Histoires de zizis ou comment l’esprit vient aux gosses … et à un grand

C’est le printemps, la sève monte … ou comment l’esprit vient aux grands en contemplant certaines scènes de la vie intime des bêtes lors de mes promenades dans les prairies ariégeoises !
« Afin de nous ôter nos complexes
Ô gué, ô gué
On nous donne des cours sur le sexe
Ô gué, ô gué
On apprend la vie secrète
Des angoissés et d’la bébête
Ou de ceux qui trouvent dégourdi
De montrer leur bigoudi
Une institutrice très sympathique
Nous en explique toute la mécanique
Elle dit nous allons planter le décor
Ö gué, ô gué
De l’appareil masculin d’abord
Ö gué, ô gué
Elle s’approche du tableau noir
On va p’têt’ enfin savoir
Quel est ce monstre sacré qui a donc tant de pouvoir
Et sans hésiter elle nous dessine
Le p’tit chose et les deux orphelines… »

Plutôt que décliner les exercices de style libertins de Pierre Perret, je ne résiste pas, après la relecture récente de La Guerre des boutons et de plusieurs extraits des œuvres complètes de Louis Pergaud, à vous en offrir quelques morceaux choisis d’éveil à la nature humaine.
Empruntant l’essentiel de mes propos au romancier franc-comtois, je me permets en préambule de reprendre ses considérations liminaires : « Le souci de la vérité historique m’oblige à employer un langage qui n’est pas forcément celui des cours ni des salons. Je n’éprouve aucune honte ni aucun scrupule à le restituer, l’exemple de Rabelais, mon maître, m’y autorisant. Toutefois, MM. Fallières (président de la République de 1906 à 1913 ndlr) ou Bérenger ne pouvant être comparés à François Ier, ni moi à mon illustre modèle, les temps d’ailleurs étant changés, je conseille aux oreilles délicates et aux âmes sensibles de sauter cinq ou six pages ». Un siècle plus tard, en une époque où l’on nous révèle que les prêtres n’étaient pas toujours des enfants de chœur, j’invite donc mes lecteurs coincés par un excès de pudibonderie à attendre ma prochaine inspiration. Je ne m’inquiète guère cependant car pour parodier l’ultime phrase du roman, à l’âge des enfants de Longeverne et de Velrans, ils étaient eux aussi moins bêtes que les grands !
« Comme si on ne savait pas ce qu’ils ont fait, eux aussi, quand ils étaient jeunes !
« Après souper, ils nous envoient au plumard et, eux entre voisins, ils se mettent à blaguer, à casser des noix, à manger de la cancoillotte, à boire des litres, à licher des gouttes et ils se racontent leurs tours du vieux temps.
« Parce qu’on ferme les yeux ils se figurent qu’on dort et ils en disent, et on écoute et ils ne savent pas qu’on sait tout.
« Moi, j’ai entendu mon père, un soir de l’hiver passé, qui racontait aux autres comment il s’y prenait quand il allait voir ma mère. »
Il entrait par l’écurie, croyez-vous, et il attendait que les vieux aillent au lit pour aller coucher avec elle … »
Parfois, la simple satisfaction d’un besoin naturel devenait compétition entre gamins pour déterminer lequel « avait la plus grande ». Ainsi, « Bacaillé et Camus, entrés dans le même cabinet, avaient fait converger leurs jets vers l’orifice destiné à les recueillir. Une émulation naturelle avait jailli spontanément de cet acte simple… C’était Bacaillé qui avait affirmé sa supériorité :
- Je vais plus loin que toi, avait-il fait remarquer.
- Ca n’est pas vrai, riposta Camus, fort de sa bonne foi et de l’expérience des faits.
Et lors, tous deux, haussés sur la pointe des pieds, bombant le ventre comme un baril, s’étaient mutuellement efforcés à se surpasser.
»

