Archive pour janvier, 2010

Cinema Paradiso: FELLINI PARIGI

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Sortie de métro station Concorde ! Au-dessus de moi, dans la perspective du musée du Jeu de Paume, surgit sur une affiche Federico Fellini implorant les mains jointes dans un geste presque caricaturalement italien. Mamma mia ! Je me souviens d’un de ses films où il tournait dans les sous-sols de Rome alors qu’on y construisait une nouvelle ligne de métro. Une énorme fraise en creusant, mettait à jour les vestiges d’une villa ornée de magnifiques fresques vieilles de deux mille ans qui s’effaçaient au premier contact avec l’air ambiant ; une superbe métaphore comme une vue en coupe de la splendeur de l’empire romain s’estompant à la lumière de notre civilisation décadente. Le « progrès » et le passé ne peuvent pas cohabiter.

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C’était en 1972, Fellini Roma ; aujourd’hui, 16 janvier 2010, c’est Fellini Parigi ! L’hiver à Paris est fellinien avec l’exposition consacrée au génial cinéaste qui s’achève le lendemain.

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Ne vous méprenez pas, il ne s’agit en aucun cas d’un néologisme à la sauce encre violette ; pour le petit Larousse illustré, est fellinien, ce qui est relatif à Federico Fellini et à son œuvre ! Ce n’est d’ailleurs pas la seule intrusion langagière d’il maestro dans nos dictionnaires. Ainsi la dolce vita, titre d’un de ses films, beaucoup plus qu’une traduction littérale de la douce vie, signifie une vie oisive, facile et superficielle avec peut-être une propension aux mondanités et au farniente autre mot originaire de la langue de Dante. De même, pour avoir appelé Monsieur Paparazzo, le personnage d’un photographe de ce film, dans le monde entier aujourd’hui, on surnomme paparazzi, ceux qui traquent avec leurs objectifs de prise de vue, les personnalités connues du grand public. C’est dire l’aura considérable de l’un des plus grands réalisateurs de l’histoire du cinéma, né en 1920 à Rimini une station balnéaire de la Riviera, et décédé à Rome en 1993. Ses films ont obtenu, entre autres récompenses, huit Oscars à Hollywood et une Palme d’or à Cannes. Durant l’été suivant sa disparition, lors d’un séjour en Toscane, j’avais déjà visité à Florence, une délicieuse exposition qui lui était dédiée. Allez, c’est parti pour la promesse et la douceur de vivre deux heures de rêves dans l’univers onirique du maître. Et déjà, au bout du couloir, je me retrouve au milieu de la chaussée de la via Veneto envahie par une jeunesse romaine désoeuvrée et de clinquantes voitures de sport.

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Une immense affiche en toile format panoramique « Total scope » de La Dolce Vita barre quasiment l’entrée de l’exposition. Quand il évoquait ses souvenirs, Fellini déclarait : « Du cinéma, j’ai dans mes pensées, surtout les affiches, elles m’enchantaient. Elles sont comme des chansonnettes, elles te ramènent à certains moments de ta vie, en t’empêchant de les perdre. Elles ne te ramènent pas tellement ou seulement aux films, mais plutôt à leurs saisons, au climat et aux saveurs d’une époque ». C’est vrai qu’elles étaient belles ces affiches d’antan peintes dans un style presque hyperréaliste ! Les prises de vues étant trop délicates le soir avec l’effervescence aux terrasses de cafés de la via Veneto, Fellini décida de faire construire la réplique de la célèbre avenue et du café de Paris au studio 5 de Cinecittà. « La lumière en studio, on peut la commander, la contrôler, la modeler … Le studio est le milieu où les images qu’on a vues en imagination, peuvent être réalisées en contrôlant tout, exactement comme le fait un peintre sur une toile avec son pinceau ». Le reste de sa vie, lorsqu’il s’y promenait, Fellini ressentait profondément que la véritable via Veneto était celle des studios de Cinecittà. Je suis encore à contempler l’affiche que déjà du vacarme, en provenance des salles du musée, me parvient aux oreilles. J’imagine qu’au coin de la voie Veneto, je vais déboucher sur l’une de ces pittoresques places provinciales de la péninsule avec sa rafraîchissante fontaine et ses arcades où une population haute en couleurs s’apostrophe bruyamment. Je me souviens d’un village de Toscane où de truculents retraités s’attardaient le matin à la terrasse ombragée d’un café et fuyant le soleil, investissaient en fin d’après-midi, le bistrot d’en face. Ce matin, ce sont les bandes son des morceaux choisis de l’œuvre considérable de Fellini, projetés sur des écrans de ci delà selon une astucieuse scénographie, qui provoquent ce tapage sympathique mais nullement cacophonique. En effet, le son se promène dans l’espace d’une séquence à l’autre, se coupant et réapparaissant tandis que les images sont diffusées en permanence. Cela constitue d’ailleurs un excellent exercice de formation pour appréhender l’interaction entre les images et les sons. L’exposition abandonnant toute logique chronologique et filmographique, choisit de raconter Fellini autrement à travers quelques thématiques, parti pris finalement cohérent tant la construction de ses films tient plus du puzzle et d’une juxtaposition de saynètes que d’une structure narrative classique. Je souris devant les numéros un peu pitoyables de la troupe de comédiens décrite par Federico Fellini dans sa première réalisation Les Feux du music-hall (1950) avec Alberto Lattuada. Ce film pourtant de qualité, connut un échec commercial retentissant. La faute appartient essentiellement au producteur Carlo Ponti, futur mari de Sophia Loren, qui, par jalousie, sort simultanément Dans les coulisses, un film traitant du même sujet avec la participation du jeune acteur Marcello Mastroianni et une musique de Nino Rota. Ceux-là passeront bientôt dans le camp adverse ! C’est à cause de cette moitié de collaboration avec Lattuada que Fellini baptisa son neuvième film, 8 ½ ! Quelques dessins accrochés aux murs témoignent de l’excellent coup de crayon de Fellini qui, à la fin des années 1930, quitte sa province romagnole pour travailler comme caricaturiste dans des fanzines ainsi qu’au Marc’Aurelio, un hebdomadaire satyrique à grand tirage. Son goût prononcé pour la culture populaire transparaît aussi dans la réalisation de comic strips et de romans photos . Ainsi, il réalise pour le magazine Vogue, les aventures de Mandrake avec … Marcello Mastroianni dans le rôle du héros. Dans son avant-dernier film Intervista (1987), en guise de clin d’œil féroce contre la télévision qui, peu à peu, concurrence le cinéma, il met en scène pour un spot publicitaire le vieux Marcello sous les traits du célèbre magicien.

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Me voilà nez à nez avec le très conservateur docteur Antonio, la mine horrifiée devant le spectacle d’ouvriers clowns hissant sur un terrain vague, un immense panneau publicitaire avec l’image d’une femme à l’opulente poitrine, allongée dans une pose provocante. « Bevete piu latte », au-dessus, un néon invite à boire plus de lait. Un autobus déverse un flot de musiciens noirs qui, sur le thème musical de La Dolce Vita sortie deux ans plus tôt, reprennent en chœur des slogans à la gloire de la boisson lactée. Des enfants joyeux gambadent et improvisent des rondes au pied de l’affiche géante, sur le terrain vague du quartier de l’EUR (il devait accueillir l’Exposition Universelle de Rome en 1942 ) souhaité par Mussolini pour glorifier le régime fasciste. Fellini dut jubiler en réalisant La Tentation du docteur Antonio, premier sketch de Boccace 70. Dans son premier film en couleurs, il reprend l’argument des bonnes mœurs mises à mal par les images du monde moderne, déjà traité deux ans auparavant dans La Dolce Vita. Un air de déjà-vu, la filiation est évidente : Rome, la musique de Nino Rota et évidemment, la volcanique actrice suédoise Anita Ekberg dont les seins enjôleurs damnent non pas saint Antoine comme chez Flaubert, mais un pauvre médecin pudibond. Tentations du docteur Antonio, obsessions de Fellini pour les formes généreuses des femmes qui constituèrent souvent les mamelles nourricières de son cinéma. Un document nous apprend qu’avant chacun de ses films, il passait beaucoup de temps à sa table de travail où il ne faisait que gribouiller des fesses ou des nichons. « C’est ma manière de commencer mon film, de le déchiffrer à travers ces gribouillages… » disait-t-il. La technique muséale a cloué le bec au docteur Antonio pour permettre à Anita Ekberg, quelques pas plus loin, de se trémousser autant que sa robe noire moulante l’autorise, au rythme d’un rock endiablé repris par un jeune chanteur encore peu connu, Adriano Celentano. 

