mildiou ou des maladies virales transmises par des insectes ravageurs. L’un d’eux, le doryphore, coupable autrefois d’anéantir les cultures, a donné son nom dans les campagnes aux envahisseurs allemands lors de la première guerre mondiale et aux toulousains, chaque week-end, lors de leur exode vers les granges restaurées en résidences secondaires.
Le (grand) jour est enfin arrivé ; branle-bas de combat au petit matin pour éviter les grosses chaleurs ! Comme tout sportif de haut niveau avant la compétition, la préparation psychologique d’avant arrachage est de rigueur : entre concentration et abattement, un profond silence règne durant le petit déjeuner. Puis vient le moment de revêtir les habits usagés conservés à cet effet au fond d’un placard : selon la météo, tee-shirt ou sweat, short ou jean, une vieille casquette aux couleurs du Stade Toulousain ou ramassée lors du Tour de France pour se protéger des rayons ardents du soleil. Une paire de gants dénichée dans l’étable épargne éventuellement les mains manucurées.
Brève évaluation des forces en présence : cette année, nous sommes douze, le moral remonte !
Je constate une nette désaffection des jeunes générations, la relève n’est pas assurée. Á défaut de la quantité, on a la qualité ; on compte dans les rangs un Millet certes plus connu pour son adresse à la pétanque que pour ses talents de peintre ! Le clin d’œil est cependant cocasse et quitte à ne pas gratter la terre idiot, je pense au célébrissime tableau de L’Angélus, le chef-d’œuvre de Jean-François Millet, un des fondateurs de l’école de Barbizon.

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Vous ne pouvez pas ne pas le connaître tant il a figuré sur des canevas, les calendriers des postes et nos livres de la communale. Deux paysans, alors qu’ils ramassent des pommes de terre, entendant l’angélus sonner au clocher du village, posent leurs outils pour se mettre en prière. Les scènes rurales constituent un des thèmes de prédilection du peintre. Outre L’Angélus (1858), Les Botteleurs (1850), Des Glaneuses (1857), la Tondeuse de moutons (1861) et la Bergère (1864), glorifient l’esthétique de la paysannerie.
Au boulot ! Ici, les gestes et les techniques n’ont guère évolué depuis cette époque.

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Á l’aide du mancheron, Amédée guide l’antique charrue brabant pour ouvrir la première raie. L’arête tranchante du soc coupe la terre. Dans son prolongement, le versoir soulève et retourne la terre laissant apparaître les pommes de terre. Les premiers commentaires fusent : « ça produit cette année » ce qui a pour conséquence d’alourdir la tâche, « c’est sec » ce qui par contre facilite le ramassage. Chacun adopte la « tactique » de son choix pour des raisons psychologiques un peu fumeuses : ou collective en partageant une raie avec les autres ou au contraire, individualiste en ramassant les tubercules d’un bout à l’autre du sillon ; de toute manière, tout le champ doit y passer ! Il est quelques postes qui permettent des temps de récupération tels la conduite des tracteurs, l’acheminement des tombereaux à la ferme et à un degré moindre, le vidage des seaux pleins. En ce qui me concerne, la prise de quelques photographies à votre intention constitue aussi un bon stratagème pour retrouver un second souffle. Plier son mètre quatre-vingt-dix durant plusieurs heures n’est pas une sinécure. Si l’on conviait messieurs Fillon et Woerth à quelques corvées de patates, peut-être chipoteraient-ils moins sur le concept de pénibilité dans leur réforme des retraites !

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Conquérir mesdemoiselles Solanacées n’est pas chose aisée ! Elles ne sont pourtant guère élégantes dans leur robe des champs (je disais robe de chambre quand j’étais gamin !) avec leur forme oblongue, plus ou moins bosselée, leurs yeux superficiels et leurs lenticelles. Certaines monstrueuses font même la une des rubriques locales de La Dépêche du Midi, le quotidien régional, en compagnie de leur valeureux ramasseur. Elles tirent peut-être leur pouvoir de séduction de leur appellation un tantinet usurpée. La Belle de Fontenay n’a aucune chance de remporter le concours de Miss France cher à Geneviève, la dame au chapeau. Quoiqu’avec le vote populiste des téléspectateurs, on peut tout envisager même la victoire d’une patate ! Il est d’humbles roturières prénommées Charlotte, Francine, Manon ou Amandine, et d’autres de descendance plus noble telle la Pompadour. Cette année, nous draguons en terre Mona Lisa souriante dans sa robe jaune ainsi que Désirée et son teint rose.

