Archive pour juin, 2010

Le grand « footoir »!

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Des « citoyens français » qui refusent de visiter un bidonville sud-africain en compagnie d’une secrétaire d’État, un doigt d’honneur d’un « sportif » à un journaliste, un autre « sportif » qui injurie grossièrement son supérieur hiérarchique, d’autres « sportifs » qui cautionnent cette insulte et  par solidarité, refusent de s’entraîner, un entraîneur sans amour-propre qui lit à la presse leur communiqué trop bien écrit pour qu’ils en soient les auteurs, des mutins reclus tels des otages derrière les rideaux tirés d’un bus customisé tous ensemble pour un rêve en bleu, une ministre qui fait pleurer des « caïds immatures », un philosophe qui « vomit une génération caillera à la morale de mafia », des dirigeants qui invoquent l’amour d’un maillot que des argentiers affublent de logos et sigles sans aucun lien avec le coq gaulois, un sélectionneur qui ne serre pas la main de son collègue de l’équipe adverse, une chaîne d’information qui diffuse en direct du Bourget durant une heure et demie les images du retour au pays, du ballet des jets privés à l’écart des supporters puis la traversée de Paris (vers le Fouquet’s ?) du capitaine fracassé au fond d’une berline allemande, un président de la République qui annule des rendez-vous pour recevoir un footballeur milliardaire au moment même où les grèves paralysent le pays, … Il s’agit là d’un inventaire affligeant sans la poésie de Prévert. Au fait, je vous parle du jeu de football ! Il y a un demi-siècle, juché sur les épaules de son papa dans les gradins vétustes du stade de Colombes, un petit garçon écarquillait les yeux devant les exploits de « vrais » footballeurs : Kocsis, Puskas, Yachine, Kopa, Di Stéfano, Pelé. Il se souvient qu’une heure avant le coup d’envoi d’un match international, Roger Marche surnommé le « sanglier des Ardennes », capitaine de l’équipe de France de football, traversa la cendrée du stade pour lui serrer la main et signer un autographe. L’événement fut même immortalisé par la caméra de son père. Le petit garçon ne rêve plus. Durant cette « quinzaine du bleu », des Varois ont perdu la vie ou leur logement, un soldat français est mort en Afghanistan et des millions de Français battent le pavé pour défendre leurs modestes retraites. Sans doute, nos zéros, les baladeur et portable collés aux oreilles, sont-ils sourds à la réalité de notre monde ! On a définitivement cassé le jouet du petit garçon ; il a envie pour une fois d’être irrespectueux (encore que ce soit du vocabulaire usité dans les sphères les plus hautes) et de crier : Cassez-vous pauvres cons  !

Publié dans:Non classé |on 24 juin, 2010 |2 Commentaires »

La petite fille et les dinosaures

Les « terribles lézards », en grec deinos saura, ont la cote. Les dinosaures sont de retour, en fait avaient-ils vraiment disparu un jour ? Ils envahissent la littérature et les écrans, colonisent les jeux video, paradent dans divers musées et s’entassent sur les étagères des magasins Toys « R » Us (c’est presque un nom de dinosaurien !). Pire même, ils entrent dans notre quotidien et le vocabulaire commun.
Ainsi, un de mes meilleurs amis chargé de me tresser quelque couronne lors de mon départ à la retraite, crut carrément bon de me cataloguer comme dinosaure ! Le vocable pourrait paraître blessant mais il n’y avait sans doute pas mot plus élogieux et affectueux pour répertorier ma lente évolution dans l’ère de l’image qui fut une de mes passions durant ma carrière. Ainsi parodiant le petit Larousse, « j’aurais dominé la vie audio visuelle depuis le jurassique inférieur jusqu’au crétacé supérieur » ! ce qui correspond globalement des années 1980 à aujourd’hui. Il est vrai que mes congénères et moi fûmes des animaux ultra résistants pour affronter les mutations technologiques depuis l’antédiluvien magnétoscope séparé de la caméra en noir et blanc jusqu’au DVD numérique de maintenant en passant par les découvertes de la couleur et des formats VHS, SVHS, 8mm, Hi-8 et Betacam ! Alors, j’accepte avec tout l’humour et la lucidité qu’il se doit, le sens familier de personnalité considérable dans un domaine mais quelque peu encroûtée. De toute manière, mes chevilles enflent ces temps-ci, sans qu’il y ait un quelconque rapport avec tout ce qui précède, et nécessitent une visite prochaine chez le phlébologue.
La psychanalyse s’en mêle et dans Dinosaures sur le divan, l’auteur traque les ressorts psychologiques de l’attachement des petits et des grands aux dinosaures et démontre la proximité pour l’enfant de la figure des dinosaures et de celle de ses grands-parents ! Le dinosaure prendrait en charge les questions que l’enfant se pose sur sa propre « préhistoire » ce qui expliquerait le désintérêt croissant de ce dernier pour le loup qui ne susciterait plus la transmission des peurs ancestrales. Et le psychanalyste de distinguer les dinosaures non agressifs, le plus souvent herbivores, illustration de la part positive des influences transgénérationnelles, et les dinosaures agressifs, le plus souvent carnivores, illustration de la part empêchante voire destructrice de ces influences ! (Excusez ces termes jargonnants, d’ailleurs mon correcteur orthographique s’affole !)

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Bref, pour la petite fille que j’accompagne aujourd’hui au Muséum d’Histoire naturelle, la ressemblance entre son aïeul et le Stegosaurus paissant dans un parterre de fougères à l’entrée, serait donc nullement fortuite. Je suis un instant rassuré lorsque je découvre que ce grand reptile cuirassé de la fin du jurassique, est herbivore donc censé renvoyer une image flatteuse. Je déchante vite quand j’apprends que malgré sa stature impressionnante (jusqu’à 3 tonnes et 8 mètres de longueur), le stégosaure possède un cerveau parmi les plus petits de tous les dinosaures, de la taille d’une noix, environ 80 grammes ! J’élude la comparaison en montrant à la jeune enfant, le mammouth qui semble sortir du Mac Do de l’autre côté de la rue, un détail « gastronomique » susceptible de ne pas la laisser insensible.

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Cela la motive au moins pour se hisser au premier étage d’un musée qui sent un peu le vieux puisque construit pour l’exposition universelle de 1900. Nous débouchons dans la galerie de Paléontologie, une science qui, fondée sur l’étude des fossiles, traite de l’histoire et de l’évolution sur terre depuis plus de 3 milliards d’années. Et devinez avec qui nous tombons nez à nez ? Soyez mon champion, je joue votre Julien Lepers : top chrono, c’est le squelette de l’empereur des crocodiles « mangeurs de chair » ; il vivait au crétacé inférieur, il y a 110 millions d’années ; il a été déterré en 1973 au Niger, dans le désert du Ténéré, l’une des régions les plus sèches du globe, comme vous ne l’ignorez plus depuis que … :

« Cinq cents connards sur la ligne de départ
Cinq cents blaireaux sur leurs motos
Ça fait un max de blairs
Aux portes du désert
Un paquet d’enfoirés
Au vent du Ténéré
Vont traverser l’Afrique
Avec le pied dans l’ phare
Dégueulasser les pistes
Et revenir bronzés… »

Cette découverte conforte la thèse qu’Afrique et Amérique ne formaient qu’une seule plate-forme à l’époque et se seraient séparées il y a environ 100 millions d’années.
D’une longueur de 11 mètres, d’un poids de 4 tonnes, ce redoutable prédateur, doté d’une bonne ouïe et d’une vue excellente, les mâchoires garnies d’une centaine de dents, se nourrissait de gros poissons, tortues, lézards et grands dinosaures herbivores venant s’abreuver dans les eaux des lacs et des fleuves qu’il fréquentait. Vous séchez ? Il est omniprésent pourtant, vous le voyez sur vos écrans tous les jours, le matin courant autour du grand canal du château de Versailles, l’après-midi en voyage de noces à Gandrange en Lorraine, le soir au Niger justement comme « président des droits de l’Homme ».
C’est ? C’est le Sarcosuchus imperator, le nouveau maître du Muséum d’Histoire naturelle !

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J’exagère à peine ; ses dents acérées, ses pattes très courtes quoique dépourvues de talonnettes et sa queue démesurée à pâmer d’aise toutes les Carla du Crétacé ne sont pas sans rappeler l’hôte actuel de l’Élysée, preuve que les dinosaures existent encore !

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Les paléontologues disposent de peu d’informations concernant sa longévité : il pouvait vivre plus de cent ans grrrrr … mais comme les dinosaures n’arrêtaient pas de se bouffer entre eux, ouf ! À quand la découverte d’ossements d’une Aubryus plus socia(b)le sous les terrils de Flandre ?
Un coup d’œil maintenant, en contre-plongée évidemment, aux trois autres squelettes complets de grands dinosaures ! L’Allosaurus apparaît beaucoup moins fragilis que son espèce ne l’indique.

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C’est le carnivore type du mésozoïque avec une mâchoire garnie de dents tranchantes comme des lames de rasoir, et des pattes avant pourvues de griffes. Possède-t-il des attaches corses comme la petite fille, en effet, certains chercheurs pensent qu’il choisissait la facilité en dépeçant des charognes plutôt que de gaspiller de l’énergie à chasser. Il se nourrissait notamment de congénères herbivores tels le Stegosaurus et le Diplodocus.
Il ne manquait donc pas d’appétit au vu du squelette de Diplodocus exposé à proximité, d’une longueur de 25 mètres et d’une hauteur de 4 mètres au niveau des lombaires.

