LOUP me lis-tu?

« Promenons nous dans les bois
pendant que le loup n’y est pas
si le loup y était
il nous mangerait
mais comme il n’y est pas
il n’nous mangera pas… »

Loup y es-tu ? Que fais-tu ? Ce samedi-là, Loup n’enfile pas sa culotte. Il n’a plus envie de nous faire peur. Il a choisi de sortir du Bois d’Arcy pour Les (beaux) yeux d’Elsa, le cinéma de Saint-Cyr l’École, et ceux d’une petite fille accompagnée de sa mère-grand.
Vous avez deviné qu’il s’agit du Canis lupus de la famille des canidés, héros du dernier film de Nicolas Vanier.

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Le cinéaste y raconte la vie d’un jeune Évène, ces nomades éleveurs de rennes qui vivent en Yakoutie dans les montagnes de Sibérie orientale. À seize ans, Sergueï est nommé gardien de la grande harde du clan de Batagaï et chargé de mener les trois mille rennes d’un alpage à l’autre selon les saisons. Dès son plus jeune âge, il a appris à chasser et tuer sans état d’âme les loups qui rôdent et menacent constamment le troupeau. Jusqu’au jour où sa rencontre avec une louve et quatre louveteaux trognons va ébranler ses certitudes et l’amener à transgresser les règles ancestrales de son peuple.
S’en suit un film qui mélange les genres de la fiction, du documentaire et du conte initiatique : des paysages de neige à couper le souffle, une histoire attendrissante quoique naïve, un message écologique, bref tous les ingrédients pour que les enfants se promènent sans crainte dans les bois et prennent moins au premier degré les histoires de Charles Perrault et des frères Grimm … et que les grand-mères cessent de numéroter leurs abattis !
Que dire à ce propos d’une certaine Lettre (du) Moulin d’Alphonse Daudet qui déclencha des torrents de larmes dans mon enfance ? Quand elle me la lisait, ma chère maman avait beau décrire avec tendresse Blanquette la jolie petite chèvre de Monsieur Séguin « ses yeux doux, sa barbiche de sous-officier, ses sabots noirs et luisants, ses cornes zébrées et ses longs poils blancs qui lui faisaient une houppelande », elle avait beau vanter le courage de l’adorable chevrette qui voulait tenir plus longtemps que la vieille Renaude, rien n’y faisait, à chaque fois qu’une lueur pâle paraissait à l’horizon, le loup pourléchait ses babines d’amadou et dévorait la pauvre Blanquette exténuée !

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Dans des temps reculés, on ne hurlait pas au loup. Ainsi, les Inuits n’ont jamais imaginé qu’il puisse être méchant et nuisible, le considérant même comme indispensable à l’entretien des populations de gros gibier : « le caribou nourrit le loup, mais c’est le loup qui maintient le caribou en bonne santé ». Amarok, « l’esprit du loup » est une figure populaire dans l’art des esquimaux.
Dans mon billet précédent, Cinema Paradiso : Fellini Parigi, en vous entretenant de la fondation de Rome, j’ai évoqué l’affectueuse louve aux sentiments très maternels, qui recueillit sur les bords du Tibre Romulus et Remus, les jumeaux abandonnés par leur mère la vestale Rhea Sylvia.

