Archive pour novembre, 2008

Le Beaujolais nouveau est arrivé … avec Fallet, Liechti et Sarcloret

Le vin nouveau, c’est de l’histoire ancienne ; en l’an 1200, le crieur de vin Raoulet annonçait ainsi, dans les rues de Paris, l’arrivée du vin nouveau: « Le vin est nouvellement en perce, à plein pots et à pleines tonnes, vin discret, plein, courant comme un écureuil en bois, sans goût nul de pourri ni d’aigre ; il court sur lie, sec et vif, clair comme larme de pêcheur. Voyez comme il mange sa mousse, comme on le voit sauter, étinceler et frire ; tenez-le un peu sur la langue et vous en sentirez le goût passer au cœur ».

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En ce qui me concerne, « Le Beaujolais nouveau est arrivé », cette affichette qui fleurit aux vitrines des bistrots et cavistes, le 20 novembre, a probablement fait tilt dans mon inconscient d’épicurien, en 1975, à la parution du roman éponyme de René Fallet.
L’écrivain, fidèle ami de Brassens, avait déjà fait mouche avec son ouvrage précédent « Le braconnier de Dieu », dédié à Antoine Blondin (tout un programme !), qui débutait de manière truculente : « Ce fut en allant voter Pompidou que Frère Grégoire rencontra le péché ». S’en suivait la description d’une mémorable cuite (sans doute pas au vin de messe !) de l’ecclésiastique, s’écartant du chemin de Damas tandis qu’il empruntait le chemin de Diou, petite commune du Bourbonnais, pour se rendre aux urnes.
Cette fois-ci, Fallet célébrait le vin de l’amitié, des « copains d’abord », Camadule, Poulouc, Debedeux et Captain Beaujol, véritable bande à Bonnot de la chopine.

« – Ca vaut quand même pas un Chambertin-Clos-de-Bèze.
Camadule méprisa Beaujol à tue-tête :
-C’est pas comparable, mollusque à mazout ! Le Beaujolais nouveau, c’est pas un premier cru, c’est le Beaujolais nouveau, et rien de plus. C’est un pinard malin, un ouistiti de vin, un petit truc sympa et poétique. Evidemment, la poésie et toi, vous passez pas par le même chemin !
Beaujol répéta, obtus :
-Ca vaut pas un Chambertin-Clos-de-Bèze.
Camadule lui tourna le dos avec brusquerie :
-T’es trop con. Des cons comme ça, à leur mort, faut les expédier au musée de l’Homme, et en recommandé avec accusé de réception, pour pas les égarer. »

La verve de Fallet a tout dit, à travers la langue fleurie des clients du Café du Pauvre de Villeneuve-sur-Marne. En aucun cas, il ne s’agit d’élever au pinacle, ce jus de raisin auquel on veut absolument attribuer, chaque année, un goût de framboise, banane, châtaigne, que sais-je encore ?
Il me revient, à ce propos, une anecdote vécue qui avait pour cadre, un centre commercial près de chez moi. Un employé maison, à la rouge trogne, habillé d’un tablier bleu, récitait consciencieusement sa leçon en invitant les clients à déguster le nectar de l’année. A l’un d’eux, commentant les différents arômes, il acheva son exposé en lui conseillant d’être patient quelques minutes pour sentir en bouche le retour des fruits rouges.
Quelle ne fut pas mon hilarité de revoir, quelques minutes plus tard, le facétieux client demander au caviste de circonstance, interloqué, « s’ils étaient revenus ? –Qui ça ? … Les fruits rouges, voyons ! »
De la même manière que sur la route des vacances, la mythique 2 CV décapotée, procurait des sensations plus exaltantes que la BMW climatisée, au tableau de bord en bois de ronce, le « jus d’octobre », le « lait d’automne » (images poétiques dues à Brassens) nouvellement tiré dans les vignobles de cépage gamay au nord de Lyon, cultive l’amitié et l’esprit de fête en ce troisième jeudi de novembre.
Excusez-moi de vous décevoir si en ce domaine, mes maîtres sont plutôt Rabelais, Fallet, Carmet et Depardieu que Robert Parker ! Cela étant, pour rassurer Captain Beaujol, mes papilles frissonnent encore, trois décennies plus tard, d’un inoubliable Chambertin-Clos-de-Bèze.
Hors le merchandising international associé à l’événement, j’ai choisi, cette année, de sacrifier à ce culte païen du vin nouveau avec un beaujolais villages tiré à l’ancienne et non filtré, de chez G.Descombes à Villié-Morgon. Sur un cou d’oie farci et une tomme de montagne d’Ariège, il damnerait définitivement le Frère Grégoire, héros romanesque des temps modernes dans la droite ligne du Frère Jean des Entommeures de l’hôte de la Devinière !