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Nous sommes dans une des séquences les plus festives de La Dolce Vita : 1960, le rock’n’roll et Elvis Presley déferlent sur l’Europe et Fellini, jamais à court d’idées, fait danser la jeunesse dorée romaine devant le cabaret Caracalla’s dans le décor antique des thermes reconstitué à Cinecittà. Après cela, un bon bain ne serait pas de refus !!! Mais auparavant, je dévisage les bouilles qui envahissent un pan de mur : modestes photos d’identité ou caricatures du maestro qui, invraisemblables figurants, déambuleront bientôt dans ses films. Il y a les grotesques sortis de la commedia dell’ arte à mi-chemin entre les personnages de carnaval et la cour des miracles. Ils rappellent les entresorts, ces baraques des fêtes foraines d’antan dans lesquelles on découvrait des curiosités anatomiques. Avant ses films, Fellini publiait des petites annonces dans les journaux invitant tous ceux qui le souhaitaient à venir le voir. Les jours suivants, un monde interlope accompagné de la police romaine se rendait aux castings. Fellini archivait précieusement dans un dossier les photos de chaque candidat selon une typologie qui lui était propre : « hommes exotiques, gueules ignobles, filles girondes et un peu putes, têtes de petites tapettes etc.. » je souris à une photo touchante d’une jeune femme au physique agréable qui a précisé au-dessous : « no money » ! Les heureux élus deviendront felliniens tandis que Federico demeurera Fellini ! Réminiscence de son enfance, le cinéaste a aussi une tendresse toute particulière pour les saltimbanques et les clowns qu’il mettra en scène dans beaucoup de ses films, en tête de liste évidemment La Strada, Les Feux du music-hall, 8 ½, Les Clowns, les sosies de Ginger et Fred. « J’ai regardé le chapiteau comme une usine de prodiges … Les clowns sont les ambassadeurs de ma vocation. » Plus généralement, pour Fellini, « le monde entier est un vaste cirque habité par des hommes-clowns. Il y a les clowns blancs : les patrons, les seigneurs, les riches, qui raisonnent et commandent, et il y a les augustes qui sont pauvres, qui peinent, qui déraisonnent ». Lui-même s’imagine en auguste ». Mais sans doute dans son cinéma, il campa le rôle d’un Monsieur Loyal pour mieux se moquer de la comédie humaine. Dans le musée, la Grande Parade, ainsi s’appelle l’exposition, se poursuit. À celle naturelle des clowns, viennent s’ajouter l’hilarant défilé fasciste au pas de course des clones de Mussolini dans Amarcord, celui de prostituées aux seins énormes dans un bordel romain ou encore la présentation de mode ecclésiastique de Fellini Roma : « Modèle n°2 tourterelles immaculées » ! Souvenir sans doute de son école maternelle des sœurs de saint Vincent à Rimini, celles « avec la grande cornette aux ailes de mouette » ! Quarante ans plus tard, je crois entendre encore les spectateurs hurlant de rire lors de la projection .

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Un plus long extrait de la même séquence pour les plus felliniens d’entre vous

« En Italie, on a le roi (Victor Emmanuel III), le pape (Pie XI et XII) et le Duce (Mussolini) », confiait Fellini. Le spectacle de la société lui donna envie de la traiter comme la société du spectacle. Tous les chemins (ra)mènent à Fellini Roma, ici avec trois affiches du film qui interprètent différemment la fondation de Rome ! Selon la légende rapportée par Tite-Live, Romulus et Remus, fils jumeaux du dieu Mars et de la vestale Rhéa Silvia, auraient été abandonnés dans une fondrière sur les bords du Tibre en crue. Ils furent recueillis par une louve qui les allaita dans une grotte au pied du mont Palatin. Par la suite, le berger Faustulus éleva les nourrissons  avec son épouse, une prostituée surnommée Lupa la louve. À l’âge adulte, Romulus et Remus décidèrent de fonder une ville et pour départager celui qui lui donnerait son nom, ils s’en remirent aux augures. Cependant l’interprétation du présage est problématique : Remus, du sommet du mont Aventin, aperçut le premier six vautours mais Romulus, du haut du Palatin, en observa douze peu après. Les versions divergent sur la mort de Remus, en tout cas son frère donna son nom à Rome, « un bien bel endroit pour attendre la fin du monde » comme le proclame l’affiche française. Sur celle-ci, une superbe femme nue, en position soumise, prend la place de la louve. Ses seins deviennent les mamelles qui nourriront Romulus et Remus.

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L’affiche italienne, reprenant la version de Tite Live, montre la Lupa, une prostituée à la poitrine généreuse et les mains sur les hanches, dans une attitude dominatrice.

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Pour les américains, une louve est certes une louve mais c’est tout le petit monde du Maestro qui se nourrit à ses mamelles. Ce serait donc Fellini le fondateur de Rome qui nous raconte la chute de l’empire romain (1931-1972) !

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Ou Anna Magnani, l’actrice de Rome ville ouverte de Rossellini et de Mamma Roma de Pasolini, que Federico interpelle au bas de son immeuble de Trastevere, le Saint-Germain des prés romain, la comparant à un symbole de la ville : « -Qu’est-ce que je suis moi ? -Une Rome comme louve et vestale, aristocrate et gueuse, sombre et bouffonne, je pourrais continuer jusqu à demain matin… –Je peux te poser une question ? -Non je me méfie.Ciao ! Buena notte». Puis Anna claque la porte et … son clap de fin ; ce fut sa dernière scène, elle mourut l’année suivante. C’est l’heure du bain ! Qui plus est, passé minuit, dans la fontaine de Trevi, en compagnie de la plantureuse Sylvia! « Tu es tout, la première femme du premier jour de la création, la mère, la sœur, la maîtresse, l’amie, l’ange, le diable, la terre, le foyer … Ah, voilà ce que tu es, le foyer » : Anita Ekberg en personne, Miss Suède 1950, dont un de ses partenaires disait que ses parents auraient mérité le prix Nobel de l’architecture !

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Je ne me lasse pas de voir et revoir cette scène somptueuse en noir et blanc qui appartient à la légende du septième art : « Marcello, come here ! » Qui n’a pas rêvé d’être Mastroianni à ce moment ? J’apprends que cette séquence s’inspire d’un fait divers réel survenu quelques mois auparavant. Dans une vitrine, un exemplaire d’Il Tempo daté de 1958, montre, en effet, quelques photographies de la pin up scandinave, vêtue d’une robe blanche cette fois, se rafraîchissant dans la célèbre fontaine à l’occasion d’une de ses folles nuits romaines. Anita Ekberg et Marcello Mastroianni font partie des couples mythiques de l’histoire du cinéma et pourtant, à aucun moment, leurs lèvres se rejoignent. Vingt-sept ans plus tard, par un artifice dont il a le secret, Fellini scellera enfin un vrai baiser en modifiant dans Intervista la scène de la fontaine projetée au duo d’acteurs vieillis. Dans Nous nous sommes tant aimés où les clins d’œil aux chefs-d’œuvre du cinéma sont nombreux, Ettore Scola reconstitue les répétitions nocturnes de La Dolce Vita, autour de la fontaine de Trevi, avec Mastroianni et Fellini dans leur propre rôle. Finalement, deux scènes brûlantes avec Marcello et le docteur Antonio (encore qu’en la circonstance, il s’agisse de son image) auront fait la gloire de la pin up suédoise dont la plastique s’étalait sur les couvertures de la nouvelle presse magazine de l’époque comme en atteste ici tout un pan de mur. Elle fut en quelque sorte l’incarnation d’une certaine futilité de l’évolution des mœurs que dénonçait justement Fellini. On la retrouve évidemment au premier étage, dans La Cité des femmes, une des grandes thématiques de l’exposition, au sens plus général que le film éponyme réalisé par Federico en 1979. Toutes les muses felliniennes sont présentes sous l’œil charmeur de Marcello Mastroianni qu’on rencontre partout, et pour cause, il apparut dans six films de son réalisateur fétiche. On y croise Claudia Cardinale, la jeune fille au verre d’eau rêvée dans 81/2, son seul film avec Fellini, Anouk Aimée et bien sûr, la muse de ses muses, Giulietta Masina, son actrice fétiche et son unique épouse durant cinquante ans. Je fonds devant un dessin crayonné par lui, plein de tendresse et de poésie, présageant la Gelsomina, le merveilleux clown de La Strada . L’immense Charlie Chaplin dira qu’elle était l’actrice qu’il admirait le plus, la seule qui l’ait fait pleurer !

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Comme beaucoup d’italiens, Fellini aime les femmes et est obsédé par la féminité dont il caricature outrageusement les attributs. Des prostituées aux formes animales et nourricières apparaissent de manière récurrente dans son cinéma, « réminiscence d’une adolescence italienne frustrée par les prêtres, l’Église, la famille et une éducation désastreuse ». Ces femmes opulentes tout en rondeurs, n’ont rien de négatif. Au contraire, leur embonpoint promet douceur, chaleur et protection. Quelques photos font la part belle à la puissance mammaire de la buraliste d’Amarcord ainsi qu’à la Saraghina de 81/2 : « La Saraghina était une prostituée gigantesque, la première que j’ai vue dans ma vie, sur la plage pendant mes vacances d’été. On l’appelait ainsi parce que les marins obtenaient ses faveurs contre des sardines. » Il n’empêche que la grâce l’atteint lorsque son corps s’anime aux accents d’une rumba de Nino Rota pour le plus grand bonheur des enfants ! Il faut que deux prêtres rappliquent pour que cessent ces instants de poésie.