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Il a été trouvé dans le Wyoming. Il vivait là à la fin de la période jurassique aux bords des lagunes tropicales qui s’étendaient alors sur l’emplacement actuel des Montagnes Rocheuses. Le commentaire le décrit comme un grand dadais, un reptile géant d’allure lourde et stupide, marchant lentement à terre ou nageant dans des eaux peu profondes en broutant des herbes aquatiques.

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Devant lui, à défaut de l’Aubryus flandrienne ( !), se dresse un Iguanodon (dent d’iguane en grec) wallon recueilli à plus de 300 mètres de profondeur dans le charbonnage de Bernissart en Belgique. Ce dinosaure du crétacé inférieur, appartient à l’ordre des ornitischiens caractérisés par un bassin semblable à celui des oiseaux, un drôle d’oiseau, en effet, de 9,5 mètres de long et 4,5 mètres de haut ! Non loin de Bernissart, on a retrouvé dans les bois d’Hautrage, des traces de Cupressaceae (les cyprès de l’époque) et de Taxodiacée (les séquoias d’alors) qui furent peut-être au menu des iguanodons herbivores. Amis belges (j’en possède) si votre esprit chercheur vous conduit à mettre à jour quelques ossements, méfiez-vous qu’ils n’appartiennent pas à quelques-uns des deux milliers d’hommes qui laissèrent leur peau le 17 juillet 1572 lors de la bataille d’Hautrage gagnée par les Espagnols emmenés par Frédéric de Tolède sur les Français commandés non pas par Raymond Domenech, pas de mauvais esprit, mais par Jean de Hangest, baron de Genlis !

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La petite fille me réclame avec insistance la vitrine où, le 4 novembre 1911 à 23h 45, un œuf de ptérodactyle vieux de 136 millions d’années, éclot libérant un monstre qui va bientôt répandre la terreur dans la capitale. Voilà ce que c’est que de lui lire avant qu’elle ne s’endorme les bandes dessinées de Tardi, Les Aventures Extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec et de l’avoir emmenée voir la dernière production cinématographique de Luc Besson !

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Elle me fait marcher bien sûr car l’humour ne lui manque pas, d’ailleurs elle brocarde le crétin d’inspecteur Léonce Caponi : « il est où le pierrodactyle, le pétrodactyle ? ». Elle n’ignore évidemment pas que ce reptile volant du jurassique a disparu il y a 65 millions d’années à la fin du Crétacé mais elle est enchantée par le génie de Jacques Tardi de mettre en scène ses histoires abracadabrantesques dans des lieux encore visibles de la capitale.
Allez, un petit tour sur la passerelle supérieure d’où l’on appréhende encore mieux la taille de ces bestiaux préhistoriques qui semblent nous manger dans la main !

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Il est midi ! Ouf, en plein accord avec l’enfant, j’échappe au Big Mac et nous nous engageons dans la rue Buffon à la recherche d’une table plus accueillante. Quelques squelettes derrière les fenêtres du musée, nous saluent sur le trottoir. Le quartier est à la gloire de Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon, naturaliste, mathématicien, traducteur des travaux de Newton, biologiste, inventeur des sciences naturelles, la plus belle plume de son siècle selon Rousseau, né à Montbard en Côte-d’Or en 1707 et décédé à Paris, le 16 avril 1788 à l’autre bout de la rue qui porte son nom. Son Histoire Naturelle en trente-six volumes constitue son œuvre majeure dans laquelle j’ai puisé quelques descriptions lors de mes leçons de choses (voir Le héron du 12 mars 2009 et Un crapaud commun du 9 septembre 2009).

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Sa statue trône au milieu du Jardin des Plantes dont il fut l’intendant de 1739 à sa mort contribuant à son extension et son rayonnement. Il aurait pu être accusé de prise illégale d’intérêt car, maître des forges, il fit fabriquer les grilles de l’ancien Jardin du roi dans son atelier de Montbard.
Un hôtel particulier qui appartint au savant, abrite l’espace Buffon et des collections précieuses d’objets de décoration et de mobilier. Il est même une échoppe de restauration rapide qui propose des kebabs et paninis à l’enseigne du … Bouffon ! Nous optons pour le restaurant de la Mosquée de Paris à l’angle de la rue Geoffroy Saint-Hilaire.

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Sur un grand plateau de cuivre ouvragé, nous nous sustentons d’un tajine relativement quelconque. Tandis que nous achevons un thé à la menthe par contre excellent, un petit piaf vient s’attabler et picorer quelques grains de semoule :

« …II est tout neuf, tout gai, tout vif
Radieusement primitif
II a fixé son port d’attache
A dix pieds du plancher des dattes
Ensuite l’homme reprendra
Du poil de la bête: Moteur!
Cours du dollar, goût de l’horreur
Qu’il soit nu-tête ou en chéchia
Le petit oiseau de Marrakech
Assis sur son tapis de feuilles
Attendra que le Bon Dieu veuille
Ôter le noyau de la pêche
II soupera d’un ver luisant
En tête-à-tête à la fauvette
Puis galipettes et navettes
Pour célébrer le jour suivant… »

Tel celui de Claude Nougaro, un dinosaure de la chanson, le petit oiseau de la mosquée de Lutèce sait-il qu’il est un descendant de petits dinosaures dits théropodes, volants et munis de plumes qui sont probablement apparus au jurassique supérieur, il y a plus de 140 millions d’années ? Ne soyez pas effrayés mais des poules de votre basse-cour aux mandarins et chardonnerets que vous élevez dans une volière, vous possédez des dinosaures à domicile ! Avec les 10 000 espèces d’oiseaux et les 5 000 espèces de mammifères qu’on recense à l’époque actuelle, la famille Dino (dans laquelle, il ne faut pas oublier Shirley !) est largement majoritaire à l’ère d’aujourd’hui.
D’ailleurs, la chère petite fille qui teste sa dextérité avec la souris de mon Apple IMac sur le jeu Nanosaur et regarde souvent les dévédés de la trilogie de Spielberg, Jurassic Park, a intégré depuis longtemps que les poules eurent des dents. Comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, elle raisonne inconsciemment de manière darwiniste à l’inverse de ses aînés qui possèdent la vision du naturaliste suédois Carl von Linné, contemporain de Buffon, cloisonnant la classe des reptiles et celle des oiseaux. Il y a encore cinquante ans, on classait les dinosaures dans les reptiles parce qu’ils n’avaient pas appris à voler, sans reconnaître que les oiseaux partagent une quarantaine de caractères anatomiques communs avec les dinosaures comme leur acetabulum (cavité du bassin où vient s’articuler le fémur) perforé. Des fossiles de velociraptor, découverts récemment en Chine en 1996, révèlent que certains dinosaures étaient couverts… de plumes.
Profitons que, de l’autre côté de la rue, la file d’attente pour accéder à l’exposition À l’ombre des dinosaures au sous-sol de la Galerie de l’Évolution, soit quasi nulle. Nous descendons une vingtaine de marches pour nous retrouver un peu angoissés … il y a 85 millions d’années, vers la fin du Crétacé, tout à la fin donc de l’ère secondaire ; c’était hier et finalement un peu comme aujourd’hui : la dérive des continents se poursuit jusqu’à être proche de la répartition actuelle, l’océan Atlantique existe, l’Afrique est séparée de l’Amérique du sud, la température remonte et il n’y a plus de glaces permanentes aux pôles, les algues se multiplient dans les mers ! Vous voyez, ce n’est pas nouveau monsieur Borloo, nul besoin d’aller vous cailler sur la banquise ! Il y a même des petits mammifères, l’Asiatherium vague cousin de nos marsupiaux, le Tombaatar, l’Eomaïa.

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Mais admirons les dinosaures en provenance de grands musées mondiaux tant qu’il en est encore temps ; en effet, ils commencent à numéroter leurs abattis (ils mâchent le travail des futurs paléontologues ?), tout à l’heure dans 20 millions d’années, ils vont disparaître.
Il en est de toutes tailles. Ainsi un adorable Hypacrosaurus nous accueille à l’entrée ; long de 60 centimètres, c’est l’un des seuls squelettes de bébé dinosaure à avoir survécu dans la pierre. À ses pattes, s’entassent des œufs vieux de 100 millions d’années trouvés au centre de la Chine. Pourquoi chercher si loin, il en est d’autres exposés découverts dans le sous-sol du centre d’Aix-en-Provence ainsi que lors de travaux sur l’autoroute A8.
Méfions-nous que l’un d’eux ne nous éclôt pas au visage, c’est tellement imprévisible ces petites bêtes-là ! Vous souriez mais souvenez-vous de la renaissance du ptérodactyle à l’autre extrémité du Jardin des plantes ! Justement, la petite fille m’invite à lever les yeux, au-dessus de notre tête, un ptéranodon de belle envergure déploie ses ailes.

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Surprise, l’oiseau, nouvel héros des écrans, n’en est pas un ; il appartient en fait aux reptiles volants ce qui ne manque pas de sel car , a priori un reptile ça rampe ! En plus, il était probablement recouvert de poils. En tout cas, il est beau comme un avion avec sa longue et fine crête fuselée dont on ignore la fonction : attribut sexuel, gouvernail, régulateur thermique ? L’idée reçue que les dinosaures sont des animaux géants, est battue en brèche : ainsi, voici le squelette de moins d’un mètre de long du Bambiraptor exhumé, il y a une quinzaine d’années, dans l’état du Montana.

