Archive pour le 2 novembre, 2009

Je suis fou du salon du Chocolat 2009

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Tandis que le tram 3 m’emmène vers la Porte de Versailles où le chocolat tient salon, ce sont des réminiscences d’enfance qui envahissent mon esprit : la barrette Menier dans son papier argenté et son enveloppe bleue accompagnant à quatre heures la tartine beurrée de pain de campagne, la poudre du gentil Poulain versée dans le bol de lait fumant du petit déjeuner dominical, l’éclair de la pâtisserie Lucas au dessert du dimanche midi, la mousse de ma grand-mère et le privilège exclusif de nettoyer le plat avec le doigt, la grande boîte déposée au pied du sapin de Noël ; instants rares donc précieux d’un temps de sortie de guerre où la société n’était pas de consommation.

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Aujourd’hui, en guise de cour de récréation, la part d’enfant qui sommeille en moi, joue dans la cour des grands, dans une cour royale même. En effet, ma curiosité toute enfantine me fait vite poser devant un miroir kitsch en chocolat, œuvre de la maison Dalloyau dont l’origine remonte à 1682.
Charles Dalloyau est à l’époque au service du Prince de Condé, celui-là même pour qui travaillait le fameux Vatel qui se suicida lors d’une cérémonie officielle au château de Chantilly pour laver l’affront d’une commande de poissons et fruits de mer en provenance de Boulogne-sur-mer non acheminée. Quelle conscience professionnelle ! Doit-on bénir pour autant nos Allo Pizza et Pizza minute d’aujourd’hui ?
Dalloyau est bientôt débauché par Louis XIV subjugué par les savoureux petits pains qu’il élabore pour son frère ennemi. Il devient ainsi le premier d’une véritable dynastie de frères et fils Dalloyau qui, durant quatre générations, seront officiers de bouche au service de la Cour. De par cette charge, ils sont anoblis, portent épée devant le roi et assistent à ses repas.
Survient la Révolution qui bouleverse la société française et amène l’intuitif Jean-Baptiste Dalloyau à fonder en 1802, sa première maison de gastronomie sise rue du Faubourg Saint-Honoré, à l’adresse de la principale boutique parisienne actuelle. Il invente le prêt à emporter des plats cuisinés pour recevoir chez soi, à l’intention d’une bourgeoisie émergente désirant s’approprier l’art de vivre de l’aristocratie.

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En l’occurrence, ma curiosité n’est qu’un vilain défaut de gourmandise car au centre du miroir, trône un alléchant gâteau Opéra. Aucune incongruité qu’il se retrouve ici puisque Cyriaque Gavillon de la maison Dalloyau aurait inventé, en 1955, ce sublime entremets constitué de crème au café, ganache au chocolat sur fond de biscuit joconde à l’amande, une Joconde d’ailleurs qui décocha sans doute son plus beau sourire devant la querelle, sinon d’allemands du moins de maîtres pâtissiers, opposant l’héritier Dalloyau et Gaston Lenôtre qui revendiquait que ce gâteau fût le sien !
Andrée Gavillon baptisa l’œuvre de son créateur d’époux, Opéra en hommage aux nombreux petits rats qui venaient en voisins grignoter dans la boutique du Faubourg Saint-Honoré, et également en raison de sa forme aux faux airs de la scène du palais Garnier.
Le tableau chocolaté n’est en réalité que la réplique de l’Opéra géant que la maison Dalloyau a confectionné la veille créant ainsi l’un des évènements du quinzième salon du chocolat.
Je possède quelques souvenirs émus de ce gâteau mythique en des circonstances dont je ne sais si je dois me vanter. Avec un ami attaché comme moi au Paris-Saint-Germain (je ne dis pas supporter, c’est trop connoté merguez frites et canettes de bière !) , nous avions institué la tradition d’en déguster un provenant de la maison fondatrice lors des repas précédant ou succédant aux matches de notre club favori. Une fois, à un convive quelque peu indélicat jugeant le dessert « à la limite de l’écoeurement ’ »(sic), je répondis péremptoirement « moi, j’aime bien ! » ce qui eut pour effet d’annihiler définitivement toute velléité de critique péjorative ; non mais !
Cette année, l’opéra au figuré comme au propre, est à l’honneur. Dans la pénombre d’un couloir étroit, quelques vitrines mettent en lumière le mariage du chocolat et de la musique, subtile alliance du profane et du sacré. Ici, un angelot tire de son archet quelques notes, tout cela en chocolat bien évidemment.