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Dans la mythologie grecque, même les dieux ont leurs faiblesses, et Zeus, un sacré chaud lapin, commit quelques infidélités à sa femme Héra, en batifolant avec Léto au point de la féconder. L’épouse légitime, furieuse, intima au serpent Python de poursuivre la maîtresse laquelle ne dut son salut qu’en se transformant en louve afin de se réfugier sur l’île de Delos. Elle y accoucha de jumeaux Artémis et Apollon surnommés, à cause de leur origine, Artémis Lycaea et Apollon lycien. C’est sans doute cela qu’on appelle atavisme, Apollon et la fille du roi Minos eurent un fils illégitime Miletos qui fut abandonné et pris en nourrice par une louve.
En Occident, c’est au Moyen Âge que les relations entre l’homme et le loup se détériorent à cause notamment des nombreuses calamités qui surviennent dès le IXème siècle. Les hivers longs et froids autour de l’An Mil favorisent l’exode de hordes de loups de la taïga eurasiatique vers nos forêts. Bientôt, les nombreuses déforestations chassent du bois le loup qui cause des ravages dans les troupeaux. Les famines, les épidémies et les combats guerriers déciment les populations. L’animal s’approche des habitations, alléché souvent par les cadavres abandonnés sans sépulture. Le corps de Charles le Téméraire tué lors du siège de Nancy en janvier 1477, aurait été retrouvé, dénudé, une joue rongée par les loups, près d’un étang, à l’emplacement de l’actuelle place de la Croix de Bourgogne dans la capitale lorraine. Les victimes abandonnées sur les champs de bataille des guerres de religions, de la guerre de Cent ans, et plus tard des guerres napoléoniennes constituent de la chair fraîche dont se repaissent les loups affamés. Accusé d’attaques dont il n’est pas coupable, le loup acquiert une réputation d’anthropophage.

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Dès l’an 813, Charlemagne qui n’a pas inventé que l’école, institue un corps de louveterie avec deux luparii par comté, pour procéder à la destruction des loups. Exemptés du service armé, possesseurs du droit de gîte et de prélèvement de grains sur les levées impériales, ces chasseurs sont rétribués par commissions selon le nombre de bêtes tuées dont ils envoient les peaux à l’empereur. Le premier titre de louvetier du roi apparaît en 1308. En vertu d’une ordonnance rendue par le roi Charles VI en 1404, les louvetiers lèvent deux deniers par loup et quatre par louve sur chaque habitant des paroisses situées à moins de deux lieues à la ronde de l’endroit où des animaux sont capturés. Louis XI crée l’ordre de grand louvetier de France. En 1520, François 1er charge ce dernier d’entretenir, aux frais du trésor royal, un équipage spécial pour la chasse et de nommer des officiers de louveterie dans chaque province. La louveterie est supprimée peu avant la Révolution, en 1787 mais Napoléon la rétablit en 1805 en nommant un Grand Veneur de la couronne en remplacement du Grand Louvetier de la monarchie. Entre 1818 et 1829, plus de dix-huit mille loups auraient été exterminés.
Aussi étonnant que cela puisse paraître, les lieutenants de louveterie existent toujours de nos jours. Dans leur chasse carnassière pour démanteler la fonction publique, nos gouvernants devraient peut-être supprimer quelques postes dans ce corps en désuétude plutôt que parmi les enseignants et les facteurs ! L’Assemblée nationale a juste modernisé cet héritage de l’Ancien Régime en en faisant des auxiliaires d’agriculture et conseillers cynégétiques chargés de la régulation des nuisibles et du maintien de l’équilibre de la faune sauvage ! Qui sait s’ils ne verront pas le loup … !
Aux côtés des seigneurs, l’Église n’est pas en reste pour diaboliser le loup. Ce bouffeur d’agneau (pascal) devient le symbole du mal contre le bien et compte parmi les fléaux que Dieu nous envoie sur terre pour punir les hommes. « On crie le loup plus grand qu’il n’est » et on a vite fait de colporter, en ces temps sans internet ni téléphone portable, qu’il est même un tueur et un mangeur d’hommes avec une préférence pour les bergères dans la fleur de l’âge et les enfants. Dévorant les corps, il s’approprie les âmes. Quand on se souvient des Romulus, Remus, Apollon et autre Miletos, on en conclut que les dieux, monstres d’ingratitude, sont tombés sur la tête ou du moins, ont la mémoire courte !

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Gaston Phébus, comte de Foix, dans son célèbre Livre de chasse, suggère de se débarrasser des loups « avec des filets, des fosses, des nœuds coulants accrochés à un contrepoids, des pièges à mâchoires et de perforer leurs intestins par des hameçons de métal cachés dans des boulettes de viande de cheval » ! Quand on pense que chaque année, la ville de Foix célèbre sa gloire locale, lors de fastueuses « journées médiévales », je serais ours d’Ariège, je me ferais du mouron !

