Les chats de la bergère

chatblog1.jpg

« Quand Margot dégrafait son corsage
Pour donner la gougoutte à son chat
Tous les gars, tous les gars du village
Etaient là, la la la la la la
Etaient là, la la la la la
Et Margot qu’était simple et très sage
Présumait qu’c'était pour voir son chat
Qu’tous les gars, tous les gars du village
Etaient là, la la la la la la
Etaient là, la la la la la… »

N’en déplaise à Brassens, l’attendrissante histoire que je vous conte, est moins leste que sa chanson. Qu’à cela ne tienne, je suis persuadé qu’il aurait aimé mes chats « anars », libres de toute contrainte.

chtsblog4.jpg

Il est donc un petit coin d’Ariège où une bergère accueille avec bienveillance, une multitude de chats qu’une petite fille est là, la la la la la la à contempler presque quotidiennement, chaque été.
Depuis une dizaine d’années, ces Sans Litières Fixes, à l’abri de toute expulsion bien qu’incapables de produire quelque papier de pedigree, ont élu domicile dans une remise de la bergerie.

chatblog2.jpg

A pas de loup, la jeune enfant s’approche pour les débusquer quand ils ronronnent aux heures chaudes de la journée dans le bric-à-brac de la grange. Chacun, matou ou chaton, a trouvé refuge qui au milieu des outils et burettes, qui sur les sacs de grains, qui sous un engin agricole.

chatblog5.jpg

chatblog6.jpg

chatblog13.jpg

Tout mouvement trop intempestif effraie l’engeance féline, extrêmement peureuse, qui s’enfuit immédiatement vers des postes d’observation plus sûrs. Cependant, il est un subterfuge quasiment infaillible pour la rassembler. La fillette plonge sa main dans un antique congélateur hors d’usage, et en ressort une poignée de croquettes qu’elle disperse à la volée.
Il suffit alors de patienter quelques instants. L’appel du ventre est si fort que toute la troupe rapplique pour le festin.

chatblog8.jpg

Ici aussi, les bonnes manières ne sont pas toujours de mise, les chats des champs sont moins civils que les chats des villes. Il y a le « gros porc » de chat qui ne laisse pas sa part, et se goinfre au museau et aux moustaches de ses congénères. Malgré tout, chacun finit par trouver pitance et si, besoin est, la cuisinière attendrie, lance un « rab » de croquettes qui rassasie les moins audacieux.
Il faut aussi composer avec les chiens qui s’invitent à la table mais, en général, tout se passe convenablement. Chiens et chats de bergers, loin de se regarder de travers, sont doux comme des moutons !
C’est pendant le repas que la fillette peut espérer caresser les chatons voire en saisir un mais… attention aux coups de griffes et morsures. Il n’y a guère d’espoir de les séduire et domestiquer ; la promotion (coussin) canapé n’est pas vitale chez les chats de la bergère qui socialement, préfèrent l’ascension des rouleaux de paille après la moisson. Il existe aussi une France des chats d’en bas et une France des chats qui se lèvent tôt pour traquer mulots et campagnols. Chat vous étonne ???

chatblog9.jpg

Les chats de la bergère ne possèdent pas tous les canons de la beauté. D‘Appellation d’Origine de gouttière ou labour absolument pas Contrôlée, frisant même la consanguinité, ils sont souvent affligés de quelques défauts de fabrication, borgne, poil peu reluisant, claudication. Cependant, ils sont tous « trognons » ; loin de tout artifice et d’esprit de séduction, leur vie est de fréquenter les champs de pommes de terre Belle de Fontenay, pas les concours de miss de la dame homonyme à large chapeau. Aucune chatte ne peut même briguer la couronne de reine de Sheba !
Il est difficile de retrouver ses petits tant ces chats convaincus du bien-être du retour à la terre, prônent une vie en communauté ; l’esprit hippie n’est pas vain chez eux.
Une fois repus, familiarisés avec notre présence, ils s’égayent aux alentours de la bergerie. Sous la surveillance maternelle des chattes, les petits font les pitres pour le plus grand plaisir de la petite fille : séance de gymnastique au timon d’une vieille carriole, cabrioles dans le foin, cache-cache dans la luzerne, emmêlement dans les rouleaux de clôtures électriques, visite aux agneaux nouveaux-nés, le terrain d’aventure est immense. A vouloir fouiner partout, il est arrivé que l’on retrouve l’un d’eux prisonnier à l’intérieur du congélateur (hors service, je reprécise) !

chatblog11.jpg

chatblog10.jpg

chatblog3.jpg

« Avec leurs gniards
Mignons mignards,
Leur beau matou,
Leur gros toutou,
Les pharisiens,
Les béotiens,
Les aoûtiens,
Dans leur auto,
Roulent presto,
Tombeau ouvert,
Descendant vers
La grande mare,
En passant par
Montélimar.

Dites d’urgence
A ces engeances
De malheur
Et à leurs
Gniards
Que chiens, chats
N’aiment
Pas l’ nougat
Même
Même celui
D’Montélimar…. »

L’ami Georges, toujours lui, stigmatise tous ces affreux maîtres qui abandonnent leurs animaux de compagnie sur le chemin des vacances. Il leur arrive même d’oublier leurs enfants sous le soleil de plomb d’un parking !
La morale de ma fable est qu’il y a des miracles dans la cour des chats. Si ce n’est pas du nougat pour eux du côté de Montélimar, c’est par contre, du « milhas » pour ceux errants nés sous une pas si mauvaise étoile que cela (les nuits d’août en Ariège en sont constellées), dans le coin de Saint-Girons.
Et tant pis pour les gars du village si notre Margoton occitane ne donne pas la gougoutte à ses chats !

 


 

 

 

 

Publié dans : Coups de coeur |le 3 décembre, 2008 |1 Commentaire »

Vous pouvez laisser une réponse.

1 Commentaire Commenter.

  1. le 23 février, 2009 à 21:28 maesv écrit:

    Je vous ai regardé caresser vos chats d’un objectif tendre et cocasse,vos Sans Litières Fixes m’ont fait sourire par la malice du mot, moi qui change cent litières fines(-ment odorantes…) par an, à la place d’une jeune fille de 16 ans qui se veut « Maman d’un’tit chat » sans en comprendre le dévouement …
    Mais il faut que jeunesse se passe… et apprenne un jour sur le tas comme tous les parents que nous sommes l’on fait… et après avoir appris la « parentitude », on en est à la « grand-parentendresse »…
    Que batifolent les chatons et les folles enfants, la vie un jour cesse d’être un jeu et il sera tôt assez !
    Que jeunesse se passe dans les champs, les prés, les chansons … mais surtout pas dans un congèlateur …!

    Répondre

Laisser un commentaire

CLASSE BRANCHEE | Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Dysharmonik