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Et n’en déplaise à messieurs Besson et Hortefeux, une étonnante Négresse, aussi nommée Vitelotte, à la peau noire et la chair violette, s’est invitée au bal ! Black, jaune, rose et au beurre, c’est la France de la pomme de terre !
Onze heures sonnent au clocher, nul besoin de prier, le bout de la dernière raie est en vue. De plus, la récolte est excellente ; à vue de nez, ce sont cinq cents kilos de pommes de terre qui sont déversés dans l’ancienne étable.

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Les traditions s’estompent : il était de coutume de goûter ce midi-là aux tubercules fraîchement ramassés. Cette année, des haricots verts du potager, néanmoins savoureux, les ont supplantés à table.
Grâce aux travaux de Parmentier et de quelques autres, la pomme de terre devient l’aliment de base dans la France rurale et s’invite aussi sur les tables bourgeoises. À la fin du XVIIIe siècle, 45 km² sont consacrés à sa culture. Un siècle plus tard, en 1892, cette surface passe à 14 500 km². Sa production progresse de 1,5 million de tonnes en 1803 à 11,8 millions en 1865. Elle atteint plus de 16 millions de tonnes à la fin des années 1930.
Épris de naturalisme et fasciné par les cueilleurs de patates, Vincent Van Gogh s’installa plusieurs mois chez les De Groot, une famille de paysans de Nuenen, un modeste village du Brabant. Il y réalisa de nombreuses études à la pierre noire ainsi que plusieurs centaines de tableaux avant de parvenir en 1885 à son chef-d’œuvre du clair obscur Les mangeurs de pommes de terre qu’on peut admirer à Amsterdam dans le musée qui lui est dédié. « J’ai voulu, tout en travaillant, faire en sorte qu’on ait une idée que ces petites gens, qui, à la clarté de leur lampe, mangent leur pommes de terre en puisant à même le plat avec les mains, ont eux-mêmes bêché la terre où les patates ont poussé; ce tableau, donc, évoque le travail manuel et suggère que ces paysans ont honnêtement mérité de manger ce qu’ils mangent » écrit-il à son frère Théo. « En peignant cela, je pensais à ce qu’on a dit, si justement, des paysans de Millet : « Ses paysans semblent peints avec la terre qu’ils ensemencent » ». Et quand il ajoute : « Si une peinture de paysans sent le lard, la fumée, la vapeur qui monte des pommes de terre, tant mieux ! », je pense aux aïeux qui, le soir, se nourrissaient de quartous, ces pommes de terre coupées en quartiers et bouillies dans le chaudron devant la cheminée, qu’ils « bonifiaient » comme ils disaient, d’un morceau de lard ou mettaient dans l’omelette.
Chez mon adorable mémé Léontine dont je vous ai entretenu dans mes portraits de famille, j’ai le souvenir de ses savoureuses frites longues, épaisses, dorées et craquantes à l’extérieur, onctueuses comme une purée en dedans, qui accompagnaient notamment le lapin en compote. Une merveille ! Malgré plusieurs tentatives, j’attends probablement vainement la cuisinière qui me fera revivre ces émotions gustatives. Les frites surgelées proposées aujourd’hui dans les restaurants, constituent une insulte à la cuisine soignée de nos grands-mères. Français et belges se disputent la paternité de la frite. Elle était vendue sur les ponts de Paris pendant la Révolution, d’où son nom de pomme Pont-Neuf. Consensuel, je n’ai aucune animosité envers celle d’outre-Quiévrain et je serais bien allé manger des frites chez Eugène avec le grand Jacques et sa Madeleine … si elle était arrivée !
Même si les diététiciens déconseillent l’abus de féculents, ne dédaignez pas la pomme de terre : frites ou bouillies, rissolées, en purée, en gratin ou en salade, dans le pâté bourbonnais, l’aligot aveyronnais ou le baeckeofe alsacien, elle se conjugue dans bien des modes ! Sautées avec leur peau, les petites rattes du Touquet et bonnottes de Noirmoutier sont également un régal. En 1870, le grand chef Dugléré dont vous connaissez sans doute la sauce, créa la recette des pommes Anna en l’honneur d’Anna Deslions, courtisane du Second Empire, preuve de son estime pour les deux belles plantes ! Á la ferme, même les animaux sont friands des quartous et les cochons et canards gavés de patates sont promesses d’excellents jambons et foies gras.
Voilà, c’est fini, une bonne douche, deux comprimés de Décontractyl pour prévenir d’éventuelles courbatures, le stress de la corvée de ramassage est évacué. Rendez-vous dans un an, même jour, même heure, au champ des grands ramasseurs de pommes de terre !