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Avant de vous saouler complètement avec mes réflexions franchouillardes, je préfère changer de sujet et évoquer … ma soirée « Beaujolais nouveau » à la salle du Scarabée de La Verrière, commune tranquille des Yvelines qui compte parmi ses curiosités, un établissement psychiatrique pour enseignants déprimés … je ne risque pas d’être sans abri ! La programmation y est très plaisante ; j’y fis connaissance du chanteur poète chef de gare italien Gianmaria Testa, et y redécouvris Leny Escudero.
L’an dernier, lors de son concert, Yves Jamait, à qui j’ai emprunté la maxime en sous titre de mon blog, avait planté sur la scène, un décor de bistrot peut-être proche de son cher Bar de l’Univers de Dijon. Il est vrai que le talentueux chanteur dont le premier opus se nomme « De verres en vers », trouve une bonne part de son inspiration dans l’alcool et ses errances.
Ce soir, envers du décor, les gradins ont laissé place à un bar et des tables rondes autour desquels s’amasse le public … d’un certain âge ; les « happy hours » beaujolpif ne semblent pas tenter la jeunesse d’aujourd’hui !
Ambiance conviviale, amis de longue date ou connaissances de dix minutes, les langues se délient autour d’une avenante assiette de charcuterie et de fromages arrosée d’un beaujolais nouveau … légèrement pétillant ! Monsieur le maire fait le tour des tables pour serrer la main de ses ouailles et ceux des communes voisines.
Une heure plus tard, le rideau se lève sur le Vincent Liechti Trio, citoyens verrièrois qui recueillent d’emblée, logiquement, l’adhésion du public. Sans y paraître, Vincent Liechti nous raconte un peu sa vie à travers une dizaine de chansons de sa composition, intelligemment troussées, témoignage d’un engagement rafraîchissant.

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Accompagné à l’accordéon, clavier, guitare et banjo par le couple Michèle et Jean-Michel Jardin, sur des airs balançant entre musette, folk, country et blues, il évoque avec humour ses anciens petits boulots dans sa cité, et son rêve quasi inaccessible, vu ses convictions, de terminer sa carrière comme directeur de cabinet à l’Elysée ; il nous berce avec nostalgie dans ses congés d’été à Noirmoutier-en-île (un cousinage évident avec la Belle-Ile de Voulzy !) et nous offre un émouvant hommage à Abou Ammar alias Yasser Arafat. Maniant la dérision, il raconte ses déboires avec la police lors d’un contrôle si peu inopiné à Trappes City. Ça sent le vécu à plein nez !Il a des accents de Renaud et Aristide Bruant dans « A la Boissière » qu’il n’interprète pas ce soir.
Pour le final, on a envie de se lever et gambiller sur La java de La Verrière:

« On n’en fait pas tout un plat
Et pourtant elle plait
La java de La Verrière
On la danse les reins cambrés
La démarche inspirée
La casquette ouvrière
On va m’dire que c’est comme ça
Dans toutes les javas
Moi je l’avoue sans manière
La java que je préfère
C’est la java d’La Verrière… »

… puis boire un petit coup à la santé de ce chanteur des Yvelines (« le Far West de la région parisienne » comme il dit) qui mérite de trouver des lieux de concert à hauteur de son réel talent.
En seconde partie, décor très minimaliste avec un amas de poubelles qui servent de rangement aux guitares de Sarcloret, un chanteur suisse romand.

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Je ne peux affirmer que ce soit totalement exact mais il semblerait qu’il s’appelait Sarclo et aurait changé de patronyme pour éviter la confusion des genres. Ce qui est sûr par contre, c’est qu’il publie ses œuvres sous son propre label, les Côtes du Rhône productions. Il remporte le Prix Brassens à Sète en 1990. Le public français le découvre alors qu’il « tourne » en première partie de Renaud lequel prétend que « Sarclo est la plus belle invention suisse depuis le trou dans le gruyère ». Incongruité ou « incongruyèrité » car chaque amateur de fromage digne de ce nom, sait que le gruyère suisse n’a pas de trous à la différence de l’emmental !
Parfois, il chante en trio lors de « quinzaines du blanc » sous le pseudonyme des 3 Suisses mais ce soir, il est seul en acoustique ! Les présentations sont faites et le ton est d’ores et déjà donné.
Autre élément de mise en scène, un écran sur pied, réplique fidèle de celui sur lequel vous essayiez autrefois de cadrer laborieusement et projeter les ennuyeuses diapositives de famille. Vont y défiler tout au long du concert, de savoureuses photographies de tombes et épitaphes dont il nous demandera d’élire notre favorite lors de votations comme on dit dans son pays. Rien ne nous surprend de sa part puisqu’il nomme son spectacle « Tournée posthume » et son dernier CD, « A tombeau ouvert ».
Le public s’esclaffe sur chaque tombe: « Je ne crains point car le Seigneur est mon berger allemand », « Le chèque est parti ce matin », « Je t’aime à pierre fendre », « C’est un miracle si on baise ce soir », ‘C’est bien le moment de penser aux fleurs », « Soixante ans de gros rouge dans des verres à moutarde » et à Nutella ajoute-t-il, « Dieu est mort, moi aussi », ma préférée ! … En première exclusivité, on a même droit aux stèles de Jean-Marie Le Pen et son homologue helvétique Christoph Blocher !

