Archive pour le 15 octobre, 2009

Encore des photos, vieilles photos de ma jeunesse …

Préambule : Cher lecteur, pour apprécier pleinement ce billet, il est souhaitable auparavant de lire celui en date du 1er octobre 2009 « Une photo, vieille photo, de ma jeunesse… »
Résumé du chapitre 1: Comment je découvre une photographie prise au marché aux Puces de Bruxelles. De la légende d’une tisane concoctée, il y a près de trois siècles, par deux abbés normands au mode d’emploi d’un drôle de cyclomoteur au nom bizarre de derny …
Chapitre 2 :
La dame chineuse du Vieux Marché bruxellois m’a fait parvenir un autre cliché, sans doute moins abouti, sorte de chute ou brouillon qu’on ne montre jamais, sinon ici, pour gommer ma frustration de détails à demi masqués.

Encore des photos, vieilles photos de ma jeunesse ... dans Coups de coeur anquetilmerckxblog

Donc ma perspicacité n’a pas été prise en défaut … du moins en partie. En effet, il s’agit bien de Jacques Anquetil à côté de son directeur sportif, Raphaël Géminiani. Par contre, j’ai quelque doute sur les circonstances de la prise de vue effectuée peut-être plutôt lors d’un rallye automobile de Monte Carlo que les deux compères disputèrent ensemble au volant d’une Mustang, leur équipe Ford France oblige. Quoique se coiffer d’une casquette publicitaire pour une compétition automobile, dénote d’un réflexe franchouillard inhabituel de la part du champion !
Je comprends bien que vous vous en contrefichiez royalement et vous avez totalement raison.
Vous n’imaginez pas où la passion d’un sport mène certains collectionneurs et archivistes. Ainsi l’un d’eux, demandant dans une revue spécialisée quel coureur termina quarante-cinquième de Paris-Luxembourg en 1970, connaîtra une jouissance indicible lorsque, quelques mois plus tard, un lecteur vacciné avec le même rayon de bicyclette que lui, l’informera qu’il s’agit du belge Englebert Opdebeeck ! Inutile de vérifier l’info, elle est exacte ! Je vous rassure sur ma santé mentale, je n’ai pas atteint ce stade.
Il est par contre, un autre détail de la photographie qui m’a donné l’idée et l’envie d’exhumer un de ces vieux cartons poussiéreux qui s’entassaient antan dans la maison familiale. Ainsi, durant deux heures, comme autrefois à la lumière de la lucarne du grenier, j’ai retrouvé ma curiosité enfantine en me plongeant dans la lecture de ces magazines qui racontent la légende des cycles. Ma pêche fut quasi miraculeuse.

anquetilbordeauxparisblog dans Histoires de cinéma et de photographie

Pour commencer, comme un dessin vaut mieux qu’un long discours, je vous propose une superbe photo en couleurs de Jacques Anquetil, dans la traversée de Boulogne-Billancourt, quelques minutes avant la fin de son exceptionnelle épopée de Bordeaux-Paris, « la course qui tue » prétend même la légende. Vous savez donc désormais à quoi ressemble un derny ! Et mon infinie bonté vous en offre même deux pour le prix d’un, le second à l’arrière du coureur étant l’engin de réserve en cas d’incident technique !
Cela mordait bien ce jour-là , et très vite, je réussis une seconde prise d’une valeur affective inestimable, un But Club Miroir des Sports de couleur bistre, en date du lundi 28 septembre 1953. Le lendemain de … :
« C’était une lumineuse journée d’automne … La resplendissante vallée de Chevreuse étalait généreusement ses ors et ses pourpres. Saint-Rémy de Chevreuse, Châteaufort, Buc, Picardie, tout au long de la route, au revers des fossés s’accrochaient des grappes humaines frissonnantes d’étonnement et d’admiration. La route était aux trois-quarts mangée par cette foule enthousiaste. À grands coups de klaxon, le « tank » rouge du sorcier Francis Pélissier creusait dans la marée humaine une étroite tranchée dans laquelle s’enfonçait vertigineusement une espèce de centaure à roulettes, l’inimaginable synthèse d’un homme et d’une machine. Nous assistions à la naissance d’un nouveau dieu du stade. »
Ces lignes bucoliques jaillissent de la plume d’Abel Michea, le père de l’écrivain et philosophe Jean-Claude Michea. Refusant le STO durant la seconde guerre mondiale, il s’engagea dans la Résistance au sein des maquis FTP (Francs-tireurs et Partisans) de Haute-Savoie. Il effectua sa carrière journalistique dans la presse liée au Parti Communiste, notamment comme rédacteur en chef de la rubrique sportive de L’Humanité ainsi qu’au Miroir du Cyclisme. Savoureux conteur, j’adorais ses « histoires du Tour de France racontées à Nounouchette ». C’est l’occasion de lui rendre hommage et de le remercier pour tous les merveilleux moments de lecture qu’il me procura dans ma jeunesse.
Vous l’avez deviné, Abel Michea évoque ici Jacques Anquetil, le nouveau « chronomaître », lors de son premier Grand Prix des Nations. Aujourd’hui, un monument au sommet de la côte de Châteaufort témoigne entre autres, de cet exploit. Le document a beaucoup souffert et seule la couverture échappa à la folie dévastatrice des ciseaux au temps de mon idolâtrie juvénile où je collais tout ce qui concernait mon champion dans un cahier d’écolier. Avouez qu’il avait de la gueule même au paroxysme de son effort solitaire !