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Ne vous y fiez pas, ce petit dromaeosauridé (« lézard qui court ») était un féroce carnivore recouvert de plumes particulièrement redoutable dont les griffes en forme de faucille hachaient menue la chair de ses proies. Walt Disney marque son empreinte, c’est le petit-fils du chercheur à l’origine de sa découverte qui choisit ce nom affectueux. Souvent pour baptiser les dinosaures, on indique le lieu d’origine de la fouille ou la personne qui a découvert le bout d’os. Un détail anatomique peut être préféré comme la grande épine dorsale du Spinosaurus ou la mâchoire élégante du Compsognathus. Il existe même un Masiakasaurus knopfleri parce que les scientifiques écoutaient le soliste des Dire Straits au moment de la découverte !
Vous voulez du spectacle, des dinosaures dignes de ce nom, en voici, avec deux poids lourds du Crétacé supérieur : à ma gauche, un canadien, le « reptile d’Alberta », Albertosaurus, 10 mètres de long et 4 de haut, 2,5 tonnes, un redoutable mangeur de chair qu’il arrache par lambeaux à sa proie, un crâne énorme qui supporte des chocs d’une grande violence, un des plus grands prédateurs de sa génération.

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À ma droite, le champion de Patagonie, Carnotaurus dit « taureau carnivore » à cause de ses deux cornes au-dessus du crâne, 7,5 mètres de long et 3,5 de haut, 1,5 tonne, un autre amateur de chair fraîche ! Avec mon presque double mètre, je ne peux envisager de combattre que dans la catégorie des mouches !

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Non loin de là, cohabitent deux spécimens de belle prestance trouvés en Chine, appartenant à la famille des hadrosaures ou « dinosaures à bec de canard ». Ce sont des herbivores descendant de l’iguanodon. Le Tsintaosaurus se distingue de son voisin le Gilmoreosaurus par la curieuse corne qu’il porte au sommet du crâne.

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Comment ces colosses de la nature ont-ils pu être rayés du globe ? Un court film très pédagogique lève le voile sur le mystère de cette hécatombe. En effet, il y a 65 millions d’années, à la fin du maastrichtien, dernier étage de la période du crétacé, se produit une gigantesque crise, la cinquième que le monde vivant ait connue, durant laquelle on assiste à l’extinction des dinosaures, des ptérosaures, des plésiosaures, des ammonites, des bivalves, qui peuplaient les continents ou les mers. N’en déplaise à messieurs Fillon et Woerth qui voient déjà la sortie de notre crise à nous, celle du K-T (crétacé-tertiaire) dure environ 200 000 ans !
De récents travaux ont mis en perspective une phase très active de volcanisme dans le Deccan en Inde (un volume de lave qui couvrirait la surface de la France sur la hauteur du Mont Blanc !) et la chute d’une méga météorite creusant un cratère de 200 kilomètres de diamètre dans la péninsule du Yucatan au Mexique. L’obscurcissement de l’atmosphère provoqué par la puissance du choc et les éruptions volcaniques, aurait bloqué la photosynthèse des plantes et entraîné une acidification et une baisse du niveau des océans ainsi qu’un refroidissement climatique d’environ 3° C, fatals aux dinosaures. Le ciel était tombé sur leur grosse tête !
Le malheur des uns fait le bonheur des autres, apparemment c’était déjà d’actualité au temps du K-T. Toute une ribambelle de petits mammifères rongeurs, marsupiaux et autres ornithorynques, confinés durant plus de 150 millions d’années à des niches écologiques restreintes de petites espèces fouisseuses, sauteuses et grimpeuses, à l’ombre des dinosaures, se frottent les pattes et se préparent à un bon lifting de modernisation !

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De mémoire humaine, la plus grande effusion volcanique se produisit en Islande en 1783. La crise, Maastricht, le réchauffement climatique, la diminution de la couche d’ozone, le nuage noir du volcan islandais Eyjafjöll, le Sarcosuchus imperator … et si c’était la sixième crise et le commencement de la fin pour les six milliards d’Homo sapiens ?!!!
Viens petite fille, ça fiche les jetons, on se casse… au zoo voisin, créé par Bernardin de Saint-Pierre, auteur du roman Paul et Virginie et d’un Mémoire sur la nécessité de joindre une ménagerie au Jardin national des plantes ! Professeur de zoologie au Muséum d’Histoire naturelle, il fait transférer en 1794, les animaux des Ménageries royales de Versailles et du Raincy (rien à voir avec le cirque Rancy !).

« …Espèce protégée au Pérou
Et toi sinon alors t’en es où
Dans une allée du vivarium
Tu sors toujours avec cette conne
Les iguanes c’est ultra bizarre
Ca me fait super plaisir de te voir
Devant la vipère du Gabon
Ah bon… »

Cet après-midi, il n’y a pas que des papas seuls avec leur progéniture à bavarder devant le reptile cher à Vincent Delerm. « La répulsion que nous inspire les reptiles est due à leur corps froid, leur couleur pâle, leur squelette cartilagineux, leur peau squameuse, leur aspect féroce, leur regard rusé, leur odeur désagréable, leur voix âpre, leur habitat sordide et leur terrible venin ; c’est pour cela que leur Créateur s’est appliqué à ne pas en faire trop » écrivait Carl von Linné, le naturaliste suédois contemporain de Buffon. Michael Crichton utilisa cette citation pour la préface de son roman Le Parc Jurassique. Dans le vivarium, petits et grands se bousculent pourtant pour regarder avec fascination serpents, lézards et crocodiles, modèles lilliputiens de leurs lointains ancêtres qui ont bien connu les dinosaures.

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Le téléosaure est un crocodile fossile du jurassique. Le lézard de la Meuse ou Mosasaurus, découvert près de Maastricht, est un reptile géant, proche parent des varanidés actuels, qui vivait au Mésozoïque. N’oublions évidemment pas l’empereur des crocodiles, Super Crock comme l’appellent les américains (même Obama ? Je doute !), notre Sarcosuchus Imperator, 110 millions d’années et toutes ses dents, qui ne ferait qu’une bouchée des crocodiles de maintenant. Quoique essentiellement piscivore, il se mettait de temps en temps un petit dinosaure sous la dent. Est-ce en pensant à lui que les griots africains affirmaient qu’il n’y a pas la place pour plusieurs crocodiles dans le même marigot ? Cela devrait faire réfléchir le Copésaurus, découvert à Meaux, le Bertrandsaurus et le Villepinsaurus, autres dinosaures … de la politique !
Avant la gaufre du goûter, la petite fille cherche les mouflons corses qui ont donné leur nom au talentueux ensemble polyphonique I Muvrini ; en vain, et pour cause, puisqu’ils furent enlevés par le ptérodactyle sous les yeux horrifiés du professeur Ménard et d’Antoine Zborowsky !

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Au coin des rues Cuvier et Linné, un crocodile préfère l’eau rafraîchissante d’une fontaine. Au pied d’une jeune femme, en compagnie d’un lion et d’autres animaux aquatiques, il compose une allégorie en pierre de l’histoire naturelle en hommage à Georges Cuvier, un des plus grands savants de son temps. Durant son enfance à Montbéliard, il se passionna pour les planches de L’Histoire naturelle de Buffon qui orientèrent sa vie. Il devint l’un des fondateurs de l’anatomie comparée et le père de la paléontologie. Sa devise Rerum cognoscere causas, « Heureux celui qui a pu pénétrer le fond des choses » est gravée sur la pierre de la fontaine.

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Nous repartons heureux d’avoir percé un peu le secret des dinosaures.
Sur le chemin du retour, l’enfant souhaite passer par quelques lieux où se déroulent les aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec ; notamment par la place des Pyramides, là où, le 4 mars 1912 à 3 heures du matin, le sieur Choupart qui a contracté la dangereuse habitude de battre le pavé parisien à une heure tardive de la nuit, « jette un regard stupide et respectueux à la statue dorée, équestre et totalement dénuée d’intérêt de la pucelle d’Orléans avant de longer le Louvre sous le regard terne des généraux de l’Empire » (cette description n’engage que le dessinateur Tardi) !

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Dans une des plus délicieuses scènes du film, il y fait la rencontre « renversante » de la momie d’Adèle et ses copines ressuscitées du Louvre, élégantes dans leur smoking, sortant d’un palace de la rue de Rivoli pour se rendre à l’exposition sur Ramsès II ! Trait d’humour que ne pouvait glisser Tardi (et pour cause, elle ne fut construite que dix ans après la sortie de son album), l’une des momies suggère l’érection d’une pyramide pour embellir l’architecture austère de la cour Napoléon du Louvre. Et c’est au pied du projet pharaonique du Sphinx Mitterrand que je retrouvai la petite fille, il y a dix ans, pour ses premiers pas dans la capitale ! Elle repère les fenêtres de l’appartement où Marie-Joseph Espérandieu, éminent savant spécialiste de l’Égypte ancienne, cogite ses diaboliques découvertes ; un apprenti sorcier comme les biologistes et les généticiens du Parc Jurassique qui recréent des dinosaures à partir d’un ADN découvert dans de l’ambre fossilisée sur fond de subventions de multinationales.