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Certains disent que 81/2 est l’âge auquel Fellini aurait commis sa première masturbation devant la vraie Saraghina ; d’autres interprétations avancent que ce serait l’ouverture du diaphragme de l’objectif pour une lumière idéale sur la plage. Allez savoir avec Federico qui reconnaissait être un grand rêveur mais aussi un grand menteur ! D’ailleurs, il contredisait ceux qui avançaient que ses films étaient construits sur la mémoire des souvenirs, préférant s’en inventer en puisant dans une mémoire faite de souvenirs qui n’existent pas. De l’autre côté de la cloison, dans le ciel de l’écran, surgit un hélicoptère transportant une statue du Christ au bout d’un filin. Il survole les ruines de l’aqueduc situé à proximité des studios de Cinecittà, suivi par un autre hélicoptère dans lequel ont pris place Marcello Mastroianni, le journaliste chargé de couvrir l’événement en compagnie du fameux photographe de presse people monsieur Paparazzo. Le bruit des engins attire le regard de quatre jeunes femmes en bikini prenant le soleil sur la terrasse de leur immeuble. Bientôt, le Christ rédempteur parvient au-dessus de la place Saint Pierre et de la basilique. Au plan suivant, trois pseudo divinités effectuent un numéro de culturisme dans un cabaret à la mode. . Le ton est donné ! Il s’agit là de la scène d’ouverture de La Dolce Vita jugée tellement blasphématoire que l’Espagne catholique de Franco la censura. À côté de l’écran, quelques illustrations du Domenica del Corriere montrent trois ans plus tôt, l’amarrage d’une statue du Christ à un hélicoptère identique en présence d’un cortège d’ecclésiastiques, place du Dôme à Milan. Comme pour la séquence de la fontaine, ce qui apparaît comme une extravagance fellinienne, puise en fait son origine dans des faits avérés. Il en est de même encore pour la scène du miracle. Fellini ingurgite des événements qui firent la une de l’actualité avant que sa folie créatrice les transfigure. On reste finalement souvent dans le réel mais vu à travers le prisme grossissant ou plutôt caricaturant du regard du maître qui livre sa perception de la réalité. Accrochées aux cimaises, de splendides photographies de plateau en noir et blanc montrent Fellini dirigeant ses acteurs. Il tente d’obtenir d’eux une attitude ou une émotion. Il le fait avec une telle ferveur et une telle justesse qu’il semble être acteur lui-même dans le film. Je découvre que Fellini n’était pas un adepte de la prise de son directe et que le travail sur les dialogues s’effectuait en post production du tournage. Faisant appel souvent à des acteurs non professionnels, il préfère les faire compter pour qu’ils n’aient pas le souci de se souvenir du texte : « Compte jusqu’à six lentement avec amertume puis continue jusqu’à vingt-neuf, mais avec une nuance de mépris en plus » ! Insensiblement, je me rapproche de la sortie ; mon regard cherche en vain une vitrine où seraient exposés quelques costumes. Je garde du musée florentin, la délicieuse émotion de contempler des tenues extravagantes de Fellini Roma. Je fais contre mauvaise fortune bon cœur en feuilletant des yeux quelques planches du Livre des rêves. Dès 1960, son psychanalyste encouragea le cinéaste à retranscrire ses rêves par le dessin. Ainsi pendant trente ans, avec ses feutres ou la gouache, Fellini coucha ses obsessions et ses angoisses dans des albums aux couleurs superbes. Il est des dessins savoureusement felliniens. Ainsi, tandis qu’il survole la plage de Riccione, en montgolfière, avec le pape Paul VI, voilà qu’apparaît « une merveilleuse créature en maillot de bain, plus forte et plus grande que le Mont Blanc, qui de sa très belle bouche moelleuse, remplit le ciel azur de nuages blancs à chacun de ses  oh d’émerveillement » ! À la sortie de l’exposition, en surplomb de la place de la Concorde, encore dans mes rêves, je transpose un instant la scène finale de 81/2, avec Fellini lui-même sous les traits de son double Marcello Mastroianni, et tous les personnages qui font son merveilleux cinéma, acteurs célèbres, inconnus grotesques, femmes opulentes, hommes d’église, clowns, dans une farandole autour de l’obélisque au son des cuivres de la sautillante musique de Nino Rota.

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La pluie froide me ramène à la réalité. Puisse l’hiver brûler bientôt. Je me souviens, Amarcord en dialecte de Romagne, Fellini y décline des souvenirs d’enfance, la traditionnelle fête de la fogazza de la Saint Joseph où l’on flambe toutes les vieilleries sur la place du village, la cloche qui tinte, le vent qui fait voleter les manines, les spores duveteuses des peupliers, annonciatrices du printemps. Que nous revienne ce cinéma paradiso tant mis à mal par l’omnipotente télévision !

Rive gauche à  Paris: de Saint-Germain des Prés au Pont des Arts

Ce jour-là, après ma plongée dans le monde merveilleux de la fête foraine sur la rive droite (voir billet du 5 janvier 2010), j’ai traversé la Seine pour une immersion culturelle entre Saint-Germain des Prés et le pont des Arts.

« Les chansons de Prévert me reviennent
De tous les souffleurs de vers… laine
Du vieux Ferré les cris de la tempête
Boris Vian s’écrit à la trompette
Rive gauche à Paris … »

Au-delà de son acception géographique désignant les quartiers au sud du fleuve (car vous le savez, la Seine vient du plateau de Langres à l’est et coule vers la Normandie jusqu’au Havre !) Rive gauche était un mode de vie, une manière d’être et de penser caractérisant les milieux artistiques et intellectuels concentrés dans les cinquième et sixième arrondissements. J’emploie l’imparfait même si on y trouve aujourd’hui encore un style bobo, bourgeois bohême.
Il est midi et j’envisage pour l’instant quelques nourritures terrestres avant de me consacrer à celles de l’esprit. Quoique ! Créé en 1686 par un gentilhomme de Palerme, Francesco Procopio del Coltelli, le Procope où je commande un plateau de fruits de mer, est une véritable institution qui devint rapidement l’un des cafés littéraires et philosophiques les plus courus. Ici, ce n’est pas de la brève mais de l’éternelle de comptoir !

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Probablement, il profita à son ouverture de la présence juste en face (à l’actuel numéro 14 de la rue de l’Ancienne-Comédie et pour cause), de la Comédie Française avant qu’elle ne déménageât vers le Palais Royal. Auteurs, acteurs et critiques de théâtre s’y croisent à la sortie des représentations.
« Je m’ennuyai tellement à la première que je ne pus tenir jusqu’à la fin et, sortant du spectacle, j’entrai au café de Procope … Là je dis hautement mon peccavi, m’avouant humblement ou fièrement l’auteur de la pièce, et en parlant comme tout le monde en pensait. » Ainsi, se confesse Jean-Jacques Rousseau au soir de la première de sa pièce Narcisse. Plus heureux, il y fêtera plus tard le succès du Devin du village.
La légende prétend que Voltaire fut un pilier de ce bistrot ! On y admire encore un buste de lui ainsi que le bureau de marbre roux sur lequel il écrivit notamment sans doute sa comédie L’Écossaise ou le café sous le pseudonyme du pasteur Hume. À travers le personnage de Frelon, il y ridiculise un de ses pires détracteurs, Fréron critique de L’Année littéraire.

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Dans les commodités, ainsi sont signalisées ici les toilettes, à défaut de lire d’un derrière distrait quelque magazine vantant les peines de cœur des people, les hommes peuvent méditer sur une citation écrite au mur, tirée de sa pièce Le Dépositaire (tout un programme en ce lieu !) : « Les femmes sont comme les girouettes, quand elles sont rouillées elle se fixent. » Retrouvant par bonheur ma compagne là où je l’avais laissée, je ne saurais malgré tout en déduire tout commentaire hâtif et offensant ! Pardonnez mes élucubrations de bas étage, je n’appartiens pas au Siècle des Lumières !
Dans une de ses Lettres persanes, Montesquieu décrit le Procope comme un lieu « où l’on apprête le café de telle manière qu’il donne de l’esprit à ceux qui en prennent ». Quelque peu visionnaire, il affirme aussi : « Si j’étais souverain de ce pays, je fermerais les cafés car ceux qui fréquentent ces endroits, s’y échauffent fâcheusement la cervelle. »
C’est bientôt le cas de Danton, Marat et Robespierre qui ont leurs habitudes au Procope. Le bonnet phrygien, symbole de la liberté et du civisme, y est exhibé pour la première fois et, le 17 août 1792, le mot d’ordre d’attaque du palais des Tuileries est lancé de là. Clin d’œil à l’Histoire, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen figure sur les murs d’une des salles et j’y reviens, les toilettes distinguent sur leurs portes, les citoyennes des citoyens !
Une plaque extérieure atteste que l’estaminet fut fréquenté aussi par Jean de La Fontaine, les encyclopédistes Diderot et d’Alembert, Benjamin Franklin qui y aurait rédigé quelques éléments de la future Constitution des Etats-Unis, Napoléon Bonaparte dont un bicorne dans une vitrine vous salue à l’entrée, Honoré de Balzac, par Victor Hugo qui le cite dans son roman Quatre-vingt-treize, par Léon Gambetta futur président du Conseil, par Alphonse Daudet, Verlaine et Anatole France.
Une citation de Camille Desmoulins rappelle que « ce café est paré du souvenir de grands hommes qui l’ont fréquenté et dont les ouvrages en couvriraient les murs s’ils y étaient rangés ». Heureux hasard, notre table se trouve dans le coin dit la bibliothèque aux murs tapissés de planches d’herbiers et d’étagères remplies de vieux ouvrages.
De-ci delà, des inscriptions en laiton informent les clients des illustres prédécesseurs qui déjeunèrent à leur table. Au rythme où nos gouvernants démantèlent l’enseignement notamment de l’histoire, les jeunes générations ignoreront bientôt ceux qui firent la vie intellectuelle et artistique des siècles passés et la promenade que je vous propose, n’offrira que profond ennui à leurs yeux. Cela me rappelle la parodie par Les Inconnus, d’un quiz télévisé où les candidats sont invités à citer quatre grands personnages de l’histoire de France. Oubliant superbement les illustres « remplaçants » cités plus haut, ils déclinent les joueurs de l’équipe de France de football de l’époque, Platini, Giresse, Tigana et Fernandez ! Zola, Benzema, même combat ?
Je peux sinon rêver du moins plaisanter et imaginer que dans deux cents ans, une plaque attestera qu’encre violette, valeureux blogueur du début du vingtième siècle, déjeuna ici d’un honnête plateau de fruits de mer ! Cela ne semble pas être le cas d’un couple de vieux acariâtres très rive droite qui se plaint à la sortie de la taille modeste de leur demi homard !
La goujaterie est bonne conseillère puisque l’hôtesse à la réception ôte de la note la bouteille de vin. Cela me démange de leur suggérer le restaurant Le Vinci pour y déguster cet excellent crustacé … Le homard du Vinci, c’est bien connu !!!
Pardonnez mon pitoyable calembour qui me sert de préface à l’un des maîtres de ces exercices de style, l’immense Antoine Blondin qui vécut pendant un demi siècle entre le quai Voltaire et la rue Mazarine que j’emprunte maintenant. Si, à force de me lire, vous êtes désormais familiers des jeux de mots dont l’écrivain parsemait ses chroniques sur le Tour de France, vous ignorez par contre peut-être qu’il fut un remarquable spécialiste des préfaces et en rédigea plus d’une centaine, de Goethe et Les souffrances du jeune Werther à Verlaine et La Bonne Chanson en passant par la Vélobiographie de Louison Bobet ( !).
Avant que je parvienne à l’Académie Française dont le dôme resplendit sous le soleil d’hiver, dans la perspective, je contemple les nombreuses galeries d’art qui ont pignon sur la rue Mazarine.