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Là, quelques oiseaux (pas cons, n’en déplaise au dessinateur humoriste Chaval) becquètent les touches d’une flûte ou solfient devant une partition : « Écoute passer dans l’air le son pénétrant et clair de cette corde éplorée… »

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Plus loin, une chocolatière des Yvelines interprète avec beaucoup de sensualité Nicklausse dans un air des Contes d’Hoffmann de Jacques Offenbach.

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Il y a peut-être aussi dans cette sculpture, comme un clin d’œil au « Violon d’Ingres », la célèbre photographie de Man Ray qui mêle harmonieusement ses deux tendresses : la femme, à travers le corps dénudé de son modèle préféré Kiki de Montparnasse, et la musique illustrée par les ouïes du violon collées sur les reins. Je caresserais volontiers les cordes et, puisqu’il s’agit d’un opéra bouffe, je croquerais même l’instrument. Violon d’Ingres, violon en chocolat qui rend dingue ! Je fonds, pas le chocolat par bonheur !
Combien de ces petits rats du faubourg Saint-Honoré se sont cassés les quenottes en faisant des pointes sur le ballet de Tchaïkovski inspiré du conte d’Hoffmann Casse-noisette et le roi des souris ? Faut-il puiser dans cette histoire la complicité entre le chocolat et les noisettes, en tout cas, la fée Dragée accueille Clara et le Prince au palais enchanté de Confiturembourg avec pour divertissements devant une table resplendissante, la Danse espagnole dédiée au chocolat et la Danse arabe liée au café. Comment prétendre après cela qu’Hoffmann pouvait être une ganache ?!

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Au risque de vous les briser menues avec ma transition graveleuse, je me retrouve devant le stand des coucougnettes, délicieuses confiseries du Béarn constituées d’une amande grillée chocolatée enrobée de pâte d’amande aromatisée à la framboise, gingembre et armagnac, puis candie au sucre de canne blanc. Un hommage polisson au Vert Galant, le bon roi Henri IV qui aurait eu 57 maîtresses et 24 enfants ! Des « choses de la vie » que beaucoup, en ces temps de crise, aimeraient posséder en or !
Élevons le débat ! Je m’engage dans l’allée centrale dite Quetzalcóatl ou serpent à plumes du nom aztèque d’une divinité des Toltèques, une civilisation indienne installée vers Tula (la région des sculptures « atlantes ») au nord de Mexico, entre les IX et XIIème siécles. La légende dit que le magicien Titlacauan lui offrit une boisson à base de cacao en lui disant : « Seigneur, je t’apporte un breuvage qui est bon et qui enivre celui qui le boit; il t’attendrira le coeur, te guérira et te fera connaître la route de ton prochain voyage au pays où tu retrouveras la jeunesse ». Le vieux Quetzalcóatl but, perdit la tête et fit brûler ses maisons d’argent et enterrer ses trésors dans la montagne et le lit des rivières, avant de s’embarquer sur un radeau fait de serpents entrelacés. Vous savez ce qu’il advint, dix siècles plus tard du chocolat Lanvin qui rendit fou Salvador Dali dans le port de Cadaquès (à moins que ce ne soit à la gare de Perpignan !) !
Un stand bien documenté explique que le cacaoyer est cultivé depuis environ trois millénaires dans les plaines tropicales d’Amérique du sud et centrale, notamment à l’emplacement de l’actuel Mexique. Viva Mejico, cacao y haricot (voir billet du 8 octobre 2009 C’est pas la fin des haricots tarbais !) !
Dans la civilisation précolombienne, on considère le cacao comme un produit de luxe et les fèves sont souvent utilisées comme monnaie d’échange pour faire du troc, payer les impôts et acheter des esclaves.
Une tombe maya du début de la période classique (5ème siècle de notre ère) découverte sur le site de Rio Azul au Guatemala actuel, contenait des récipients sur lesquels est représenté le caractère maya symbolisant le cacao et comportant des restes de boisson chocolatée.

