Archive pour le 23 juin, 2009

Causses toujours! Du Méjean à l’Aigoual par le col de Perjuret

Fidèles lecteurs, vous connaissez mon habitude, lorsque je roule vers les rivages languedociens, de mettre le clignotant pour humer l’air des grands causses durant quelques heures.
Aujourd’hui, sortie de l’autoroute A75 à hauteur de la butte de Séverac et son château médiéval pour plonger au plus vite vers Les Vignes, hameau aux toits de lauzes et d’ardoises, en surplomb des gorges du Tarn !
Je ne m’attarde pas dans les « détroits » descendus par les célèbres bateliers de La Malène et, Causses toujours, après celui de Sauveterre, je me hisse sur le Méjean par une route en corniche vertigineuse.
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 Situé en Lozère, le causse Méjean qui signifie médian à cause de sa position centrale entre Sauveterre et le causse Noir, s’étend sur 330 km2 à une altitude variant entre 800 et 1247 mètres au mont Gargo, son point culminant.
Il constitue une véritable île calcaire entourée de gorges très profondes creusées par le Tarn au nord, la Jonte au sud et le Tarnon à l’est.
Ce haut plateau quasi désertique où vivent moins de 500 habitants, me rappelle deux savoureux films aux destins opposés.
C’est d’abord le délirant et onirique Calmos, un « nanar anar », véritable pamphlet contre le féminisme galopant des années 70. En ouverture choc , marque de fabrique de l’iconoclaste Bertrand Blier, le gynécologue Jean-Pierre Marielle mange avec une mine dégoûtée, un sandwich au pâté en observant les moindres recoins de sa cliente, les jambes écartées, nymphomane impatiente d’être examinée. Lassé de sa vie trop rangée, il tombe à la sortie de son cabinet, sur Jean Rochefort largué par sa femme, qu’il convainc d’abandonner tout et de se barrer avec lui, loin de toute civilisation, pour aller vivre peinards, en plein air, à la fraîche … sur le causse Méjean. Ils y rencontreront Bernard Blier, un curé truculent et soiffard … puis seront arrêtés par un escadron d’amazones nymphos !. Le film connut un fiasco commercial retentissant.

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Me reviennent aussi la musique de 37° le matin et la sublime scène de l’anniversaire de Betty. Sur le causse désert, rougeoyant au soleil couchant, près d’une bergerie, Zorg alias Jean-Hugues Anglade, sort du coffre de sa voiture, un gâteau aux bougies déjà allumées.
À tes vingt ans mon amour ! Splendide ! Le film émut des millions de spectateurs. Pour être exact, cette séquence fut tournée non loin de là, aux alentours de Marvejols, mais les émotions sont semblables en traversant ce midi, les étendues sauvages et désolées.

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Ne pouvant malheureusement trop flâner, je choisis la « route du milieu » qui me mène à Meyrueis, trace empruntée antan par les transhumances en direction de l’Aubrac depuis Ganges et les garrigues de l’Hérault. D’ailleurs, ici et là, quelques alignements de pierres sèches témoignent des anciennes drailles.

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Amoureux de silence, de solitude, de grands espaces, inutile de fréquenter les agences de voyages, vous avez tout cela dans notre « douce France ».
Le spectacle est grandiose : certains ronchons ne trouveront qu’ennui et désolation face à ce désert pelé d’herbe jaunâtre rappelant les steppes de Mongolie. Coïncidence, les alentours du hameau du Villaret, offrent de faux airs d’Asie centrale avec quelques chevaux de Przewalski paissant en semi liberté dans la lande. Depuis le début des années 90, ont trouvé refuge ici quelques individus de la seule espèce de cheval sauvage qui n’a jamais été domestiqué et qui, hélas, n’existe plus à l’état naturel depuis une quarantaine d’années.
Pour accentuer encore la « mongolitude » du lieu et du séjour, des yourtes en guise de gîtes, sont à la disposition des touristes vers la partie est du causse.

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Je vibre devant la poésie dégagée par les vastes horizons de croupes et pelouses piquetées de buis et de genévriers. A chaque instant, le parcours des nuages modifie la lumière et dès que le soleil revient, les ombres s’enfuient révélant une palette infinie de couleurs égayées par les jaunes et les verts pimpants des fonds fertiles des dolines redessinés par le trait profond des charrues. Le vent, relativement sage, caresse les « cheveux d’ange », ces graminées qui prolifèrent sur la lande.