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Hédoniste dans l’âme, mon œil est attiré dans l’une d’elles, par un enivrant tableau à la gloire de quelques grands crus de châteaux du Bordelais quoique le Pétrus, trop grand seigneur pour porter un titre, ne mentionne pas sur son étiquette l’appellation habituelle de château … mais de cela, je vous entretiendrai peut-être un jour.
Au quotidien, l’ami Blondin, j‘y viens, préférait l’astringence d’un petit blanc dans l’arrière-salle du Rubens, un modeste café sis au numéro 19 de la rue, dont il avait fait son quartier général et son bureau. Depuis quelques années, l’enseigne a cédé la place à une nouvelle galerie d’art. Ma pensée ne cesse de vagabonder malgré tout chaque fois que je passe devant. C’est là qu’avant de faire le singe savant en été sur les routes du Tour de France avec ses savoureuses chroniques, il écrivit son roman Un singe en hiver qui obtint le Prix Interallié 1959 avant de devenir un film truculent :
« – Ah parce que tu mélanges tout ça, toi ! Mon espagnol, comme tu dis, et le père Bardasse. Les Grands Ducs et les boit-sans-soif.
- Les grands ducs…
- Oui monsieur, les princes de la cuite, les seigneurs, ceux avec qui tu buvais le coup dans le temps et qu’on toujours fait verre à part. Dis-toi bien que tes clients et toi, ils vous laissent à vos putasseries, les seigneurs. Ils sont à cent mille verres de vous. Eux, ils tutoient les anges !
- Excuse-moi mais nous autres, on est encore capable de tenir le litre sans se prendre pour Dieu le Père.
- Mais c’est bien ce que je vous reproche. Vous avez le vin petit et la cuite mesquine. Dans le fond vous méritez pas de boire. Tu te demandes pourquoi y picole l’espagnol ? C’est pour essayer d’oublier des pignoufs comme vous. »

L’ivresse des mots de Blondin adaptés par Audiard dans la bouche de Gabin !
Comme Gabriel Fouquet, l’espagnol, alias Jean-Paul Belmondo, qui noie ses déceptions sentimentales dans l’alcool et rêve de tauromachie, Blondin, des soirs de cuite, transformait la rue Mazarine en arène et jouait à la corrida improvisant d’audacieuses véroniques. « Un manteau, une voiture, olé ! »

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Ne vous méprenez pas, Antoine Blondin, admirable ivrogne, était avant tout un écrivain étincelant, compagnon de Roger Nimier, Jacques Laurent, Michel Déon, la fameuse bande des Hussards (en référence au roman de Nimier Le Hussard bleu) à la sortie de la seconde guerre mondiale, dans les brisées de Paul Morand.
« J’ai grandi parmi les miens dans une rare aisance intellectuelle. Le roman, la poésie, la chanson régnaient à la maison. On échangeait les citations avec le sel et le pain. »
En effet, sa mère Germaine était poète, elle-même descendante de Jean Casimir-Perrier, président de la République durant six mois en 1894 « avant de démissionner pour aller claquer son argent avec les admirables putes de l’époque » (Blondin dans le texte) !
« Il n’y a que dix-sept maisons sur le quai Voltaire, au 33 il y avait moi. Au 29, Voltaire ; après Montherlant ; après mon hôtel. J’y couchais –et ça ce n’était pas rien- dans la chambre de Wagner, et je savais qu’au-dessus, on avait parfois entendu crier Byron, ce qui n’était pas mal. Après on tombe sur la maison d’édition, et immédiatement après c’est l’Académie. Quand même … »
On lui reconnaissait des sympathies et des idées droitières mais en fait, avec son goût pour la provocation, il était surtout prêt à défendre tout ce qui contribuait à ce qu’on lui foute la paix. Il avouait n’avoir voté qu’à quatre reprises et à chaque fois pour le même homme, François Mitterrand, puis ajoutait : « Est-il de droite, est-il de gauche ? Personne ne saurait le dire, pas même lui. Enfin, en principe, il est socialiste. Mais il a été de l’Action française » !!! Il aimait aussi conter le voyage qu’il effectua dans l’Allier en mai 1968 avec celui qui n’était pas encore président de la République, au cours duquel il harangua la foule à la tribune : « Vichyssois, vous êtes des cons, parce que vous oubliez avoir été des Vichyssois du temps de Pétain, vous êtes des dégueulasses. » !
Même si elle transparaît peu dans ses romans, « l’amitié aura été son manteau ». À celle qui deviendra sa seconde épouse, il déclarait : « Je ne vous ferai pas vivre dans le luxe, mais je vous ferai connaître mes amis », sa vraie richesse. Quand on compte parmi eux, toutes époques et genres confondus, Voltaire, Jules Renard, Marcel Aymé, Paul Morand, Roger Nimier, le cycliste Jacques Anquetil et le rugbyman Guy Boniface, « c’est qu’on est soi-même capable d’inspirer des sentiments chaleureux et durables ».
Je saisis son immense talent lorsque je besogne devant mon clavier pour vous livrer mes petits carnets de vie ; lui, il s’arrêtait de boire et, reclus dans une chambre d’hôtel ou au fond d’un café, il rédigeait sans brouillon, d’une belle écriture calligraphiée sur un cahier d’écolier, pendant vingt-huit jours au-delà desquels il remisait son crayon gras, ce qui explique parfois les fins bizarres de ses romans.
Je vous encourage vivement à découvrir sa plume brillante et délicieuse en vous procurant pour une trentaine d’euros ses œuvres presque intégrales dans la collection Bouquins chez Robert Laffont ou à défaut quelques uns de ses romans édités en Livre de Poche ou chez Folio.

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Je pourrais m’asseoir sur un des bancs de pierre en forme de livre ouvert dans le tranquille square Gabriel Pierné, à l’ombre de la coupole de l’Académie et, intarissable sur le sujet, poursuivre mes propos laudateurs sur ce génial « flâneur de la rive gauche ».
Il aurait adoré justement entrer à l’Académie française mais, disait-il malicieusement , « il y a cinq cafés entre mon appartement et l’institut, je n’y arriverai jamais. L’habit vert m’irait extrêmement bien mais comme j’habite à cent cinquante mètres, je laisserais mon épée dans le premier bistrot, mon bicorne dans le second et j’arriverais en caleçon là-bas » !
« Son » ami Voltaire écrivit : « L’Académie française est l’objet secret des vœux des gens de lettres ; c’est une maîtresse pour laquelle ils font des chansons et des épigrammes jusqu’à ce qu’ils aient obtenu ses faveurs, et qu’ils négligent dès qu’ils en ont la possession ». Recalé en 1732, il y entra finalement quatorze ans plus tard.
Pour la postérité, Voltaire a donné son nom, à Paris, à un grand boulevard, une place, une station de métro et sa statue trône dans le minuscule square Honoré Champion juste derrière la vénérable assemblée où siègent les quarante « immortels » parmi lesquels un pseudo prétendu amant de la princesse Lady Diana ! Revêtu d’une cape, il tient dans ses mains le Dictionnaire philosophique du Siècle des Lumières.

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Blondin connut évidemment celle en bronze du sculpteur Caillé, inaugurée en 1885 sur le quai Malaquais et refondue en 1942. Au lendemain de la guerre, l’État français passa commande d’une nouvelle effigie en pierre auprès de Léon Drivier qui devait être reposée sur l’ancien socle. D’oiseuses considérations esthétiques et politiques reléguèrent finalement en 1962 ( !) l’ermite de Ferney, plus en retrait, dans son coin de verdure confidentiel.

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Il y a pour compagnon Charles-Louis de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu, avec lequel il s’entretient peut-être de son essai sur le Goût de l’Encyclopédie dont il acheva la rédaction après sa mort :
« Lorsque nous trouvons du plaisir à voir une chose avec une utilité pour nous, nous disons qu’elle est bonne ; lorsque nous trouvons du plaisir à la voir sans que nous y démêlions une utilité présente, nous l’appelons belle. »
Saviez-vous mesdames que lorsque certains parlent de vous avec goujaterie, ils citent Montesquieu en toute ignorance probablement !

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À quelques dizaines de mètres de là, une plaque apposée sur la façade d’un vieil immeuble aujourd’hui restaurant, témoigne que Voltaire y naquit et mourut. Juste à côté, se trouve l’hôtel du quai Voltaire cher à Blondin. Quelques vers tirés du poème Le crépuscule du matin dans Les Fleurs du Mal, rendent hommage à Charles Baudelaire qui y séjourna également :

« L’aurore grelottante en robe rose et verte
S’avançait lentement sur la Seine déserte,
Et le sombre Paris, en se frottant les yeux,
Empoignait ses outils, vieillard laborieux. »

À un jet de pierre, deux agents de la paix en faction gardent l’entrée d’un hôtel particulier où réside Jacques Chirac ex président de la République. J’ignore s’il s’agit d’un clin d’œil à son goût prononcé pour cette bière mexicaine mais presque en face, de l’autre côté de la Seine, une brasserie a pour enseigne Le Corona !