Publié dans:Leçons de choses, Recettes et produits |on 25 août, 2010 |2 Commentaires »

Le Fango (Haute-Corse)

En guise de mise en bouche, pour vous faire pâlir d’envie tandis que mon teint se hâle, je vous offre deux photographies du sublime panorama dont je jouis depuis la terrasse de ma location corse, chaque été.

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Je serais impardonnable si l’inspiration ne me venait pas face au spectacle idyllique proposé par un de ces nombreux petits havres de paix que possède l’île de Beauté, la si bien nommée. « Le soleil a tant fait l’amour à la mer qu’ils ont fini par enfanter la Corse » affirmait Antoine de Saint-Exupéry entre lettres et air. Il en survola souvent les rivages en compagnie de son petit prince pour serrer la pince à l’empereur natif du coin et sa femme ! Tragique ironie du sort, c’est après avoir décollé, le 31 juillet 1944, de Poretta, l’aéroport voisin de Bastia, pour une mission de reconnaissance photographique en prévision d’un prochain débarquement en Provence, qu’il fut abattu par une patrouille de la Luftwaffe. Longtemps mystérieuses, les circonstances de sa mort furent définitivement élucidées lorsqu’en l’an 2OOO, des débris de son appareil, le train d’atterrissage, un morceau d’hélice, des éléments de carlingue et de châssis, furent retrouvés en Méditerranée au large de Marseille.
Ma balade d’aujourd’hui commence curieusement en 1975 avec la sortie d’ « Au long de rivière Fango », (l’omission du la devant rivière est volontaire) un film réunissant une majeure partie de la troupe du mythique Café de la Gare, Sotha, son mari Patrick Dewaere, Romain Bouteille, Miou-Miou, Martin Lamotte, Rufus ainsi qu’Emmanuelle Riva et Elisabeth Wiener. Avec le temps, je la relis, la critique cinématographique est très sévère dénonçant un film décevant, sans rigueur ni vigueur, superficiel, aux dialogues faibles, à la mise en scène d’une banalité déroutante. Ma mémoire est plus indulgente, entretenue peut-être par le souvenir d’une brochette d’acteurs sympathiques et talentueux, et d’un sujet généreux bien dans l’ambiance de l’époque soixante-huitarde comme en témoigne le synopsis : « Dans une étrange contrée où toutes les entraves sociales ont été supprimées, une communauté de quelques dizaines de personnes vit en parfaite harmonie avec la nature, rompant complètement les ponts avec la civilisation urbaine et capitaliste ». Rien que le titre était promesse d’exotisme et d’évasion vers quelque paradis (artificiel ?).
Vingt-cinq ans plus tard, les hasards de la vie familiale m’ont mené enfin en Haute-Corse jusqu’à (la) rivière Fango. Comme le nez de Cyrano de Bergerac est un cap, un pic, un promontoire, une péninsule, le Fangu, ainsi se nomme-t-il en langue corse, plus qu’une rivière, est d’abord un ruisseau puis un fleuve se jetant dans la Méditerranée à proximité du petit port de Galéria à l’ouest de Calvi, une vallée dans laquelle le torrent a creusé son lit, et enfin un delta à son embouchure.
Même si à cause de son succès touristique, la « civilisation urbaine et capitaliste » qu’avait rejetée la sympathique communauté, y devient de plus en plus envahissante, j’ai plaisir à flâner le long de ses rives lors de chacun de mes séjours. Justement, ce jour-là, pour fuir les cohortes de juilletistes, je me réfugie dans un petit bout du monde, à Montestremu, le bien nommé, un des quatre hameaux de la commune de Manso, perché en amont de la vallée. Moins de dix habitants l’hiver, à peine quarante l’été dont la plupart préfèrent la fraîcheur des maisons aux heures chaudes de cet après-midi. L’un d’eux, très aimable, me voyant photographier une vieille dépendance en pierre, dégage la brouette obstruant la porte pour accéder à l’ancien pressoir à huile, vestige d’une activité révolue au village.