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Les Mayas cultivent des cacaoyers et utilisent les fèves de cacao pour fabriquer une boisson mousseuse et amère, souvent aromatisée avec de la vanille, du piment et du roucou, cet arbuste appelé aussi rocouyer ou arbre rouge à lèvres, utilisé parfois comme colorant (les fromages mimolette et boulette d’Avesnes lui doivent leur couleur orangée). Chez les Ch’tis, on trempe bien le Maroilles dans le café au lait, on pourrait donc envisager de plonger sa boulette d’Avesnes dans son bol de chocolat !
Des documents rédigés en caractères maya attestent que le chocolat est utilisé aussi bien pour des cérémonies religieuses que pour la vie quotidienne.
Plus tard, les Aztèques associent le chocolat à la déesse de la fertilité Xochiquetzal. C’est sous cette civilisation que l’on situe l’origine du mot chocolat tiré de xocoatl en langue nahuatl.
Beaucoup d’histoires et de légendes tournent autour du mythe de Quetzalcóatl d’autant qu’outre la divinité elle-même, des prêtres et des rois empruntaient le nom du dieu qu’ils vénéraient, engendrant parfois une certaine confusion. Imaginez qu’aujourd’hui, il y ait outre notre président, un dieu Sarkozy … un fils suffit !
Et et … Colomb est arrivé sans se presser, le grand Colomb, le beau Colomb, excusez-moi je me trompe de chanson ! Ben mon Colomb, qui avait déjà joué les délicats avec le haricot, rebelote avec le chocolat ! En 1494, il jette par-dessus bord, les fèves de cacao que les amérindiens lui offrent, les prenant pour des crottes de chèvre ! En 1502, lorsqu’il approche de l’île de Guanaja au large du Honduras actuel, vient à sa rencontre un canoë indigène chargé d’étoffes, de poteries, d’armes et d’amandes de cacao comme monnaies d’échange. Devant sa perplexité, le chef de l’embarcation fait préparer une boisson chocolatée que Christophe Colomb trouve trop amère et pimentée.
Hernan Cortès se montre plus perspicace lorsqu’il débarque près de l’actuelle Vera Cruz le 22 avril 1519, ne me demandez pas l’heure ! L’empereur aztèque Moctezuma II qui se méprend en croyant au retour de Quetzalcóatl, celui-là même qui s’était enfui en radeau, vous vous souvenez (quand je vous disais que le chocolat rend fou !), l’accueille comme un dieu et lui fait goûter le breuvage sacré. L’envahisseur espagnol, outre qu’il utilise cette confusion comme subterfuge pour faciliter le processus de colonisation, prend vite conscience de la valeur économique que présentent les fèves d’ « or brun » et rapporte en Espagne en 1528, haricot, maïs et cacao ! Cortès confie au roi Charles Quint « qu’une tasse de la précieuse boisson permet à un homme de marcher un jour entier sans manger » grâce (mais cela il ne le sait pas) aux propriétés stimulantes de la théobromine présente dans le cacao.
La Cour d’Espagne est bientôt subjuguée par cette boisson exotique à laquelle on va ajouter de la vanille, de la cannelle ou du miel pour en enlever l’amertume.
Les « colons » réquisitionnent les plantations de cacaoyers réduisant même les pauvres aztèques au rang d’esclaves. La première expédition commerciale entre Vera Cruz et Séville daterait de 1585. Voilà, le chocolat est prêt à conquérir l’Europe souvent au gré des mariages royaux.
Notre douce France découvre le chocolat en 1615 par la grâce d’Anne d’Autriche, fille de Philippe II d’Espagne, qui se marie avec Louis XIII et apporte en dot son propre chocolat.