anquetilnations1953blog

Au fait, vous ne lisez peut-être pas tous les commentaires qui me sont adressés mais l’un d’entre vous, également fan du campionissimo normand, a carrément décrété que plus supporter d’Anquetil que moi, il meurt ! Et pour étayer son opinion, il a publié in extenso mes écrits à ce sujet sur le site de France Télévisions dans un forum consacré au cyclisme. Gare donc, ma réputation est en jeu avec mon hésitation devant le cliché de Géminiani.
À propos, en dessous de cette image, il en est une autre qui retient mon attention dans la photographie prise chez le brocanteur bruxellois. Son auteure (j’ai un peu de mal avec certaines féminisations de mots !) ne l’avait pas cadrée dans le premier document qu’elle m’envoya. Et pourtant, c’était presque un sacrilège de sa part, quasiment une affaire d’état, aurait peut-être proclamé sur les antennes de la radiotélévision belge, l’inénarrable reporter Luc Varenne dont le chauvinisme légendaire fait en comparaison, de Thierry Roland, un modèle d’objectivité !
Qu’à cela ne tienne, je vais réparer dans l’instant le préjudice. Je déplace quelques piles de journaux pour extraire du carton, les journaux concernant le Tour de France 1969. Dans quelques jours, les rêves d’Hergé, un autre belge, deviendront certitude, Neil Armstrong, et Edwin Aldrin marcheront sur la lune. Pour l’instant, il en est un qui fait la révolution de la Terre en pédalant autour du Soleil maillot jaune.
Il s’appelle Eddy Merckx mais bientôt il deviendra le Cannibale à cause de son appétit vorace de victoires. Antoine Blondin évoque un Mao jaune mais plus justement, s’ouvre l’ère du Merckxisme !
Voilà, j’ai trouvé ! Je tiens l’original de la photo en pleine page centrale du Miroir Sprint du 18 juillet 1969. Primée comme plus belle photographie sportive de l’année, elle est le chef d’œuvre de Henri Besson qui saisit l’envol de Merckx au sommet du col d’Aubisque.