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Le remarquable roman de Crichton, pointe du doigt, à travers le personnage du mathématicien Ian Malcolm, les dangers de la science quand elle est érigée en tant que vérité suprême permettant de façon illusoire, de tout contrôler. Espérandieu a résumé ses travaux dans un livre « peu lu mais fort remarqué », Y-a-t-il une vie après la mort ?.
Entre réalité et fiction, thèses rationnelles et aventures loufoques, on peut se poser sérieusement la question après cette balade à l’ombre des dinosaures !

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Étranges rencontres en Ariège

Le bonheur est dans le pré salé … entre Le Vivier sur mer et Cherrueix

Je vous ai quitté, à la veille du week-end de Pentecôte, au pays du Camembert alors que je mettais le cap sur Dinard. Étonnant voyageur que je suis, pour reprendre le nom de la manifestation littéraire qui a drainé la grande foule autour des remparts de Saint-Malo, est-ce le vent au large de la côte d’émeraude ou l’attrait irrésistible pour ma Normandie natale, qui m’a repoussé ce lundi-là vers la baie du Mont Saint-Michel ? En route pour une promenade de quelques heures à l’est de Cancale, entre digue de la Duchesse Anne et Chemin Dolais, appellations qui affirment l’appartenance de cette bande de côte à la région de Bretagne. D’ailleurs, s’il fallait une preuve supplémentaire, nombre de riverains ont planté dans leur jardin, un mât au bout duquel flottent le Gwenn ha Du ou le Kroaz Du, versions moderne ou historique du drapeau d’hermine noir et blanc. Comme ma déambulation se déroule exclusivement à l’ouest du Couesnon qui selon la légende, dans sa folie, a mis le mont en Normandie, je me résigne à fermer ma boîte à camembert. Quoique descendant de Rollon et des intrépides vikings, je m’astreins à une certaine réserve, sait-on jamais qu’une main terroriste du Front de Libération de la Bretagne glisse subrepticement une moule avariée dans mon assiette de fruits de mer !

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Justement, il est midi et mon intuition (elle s’avèrera excellente !) me guide vers le restaurant de la mer, à l’angle de la rue des Boucholeurs, au Vivier sur mer, une toponymie qui ne laisse aucun doute sur les activités maritimes locales. En effet, première surprise, j’apprends que cette petite commune d’Ille-et-Vilaine d’un millier d’habitants abrite le premier port mytilicole de France et que la moule de bouchot de la baie du Mont Saint-Michel a acquis récemment ses lettres de noblesse en étant le premier produit de la mer à obtenir une Appellation d’Origine Contrôlée.

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Le bouchot est le nom des pieux plantés en mer sur lesquels viennent s’accrocher les moules par un écheveau de filaments ou byssus. Selon différentes sources, cette expression serait née du « boucheau », l’ouverture des anciennes écluses en bois garnies parfois de moules, ou de l’ancien nom des pêcheries formées d’une double rangée de perches en angle au fond d’une rivière, fermée au sommet par un filet. Une légende controversée de la baie de L’Aiguillon en Charente (récemment dévastée par la tempête Xynthia) attribue son origine à deux mots celtes bout (clôture) et choat (bois) après qu’un irlandais y ayant fait naufrage et cherchant à attraper des oiseaux, eût tendu des filets sur des perches auxquelles s’agglutinèrent des moules. La certitude en tout cas, c’est que la culture de la moule apparut à l’horizon de la célèbre abbaye, en 1958 lorsque les mytiliculteurs charentais touchés par la surpopulation des bouchots cherchèrent d’autres baies pour développer leur production. Aujourd’hui, 70 entreprises mytilicoles veillent sur 271 kilomètres de bouchots et 320 000 piquets pour produire 10 à 12 000 tonnes de moules par an. Je ne goûterai cependant pas aujourd’hui ces remarquables moules charnues, onctueuses et fondantes car la saison pour la récolte commence seulement en juillet. Au menu, une copieuse assiette de la baie avec des huîtres creuses locales ainsi qu’une savoureuse raie (on en pêche en Bretagne) aux câpres !
Je crains un instant une consommation immodérée du gouleyant muscadet sur lie devant le spectacle régulier de bateaux naviguant sur la chaussée : je connaissais les bateaux à roue sur le Mississippi et les véhicules émergeant de l’eau lors du débarquement allié sur le littoral normand en 1944, je découvre les bateaux amphibie de Port Vivier.

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En fait, les boucholeurs, soucieux d’améliorer la technologie de leur profession, ont adapté leurs embarcations à la spécificité de la baie et à l’amplitude de ses marées (environ 14 mètres). Ainsi, des chalands en aluminium et à propulsion hydraulique remplacent désormais les traditionnels bateaux en bois. Ce sont de véritables ateliers flottants équipés d’une cabine de pilotage, d’une grue, d’une pêcheuse dégrappeuse et d’une pompe à eau pour la laveuse.

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Rassuré sur mon taux d’alcoolémie je rejoins les installations portuaires en longeant la rive droite du Guyoult. Quoique insignifiant avec son lit vaseux où quelques barques échouées attendent la montée des eaux, ce cours d’eau mérite pourtant l’appellation de fleuve puisque il se jette dans la mer.

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Réhabilitons ainsi la bonne centaine de fleuves côtiers qu’on nous a honteusement cachés au temps de la communale et du collège ! Pardonnons à nos valeureux professeurs, nous avions déjà suffisamment de difficultés à dessiner sur les cartes muettes, le tracé des quatre grands !
En dépit des mesquines « raffarinades », l’activité est nulle en ce lundi férié de Pentecôte. Je connaissais la papamobile, le véhicule officiel des saints-pères pour leurs déplacements en public, je découvre la « mytili-mobile », un petit train bleu adapté au transport des touristes vers les bouchots et les pêcheries.

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Beaucoup de ces pêcheries tombent en désuétude. Elles constituent une survivance de la pêche traditionnelle dont l’origine remonterait à la préhistoire (environ 3 500 ans). Un document de 1050 témoigne : « Moi Conan, Duc de Bretagne par la grâce de Dieu, poussé par l’amour de Dieu, de Saint-Michel du Mont et de ses moines, je donne et concède à Dieu et au même Archange et à ses serviteurs, pour le salut de mon âme et celui de mon épouse, la pêcherie qui porte le nom de Nérée » ; pas du tout barbare, ce Conan-là !
Sur la grève, telle une palissade en zigzag, s’alignent ainsi une trentaine d’angles noirs dont les côtés ou pannes de 200 à 300 mètres chacun, forment un grand V, la pointe orientée vers la mer. Réalisées en branches de bouleau entrelacées entre des pieux de chêne, ces haies ruisselantes empêchent le retour du poisson vers le large à marée descendante. Les poissons sont alors capturés quand ils reculent avec le flot dans le bâchon, grande nasse placée entre les deux pannes, à la pointe du V. Beaucoup de ces pêcheries portent des noms très anciens comme Taillefer, la Pauvrette, la Roussette, la Brunette, Quic-en-grogne. On y piège surtout du bar, du mulet, de la plie, de l’alose, de la vieille, des crevettes.
Promesse d’un excellent dîner, deux adolescents reviennent à pied du lointain rivage avec deux mulets de belle taille dans leur filet. Aux abords des hangars, s’empilent pieux de bouchots et poches à huîtres.

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Ce sont dans ces espèces de sacs qu’on « travaille » les huîtres dans les parcs ; on « vire » (retourne) et tape les poches de manière à faire changer les huîtres de place pour qu’elles acquièrent une forme plus régulière. L’enseigne commerciale d’un bateau amphibie rappelle que l’huître plate, la belon de Cancale est une spécialité renommée de la baie.
Du Vivier-sur-mer à Cherrueix, la digue, la digue … désolé, vous auriez sans doute préféré pour la rime que je me rende à Cherru ! Cependant, au hameau de La Larronnière, je rencontre une belle … demeure, splendide même. La propriétaire ne chôme pas, elle, et grimpée sur le toit, restaure la couverture de chaume, en paille de seigle et roseau.

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L’humeur fredonnante, à l’heure où la sieste est dite crapuleuse, j’abandonne la voiture sur la digue, la digue … de la Duchesse Anne ! Construite sur des anciens cordons littoraux pour protéger les cultures du marais de Dol de l’envahissement de la mer, on la repère sur une vingtaine de kilomètres, le long des grèves, entre Château-Richeux, au sud de Cancale, jusqu’au rocher de Saint-Broladre. Elle serait l’œuvre des ducs de Bretagne vers le XIème ou XIIème siècle.

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Est-ce encore une hallucination due au muscadet, tel Don Quichotte de la Mancha, je suis prêt à me battre contre quelques géants de pierre qui surgissent devant moi. Que l’ânesse, dans le pré en contrebas, ne s’inquiète pas, je n’envisage pas de lui faire jouer les Rossinante ! Comme Jean-Paul Belmondo « voyage » en Espagne et fait le singe en hiver sur la côte normande, j’ai l’âme castillane et fais le pitre au printemps devant les quatre moulins à vent de la Manche qui subsistent à Cherrueix.

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Selon le cadastre de 1812, il en existait alors sept dont six situés sur la digue, preuve d’une grande activité céréalière. Trois des survivants sont maintenant des lieux de villégiature ; celui de la Saline, récemment restauré, possède encore sa toiture en « essentes » de châtaignier et ses ailes à toiles immobilisées en « quartier » ou croix de saint André, ce qui signifiait d’antan un heureux événement chez le meunier.