Marie-Thérèse d’Autriche, épouse de Louis XIV, amène avec elle une de ses suivantes « la Molina » qui sait préparer le chocolat comme nulle autre. Le « Nectar des Indes » entre alors vraiment dans les habitudes du château de Versailles où on le célèbre ainsi : « Les vieilles rajeunies/Et soudain enjouées/Verront leur chair frémir/D’une ardeur ranimée/Brûleront de désirs/que vous imaginez/Sitôt qu’au chocolat/Elles auront goûté. »
Les femmes et le chocolat entretiennent une longue histoire d’amour qui perdure encore à voir la grande majorité de visiteurs du sexe féminin qui arpentent les allées du salon. Je constate même que la toujours alerte Mamie Nova tient boutique !
Peu à peu, le chocolat entre dans son ère industrielle. En 1657, s’ouvre à Londres la première chocolaterie, l’histoire ne dit pas si son propriétaire s’appelle Charlie, clin d’œil au savoureux roman ainsi qu’au film magistralement interprété par Johnny Depp !
En 1815, le hollandais Van Houten crée une première usine bientôt imité par les suisses Suchard, Kohler, Lindt et Tobler.
En 1821, l’anglais Cadbury, celui à qui les enfants demandent si ils peuvent en avoir un petit peu plus long ( !), produit le premier chocolat à croquer.
Puis Van Houten dépose, en 1821, un brevet pour le chocolat en poudre. En 1848, Victor Auguste Poulain crée une chocolaterie confiserie industrielle à Blois. En 1870, Tobler met au point le chocolat au lait tandis qu’Émile Menier construit, à Noisiel en Seine-et-Marne, une usine moderne de production et une cité ouvrière dont les bâtiments sont aujourd’hui classés monument historique. En 1879, Rodolphe Lindt invente le chocolat fondant. En 1914, Banania lance sa farine de banane chocolatée qui revigorera les poilus des tranchées. Dans les années 1920, l’américain Mars et le hollandais Nuts lancent les premières barres chocolatées.
Je cesse cette longue litanie qui risque, cette fois pour de bon, de vous faire franchir le seuil de l’écoeurement ! En tout cas, existent toujours tous ces noms qui ont nourri l’imaginaire gourmand des petits et aussi des plus grands. Comme quoi, être « fils de », ce n’est pas un fantasme !
Tiens, je croise deux vieux amis belges, Jeff de Bruges et Léonidas ! Je ne résiste pas à vous narrer le joli conte de fée vécu par ce dernier. Au début du siècle dernier, Léonidas Kestekides, un jeune pâtissier grec immigré aux Etats-Unis, prend part en tant que membre de la délégation hellénique des USA, à l’exposition universelle de Bruxelles en 1910 puis à la foire internationale de Gand en 1913. Récompensé par plusieurs prix pour ses confiseries et ses gâteaux au chocolat puis amoureux d’une jeune bruxelloise, il décide alors de s’implanter définitivement à Bruxelles où il ouvre son premier magasin. En 1935, lorsqu’il prend la succession, son neveu Basile Kestekides décide en hommage, d’estampiller tous les produits de la marque avec la silhouette de Léonidas 1er, roi de Sparte de 489 à 480 avant J.C qui demeure célèbre pour sa résistance héroïque face aux Perses dans la fameuse bataille des Thermopyles au cours de laquelle il périt.
Ironie, il faut probablement suivre un régime spartiate pour combattre les effets néfastes d’une consommation abusive des réputés chocolats blancs Manon.