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Les brebis leur préfèrent le serpolet, la luzerne sauvage, le paturin, le sainfoin, la lavande, toute cette flore rase et odorante dont on retrouve la subtilité dans la tomme de Hyelzas, fleuron fromager du causse. On compte environ vingt mille têtes d’ovins qui constituent la première source de revenu du demi millier de caussenards qui ont choisi la vie apaisante et pure du plateau.

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Le chien du berger protège le troupeau à mon approche. J’entame un brin de causette avec son aimable maître ravi que je décèle l’âme de son pays.
Derrière nous, juste au-delà de la colline, se cache la grotte de l’Aven Armand. Je me souviens d’avoir visité avec mes parents, cette caverne souterraine renfermant de fabuleux trésors de pierres, 400 stalagmites dont une de trente mètres de hauteur, concrétions de calcite montantes construites goutte-à-goutte durant des millions d’années. Mille et une nuits sur le causse !
J’entends le silence juste troublé par les bruissements d’insectes et la musique de quelque alouette démarrant des amas de pierres qui parsèment les pelouses. Il est trop tôt pour entendre le fameux oedicnème criard, le soir au fond du causse.

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25°2 en ce début d’après-midi ! Betty alias Béatrice Dalle n’est pas à mes côtés.Je n’ai pas d’anniversaire à souhaiter encore que je partagerai demain quelques moments d’affection avec ma tante qui vient de souffler ses 101 bougies. Le temps semble se suspendre un instant. Sentiment d’éternité … vite interrompu, « on the road movie again » vers le rebord sud !

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À échelle réduite, je retrouve un parfum d’Easy Rider et des grands espaces du continent nord-américain. La départementale 986 supplée la mythique route 66 et au bout de ces solitudes rocheuses, je dégringole même dans un canyon.

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Née modestement à 1350 mètres d’altitude dans le massif de l’Aigoual, la Jonte a creusé d’impressionnantes gorges sur une vingtaine de kilomètres entre le causse Méjean au nord et le causse Noir au sud avant de se jeter à hauteur du village du Rozier, dans le Tarn, presque injustement plus réputé.
La route qui descend en corniche jusqu’à Meyrueis et ses toits d’ardoises luisant au soleil, offre de superbes échappées sur le défilé et les falaises abruptes sculptées de monolithes aux formes étranges telles les vases de Sèvres et de Chine.

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Tournant le dos aux gorges et aux vautours fauves qui y tournoient, je mets le cap à l’est vers les Cévennes par le col de Perjuret, du vieux français patoisé le Parjure, nom donné par les Ermites du désert à leurs coreligionnaires convertis de gré ou de force.
Sur ce versant, le col de difficulté modeste ne peut prétendre à participer à la légende du Tour de France. La route dont la déclivité oscille entre 3 et 5,5%, serpente au soleil dans une végétation rabougrie.

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Le sommet est un mince câble, légèrement secoué par le vent, reliant le gigantesque radeau du causse Méjean à l’Aigoual. Aucune buvette ni échoppe de souvenirs, juste deux vieilles maisons en pierre du pays !

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Circulez, il n’y a rien à voir … enfin presque car dès l’amorce de la plongée vers Florac, superbe leçon de géomorphologie, je découvre comme en coupe, les falaises en à-pic du rebord du causse Méjean avec ses barres calcaires.

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La chaussée large, bien dessinée, à la pente beaucoup plus raide que sur l’autre versant, glisse le long de l’abrupt. Vers le fond de la vallée, à l’approche du village de Fraissinet-de-Fourques, la route se rétrécit et les virages se font plus serrés. Bientôt, sur la droite, une stèle attire mon attention.

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Au bord du muret, saut … dans le passé, le dimanche 10 juillet 1960 :
« Midi avait sonné, la messe était dite, le soleil grillait les Causses à perte d’horizon. Aucun signe de vie sur les crêtes pelées ni dans les gorges où l’ombre dessinait des quadrillages menaçants. Seul un mince filet de gens ourlait notre chemin, sortis de quelles grottes et agglutinés de place en place pour donner naissance à de chaudes petites oasis humaines. Nous venions de franchir le col de Perjuret et plongions à virelets que veux-tu, chacun pour soi et Dieu pour tous ! Sauf pour un seul …
Nous vîmes à un tournant Rostollan qui faisait de grands gestes et remontait à contre-courant en criant : « Roger a tombé ! Roger a tombé ! » Impossible de nous arrêter sur le toboggan où nous étions lancés. Nul n’avait vu disparaître Rivière, ni parmi ses compagnons, ni parmi les témoins. Pendant cinq minutes, on le crut volatilisé, rayé purement et simplement de la carte du monde, dont le paysage immense et chaotique qui nous entourait nous donnait l’échelle. Or, il gisait, à un vingtaine de mètres, en contrebas, dissimulé par un repli de terrain, frappé d’une sorte de paralysie qui lui interdisait le moindre geste, le moindre appel. Et toute cette nature qui l’entourait lui faisait un linceul rugueux.
»
Ainsi, Antoine Blondin conte « la tragédie du Parjure » qui fait qu’à jamais, ce petit col de Lozère appartient à la légende des cycles.