« La vie c’est du théâtre et des souvenirs
Et nous sommes opiniâtres à ne pas mourir
À traîner sur les berges venez voir
On dirait Jane et Serge sur le pont des arts »
Rive gauche à Paris … »

Alain Souchon ne croit pas si bien dire. En effet, à quelques pas de son domicile à la façade toujours taguée d’hommages, Gainsbourg est là au bord de la Seine, fumeur de gitanes sur une colonne Morris, un de ces supports d’affichage créés en 1868 par l’imprimeur Gabriel Morris.

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Je ne comprends d’ailleurs pas trop la folie éditoriale à laquelle nous assistons ces jours-ci avec la sortie quasi simultanée de plusieurs films et ouvrages. Certes, quand on aime, on ne compte pas, dit l’adage mais à vouloir dans une stratégie de communication, devancer la concurrence, on célèbre plus d’un an avant, le vingtième anniversaire de la disparition de l’homme à la tête de chou survenue le 2 mars 1991 !
On situe symboliquement sur ce pont en 1963, le passage du petit pianiste du cabaret de travestis Milord l’arsouille au pied de la butte Montmartre, de l’autre côté du fleuve, à Saint-Germain des Prés, au bras de La Javanaise qu’il écrit pour Juliette Gréco, l’égérie de Boris Vian.

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Me voici au pied des marches du pont des Arts, but ultime de ma déambulation : « Ce lieu du monde, unique et prestigieux, qui hantait ses pensées, nourrissait ses rêves, exaltait son âme : le pont des Arts. » Cette citation extraite de sa nouvelle La Marche à l’Étoile, est gravée à la mémoire de l’écrivain et grand résistant Jean Bruller connu sous le pseudonyme de Vercors du nom d’un massif montagneux et d’un célèbre maquis. Il créa les Éditions de Minuit où il publia son œuvre majeure Le Silence de la mer, le plus beau livre de la France occupée.

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En fait de pont, il s’agit d’une passerelle réservée aux piétons, construite entre 1801 et 1804, à la demande de Bonaparte alors premier consul. Rappelez-vous Victor Hugo naissait : « Ce siècle avait deux ans ! Rome remplaçait Sparte/Déjà Napoléon pointait sous Bonaparte,/Et du premier consul, déjà par maint endroit,/Le front de l’empereur brisait le masque étroit. » !
Bref, le dit « masque étroit » souhaitait que Paris posséda un pont métallique à l’instar de celui de Colebrockdale en Angleterre, premier du genre. Ainsi l’ouvrage de commande reliait le palais des Arts, aujourd’hui musée du Louvre, à l’école des Beaux Arts installée dans l’ancien collège des Quatre-Nations, aujourd’hui l’Institut.
Surélevé par rapport au niveau des quais, aménagé d’arbustes, de bacs à fleurs et de bancs, il offrait l’aspect d’un jardin suspendu. Comme beaucoup d’autres ponts de Paris à l’époque, pour le franchir, il fallait s’acquitter d’un droit de péage d’un sou.

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Bien que cela n’ait absolument aucun rapport, notre impayable Antoine Blondin, au temps où il occupait une chambre du très chic hôtel du quai Voltaire, eut la farceuse idée de parier douze bouteilles de champagne avec un couple de richissimes sud-américains rencontré évidemment au bar de l’établissement, qu’il pouvait traverser la Seine sans se mouiller les pieds. Pari conclu, il emprunta tout simplement, avec son ami Albert Vidalie, le pont des Arts devant les yeux ébahis des deux touristes incrédules qui s’acquittèrent volontiers de leur dette pétillante… bue sur le champ !
À l’origine, la passerelle comportait neuf arches en fonte avant qu’en 1852, deux d’entre elles côté rive gauche fussent réunies en une seule, suite à des travaux d’élargissement du quai Conti. Fragilisé par des bombardements puis plusieurs collisions de barges, le pont fut fermé à la circulation piétonne au début des années 1970 avant carrément de s’effondrer sur une soixantaine de mètres en 1979. Il est reconstruit entre 1981 et 1984 en respectant globalement l’aspect d’antan. Cependant, il ne possède plus que sept arches désormais en acier, supportant un tablier en bois d’une largeur de onze mètres.

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Fidèle à son nom, il attire peintres et photographes, professionnels ou amateurs, inspirés par les perspectives harmonieuses du fleuve vers le Pont Neuf, et des monuments à ses extrémités. Qui a flâné le long des bouquinistes proches, n’a pas vu au moins une fois le célèbre cliché de Henri Cartier-Bresson représentant le père de l’existentialisme Jean-Paul Sartre sur le pont désert par une journée brumeuse ; de même celle du fox-terrier intrigué par Robert Doisneau.

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Les amoureux des arts mais aussi les amoureux tout court foulent volontiers les planches sacrifiant à un rite très ancien remis au goût du jour depuis la sortie d’un best seller italien dans lequel les deux héros, pour sceller leur amour, accrochent un cadenas gravé de leurs noms à un lampadaire du pont Milvio à Rome avant de jeter la clé dans l’eau du Tibre. Et le premier spécimen de ces lucchetti, les cadenas d’amour, sur lequel je tombe, je vous le donne en mille, affiche mes trois initiales ! Sans doute, le fait d’une lectrice enflammée tombée en pâmoison devant l’auteur de ce blog ! Je peux rêver un instant non ? Et si pour une fois, l’enfer, c’était (pour) les autres !

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La symbolique originelle est un peu différente des initiales et des cœurs que les adolescents creusent dans l’écorce des arbres ; le cadenas oppose en principe son acier indestructible à l’inconstance des amants et aucun éventuel autre prétendant ne pourra retrouver la clé emportée par les eaux du fleuve. Il y a bien quelques cadenas à combinaison mais la loi des probabilités ne devrait pas entamer la sérénité des jeunes gens épris !

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Ich liebe dich, I love you, te quiero, ti amo, ya tibya loublyou (c’est du russe), l’amour se décline ici en toutes les langues ; j’aurais pu au temps de mon aventure mexicaine, graver jag älskar dig pour les beaux yeux d’une suédoise mais … il n’y a pas de pont à Mexico City, on va raconter l’histoire ainsi !
Abus, Master, Unity, je souris aux connotations engendrées par les marques des cadenas. Avec humour, l’un d’eux prône l’amour vache, un autre d’un touriste brésilien honore l’amour du football et du club carioca de Flamengo.

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Au bout du pont, rive gauche oblige, je fais demi tour afin de ne pas être hors sujet ! Droit vers l’Institut de France qui abrite cinq académies : l’Académie française fondée en 1635 par le cardinal de Richelieu ; l’Académie des inscriptions et belles-lettres, l’Académie des Sciences, l’Académie des Sciences morales et politiques et l’Académie des Beaux-Arts.

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L’Institut ne s’est installé en ces lieux qu’en 1805, investissant alors les locaux du collège des Quatre-Nations édifié entre 1662 et 1688 selon les vœux testamentaires de Mazarin.
Le cardinal avait souhaité la fondation de cet établissement destiné à l’instruction gratuite de soixante écoliers étrangers, enfants de gentilshommes, originaires des quatre « nations » rattachées à l’obédience royale par le traité de Westphalie (1648) et la paix des Pyrénées (1659) : Flandres-Artois, Alsace, Roussillon-Cerdagne, le territoire dauphinois de Pignerol.
Avec son institut d’assimilation nationale, Mazarin, il y a trois siècles et demi, suggérait quelques idées à nos gouvernants englués si médiocrement dans leurs problèmes d’identité et d’identification nationales. Mais il est vrai qu’ils connaissent mal l’Histoire au point même d’envisager de rayer cette discipline de certains programmes scolaires !

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Colbert désigne Le Vau, premier architecte du roi, qui souhaite inscrire le collège dans un vaste ensemble monumental incluant aussi le Louvre. Dans le projet, figurait la construction d’un pont reliant les deux édifices. Ainsi le pont de la Paix en référence à la Paix des Pyrénées signée peu avant, est en quelque sorte, l’ancêtre virtuel de l’actuelle passerelle des Arts.
Louis Le Vau pour mener à bien sa tâche, doit aussi composer avec le tracé sinueux de la berge et la présence de la célèbre Tour de Nesle intégrée à l’ancienne enceinte de Paris édifiée au XIIIème siècle. Alexandre Dumas dans sa pièce de théâtre éponyme ainsi que Maurice Druon, « immortel » récemment décédé, dans sa saga des Rois maudits, ont popularisé les orgies et les meurtres perpétrés par la reine Marguerite de Bourgogne. Les parties fines de sa majesté et de ses belles-sœurs, toutes trois brus de Philippe le Bel, s’achevaient funestement pour leurs amants d’un soir qu’elles ficelaient dans un sac avant de les précipiter dans la Seine.
La troupe des Monty Python qui prend avec tant de talent des largesses avec la vérité historique, pourrait imaginer une séquence de film dans laquelle, au petit matin, les amoureux du pont des Arts verraient flotter sous leurs pieds quelques sacs de jute jetés de la tour en amont !

« …Semblablement, où est la reine
Qui commanda que Buridan
Fût jeté en un sac en Seine ?
Mais où sont les neiges d’antan ? … »

Souvenez-vous au collège, le vôtre pas celui de Mazarin, de la Ballade des dames du temps jadis dans laquelle nous emmenait François Villon avant que Georges Brassens ne la chantât.
Le sieur Buridan, philosophe et docteur en scolastique dont, ce n’est pas le moindre des paradoxes, on connaît mieux l’âne, accusé légendairement d’avoir eu un commerce coupable avec la reine nymphomane, ne dut son salut qu’à ses élèves qui positionnèrent en contrebas de la tour, une barque de foin pour amortir la chute.
Je quitte l’âne, un instant, pour retrouver Le Vau qui flatta probablement les origines italiennes de Mazarin, avec son projet d’inspiration indiscutablement romaine et l’architecture de la place en hémicycle, accessible par trois guichets, la chapelle au centre, et les ailes basses en quart de cercle.

