Archive pour le 17 juin, 2010

La petite fille et les dinosaures

Les « terribles lézards », en grec deinos saura, ont la cote. Les dinosaures sont de retour, en fait avaient-ils vraiment disparu un jour ? Ils envahissent la littérature et les écrans, colonisent les jeux video, paradent dans divers musées et s’entassent sur les étagères des magasins Toys « R » Us (c’est presque un nom de dinosaurien !). Pire même, ils entrent dans notre quotidien et le vocabulaire commun.
Ainsi, un de mes meilleurs amis chargé de me tresser quelque couronne lors de mon départ à la retraite, crut carrément bon de me cataloguer comme dinosaure ! Le vocable pourrait paraître blessant mais il n’y avait sans doute pas mot plus élogieux et affectueux pour répertorier ma lente évolution dans l’ère de l’image qui fut une de mes passions durant ma carrière. Ainsi parodiant le petit Larousse, « j’aurais dominé la vie audio visuelle depuis le jurassique inférieur jusqu’au crétacé supérieur » ! ce qui correspond globalement des années 1980 à aujourd’hui. Il est vrai que mes congénères et moi fûmes des animaux ultra résistants pour affronter les mutations technologiques depuis l’antédiluvien magnétoscope séparé de la caméra en noir et blanc jusqu’au DVD numérique de maintenant en passant par les découvertes de la couleur et des formats VHS, SVHS, 8mm, Hi-8 et Betacam ! Alors, j’accepte avec tout l’humour et la lucidité qu’il se doit, le sens familier de personnalité considérable dans un domaine mais quelque peu encroûtée. De toute manière, mes chevilles enflent ces temps-ci, sans qu’il y ait un quelconque rapport avec tout ce qui précède, et nécessitent une visite prochaine chez le phlébologue.
La psychanalyse s’en mêle et dans Dinosaures sur le divan, l’auteur traque les ressorts psychologiques de l’attachement des petits et des grands aux dinosaures et démontre la proximité pour l’enfant de la figure des dinosaures et de celle de ses grands-parents ! Le dinosaure prendrait en charge les questions que l’enfant se pose sur sa propre « préhistoire » ce qui expliquerait le désintérêt croissant de ce dernier pour le loup qui ne susciterait plus la transmission des peurs ancestrales. Et le psychanalyste de distinguer les dinosaures non agressifs, le plus souvent herbivores, illustration de la part positive des influences transgénérationnelles, et les dinosaures agressifs, le plus souvent carnivores, illustration de la part empêchante voire destructrice de ces influences ! (Excusez ces termes jargonnants, d’ailleurs mon correcteur orthographique s’affole !)

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Bref, pour la petite fille que j’accompagne aujourd’hui au Muséum d’Histoire naturelle, la ressemblance entre son aïeul et le Stegosaurus paissant dans un parterre de fougères à l’entrée, serait donc nullement fortuite. Je suis un instant rassuré lorsque je découvre que ce grand reptile cuirassé de la fin du jurassique, est herbivore donc censé renvoyer une image flatteuse. Je déchante vite quand j’apprends que malgré sa stature impressionnante (jusqu’à 3 tonnes et 8 mètres de longueur), le stégosaure possède un cerveau parmi les plus petits de tous les dinosaures, de la taille d’une noix, environ 80 grammes ! J’élude la comparaison en montrant à la jeune enfant, le mammouth qui semble sortir du Mac Do de l’autre côté de la rue, un détail « gastronomique » susceptible de ne pas la laisser insensible.

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Cela la motive au moins pour se hisser au premier étage d’un musée qui sent un peu le vieux puisque construit pour l’exposition universelle de 1900. Nous débouchons dans la galerie de Paléontologie, une science qui, fondée sur l’étude des fossiles, traite de l’histoire et de l’évolution sur terre depuis plus de 3 milliards d’années. Et devinez avec qui nous tombons nez à nez ? Soyez mon champion, je joue votre Julien Lepers : top chrono, c’est le squelette de l’empereur des crocodiles « mangeurs de chair » ; il vivait au crétacé inférieur, il y a 110 millions d’années ; il a été déterré en 1973 au Niger, dans le désert du Ténéré, l’une des régions les plus sèches du globe, comme vous ne l’ignorez plus depuis que … :