Bref, il n’y avait nul besoin de roses ou de choux et d’explications alambiquées de la part des parents, ni de contempler en cachette des exemplaires du magazine coquin Paris-Hollywood ou des photographies dénudées tirées par hasard du fond d’une malle d’un grenier, voire de déverrouiller comme maintenant le code parental pour effectuer des recherches sur internet. Les enfants de la campagne sont tout naturellement instruits des choses de la vie par la cohabitation quotidienne avec les animaux et possèdent une connaissance précoce de leur appareil de reproduction :
« – M’sieu, fit Gambette au maître en arrivant en classe à une heure moins dix, je viens vous dire que mon père m’a dit de vous dire que j’ai pas pu venir ce matin à l’école passe que j’ai mené not’ cabe … » L’instituteur, le père Simon, s’affligeait de l’insouciance des parents pour la moralité de leurs gosses.
« Comme si l’acte d’amour, dans la nature, n’était pas partout visible ! Fallait-il mettre un écriteau pour défendre aux mouches de se chevaucher, aux coqs de sauter sur les poules, enfermer les génisses en chaleur…, mettre des pagnes ou des caleçons aux chiens et des jupes aux chiennes et ne jamais envoyer un petit berger garder les moutons parce que les béliers en oublient de manger quand une brebis émet l’odeur propitiatoire à l’acte et qu’elle est entourée d’une cour de galants ? »
Autrefois, il n’y avait pas de séances prolongées devant la télé, avachis dans le canapé, pour les petits campagnards qui étaient réquisitionnés pour garder les troupeaux les jeudis chômés d’école et durant les vacances. C’est justement alors que Paul et Victorine accomplissent leur tâche de vachers du côté du ruisseau de la Muraie que Louis Pergaud situe son hilarante nouvelle Un satyre ou comment l’esprit vient aux gosses. Bientôt, Popol et Torine, surnommés ainsi familièrement et malicieusement par l’auteur, pour pouvoir charmer leur solitude par des jeux, avaient mêlé c’est-à-dire qu’ils avaient oublié les bornes et les limites de leurs prés et laissé leurs vaches traverser la double rangée de peupliers et empiéter sur le domaine de l’autre.
« Accroupis sur la terre humide et grasse, ils avaient d’abord joué aux osselets avec des morceaux d’écuelle … puis à pigeon vole et au couteau ; ensuite Popol déchaussé était allé grailler sous les racines des saules pour y chercher des grabeusses (écrevisses) qu’ils suçaient toutes vives après leur avoir cassé les pinces et arraché la queue… »
Mais on se lasse de tout et Popol et Torine désœuvrés regardaient leurs vaches avancer en ligne, droit devant elles, chacune dans sa direction, d’un pas égal, en tondant méthodiquement l’herbe. Popol eut l’idée de creuser des trous avec la trique s’enfonçant dans le sol marneux.
C’est alors que … je vous laisse tout à la plume de Louis Pergaud :
« Torine accroupie devant lui ne disait rien. Popol leva les yeux vers elle et comme elle avait les jupons relevés, les cuisses sur les jarrets et que comme la petite amie de Rimbaud, elle ne portait jamais de pantalons, il aperçut une chose qui, si elle changea ses idées, n’ôta rien de sa perplexité profonde.
- T’as un derrière de devant, fit-il en désignant l’ouverture qui avait si radicalement changé le cours de ses préoccupations.
Torine baissa le nez jusqu’à ses genoux et regarda en riant la fente qui intriguait son camarade.
- Et c’est par là que tu pisses ? fit Popol qui voulait se renseigner.
- Bien sûr, fit Torine, savante. J’suis pas comme les poules, j’fais pas par le même trou, comme dit la Phémie.
- T’as pas de zizi vraiment ? fit Popol, qui doutait.
- Mais si, c’est mon zizi !
- Ben ! ce que tu dois te pisser sur les jambes quand tu pisses ! Tu ne mets pas de tuyau ?