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La filiation avec Desproges, saute aux oreilles à l’évidence. L’olibrius, pince-sans-rire, assène les pires rimes vachardes, ainsi A la mort de Pierre Bache-Lait, patronyme qui sent bon les terrils suisses, je veux dire les alpages du Valais :

 

« A la mort de Pierre Bache-Lait
J’m'ai fait une poêlée d’rognons
En chantant d’un air guilleret :
« T’es mort », j’ai mis du citron

Hervé Villart, Silvie Vartend
Ils sont toujours là, on attend
Yves Duteille, Gérard L’hénormand
C’est pareil, ça prend un moment… »


La mort, qui fait partie de la vie, hante Sarcloret :

 

« La vie savez-vous n’est pas longue
Et à faire les choses à moitié
On la traverse à peine
Et on voit qu’on est passé à côté

Auriez vous bien voulu vouloir
Ou avez-vous vraiment voulu ?
N’avez-vous rien voulu savoir
Ou n’avez-vous vraiment rien su ?
Avez-vous cru devoir pouvoir
Et n’avez-vous vraiment rien pu ?
Vous avez bien cru vous y croire
Mais on vous a bouffé tout cru… »


Il égratigne son paradis fiscal de pays :

 

« Comment faire un pays heureux
En étant si peu chaleureux
C’est bien joli un pays vert
Mais pas tant qu’un pays ouvert
Comment faire un pays honnête
En étant juste à moitié net
A toujours tout faire pour les riches
On est juste un pays qui triche… »

Avec « ses gros mots, il dit de grosses choses » distillées dans des rimes approximatives, et derrière son cynisme de façade, perce une immense tendresse et sensibilité à fleur de peau.
Une bonne dose de Desproges, un doigt de Renaud, un zeste de Thiéfaine, un soupçon de Félix Leclerc tel est le délicieux cocktail que Sarcloret nous concocte … avant de nous inviter à poursuivre la soirée autour du bar.

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Rideau sur le Beaujolais nouveau 2008 ! La semaine prochaine, je pars sur les « Traces de vie », un bien sympathique festival du film documentaire à Clermont-Ferrand qui s’ouvre traditionnellement par une festive dégustation des trop méconnus crus d’Auvergne.

 


 

 

 

Publié dans:Coups de coeur |on 27 novembre, 2008 |2 Commentaires »

Spécial copinage!

C’est ainsi que s’intitulait, d’antan, la rubrique coup de pouce ou coup de pub de Charlie Hebdo.
Aujourd’hui donc, je « fais l’article » pour un site éminemment sympathique, nouvellement apparu sur la Toile.
Son auteur est un de mes anciens élèves de vingt ans et plus (putain, 20 ans !) et mon supérieur hiérarchique, il y a cinq ans … mais bon, vu le peu de respect que l’un et l’autre manifestons à l’égard de cette échelle administrative masquant souvent nombreuses carences humaines et professionnelles… enfin, passons ! Pour ces raisons et pour bien d’autres, il est surtout mon ami ! Il a atterri dans la blogosphère deux ans avant moi et aujourd’hui, il nous lance en pleine figure sa Pierre d’écriture, son nouveau site ( voir adresse dans la rubrique liens sur la page de gauche).
Ne l’esquivez pas, vous n’avez rien à craindre de ce pacifiste marchand de cailloux littéraires. Ses projectiles sont des pépites finement ciselées par un amoureux de la langue française. Qui plus est, il les décore de jolies photographies … son maître de trente ans est peut-être pour quelque chose, dans son affection pour l’image !
Comme moi, il adore la plume et l’encre avec lesquelles il conte et raconte beaucoup de lui-même à travers nouvelles et romans.
En défilant régulièrement l’écheveau de son site, vous retrouverez sans doute aussi, non exhaustivement, le philosophe, le ramasseur de champignons, le pêcheur, le gratteur de guitare amoureux de Renaud et Brassens, le cuisinier de pâtes italiennes (entre autre), l’amateur des vieilles demeures au charme suranné (c’est l’expression consacrée, les vieilles demeures ont toujours un charme suranné !) et des yourtes mongoles … sans ordre hiérarchique, vous savez maintenant qu’on n’aime pas !
Tant pis si l’Education Nationale ne sait pas reconnaître et garder un tel talent, il pourra ainsi consacrer plus de temps à nous régaler.
Bon vent (Jean)-Pierre d’écriture !

