Archive pour juillet, 2009

Faut-il rire de tout ? ou les couvertures auxquelles vous n’avez pas échappé!

Afin de ne pas bronzer idiot, interrogeons-nous quelques minutes sur le sable ou dans notre jardin, sur les propos que Rabelais mettait dans la bouche de Gargantua : « Le rire est le propre de l’homme ».
Lecteurs attentifs, vous n’ignorez pas mon intérêt pour la caricature à travers, en particulier, les dessins des hebdomadaires satyriques Charlie Hebdo et son dissident Siné Hebdo.
Depuis mon adolescence, souvent, l’un de mes tout premiers menus plaisirs du mercredi, jour de sa publication, fut de me procurer un de mes journaux favoris et de me délecter dans l’instant, du fameux dessin de couverture.
Je vous ai déjà promis d’évoquer les quelques semaines passées avec Reiser, Cavanna, Choron, Gébé, Cabu et les autres … patience !
Ayant eu le bonheur d’assister à certains des comités de rédaction de Charlie Hebdo, à son époque historique, je sais tout le sérieux journalistique (sans rire !) et toute la jubilation (beaucoup de rires !) qui accompagnaient le choix de la couverture, celle qui sous forme d’affichette trônait devant les kiosques pour allécher le passant … quand le journal n’était pas censuré bien évidemment !

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Retour à la une de Charlie Hebdo du 3 juin 2009 : le dessin montre un avion d’Air France en train de se crasher avec pour légende « 228 disparus … 228 abstentions de plus aux européennes » ! Une mise en perspective de la catastrophe aérienne survenue deux jours plus tôt au-dessus de l’Atlantique et des élections européennes du dimanche suivant !
J’avoue que ce matin-là, sur l’instant, un gros sentiment de malaise m’envahit. Avait-on le droit de rire de cette tragique actualité qui endeuillait les nombreuses familles et amis des victimes ? J’imaginais même le profond dégoût que j’aurais ressenti si, parmi les « disparus », avait figuré une petite fille qui m’est chère et qui emprunte fréquemment ce type de transport.
La polémique enfla les jours suivants, la rédaction du journal reçut nombre de messages indignés voire injurieux, le porte-parole du parti gouvernant appela même au boycott de Charlie Hebdo : « la limite de l’humour, c’est de ne pas faire souffrir des gens qui souffrent déjà et de les faire souffrir inutilement ».
Et puis … le temps de l’émotion dissipé, celui de la raison gardée et de la réflexion est venu. Je vous livre en vrac la mienne aujourd’hui à la lumière de quelques comportements médiatiques.
Le public outragé manifesta un sens de l’humour bien différent en d’autres circonstances aussi tragiques. Ainsi, en 1970, il apporta sa sympathie à Hara Kiri lors d’un procès gagné par Air France pour préjudice commercial. Alors qu’un avion de la compagnie s’était écrasé dans les Alpes, le célèbre journal dit bête et méchant avait publié un photomontage d’un paysage jonché de victuailles et de passagers morts autour de l’avion abîmé avec comme légende, « Oui, mais sur Air France, on mange bien ! »
De même, s’il est de bon ton de considérer, quarante ans plus tard, la célébrissime Une « Bal tragique à Colombey » comme un chef d’œuvre d’humour, sait-on pourtant qu’elle mettait en écho la mort du général De Gaulle et la disparition de 144 jeunes dans l’incendie du dancing de Saint-Laurent du Pont en Isère. À l’époque, le ministre de l’Intérieur Marcellin n’interdit pas la publication du journal mais, plus perversement, son affichage et la publicité le concernant, ce qui signa finalement l’arrêt de mort de Hara Kiri Hebdo.
Alors autre temps, autres mœurs ? Probablement pas !
Serait-ce le départ de son directeur à la tête de la radio France Inter avec la bénédiction sarkozyenne, et la concurrence du confrère dissident Siné Hebdo, qui lui redonnent un brin d’audace mais Charlie Hebdo n’a fait que du Charlie Hebdo dans la plus pure tradition provocatrice de sa grande époque et comme il ne le faisait plus depuis longtemps.
Le dessin ne comporte absolument aucune raillerie à l’égard des victimes mais focalise sur ce qui était le non événement de l’actualité, l’abstentionnisme probable aux élections européennes, jusqu’à ce que … le crash donne enfin du grain à moudre à toutes les rédactions des presses écrite et audiovisuelle.
Car finalement, l’ignominie, l’indécence et la vulgarité ne résident-elles pas plutôt dans la manière qu’ont eue les medias de s’emparer de l’explosion du vol 747 d’Air France pour jouer sur l’émotion et faire exploser leur audimat ou leurs ventes ? Pendant quelques jours, le temps d’éviter par stratégie de parler politique jusqu’au scrutin du dimanche suivant, les journaux télévisés devinrent des éditions spéciales sur « le crash du Rio- Paris ».
Au-delà des explications techniques non élucidées et par trop complexes de l’accident, on dériva vite sur le sordide en jouant sur les ressorts voyeuristes. On fut repu d’images en boucle de familles accablées attendant dans un aéroport, un avion qui n’atterrirait jamais.
Un quotidien étala à sa une, les portraits de nombreux passagers morts ! Puis vint le thriller de la quête de la boîte noire et la litanie du nombre de corps retrouvés, un, deux, dix …
Puis, on trouva le moyen, interviews à l’appui, de nous conter la belle histoire de ceux qui, pour une raison ou une autre, avaient manqué miraculeusement l’avion échappant ainsi au tragique destin. Beurk !
Puis, passé le grand élan d’émotion collective qui donne bonne conscience au bon peuple … la politique retrouva droit de cité, « Cohn-Bendit avait niqué Bayrou » lors d’élections qui avaient établi un record d’abstentionnisme !
Puis … un Airbus A310 de la compagnie Yemenia Airways s’abîma au large des côtes comoriennes dans une presque indifférence médiatique. Y aurait-il donc une hiérarchie des catastrophes aériennes ?
Puis, la planète pleura Michael Jackson … puis vint le temps des vacances, il était temps de nous laisser souffler jusqu’en septembre.

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C’est ce que suggère probablement Charlie Hebdo avec sa couverture du 8 juillet : « Crash d’été … et amours de vacances », une manière de tourner en dérision, encore une fois, toute cette hypocrisie médiatique qui met en veilleuse l’actualité tandis que nos compatriotes goûtent à des vacances bien méritées, enfin ceux qui peuvent se les offrir !.

Siné Hebdo échappa au scandale en ne faisant pas référence dans ses couvertures, à la catastrophe aérienne, et en stigmatisant uniquement le manque d’imagination des programmes des vingt huit listes candidates qui menait à l’abstentionnisme, l’événement majeur de l’élection des députés européens.