« Cinq cents connards sur la ligne de départ
Cinq cents blaireaux sur leurs motos
Ça fait un max de blairs
Aux portes du désert
Un paquet d’enfoirés
Au vent du Ténéré
Vont traverser l’Afrique
Avec le pied dans l’ phare
Dégueulasser les pistes
Et revenir bronzés… »

Cette découverte conforte la thèse qu’Afrique et Amérique ne formaient qu’une seule plate-forme à l’époque et se seraient séparées il y a environ 100 millions d’années.
D’une longueur de 11 mètres, d’un poids de 4 tonnes, ce redoutable prédateur, doté d’une bonne ouïe et d’une vue excellente, les mâchoires garnies d’une centaine de dents, se nourrissait de gros poissons, tortues, lézards et grands dinosaures herbivores venant s’abreuver dans les eaux des lacs et des fleuves qu’il fréquentait. Vous séchez ? Il est omniprésent pourtant, vous le voyez sur vos écrans tous les jours, le matin courant autour du grand canal du château de Versailles, l’après-midi en voyage de noces à Gandrange en Lorraine, le soir au Niger justement comme « président des droits de l’Homme ».
C’est ? C’est le Sarcosuchus imperator, le nouveau maître du Muséum d’Histoire naturelle !

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J’exagère à peine ; ses dents acérées, ses pattes très courtes quoique dépourvues de talonnettes et sa queue démesurée à pâmer d’aise toutes les Carla du Crétacé ne sont pas sans rappeler l’hôte actuel de l’Élysée, preuve que les dinosaures existent encore !

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Les paléontologues disposent de peu d’informations concernant sa longévité : il pouvait vivre plus de cent ans grrrrr … mais comme les dinosaures n’arrêtaient pas de se bouffer entre eux, ouf ! À quand la découverte d’ossements d’une Aubryus plus socia(b)le sous les terrils de Flandre ?
Un coup d’œil maintenant, en contre-plongée évidemment, aux trois autres squelettes complets de grands dinosaures ! L’Allosaurus apparaît beaucoup moins fragilis que son espèce ne l’indique.

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C’est le carnivore type du mésozoïque avec une mâchoire garnie de dents tranchantes comme des lames de rasoir, et des pattes avant pourvues de griffes. Possède-t-il des attaches corses comme la petite fille, en effet, certains chercheurs pensent qu’il choisissait la facilité en dépeçant des charognes plutôt que de gaspiller de l’énergie à chasser. Il se nourrissait notamment de congénères herbivores tels le Stegosaurus et le Diplodocus.
Il ne manquait donc pas d’appétit au vu du squelette de Diplodocus exposé à proximité, d’une longueur de 25 mètres et d’une hauteur de 4 mètres au niveau des lombaires.

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Il a été trouvé dans le Wyoming. Il vivait là à la fin de la période jurassique aux bords des lagunes tropicales qui s’étendaient alors sur l’emplacement actuel des Montagnes Rocheuses. Le commentaire le décrit comme un grand dadais, un reptile géant d’allure lourde et stupide, marchant lentement à terre ou nageant dans des eaux peu profondes en broutant des herbes aquatiques.

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Devant lui, à défaut de l’Aubryus flandrienne ( !), se dresse un Iguanodon (dent d’iguane en grec) wallon recueilli à plus de 300 mètres de profondeur dans le charbonnage de Bernissart en Belgique. Ce dinosaure du crétacé inférieur, appartient à l’ordre des ornitischiens caractérisés par un bassin semblable à celui des oiseaux, un drôle d’oiseau, en effet, de 9,5 mètres de long et 4,5 mètres de haut ! Non loin de Bernissart, on a retrouvé dans les bois d’Hautrage, des traces de Cupressaceae (les cyprès de l’époque) et de Taxodiacée (les séquoias d’alors) qui furent peut-être au menu des iguanodons herbivores. Amis belges (j’en possède) si votre esprit chercheur vous conduit à mettre à jour quelques ossements, méfiez-vous qu’ils n’appartiennent pas à quelques-uns des deux milliers d’hommes qui laissèrent leur peau le 17 juillet 1572 lors de la bataille d’Hautrage gagnée par les Espagnols emmenés par Frédéric de Tolède sur les Français commandés non pas par Raymond Domenech, pas de mauvais esprit, mais par Jean de Hangest, baron de Genlis !