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Plus que Raymond Poulidor, Roger Rivière promettait de battre en brèche, l’hégémonie de Jacques Anquetil. Rouleur d’exception, champion du monde de poursuite et détenteur du record du monde de l’heure, il envisageait d’étendre sa suprématie dans les épreuves sur route. En l’absence de son rival récent vainqueur du Giro d’Italie, il s’affirmait comme le grandissime favori du Tour de France que seul pouvait lui contester le porteur du maillot jaune, l’italien Nencini, celui-là justement qu’Anquetil venait de vaincre sur ses terres pour quelques secondes, après une empoignade farouche dans les Dolomites (pour les mordus de cyclisme, voir Jacques Anquetil, l’idole de ma jeunesse, billet du 15 avril 2009).
Et à vouloir garder le contact avec Nencini, exceptionnel descendeur, le destin de Rivière bascula dans le vide …

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Devant le monument érigé en souvenir du champion fracassé, j’étale ma culture vélocipédique auprès d’un couple de cyclotouristes peu au fait du drame puisque l’épouse avoue être née cette année-là. Je leur donne même à feuilleter une revue spécialisée de l’époque. Photos à l’appui, nous tentons de visualiser le lieu de l’accident : un demi-siècle plus tard, la nature n’a guère changé et nous repérons le petit ruisseau et son lit de pierres auprès duquel gisait Rivière caché par les feuillages.

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« C’est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue… »

Durant quelques minutes, Roger Rivière, héros rimbaldien, fut le dormeur d’un val cévenol.

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« L’hélicoptère d’évacuation, dans l’impossibilité de se poser sur le palier abrupt où Rivière s’était arrêté dans sa chute, tournait au-dessus de nous. Il atterrit dans l’enclos d’un vieux paysan, noueux comme un ceps de bois dont sont faits les Dominici, à l’instant où, avec une étonnante majesté qu’elle tirait de sa lenteur, l’ambulance déboucha à moins de vingt à l’heure, pour éviter les heurts, et s’arrêta en lisière du champ. Dix photographes, tombés on ne sait d’où, se trouvèrent miraculeusement à la parade. Rivière apparut sur sa civière, l’œil mi-clos, livide comme jamais, et baigné dans sa sueur. On lui fit escorte jusqu’à la nacelle, et tout le monde suivant les paysannes, les chiens, les valets de ferme et même le vieux qui flairait dans tout cela les grands remous de sorcellerie.
Il regarda avec respect l’hélicoptère brasser l’air puis jaillir de son champ en apothéose déchirante. Alors, seulement, il poussa un hurlement et parla d’aller chercher son fusil. Toute pitié l’avait déserté. Le dénouement venait de se jouer sur sa récolte de haricots, six mois de labeur, cinquante mille francs de semis. Le sombre dimanche qu’il vivait n’avait pas exactement les couleurs du nôtre.
»
Anecdote tragi-comique qui illustre la vie rude des paysans de ce pays. Il n’y a probablement plus de témoin de la scène à Fraissinet-de-Fourques qui ne compte plus qu’une soixantaine d’habitants. Les commerces ont fermé, les fermes ont évolué en quelques gîtes ruraux. Près du vieux pont, l’eau de source des Clauzels continue à couler à la fontaine.