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Parfois, la fiction rejoint cruellement la réalité. Ainsi, comment les électeurs du Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées et Aquitaine (et les autres), auront-ils vécu la lecture de la profession de foi d’un candidat proche du Front National, « Il y a des fois où il vaut mieux un pilote expérimenté » avec en arrière-plan, l’avion d’Air Bruxelles qui se posa en catastrophe dans l’Hudson ?

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À sa décharge, précisons que le document fut conçu et imprimé avant le crash du Rio-Paris mais … les électeurs le trouvèrent dans leur boîte à lettres, trois jours plus tard ! Mauvais timing qui, involontairement, crée un malaise ! La métaphore du pilote qui par sa maîtrise et son expérience, maintient le cap et sauve la vie des passagers, tombait à l’eau !
« On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui » affirmait Pierre Desproges lequel ajoutait encore « Mieux vaut rire d’Auschwitz avec un juif que jouer au scrabble avec Klaus Barbie » !
Selon la société dans laquelle on vit, le rire n’est pas déclenché de la même manière, avec les mêmes procédés. Le rire s’inscrit dans une culture. Ainsi Bergson confie dans son essai sur le rire, qu’on ne rit qu’en « complicité avec d’autres rieurs, réels ou imaginaires ».
C’est sans doute l’intention de l’humoriste qui compte plus que de vouloir définir des tabous et des limites à l’espace du rire qui semblent actuellement se durcir avec le « politiquement correct » ambiant.

Publié dans:Non classé |on 28 juillet, 2009 |Pas de commentaires »

La Fosse Dionne, une source du et de Tonnerre !

Tonnerre, petite ville au nord de la Bourgogne et à l’est du département de l’Yonne, accueille, ces jours-ci, le départ d’une étape du Tour de France.
Vous pensez probablement qu’incorrigible, j’envisage de vous conter une fois encore quelque histoire de vélo alors que je ne revêts que le costume d’un Jean-Paul Ollivier de service, le chroniqueur de France Télévisions des beautés touristiques visitées sur la route du Tour, afin de vous faire découvrir une curiosité de cette ville beaucoup plus douce que ne le suggère son nom.
« Elle avait une chevelure de vignes et se baignait les pieds dans une rivière au joli nom : l’Armançon. Elle se tenait dans une belle région verdoyante, vallonnée, et on aurait pu croire qu’elle menait une vie tranquille. Mais comme par une malice du ciel, à chaque fois qu’un orage se promenait dans la campagne alentour, il tournait, virait et venait invariablement éclater sur la ville et sur son clocher, à grand vacarme, à grands éclairs, à grands torrents de pluie qui dévalaient la colline en se moquant. Tant et si bien que les gens de la ville l’avaient baptisée la ville où tombe le tonnerre et qu’avec le temps, cela devint Tonnerre. Tout simplement ! … »
C’est l’explication savoureuse que la chanteuse Anne Sylvestre, très attachée à la région, fournit à travers son conte musical Ivonne et Toinou, créé avec les enfants de l’école de musique de la ville. Préférons sa licence poétique à la froide toponymie de Tornoduro issue de tar, rocher, ou Turnos ou Taranis, dieu gaulois, et duro, colline fortifiée.

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Je vous emmène d’ailleurs au pied d’un oppidum, autrefois occupé par un castrum gallo-romain, où jaillit presque miraculeusement, une source du tonnerre et de Tonnerre !
Dans un ancien faubourg retiré de la ville, au bout d’un rû bordée de vieilles maisons grises non dénuées de charme, je tombe en surplomb d’un curieux édifice en forme d’arène : une fosse aux lionnes ? une fosse d’Yonne, la Fosse Dionne qui tire son nom de Divona, divinité celte des eaux, ou de Dioné, l’une des nymphes océanides de la mythologie grecque.

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Quoique bourguignonne, la Fosse Dionne est le type même de la source vauclusienne, phénomène géologique complexe de siphon qui tient sa dénomination de la résurgence ou plus exactement de l’exurgence de Fontaine-de-Vaucluse.
Ici, l’eau qui surgit, provient essentiellement d’un réseau naturel, au sud de la ville, de captage et de stockage des eaux de pluie dans les diaclases du plateau calcaire sur une longueur de 43 kilomètres, ainsi que d’une perte de la Laigne, modeste rivière de la Côte-d’Or, par un souterrain encore inconnu d’une quarantaine de kilomètres à vol d’oiseau.
Cela explique le caractère pérenne de la source avec un débit moyen de 200 litres par seconde.
Peu encline à livrer ses secrets, la Fosse Dionne constitue encore un mystère quasi insondable pour les archéologues, les géologues, les spécialistes d’hydrologie et même les spéléologues qui ont cessé toute exploration depuis qu’en 1996, un de leurs collègues trouva la mort lors d’une plongée.
Juste une galerie truffée de cavités, siphons et étranglements, atteignant 61 mètres de profondeur, a été mise en évidence sur une longueur de 360 mètres.
Devant tant d’interrogations non élucidées, depuis des siècles, les légendes vont bon train autour de ce bassin bleu (sans ajout de canard WC !) verdi par de nombreuses plantes aquatiques.

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Celle des « sous du diable » qui date du 13 juillet de l’an 700, explique justement l’étonnante teinte de l’eau. Ce jour-là, le petit Pierre, fils d’un viticulteur de Tonnerre, vit un cavalier noir sur un cheval blanc, dévaler au galop, la grande côte menant à la ville, puis lui demander où sa jument pouvait se désaltérer. Pierre lui enseigna la Fosse Dionne bien sûr mais, tandis que le cavalier se dirigeait vers la source, un sac qu’il portait en croupe, se détacha, éparpillant au sol une grande quantité de pièces d’argent neuves et luisantes. Pierre accourut et s’empara du trésor en s’assurant que personne ne l’avait observé.
Le lendemain, jour de fête à Tonnerre, l’enfant se promit de profiter de sa fortune mais …
Il acheta chez l’oiseleur une nichée de fauvettes sans plumes qui s’envolèrent bientôt quand leur mère orpheline s’approcha en battant des ailes et en caquetant autour de lui. Puis, il fit emplette pour sa maman d’un joli bouquet de pivoines, roses, œillets et pervenches qui s’effeuillèrent et se desséchèrent quand il passa à l’endroit où il avait ramassé ses sous. Plus loin, un aveugle refusa son aumône quand il entendit la pièce bien mal acquise tinter dans sa sébile. Les camarades à qui il avait offert des gâteaux à profusion, se tordirent de douleur et furent pris de vomissements. Et bien d’autres évènements maléfiques survinrent …
Au petit matin, sur le chemin du retour, Pierre croisa les fauvettes qui, dans les buissons, criaient « au voleur, fuyez vite » puis le caniche de l’aveugle hurlant longuement sur son passage.
Alors, sous la vindicte animale, rongé par le remords, le petit Pierre rejoignit la Fosse Dionne, y jeta tous ses sous diaboliques et entreprit de s’y noyer lorsque un vieillard à la barbe blanche occupé à se laver les pieds, le retint. Petit Pierre lui avoua son forfait et le vieil homme qui n’était autre que le saint évêque Paillade, lui accorda sa miséricorde.
Cependant, au fond de la source, les effigies des sous du diable roulaient toujours des yeux réprobateurs. C’est alors que l’évêque les recouvrit de son manteau dont l’eau prit la couleur bleu sombre qu’elle possède toujours. Puis, lorsque l’angélus sonna, Paillade fit un signe de croix et le cavalier noir qui guettait à proximité, plongea dans la source avec sa jument blanche, et disparut à jamais.