 

Publié dans:Coups de coeur |on 22 novembre, 2008 |1 Commentaire »

Les écluses de Fonseranes (Hérault)

« Les mariniers
Me voient vieillir
Je vois vieillir
Les mariniers
On joue au jeu
Des imbéciles
Où l’immobile
Est le plus vieux
Dans mon métier
Même en été
Faut voyager
Les yeux fermés.
Ce n’est pas rien d’être éclusier … »

Chantait Jacques Brel, inspiré sans doute par les canaux du « plat pays qui est le sien ».
Ce n’est pas rien, non plus, d’être l’éclusier de Fonseranes, dans les faubourgs de Béziers, sur le canal du Midi.

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Mais en préface de mon histoire d’eau, rendons hommage à Pierre-Paul Riquet, le créateur génial de ce « fleuve paisible » que l’UNESCO, en 1996, a classé dans le patrimoine mondial de l’humanité.
Il mérite d’appartenir au « Grand Siècle », celui du Roi Soleil, de Colbert qui crée l’Académie des Sciences, celui de Descartes, Corneille, Racine, Molière, Pascal, La Fontaine, Boileau, excusez du peu !
Né à Béziers en 1609, d’un père notaire et procureur du roi, il s’installe avec sa famille, à Revel, où il exerce la fonction de fermier des gabelles, collecteur de l’impôt sur le sel, qui lui permet d’amasser une fortune considérable. C’est là que mûrit son utopie, relier par un canal, l’Atlantique à la Méditerranée et, ainsi, épargner à nos navires, le long crochet par le détroit de Gibraltar, les tempêtes des golfes et les canons espagnols. Cela constitue d’ailleurs, un argument de poids auprès de Colbert, surintendant des bâtiments et contrôleur des finances ; Gibraltar cessant d’être un passage obligatoire, les revenus du Roi d’Espagne à Cadix, diminueront tandis que ceux de Louis XIV s’accroîtront.
Pour apporter l’eau à « son » canal, Riquet s’improvise géomètre, géographe, dessinateur, hydraulicien. Il arpente la Montagne Noire à la conquête de torrents et ruisseaux aux noms poétiques ; bientôt, il capte les eaux de la Bernassonne, l’Alzau, le Lampillon, d’autres encore, qui viennent grossir, par une rigole, ce coquin de Sor, à proximité du Seuil de Naurouze, ligne de partage des eaux.
Notre Moïse du Languedoc lance un chantier gigantesque, durant quatorze ans, avec douze mille ouvriers qu’il rémunère confortablement. Précurseur de la sécurité sociale, il leur paye les dimanches et fêtes ainsi que leurs jours de maladie.
Reculant devant aucun obstacle, il construit des digues, des ponts, des réservoirs, des moulins, des tunnels comme celui de Malpas, long de sept cent mètres, sous l’oppidum d’Ensérune, des écluses simples, doubles… octuples ! Il habille les bords du canal, de peupliers, ormeaux, chênes, mûriers, oliviers, platanes…
Enfin, le 18 mai 1681, le Canal Royal du Languedoc est ouvert, en grandes pompes, de Naurouze à Toulouse … en l’absence de son génie concepteur, décédé le 1er octobre 1680.
En 1789, les révolutionnaires lui donnent le nom de Canal du Midi, plus populaire et démocratique. Lorsque l’état en reprend possession, en 1898, il fusionne les canaux du midi en un seul baptisé Canal d’entre deux mers puis Canal des deux mers. Cependant, de Toulouse à Sète, le cœur des languedociens continue de battre pour « leur » canal du Midi dont Claude Nougaro, le poète occitan immortalisa l’eau verte.
Parmi les nombreux ouvrages édifiés le long de la voie navigable, il en est un qui mérite le nom d’œuvre d’art voire de chef d’œuvre, l’escalier d’écluses de Fonseranes.