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La petite fille me réclame avec insistance la vitrine où, le 4 novembre 1911 à 23h 45, un œuf de ptérodactyle vieux de 136 millions d’années, éclot libérant un monstre qui va bientôt répandre la terreur dans la capitale. Voilà ce que c’est que de lui lire avant qu’elle ne s’endorme les bandes dessinées de Tardi, Les Aventures Extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec et de l’avoir emmenée voir la dernière production cinématographique de Luc Besson !

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Elle me fait marcher bien sûr car l’humour ne lui manque pas, d’ailleurs elle brocarde le crétin d’inspecteur Léonce Caponi : « il est où le pierrodactyle, le pétrodactyle ? ». Elle n’ignore évidemment pas que ce reptile volant du jurassique a disparu il y a 65 millions d’années à la fin du Crétacé mais elle est enchantée par le génie de Jacques Tardi de mettre en scène ses histoires abracadabrantesques dans des lieux encore visibles de la capitale.
Allez, un petit tour sur la passerelle supérieure d’où l’on appréhende encore mieux la taille de ces bestiaux préhistoriques qui semblent nous manger dans la main !

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Il est midi ! Ouf, en plein accord avec l’enfant, j’échappe au Big Mac et nous nous engageons dans la rue Buffon à la recherche d’une table plus accueillante. Quelques squelettes derrière les fenêtres du musée, nous saluent sur le trottoir. Le quartier est à la gloire de Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon, naturaliste, mathématicien, traducteur des travaux de Newton, biologiste, inventeur des sciences naturelles, la plus belle plume de son siècle selon Rousseau, né à Montbard en Côte-d’Or en 1707 et décédé à Paris, le 16 avril 1788 à l’autre bout de la rue qui porte son nom. Son Histoire Naturelle en trente-six volumes constitue son œuvre majeure dans laquelle j’ai puisé quelques descriptions lors de mes leçons de choses (voir Le héron du 12 mars 2009 et Un crapaud commun du 9 septembre 2009).

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Sa statue trône au milieu du Jardin des Plantes dont il fut l’intendant de 1739 à sa mort contribuant à son extension et son rayonnement. Il aurait pu être accusé de prise illégale d’intérêt car, maître des forges, il fit fabriquer les grilles de l’ancien Jardin du roi dans son atelier de Montbard.
Un hôtel particulier qui appartint au savant, abrite l’espace Buffon et des collections précieuses d’objets de décoration et de mobilier. Il est même une échoppe de restauration rapide qui propose des kebabs et paninis à l’enseigne du … Bouffon ! Nous optons pour le restaurant de la Mosquée de Paris à l’angle de la rue Geoffroy Saint-Hilaire.

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Sur un grand plateau de cuivre ouvragé, nous nous sustentons d’un tajine relativement quelconque. Tandis que nous achevons un thé à la menthe par contre excellent, un petit piaf vient s’attabler et picorer quelques grains de semoule :

« …II est tout neuf, tout gai, tout vif
Radieusement primitif
II a fixé son port d’attache
A dix pieds du plancher des dattes
Ensuite l’homme reprendra
Du poil de la bête: Moteur!
Cours du dollar, goût de l’horreur
Qu’il soit nu-tête ou en chéchia
Le petit oiseau de Marrakech
Assis sur son tapis de feuilles
Attendra que le Bon Dieu veuille
Ôter le noyau de la pêche
II soupera d’un ver luisant
En tête-à-tête à la fauvette
Puis galipettes et navettes
Pour célébrer le jour suivant… »