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La réalité apporta de l’eau au moulin de cette légende lorsqu’en 1987, un badaud affirma avec exagération qu’une équipe de plongeurs munis de bouteilles remontèrent de la fosse, le squelette d’un cheval entier ! Il ne s’agissait que de quelques ossements n’appartenant d’ailleurs pas à un quelconque équidé.

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En ce début d’après-midi, une équipe d’une télévision néerlandaise a investi le lieu pour réaliser un clip de promotion de la Bourgogne à destination de futurs touristes bataves. Ma totale méconnaissance de la langue m’empêche de vous en livrer la teneur sinon que le présentateur plonge dans l’eau miraculeuse, une bouteille d’un autre type, un flacon de Chablis, l’élixir du coin !
Serait-ce un clin d’œil au projet, datant du XVIIIe siècle, de sculpture d’une nymphe des eaux sur le socle de laquelle devait être gravée une inscription latine évoquant l’opposition entre les coteaux vineux d’Épineuil et la pureté de l’eau de la source tonnerroise ?

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« Autrefois, nos bourgs et nos campagnes étaient hantés
Par un monstre cruel qui venait perturber
Les habitants paisibles de toute la contrée,
Se jetant dans le noir, sur toute âme attardée,
La dévorant sans hâte et sans trace laisser.
Ce serpent venimeux, cette bête diabolique,
Cette sorte de dragon qu’on nommait basilic
Qui aimait les fontaines et les lieux maléfiques
Pour le passant errant, toute une symbolique !… »


Comme bien d’autres lieux, La Fosse Dionne n’échappe pas à la présence du Basilic, ce reptile fabuleux qui tue par son seul regard ou sa simple haleine, le passant qui l’approche sans avoir détourné les yeux. Le seul moyen de s’en emparer consisterait à tendre un miroir qui lui renvoyant son terrible regard mortel, le tuerait.
Au VIe siècle, selon l’Histoire de France de Grégoire de Tours, Jean l’abbé de Réomé, ayant choisi de vivre en ermite à Tonnerre, fut averti qu’un spécimen de ce serpent tueur hantait, au pied de la colline, une zone marécageuse où stagnait une eau très pure. Armé d’une pelle et d’une pioche, il creusa la terre, fit jaillir une eau bleue et terrassa l’importun Basilic.
À quoi cela servit-il que saint Jean se décarcassât puisqu’en 1962, on soupçonna le retour du reptile lorsque deux plongeurs périrent dans une opération de repêchage de pierres sculptées au fond de la Fosse !
Comme tout bon « serpent de mer » qui se respecte, même si ici l’eau est douce, le basilic réapparaît, de manière récurrente, dans les fait divers du quotidien régional La République de l’Yonne, au moindre bouillonnement suspect. Les Écossais ont leur monstre du Loch Ness, les francs-comtois, la Vouivre chère à Marcel Aymé, les Tonnerrois, finalement, hormis quelques frayeurs, ne voient pas d’un mauvais œil la présence du fabuleux reptile, agent touristique indéniable !

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Bien d’autres légendes courent encore autour de cette source pleine d’énigmes. Ainsi elle serait née lorsque la Vierge recouvrit de son manteau bleu émeraude une jeune fille l’implorant de la sauver d’un homme qui la menaçait dans les ruelles sombres du quartier Bourberault !
Le moindre objet hétéroclite repêché, fertilise l’imaginaire. Plus scientifiquement, des anses de seaux en fer d’époque gallo-romaine, ont attesté que la source servait à alimenter en eau les habitants.
Je déambule maintenant autour du bassin que sertit une pittoresque galerie semi-circulaire recouverte de tuiles de Bourgogne. Des vasques de pétunias pendent aux piles de bois posées sur des socles en pierre. Cet édifice date de 1758 lorsque la fontaine fut aménagée en lavoir à l’initiative de Louis d’Eon père du fameux chevalier.

 

« … Dans ce monde qui n’a ni queue ni tête
Je n’en fais qu’à ma tête
Un mouchoir au creux du pantalon
Je suis chevalier d’Eon
Puisqu’il faut choisir
A mots doux je peux le dire
Sans contrefaçon
Je suis un garçon … »


Mylène Farmer chante avec humour l’ambiguïté entretenue par l’enfant de Tonnerre, Charles-Geneviève-Louis d’Éon de Beaumont, le célèbre espion. Curieux destin que celui de cet homme né avec un prénom partiellement féminin qui, affilié au « Secret du roi », le service de renseignements de Louis XV, devint Lya de Beaumont, lectrice de la tsarine Elisabeth de Russie ! Par la suite, Louis XVI qui ne le portait guère dans son cœur, l’obligea à porter à vie des vêtements féminins. Il passa ainsi 49 ans de son existence, habillé en homme et 33 ans en femme. Seule l’autopsie de la « vieille dame » révéla une masculinité des plus normales.
Ce n’est pas un des moindres mystères … de l’Est bourguignon !
Jusqu’au milieu du siècle dernier, la Fosse Dionne devint donc le rendez-vous des lavandières de Tonnerre. Agenouillées dans une caisse de paille, elles battaient le linge avec leurs « tacottes » de midi à la tombée de la nuit et l’étendaient sur les poutres de la charpente.
La fosse proprement dite se double d’un bassin de lavage séparé par un muret.
Je médite quelques instants dans ce havre rafraîchissant aux parfums de paisible province. Je suppose que les touches impressionnistes des reflets des maisons voisines sur l’onde, doivent inspirer volontiers quelques peintres locaux.

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Puis je sors de la fosse et la contourne en longeant l’épais double mur de soutènement en pierre dure d’Angy. La vue en surplomb est magnifique tel un amphithéâtre qui s’enroule en un fer à cheval gracieux au pied des vieilles façades révélant parfois l’enseigne d’anciens commerces.
Quelques vestiges d’escaliers aux pierres usées invitent à grimper sur la colline dominée par l’église St-Pierre. Malheureusement, le temps me presse, Paris est encore à deux heures de route. Après ce bain de jouvence, elle semblera moins longue !
Imaginez que dans quelques siècles, on retrouve au fond de la Fosse Dionne, un guidon tordu, une selle racornie et beaucoup de seringues rouillées du diable EPO … de quoi écrire une nouvelle légende dite des cyclos ! Cela faisait longtemps que je ne vous avais pas parlé de vélo !!!