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Pour permettre aux bateaux de franchir un dénivelé de 21,44 mètres sur 304 mètres de longueur, sur le coteau face à sa ville natale de Béziers, Riquet imagine une échelle de huit écluses successives qui, trois siècles plus tard, draine un afflux de visiteurs.
A l’origine, une fois les écluses franchies, le canal emprunte, dans la traversée de la ville, le cours de l’Orb, au débit capricieux et dangereux en période de crues. Aussi, entre 1854 et 1857, est édifié un autre ouvrage de belle architecture, un pont-canal enjambant l’Orb, de 240 mètres de longueur et 28 de largeur. Par voie (d’eau ?) de conséquence, la huitième écluse en aval, qui permettait d’accéder à l’Orb, est mise hors service, et le port Notre-Dame délaissé au profit de Port-Neuf.

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Cet après-midi, la foule de curieux assiste au rite des péniches et house-boats égrenant le chapelier d’écluses. Ce sont environ dix mille embarcations par an, et une soixantaine quotidiennement à la belle saison, qui veulent vivre les « grandes eaux » de Fonseranes, un peu comme ces touristes du monde entier qui affluent vers Versailles, pour admirer une autre machinerie d’eau royale de la même époque. Ici aussi, plaisanciers et mariniers sont confrontés aux embouteillages aux heures de pointe mais, à la différence de leurs collègues routiers, ils les acceptent avec le sourire. Le temps est vécu différemment sur l’eau et le passage des fameuses écluses constitue le clou de leur voyage.

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Le principe de l’écluse à sas avec des portes busquées, aurait été introduit en France, au XVIe siècle, par Léonard de Vinci.
L’écluse se compose d’un sas ou chambre à eau où pénètre le bateau, limité sur les côtés par deux murs ou bajoyers, et à l’avant et à l’arrière, par une porte. Ici, les bajoyers sont incurvés donnant une forme ovoïde très esthétique et remédiant aux problèmes d’effondrement rencontrés à cause de la pression de la terre quand le sas est vide.

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Lorsque le bateau est montant, c’est-à-dire dans le sens inverse de l’écoulement de l’eau, un membre de l’équipage saute sur le quai avant qu’il entre dans le sas et récupère les amarres qui lui sont lancées pour maintenir le bateau immobile dans le sas. L’amarrage peut être également effectué par un des curieux amassés le long du bajoyer, tout fier de participer à la manœuvre.

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Les vantaux de la porte aval se ferment puis les vantelles ou vannes de la porte amont s’ouvrent laissant pénétrer l’eau jusqu’à ce que le niveau atteigne celui de l’écluse amont ; il est alors temps d’ouvrir les vantaux de la porte amont pour que le bateau pénètre dans l’écluse suivante. Ce manège est donc répété sept fois.

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Dans le sens avalant, le même que l’écoulement de l’eau, ce sont les vantaux en amont qui se ferment et les vantelles en aval qui s’ouvrent, de sorte que cette fois, le sas se vide pour équilibrer le niveau avec le bief suivant.

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Selon leur taille, trois ou quatre bateaux peuvent loger ensemble dans un sas. En comptant entre un quart d’heure et vingt minutes pour se loger et écluser dans chaque bief, il faut donc plus d’une heure et demie pour franchir le monument.

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Les passages sont réglementés par le service des Voies Navigables de France et des tranches horaires sont réservées aux avalants et montants. Cet après-midi, j’assiste au dernier éclusage avalant tandis qu’au pied de l’escalier, les péniches attendent à quai, les ordres de l’éclusier, pour entamer, bientôt, leur progression montante.

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A Fonseranes, au plus fort de la navigation estivale, les éclusiers ne chôment pas entre la régulation de la navigation, la sécurité, l’aide fournie aux plaisanciers néophytes dans leurs manœuvres, l’entretien des abords du site et le climat de convivialité qu’ils doivent savoir créer chez et entre les spectateurs et les acteurs du canal.
Les échanges entre ceux-ci, quoiqu’éphémères, sont souvent empreints de chaleur. Du bajoyer, en surplomb de l’embarcation, on partage un peu l’intimité des bateliers, la famille qui se repose ou goûte autour de la table de leur jardin flottant, quelques sirènes qui exposent leur anatomie bronzée, quelques baragouinages en diverses langues… on retrouve un peu une ambiance portuaire entre ceux qui restent sur le plancher des vaches, et les heureux marins d’eau douce qui bourlinguent sur les canaux, porteurs de souvenirs et d’anecdotes.
Le rail et la route ont suscité, dans le courant des années 1970, le déclin des pinardiers et céréaliers qui constituaient depuis trois siècles, l’essentiel de l’activité du canal.
Alors, afin que le canal continue à remplir sa fonction de transport marchand, et que les péniches, en conformité avec le nouveau gabarit Freycinet (trente-huit mètres), puissent y naviguer, des ingénieurs décidèrent de doubler l’escalier d’écluses saturé en haute saison, par une pente d’eau censée réduire à six minutes, le temps de franchissement du dénivelé d’eau de Fonseranes.
Cet ouvrage, ouvert en 1990, que l’on aperçoit sur une dérivation à proximité du canal, consiste à déplacer le long d’un plan incliné en pente douce, alimenté en permanence par un léger flot d’eau, un coin d’eau, poussé ou retenu par deux motrices montées sur pneus, dans lequel s’encastre la péniche. On en trouve des modèles similaires à Montech sur le canal latéral à la Garonne, et à Arzviller sur le canal de la Marne au Rhin.