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Il évoque brièvement le temps où le blé poussait en abondance sur les restanques, les terrasses aménagées par les anciens sur les versants de la rive droite. Une dame, tout aussi accueillante, m’encourage à me désaltérer de l’eau fraîche et potable de la modeste fontaine.

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Montestremu constitue un balcon remarquable pour admirer la haute vallée du Fango. Au-dessus de nous, barrant la vallée, se détachent les hauts sommets de la Paglia Orba (2525m) et du Capu Tafunatu (2335m) et son rocher troué de 35 mètres de haut et 11 de large par lequel se glisse le soleil couchant au solstice d’été. Pour expliquer la trouée mystérieuse, une légende raconte qu’au temps où Saint-Martin gardait les troupeaux dans les prairies du Niolo, il reçut la visite d’un pâtre qui lui demanda de l’embaucher. Cependant, Saint-Martin perçut vite que le diable se cachait derrière l’étranger et le congédia le lendemain. Pour se venger, Satan alla trouver le chef du village et lui proposa de construire un pont en échange de la propriété d’une âme à choisir dans le village. Accord fut conclu à condition que le pont fût édifié en une nuit avant le chant du coq. Dans un grand tumulte, des milliers de diablotins s’activèrent et il ne restait plus qu’une pierre à poser lorsqu’un homme sortit de dessous son manteau un coq qui se mit à chanter. C’est alors que le diable furieux lança en l’air son marteau qui alla heurter la montagne et la troua.
L’aigle royal, le gypaète barbu et les mouflons (les muvrini comme le célèbre groupe polyphonique) y élisent domicile. C’est là au pied du Tafunatu, à plus de 1000 mètres d’altitude, que le Fango prend sa source et porte sur un peu plus d’un kilomètre, le nom de ruisseau de Capu.

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Agaves majestueux, treilles couvertes de raisins, jardinets fleuris, égayent les vieilles maisons de pierre parfois muettes comme un cri de désertification. Ici, tout est humble, sincère, émouvant, ainsi même les barrières qui ouvrent sur de minuscules potagers et … la basse vallée.

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Une artiste s’est intéressée à elles en les photographiant systématiquement : « Quand on clôture, on signe ! La barrière n’est jamais banale. Elle se conforme au savoir-faire et à la pratique du village, à l’habileté de son concepteur et au matériau dont il dispose. On ne clôture pas de la même manière pour des cochons, des brebis et des vaches ». Le bétail n’est d’ailleurs pas toujours enfermé car finalement, cet après-midi, l’animation provient surtout de la libre circulation sur la chaussée de quelques vaches. Peut-être mécontentes d’être reléguées abusivement au rang de simples productrices … de substantielles primes en faveur de leurs propriétaires, elles sont capables de réactions imprévisibles envers les pinzutis.