« …Manon
Non tu ne sauras jamais Manon
A quel point je hais
Ce que tu es
Au fond
Manon
Je dois avoir perdu la raison
Je t’aime Manon… »

Serge Gainsbourg ne cédait sans doute pas à la tentation des délicieux chocolats blanc crème lorsqu’il écrivit ces vers au début de sa carrière mais il me plaît de vous les mettre en bouche.
Et puis comme l’opéra est à l’honneur en ce salon, comment ne pas citer celui populaire de Jules Massenet qui célèbre les amours de Manon Lescaut et du chevalier Des Grieux d’après le roman de l’abbé Prévost. Montesquieu en disait, « je ne suis pas étonné que ce roman, dont le héros est un fripon et l’héroïne une catin, plaise parce que toutes les mauvaises actions du héros ont pour motif l’amour, qui est toujours un motif noble, quoique la conduite soit basse. »
Manon fut créé en 1884 à l’Opéra-comique de Paris dans la salle Favart du Palais Garnier dont j’admire la sculpture monumentale crée par le chocolatier d’outre-Quiévrain (vous savez que j’adore cette expression depuis la lecture du billet du 15 octobre 2009 !).

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Quatorze jours furent nécessaires au maître chocolatier pour réaliser son chef-d’œuvre haut d’un mètre, long de deux, et d’un poids avoisinant les 400 kilos. C’est soir de gala car plus de dix mille cristaux de chez Swarovski, scintillent incrustés sur la façade de l’opéra chocolaté. Légère déception, Jean-Luc Decluzeau, c’est le nom de ce véritable artiste, a travaillé pour du beurre (de cacao) car un vernissage nécessaire à sa conservation rend impropre la dégustation de sa création .
Petit rappel historique, les nourritures spirituelles s’accordant ma foi (pas mon foie !) à celles terrestres : la construction de cet Opéra du nom de son architecte Charles Garnier, fut décidée le 15 janvier 1858 par Napoléon III alors même que la veille, l’empereur et son épouse se rendant en carrosse à l’ancienne salle, échappèrent aux bombes d’anarchistes italiens à la solde de Felice Orsini. « Interro » lors d’un prochain billet et si vous répondez convenablement vous aurez droit à un manon blanc supplémentaire !
Je retrouve maintenant les ors des palais vénitiens. Les célèbres masques brillent dans leurs écrins, il est même des loups que, chères grands-mères, vous pouvez croquer, une fois n’est pas coutume, les rôles sont inversés !

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Un peu plus loin, le chenapan gourmand que je demeure, tremperait bien ses doigts dans une fontaine qui ruisselle de chocolat.
Comme les bébés ne naissent pas dans les choux, les chocolats ne poussent pas dans les jardins sinon les œufs de Pâques. Cela fait plus de trente ans lors de mon séjour au Mexique, que je n’avais pas vu un cacaoyer ou plus exactement ses fruits, les cabosses dont quelques exemplaires sèchent dans un flacon de verre.