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Publié dans:Coups de coeur, Ma Douce France |on 20 juillet, 2009 |1 Commentaire »

Le Col de l’Izoard, col mythique des Alpes

« Approchez, messieurs-dames, s’il vous plaît, et si les suiveurs veulent bien me suivre, nous allons continuer la visite d’une grande étape alpestre de la seconde moitié du XXe siècle … »
Chers lecteurs, en cette époque de la transhumance cycliste de juillet qu’est le Tour de France, accompagnons l’ami Antoine Blondin pour visiter le col d’Izoard tel que j’eus le bonheur de le connaître dès mon enfance à travers la lecture des pages sépia de Miroir-Sprint et But&Club au fond du grenier de la maison familiale (voir billet du 9 juillet 2008 « Le Tour de France, Tours de mon enfance ») avant de le découvrir réellement en ce mois de juin.
N’en déplaise aux ignorants de la chose vélocipédique, l’Izoard a construit sa réputation de col alpestre de légende, outre par son décor grandiose, sur son rôle de « juge de paix » du Tour de France tant il est vrai qu’antan, le mythique maillot jaune se gagna souvent sur ses pentes.
Situé dans le département des Hautes-Alpes, le col d’Izoard met en communication la vallée du Queyras où coule le Guil au sud, et celle du Briançonnais et les gorges de la Cerveyrette au nord.
« Suivez le Guil ! … Cette forteresse que vous apercevez au-dessus de votre tête, c’est Mont-Dauphin, comme dit à peu près le général de Gaulle, lorsqu’il parle de son premier ministre, Michel Debré. »
Honorable pratiquant du commentaire de texte tel que me l’enseigna mon regretté professeur de père, je replace l’écrit dans son contexte !
Blondin rédige sa chronique lors du Tour de France 1960 au cours duquel, vous ne l’ignorez plus chers lecteurs assidus, le grand favori Roger Rivière acheva sa carrière au fond d’un ravin cévenol, et les rescapés de l’épreuve stoppèrent quelques minutes dans la traversée de Colombey-les-deux-églises pour saluer le président de la République Charles de Gaulle (voir billet du 23 juin 2009 Du Méjean à l’Aigoual par le col de Perjuret).
Devant le spectacle d’une course devenue insipide, le génial écrivain, toujours inspiré, nous emmène dans un superbe musée en plein air.
Mont-Dauphin, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, est une place forte fondée par Vauban en 1693 afin de verrouiller l’accès des vallées de la Durance et du Guil suite à l’envahissement, un an plus tôt, durant la guerre de la ligue d’Augsbourg, de la vallée du Queyras par Victor-Amédée II duc de Savoie et prince du Piémont.
Son nom fait référence au Grand Dauphin, le fils aîné du roi de France Louis XIV ainsi qu’à la province du Dauphiné où elle se trouve.guiltour.jpg

« À vos pieds, ce torrent lumineux, c’est le Guil. Il va nous servir de Guil conducteur. Si vous vous retournez sur le Guil, vous pouvez admirer, accroché au flanc de la muraille, un tableau de la situation en noir et en coureurs, généralement considéré comme un chef-d’œuvre des maîtres de l’école de Vars », le col de Vars relie au sud, le Queyras à la vallée de l’Ubaye et Barcelonnette (ndlr) .
« De très récentes observations ont toutefois semé le doute dans l’esprit de certains érudits : nous serions en présence d’une contrefaçon remarquablement imitée. Le noir y serait, mais les coureurs seraient un peu passés … avancez, je vous prie, car nous pénétrons dans un passage entièrement d’époque où rien n’a été refait sinon l’équipe de France, mais il n’est pas recommandé de la visiter, ses espérances tombent en ruines », depuis la chute de son leader Rivière.
« … Ici, en vous penchant, vous pouvez remarquer une chute attribuée à Van Est le Jeune de l’Ecole hollandaise ». Il existait un Wim Van Est le Vieux qui, cascadeur involontaire du cirque du Litor dans les Pyrénées, effectua une cabriole impressionnante dans un précipice du col du Soulor.

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Cinquante ans plus tard, une importante colonie de cyclotouristes néerlandais circule dans le profond défilé. La route sinueuse et étroite qui emprunte quatre tunnels creusés dans le rocher, surplombe en corniche le lit du Guil. Un chauffeur de car, pour épater ses passagers, actionne son klaxon dont l’écho se faufile étonnamment entre les murailles de pierres.
À hauteur du barrage hydroélectrique de la Maison du Roy, le vacarme des eaux encore furieuses en cette fin de printemps, est assourdissant. Non loin dans ce hameau, une auberge est tenue depuis quatre siècles par la même famille Bérard. La légende rapporte, pour justifier l’appellation du lieu, que Louis XIII, se rendant à Briançon, s’y serait arrêté et que l’aubergiste lui aurait servi des œufs ; en récompense, le roi lui aurait accordé une sauvegarde avec une réduction de la taille et l’exemption de corvée à condition de fournir à bon prix le gîte et le couvert aux soldats de la garnison de Château-Queyras.

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Ici commence la combe du Queyras.
« Nous sommes maintenant au cœur du Queyras, dont les maisons s’effondrent sous les éboulis quand elles ne s’écroulent pas d’elles-mêmes. Rien n’y pousse sauf des coureurs qu’on pousse et qui produisent des amendes. Il y a deux sortes de coureurs, les grands à qui on jette la première bière et les petits qui viennent beaucoup plus tard et à qui l’indigène offre spontanément un tuteur naturel qui l’aide à s’élever. Les petits poussés donnent les plus belles amendes, jusqu’à 50 nouveaux Francs à la belle saison. Pour en finir avec les petits poussés, il suffit de considérer leur retard pour comprendre qu’ils n’ont pas chaussé les bottes de sept lieues, et d’embrasser le paysage pour savoir que, s’ils ont semé des cailloux pour retrouver leur chemin au milieu de ces avalanches de pierres, on n’est pas près de les revoir : la géologie leur a dérobé leurs points de repère … »
Le soleil au zénith de midi, insinue ses rayons dans le canyon lui donnant un air beaucoup moins austère.