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De grandes forêts peuplées d’eucalyptus, de pins et de chênes verts qui seraient parmi les plus vieux du monde, recouvrent le versant de la rive gauche d’où surgissent au loin le hameau de Barghjana et l’église Saint-Pancrace. Entièrement fondée au XIXème siècle par les bergers et les habitants de la commune, elle n’appartient pas à l’évêché. Plus haut, au col de Caprunale, il existe une croix au pied de laquelle les bergers déposaient une pièce lors de leur passage. Á la fin de l’estive, le dernier qui redescendait, ramassait l’ensemble des oboles et les remettait au maire pour l’entretien de l’église.

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Pour y parvenir, je plonge d’abord au fond de la vallée ; c’est l’occasion d’un premier contact rafraîchissant avec les eaux du Fango, sous les piles du pont.

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Si ma soif de Corse n’est pas suffisamment étanchée, je me réserve une autre halte au centre du hameau de Barghjana, chez Ange, au chaleureux bar des Amis. Là, sous la tonnelle de la guinguette, au son de quelques polyphonies corses, je me désaltère d’une Pietra à la pression ou d’une eau d’Orezza à la menthe, tandis que la petite fille qui m’accompagne apprécie particulièrement les Paninis au nutella. Je vous garantis qu’on oublie volontiers dans cette petite niche (non fiscale), le feuilleton de l’été et les démêlés médiatico-judiciaires de Monsieur Woerth !

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Après que vaches et ânes m’y eussent autorisé, je poursuis ma descente jusqu’au hameau de Manso qui a donc donné son nom à la commune.

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Quelques étables sur la rive droite témoignent d’une activité d’élevage. Ici exerce Guillaume Acquaviva le dernier berger ou capraghju de la commune. Il garde ses chèvres, aujourd’hui, dans la montagne et malheureusement pour nous, il y a aussi pénurie de ses excellents fromages.
Acquaviva comme l’eau vive du torrent qui sinue entre les rochers. Près du pont, une touchante chapelle funéraire et quelques lopins de terre entourés de pierres sèches rendent hommage aux générations de bergers qui se succédèrent ici.

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Acquaviva aussi comme Marcellu l’auteur et Jean-Claude le compositeur de A Muntagnera, l’émouvante chanson du groupe A Filetta évoquant la transhumance vers la montagne :

« Ch’ellu si n’hè scorsu maghju
Sarà più d’una simana ;
Approntati, o capraghju !
A’ lascià piaghja è calmana
Ch’ai da fà l’altu viaghju
Dopu ghjuntu in Barghjiana
Avvedeci, o Falasorma !
Cù i parenti è l’amichi
Sempre liati à Niolu
Per e gioie è i castichi :
Da Montestremu à u mare
Avemu listessi antichi.
…  »

« …De Montestremu à la mer, nous avons tous les mêmes ancêtres… »

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Par le chemin surplombant la rive droite, des milliers de bêtes effectuaient autrefois la transhumance du Falasorma jusqu’au col de Caprunale et les cimes du Niolu. Désormais, le sentier millénaire taillé dans la roche par les anciens du pays, est essentiellement emprunté par les randonneurs.
J’approche maintenant de mes lieux de prédilection pour la baignade. Avec infiniment plus de talent artistique que Jacob et Delafon, le débit du torrent et l’érosion jouent avec la rhyolite, une roche pure et compacte de couleur rouge ou bleue, pour créer de superbes vasques et jacuzzi naturels où il fait bon se tremper et se relaxer. La petite fille se hisse sur les rochers en surplomb pour goûter aux frissons du plongeon.

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Devant ma compagne, une couleuvre à collier de Corse, totalement inoffensive, s’enfuit dans les buissons du maquis, apeurée sans doute par tous les Adam et Eve lovés sur les pierres brûlantes. Pour parodier Fernandel :

Le Fango Corse, c’est un Fango conditionné
Le Fango Corse, c’est de la sieste organisée
On se déplace pour être sûr qu’on ne dort pas
On se prélasse, le Fango Corse c’est comme ça !