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Maudit dans la réalité quotidienne, sans bon conseiller en communication, il n’y avait pas à l’époque un Jacques Séguéla pouvant louer sa force tranquille, notre loup ne possède pas une meilleure image de marque dans le monde de l’imaginaire et notamment dans la littérature qu’elle soit orale ou écrite. Dans le Roman de Renart, recueil de récits médiévaux écrits en vers entre 1171 et 1250, Ysengrin le loup apparaît comme un connétable du roi sans cesse piégé et ridiculisé par son neveu, le rusé goupil lequel sans foi ni loi, viola jadis son épouse Dame Hersent. Parmi ses remarquables méfaits, Renart le tonsure en lui versant de l’eau bouillante sur le crâne et l’abandonne au fond d’un puits. Et puis il y a cette savoureuse pêche à la queue que j’adorais :
« Ysengrin se tient au bord du trou, la queue en partie plongée dans l’eau avec le seau qui la retient. Mais comme le froid était extrême, l’eau ne tarda pas à se figer, puis à se changer en glace. Le loup, qui se sent pressé, attribue le tiraillement aux poissons qui arrivent; il se félicite, et songe déjà au profit qu’il va tirer d’une pêche miraculeuse. Il fait un mouvement, puis s’arrête encore, persuadé que plus il attendra, plus il amènera de poissons à bord. Enfin, il se décide à tirer le seau; mais ses efforts sont inutiles. La glace a pris de la consistance, le trou est fermé. Il se démène et s’agite, il appelle Renart : « A mon secours, beau neveu ! il y a tant de poissons que je ne peux les soulever » … » Vous savez bien qu’on perd tout à vouloir tout gagner, encore que les traders aujourd’hui … en tout cas, cette fois-là, Ysengrin cupide y laissa sa queue ! Clin d’œil sympathique, dans le film de Nicolas Vannier, Serguei extirpe Loup en mauvaise posture après que la glace se soit rompue.

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« La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l’allons montrer tout à l’heure.
Un Agneau se désaltérait
Dans le courant d’une onde pure.
Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure,
Et que la faim en ces lieux attirait.
Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité… »

Au XVIIème siècle, Jean de La Fontaine qui mit le loup seize fois en scène dans ses fables, lui rend ici sa réputation sanguinaire puisque le pauvre agneau est dévoré « sans autre forme de procès ». Récemment, un autre Lafontaine prénommé Philippe en donne une image bien moins effrayante dans sa chanson Cœur de loup : « Je n’ai qu’une seule envie/Me laisser tenter/La victime est si belle/Et le crime est si gai » !
« Tire la chevillette, la bobinette cherra », vous vous souvenez de cette formule magique qui ouvrit la porte au loup cruel pour le plus grand malheur de la mère-grand et du petit chaperon rouge dans un des Contes de ma mère l’Oye parus en 1697 sous la plume de Charles Perrault.
Dans une version édulcorée datant de 1857, les frères Grimm laissent la vie sauve à l’enfant et son aïeule grâce  à un chasseur qui les récupère en taillant le ventre de la bête pendant son sommeil avant de la lester de lourdes pierres.
Signe des temps, après la séance de cinéma, la petite fille ne porte ni galette ni pot de beurre mais confectionne au domicile de sa grand-mère, un gâteau à la vanille et au chocolat ainsi qu’un pain aux raisins et aux noix. Qui plus est, elle préfère faire les soldes pour dénicher quelques fringues tendance plutôt qu’un chaperon rouge. Cela dit, si l’on en croit Bruno Bettelheim, auteur de la Psychanalyse des contes de fées, le petit chaperon symboliserait le personnage de la petite fille aux portes de la puberté, la couleur rouge renverrait au cycle menstruel et le loup serait la figure du prédateur sexuel ! Voilà peut-être pourquoi, dans leur inconscient, les jeunes adolescentes appréhendent encore le premier « loup » susceptible de leur faire perdre leur innocence !