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C’est sous la Coupole de la chapelle que siègent aujourd’hui les académiciens lors des séances solennelles d’intronisation.
Le cardinal Mazarin légua par testament sa très riche bibliothèque au collège des Quatre-Nations. Plus de trois siècles après, la bibliothèque Mazarine, la plus ancienne bibliothèque publique de France, occupe toujours l’aile est de l’Institut. Vous savez aussi désormais pourquoi un ancien chef d’état amoureux des belles lettres, appela sa fille du nom de cet édifice.
Tout près de là, le marquis de Condorcet, autre grand penseur du XVIIIème siècle, secrétaire de l’Académie française et de celle des Sciences, médite devant le défilé des touristes et des automobiles sur le quai Conti.

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Précurseur de Jules Ferry avec ses travaux et réflexions sur l’instruction publique, rédacteur de l’article De l’admission des femmes au droit de cité dans lequel il est favorable à ce qu’elles votent (ce n’était pas gagné, il faudra attendre … le 21 avril 1944 !), théoricien des systèmes de votes (sans tripatouillage et découpage des circonscriptions !), auteur de l’Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain, que doit-il penser du spectacle souvent affligeant que nous lui offrons en ce début de vingt et unième siècle ?
Lors des cérémonies du Bicentenaire de la Révolution, François Mitterrand honora la mémoire de Condorcet en transférant ses cendres au Panthéon, de manière symbolique car nul ne savait plus où il reposait. En effet, proscrit sous la Terreur, arrêté et emprisonné à Bourg-Égalité (aujourd’hui Bourg-la-Reine), le marquis s’empoisonna probablement dans sa cellule pour échapper à l’échafaud en mars 1794 et fut inhumé et jeté dans la fosse commune du cimetière désaffecté depuis longtemps. Il ne faisait pas trop bon bien penser en ce temps-là ; nous sommes en progrès sur ce plan, du moins dans nos contrées !

« Si, par hasard
Sur l’Pont des Arts
Tu croises le vent, le vent fripon
Prudence, prends garde à ton jupon
Si, par hasard
Sur l’Pont des Arts
Tu croises le vent, le vent maraud
Prudent, prends garde à ton chapeau… »

Ce n’est pas le vent mais une bise glaciale qui me chasse en cette fin d’après-midi. Comme chemin du retour, prends-je à nouveau la rue Mazarine ou la rue de Seine ? Me voilà indécis devant ce futile dilemme semblable à celui que l’âne de Buridan poussa tellement à l’absurde qu’on le connaît sous le nom de paradoxe : il mourut de soif pour n’avoir su choisir entre son picotin d’avoine et son seau d’eau !
Étant là à vous écrire, vous avez compris que je suis sorti de mon embarras … en empruntant la rue de Seine également bordée de nombreuses galeries d’art. Au passage, je jette encore un œil à Carolina, une élégante sculpture en bronze dans le square Gabriel Pierné. Peut-être subjugué par le déhanché de la danseuse, un cantonnier, à défaut de cadenas, lui a lié les pieds avec un ruban de signalisation pour travaux !

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Léo Ferré fredonne dans ma tête :

« …Vous qui passez rue de l’Abbaye,
Rue Saint-Benoît, rue Visconti,
Près de la Seine
Regardez le monsieur qui sourit
C’est Jean Racine ou Valéry
Peut-être Verlaine
Alors vous comprendrez
Gens de passage
Pourquoi ces grands fauchés
Font du tapage
C’est bête,
Il fallait y penser,
Saluons-les
À Saint-Germain-des-Prés. »

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Publié dans:Ma Douce France |on 18 janvier, 2010 |Pas de commentaires »

Mano Solo est rentré au port … sans voiles

La vie est belle ce dimanche matin dans mon pays : une marmaille chaudement emmitouflée rebondit en luge sur le ventre enneigé des éléphants que sont les buttes artificielles du parc voisin.
Ce dimanche soir, à l’heure où ces enfants vont se coucher, le présentateur du journal télévisé annonce laconiquement la mort du chanteur Mano Solo. Il fut beaucoup plus loquace, il y a quelques jours, à propos des disques vertébraux de Johnny. Je pleure. Pas belle la vie, na !

http://www.dailymotion.com/video/xpda2

«… Et je sais que c’est en vain que je dévore la route
Pour chaque soir étaler mes croûtes.
Mais tu n’es pas dans la salle
C’est sur une autre scène
Que tu déballes tes oripeaux et ton pipeau
Et je sais que c’est en vain, y a plus que des villes
Sans fleuve, des pays sans femme et sans chien
Y a plus que des ports sans voiles et des métros sans bouches…

C’était en 1995, au temps de son album Les Années sombres dans la foulée des Nuits fauves film culte de l’époque. De sa voix éraillée, poignante, vibrante, Mano criait la révolte d’une génération en proie à la détresse due au virus du sida dont il était atteint lui-même..
Puis il tailla sa route durant quinze années gris foncé ou gris clair selon que le crabe qui le rongeait, en pinçait plus ou moins pour lui.
Ignoblement, quelques journalistes trouvaient ses chansons moins efficaces lorsque la maladie lui laissait quelque répit. Qu’écriront-ils maintenant ?
Cher lecteur, je vous propose de lire ou relire mes mots à maux (2) du 22 octobre 2009 consacrés exclusivement à ce sublime écorché vif de la chanson.
Miracle et talent de cet artiste poète qui chantait l’amour et la mort avec une telle rage de vivre que lors de ses concerts, le public heureux guinchait sur ses musiques endiablées aux accents latino, manouche, africain ou musette.
On avait envie de l’accompagner dans ses errances au bord du canal Saint-Martin, rue Botzaris vers le parc des Buttes-Chaumont ou sur les boulevards de Paris, entre Barbès et Clichy, le nez dans le caniveau, c’est la faute à Mano !
Comme Renaud, il chantait avec tendresse les enfants, les fées, les mamans, les évincés de la société tels « les habitants du feu rouge ».

http://www.dailymotion.com/video/x12qai

« …Moi tu vois avant d’crever
J’voudrais laisser couler
D’la morve d’un petit nez
Un p’tit sourire
Un p’tit bout d’éternité … »

Putain de sida qui ne lui aura pas donné cette joie !
« Dis-moi qu’un oiseau viendra me rassurer de son indifférence. Tout va bien me dira-t-il, il est juste grand temps de pourrir … »
Comme il le chantait dans son dernier album, Mano est rentré au port … malheureusement sans voiles. L’âme et le corps enfin apaisés, trouve là où tu es, « des pays qui valent le coup avec des moutons qu’on compte à reculons et des serpents charmeurs militants pour l’abolition de la souffrance ».
Quant à nous, faisons bientôt notre petit grand soir, « travail, famille, Sarkozy, c’est la compassion pour les nantis » : « Un soir dans le vent, je rejoindrai les partisans de ceux qui ont de l’amour pour la vie ; un soir dans la nuit, il suffira d’un instant pour comprendre la force d’être unis ».
Effectivement, « la vie c’est pas du gâteau ». Mano n’a jamais eu la fève, ni ne fut jamais roi mais, prince des ténèbres sidaïques, il demeurera un prince de la chanson. Bashung, Mano Solo, Renaud mort-vivant de l’alcool, arrêtez le massacre !

Publié dans:Coups de coeur |on 11 janvier, 2010 |2 Commentaires »

Jours de fête … Du musée des arts forains au Grand Palais

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Trois chevaux de bois piaffant à l’entrée du musée des arts forains me rappellent ceux juchés sur la roulotte derrière laquelle sautille de bonheur un enfant en ouverture de Jour de fête, le savoureux film de Jacques Tati : les forains débarquent au cœur d’un été des années 1940 pour la fête annuelle d’un petit bourg de la France profonde.
Ce dimanche de septembre, ça va être la fête à Bercy et la file d’attente s’allonge devant les anciens entrepôts de vin où un antiquaire passionné, Jean-Paul Favant a installé depuis 1996 ses magnifiques collections d’art forain. Les occasions de les admirer sont rares car ce musée pourtant magique n’est pas ouvert au public sauf pour des visites de groupes sur demande et quelques réceptions d’entreprises. A la faveur des journées du patrimoine, petits et surtout grands frétillent donc à l’idée de remonter le temps et de goûter au charme suranné d’une fête foraine d’antan. Dans la cour, sommeille une roulotte en tout point semblable à celles qui sillonnaient alors nos provinces.

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Nul besoin d’interminables conciliabules comme pour dresser le chapiteau sur la place du village de Sainte-Sévère, décor du film de Tati, ici le lieu n’a de musée que le nom, il n’y a ni sens de visite ni vitrines, nous pouvons toucher les objets précieux et même monter gratuitement sur les manèges d’époque. A l’entrée, des messieurs en redingote et haut-de-forme nous accueillent puis une charmante hôtesse nous abreuve avec clarté d’une foule d’informations que ma curiosité ne soupçonnait même pas.