Il y a de l’animation à tous les étages avec les randonneurs qui remontent le chemin a muntagnera en surplomb et ceux qui descendent à même le lit du torrent combinant marche et natation. Voilà ce que c’est que d’en parler avec enthousiasme, d’année en année, la fréquentation des touristes s’accroît de manière exponentielle quitte à mettre en danger la qualité de l’eau trop claire pour être tout à fait honnête. La marée humaine, le bétail et une station d’épuration altèrent probablement l’eau pure de la montagne. En plein été, ce sont plus de trois mille touristes et cinq cents automobiles qui envahissent quotidiennement la vallée. Est-ce pour parer à cet afflux, la gendarmerie locale a choisi par zèle de verbaliser épisodiquement tous les véhicules qui stationnent le long de la route départementale, assez anarchiquement il est vrai, notamment entre Manso et Tuarelli où se situe la partie la plus spectaculaire de la vallée. Le fleuve y a creusé dans le granit et le porphyre, un véritable canyon qui ravit les adeptes du plongeon.

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Le Fango, comme tout bon corse qui se respecte, est nonchalant et impétueux. Aussi, même si le temps semble tout à fait clément, il ne faut surtout pas prendre à la légère les consignes des pompiers qui demandent d’évacuer rapidement le lit du torrent lorsque des orages se forment plus haut en montagne.

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Du pont de Tuarelli, je contemple l’étonnante couleur vert émeraude de l’eau due à la prolifération d’algues en été. Au-delà, sur la rive droite, sur le chemin menant au hameau de Chiorna, se cache dans la végétation le gîte d’étape d’Alzelli. La cuisine est banale pour des prix un peu … corsés ; il faut bien payer la rutilante Ferrari du propriétaire qui barre l’accès à la terrasse ! Cependant, il fait bon se désaltérer, quasiment les pieds dans l’eau, dans ce cadre reposant qui prend des faux airs de palace, la nuit tombée, à la lumière des projecteurs.
Maintenant, la forêt cède la place à la végétation arbustive du maquis, la bruyère balai, le thym, le ciste de Montpellier, l’arbousier et la myrte dont on fait un vin sirupeux. Sa fleur constituait principalement la « poudre de badinage » très en vogue au Moyen Âge. Les vaches qui y divaguent, grignotent aussi le genêt corse et l’olivier sauvage. Sur les roches, s’agrippe le genévrier de Phénicie … aussi, aurait ajouté Fernandel !!!

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Encore quelques centaines de mètres et je parviens au Fango canal (ou plus justement torrent) historique et le pittoresque Ponte Vecchiu, vestige de l’occupation de la Corse par Gènes durant plusieurs siècles.

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Ces ponts en pierre construits entre le XIIIème et le XVIIIème siècle, jouèrent alors un rôle important dans l’acheminement des productions de l’île, le blé, le vin, l’huile d’olive et les châtaignes. Cette année, en juillet, un vilain échafaudage nuisait quelque peu à l’harmonie du site nouvellement restauré, la faute à une entreprise du continent guère pressée de le démonter. Comme quoi la nonchalance n’est pas une exclusivité régionale !
Au-delà du pont pavé en dos d’âne, un sentier permet de rejoindre les ruines d’un sanctuaire paléochrétien. Lors de votre séjour, je vous conseille vivement une escale en soirée (pour profiter de l’illumination du monument) en face, à la pizzeria éponyme tenue par les sympathiques Stellu et Alexandra. Aux copieuses pizzas, je préfère la cuisine locale, le sauté de veau aux olives, la daube de sanglier, les tripettes à la mode corse ou la seiche et sa rouille, et pour suivre, un des fromages de chèvre de Guillaume (j’y aurai goûté quand même), tout cela arrosé d’un vin rouge du domaine d’Alzipratu. De temps en temps, des chanteurs et musiciens du cru animent les repas. Cette année, une chère petite fille s’invita même au micro pour nous confier ses tourments existentiels : « être une femme libérée, ce n’est pas si facile » et « dans la vie, y-a des cactus » !