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Le génie de Riquet n’est pas encore égalé et la pente d’eau de Fonseranes, victime de plusieurs pannes, peu fiable, n’a jamais réellement fonctionné avec efficacité, et est laissée à l’abandon, faute de moyens, pour la plus grande joie des plaisanciers fiers de franchir les mythiques écluses.
Je me hisse au sommet du site où je retrouve le canal dans son costume habituel, sinuant paresseusement à l’ombre de deux rangées d’arbres. Sur la rive gauche, se dressent la maison de l’éclusier et les anciennes écuries où se reposaient autrefois les chevaux après avoir halé, le long des rives du canal, les coches d’eau transportant les voyageurs.

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En me retournant, en surplomb de l’échelle d’écluses, je jouis du superbe panorama sur Béziers et la cathédrale Saint-Nazaire.
« J’ai un canal dans la tête, il faudra bien qu’il sorte ». Là-bas, Pierre-Paul Riquet statufié sur les allées du centre ville qui portent son nom, passionné et visionnaire, prophète en son pays pour l’éternité, savoure le ballet des chalands, véritables fourmis agrippées aux marches de son merveilleux escalier d’eau.
J’ai envié, dans un billet précédent, les enfants chanceux de la communale du plateau du Larzac qui avaient suivi une classe d’eau sur le canal du Midi. J’espère assouvir, un jour, le même rêve.

 

 

 

 

 

 

Publié dans:Ma Douce France |on 19 novembre, 2008 |Pas de commentaires »

Le cimetière du Père-Lachaise musical(e)

N’ayez crainte, le titre de mon billet, calembour pitoyable, ne suggère nullement la version morbide d’un jeu très prisé à la fin des mariages où le moins vif des participants se retrouve, penaud, seul debout.

« J’ai des tombeaux en abondance,
Des sépultures à discrétion,
Dans tout cimetière de quelque importance
J’ai ma petite concession.
De l’humble tertre au mausolée,
Avec toujours quelqu’un dedans,
J’ai des petites bosses plein les allées … »

En ce temps de Toussaint où nous rendons hommage à nos chers disparus, Brassens et sa guillerette Ballade des cimetières, m’ont donné l’idée de me promener dans le plus grand cimetière de Paris, à la rencontre de la musique sous toutes ses formes, qu’elle soit classique ou de variétés, militante ou rengaine, ancienne ou contemporaine, française ou étrangère.

« Il y a cent ans commun commune
Comme un espoir mis en chantier
Ils se levèrent pour la Commune
En écoutant chanter Potier
Il y a cent ans commun commune
Comme une étoile au firmament
Ils faisaient vivre la Commune
En écoutant chanter Clément … »

Ce midi, ces vers de Jean Ferrat, toujours vivant je vous rassure, (1) m’incitent à me rendre d’abord, dans le discret square Samuel de Champlain, adossé à la nécropole. Là, peu de gens le savent, se trouve d’une certaine façon, le « faux-vrai » Mur Des Fédérés , un monument construit avec les pierres originales du mur devant lequel, le 28 mai 1871, se retranchèrent les derniers combattants communards avant d’y être fusillés par les troupes « versaillaises » du président Adolphe Thiers.

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De querelles de puristes en débats houleux, les partisans de la Commune obligèrent le conseil municipal de Paris à baptiser l’œuvre de Paul Moreau-Vauthier, « Mur des révolutions » et à l’ériger, en 1907, hors de l’enceinte du cimetière, en bordure du boulevard Gambetta.

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Ce pan de muraille verdie par la mousse, criblée d’impacts de balles par la volonté du sculpteur, taguée par l’immaturité d’imbéciles, demeure émouvant avec une allégorie féminine de la Justice, les bras déployés comme pour protéger les victimes dont les visages douloureux ou les mains crispées sont à peine esquissés dans les moellons ; à peine lisible, une citation de Victor Hugo : « Ce que nous demandons à l’avenir, ce que nous voulons de lui, c’est la justice, ce n’est plus la vengeance ».