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Allez, roulez jeunesse de 7 à 77 ans ! Je retrouve soudain les joies de mon enfance au temps de la fête Brévière (du nom d’un enfant du pays Louis-Henri, graveur de renommée internationale du XIXème siècle) installée peu après la rentrée des classes sur la place de mon bourg natal de Normandie, de la foire Saint-Romain à Rouen, la seconde fête foraine de France, qui se tenait de la fin octobre à la fin novembre, sur les boulevards et la place du Boulingrin avant d’émigrer en 1983 sur les quais de la rive gauche de la Seine. Ma chère maman égrenait des souvenirs émerveillés de cette manifestation qu’elle avait beaucoup fréquentée dans sa propre jeunesse accompagnée de ses parents et de ses sœurs.
Depuis le Moyen Age, si la foire vient du latin feria, jour férié ou jour de fête, la fête foraine est souvent liée au calendrier religieux. Ainsi, Saint Romain, évêque de Rouen au VIIème siècle, est associé à la légende de la gargouille, une espèce de dragon qui hantait les prés Saint-Gervais ; imaginez ma frayeur rétrospective ayant séjourné dans ce quartier durant mes études secondaires ! L’évêque intrépide se mit en tête de terrasser le monstre avec l’aide d’un condamné à mort auquel on promit la vie sauve en cas de succès. La « Gargouille » fut capturée puis brûlée vive (on brûle beaucoup à Rouen !) et le prisonnier libéré. Le bon roi Dagobert accorda alors à l’évêché de Rouen le droit de libérer un criminel une fois par an.
Jadis donc, en souvenir des services légendaires rendus par Saint Romain, le prisonnier délivré brandissait devant le palais des ducs de Normandie, la fierte c’est-à-dire la châsse dans laquelle étaient conservées les reliques du saint.
L’événement attirait une foule importante parmi laquelle des fermiers, des baladins, des conteurs d’histoire, des faiseurs de tours, des montreurs d’animaux : la foire Saint-Romain était née quoiqu’on parla encore longtemps de foire du Pardon. Par la suite, une grande vente de chevaux, bœufs, vaches et moutons se tint chaque 23 octobre, le jour de l’ouverture.
Un acte authentique atteste la présence de Jean-Baptiste Poquelin à Rouen, le 3 novembre 1643. On peut imaginer que le futur grand Molière fit ses premiers pas sur les planches avec la troupe L’Illustre Théâtre durant la foire.
Au fil des siècles, s’efface le caractère religieux de l’événement qui devient un moment de commerce et d’échanges économiques importants. Ainsi, la Louée en Berry, évoque le rassemblement d’ouvriers agricoles en quête d’embauche.
Au XIXème siècle, les spectacles forains tels que théâtres ambulants, parades équestres, ménageries, musées de curiosités anatomiques, s’émancipent et la fête foraine se distingue de la foire commerciale.
La kermesse jouit aussi d’un caractère spirituel et était célébrée chaque année pour commémorer la consécration de l’église. Ce jour-là, les fidèles affluaient pour gagner des indulgences. De même, la ducasse du nord trouve son origine dans les dédicaces que les croyants organisaient pour honorer leurs saints patrons.
Les fidèles trouvaient là l’occasion de se divertir et il ne fallut pas longtemps pour que les réjouissances relèguent au second plan la signification religieuse de ces rassemblements. D’ailleurs, devant l’engouement populaire, la réglementation que les kermesses se déroulassent le même jour, le second dimanche après Pâques, tomba en désuétude afin que chacun puisse s’amuser à celles des villages proches.

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Je me retrouve dans une semi pénombre qui concourt à l’atmosphère de merveilleux. Aux murs ou sur des socles, de magnifiques chevaux de bois peint paradent dignes de véritables statues équestres. Ils témoignent de l’art forain qui fait appel à une multitude de corporations d’artisans au talent d’artistes comme Gustave Bayol, Limonaire et la famille Devos.

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Heureusement, à l’âge d’or des manèges, n’existaient pas encore les technocrates de Bruxelles qui ont la triste et ridicule tendance de tout uniformiser à coup de décrets et réglementations. Ainsi, le cheval de bois britannique incline sa tête vers la gauche et possède une queue en bois tandis que son homologue allemand et européen tourne son museau à droite et est doté d’une queue en crin naturel, je vous en expliquerai la raison ultérieurement. Nos amis anglais ont toujours eu l’âme singulière !

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Les rires des enfants fusent devant le spectacle hilarant de leurs parents qui glissent leur visage au-dessus de caricatures grotesques peintes sur des panneaux en toile ou bois.
Grands et petits s’esclaffent devant les miroirs déformants.
Etonnamment, on retrouve ici un peu de l’esprit originel de la fête foraine d’antan du milieu du XIXème siècle aux années folles d’après la première guerre mondiale, qui servait d’exutoire aux jeunes et anciens, toutes classes sociales confondues, avant l’avènement de la télévision. Bourgeois, ouvriers, gens du monde, militaires, nounous, julots et grisettes venaient s’y encanailler.
Je m’inquiète d’un attroupement autour d’un curieux manège de vélocipèdes datant de 1897 mû uniquement par la vitesse de pédalage des cyclistes de fortune.
Je tends l’oreille pour écouter une guide distinguer les manèges, constitués d’un plateau circulaire tournant horizontalement, des attractions mobiles telles que grande roue, balançoires et autres chenilles.
Ce sont des hommes ou de vrais chevaux les yeux bandés, placés dessous qui entraînent les premiers manèges au début du XIXème siècle. Le progrès technique aidant, à partir des travaux des britanniques Soames puis Savage, une machine à vapeur les entraîne à partir de 1880 avant que la fée électricité ne prenne le relais au début du siècle dernier.

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Ce matin, c’est à la force des jarrets que les grands entraînent leur progéniture dans une folle sarabande, juchés sur des vélocipèdes. Nul besoin d’EPO, plus on est nombreux, plus on va vite ! Pour freiner, il suffit de poser les pieds sur une petite plate-forme située devant le cycle. Et manège anglais oblige, on tourne dans le sens des aiguilles d’une montre. Votre sens de l’observation est-il si aiguisé pour avoir remarqué que la rotation des manèges européens à l’exception de ceux de la perfide Albion, s’effectue dans le sens inverse ? Vous saisissez désormais le motif des différences d’orientation du port de tête des chevaux afin qu’elle soit toujours inclinée vers le public.
Les manèges témoignent de l’esprit forain à l’écoute des nouvelles inventions, de l’actualité et des modes. Aux chevaux de bois succèdent les bicyclettes puis les automobiles et plus tard encore les trains, les avions voire les fusées. Il y a à la naissance de l’automobile, plus de véhicules sur les manèges que circulant sur les routes.

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On peut admirer de-ci delà de superbes pièces de ce patrimoine populaire, ainsi des animaux exotiques, lions, tigres, girafes, liés à l’histoire coloniale et à l’essor des ménageries de cirque. Avec les animaux de la ferme, on peut faire quelques tours de vache ou de cochon !
Quelques héros des premiers films de Walt Disney sont également à l’honneur.

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Les grands manèges étaient réservés aux adultes et ce n’est qu’à partir de 1900 que se développent ceux spécifiques aux enfants.
Ces manèges sont souvent des monuments d’art avec leurs plafonds fastueux richement ornés de peintures et sculptures, parfois sur deux étages comme dans les carrousels.
Toulouse-Lautrec décora la baraque de La Goulue, célèbre danseuse du Moulin Rouge devenue dompteuse foraine.
Pour accroître leur pouvoir attractif, on associait autrefois aux chevaux de bois, un exercice inspiré de l’ancien jeu de la bague au cours duquel il fallait saisir des anneaux disposés à l’extérieur du cercle. Il s’agit de l’ancêtre du fameux pompon que le chef de manège agitait au-dessus de nos têtes et qui nous offrait un tour gratuit lorsque nous le décrochions. Dans ma naïveté enfantine, je ne comprenais pas qu’avec ma grande taille, je ne gagnasse pas à tout coup !

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Dans la salle voisine, je reconnais les balançoires en bois de mon enfance, à l’arrêt devant un décor vénitien. Il y a même dessous la longue planche que le forain actionnait pour nous freiner et nous immobiliser. A deux, un peu intrépides, nous tirions fort sur les tiges de la nacelle pour qu’elle s’élève jusqu’au sommet du portique quitte à ce qu’elle hésite là-haut quelques secondes avant de replonger. Frissons garantis ! … Et puis cela permettait aussi de regarder sous les jupes des filles !
Non loin de là, sont ouverts quelques stands de jeu, ici pour exercer sa force et faire valoir ses biscoteaux en frappant violemment une tête de turc et faire dévier le plus possible l’aiguille d’un cadran gradué, là pour mesurer son adresse au chamboule tout et au jeu de massacre.
Même gamin, mon envergure constituait un atout non négligeable pour dégommer les pyramides de boîtes de conserves à l’aide de balles en chiffon. Avec mon cousin, nous jouions sans modération pour rafler le gros lot et rapporter avec fierté à nos parents ou à notre grand-mère … une bouteille de mousseux ! Nul doute que si nous faisions le compte des parties, cela mettait un crémant médiocre et tiède au prix d’un excellent champagne ! … C’est sans doute ce qu’on appelle la soif de vaincre !
Le jeu de massacre avec l’aide des mêmes balles en chiffon ou de flèches, constituait un défouloir pour se révolter en toute impunité contre l’ordre établi, maréchaussée ou hommes politiques ; ici, ce sont Ribouldingue, Filochard, Croquignol, les héros de la célèbre bande dessinée des Pieds Nickelés parue pour la première fois dans la revue L’Épatant en 1908, qui sont la cible des tirs nourris. Les personnages permettent de dater l’ancienneté des stands et de révéler les « têtes de turcs » à la mode selon les époques.

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Imaginez avec quelle jubilation je m’efforcerais d’abattre les caricatures de Sarkozy, Besson ou Hortefeux ! D’autres se délecteraient de terrasser les éléphants … du Parti Socialiste, d’ailleurs, cela pourrait être un mode de « primaire » guère plus farfelu qu’un autre pour désigner le futur candidat aux prochaines élections présidentielles !
Attention cependant car un journaliste irakien a appris à ses dépens qu’on ne pouvait tirer impunément avec sa paire de chaussures sur une cible vivante telle que l’ancien président Bush !
Plus loin, une vingtaine de concurrents attendent le départ de la course des garçons de café ; au signal, ils lancent des boules dans des trous faisant avancer ainsi leur garçon tenant son plateau, du nombre de points correspondant au trou atteint.