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Le cacaoyer ou Theobroma cacao de la famille des Sterculiacées peut mesurer à l’état sauvage, de dix à quinze mètres, et croît à l’ombre des grands arbres de la forêt tropicale. Ses fruits, les cabosses donc, ressemblent à de petits ballons de rugby d’une quinzaine de centimètres, et poussent sur les branches maîtresses mais aussi directement sur le tronc. Selon la variété d’arbre et leur degré de maturité, leur teinte évolue du vert au rouge en passant par le jaune et l’orange. On les ouvre avec la « machete » pour libérer entre 25 à 75 graines, les précieuses fèves de cacao.
Il existe plusieurs variétés de cacaoyers dont les graines possèdent des qualités gustatives différentes selon l’essence et le lieu de production.
Le plus fin et le plus aromatique, le Criollo, le premier cacao connu déjà cultivé par les Olmèques puis les Mayas, est récolté dans les Caraïbes, au Mexique, Venezuela et Colombie. Du fait de sa fragilité, il ne représente que 1 à 5% de la production mondiale et est réservé à la chocolaterie de luxe. Henri IV aurait clamé que Paris valait bien une messe, ce caco vaut bien une Misa Criolla !
Le Forastero, le plus rustique mais aussi le plus cultivé en Afrique, au Brésil et en Équateur, couvre 80 à 90% de la production mondiale.
Le Trinitario est un hybride des deux précédents qui tire son nom de l’île de Trinidad où il apparut au XVIIIème siècle.
Si les cacaos fins demeurent l’apanage de l’Amérique latine et des Caraïbes, c’est la Côte d’Ivoire qui est le premier producteur du monde avec plus d’un tiers de la production mondiale.
Je me rapproche du podium où, cet après-midi, plusieurs pays producteurs de chocolat offrent quelques danses emblématiques de leur folklore.
« Para bailar la bamba se necesita una poca de gracia », la délégation du Mexique débute sa prestation par cette danse très populaire de l’état de Vera Cruz qui serait née, au 17ème siècle d’un air chanté par les hommes d’une hacienda appelés à se battre contre le pirate hollandais Laurens De Graaf. « Yo no soy marinero pero aquì seré ».
Les mariachis dans leur costume traditionnel de charro, entrent ensuite en scène pour la danse des caballitos, des petits chevaux.
Pour La Negra, autre danse célèbre de la région de Jalisco, sur la côte Pacifique, les femmes les rejoignent et virevoltent dans leurs superbes robes ornées de rubans multicolores.

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Le chocolat est l’élément de base de la sauce mole versée sur des morceaux de dinde dans la spécialité culinaire de la province de Puebla, le mole poblano. Ce plat typique est le fruit du hasard comme chez nous la tarte Tatin. Le curé Fray Pascual, cuisinier d’un couvent, qui recevait à dîner l’évêque de Puebla, par souci de propreté, aurait rassemblé dans un seau des épices, du cacao ,des piments chile qui traînaient mais en trébuchant, aurait fait tomber malencontreusement le contenu du seau dans la cocotte où mijotait la volaille. C’est au tour d’une troupe d’Indonésie classée dans le top 10 des plus gros producteurs de cacao, d’effectuer une chorégraphie empruntant au théâtre et au sacré, au son du Gamelan, orchestre de multiples percussions aux noms exotiques. Épousant la ligne mélodique, les corps des danseuses se plient en avant, leurs bras et leurs mains se tordent gracieusement de différentes manières selon le sentiment exprimé. Le spectacle s’achève avec une démonstration de capoeira, un art martial ancestral qui puise ses racines dans les méthodes de combat et les danses des peuples africains au temps de l’esclavage au Brésil. Les figures très acrobatiques impressionnent notamment le public féminin particulièrement subjugué par les abdominaux en tablettes de chocolat des capoieristes !
Retour dans les allées où des hôtesses proposent quelques sensations cacao avec des savons hydratants au chocolat au lait ou une épilation gratuite à la cire de chocolat ! Une petite fille cherche désespérément dans la cohue, l’ambassadrice Magnum qui lui procurera le ticket sésame d’un délicieux esquimau.
La foule s’agglutine autour des robes du mariage de la mode et du chocolat, une prestigieuse collection de modèles à la fois « couture » et « haut chocolat », imaginés par des tandems talentueux de couturiers et de chocolatiers.

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Le diable s’habille en Prada mais aujourd’hui, c’est Donna Elvira du Don Giovanni qui revêt les cœurs d’Agatha Ruiz de la Prada, la couturière espagnole icône de la Movida, et du maître chocolatier de la maison Bonnat.

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Magnum, la marque de bâtonnets glacés, s’associe à Eva Rachline connue pour sa lingerie chic et sexy, pour créer une robe sensuelle et glamour en hommage à La Flûte enchantée, un autre opéra de Mozart.

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La Maison du Chocolat et la costumière Virginie Stucki revisitent la Carmen de Bizet avec une affriolante robe « flamenca ».
Philippe Pascoët, maître chocolatier d’origine bretonne installé en Suisse, et Christophe Guillermé s’inspirent de la princesse chinoise de Turandot, l’opéra de Puccini en confectionnant une jupe plissée en lamelles de chocolat et une veste chinoise entièrement brodée de sequins en chocolat.

