Engageons le printemps avec Jean Ferrat!

Je célèbre ici régulièrement l’arrivée du printemps. L’hiver fut-il si neigeux et glacial pour que mon inspiration en hibernation n’eût rien envisagé cette année ?
Et puis, la lumière m’est venue d’un poète qui s’est éteint la semaine dernière. Comme je le redoutais, le concert d’éloges audiovisuels a fait relâche dès le lendemain des obsèques de Jean Ferrat. Ironiquement, l’expression anglaise prime time employée pour désigner les émissions de télévision de début de soirée, tire son origine du latin primus tempus. À défaut d’en être encore la vedette, c’est donc l’occasion de ne pas « enterrer » trop vite l’ami Jean.
Au-delà de la renaissance de la nature, le printemps fut souvent la saison de l’éclosion des idées et des révoltes. Rappelez-vous la Révolution des Œillets et des évènements d’avril 1974 qui entraînèrent la chute de la dictature salazariste au Portugal, le Printemps de Prague et la tentative d’un « socialisme à visage humain » par le réformateur Alexander Dubcëk, les mères de la plaza de Mayo de Buenos-Aires qui, depuis avril 1977, défilent chaque semaine en mémoire de leurs enfants disparus sous la dictature des généraux.
En mars 1969, Jean Ferrat s’inspira de mai 1968 pour écrire sa vision du printemps de manière engagée comme il sait si bien le faire :


« Au printemps de quoi rêvais-tu?
Vieux monde clos comme une orange,
Faites que quelque chose change,
Et l’on croisait des inconnus
Riant aux anges
Au printemps de quoi rêvais-tu?

 

Au printemps de quoi riais-tu?
Jeune homme bleu de l’innocence,
Tout a couleur de l’espérance,
Que l’on se batte dans la rue
Ou qu’on y danse,
Au printemps de quoi riais-tu?

 

Au printemps de quoi rêvais-tu?
Poing levé des vieilles batailles,
Et qui sait pour quelles semailles,
Quand la grève épousant la rue
Bat la muraille,
Au printemps de quoi rêvais-tu?

 

Au printemps de quoi doutais-tu?
Mon amour que rien ne rassure
Il est victoire qui ne dure,
Que le temps d’un Ave, pas plus
Ou d’un parjure,
Au printemps de quoi doutais-tu?

 

Au printemps de quoi rêves-tu?
D’une autre fin à la romance,
Au bout du temps qui se balance,
Un chant à peine interrompu
D’autres s’élancent,
Au printemps de quoi rêves-tu?

 

D’un printemps ininterrompu «
Sa chanson fut bien évidemment censurée à la télévision ! Elle résonne dans nos consciences le jour du printemps et à la veille d’une élection.

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Comme il n’y a pas de printemps sans fleurs, écoutez aussi La petite fleur qui tombe qu’il sema avec Henri Gougaud :
« La petite fleur qui tombe
Pourrait faire un bruit de bombe
Ecoutez écoutez
La petite fleur profane
Celle qui jamais ne fane
Place de la Liberté

 

Les deux pieds dans Paris le front dans l’avenir
La main tendue à qui voulait bien la tenir
Je fus heureux je vous le jure
Les chansons crépitaient à chaque coin de rue
Et moi frappé au cœur d’une rose perdue
J’en garde encore une blessure

 

La petite fleur qui tombe
Pourrait faire un bruit de bombe
Ecoutez écoutez
La petite fleur profane
Celle qui jamais ne fane
Place de la Liberté

 

Aujourd’hui que l’hiver a séparé nos mains
Je vais obstinément sur le même chemin
Entre la rage et la tendresse
Dans Paris aux murs gris jusqu’au-dessus des toits
Une petite fleur me dit rappelle-toi
Ne me laisse pas en détresse

 

La petite fleur qui tombe
Pourrait faire un bruit de bombe
Ecoutez écoutez
La petite fleur profane
Celle qui jamais ne fane
Place de la Liberté »

Que ce bouquet de rimes aide à égayer notre printemps tout neuf !

Publié dans : Almanach |le 20 mars, 2010 |Pas de Commentaires »

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