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Au fond, l’horizon est barré par les verts alpages et les dernières neiges du massif du Monte Viso culminant à 3 841 mètres. Dans la haute vallée de l’autre côté, naît le Pô, le plus long fleuve d’Italie.
Ce n’est pas vraiment une montée mais un lancinant faux plat qui dure plusieurs kilomètres pour se hisser vers le verrou glaciaire. Je contemple une dernière fois le torrent à proximité d’un modeste oratoire qui marque le sommet du col de l’Ange Gardien sous les ailes protectrices duquel se réfugièrent sans doute les plus grands coureurs cyclistes.
Bientôt dans notre champ de vision apparaît sur son piton rocheux, Château-Queyras, un fort médiéval que Vauban modernisa en fière citadelle, imprenable bastion par l’envahisseur savoyard. À propos, savez-vous que notre cher président Sarkozy envisage de réorganiser les unités militaires basées dans ces régions frontalières dans l’attente d’une (très) hypothétique invasion de nos voisins italiens ? On se croirait dans le Désert des Tartares … nous en reparlerons !
Nous n’atteignons pas Ville-Vieille car quelques centaines de mètres en aval, la départementale 902 tourne en épingle à cheveux vers le nord. Sans vouloir saper le moral des cyclistes de ce mercredi, le col d’Izoard commence vraiment et il reste seize kilomètres pour atteindre le sommet.
« Si vous voulez bien continuer, nous pénétrons ici sur le plateau où ont été tournées quelques-unes des plus belles séquences de Bobet s’en va t-en guerre, morceaux de bravoure, charges héroïques en Izoard et gants blancs… »
C’est, en effet, ici, dans cette vallée guil-lerette que le champion français Louison Bobet déclencha, avec infiniment de panache, ses grandes manœuvres de conquête de la toison d’or lors des campagnes de 1953 et 1954. C’était le temps d’une sélection (presque) naturelle où nous ne risquions pas de voir tous les équipiers survitaminés d’une même équipe mener bon train autour de leur chef de file !

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Pourtant, nous n’avons pas l’impression d’être dans un col avec ses lacets. La route large mais à la pente traîtresse, se glisse presque rectiligne entre un chapelet de lambeaux de hameaux de la commune d’Arvieux : Les Moulins, Le Pasquier, Les Maisons, ces noms, comme tirés d’une poésie enfantine, me sont familiers tant ils ont jalonné la vaste épopée contée par les journalistes sportifs.
Dans cette contrée, les histoires de fées et de revenants sont légion. Les anciens du Pasquier, racontaient à la veillée, que les « fayettes », les petites fées, dansaient la nuit avant de faire la lessive et que les morts se relevaient et, vêtus de noir, ils chantaient en procession, laissant derrière eux une forte odeur de suie. Qui sait si parmi eux, ne se cachaient pas la fameuse sorcière aux dents vertes et l’homme au marteau à l’origine de tant de défaillances mémorables de cyclistes dans les parages !
Le fond de vallée relativement large, dispose d’étendues planes adaptées à la culture des céréales et aux prairies de fauche. Y cascade un petit torrent aux eaux claires, l’Aigue d’Arvieux aussi nommée avec originalité La Rivière sur les cartes modernes.

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Bientôt, apparaît au bout d’une longue ligne droite à la déclivité sournoise, le village d’Arvieux et son église Saint-Laurent, dans un décor de carte postale. En raison de l’ensoleillement des deux versants, la vallée d’Arvieux est baptisée « val d’azur ».
Pour l’heure, c’est le contrôle de ravitaillement avec dans la musette, une salade du berger servie à la terrasse ombragée du restaurant au nom mythique de « Casse déserte ». Aujourd’hui, c’est « Casse croûte copieux » !
Rassasié, j’admire le style italianisant des dernières maisons à arcades typiques du Queyras. Orientées plein sud, elles possèdent deux niveaux avec le logis et l’étable en rez-de-chaussée, et des combles abritant de vastes réserves de fourrage.

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Ici ou là, qui sait être curieux repère un vieux cadran solaire, un four à pain ou une fontaine à laquelle les cyclistes remplissent leurs bidons.
Une fromagerie artisanale, tenue par Ramon Caballe, un vrai nom de grimpeur espagnol ( !), propose de la tomme de l’Izoard, de l’Arvidan, du bleu du Queyras, fleurons de l’activité pastorale sur les alpages alentours.
Au hameau suivant de La Chalp, la coopérative des jouets du Queyras témoigne de la présence abondante sur les pentes, du pin de montagne dit à crochets et du pin cembro, et de la tradition ancestrale des gens du coin de travailler le bois.
Toujours tout droit mais ça monte de plus en plus ! Voici Brunissard, le dernier hameau de la vallée !

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Les anciens contaient l’histoire d’une vieille paysanne battant son beurre. Alors qu’elle s’apprêtait à jeter le petit-lait, elle fut interpellée par une fée costumée de fleurs qui lui suggéra de le conserver et de le faire bouillir avec de l’oseille amère des prés pour obtenir la « jounca », une exquise crème de fromage.
Ici, dans ce jardin naturel jouissant d’un ensoleillement privilégié, les fleurs sauvages alpines et méditerranéennes se côtoient harmonieusement en de délicates taches impressionnistes.

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Métaphoriquement, c’est précisément là que les maîtres des lieux Bobet, Coppi, Thevenet, Merckx composèrent leurs plus beaux tableaux et leurs bouquets de vainqueurs.

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Il ne leur restait plus qu’à apporter quelques touches supplémentaires sur une route tortillant enfin au milieu d’une végétation rabougrie de mélèzes avant d’exposer leurs chefs d’œuvre tout là-haut sur les cimaises du musée :
« Nous débouchons dans la Casse Déserte, véritable musée du cyclisme, devenue aujourd’hui la « classe déserte ». Vous pourrez bientôt vous y recueillir devant la stèle dédiée à Fausto Coppi. Mais qui donc comprendra que ce monument est destiné à associer un homme à un champ de bataille ? Tel que vous le voyez, vous devez avoir plutôt l’impression que Coppi a donné son nom à un boulevard, comme Félix Faure, comme Bonne-Nouvelle, un boulevard qui est d’ailleurs aujourd’hui le boulevard des Italiens. »
Propos talentueux mais désabusés et acerbes d’Antoine Blondin pour fustiger, en cette année 1960, l’ascension du col escamotée par un peloton sous l’emprise d’une cohorte d’italiens Nencini, Battistini et Massignan !
Oublions cet épiphénomène de course : « Séquence Casse déserte, deuxième prise, moteur ! »

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Rien ne laisse présager du spectacle futur ; je monte au milieu d’un clair feuillu offrant quelques superbes panoramas vers le « val d’azur » lorsque, brutalement, au détour d’un virage à droite, je bascule dans un autre univers désolé de crêtes rocheuses, d’éboulis et de vertigineux ravins où ne poussent que de rares sapins faméliques : la Casse Déserte, nom étrange qui nourrit mon imaginaire d’enfant.

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J’y suis ! Je marche enfin sur la lune … enfin, ce que je crois l’être tant le site grandiose apparaît lunaire. Il faudrait demander à Armstrong, Neil de son prénom, le premier homme à y avoir posé le pied.

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On appelle cargneules ces pitons ruiniformes de couleur orangée et à la texture criblée de cavités.