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« Qui craint le grand méchant loup ? C’est p’têt’ vous, c’n’est pas nous » dansent en chœur Les Trois petits Cochons roses du premier dessin animé en couleurs de Walt Disney, Oscar du meilleur court métrage. Il est vrai que cette version cinématographique est édulcorée par rapport au vieux conte du folklore anglo-saxon et qu’y survivent Nif Nif et Nouf Nouf, les deux paresseux qui ont bâclé la construction de leur maison. Quant au courageux et sérieux Naf Naf, sa capacité à tenir tête au loup regonfla d’une note d’espoir le peuple américain en pleine dépression économique lors de la sortie du film en 1933. À quand la production des studios Pixar ou Dreamworks qui nous redonnera un peu le moral en ces temps de crise ?
« Il n’y a rien de bon dans cet animal que sa peau ; on en fait des fourrures grossières, qui sont chaudes et durables. Sa chair est si mauvaise, qu’elle répugne à tous les animaux, et il n’y a que le loup qui mange volontiers du loup. Il exhale une odeur infecte par la gueule : comme pour assouvir sa faim il avale indistinctement tout ce qu’il trouve, des chairs corrompues, des os, du poil, des peaux à demi tannées et encore toutes couvertes de chaux, il vomit fréquemment, et se vide encore plus souvent qu’il ne se remplit. Enfin, désagréable en tout, la mine basse, l’aspect sauvage, la voix effrayante, l’odeur insupportable, le naturel pervers, les mœurs féroces, il est odieux, nuisible de son vivant, inutile après sa mort. » Georges-Louis Leclerc comte de Buffon, dans son Histoire Naturelle, brosse un tableau catastrophique de celui qu’en ce temps-là, on préfère nommer la chose ou la bête.
Il en est une célèbre dite Bête du Gévaudan dont justement Buffon examina la dépouille dans un état de putréfaction fort avancé avant de conclure qu’il s’agissait d’un loup de grande taille. Mais que n’a-t-on pas dit sur la nature de l’animal (ou les animaux) qui, entre le 30 juin 1764 et le 19 juin 1767, multiplia les attaques meurtrières contre des humains dans les pays de Lozère et de Haute-Loire, entre Margeride et Aubrac… « L’an 1764 et le 1er juillet, a été enterrée, Jeane Boulet, sans sacrements, ayant été tuée par la bette féroce, présans Joseph Vigier et Jean Reboul ». Ainsi le curé de la paroisse de Saint-Étienne-de-Lugdarès consigna sur le registre des baptêmes, mariages et sépultures, la mort de la jeune fille de quatorze ans, première victime de la Bête au village des Hubacs près de Langogne.
Selon les sources, une centaine d’humains, uniquement femmes et enfants, connurent le même sort tragique. Bien que nous soyons au siècle des Lumières, dans ces montagnes boisées et ces vallées reculées et isolées durant de longs hivers enneigés, on croit en Dieu mais aussi au Diable, aux sorciers et au loup-garou. Entre ignorance et mysticisme, ces croyances « païennes » constituent un ferment fertile à l’imagination. Durant ces 3 années de terreur, l’animal a été tiré à plusieurs reprises soit à une certaine distance, soit à bout portant et pourtant, blessé, il s’est toujours relevé pour s’enfuir ce qui a justifié sa réputation démoniaque et surnaturelle aux yeux de la population.
De nombreuses hypothèses ont été émises qui disculpent en général le loup en dépit du diagnostic de Buffon et du fait que les animaux tués lors des battues pour exterminer la bête fussent des loups. Ainsi, on a avancé la théorie d’un animal exotique féroce, inconnu de nos climats, et en particulier, comme le prétend un fascicule du Jardin des Plantes paru au début du dix-neuvième siècle, une hyène d’Orient, classée dans l’espèce du loup-cervier, portant une crinière barrée sur son dos, habitant l’Egypte et parcourant les tombeaux pour en déterrer les cadavres. Un professeur de l’université de Montpellier, au début du vingtième siècle, écarte la responsabilité d’un quelconque animal et évoque l’idée que les loups n’auraient fait que ronger les cadavres abandonnés par un serial killer tandis que des mystificateurs recouverts de peaux de loups auraient entretenu la présence de la Bête. D’autres parmi lesquels le conteur Henri Pourrat, suggèrent une théorie intermédiaire et accusent un chien mâtin dressé pour la guerre, comme cela se faisait fréquemment au seizième siècle, recouvert d’une cuirasse en poil de sanglier très dru. L’instigateur de ce complot, Jean-François-Charles de Morangiès, pour servir les desseins de nobles du pays, aurait ordonné à un certain Antoine Chastel de dresser et guider l’animal sanguinaire lequel sera abattu curieusement par Jean Chastel, le père. Cette thèse constitue globalement l’argument du film Le Pacte des Loups.