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J’oblique à gauche délaissant la « route du Tour » qui, en cette sinistre journée, empruntait un peu plus loin, comme un symbole, sur la corniche des Cévennes, « le col de l’Exil par où fuyaient vers la Prusse et la Hollande, les familles qui voulaient préserver leur foi et leur vie puis le col du Glas, appelé pudiquement d’Uglas, pour effacer jusqu’au souvenir des sonneries lugubres qui annonçaient les troupes catholiques donnant l’assaut aux protestants » !
« Roger Rivière n’est plus parmi nous. Le formidable appareil d’information qui alimente la vie intérieure du Tour pour le meilleur et pour le pire continue de nous relier à la clinique où on l’a transporté, mais les antennes sont en berne … Demain a disparu, on nous l’a proprement escamoté à un tournant de la route. Il a fallu ce drame pour que nous prenions conscience de ce que l’avenir de cette course que nous vivons reposait antérieurement sur les épaules d’un seul champion. Avec lui, l’aventure et la surprise ont basculé dans le ravin ». Le Tour de France, orphelin de son favori, ne fut plus qu’une longue procession jusqu’à Paris, juste troublée, dans la traversée de Colombey-les-deux-églises, par le salut amical du Général de Gaulle qui, clin d’œil du destin, devait passer dix ans plus tard, la dernière nuit de sa vie hors de son domicile, au château monastère d’Ayres près de Meyrueis..
Grandeur et décadence d’un champion cycliste qui ne se cachait pas de recourir à des pratiques dopantes. À son arrivée à la clinique de Montpellier, on retrouva dans une poche de son maillot, un des cachets de palfium emmenés au départ et quelques pilules d’amphétamines.
Les médecins administraient du palfium aux malades en phase terminale pour atténuer leurs souffrances. Ce très puissant analgésique soulageait probablement Rivière de la fatigue mais les effets sédatifs en retardant les réflexes et en déconnectant le système nerveux moteur, l’empêchèrent sans doute de freiner à temps, en ce funeste dimanche de juillet 1960.
Roger Rivière, une des innombrables victimes du dopage, ne recourut jamais. Un petit ruisseau de Lozère avait (dé)fait le grand Rivière !
De retour sur le Méjean, après le K.O sportif … le chaos de Nîmes-le-Vieux ainsi baptisé par analogie à celui proche de Montpellier-le-Vieux, lo Clapàs Vièlh comme l’appelaient les bergers, lo Clapàs étant le surnom donné par les montpelliérains à leur cité.

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Surprenant ressaut rocheux en bordure du causse comme des remparts le protégeant, ce relief ruiniforme provient de la dissolution de la roche dolomitique qui laisse en place les parties les plus résistantes et sculpte les formes les plus étranges.
Je reviendrai aux abords du Veygalier, errer dans cette ville fantôme de rochers inquiétante dès que le soleil disparaît, et exciter mon imaginaire devant les créations captivantes, terrifiantes ou grotesques telles la Marmite de Gargantua, le Lion et même des Arènes, Nîmes oblige.

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Je coupe la route au sommet du col de Perjuret pour franchir le Mont Aigoual, la dernière difficulté de la journée avant de plonger vers le littoral languedocien. Au calcaire du causse, succède le granite dont sont bâties les quelques maisons de Cabrillac, rare hameau situé sur un replat entre les rivières naissantes de la Jonte et du Tapoul.
J’arpente quelques instants l’unique ruelle malgré l’os macabre posé sur le panneau à l’entrée du village.

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Après quelques kilomètres en forêt, je retrouve en vue du sommet les croupes rases des pâturages et … un vent terrible à décorner les béliers de la draille d’Aubrac. Avec moult difficultés, je parviens tout de même à m’extraire de mon véhicule.
Brrrrrrr ! Au pied de la station météorologique, château fort construit à la fin de XIXème siècle, le mercure atteint péniblement dix degrés.

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Climatiquement, le Mont Aigoual qui culmine à 1567 mètres, est excessif : -28° C en 1956, rafales dépassant 360 km/h le 1er novembre 1968, 10 mètres de neige tombée l’hiver 1995-1996, deux mètres de pluie en moyenne par an, 240 jours de brouillard !
L’Aigoual, situé sur la ligne de partage des eaux entre l’océan Atlantique et la mer Méditerranée, est le théâtre du conflit entre les masses d’air chaud venant du sud et celles nuageuses et humides arrivant de l’océan.
Cet après-midi, à en juger par leur démarche titubante, le vent saoule nombre de touristes pourtant en admiration devant le panorama exceptionnel à 360 degrés dans un rayon de 300 kilomètres : au nord, les grands Causses bien sûr, le mont Lozère, la chaîne des puys du Cantal, vers l’ouest, le Canigou et les Pyrénées, le Ventoux puis les Alpes à l’est avec le massif des Écrins et le Mont Blanc.

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Pour l’instant, plongée au sud vers le Pic Saint Loup et la Méditerranée ; la chaleur revient dans la longue descente en épingles du col de la Seyrérède. En bas, il fait trente degrés !
J’ai omis de vous dire que la Lozère, le département le plus désertique de France, s’enorgueillit de la faible prévalence de cancers chez les seniors et du plus petit nombre de diabétiques. À défaut de vous y installer comme Marielle et Rochefort, venez humer quelques heures, l’air vivifiant du causse Méjean !

 

Publié dans:Coups de coeur, Ma Douce France |on 23 juin, 2009 |1 Commentaire »

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