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J’accède au cimetière par la rue (prémonitoire) du Repos et, très vite, dans l’allée pavée qui mène, cette fois, vers le « vrai-faux » mur ( !), je me sens coupable d’un délit de faciès éminemment sympathique et pacifique, à la vue des piétons qui m’accompagnent. J’en devine immédiatement la cause confirmée par deux jeunes anglaises qui me demandent avec un délicieux accent si je sais où se trouve la tombe de Jim !. Guère besoin du plan pour la rejoindre, il suffit de suivre toute personne à cheveux longs, en jeans, un k-way ou une capuche, avec un sac, éventuellement une canette ou une bouteille en plastique à la main, à défaut, être attentif à multiples petits graffiti sur des chapelles qui balisent le chemin.

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Bientôt, dans la division 6, bien déserte par ailleurs, des barrières métalliques de protection, un gardien permanent pour éviter tout débordement intempestif de l’attroupement qui se recueille sur la tombe de Jim Morrison, l’une des plus fréquentées. Vaincu, à vingt-sept ans par une vie débridée, l’alcool et la drogue, le « poète maudit », soliste des Doors, les « portes » ouvertures symboliques vers un au-delà inconnu, y repose depuis 1971.

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Ses fans du monde entier lui vouent un culte immodéré, deux d’entre eux dérobèrent son buste il y a vingt ans, certains se contentent d’y fumer et d’y boire … « Pourquoi je bois ? Pour pouvoir faire de la poésie » écrivait Jim … tous y planent quelques instants.

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A quelques dizaines de mètres de là, Frédéric Chopin, une autre légende du siècle précédent, tout aussi planante, décédée également prématurément victime de la tuberculose. J’ai eu l’occasion de vous en parler lors de ma récente promenade au Parc Monceau (voir billet du 5/11/2008).

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La nuit tombée, il convie son voisin de tombe, le pianiste de jazz Michel Petrucciani à des « bœufs » mémorables pour la plus grande joie de l’habitant d’en face, un certain Pierre Desproges sur les cendres duquel a poussé un rosier. Etonnant non ?

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Avec son humour corrosif incomparable, l’ami Pierre brocarde encore le handicap physique de Petrucciani ; « on peut rire de tout mais pas avec tout le monde » affirmait-il ! Lors de ses récitals, pour « meubler », il lui arrivait de dire que le Père Lachaise a épousé la mère Tabouret!!!

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Cet après-midi, il doit sourire d’entendre quelqu’un fredonner, devant la tombe de Gustave Charpentier, les premières notes du célèbre Te Deum qui, souvenez-vous enfants de la télé en noir et blanc, servait d’indicatif aux retransmissions en « eurovision ».

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Petite erreur de prénom et de trois siècles, le Te Deum est l’œuvre de Marc-Antoine Charpentier, musicien du XVIIe siècle, qui demeure le compositeur baroque français le plus joué en concert. Quant à l’ami Gustave, qui s’est éteint en 1956, loin de déparer, son chef-d’œuvre est l’opéra Louise.
Contemporain de Chopin, Luigi Cherubini le côtoie pour l’éternité. Ce compositeur italien auteur de l’opéra Médée, créa même son Requiem en ré mineur pour qu’il fût joué lors de ses propres funérailles nationales.

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Non loin de là, demeure tel qu’il était lors des obsèques, le mausolée de Vincenzo Bellini, compositeur italien de musique romantique du XIXe siècle. Exhumé en 1875, Bellini est enterré dans la cathédrale Sainte Agathe de Catane, sa ville natale. Coïncidence, on dit du créateur du célèbre opéra La Norma, qu’il fut un des plus grands mélodistes lyriques, influençant Chopin.
Louise, Médée, Norma, trois œuvres magnifiées par la voix de Maria Callas ! Une plaque au columbarium rend hommage à la cantatrice incinérée ici. Ses cendres y furent dérobées puis retrouvées, avant d’être finalement dispersées en mer Egée.

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Un chat sauvage avance son museau hors d’une tombe désaffectée … aucun lien de parenté avec Dick Rivers !
Cap vers l’est du cimetière, après la musique classique, une musique plus profane … « moi, j’aime le music-hall » !