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Si le mystère demeure, la Bête ne fait plus peur et, au contraire, constitue aujourd’hui un attrait touristique indéniable : sa sculpture, en fer, en pierre ou en bois, trône sur la place de plusieurs villages de l’ancien pays du Gévaudan et deux musées, à Saugues en Lozère, et Auvers en Haute-Loire, lui sont consacrés. Quant aux loups si vilipendés, juste revanche sur la légende, environ 130 spécimens en provenance du Canada, de Sibérie et de Mongolie, ont trouvé asile près de Marvejols, dans un parc d’une vingtaine d’hectares où ils vivent en semi liberté pour le plus grand plaisir des touristes.
Dans un registre voisin, le loup-garou est, dans les légendes, un humain capable de se transformer en loup partiellement ou complètement. Du mythe à la réalité, il n’y a parfois qu’un pas qui fut franchi entre les années 1500 et 1700 lorsque quelques milliers de personnes ayant l’apparence et le comportement du loup, furent condamnées et parfois brûlées vives.
Prenant la légende à rebrousse-poil (de loup bien sûr), Boris Vian dans Le loup-garou et autres nouvelles, conte l’histoire d’un paisible loup du bois de Fausses-Reposes, tout proche donc de son domicile de Ville-d’Avray ( !), qui mordu par le mage du Siam une nuit de pleine lune, se transforme en homme et vit dans Paris, lors de la journée suivante, quelques aventures édifiantes sur le mauvais comportement humain.
En 1930, un loup-garou terrorisa la banlieue parisienne, à Bourg-la-Reine. Avant que … :

« …Les loups ououh! ououououh!
Les loups ont envahi Paris
Soit par Issy, soit par Ivry
Les loups ont envahi Paris
Cessez de rire, charmante Elvire
Les loups ont envahi Paris.
Attirés par l’odeur du sang
Il en vint des mille et des cents
Faire carouss’, liesse et bombance
Dans ce foutu pays de France
Jusqu’à c’que les hommes aient retrouvé
L’amour et la fraternité…. »

L’invasion de loups qu’interprète magnifiquement Serge Reggiani, évoque l’entrée des troupes nazies dans la capitale durant la seconde guerre mondiale.

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Pierre Perret reprit récemment l’image de la Bête pour stigmatiser la montée de pensées d’extrême droite sur fond des élections présidentielles de 2002. Cette fois encore, « le loup n’avait qu’un œil et était un vieux mâle de Krivoï … ou de Saint-Cloud » !