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Pour rejoindre le centre du village, je choisis de dévaler le talus et de marcher à travers les herbus ou prés salés, cette végétation qui a colonisé l’estran, cette portion du littoral comprise entre les plus hautes et les plus basses mers.

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Les plantes que l’on y trouve sont dites halophiles, c’est-à-dire adaptées à la salinité ; la fétuque,la puccinellie et l’obione font le bonheur des grévins, ces moutons de prés-salés à la chair très prisée. De-ci de-là, ruisselle une criche, sorte de chenal qui se remplit au gré de la marée. À la limite de la vasière, pousse la salicorne ou cornichon de mer ; charnue et très salée, cuisinée dans le vinaigre ou au beurre, elle ravit les palais.
À cette heure de marée basse, la mer s’est retirée à plusieurs kilomètres ; ici, il faut être un adepte de l’athlétisme avant de s’adonner à la natation. Au bout des prés-salés, nous franchissons des cordons de sables coquilliers ; ces bancs façonnés par les courants de marée pullulent de coquilles de plusieurs dizaines d’espèces propres à satisfaire les collectionneurs ou les amateurs de colliers originaux.

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Ce mélange d’alluvions et de coquillages brisés, brassés par le flux et reflux des marées, donne naissance à la tangue, un excellent fertilisant qui fut longtemps utilisé par les paysans locaux pour amender leurs champs mais qui est l’objet désormais d’une réglementation sévère.
Il est prudent maintenant de regarder à gauche et à droite car d’énormes insectes multicolores piquent dans notre direction. En ce week-end prolongé, la grève est le rendez-vous des amoureux du char à voile.

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Avec ses sept kilomètres de plage et sa bonne exposition au vent, Cherrueix offre un lieu d’entraînement privilégié pour les amateurs de sensations fortes et de vitesse. Certains préfèrent troquer leur voile pour un cerf-volant. Les toiles colorées se découpant sur le sable et l’azur réveillent mon âme artistique et me renvoient aux superbes travaux photographiques de John Batho avec ses parasols de Deauville (voir billet Croisière dans la couleur avec John Batho du 16 septembre 2009).

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Coïncidence, je le connus lors d’une classe d’initiation artistique au Mont Saint-Michel dont, tel un mirage, la silhouette vibre à l’horizon de l’étendue sableuse. Me fait-il un clin d’œil ou nargue-t-il mes compagnons bretons ? Je pense aussi à ma chère maman qui me narrait parfois le temps heureux de son enfance et de ses promenades dans la baie avec ses parents et ses cousins.

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Après le côté mer, côté rue pour retourner à mon véhicule par l’artère principale du village ! Si les murs en granite ont remplacé le torchis ancien, quelques toits de chaume, matériau autrefois peu coûteux à cause des roseaux des marais voisins, résistent encore à l’emprise de l’ardoise sur ces anciennes maisons de pêcheurs.

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Derrière les carreaux ou accrochés aux volets bleus, m’épient des oiseaux en bois. Les vrais, dérangés par les promeneurs et les chars à voile, ont fui coquilliers et herbus qui constituent habituellement leurs cantines et dortoirs. Huîtrier pie, tadorne belon, certains ne peuvent taire leur origine et ne risquent pas le délit de faciès. Ce sont plus de cinquante mille limicoles ou petits échassiers que la baie accueille en janvier à l’époque de la migration atlantique. Bécasseau maubèche, pluvier argenté, courlis cendré, leurs noms sont empreints de poésie. Les enfants du bon Dieu regroupés autour de l’église de Cherrueix prennent malheureusement oies et canards sauvages pour ce qu’ils sont à l’époque de la chasse au gabion, un abri à moitié enterré au milieu des herbus.
Avec un peu de chance, il est une autre faune plus surprenante qu’on peut croiser le long des chenaux à l’écart des activités humaines. En effet, une dizaine de phoques gris et une trentaine de veaux marins (sous la mère ? sous la mer ?) ont élu domicile dans la baie. Mais pour cela, arrête ton char à voile sportif du dimanche !

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Intrigué par le filet posé contre la façade, je franchis le pas de la porte d’une maison datant de 1655 si j’en crois l’inscription sur le linteau. Bien m’en prend, le propriétaire René Bazin est à l’ouvrage, reprisant dans son atelier, un dranet, l’outil traditionnel pour pêcher la crevette grise et le bouquet dans la baie.

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C’est une grosse épuisette triangulaire qu’on pousse dans la mer. Sur une table, s’empilent d’étranges raquettes de tennis, rien à voir cependant avec le tournoi de Roland-Garros qui débute aujourd’hui ; il s’agit d’épignoirs permettant de ramasser le crustacé. L’aimable retraité conte avec volubilité toutes les péripéties advenues lors de la restauration de la chaumière du Rageul et nous montre même un courrier de Patrick Poivre d’Arvor qui aurait appuyé la sauvegarde de ce patrimoine construit avec la tangue locale.

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Je me faufile dans une des multiples sentes pour rejoindre la digue. Chaque maison possède son potager bien abrité en contrebas. La terre a aussi cette couleur grisâtre de tangue, ce sable de la baie qui constitue un sol idéal pour les cultures maraîchères. Méconnus, les asperges et l’ail de Cherrueix, les carottes des sables, les petits pois du Vivier-sur-mer se sont pourtant invités à la table d’Olivier Roellinger, le grand chef étoilé de Cancale. Chaque année, fin juillet, la fête de l’ail attire la grande foule sur la grève. Je me souviens d’un nanar dans lequel Francis Perrin, confronté aux affres du célibat et de la conserve, rêvait comme graal culinaire d’une côte seconde d’agneau avec des petits pois Daucy ! Que diriez-vous plutôt d’un petit gigot de pré-salé de la baie à l’ail avec des petits pois et carottes de Cherrueix ? Je m’en pourlèche déjà les babines.
Le temps me manque, dernière escale à l’extrémité orientale du village. À quelques centaines de mètres, la ravissante chapelle Sainte-Anne juchée sur la digue, offre tel un balcon, une vue imprenable et propre à la méditation sur les différents paysages de la baie : les herbus vers la mer, les polders, le marais blanc et bien sûr, le Mont Saint-Michel qui semble maintenant tout proche. Une pancarte du sentier de grande randonnée le situe pourtant encore à dix-neuf kilomètres.

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La pierre usée et moussue révèle que la chapelle fut rebâtie grâce à « l’aumône de frère abbé Barbot, recteur de Saint-Broladre, et ses paroissiens, en 1684 ». Par sécurité, l’édifice est malheureusement fermé et la statue en bois de Sainte Anne n’est placée au-dessus de l’autel qu’à l’occasion du pardon annuel, le dernier dimanche de juillet. Messe en plein air, procession sur la digue et fest-deiz (l’équivalent diurne du fest-noz) constituent les réjouissances d’une journée où le cidre coule à flot. Amis bretons, priez, dansez, buvez, autant que vous le souhaitez, saint Michel vous contemple du haut de son rocher normand au-delà du Couesnon !

« …Regarde bien petit
Regarde bien
Sur la plaine là-bas
À hauteur des roseaux
Entre ciel et moulins
Y a un homme qui vient
Que je ne connais pas
Regarde bien petit
Regarde bien
Ce n`est pas un voisin
Son cheval est trop fier
Pour être de ce coin
Pour revenir de guerre
Ce n`est pas un abbé
Son cheval est trop pauvre
Pour être paroissien
Ce n`est pas un marchand
Son cheval est trop clair
Son habit est trop blanc… »

À hauteur des herbus, entre ciel et moulins de Cherrueix, y’a la mer qui revient, certes pas à la vitesse d’un cheval au galop mais au pas d’un homme sûrement ! L’homme de la Manche !
Quand je vous disais que le bonheur est dans le pré salé, vous me croyez maintenant ?

Publié dans:Coups de coeur, Ma Douce France |on 10 juin, 2010 |1 Commentaire »

Au village de Camembert, un amour de trou normand!

« Quand tout renaît à l’espérance,
Et que l’hiver fuit loin de nous,
Sous le beau ciel de notre France,
Quand le soleil revient plus doux,
Quand la nature est reverdie,
Quand l’hirondelle est de retour,
J’aime à revoir ma Normandie !
C’est le pays qui m’a donné le jour… »

Ce jour-là, en route vers la Bretagne, avant de quitter ma Normandie natale, j’eus envie d’effectuer un léger détour pour visiter le minuscule royaume d’un grand seigneur de l’Histoire de France gastronomique. Je devrais par souci de vérité historique, plutôt parler de petite république tant la légende prétend faire naître ce personnage emblématique de notre patrimoine quelques mois avant notre nation en 1791. Dans les replis vallonnés du pays d’Auge, se blottit Camembert, un amour de petit village au nom prestigieux, berceau du fleuron des fromages français.