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Je cite la légende : « Le commissaire de course en déployant ses bras dans le prolongement du maillot jaune, donne à l’Aigle des cimes, des ailes. Image symbolique d’un homme qui aura survolé l’épreuve ». Serions-nous dans les Andes que j’aurais suggéré El condor pasa, référence à la chanson péruvienne reprise l’année suivante par Simon et Garfunkel.
Quant à l’ami Blondin, grand buveur devant l’éternel, voici ce que cela lui inspire dans sa chronique quotidienne intitulée Les Feux de la rampe :
« … Il s’en va des cols d’appellation contrôlée comme des vins : il faut examiner l’étiquette, envisager l’année et le négociant…. La façon dont Eddy Merckx a précisément négocié le Tourmalet, l’Aubisque et une fin de parcours en forme de montagnes russes impromptues, allait nous prévenir contre tout déboire de ce calibre. Quand celui qui aura pratiquement bouclé les quatre mille kilomètres de la course, sans rétrograder au-delà de la dixième place, sauf à fausser compagnie à tout le monde, déboucha dans la descente sur Luz-Saint-Sauveur, l’immense attente qui prélude au prodige s’installa dans la vallée et le Gave cessa de se rebiffer.
Exact au rendez-vous que sa jeune légende lui a prescrit, sans hargne, rogne ou grogne, par le jeu naturel de dons hors du commun, Eddy Merckx allait son petit surhomme de chemin. L’enthousiasme unanime et polyglotte qui l’escortait alors prenait un sens. Il nous disait qu’à cet instant ce champion n’était plus particulièrement wallon ou flamand, français ou belge, mais qu’il appartenait tout bonnement au patrimoine universel de l’effort humain …
»
Ce jour-là, entre Luchon et Mourenx, Merckx accomplit probablement le plus bel exploit de sa carrière qui en compte à foison pourtant. Pierre Chany, le journaliste qui suivit cinquante Tours de France, le « Michelet du cyclisme », écrivait de lui : « Il attaquait sans relâche, il se proposait chaque jour de faire mieux pour assurer le spectacle. Il portait le respect du public au plus haut degré. Depuis, les champions modernes, hélas, sont devenus très désinvoltes à l’endroit de ceux qui les applaudissent du bord de la route. »
Alors qu’il avait déjà le Tour dans la poche, il entreprit donc une chevauchée fantastique de cent quarante kilomètres larguant tous ses adversaires à plus de huit minutes. Et tout cela essentiellement par panache et peut-être un peu pour se venger aux yeux de tous, de sa récente exclusion du Giro d’Italie pour une fumeuse histoire de dopage, de Manneken Pis(se) en quelque sorte !
C’était un jour de folie chez nos amis d’outre-Quiévrain, j’ai toujours adoré cette locution employée pour désigner la Belgique depuis la France. Elle fait référence à deux communes situées de part et d’autre de la frontière franco-belge, Quiévrain, côté belge dans la province du Hainaut, et Quiévrechain dans notre département du Nord. En somme comme si on disait  outre-Biriatou  pour parler de l’Espagne !
Bref, dans sa cabine, Luc Varenne exultait : « C’est pas possible de gagner un Tour de France pareillement ; c’est à pleurer ! » Une voiture suiveuse de journalistes belges surexcités précipita même le pauvre photographe Henri Besson et son motard dans le fossé.
Quelques jours plus tard, mon frère m’emmena assister au sacre à la Cipale où se déroulait alors l’arrivée du Tour pour cause de destruction du vélodrome du Parc des Princes (voir billet La Cipale du 1er octobre 2008). Les petites fleurs du bois de Vincennes, chantées tendrement par Brassens, furent piétinées par une invasion de supporters belges, et les restaurants aux alentours proposaient un menu unique : moules frites et bière !!!
Comprenez bien : Odile Defraye, Philippe Thys, Firmin Lambot, Léon Scieur, Lucien Buysse, Maurice De Waele, Romain Maes, Sylvère Maes, anciens vainqueurs belges du Tour de France, allaient enfin connaître leur successeur. Je vous les énumère à dessein, cela vous sera utile pour les quiz ! Trente ans de disette durant lesquels aucun coursier « flahute » ou wallon n’avait remporté la grande boucle.
Pour en terminer avec cette photographie, je vous en propose une autre, prise quelques secondes avant ou après par le photographe du magazine concurrent But Club : plus d’aigle royal, toute la différence entre une bonne photo et une grande photo !

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Ma chère lectrice séduite par ma verve sur son cliché, m’a proposé alors un tour de transport en commun. Vous vous égarez, n’y voyez aucune dérive charnelle ; je me suis d’ailleurs également trompé, j’imaginais déjà partir en vadrouille via le tram 33 pour aller manger une frite chez Eugène sur les pas de Brel et Madeleine, en guise de quoi nous avons emprunté la ligne 5 Hermann-Debroux/Erasme du métro jusqu’à Anderlecht, descente à la station … Eddy Merckx !
Sur le quai central, est exposée la bicyclette utilisée par le champion belge lors de sa tentative victorieuse contre le record du monde de l’heure en 1972.