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Plus que six kilomètres ! La vallée s’élargit nettement, la pente devient presque nulle, la rivière paresse jusqu’à disparaître souterrainement aux abords du pont des Cinque Arcate (cinq arcades).

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Dans ce véritable paysage de western avec à l’horizon la chaîne de la Paglia Orba, j’imagine Clint Eastwood (le « blondin » comme l’appelle la petite fille friande des westerns spaghetti de Sergio Leone) progressant à cheval dans le maigre maquis en bordure du rio Fango complètement à sec.
Après un parcours de près de 23 kilomètres, le Fango resurgit de terre pour s’épanouir dans un delta ensablé avant de se jeter discrètement dans la mer à hauteur de la plage de la tour de Calcinaghjia à Galeria.

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Cette tour construite entre 1551 et 1573 pour protéger les villageois des pirates, constitue un autre témoignage de la domination génoise. Détruite à la fin du XVIIIème siècle suite à une explosion de munitions, elle a été récemment restaurée à des fins d’activités culturelles. De là-haut, la vue sur l’embouchure du fleuve est magnifique.

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En bas, un bataillon d’estivants tout à fait pacifiques, pagaies dressées, attend d’embarquer pour une expédition en canoë dans le site naturel protégé de la Riciniccia, propriété du conservatoire du littoral.

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D’autres apprentis moussaillons écoutent les recommandations d’usage dispensées par le capitaine Henri-Christian : pas de mouvement brusque de pagaie, pas de cris, pas de canotage trop près des rives et encore moins d’abordage pour ne pas déranger la faune. La courte séance d’initiation au maniement de la pagaie double est parfois cocasse et aurait sans doute inspiré quelques gags à Jacques Tati et son héros Monsieur Hulot. Il est un autre Hulot prénommé Nicolas qui apprécierait sûrement la démarche écologique du maître des lieux. En effet, Henri-Christian, quatrième génération d’ancêtres néerlandais qui débarquèrent à Galeria il y a près d’un siècle, a transformé avec patience et passion ce coin de delta auparavant saccagé en un véritable sanctuaire dédié à une faune et à une flore remarquables.

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Malgré son look à la Crocodile Dundee, il nous invite à une aventure sans aucun danger, je vous rassure. Il met à disposition des gilets de sauvetage pour les jeunes enfants et des bidons étanches pour protéger le matériel des chasseurs d’images. Le seul crocodile du golfe est le promontoire rocheux s’avançant à l’extrémité nord de la plage toute proche, dont la forme aplatie rappelle dans l’esprit d’une petite fille, caïman celle d’un saurien !
Sur leurs pirogues, les aventuriers d’eau douce disparaissent bientôt derrière le rideau rose pourpré des salicaires. Le spectacle commence, le delta leur tend ses quatre bras ! Et cela pour cinq euros seulement, c’est cadeau !

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Je connaissais les jardins flottants de Xochimilco à Mexico, il y aussi ceux du Fango fleuris de plusieurs centaines de nénuphars blancs (Nymphea Alba) à la grâce fragile et délicate. Leurs reflets impressionnistes inspireraient sans nul doute les Monet en herbe.

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Je cesse de pagayer et laisse dériver le bateau au gré de l’onde. Sur une vieille souche, une tortue se réchauffe au soleil : Emys orbicularis, la cistude est la dernière espèce de tortue aquatique d’eau douce française.

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Avec sa carapace grisâtre bombée en forme de galet, elle n’est pas toujours très visible sur les branches de bois mort. Farouche, elle plonge à la moindre alerte et s’enfonce dans la vase. Le delta se mérite et ne révèle ses richesses qu’aux contemplatifs patients, curieux et silencieux. L’un des jeux et enjeux est le comptage des tortues observées au cours de la promenade, le record officieux se situant entre trente et quarante hors bien sûr les quelques individus en plastique en bordure de plage !