Tel celui de Claude Nougaro, un dinosaure de la chanson, le petit oiseau de la mosquée de Lutèce sait-il qu’il est un descendant de petits dinosaures dits théropodes, volants et munis de plumes qui sont probablement apparus au jurassique supérieur, il y a plus de 140 millions d’années ? Ne soyez pas effrayés mais des poules de votre basse-cour aux mandarins et chardonnerets que vous élevez dans une volière, vous possédez des dinosaures à domicile ! Avec les 10 000 espèces d’oiseaux et les 5 000 espèces de mammifères qu’on recense à l’époque actuelle, la famille Dino (dans laquelle, il ne faut pas oublier Shirley !) est largement majoritaire à l’ère d’aujourd’hui.
D’ailleurs, la chère petite fille qui teste sa dextérité avec la souris de mon Apple IMac sur le jeu Nanosaur et regarde souvent les dévédés de la trilogie de Spielberg, Jurassic Park, a intégré depuis longtemps que les poules eurent des dents. Comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, elle raisonne inconsciemment de manière darwiniste à l’inverse de ses aînés qui possèdent la vision du naturaliste suédois Carl von Linné, contemporain de Buffon, cloisonnant la classe des reptiles et celle des oiseaux. Il y a encore cinquante ans, on classait les dinosaures dans les reptiles parce qu’ils n’avaient pas appris à voler, sans reconnaître que les oiseaux partagent une quarantaine de caractères anatomiques communs avec les dinosaures comme leur acetabulum (cavité du bassin où vient s’articuler le fémur) perforé. Des fossiles de velociraptor, découverts récemment en Chine en 1996, révèlent que certains dinosaures étaient couverts… de plumes.
Profitons que, de l’autre côté de la rue, la file d’attente pour accéder à l’exposition À l’ombre des dinosaures au sous-sol de la Galerie de l’Évolution, soit quasi nulle. Nous descendons une vingtaine de marches pour nous retrouver un peu angoissés … il y a 85 millions d’années, vers la fin du Crétacé, tout à la fin donc de l’ère secondaire ; c’était hier et finalement un peu comme aujourd’hui : la dérive des continents se poursuit jusqu’à être proche de la répartition actuelle, l’océan Atlantique existe, l’Afrique est séparée de l’Amérique du sud, la température remonte et il n’y a plus de glaces permanentes aux pôles, les algues se multiplient dans les mers ! Vous voyez, ce n’est pas nouveau monsieur Borloo, nul besoin d’aller vous cailler sur la banquise ! Il y a même des petits mammifères, l’Asiatherium vague cousin de nos marsupiaux, le Tombaatar, l’Eomaïa.

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Mais admirons les dinosaures en provenance de grands musées mondiaux tant qu’il en est encore temps ; en effet, ils commencent à numéroter leurs abattis (ils mâchent le travail des futurs paléontologues ?), tout à l’heure dans 20 millions d’années, ils vont disparaître.
Il en est de toutes tailles. Ainsi un adorable Hypacrosaurus nous accueille à l’entrée ; long de 60 centimètres, c’est l’un des seuls squelettes de bébé dinosaure à avoir survécu dans la pierre. À ses pattes, s’entassent des œufs vieux de 100 millions d’années trouvés au centre de la Chine. Pourquoi chercher si loin, il en est d’autres exposés découverts dans le sous-sol du centre d’Aix-en-Provence ainsi que lors de travaux sur l’autoroute A8.
Méfions-nous que l’un d’eux ne nous éclôt pas au visage, c’est tellement imprévisible ces petites bêtes-là ! Vous souriez mais souvenez-vous de la renaissance du ptérodactyle à l’autre extrémité du Jardin des plantes ! Justement, la petite fille m’invite à lever les yeux, au-dessus de notre tête, un ptéranodon de belle envergure déploie ses ailes.

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Surprise, l’oiseau, nouvel héros des écrans, n’en est pas un ; il appartient en fait aux reptiles volants ce qui ne manque pas de sel car , a priori un reptile ça rampe ! En plus, il était probablement recouvert de poils. En tout cas, il est beau comme un avion avec sa longue et fine crête fuselée dont on ignore la fonction : attribut sexuel, gouvernail, régulateur thermique ? L’idée reçue que les dinosaures sont des animaux géants, est battue en brèche : ainsi, voici le squelette de moins d’un mètre de long du Bambiraptor exhumé, il y a une quinzaine d’années, dans l’état du Montana.

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Ne vous y fiez pas, ce petit dromaeosauridé (« lézard qui court ») était un féroce carnivore recouvert de plumes particulièrement redoutable dont les griffes en forme de faucille hachaient menue la chair de ses proies. Walt Disney marque son empreinte, c’est le petit-fils du chercheur à l’origine de sa découverte qui choisit ce nom affectueux. Souvent pour baptiser les dinosaures, on indique le lieu d’origine de la fouille ou la personne qui a découvert le bout d’os. Un détail anatomique peut être préféré comme la grande épine dorsale du Spinosaurus ou la mâchoire élégante du Compsognathus. Il existe même un Masiakasaurus knopfleri parce que les scientifiques écoutaient le soliste des Dire Straits au moment de la découverte !
Vous voulez du spectacle, des dinosaures dignes de ce nom, en voici, avec deux poids lourds du Crétacé supérieur : à ma gauche, un canadien, le « reptile d’Alberta », Albertosaurus, 10 mètres de long et 4 de haut, 2,5 tonnes, un redoutable mangeur de chair qu’il arrache par lambeaux à sa proie, un crâne énorme qui supporte des chocs d’une grande violence, un des plus grands prédateurs de sa génération.