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L’heure tourne mais je répugne à quitter ce lieu empreint de poésie à mille rêves des aspects trop mercantiles des fêtes d’aujourd’hui. La fête continue dehors dans les allées pavées des anciens chais, sillonnées encore des rails des wagonnets. Après toutes ces émotions, les enfants souhaitent goûter aux douceurs incontournables de toute vraie fête foraine d’autrefois digne de ce nom : cochons en pain d’épice, guimauve, barbe à papa.

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La tradition foraine du pain d’épice remonte au Xème siècle. Il se décline sous des formes variées, ainsi au XIXème siècle, on le trouve en galette, couronne, ou en silhouettes humaines ou animales. Les marmots et leurs parents mordent alors à pleines dents les hommes politiques et les militaires à la mode. Puis vint le temps du cochon porte-bonheur sur lequel le vendeur dessinait le prénom souhaité d’un mince filet de crème.
Il y a aussi la friture sucrée avec les crêpes, les gaufres parisiennes ou bruxelloises, les churros, les croustillons hollandais, ces petits beignets en pâte sucrée … et puis la coquine pomme d’amour réminiscence lointaine du péché originel.
Au fond d’une cour, le fronton d’une ancienne baraque foraine rappelle aussi les spécialités régionales, le nougat de Montélimar, le sucre d’orge de Rouen.
Les forains furent les précurseurs des grandes foires commerciales de maintenant. Désireux d’informer et d’étonner toujours leur public, ils vulgarisaient aussi les nouveautés technologiques telles la photographie et le cinéma.

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Au début du XIXème siècle, grâce aux panoramas optiques, les visiteurs découvrent au travers d’un hublot de verre grossissant, des images stéréoscopiques de merveilles exotiques ou de scènes grivoises. Lanternes magiques et théâtres d’ombres chinoises sont aussi très prisés. Avec l’avènement du cinéma en 1895, bientôt les forains projettent de courts films sautillants qui ravissent les spectateurs. Selon les procédés de projection, les appellations fantaisistes du cinématographe dans les fêtes varient : Vitagraphe, Bioscope, Lumicycle (où il faut pédaler !), Chromophone … En 1906, il existe une baraque de projection de trente mètres de long baptisée humoristiquement le « Lentiechtrochromomimocoliserpentographe » !
Souvenez-vous que dans le film de Tati, c’est lors de la projection d’un documentaire sur le mode de distribution du courrier aux Etats-Unis que François le facteur découvre la « tournée à l’américaine ».

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« Jours de fêtes » au Grand Palais, offrent l’occasion le jour de Noël d’un nouveau bain de jouvence dans les flonflons de la fête foraine. L’endroit n’est nullement anachronique puisque le Grand Palais des Beaux-Arts fut édifié à partir de 1897 pour l’exposition universelle de 1900 afin d’accueillir de grandes manifestations artistiques et des salons commerciaux. Je me souviens de ma petite enfance où accompagné de mes parents, je me promenais dans ses allées, les yeux grands ouverts, lors du salon de l’automobile et celui des arts ménagers. La télévision ne nous abrutissait pas encore de publicité et la société de consommation n’en était qu’à ses balbutiements.
A l’occasion de cette exposition universelle, la fête foraine affirme sa vocation de divertir avec des animations issues de la révolution industrielle et installe pour la première fois une grande roue inventée pour une manifestation identique à Chicago en 1893.
Aujourd’hui, à deux cents mètres de l’impressionnante grande roue qui scintille de mille feux devant l’obélisque, place de la Concorde, une autre haute de trente-trois mètres flirte avec le toit de la coupole du Grand Palais.

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Dès l’entrée dans la grande nef longue de deux cents mètres, la magie du lieu et l’esprit de la fête opèrent : la vision est féérique avec tous les manèges et attractions tournoyant sous l’enchevêtrement des charpentes métalliques vert réséda pâle (couleur identique à celle utilisée en 1900 par la maison Ripolin !) et la verrière nimbée du ciel bleu d’hiver. Sphères, cercles, courbes, tangentes, sécantes, une festive leçon de géométrie euclidienne !

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Je me dirige en face vers le paddock, curieuse appellation en ce lieu, que justifie une ribambelle de chevaux de bois enfuis des carrousels, enjambant les balustrades des galeries supérieures. Le musée des arts forains y a, en effet, transféré pour la circonstance quelques uns de ses plus beaux joyaux.

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Clin d’œil aussi aux concours des salons de la Société hippique qui se tinrent ici de 1901 à 1937 ! De même un éléphant indien aussi vrai que naturalisé pourrait nous conter quelques souvenirs de l’exposition coloniale de 1937 à laquelle il participa de son vivant.

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Au pied de l’escalier monumental très kitsch, je retrouve la pimpante roulotte entrevue au musée. Esquisse de camp gitan devant lequel chaque jour des artistes tels Thomas Dutronc et Sanseverino rendent hommage à la musique manouche. Cela me rappelle un concert de rue improvisé par Sanseverino quand il était le soliste du groupe des Voleurs de poules, un vocable souvent attribué injustement aux forains.
Au fond de la nef, les amateurs de sensations fortes jubilent à L’Extrême, une attraction avec des plongées en chute libre, la tête à l’envers. Malgré tout, quelques japonais en goguette commencent à rire jaune !

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A proximité, des émotions d’un autre ordre nous attendent au manoir fantôme. Lors de notre effrayante déambulation, surgissent intempestivement sorcières, monstres et animaux peu sympathiques. C’était l’occasion autrefois de prendre la main de la petite copine morte de peur voire de lui voler un bisou dans la pénombre.

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Les fêtes les plus importantes proposaient des entresorts, on entre et on sort rapidement d’une baraque où nous pouvions satisfaire notre curiosité en découvrant un « phénomène de foire ». Dans cette galerie de « monstres », le géant Atlas conquit une réputation mondiale. Je me souviens d’avoir été impressionné alors par le fakir Burma qui s’exhibait dans une vitrine de verre, allongé sur un tapis de clous au milieu de reptiles en apparence redoutables.

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À l’ombre de la grande roue, voltige un pousse pousse, réplique exacte d’un de mes manèges préférés de mon enfance malgré mon vertige. Émotion et joie m’étreignent car je n’en n’avais pas revu depuis plusieurs décennies. Oiseaux volants non identifiables sous l’effet de la force centripète, petits et grands piaillent dans l’immense volière. Cela me rappelle lorsque tournoyant, les pieds dans le vide sur nos chaises volantes, nous redoutions à chaque passage de nous écraser contre la façade de la mairie de mon village.

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Il y a l’inévitable coin des loteries et des stands pour tester son adresse, ici une balle au fond du pot à lait et vous repartez avec une grosse peluche. Ainsi, chez moi, depuis que cinq anneaux encerclèrent une bouteille, un énorme Mickey attend régulièrement sur son lit la venue d’une petite fille qui, alors haute comme trois pommes, le ramena, radieuse et fière lors d’une fête à Neuneu. C’est d’ailleurs l’un des élèves d’une étrange classe que j’avais évoquée dans un billet du 9 décembre 2007 Thank you very much Monsieur Trenet !
À propos, communication oblige, on a rebaptisé « Fête au bois », cette fête à Neuneu qui se tient traditionnellement dans le bois de Boulogne. L’heureux concepteur de cette trouvaille publicitaire sait-il qu’il y a encore quelques années, aller faire la fête au bois consistait en de drôles de manèges automobiles et des attractions licencieuses ?
Premiers bisous sous la toile de la chenille, premières bastons dans les autos tamponneuses ! Antan, nous y réglions quelque suprématie entre camarades de classe. Ici, les enfants s’esclaffent quand ils percutent l’engin des grands-parents.
Souvent, la fête patronale s’achevait avec un feu d’artifice. Chez moi à Forges-les-Eaux, pour clôturer la fête, il était d’usage d’inviter un aéronaute pour effectuer un envol en ballon sphérique depuis la place Brévière. Dans les années 1950, c’était même un forgion de souche Monsieur Marcel Leroux qui assurait le spectacle à bord de son ballon Le Roulis. Je me souviens du lent gonflage avec des bouteilles d’hydrogène avant qu’enfin, la montgolfière s’élève sous nos yeux ébahis.

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Ce midi, les Champs Élysées proches sont encore endormis en ce lendemain de réveillon. L’heure du déjeuner approche, il est temps de rejoindre, régénéré par ma plongée dans l’enfance, … le point de départ de mon prochain billet.

Publié dans:Coups de coeur, Ma Douce France |on 5 janvier, 2010 |2 Commentaires »

Bonne année 2010

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C’est Jour de fête ! Il y a cinquante ans, Robert Doisneau photographiait le cinéaste Jacques Tati avec le vélo de François, le désopilant facteur spécialiste des tournées à l’américaine !
Outre que surgit peut-être là l’idée d’un très prochain billet, je reprends son célèbre cliché comme métaphore du casse-tête et des embûches qu’on nous demande d’affronter en ces temps de crise.
L’ozone qui en remet une couche à Copenhague, la grippe A qui nous rend fiévreux, l’identité nationale et ses querelles de clochers … et de minarets, les disques (vertébraux) de Johnny qui déraillent et la main de Henry dans la surface de réparation de ma soeur … pardon, sur un ballon de football, rien ne tourne rond sur la planète terre. Heureusement, ma blogosphère est plus souriante et les visites de mes lecteurs ont quadruplé en 2009 : voilà au moins un indice de croissance qui constitue un chaleureux encouragement à poursuivre mes chroniques. Meilleurs vœux pour une bonne et heureuse année 2010 !

Publié dans:Almanach |on 2 janvier, 2010 |6 Commentaires »

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