« Sait-on pourquoi, un matin,
Cette bête s’est réveillée
Au milieu de pantins
Qu’elle a tous émerveillés
En proclamant partout, haut et fort :
« Nous mettrons l’étranger dehors »
Puis cette ogresse aguicheuse
Fit des clones imitatifs.
Leurs tirades insidieuses
Convainquirent les naïfs
Qu’en suivant leurs dictats xénophobes,
On chasserait tous les microbes.
Attention mon ami, je l’ai vue.
Méfie-toi : la bête est revenue !
C’est une hydre au discours enjôleur
Qui forge une nouvelle race d’oppresseurs.
Y a nos libertés sous sa botte.
Ami, ne lui ouvre pas ta porte… »

Preuve que son acrimonie envers le loup n’est que métaphore politique, l’ami Pierrot commit aussi un petit chef d’œuvre de tendresse pour consoler une jeune fille sans doute pas gâtée par la société :

« T’en fais pas, mon p’tit loup,
C’est la vie, ne pleure pas.
T’oublieras, mon p’tit loup,
Ne pleure pas.
Je t’amènerai sécher tes larmes
Au vent des quatre points cardinaux,
Respirer la violette à Parme
Et les épices à Colombo.
On verra le fleuve Amazone
Et la vallée des Orchidées
Et les enfants qui se savonnent
Le ventre avec des fleurs coupées... »

En 1936, un autre Sergueï, Prokofiev de son nom, écrivit le livret et composa la musique de Pierre et le Loup, un conte très pédagogique destiné à familiariser les enfants avec les principaux instruments de l’orchestre symphonique. Tandis qu’un récitant narre la chronique d’une mort du loup évitée par un autre « ami Pierrot », l’orchestre ponctue l’histoire d’intermèdes musicaux où chaque protagoniste est illustré par un instrument. Ainsi, la sonorité lugubre de trois cors évoque le loup et son hurlement jugé sinistre, envoûtant ou enivrant selon nos états d’âme … que la lune soit pleine ou pas ! Le loup est un chanteur qui émet une grande variété de sons, jappement, grognement, grondement, vagissement, glapissement et le plus célèbre d’entre eux, le hurlement. Grand communicateur, il hurle pour rassembler la meute dispersée, rassurer les louveteaux, marquer son territoire et prévenir un autre clan de sa présence, avertir de l’arrivée imminente d’un troupeau de caribous, exhorter la horde avant la chasse. Ses modulations vocales, parfois imperceptibles à l’oreille humaine, portent jusqu’à une quinzaine de kilomètres.
Petite pause désaltérante dans mon propos avec une gorgée d’une boisson gazeuse vantée poétiquement par tout un peuple de l’herbe voletant sur la musique de Pierre et le Loup !