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À ma droite, le champion de Patagonie, Carnotaurus dit « taureau carnivore » à cause de ses deux cornes au-dessus du crâne, 7,5 mètres de long et 3,5 de haut, 1,5 tonne, un autre amateur de chair fraîche ! Avec mon presque double mètre, je ne peux envisager de combattre que dans la catégorie des mouches !

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Non loin de là, cohabitent deux spécimens de belle prestance trouvés en Chine, appartenant à la famille des hadrosaures ou « dinosaures à bec de canard ». Ce sont des herbivores descendant de l’iguanodon. Le Tsintaosaurus se distingue de son voisin le Gilmoreosaurus par la curieuse corne qu’il porte au sommet du crâne.

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Comment ces colosses de la nature ont-ils pu être rayés du globe ? Un court film très pédagogique lève le voile sur le mystère de cette hécatombe. En effet, il y a 65 millions d’années, à la fin du maastrichtien, dernier étage de la période du crétacé, se produit une gigantesque crise, la cinquième que le monde vivant ait connue, durant laquelle on assiste à l’extinction des dinosaures, des ptérosaures, des plésiosaures, des ammonites, des bivalves, qui peuplaient les continents ou les mers. N’en déplaise à messieurs Fillon et Woerth qui voient déjà la sortie de notre crise à nous, celle du K-T (crétacé-tertiaire) dure environ 200 000 ans !
De récents travaux ont mis en perspective une phase très active de volcanisme dans le Deccan en Inde (un volume de lave qui couvrirait la surface de la France sur la hauteur du Mont Blanc !) et la chute d’une méga météorite creusant un cratère de 200 kilomètres de diamètre dans la péninsule du Yucatan au Mexique. L’obscurcissement de l’atmosphère provoqué par la puissance du choc et les éruptions volcaniques, aurait bloqué la photosynthèse des plantes et entraîné une acidification et une baisse du niveau des océans ainsi qu’un refroidissement climatique d’environ 3° C, fatals aux dinosaures. Le ciel était tombé sur leur grosse tête !
Le malheur des uns fait le bonheur des autres, apparemment c’était déjà d’actualité au temps du K-T. Toute une ribambelle de petits mammifères rongeurs, marsupiaux et autres ornithorynques, confinés durant plus de 150 millions d’années à des niches écologiques restreintes de petites espèces fouisseuses, sauteuses et grimpeuses, à l’ombre des dinosaures, se frottent les pattes et se préparent à un bon lifting de modernisation !

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De mémoire humaine, la plus grande effusion volcanique se produisit en Islande en 1783. La crise, Maastricht, le réchauffement climatique, la diminution de la couche d’ozone, le nuage noir du volcan islandais Eyjafjöll, le Sarcosuchus imperator … et si c’était la sixième crise et le commencement de la fin pour les six milliards d’Homo sapiens ?!!!
Viens petite fille, ça fiche les jetons, on se casse… au zoo voisin, créé par Bernardin de Saint-Pierre, auteur du roman Paul et Virginie et d’un Mémoire sur la nécessité de joindre une ménagerie au Jardin national des plantes ! Professeur de zoologie au Muséum d’Histoire naturelle, il fait transférer en 1794, les animaux des Ménageries royales de Versailles et du Raincy (rien à voir avec le cirque Rancy !).

« …Espèce protégée au Pérou
Et toi sinon alors t’en es où
Dans une allée du vivarium
Tu sors toujours avec cette conne
Les iguanes c’est ultra bizarre
Ca me fait super plaisir de te voir
Devant la vipère du Gabon
Ah bon… »

Cet après-midi, il n’y a pas que des papas seuls avec leur progéniture à bavarder devant le reptile cher à Vincent Delerm. « La répulsion que nous inspire les reptiles est due à leur corps froid, leur couleur pâle, leur squelette cartilagineux, leur peau squameuse, leur aspect féroce, leur regard rusé, leur odeur désagréable, leur voix âpre, leur habitat sordide et leur terrible venin ; c’est pour cela que leur Créateur s’est appliqué à ne pas en faire trop » écrivait Carl von Linné, le naturaliste suédois contemporain de Buffon. Michael Crichton utilisa cette citation pour la préface de son roman Le Parc Jurassique. Dans le vivarium, petits et grands se bousculent pourtant pour regarder avec fascination serpents, lézards et crocodiles, modèles lilliputiens de leurs lointains ancêtres qui ont bien connu les dinosaures.