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Au cours de la formation des Alpes, les couches calcaires reposant au fond de « l’océan alpin », la Téthys, datant du Trias (250 millions d’années) et du Crétacé (140 millions d’années) se sont inversées. En glissant l’une sur l’autre il y a 40 millions d’années, ces calcaires ont été broyés donnant naissance à ces roches peu compactées et friables. Sous l’effet des eaux riches en sulfate, l’érosion différentielle affectant les roches, a donné naissance à ce mélange d’éboulis et de crêtes

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« It’s a wonderful world », je suis d’accord avec toi, Louis Armstrong. Vas-y, souffle dans ta trompette, les renommées de Bobet et Coppi !
Est-ce un signe, les dieux du cyclisme n’ont jamais glorifié ici le dénommé Lance, troisième de la lignée Armstrong ?
La chaussée, curieusement, descend à cet endroit de l’ascension, comme pour permettre aux cyclistes de suspendre leur effort et jouir pleinement du paysage. Elle est revêtue d’un excellent enrobé qui ne ressemble en rien au chemin poussiéreux et caillouteux d’il y a un demi siècle.

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J’arpente à pied cette scène de théâtre rocailleuse où furent récités quelques morceaux d’anthologie de la légende des cycles. Je me souviens de la légende d’une photo: Dans la Casse déserte, insensible au drame géologique qui se joue autour de lui, Louison fonce vers Briançon et la victoire.
Voici ce qu’écrivait, le 10 juin 1949 dans la nuit, le grand Dino Buzzati, spécialiste du … Désert des Tartares, alors qu’il suivait pour le compte du journal le Corriere della Sera, la fabuleuse étape Cuneo-Pinerolo du Giro d’Italie disputée sur un parcours de cinq cols alpins frontaliers scellant la réconciliation de deux peuples ennemis quelques années auparavant : « Lorsque aujourd’hui, dans l’ascension des terribles pentes de l’Izoard, nous avons vu Bartali se lancer seul à la poursuite, à grands coups de pédales, souillé par la boue, les commissures des lèvres abaissées par un rictus exprimant toute la souffrance de son corps et de son âme -Coppi était déjà passé depuis un bon moment, et désormais il était en train de gravir les ultimes rampes du col- , a resurgi en nous, trente ans après, un sentiment que nous n’avons jamais oublié. Il y a trente ans, veux-je dire, nous avons appris qu’Hector avait été tué par Achille. Une telle comparaison est-elle trop solennelle, trop glorieuse ? Non. À quoi servirait ce qu’il est convenu d’appeler les études classiques si les fragments qui nous restent à l’esprit ne faisaient pas partie de notre modeste existence ? …
… Vinrent les fantastiques gradins de l’Izoard, qui couperaient le souffle même à un aigle, et qui se terminent par un amphithéâtre désolé de gros rochers abrupts, avec des donjons de pierres jaunes, à l’aspect humain… »
C’est là que sous les coups de pédales d’Achille Coppi, Bartali vécut comme Hector, le drame d’un homme vaincu par les dieux !
Fausto le campionissimo réédita semblable exploit quelques semaines plus tard lors du Tour de France 1949, réussissant ainsi ce qu’aucun coureur n’était encore jamais parvenu à faire, remporter la même année les deux grands tours nationaux.
Pour cela et pour le reste de son œuvre, quelques mois après sa mort, une stèle en marbre blanc fut scellée sur une des cargneules de la Casse déserte auprès de laquelle je me recueille quelques instants. Au pied, dans un vase, de la terre apportée de Castellania, son village natal du Piémont où il repose !

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Je me souviens d’un dessin de Pellos, un caricaturiste qui donnait aux cols du Tour, un visage humain rigolard au-dessus des coureurs insectes s’époumonant à les défier. La Casse Déserte s’était anamorphosée en un Fausto Coppi devant lequel s’inclinait un peloton groupé de « nains de la route ».

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Je me souviens de la couverture du premier numéro du Miroir du Cyclisme pour commémorer la mort du champion italien : Coppi dans son maillot de l’équipe nationale italienne grimpant en danseuse les dernières rampes de l’Izoard lors d’une autre chevauchée solitaire dans le Tour de France 1951.

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Je me souviens de Fausto, spectateur anonyme, photographiant Louison Bobet caracolant en solitaire lors de son premier Tour de France victorieux. Je me souviens de Bobet en danseuse.
À quelques mètres de là où fut pris ce cliché, Bobet, figé à son tour dans le marbre, a rejoint son glorieux paparazzo pour l’éternité.

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Cet après-midi, cars du troisième âge, touristes étrangers et cyclistes déambulent sur le grand « boulevard des Italiens » ! Elle est révolue l’époque de la course Monaco-Paris en 1946, où le coureur Apo Lazaridès alors qu’il était échappé en solitaire avec plusieurs minutes d’avance, s’arrêta pour attendre le peloton. Pris d’une frayeur soudaine, il craignait les ours ! Bien que partant également de la principauté, les concurrents du prochain Tour ne devraient pas connaître pareille mésaventure.

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cassedeserteblog11.jpg1939-07-29 Miroir des Sports Sylvère Maes

Autrefois, l’Izoard faisait trembler. Ainsi, voici la légende de la photographie ci-dessus du Miroir des Sports à l’occasion du passage du belge Sylvère Maes, futur vainqueur du Tour de France 1939 :« Sylvère n’a pour compagnon  sur la route caillouteuse traversant la sinistre Casse Déserte, ruine géologique. Dans cette désagrégation de la montagne, dans cet entraînement de pierres selon les lois de la pesanteur, dans cette fuite des éboulis vers le bas, dans cet arasement auquel résistent seules quelques roches moins friables, Sylvère et les autres coureurs passeront sans s’attarder, et plus pressés d’arriver à Briançon. Comment, en effet, être le témoin impassible de l’assaut gigantesque mené par les agents atmosphériques et l’érosion contre les cimes des Alpes ? »
Souvenirs, souvenirs ! Il est temps d’effectuer les dernières centaines de mètres abruptes pour parvenir au sommet qui culmine à 2 361 m.

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Un mémorial y est édifié pour commémorer l’œuvre du général baron Bergé et des troupes de chasseurs alpins qui construisirent cette route stratégique entre 1893 et 1897. En face, un petit musée consacré au Tour de France est fermé mais soyez sans regret, je vous ai tout dit ou presque !
Maintenant, schuss vers Briançon, enfin … pas tout à fait car la route sinue dans un magnifique décor verdoyant de mélèzes.