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Je croquerais bien quelques perles du splendide collier porté par la Médée de l’opéra de Luigi Cherubini, chocolatée par Jean-Paul Hévin et costumée par Hervé Léger.

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En hommage à la diva Plavalaguna du film Le cinquième élément de Luc Besson, la maison Baileys avec la chocolaterie Julhès Paris et la styliste Sophie Reyes, proposent une enivrante robe dont tous les chocolats sont aromatisés à la célèbre liqueur. C’est un coup à souffler illico dans le ballon lors du premier contrôle routier venu !

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Le chocolatier Patrick Chapon et le couturier Pascal Vanlef imaginent le seul costume masculin, splendide avec ses brandebourgs en chocolat noir.

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Après avoir invité le public à quitter ce magnifique espace consacré à la mode cacao, quelques vigiles emportent délicatement les fragiles toilettes chocolatées.
Je m’intéresse quelques instants à l’exposition qui rend hommage à Gaston Lenôtre récemment décédé. Un film et des photographies retracent le parcours exceptionnel de ce normand, pâtissier célèbre, auteur de plusieurs livres de cuisine et chef d’entreprise novateur. Son « École », voisine de mon domicile, a formé plusieurs générations de valeureux pâtissiers et cuisiniers. Il est l’inventeur de gâteaux tels que Succès, à base de macaron et de crème de nougatine, et la poétique Feuille d’Automne, une meringue française, mousse de chocolat noir, copeaux de chocolat au lait, velours rouge et or. Une pâtisserie qui n’engendre pas la mélancolie de mise en cette saison !
L’accès autour du podium devient plus que problématique car sonne l’heure du clou quotidien du salon, le défilé de mode tant attendu. Sur des airs d’opéras, la cacao fait son show, cocktail de solennité et de fantaisie. Cette fois, des mannequins  sculpturaux animent les modèles précédemment admirés. Les enfants se précipitent pour cueillir au vol les chocolats qu’elles lancent, les spectatrices s’ébahissent sur tel ou tel détail de chaque toilette, les hommes lorgnent plus volontiers les femmes chocolat à la beauté fatale.

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« Taille-moi les hanches à la hache
J’ai trop mangé de chocolat
Croque-moi la peau, s’il-te-plaît
Croque-moi les os, s’il le faut …
… Pétris-moi les hanches de baisers
Je deviens la femme chocolat
Laisse fondre mes hanches Nutella
Le sang qui coule en moi c’est du chocolat chaud… »

A l’opposé des silhouettes anorexiques et des visages fermés que les chaînes de télévision nous renvoient lors des défilés des collections saisonnières, ici les jeunes femmes, la mine radieuse, mises en chocolat par les plus grands maîtres de la spécialité, sont véritablement craquantes et croquantes.

En apothéose, Pierre Marcolini, le chocolatier belge de renom, et Charles Kaisin, son compatriote styliste, nous offrent un ultime « carré » de choix avec leur libre interprétation du tableau Le Déjeuner sur l’herbe de Manet. Le cacao possède à l’évidence des vertus aphrodisiaques car, à l’intérieur du cadre en chocolat, la charmante dame s’est délestée de tous ses vêtements.

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Qu’il récompense l’enfant sage, soit offert en des occasions festives ou satisfasse juste une envie soudaine, qu’il soit en poudre, en tablette, en pralines ou en gâteaux, le chocolat met petits et grands dans tous les états. La petite fille déguste enfin son bâtonnet glacé. Pour prolonger à domicile l’embellie de cet après-midi, ses grands-parents font emplettes de quelques plaques de divers chocolats dont un au piment qui rappelle la saveur originelle du temps des mayas.

 

Publié dans:Coups de coeur, Recettes et produits |on 2 novembre, 2009 |1 Commentaire »

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