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Le téléosaure est un crocodile fossile du jurassique. Le lézard de la Meuse ou Mosasaurus, découvert près de Maastricht, est un reptile géant, proche parent des varanidés actuels, qui vivait au Mésozoïque. N’oublions évidemment pas l’empereur des crocodiles, Super Crock comme l’appellent les américains (même Obama ? Je doute !), notre Sarcosuchus Imperator, 110 millions d’années et toutes ses dents, qui ne ferait qu’une bouchée des crocodiles de maintenant. Quoique essentiellement piscivore, il se mettait de temps en temps un petit dinosaure sous la dent. Est-ce en pensant à lui que les griots africains affirmaient qu’il n’y a pas la place pour plusieurs crocodiles dans le même marigot ? Cela devrait faire réfléchir le Copésaurus, découvert à Meaux, le Bertrandsaurus et le Villepinsaurus, autres dinosaures … de la politique !
Avant la gaufre du goûter, la petite fille cherche les mouflons corses qui ont donné leur nom au talentueux ensemble polyphonique I Muvrini ; en vain, et pour cause, puisqu’ils furent enlevés par le ptérodactyle sous les yeux horrifiés du professeur Ménard et d’Antoine Zborowsky !

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Au coin des rues Cuvier et Linné, un crocodile préfère l’eau rafraîchissante d’une fontaine. Au pied d’une jeune femme, en compagnie d’un lion et d’autres animaux aquatiques, il compose une allégorie en pierre de l’histoire naturelle en hommage à Georges Cuvier, un des plus grands savants de son temps. Durant son enfance à Montbéliard, il se passionna pour les planches de L’Histoire naturelle de Buffon qui orientèrent sa vie. Il devint l’un des fondateurs de l’anatomie comparée et le père de la paléontologie. Sa devise Rerum cognoscere causas, « Heureux celui qui a pu pénétrer le fond des choses » est gravée sur la pierre de la fontaine.

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Nous repartons heureux d’avoir percé un peu le secret des dinosaures.
Sur le chemin du retour, l’enfant souhaite passer par quelques lieux où se déroulent les aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec ; notamment par la place des Pyramides, là où, le 4 mars 1912 à 3 heures du matin, le sieur Choupart qui a contracté la dangereuse habitude de battre le pavé parisien à une heure tardive de la nuit, « jette un regard stupide et respectueux à la statue dorée, équestre et totalement dénuée d’intérêt de la pucelle d’Orléans avant de longer le Louvre sous le regard terne des généraux de l’Empire » (cette description n’engage que le dessinateur Tardi) !

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Dans une des plus délicieuses scènes du film, il y fait la rencontre « renversante » de la momie d’Adèle et ses copines ressuscitées du Louvre, élégantes dans leur smoking, sortant d’un palace de la rue de Rivoli pour se rendre à l’exposition sur Ramsès II ! Trait d’humour que ne pouvait glisser Tardi (et pour cause, elle ne fut construite que dix ans après la sortie de son album), l’une des momies suggère l’érection d’une pyramide pour embellir l’architecture austère de la cour Napoléon du Louvre. Et c’est au pied du projet pharaonique du Sphinx Mitterrand que je retrouvai la petite fille, il y a dix ans, pour ses premiers pas dans la capitale ! Elle repère les fenêtres de l’appartement où Marie-Joseph Espérandieu, éminent savant spécialiste de l’Égypte ancienne, cogite ses diaboliques découvertes ; un apprenti sorcier comme les biologistes et les généticiens du Parc Jurassique qui recréent des dinosaures à partir d’un ADN découvert dans de l’ambre fossilisée sur fond de subventions de multinationales.

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Le remarquable roman de Crichton, pointe du doigt, à travers le personnage du mathématicien Ian Malcolm, les dangers de la science quand elle est érigée en tant que vérité suprême permettant de façon illusoire, de tout contrôler. Espérandieu a résumé ses travaux dans un livre « peu lu mais fort remarqué », Y-a-t-il une vie après la mort ?.
Entre réalité et fiction, thèses rationnelles et aventures loufoques, on peut se poser sérieusement la question après cette balade à l’ombre des dinosaures !

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Étranges rencontres en Ariège

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