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Peu après le sommet, je passe devant un de ces refuges Napoléon créés en exécution du testament de Napoléon Ier en 1855 stipulant l’octroi d’une somme allouée aux provinces les plus éprouvées par les conflits de l’Empire. Le préfet des Hautes-Alpes décida d’affecter ces crédits à la construction de refuges sur les principaux cols du département afin de recueillir les voyageurs malheureux surpris par la nuit ou le mauvais temps.
Dans les virages, je me méfie des cyclistes qui empruntent à la montée, la piste cyclable juste matérialisée par une ligne de peinture … sur la gauche de la route, là où la déclivité est la moins forte ! Excellente initiative, lors de quelques matinées durant l’été, le col sera fermé aux automobilistes pour permettre aux cyclos de vivre leur passion et leurs rêves en toute sécurité.
Je regrette de ne pouvoir m’arrêter quelques minutes au minuscule hameau du Laus avec sa chapelle et ses anciens corps de fermes pleins de charme.
Voici Cervières ! Un jeune berger du cru porta longtemps, accrochée à la ceinture, la gourde en aluminium jetée dans cette descente par Gino Bartali, il y a soixante ans. Vit-il encore ? Où se cache cette relique ? J’eus longtemps dans un placard, un bidon La Vitelloise lancé par Felice Gimondi dans un talus du Pays de Bray !
Objet dérisoire d’une passion de jeunesse irréfléchie ! Lorsqu’on visite le col d’Izoard, on a tous en nous quelque chose du Tour de France ! À l’insu de votre plein gré, vous avez lu quelques morceaux de bravoure littéraire, révisité quelques pans d’histoire de l’Antiquité et la guerre de Troie à Napoléon 1er en passant par Louis XIV et le Dauphin, acquis quelques notions de géologie et de géographie de la France.
J’arrive à Briançon dominée par la vieille ville dite Gargouille, fortifiée par Vauban.
À chaque fois qu’on me parle de Vauban, je pense à Léo Ferré :

 

« Bagnard, au bagne de Vauban
Dans l’île de Ré
J’mange du pain noir et des murs blancs
Dans l’île de Ré
A la ville m’attend ma mignonne
Mais dans vingt ans
Pour elle je n’ serai plus personne
Merde à Vauban … »


Sinon, je vous promets de ne plus vous parler de vélo cette année. Quoique … !

Publié dans:Coups de coeur, Ma Douce France |on 9 juillet, 2009 |2 Commentaires »

Joutes à la Pointe Courte … avec un petit tour à la Plagette

Pour l’avoir choisie comme sujet du premier billet de mon blog (voir 3 décembre 2007), vous savez ma délectation pour la Pointe Courte, pittoresque quartier de Sète en bordure de l’étang de Thau.

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En ce mois de juin, je sacrifie donc à ma traditionnelle promenade, le long des barques et des filets qui sèchent, bras dessus bras dessous avec ma chère tante, une alerte centenaire de 101 ans. C’est jour de fête dans mon cœur, ce sont trois jours de fête chez les Pointus !
Le long des deux quais, des cinq ruelles et sept traverses qui quadrillent la minuscule presqu’île, ils s’activent aux derniers préparatifs. Pendant quelques heures, ils oublient de récolter les palourdes et de tirer les nasses à anguilles dans l’étang.

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Pas de mât à dresser comme dans le savoureux film de Jacques Tati, un autre Jour de fête, mais chacun y va de son conseil « avé l’assent » pour décorer les guinguettes. Ici, on ne la fait pas » à l’américaine » mais façon gauloise. En effet, cette année, le thème des festivités est le village d’Astérix, ce qui colle parfaitement au caractère des irréductibles habitants du quartier, très jaloux de leur identité si particulière, à un quart d’heure à pied du centre de la ville de Sète. Pour la circonstance, ils s’appellent Fleurix, Corsepoufromix, Guy Molleix …

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Nous ne nous offusquons donc pas de croiser, au hasard de notre déambulation, quelques menhirs près des filets de pêche, et même un auroch barrant le passage dans la rue de la Pétanque !

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Ce midi, nous nous régalons d’anchoïade, de sardines en escabèche et d’une tielle, au bord du canal. Aux murs de la brasserie, unique commerce du quartier, sont accrochées quelques photos du tournage de La Pointe Courte, le « vrai » premier film de la Nouvelle Vague, réalisé par Agnès Varda du nom de laquelle les autochtones reconnaissants ont baptisé une rue.

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1954, Philippe Noiret était mince, Sylvia Montfort sculpturale. Quelques années plus tard, sollicitant un autographe, j’osais aborder l’inoubliable Éponine des Misérables dans une rue du village médiéval de Pérouges. Agréablement surprise qu’un gamin de dix ans s’intéressât à une comédienne de théàtre, elle prolongea volontiers cet instant en me posant quelques questions. Connaissant Forges-les-Eaux, ma ville natale, pour la traverser régulièrement quand elle se rendait dans sa propriété aux alentours de Dieppe, elle me demanda quelle était cette monumentale porte en pierre érigée à proximité du casino. Pour avoir souvent entendu mon père en parler, tout fier, je lui dis qu’elle provenait de l’ancienne façade du couvent des Frères Augustins de Gisors, rachetée par l’homme de théâtre Jacques Hébertot propriétaire du dit casino. Ce à quoi elle suggéra à la personne qui l’accompagnait que cela constituerait un magnifique décor pour jouer Andromaque en plein air, puis délivra un gentil baiser sur ma joue sans doute un peu rosie ! Durant quelques secondes, je fus Pyrrhus dans mon inconscient … enfin, c’est ce que je crus comprendre plus tard au lycée !!!

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De longue date, à la Pointe Courte, c’est la fête des voisins presque tous les jours. Dès les premières chaleurs, on sort les tables dans la rue. Mon oncle, vieux sétois de souche, me racontait qu’il n’était pas rare autrefois qu’on lui proposât de s’asseoir pour partager le barbecue, un reste de paella ou de macaronade, ou à tout le moins trinquer au soleil.

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Nous empruntons la Travèrsa des Ajustaires, la Traverse des Jouteurs, pour rejoindre le bord de l’étang où tanguent les deux embarcations de la Lance Amicale Sétoise destinées au tournoi de joutes prévu en fin d’après-midi.

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Les joutes en Languedoc, c’est une vieille histoire qui remonterait au temps des croisades. Dès 1270, à Aigues-Mortes, en attendant d’embarquer pour la terre sainte avec le roi Louis IX, les croisés passaient le temps en s’affrontant en des combats singuliers sur des barques légères.
En 1601, un tournoi de joutes se déroula à Agde pour la venue du duc de Montmorency.
En 1666, les premières joutes furent organisées à Sète pour célébrer la fondation du port.
Bientôt, elles se répandirent dans tout le Languedoc où l’on recense aujourd’hui dix-sept sociétés à Sète, Balaruc-les-Bains, Mèze, Marseillan, Frontignan et Agde, à proximité de l’étang de Thau, à Béziers et Palavas-les-flots en Hérault, et au Grau-du-Roi dans le département du Gard.
Il existe même une fédération nationale de joute et de sauvetage nautique (FFJSN) avec à sa tête, Louis Nicollin, le truculent et charismatique président du club de football de Montpellier.
« N’est pas sétois qui n’a pas jouté » ! À la Pointe Courte, dès que les enfants savent marcher, plutôt que sur des rollers, ils se retrouvent sur des chariots à roulettes à défier leurs camarades avec des petites lances, la tête remplie de rêves de brandir un jour le grand pavois, trophée qui récompense le vainqueur du populaire grand prix de la Saint-Louis, véritable championnat du monde des joutes languedociennes. Pour la postérité, le héros voit son nom gravé sur un pavois exposé dans la salle des joutes du musée Paul Valery.
Événement oblige, le lundi de la Saint-Louis est férié à Sète ! Depuis 1743, dans le cadre du canal royal, devant des milliers de personnes, se règlent de féroces rivalités de quartiers, notamment entre les « italiens » du « quartier naut », le quartier haut, et les pêcheurs de la « poncha », la Pointe.
J’adorais, autrefois, y assister aux côtés de mon regretté oncle, au fait de toutes les subtilités du jeu et des différends entre joueurs, sociétés et quartiers.

