Archive pour le 8 novembre, 2009

Feuilles d’automne

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Premiers jours de novembre, les feuilles mortes se ramassent à la pelle sur le « pré commun » du village qui sous l ‘effet des bourrasques n’est plus un pré vert (un Prévert ?).

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Dans la perspective, la petite école est orpheline de ses enfants en cette période de vacances. Ce ne fut pas la mienne mais mon esprit vagabonde vers celle de mon enfance. Avec application, je recopie à l’encre violette, la poésie inscrite au tableau. Ce soir, sur la page de gauche je l’illustrerai ; dans quelques jours, viendra le moment appréhendé où il faudra la réciter avec expression devant un parterre de camarades.
Les feuilles tombent mais ces pages prennent racine pour toujours.

On voit tout le temps, en automne,
Quelque chose qui vous étonne,
C’est une branche, tout à coup,
Qui s’effeuille dans votre cou.

 

C’est un petit arbre tout rouge,
Un, d’une autre couleur encor,
Et puis, partout, ces feuilles d’or
Qui tombent sans que rien ne bouge.

 

Nous aimons bien cette saison,
Mais la nuit si tôt va descendre !
Retournons vite à la maison
Rôtir nos marrons dans la cendre.

L’automne de Lucie Delarue-Mardrus

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Nous ne grillons plus les châtaignes dans l’âtre de la cheminée mais cinquante ans plus tard, reviennent à mes lèvres, deux des plus beaux poèmes célébrant l’automne.
Pour le premier, j’entends encore Le vent d’Emile Verhaeren à travers la voix inimitable de mon professeur de père, hurlant et cornant novembre sur la plaine de Flandre. Par pitié pour nos chères têtes blondes, nous n’en apprenions qu’un extrait.


Le vent
Sur la bruyère longue infiniment,
Voici le vent cornant Novembre,
Sur la bruyère, infiniment,
Voici le vent
Qui se déchire et se démembre,
En souffles lourds battant les bourgs,
Voici le vent,
Le vent sauvage de Novembre.

 

Aux puits des fermes,
Les seaux de fer et les poulies
Grincent.
Aux citernes des fermes,
Les seaux et les poulies
Grincent et crient
Toute la mort dans leurs mélancolies.
Le vent rafle, le long de l’eau,
Les feuilles vertes des bouleaux,
Le vent sauvage de Novembre;
Le vent mord dans les branches
Des nids d’oiseaux;
Le vent râpe du fer,
Et peigne au loin les avalanches,
- Rageusement – du vieil hiver,
Rageusement, le vent,
Le vent sauvage de Novembre.
Dans les étables lamentables
Les lucarnes rapiécées
Ballottent leurs loques falotes
De vitre et de papier.
- Le vent sauvage de Novembre! -
Sur sa hutte de gazon bistre,
De bas en haut, à travers airs,
De haut en bas, à coups d’éclairs,
Le moulin noir fauche, sinistre,
Le moulin noir fauche le vent,
Le vent,
Le vent sauvage de Novembre.
Les vieux chaumes à cropetons,
Autour de leurs clochers d’église,
Sont soulevés sur leurs bâtons;
Les vieux chaumes et leurs auvents
Claquent au vent,
Au vent sauvage de Novembre.
Les croix du cimetière étroit,
Les bras des morts que sont ces croix,
Tombent comme un grand vol,
Rabattu noir, contre le sol.
Le vent sauvage de Novembre,
Le vent,
L’avez-vous rencontré le vent,
Au carrefour des trois cents routes ;
L’avez-vous rencontré le vent,
Celui des peurs et des déroutes;
L’avez-vous vu cette nuit-là
Quand il jeta la lune à bas,
Et que, n’en pouvant plus,
Tous les villages vermoulus
Criaient comme des bêtes
Sous la tempête?

 

Sur la bruyère, infiniment,
Voici le vent hurlant.
Voici le vent cornant Novembre.
Émile Verhaeren (« Les villages illusoires »)

Brrrrrrrrrrr ! Ça souffle ! Quel sale temps !

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Ma seconde récitation est tirée des Poèmes saturniens de Verlaine. Ce Paysage triste (du nom de la section du recueil d’où il est extrait) impressionniste, tout en demi teintes (automnales bien sûr !), dépeint en fait l’état d’âme torturée de l’auteur.
À défaut d’être humoriste de talent comme le regretté Bernard Haller qui, dans un célèbre sketch, fustigeait la rédaction d’un élève cancre nommé Paul Verlaine lui reprochant par ses correspondances douteuses de vouloir « poéter » plus haut que … je vous rassure, je ne vous imposerai pas le fastidieux commentaire de texte sur lequel chacun d’entre nous plancha au moins une fois.

Chanson d’automne
Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon cœur
D’une langueur
Monotone.

 

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l’heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure

 

Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.
Paul Verlaine (« Poèmes saturniens »)

Fort à propos intitulé Chanson d’automne, ce poème inspira les chanteurs ; ainsi Serge Gainsbourg s’empara de la musique du vent mauvais pour avouer son mal être et dire à sa Jane sanglotante qu’il s’en allait … à moins que ce ne soit l’inverse !
En 1941, époque aussi en demi teintes entre occupation, collaboration et appel du général De Gaulle, Charles Trenet reprit à deux mots près, les vers d’origine dans sa chanson Verlaine dont il composa la sublime musique swing.

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Les Américains ne se contentèrent pas de nous envoyer le jazz et le swing sur lesquels bientôt nos aînés, ivres de liberté, dansèrent à cœur joie.
Et ironie de l’Histoire, Verlaine et Trenet n’y sont pas étrangers. Le 1er juin 1944, parmi les 161 messages d’alerte diffusés par Radio Londres à destination des groupes de résistance, se glissent les trois vers de Verlaine « les sanglots longs des violons de l’automne » qui annoncent que le D Day approche. Destinés au réseau Ventriloquist, ils lancent le sabotage des voies ferrées situées en arrière des côtes normandes.
Le 5 juin, parmi des messages comme « Messieurs, faites vos jeux », « Les carottes sont cuites » et « Les enfants s’ennuient le dimanche », se nichent les vers de Trenet « Bercent mon cœur d’une langueur monotone » (Verlaine avait écrit blessent au lieu de bercent !). Le lendemain, les troupes alliées débarquent sur les plages de Normandie. Voilà comment une chanson d’automne mélancolique engendra un été plus heureux !
Cinq heures sonnent au clocher du village. Le troupeau paisible rejoint l’étable.

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Publié dans:Poésie de jadis et maintenant |on 8 novembre, 2009 |1 Commentaire »

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