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Nous nous trouvons en plein bocage normand, dans un paysage de prés et de champs limités par des haies plantées sur des talus formés de pierres ramassées et recouvertes de la terre extraite lors du creusement de fossés le long des parcelles.
Les cyclotouristes tirent vite la langue lorsqu’il leur prend de sillonner ce petit coin du département de l’Orne au relief tourmenté où serpentent de tranquilles rivières à truites comme la Vie et la Viette. Pour passer d’une colline à l’autre, il faut avaler d’indigestes « raidards » d’une pente supérieure à 10%. Le Mur des Champeaux, comme son nom l’indique, avec ses 12,5% de déclivité moyenne et un passage à 17%, constitue le juge de paix souvent décisif de la fameuse course cycliste professionnelle Paris-Camembert qui se déroule au mois d’avril, le surlendemain de Paris-Roubaix. Parrainée par la marque fromagère Lepetit, elle s’achève en réalité dans le bourg de Vimoutiers distant de cinq kilomètres. Bernard Hinault et Laurent Fignon vainqueurs du Tour de France, les champions du monde Laurent Brochard et Alejandro Valverde l’ont inscrite à leur palmarès.

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Je sens d’ici votre humeur s’assombrir à l’idée que je vous inflige encore une fois mes incorrigibles considérations vélocipédiques. Il n’y a pourtant pas de quoi en faire un fromage, alors comme disait une ancienne marionnette des Guignols de l’info … Camembert !
Pour clore le chapitre, à moins que ce soit une mise en bouche, je ne résiste pas à vous livrer une phrase savoureuse d’Antoine Blondin, chantre de la chose cycliste en d’autres temps et lieux : « Si Claudel (Paul, le célèbre auteur du Soulier de satin) n’avait pas déserté nos scènes pendant l’occupation, le Claudel (un camembert célèbre à l’époque) avait, en revanche, totalement disparu de nos tables. Des deux le véritable résistant c’est lui. Qu’il nous soit permis ici de lui rendre un hommage désintéressé. Ce Claudel-ci coule mais ne flotte pas » !

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Me voilà au bord du paisible ruisseau de la Viette qui sinue en bas du Champ de Mambert du nom de l’étendue de terrain acquise par un Franc au onzième siècle. Le ciel est bleu comme il peut l’être en Normandie plus souvent qu’on ne croit, et le mercure franchit allègrement la barre des vingt degrés, bref un temps à ne pas laisser un camembert dehors sous peine de le voir se sauver rapidement ! Seuls le gazouillis des oiseaux et le bruissement des insectes troublent la nature étonnamment paisible. À quelques pas, se dresse une stèle pyramidale en l’honneur de Madame Harel née Marie Fontaine, l’héroïne locale qui aurait inventé le fameux fromage universellement connu.

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Sa notoriété ayant franchi miraculeusement l’Atlantique, le 15 mars 1926, dix-huit ans avant le D.Day, un américain Joseph Knirim débarque en Normandie et entre dans une pharmacie de Vimoutiers pour s’informer des horaires des trains pour Camembert où pourtant jamais le moindre tortillard n’est passé. Supposant qu’elle y est enterrée, il souhaite se recueillir sur la tombe de la géniale inventrice et pour mieux justifier sa surprenante requête, il brandit un document rédigé en français : « J’ai fait des milliers de kilomètres pour venir (lui) rendre hommage devant le monument élevé à sa mémoire, et si j’avais connu plus tôt l’histoire du fromage de Camembert, il y a des années que j’aurais fait ce pèlerinage. La France possède une quantité de fromages, tous d’un goût excellent, mais pour ce qui est de la digestion, celui de Mme Harel, le « véritable camembert de Normandie », vient certainement en tête. Il y a des années de cela, j’ai souffert d’indigestion pendant des mois, et le camembert était à peu près la seule nourriture que mon estomac et mes intestins supportassent parfaitement. Depuis lors j’ai chanté les mérites du camembert, je l’ai répandu parmi des milliers de gourmets et j’en consomme moi-même une ou deux fois par jour. »
Imaginez la mine circonspecte de ses interlocuteurs parmi lesquels le maire de Vimoutiers qui, s’ils ont entendu parler de la fermière normande, ignorent complètement où elle est inhumée. Flattés dans leur amour-propre d’Augerons et reniflant tout l’intérêt publicitaire à tirer de cette mondialisation avant l’heure, ils se mettent en chasse pour retrouver la trace de la défunte. Je vous fournirai bientôt le fruit de leurs recherches, sachez pour l’instant qu’au moment de son départ trois jours plus tard, notre sympathique américain remet un billet de vingt dollars : « Messieurs, il y a beaucoup de statues de par le monde, mais il n’y a pas d’aussi grands bienfaiteurs de l’humanité que Mme Harel. Je vous demande qu’elle ait un monument ; je ne suis pas riche mais je vous donne ma souscription de dix dollars et j’ajoute celle de trois de mes amis que j’ai conseillés et qui ont été guéris avec le même médicament. »
Le Syndicat des fabricants du véritable camembert de Normandie qui vient de subir un cinglant camouflet en justice en n’obtenant pas un décret d’appellation d’origine protégeant les producteurs exclusivement normands, saisit l’aubaine de la venue de l’hurluberlu yankee. En avril 1926, Henri Lepetit, fondateur de la célèbre maison, verse 500 francs et incite ses collègues fromagers à souscrire pour ériger le monument. Grâce à ces premiers deniers, est édifiée à Camembert-même la stèle devant laquelle je me trouve.

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Je grimpe maintenant vers le centre du village qui se réduit à une jolie petite église en pierres du pays, à la mairie, à l’ancienne école et quatre ou cinq maisons dont deux vouées au fromage mythique. Camembert qui comptait 217 âmes en 2007, possède un habitat très dispersé sur environ 10 kilomètres carrés.

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Je me casse le nez devant la porte de l’église malheureusement fermée comme beaucoup de nos chapelles pour en empêcher le pillage. À défaut, je me promène entre les tombes du cimetière qui l’entoure. Connaissant l’anecdote, je m’attarde devant l’imposant caveau de la famille Dornois dont un des membres était maire du village en 1915. Ayant cette année-là le malheur de perdre son épouse, il ordonna pour perpétuer son souvenir que le cercueil de sa bien aimée soit rempli régulièrement de calvados, l’autre fleuron gastronomique du pays. Dans son testament, il affecta même une quantité annuelle d’eau-de-vie comme … eau-de-mort ! Après son propre décès, le conseil municipal décida d’interrompre cette coutume macabre et de laisser définitivement en paix la pauvre Madame Dornois.

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En surplomb du cimetière, en haut d’un herbage pentu où paissent quelques vaches bien normandes, se détache le manoir de Beaumoncel, une élégante ferme à colombages, où serait née la légende du et de Camembert. Marie n’y a jamais habité ; seul son père, veuf, s’y installa après avoir épousé en secondes noces, la fille du fermier et c’est en lui rendant visite que Marie aurait rencontré son futur époux Jacques Harel laboureur sur le domaine, avec qui elle s’établit à Roiville, village distant de deux lieues sur le versant d’en face. On suppose cependant qu’elle permit en 1791 à l’abbé Charles-Jean Bonvoust de s’y réfugier en remerciement de quoi ce prêtre réfractaire originaire de la Brie, autre contrée fromagère, lui aurait livré le secret du fromage de son monastère. Bien des zones d’ombre, des approximations voire des incohérences entourent cette annonce faite à Marie qui aurait scellé la naissance du camembert mais la légende tenace persiste deux siècles plus tard.
Une certitude, c’est que le Pays d’Auge était réputé pour ses fromages bien avant la naissance de Marie Harel survenue le 28 avril 1761 à Crouttes, un village voisin. Dès 1569, dans son traité gastronomique De re ciberia, Brugerin de Champier vante leur finesse mais la concurrence est rude dans le secteur avec le pont-l’évêque et le livarot. De même, Thomas Corneille, le frère du célèbre auteur du Cid, (de Normandie?!) écrit dans son dictionnaire géographique publié en 1708, à l’article Vimonstiers (aujourd’hui Vimoutiers) : « Bourg considérable de la Basse-Normandie, dans le diocèse de Lisieux, à six lieues de la ville de ce nom … On y tient tous les lundis un gros marché où l’on apporte les excellents fromages de Livarot et de Camembert ».
Ne dépouillons pas complètement la pauvre Marie ; elle a sans nul doute fabriqué des fromages à la mode de Camembert en parvenant à mieux maîtriser l’opération d’affinage et à donc étendre leur renommée au-delà de l’aire traditionnelle ; en résumé, la fermière originaire de Crouttes aurait donné une croûte aux camemberts jusqu’alors vendus frais sur le marché de Vimoutiers !

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Entre l’église et la mairie, la Maison du camembert attire le regard avec son architecture curieuse en forme de boîte de fromage entrouverte. Il s’agit d’un bâtiment municipal loué par le groupe Lactalis qui l’a aménagé en lieu de dégustation et vente de ses produits avec une salle pour des expositions temporaires.