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Le dimanche de la fête, la compétition de la Pointe Courte, placée sous le signe de l’amitié et du souvenir, quoique non officielle, donne véritablement le coup d’envoi de la saison des joutes en Languedoc.
N’en déplaise aux sympathiques habitants de la Pointe Courte, je leur suis infidèle le temps de me promener à La Plagette, juste en face, de l’autre côté du canal, là même où, chaque année, à la fin de l’été, la daurade royale effectue sa migration saisonnière, de l’étang à la mer, en se frayant entre les deux quais, un chemin périlleux dans un entrelacs de cannes et de fils de pêche. « La fièvre de la daurade » a contaminé beaucoup plus de sétois que son homologue mexicaine !
L’art prend le large ce week-end. À l’initiative d’Annie Kirsch, sculptrice d’oiseaux, demeurant à La Plagette, une douzaine d’artistes locaux ont investi le quai de la Daurade pour y exposer leurs œuvres.

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Je traîne au milieu des « présences » de Joël Bast, personnages en papier grillagé mis en situation, sinon prêts à embarquer sur l’étang de Thau, du moins intrigués par l’effervescence qui gagne l’autre rive, quai du Mistral.

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Je ne pourrai les voir mais quelques maraîchers du pays de Thau, militant pour le maintien d’une agriculture paysanne, accosteront, à bord de barques à voiles latines, pour « exposer » leur production de fruits et légumes bio.
Retour aux joutes avec le vendredi, la compétition réservée aux jeunes, et le dimanche, le challenge du Souvenir avec les poids moyens et lourds. Le bassin du petit port, blotti entre les cabanons et les filets de pêche, offre un décor plein de charme pour la naumachie, nom donné dans la Rome antique au spectacle de combats navals et plus largement, à l’endroit où ils se déroulaient. Assis dans une barque, debout sur un ponton entre les filets ou en face, à la pointe du Rat ou sur la terrasse du « chat laid », les postes d’observation ne manquent pas.

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Les flonflons proches des hautbois, des tambours et d’une peña, annoncent l’arrivée imminente du défilé des jouteurs en chemise blanche et tricot marin, leurs lances à la main qu’ils croisent pour laisser passer les personnalités du quartier.

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Puis, c’est l’embarquement à bord des deux bateaux aux couleurs immuablement bleu et rouge, en souvenir d’un passé révolu. En effet, à l’origine, les joutes opposaient la barque bleue de la joinessa, les célibataires, à celle rouge des mariés.
Chaque embarcation emmène à son bord, outre les jouteurs ( ajustaires), huit à dix rameurs (vogaires) pour la propulser, deux barreurs (servaires) ou timoniers patrons pour la guider, ainsi que deux musiciens, un hautbois du bas-Languedoc et un petit tambour dit tamborinet.
Le jouteur qui va concourir, se positionne sur la tintaine, plancher en bois culminant à environ trois mètres au-dessus de l’eau, à l’extrémité d’une passerelle fixée à l’arrière de la barque. Les compétiteurs futurs s’asseyent sur la « bigue », partie basse de la tintaine.
Tout un cérémonial préside aux joutes avec, notamment en ouverture, outre aujourd’hui une minute de silence observée en mémoire de deux Pointus disparus, le salut des futurs combattants lors d’un premier croisement des barques, lances levées.

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Puis survient la première charge avec la musique de « Maridats, tenètz-vos ben », Mariés tenez-vous bien (vous en savez l’origine désormais) que les deux couples de hautbois et tambours exécutent pour donner la cadence aux rameurs et du courage aux jouteurs.

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Les jouteurs vêtus tout de blanc y compris les chaussettes obligatoires, se mettent en position de fente avant, tenant sous leur aisselle, une lance de 2,80 mètres munie d’un trident en fer, et de l’autre main, plaqué entre l’épaule et le genou, un pavois, lourd bouclier en bois de 70 cm de hauteur et 40 cm de largeur. Tous muscles bandés, comme hypnotisés par le sifflement charmeur des hautbois, ils se concentrent sur leur cible.

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Au moment de l’assaut, les deux barques se frôlent par la droite pour permettre la passe.
Le coup de lance ne peut être administré que sur la demi surface centrale du pavois adverse, délimitée par les parties intérieures des retenants. Un jury, à terre, est chargé de veiller au bon ordre des passes et à la validité de la charge.
« Lance courte », « passer la garde », faire « double frappe », « sucer », la longue liste des motifs de disqualification n’est pas étrangère, lorsque l’enjeu est d’importance, à d’interminables et savoureuses discussions entre équipages, commissaires et même spectateurs, dignes de dialogues de Pagnol. Et tout cela se complique si l’un des jouteurs est gaucher !

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L’instant le plus prisé du public, est, évidemment, celui de l’impact violent à l’issue duquel le jouteur déséquilibré bascule dans l’eau tandis que le vainqueur, juché sur la tintaine, salue la foule. Unique certitude, seul celui qui remporte le tournoi, reste sec tandis que tous les autres boivent la tasse d’eau dans l’étang.

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Ce sport, même dans sa glorieuse incertitude, établit une hiérarchie et il possède ses champions. Actuellement, au firmament de ces gladiateurs nautiques des temps modernes, brille le sociétaire de la Jeune Lance Sétoise, Aurélien Evangelisti, colossal bébé de 150 kilogrammes, qui a déjà soulevé à cinq reprises le pavois de la Saint Louis et truste nombre de tournois. Le fleuron de l’Amicale des Jouteurs de la Pointe Courte est Stephan Petroff.
Cet après-midi, l’amitié et la bonne humeur priment sur l’enjeu. En prologue, l’un des jouteurs du cru a même lancé le défi, rare selon le speaker, d’envoyer au jus deux adversaires à la fois. Le jouteur victorieux du challenge sera probablement porté en triomphe sur les épaules de ses amis jusqu’au bar du Passage. Les libations se poursuivront tard dans la nuit chez les Pointus.
Demain, la fête sera finie. Tandis que les pêcheurs sillonneront l’étang, les nombreux chats reviendront ronronner au soleil dans le calme retrouvé du petit port.

 


 

 

 

 

 

Publié dans:Coups de coeur, Ma Douce France |on 1 juillet, 2009 |5 Commentaires »

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