- Bécile, va, j’écarte les cuisses.
- Pisse voir pour voir.
Et Torine devant Popol lâcha un jet convaincant.
- Tu pisses fort, fit le gars, presque aussi tant que moi, mais je pisse plus loin que toi quand même.
Et déboutonnant sa braguette, bombant le ventre pour gagner le plus de terrain possible, Popol, comme le faisait Rimbaud, après avoir, les soirs de liesse, bu trente ou quarante chopes, pissa « très haut et très loin » devant Torine admirative (il n’y a pas de petite supériorité).
- Ce que c’est drôle ton machin, fit Torine.
- C’est pas le mien, c’est le tien qu’est drôle, répondit Popol, mais d’où que ça peut bien venir ta pisse à toi ?
- De mon ventre, pardine.
- Viens voir que je regarde.
Et accroupi devant Torine debout, Popol examina avec un soin méticuleux ce zizi différent du sien.
- On peut pas te le couper, à toi, fit-il en songeant aux menaces de leur voisin Barbet, et son doigt pour une exploration plus précise et plus ample va prudemment par la fente.
- C’est mouillé, fait-il en le retirant ; et aussitôt, pour compléter une observation déjà satisfaisante, il le porte à son nez et renifle.
- C’est sale, fait-il, en le secouant avec une moue.
- Pas plus sale que le tien, fait Torine vexée, viens voir un peu.
A son tour Torine s’agenouille et Popol se lève. La gosse prend dans ses doigts ce qui sort de la braguette et le roule amusée et curieuse. Soudain, elle tire en arrière et quelque chose de neuf apparaît.
- Oh, fit-elle, c’est tout rouge comme à celui du Miraut du maréchal.
- Mais Miraut, il se le lèche, son zizi.
- Tu peux pas te le lécher, toi ?
- Moi, non, j’ai pas encore essayé.
C’est un instituteur de surcroît Prix Goncourt qui commit peu après La guerre des boutons, cette truculente ébauche ou ce premier jet (de pipi ?) de nouvelle, il y a un siècle. J’ai souri en tombant sur cette rareté éclatante de naturel ; j’ai connu aussi antan quelques cours optionnels de science anatomique avec cousin et cousine dans les granges de ma grand-mère paysanne.
Voyez comme vous êtes, vous trépignez maintenant d’impatience de savoir comment s’acheva l’après-midi du faune Paul :
« Et pendant que Torine roule et presse entre ses doigts ce zizi, un travail profond se fait dans le cerveau de Popol qui songe à la chienne du maire, au taureau de la ferme où il a mené la vache et qui en a un grand, grand comme le bras, et au ronsin (étalon) qui passe au printemps.
Alors il fait part à Torine de ses idées à ce sujet ; et l’autre, qui l’admirait déjà instinctivement en tant que mâle et creuseur de trous, se laissa persuader facilement et s’en alla avec lui derrière un buisson… »
C’est ainsi qu’il est parfois bon de garder les vaches ensemble même si Popol et Torine furent traités de satyre par le sale voyeur de père Louchon à leur grande perplexité : « Ca tire, ça tire ? J’sais pas ce que c’est moi ! »
Parce qu’à l’image de Victorine et Paul, ils occupèrent leurs vacances d’été à surveiller vaches et moutons, beaucoup d’anciens enfants de la campagne réclament aujourd’hui le calcul de leur retraite à partir de quatorze ans … Quand on vous dit que le fric et le sexe ont toujours mené le monde !!!
La télévision n’existait pas au temps de Louis Pergaud. Je suis persuadé qu’il aurait jubilé devant le spectacle  de « Les Nuls  » alias la famille Gillet subjuguée à l’heure du dîner par une parodie de documentaire animalier sur la reproduction des éléphants. Âmes sensibles, esprits délicats, s’abstenir !!!

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Publié dans : Coups de coeur, Leçons de choses |le 28 avril, 2010 |Pas de Commentaires »

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