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Je croyais (plus justement, on essaya de me faire croire !) que seul Jésus marchait sur l’eau. Miracle de la nature, il y a aussi le grèbe castagneux. Effrayé par mon passage, plus adapté à la nage qu’au vol ou plutôt qu’au décollage, il traverse la rivière en courant pour se mettre à l’abri parmi les joncs et les roseaux. Il y rejoint ses poussins qui grimpent de joie sur son dos.
Plus loin, c’est une poule d’eau avec son bec rouge et jaune qui picore quelques mûres.

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Quelques craquements de branches troublent la quiétude du lieu : une vache se fraye un passage jusqu’à la rive peut-être pour admirer les belles estivantes qui rament en rêvant.

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J’aime me perdre dans le quatrième bras si étroit qu’une seule embarcation à la fois est tolérée. Je glisse entre les saules versant leurs pleurs dans l’eau, les épaisses rangées de roseaux, les arbres morts et les lianes. La végétation luxuriante au faux air de mangrove tropicale, dans le silence de la fin d’après-midi, crée une atmosphère à la fois fascinante et légèrement angoissante. Mais pas d’inquiétude déplacée, le long de la rivière Fango, on ne croise aucun Jivaro coupeur de tête !
Selon les saisons, les migrations, les heures de la journée, viennent nicher d’autres oiseaux comme l’aigrette garzette, le héron cendré, le bihoreau gris, le martin-pêcheur. Ce soir, un balbuzard tout aussi pêcheur tourne au-dessus du fleuve à la quête de sa future proie. Au retour de la promenade, Henri-Christian, intarissable, ouvrages d’ornithologie à l’appui, vous fournit volontiers moult informations sur leurs propriétés et leur comportement.
La lecture du livre d’or qu’il vous invite à signer témoigne de l’enchantement des visiteurs déjà perceptible à travers leur regard. Certains semblent même conquis par une petite sirène en provenance de Nouvelle-Zélande qui s’est échouée là cet été !

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Les roseaux rougeoient au soleil couchant. Le delta apaisé devient miroir d’eau dans lequel se reflètent les montagnes voisines. Instants grandioses et même émouvants.

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Côté mer, derrière la dune de galets, les derniers baigneurs abandonnent la plage, côté rivière, Henri-Christian, le gardien du temple écologique, range les canoës. Le spectacle n’est pas forcément achevé car on voyage parfois jusqu’au bout de la nuit aux abords du Fango.
Ainsi, cet été, à la guinguette de l’Artigiana que je vous ai déjà chaleureusement recommandée (voir billet du 14 août 2009) je me suis retrouvé avec les membres d’Alba, un groupe musical polyphonique corse en pleine ascension qui venait de donner un récital dans l’église du village. Á la belle étoile, accoudé au comptoir avec eux, devant un verre de limoncellu, des frissons me parcoururent lorsqu’ils entamèrent a cappella une paghjella, ce chant polyphonique typique qui allie harmonieusement les trois registres de voix corses, a secunda, u bassu et a terza. Nuit magique ♫…
Un autre soir, au pied de la tour génoise, le Quartet Corsican Swing 2010 célébra le jazz du voyage avec un hommage à Django Reinhardt pour le centième anniversaire de sa naissance. Ce concert de musique manouche constituait la plus savoureuse et cinglante des réponses aux persécutions identitaires de messieurs Sarkozy, Besson et Hortefeux visant les gens du voyage. Clin d’œil de la météo, le vent fripon emporta la partition de Nuages, l’immense succès de Django. Il en fallait plus pour perturber les quatre valeureux musiciens dont une brillante violoniste de 21 ans (Fiona Monbet, retenez son nom !). Nuit magique ♫…
Nuit tragique de juin par contre quand les gardiens du temple d’un autre genre firent voler en éclats une maison en construction en bordure du rivage. Deux pas en avant, un pas en arrière, le Fango corse s’interprète plus parfois comme une valse hésitation. Je ne suis pas loin de penser cependant que celui que j’ai dansé pour vous (jusque) dans les bras de son delta, c’est le plus beau Fango du monde !!!

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Publié dans:Coups de coeur, Ma Douce France |on 14 août, 2010 |5 Commentaires »

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