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Le loup retenu par d’autres obligations, n’a pu participer à ce tournage !
Quand on parle du loup, on en voit la queue mais aussi ses beaux yeux même si son regard phosphorescent la nuit, contribuait à semer la terreur antan. Comment ne pas fondre devant ceux des ravissants louveteaux qui viennent lécher la main de Sergueï, le jeune gardien de rennes ? Voilà au moins de jeunes loups bien plus sympathiques que certains jeunes gens aux dents longues, dévorés d’ambition qui hantent les milieux des affaires et de la politique !
Plaute, auteur comique latin du IIIème siècle avant notre ère, clamait dans sa Comédie des ânes « Homo homini lupus », l’homme est un loup pour l’homme, soulignant la cruauté des hommes entre eux ; ne peut-on pas ajouter que l’homme est un loup pour le loup tant notre langue fleurie abonde d’expressions et de proverbes péjoratifs à son égard pour illustrer nos travers. On a un gros appétit, on a une faim de loup, on avance à pas de loup pour surprendre quelqu’un, on fait entrer le loup dans la bergerie lorsqu’une personne nuisible s’immisce dans un groupe, on hurle avec les loups en se joignant à d’autres en train de critiquer.
On appelle même lupin une plante parce qu’elle dévore et épuise la terre, et que sa graine n’était bonne que pour les loups. Qui sait si le patronyme d’un certain Arsène gentleman cambrioleur, ne vient pas de son goût prononcé pour la rapine.
À crier ainsi au loup depuis plus de mille ans, il a disparu de nos contrées où pourtant il pullula comme en atteste une riche toponymie. Le leu comme on disait au Moyen Âge, devait hurler à Canteleu sur les hauteurs de Rouen ou à Chanteloup dans les bois de l’Hautil vers les contreforts du Vexin. On le trouve dans le Val d’Oise à Saint-Leu la Forêt, dans l’Eure à Louviers, à Loupian près de l’étang de Thau, à Wolfisheim dans le Bas-Rhin. (wolf est le loup en langue allemande), à La Louvière outre-Quiévrain, c’est l’occasion d’employer cette expression que j’adore, vous ne l’ignorez plus !
Les plans cadastraux fourmillent de lieux-dits en référence à la présence ancienne du loup : mare au loup, fosse aux loups, écorche-loup, loup-pendu, cul de loup, chêne au loup, cantaloube, jappeloup, gratte-louve. À proximité de mon bourg natal, se trouvait le mont aux Leux. Mon père me parla souvent de cette motte de terre féodale au sommet de laquelle on pendait peut-être au gibet les loups capturés. Gustave Flaubert l’évoqua dans Madame Bovary, certains historiens en conclurent que Forges-les-Eaux était la commune de Yonville-l’Abbaye du roman.
De nombreux patronymes tirent leur origine de surnoms désignant les chasseurs de loups : pour annoncer la présence du loup, Canteloup l’imitait bien, c’est logique, Hucheloup criait, Corneloup sonnait du cor, Bouteleux était piqueur, Tuloup abattait l’animal. Il existe plusieurs saints Loup notamment un évêque de Troyes et un archevêque de Sens. Les Louvel et Leleu sont nombreux en Picardie et Normandie, et une affectueuse madame Leloup joua la nounou dans mon enfance.
Loup devient un prénom aussi avec ses déclinaisons Llop en Catalogne et Lopez en Espagne. Dansèrent-ils avec les loups, tels des chefs indiens, Glorieux loup, c’est Rodolphe, Noble loup c’est Adolphe et Démarche de loup c’est Wolfgang !
Qui sait si les communes de Villeneuve-Loubet et La Colle-sur-Loup dans les Alpes-Maritimes ne verront pas bientôt rappliquer quelques spécimens de Canis lupus. En effet, depuis 1992, on assiste dans le proche massif du Mercantour, au retour de loups sauvages en provenance selon les sources, du massif des Abruzzes ou de la chaîne des Apennins ou de Ligurie, bref d’Italie. On en dénombre plus de deux cents aujourd’hui qui causent des dégâts au sein de troupeaux ovins et caprins. Comme pour l’ours slovène des Pyrénées, le loup du Mercantour suscite un violent débat entre défenseurs du monde animal sauvage et éleveurs. Certes, il est protégé par la convention de Berne de 1979 relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel en Europe, ratifiée par la France en 1989, cependant, les actes délictueux de braconnage sont fréquents, de quoi occuper les conseillers cynégétiques, les lieutenants de louveterie des temps modernes !
Insidieusement, le canis lupus italicus revient sur les lieux de ses anciens exploits ou crimes. Il a franchi le Rhône mais ne s’est pas attardé à Arles, sait-il que là-bas, près du moulin d’Alphonse Nobleloup Daudet, les chèvres sont orphelines de Monsieur Séguin récemment décédé ?

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Sa présence est avérée en Lozère et en Aubrac, dans le Puy-de Dôme et le Tarn. À ce rythme là, il va bientôt retrouver l’amour de Gérard Blanchard dans les grottes de Rock-Amadour !
Les histoires de loups-garous redeviennent d’actualité. En effet, en avril, sur les écrans, l’acteur Benicio del Toro troquera son personnage de Che Guevara pour celui terrifiant de The Wolfman, un remake de Le Loup-garou film de1941.

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En notre époque de crise morale, sociale et économique, avec tout ce que je vous en ai dit, vous n’accuserez plus de tous les maux, Loup tendrement réhabilité par Nicolas Vanier. Il  est une autre bête noire  bien plus dangereuse !

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Publié dans : Leçons de choses |le 3 février, 2010 |Pas de Commentaires »

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