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Déçue et confuse, mon envoyée spéciale dans la capitale belge s’excuse de m’adresser la photographie d’un vélo quelque peu « primitif » selon ses dires. Je la rassure très vite en lui confiant qu’il en est pour les vélos comme pour les peintres, ils sont souvent Primitifs quand ils sont flamands ! Il est possible que tout là-haut dans ces fameux ciels flamands, Jan Van Eyck, Rogier Van der Weyden, Hans Memling et autre Dierick Bouts, n’apprécient mon humour que modérément.
Sans friser le ridicule en la comparant au retable de l’Agneau mystique, chef d’oeuvre des frères Van Eyck, conservé en la cathédrale Saint-Bavon de Gand, la machine dessinée par le constructeur italien Ernesto Colnago, est, pour l’époque, une petite merveille de technologie : pièces uniques en duralumin et titane, moyeux évidés, cintre de guidon, tube de selle, plateaux, plaquettes des maillons de chaîne et pattes de cadre, perforés., selle plastique sans chariot, boyaux gonflés à l’hélium ; un quasi ouvrage de dentellière contre le moindre gramme superflu donnant à la fine monture qui accuse moins de six kilos sur la balance, une taille d’anorexique loin des canons des plantureuses flamandes. Et tout cela pour une heure seulement, le temps de parcourir 49,43195 kilomètres (distance inscrite au centième de mètre près sur la plaque apposée dans le métro) ! Clin d’œil, à sept stations de là, au delà de celles de La Roue et Saint-Guidon (ça ne s’invente pas), Jacques Brel qui a donné aussi son nom à l’une d’entre elles, me souffle affectueusement sa chanson du temps où il s’appelait Eddy :

« …Être une heure, une heure seulement
Être une heure, rien qu’une heure durant
Beau, beau, beau et con à la fois… »

L’absence de freins et de dérailleur contribue probablement au jugement péjoratif de ma lectrice. Seuls les spécialistes savent que les vélos utilisés pour les épreuves sur piste, ne sont jamais équipés de ces accessoires.
Cela ne m’empêche pas de la féliciter pour sa photographie de l’engin « primitif », fixé sur des lattes de bois évoquant la piste en bois exotique de Mexico, autour duquel se reflètent des images du champion durant son heure exquise ainsi que, comme un symbole, le cadran d’une horloge sur le quai.

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Pourquoi ne pas rêver d’un métro parisien où l’on descendrait à Anquetil, Poulidor ou Puy-de-Dôme en lieu et place des stations Crimée, Stalingrad et Solferino ?
Savez-vous qu’à l’origine, la station Eddy Merckx devait porter le nom du poète belge Maurice Carême qui vécut à Anderlecht? Au temps de l’école primaire, nous récitâmes nombre de ses poèmes tels ces Vantardises :

« -J’ai des roues, dit la bicyclette,
J’ai des roues, vous n’en avez pas.
-Moi, je vois mieux, dit la lorgnette,
Que vous avec vos yeux étroits.
-Et je joue, dit la clarinette,
Oui, je joue, ne l’oubliez pas.
-Je suis bonne, dit la galette,
Oseriez-vous en dire autant?
-Moi, jolie, dit la statuette,
Vous êtes lourd et embêtant.
-Autant en emporte le vent,
Dit l’homme. Ne parlez pas tant!
D’ailleurs si je n’étais pas là,
Vous n’existeriez même pas. »

Je me rends compte qu’on y parle encore d’un vélo ! Ca se soigne docteur ?

Les amoureux du cyclisme peuvent aussi consulter les billets suivants :

• Le Tour de France, Tours de mon enfance (9 juillet 2008)
• Les cols buissonniers en Pyrénées :le Menté et le Portet d’Aspet (3 avril 2008)
• La Revancharde 2008 (24 juillet 2008)
• La Cipale (Paris XIIeme) (1 octobre 2008)
• Le cyclo-cross, une partie de campagne (21 janvier 2009)
• Jacques Anquetil, l’idole de ma jeunesse (15 avril 2009)
• Jacques Anquetil, l’idole de ma jeunesse (suite) (22 août 2009)
• Une photo, vieille photo, de ma jeunesse (1 octobre 2009)

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