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Derrière le trust Lactalis, troisième groupe laitier au monde se cachent notamment la société fondatrice Besnier, le camembert Président, Bridel et sa filiale Lanquetot mais aussi la Société des Caves avec ses marques Société, Louis Rigal, Maria Grimal, Corsica et Salakis ; bref, des noms qui fleurent plus la mondialisation que la qualité du fromage malgré les mimiques surjouées de Bernard Blier, Claude Brasseur puis Thierry Lhermitte pour la vanter sur les petits écrans ! Même Frédéric Dard succomba aux sirènes publicitaires alors qu’avec infiniment plus de verve, il avait fait de son héros Bérurier un défenseur farouche du camembert en plein désert : « Messieurs et même mesdames, j’ai l’honneur de vous présenter en exclusivité, un produit de l’élevage français. J’ai surnommé le camembert authentique, véritable et pur fruit de Normandie [...] Il brandit son calendos de plus en plus coulant, comme un discobole superbe et généreux. On murmure dans l’assistance. Les gars se tâtent à cause de l’odeur [...] Et si je veux leur apprendre la civilisation, c’est mon droit, non? Dans les pays arriérés, y a plein de missionnaires qui vont brader notre bon Dieu, pourquoi t’est-ce que je leur refilerais pas nos camemberts? »
Circulez, il n’y a rien à goûter ici ! Je file en face … à la ferme Président installée dans d’anciens bâtiments agricoles à colombages. Ca commence mal avec la projection d’une vidéo à la gloire du camembert pasteurisé. À vrai dire, cela ne m’étonne guère ayant suivi la guerre récente menée par le groupe Lactalis-Besnier pour exiger que l’Inao (Institut national des appellations d’origine) inscrive le chauffage et l’aseptisation du lait dans le cahier des charges des AOC. Dès la fin des années 1950, la pasteurisation s’abattit tel un ouragan sur les fromageries normandes laissant sur le carreau nombre de petits producteurs. Elle consiste à chauffer le lait pendant quelques minutes à une température d’environ 70°C afin d’éliminer le bacille de Koch responsable de la tuberculose. Cependant, cette opération n’est pas nécessaire pour la fabrication d’un fromage car ledit bacille est détruit au cours de l’affinage. Mais les industriels de la profession n’ont pas de temps à gaspiller pour maîtriser le lait cru fragile et instable et, au nom de la sacro-sainte productivité, prônent la pasteurisation. Pire encore, comme le caillé issu d’un lait pasteurisé s’égoutte mal et que celui du camembert doit rester entier, ils procèdent au morcellement du caillé pour permettre l’exsudation du sérum. Conséquence, au lieu de prélever précautionneusement le caillé avec la traditionnelle louche, il suffit de le déverser, une fois morcelé, sur un répartiteur qui le fait passer dans un ensemble de moules. Gain de temps, main-d’œuvre moindre, on a tous les ingrédients pour obtenir quelques plâtres insipides comme ceux factices qui garnissent les planches en bois de la cave reconstituée à l’ancienne !

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Je souris devant la baie vitrée ouvrant sur un paysage typiquement augeron ; tout est vrai sauf, au pied du pommier, la vache normande en résine synthétique comme … allez, je cesse mon mauvais esprit, je me promets d’être plus coulant !
Pour être honnête, ce jour-là, en sillonnant la campagne avoisinante, je n’ai guère vu de pommiers en fleurs, faute d’une floraison précoce, et encore moins de vaches à lunettes et à la robe blanche bringée typique de la race du terroir. Pour trouver le stéréotype du paysage normand, il est plus efficace de faire les cent pas dans le « couloir des tyrosèmes », nom savant des étiquettes collées sur les boîtes de camembert.

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La première boîte ronde pour loger un camembert date de 1890 environ. Jusqu’alors, les fromages parvenaient sur les étals, sur un lit de paille parfois protégés par une fine feuille de papier. La paternité de cette invention est attribuée selon les récits à trois personnes : Auguste Lepetit directeur de la toujours célèbre fromagerie, Ridel, le fils d’un ébéniste de Vimoutiers, qui aurait plutôt mis au point la machine à fabriquer les boîtes, et Rousset, un exportateur du Havre qui cherchait un moyen de protéger les fromages qu’il expédiait aux Etats-Unis … à Joseph Knirim ?
Les premières étiquettes apparaissent sans doute très peu de temps après. En cette époque, la publicité en est à ses balbutiements et les images pieuses sont quasiment les seules à pénétrer dans les foyers. Pour le plus grand bonheur des dessinateurs et des imprimeurs souvent locaux, l’étiquette illustrée va jouer un rôle informatif et attractif guidant le choix des clients. Il me faudrait plusieurs heures pour admirer la remarquable collection qui tapisse les murs du musée et en analyser les thèmes variés. La campagne normande avec ses grasses prairies, ses pommiers, ses vaches et ses paysans en costume folklorique, constitue un thème d’inspiration évidemment récurrent. Je constate que les odeurs de sainteté et de camembert se mêlent volontiers : Le Centaure, Le Vieux Druide, Jupiter et sa foudre, les muses aux cheveux longs embouchant les trompettes de La Renommée, une ribambelle de saints, des Prélats, Deux capucins et une tripotée de moines à la mine aussi rubiconde que celle de Bernard Blier le curé paillard de Calmos, un film de son père.

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Une approche pédagogique à creuser pour nos enseignants qui s’arrachent les cheveux devant le manque d’intérêt et de curiosité de leurs élèves, l’étiquette fait aussi souvent référence à l’Histoire de France, ses grands personnages, ses héros, ses faits d’armes : le Jeanne d’Arc (mais attention fabriqué en Lorraine) et Charles VII le Victorieux, Le Bayard (sans beurre et sans reproche ?!), L’Aiglon et Napoléon III, Clémenceau, Le Poilu, L’Éclopé « mais tout de même un peu là », le Camembert du Souvenir, le Camembert National, L’Entente Cordiale, La République avec sa semeuse de petits camemberts coiffée du bonnet phrygien. Même notre petit Sarko, s’il ne figure sur aucune boîte, parade dans un dessin d’humour en déclarant à Ségolène que les sondages comme les camemberts ont besoin d’être affinés !

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Des carrioles qui collectaient les bidons de lait dans les fermes ou acheminaient les précieux fromages vers les marchés, des barattes témoignent de manière émouvante d’un savoir-faire artisanal depuis longtemps révolu.

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En sortant du musée, je me permets d’accoster un monsieur, un trousseau de clés à la main devant la grille du cimetière. Il ne s’agit nullement de saint Pierre mais de Monsieur Gaubert le maire du village qui me propose avec gentillesse de visiter l’église datant du XIVème siècle. Elle abrite quelques curiosités qu’il me commente avec fierté. Près de l’autel, un grand tableau évoque le pèlerinage à pied effectué par les villageois en 1772 au Mont-Saint-Michel. La bannière qu’ils portaient est, malheureusement pour moi, actuellement en voie de restauration après acceptation d’un devis de 8000 euros. Dans la nef, sainte Anne, patronne de la localité, possède sa statue datant du XVème siècle.

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Ma discussion avec monsieur le maire se prolonge sur le parvis. Derrière sa bonhomie, je devine un esprit avisé et malin qu’il met au service de sa commune. Il me révèle le montant du bail annuel réclamé au groupe Lactalis pour la location de la maison du Camembert : 8 000 euros, juste ce qu’il faut pour rajeunir la bannière !!! Depuis son élection en 1989, il n’a jamais eu l’intention de faire allégeance aux édiles de Vimoutiers auxquels il reproche de trop tirer l’étiquette du camembert à eux ; en somme, il souhaite sa part du fromage avec juste raison !
Il est temps de rendre visite à un de ses conseillers municipaux à la ferme de la Héronnière située en contrebas à environ deux kilomètres du centre du village. C’est là que réside François Durand, le dernier des mohicans, l’ultime producteur de camemberts de Normandie AOC faits à Camembert, Durand un nom commun pour un fromage d’exception !

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Je gardais un souvenir inoubliable de mon passage, il y a plus de deux décennies, dans la ferme de monsieur Delorme, un autre mohican du village qui a rendu aujourd’hui les armes. Ce jour-là, son camembert séduisit ma compagne qui, au fond de ses lointaines Pyrénées, ne pouvait concevoir le plaisir rare de goûter un véritable camembert de Normandie digne de ce nom, qui plus est, fabriqué dans le village même. Nous en emportâmes trois exemplaires magnifiquement affinés que nous dégustâmes à la petite cuillère dans les deux jours qui suivirent ! Si vous êtes encore de ce monde, sachez monsieur Delorme que vous fûtes à l’origine d’un de nos plus grands bonheurs gustatifs, une de nos madeleines de Proust, je n’exagère nullement !

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En cette fin de matinée, les narines déjà palpitantes, j’arrive presque en terrain de connaissance car j’ai la veine de me fournir quasi hebdomadairement en camemberts Durand dans une crèmerie proche de mon domicile. Il s’agit donc plutôt d’un pèlerinage à la ferme miraculeuse ! En effet, ici outre que nous sommes à Camembert même, les fromages sont fermiers, c’est-à-dire fabriqués sur place avec le lait de l’élevage de vaches normandes de la ferme même. Les médailles qui récompensent le héros ont leur revers car, notoriété oblige … il y a ce matin pénurie de fromages affinés ! Je surmonte vite ma déception ; qu’à cela ne tienne, je saurai suffisamment patienter avant de présenter les précieux ronds à coeur sur la table. Pour l’instant, je me contente de manger des yeux derrière la vitre (pour cause d’hygiène) les gestes précis de François Durand procédant au moulage.

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Dans une curieuse position rappelant celle des patineurs de vitesse, le bras gauche replié dans le dos, il dépose le caillé sans le désagréger avec une louche dans des centaines de moules, opération délicate car vous n’ignorez plus que le caillé du camembert doit rester entier ! Pendant 24 heures, le lactosérum liquide s’écoulera du caillé puis les moules seront retournés. Au bout d’une autre journée, les fromages seront démoulés et des spores du champignon Pénicillium Candidum seront vaporisées pour donner au fromage son aspect velouté blanc. Comme pour l’argent sale, cette action de blanchiment intervient pour laver les camemberts délictueux ! Plus sérieusement, elle remonte au début du vingtième siècle lorsque les scientifiques de l’institut Pasteur se sont penchés sur le problème de la fermentation lactique. Auparavant, le fromage connut sa période bleue qui ne devait guère séduire le public. En identifiant le P. Candidum, les chercheurs ont permis que la croûte conserve une belle couleur blanche. Viendra ensuite la phase du salage qui outre de donner plus de goût, favorise le développement du champignon. Ensuite, les fromages seront affinés 14 jours au hâloir à une température de 12-14°C. Il sera temps de les emballer dans un papier paraffiné et leur boîte en bois de peuplier avant de poursuivre leur affinage pendant encore deux à trois semaines pour développer leur saveur.
La nostalgie n’étant plus ici aussi ce qu’elle était, l’environnement et les conditions de fabrication ont considérablement évolué depuis l’époque de Marie Harel. Il faut reconnaître que les locaux entièrement carrelés avec leur éclairage verdâtre tiennent plus du laboratoire de physique et chimie, sans comparaison avec ceux reconstitués au musée. De même, les plus anciens témoignent que le goût des camemberts AOC a changé en un demi siècle. La fabrication nécessitait neuf à dix semaines contre quatre à cinq actuellement.
Cheese, sourions malgré tout et rendons hommage aux producteurs d’authentiques camemberts, les Durand, Gillot, Graindorge, Fléchard, Meslon, Leroux qui ont gagné en 2008 la bataille du lait cru face aux géants de l’industrie laitière, Lactalis et la cave coopérative d’Isigny-Sainte-Mère. Grâce à eux, le lait cru demeure exclusif et obligatoire pour la fabrication du camembert de Normandie d’appellation d’origine contrôlée (on dit aussi protégée) .De plus, pour en renforcer l’authenticité, l’aire d’appellation est réduite de près de 50 % afin de privilégier les prairies normandes avec réintroduction pour moitié de la vache de race normande dans le cheptel. Voici les étiquettes des fromages fabriqués par quelques uns de ces résistants héroïques ; pour les avoir souvent goûtés, je vous les recommande les yeux fermés si vous les trouvez affinés chez votre crémier :

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Au loin, les cloches de l’église sonnent joliment midi. Avec un peu de chance, je trouverai quelques camemberts à point au petit marché du vendredi sur la place de Vimoutiers. Nouvelle déception, les connaisseurs ont opéré une razzia ; un écriteau au coin de l’étal informe le client : « Plus de Durand ! Il ne reste que des camemberts thermisés (quasi pasteurisés ndlr) ! » Il faut se lever tôt pour gagner un excellent camembert ! Et il faut y mettre le prix car je remarque au passage que mon cher fromage a augmenté d’un euro et demi entre la ferme et le marché distant de cinq kilomètres ; ce sont probablement les mystères de l’Ouest fromager et de la distribution ! Contre mauvaise fortune bon (camembert à) cœur, je me procure chez le crémier du village un très honnête camembert au lait cru Jort de chez Lactalis ( !) ainsi qu’un Livarot de la ferme de Houssaye qui s’avèrera aussi mémorable que celui acheté au salon de l’Agriculture, il y a un an ! (voir billet La plus grande ferme du monde du 6 mars 2009)
Mon trésor placé en toute sécurité dans un sac isotherme au fond du coffre de ma voiture, j’ai rendez-vous devant l’hôtel de ville avec Ratisfaite et Marie Harel, les deux gloires locales. La première est une vache en laiton sculptée représentant l’archétype de la race normande, la seconde, vous avez déjà lié connaissance devant sa stèle.

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Est-ce un des épisodes de la rivalité qui oppose le petit village de Camembert à Vimoutiers la « grande » ville voisine, un an après l’érection du monument près du pont de la Viette, une nouvelle souscription est ouverte pour l’élévation d’une statue à la sainte vierge du camembert. Ainsi, le 11 avril 1928, Alexandre Millerand, ancien président de la République dévoile devant la population en liesse, une statue représentant une fermière en costume traditionnel normand, fichu, tablier, coiffe de dentelle, sabots de bois, portant un pot à lait en cuivre. Derrière elle, sur un haut-relief apparaissent une cour de ferme, des pommiers et quelques mots : « À Marie Harel créatrice du fromage de camembert » « Aux fermières normandes » ! Joseph Knirim, à l’origine de cette manifestation, décédé entre temps, n’est malheureusement pas présent. Dix ans après la première guerre mondiale, Marie Harel et le camembert possèdent leur monument comme tous les poilus ont le leur dans chaque village de France. Je ne le verrai pas car la pauvre fut décapitée, non pas par des intégristes de la pasteurisation, mais lors du bombardement par erreur de la ville, le 14 juin 1944, par les forces aériennes alliées. Pour se racheter, les américains créent en 1947 le comité « Aid to Vimoutiers » afin de collecter des fonds pour la reconstruction de la ville et les employés de la Borden’s Cheese Company, une grande fromagerie industrielle de l’Ohio propose de financer le remplacement de l’ancienne statue. Le projet retenu soulève un tollé clochemerlesque dans la ville d’autant que figure sur le socle, la mention souhaitée par les américains : « À Marie Harel, statue offerte par la fabrique de camemberts Borden (Ohio) » ! Provocation d’autant plus insupportable qu’une nouvelle réglementation américaine interdit l’entrée des vrais camemberts normands au lait cru sur son territoire ! Le 4 octobre 1956, sera enfin inaugurée la nouvelle statue de Marie portant en ses mains des fromages, moins lyrique que la précédente.
À table ! Je choisis une brasserie en face de l’ancienne halle au beurre rénovée aujourd’hui en médiathèque. J’attends avec curiosité et aussi appréhension l’arrivée du plateau de fromages ; à tort car je suis heureusement surpris par la trilogie des fromages augerons, camembert, livarot et pont-l’évêque, très bien affinés.
Vimoutiers possède aussi son musée à la gloire du fromage local qui grâce à quelques bénévoles, reprend Vie (comme la rivière qui coule à quelques mètres de là) après que la municipalité eût supprimé sa subvention. Je mets à profit l’heure à attendre avant son ouverture pour me rendre au-delà de Camembert, au village de Champosoult.

« … Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois. »
A ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie ;
Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie… »

Dans la côte qui mène au bucolique cimetière, sur les traces de Marie Harel née Fontaine, j’assiste à une nouvelle fable de La Fontaine, Le milan et la couleuvre : le majestueux rapace, plus effrayé par le bruit de mon véhicule que par ma flatterie, laisse échapper sa proie de ses serres.
Une pancarte entretient (volontairement ?) la confusion auprès des éventuels touristes. Bien que décédée à Champosoult, l’ingénieuse fermière n’est pas inhumée ici ; elle le fut à Vimoutiers où sa tombe n’existe plus. Ce sont ses descendants, la famille Harel-Paynel, qui reposent dans le monumental tombeau au pied de l’église.

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La Marie Harel mentionnée sur la pierre est en fait sa fille qui épousa Thomas Paynel avec lequel elle s’installa à la ferme du château de Champosoult. Ils y fabriquaient de succulents camemberts selon les précieux conseils de la maman. Ensemble, ils eurent cinq enfants qui devinrent tous des fromagers de qualité. L’un d’eux, Victor Paynel, eut le coup de génie, en 1863, de faire déguster un camembert de sa fabrication, en gare de Surdon, à Napoléon III en route pour une manifestation hippique au haras du Pin. L’empereur, subjugué, l’invita aux Tuileries et le pria de lui en livrer régulièrement. Il faut voir là les véritables raisons de la notoriété de Marie. Si elle n’a jamais inventé le camembert, elle a su par contre transmettre à sa descendance son savoir-faire, le renom de sa maison et son esprit d’entreprise.
Au musée, je retrouve une riche collection d’étiquettes à même de combler les tyrosèmiophiles, et quelques mises en scène faisant revivre les étapes de la fabrication depuis la collecte du lait à la commercialisation. Le charme des fermières en cire me rappelle qu’une jeune femme made in Normandie détient actuellement le titre de miss France.

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Est-ce par jalousie, à la sortie de la ville, un énorme poids lourd de l’entreprise Roquefort Société ralentit ma progression dans la longue côte de Gacé : un clin d’œil peut-être aux temps anciens où la croûte du seigneur du lieu tirait souvent sur le bleu ! Ce n’est peut-être pas une coïncidence fortuite car la célèbre marque de l’Aveyron appartient au pôle Lactalis. Lait cru contre lait pasteurisé, petits producteurs contre grands groupes industriels, Camembert contre Vimoutiers, la bataille de Normandie des fromages se poursuit soixante-six ans après celle qui opposa en août 1944 la 7ème armée allemande aux forces alliées et au cours de laquelle fut abandonné par la Panzer korps, le redoutable char Tiger dont l’épave demeure aujourd’hui encore au sommet de la côte.
J’ai fait mon possible pour vous convaincre de sauver le soldat Camembert même si je ne possède pas le génie militaire de son homonyme, le célèbre sapeur héros de la bande dessinée de Christophe, fils d’Anatole Camember et de Polymnie Cancoyotte !

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