« … C’est le refuge des chanteurs poètes
Ceux qui se montent pas du col
Et qui restent pour ça de grandes gentilles vedettes
Moi j’aime Juliette Gréco
Mouloudji, Ulmer, les Frère Jacques
J’aime à tous les échos
Charles Aznavour, Gilbert Bécaud
J’aime les boulevards de Paris
Quand Yves Montand qui sourit
Les chante et ça m’enchante… »

Certains vivent encore heureusement.
Hasard de mon errance, je passe devant la tombe de Bruno Coquatrix, essentiellement connu comme directeur et propriétaire de l’Olympia, la célèbre salle de music-hall de la rive droite comme on la nommait autrefois pour la distinguer de Bobino, sa consoeur de la rive gauche. Les fans hystériques de Bécaud et Johnny y cassèrent les fauteuils, Brel y fit ses adieux parisiens, Piaf la sauva de la faillite et de la disparition en y interprétant en 1961, Non, je ne regrette rien, tous les grands vinrent y chercher la consécration.
Je me souviens encore de la première fois où, enfant, mes parents m’y accompagnèrent ; au programme, le trio Raisner, des harmonicistes dont l’un d’eux, Albert, devint un animateur populaire à la télévision, Jean Constantin avec sa grosse moustache et son succès Les Pantoufles, toufles-toufles, et Juliette Gréco et ses longs cheveux défaits sur sa robe noire ; Gréco chantant « Et je m’en vais clopin-clopant/Dans le soleil et dans le vent » composé justement par Coquatrix.
Encore quelques mètres et je rejoins Henri Salvador dans son « jardin d’hiver » qu’il occupe depuis février dernier. Sait-on que derrière le fantaisiste aux multiples refrains populaires, salué ici par quelques mots d’un admirateur griffonnés sur une photographie de Juanita Banana, se cache le seul chanteur français de variétés, avec Sacha Distel, à figurer dans le Dictionnaire du Jazz ?

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Une petite fille, lors de son premier karaoké, sur la place d’un village corse, choisit de susurrer :

 

« Une chanson douce
Que me chantait ma maman,
En suçant mon pouce
J’écoutais en m’endormant.
Cette chanson douce,
Je veux la chanter pour toi
Car ta peau est douce
Comme la mousse des bois… »

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Sa voix de crooner fut souvent des invitations aux voyages :

 

« J’aimerais tant voir Syracuse,
L’île de Pâques et Kairouan
Et les grands oiseaux qui s’amusent
A glisser l’aile sous le vent,

Voir les jardins de Babylone
Et le palais du Grand Lama,
Rêver des amants de Vérone
Au sommet du Fujiyama,

 

Voir le pays du matin calme,
Aller pêcher au cormoran
Et m’enivrer de vin de palme
En écoutant chanter le vent… »

Mais voici qu’une voix puissante me tire de ma rêverie et m’invite à m’approcher :

 

« Allez venez! Milord
Vous asseoir à ma table
Il fait si froid dehors
Ici, c’est confortable
Laissez-vous faire, Milord
Et prenez bien vos aises
Vos peines sur mon cœur
Et vos pieds sur une chaise
Je vous connais, Milord
Vous ne m’avez jamais vue
Je ne suis qu’une fille du port
Une ombre de la rue… »

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C’est la « môme » Piaf qui repose tout à côté, avec son dernier compagnon Théo Sarapo. Gravés dans le marbre, en guise d’épitaphe, « Dieu réunit tous ceux qui s’aiment », les derniers mots de son poignant Hymne à l’amour. C’est l’un des monuments les plus visités et les mieux fleuris, plus encore depuis la sortie du film qui valut un Oscar à Marion Cotillard.

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A quelques mètres de là, la sépulture d’Henri Krasucki, ancien secrétaire général de la CGT, également responsable de la jeunesse juive durant la seconde guerre mondiale. « Musique, Piaf, Salvador, Krasucki, cherchez l’intrus » dirait Desproges. Derrière le syndicaliste aux manières gouailleuses mi-Bourvil, mi-De Funès, se cachait un grand résistant torturé et déporté, d’une grande finesse d’esprit, polyglotte ainsi qu’un mélomane unanimement reconnu. Il entonna des milliers de fois L’Internationale lors de congrès, meetings, défilés ainsi que commémorations devant le Mur des Fédérés presque face à son caveau.

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A quelques pas, voici la tombe de Jean-Baptiste Clément, chansonnier montmartrois et communard, auteur de l’inoubliable Temps des cerises :

 

« Quand nous en serons au temps des cerises
Et gai rossignol et merle moqueur
Seront tous en fête,
Les belles auront la folie en tête
Et les amoureux du soleil au cœur.
Quand nous en serons au temps des cerises
Sifflera bien mieux le merle moqueur…

…J’aimerai toujours le temps des cerises
C’est de ce temps là que je garde au cœur
Une plaie ouverte,
Et dame Fortune, en m’étant offerte,
Ne saura jamais calmer ma douleur.
J’aimerai toujours le temps des cerises.
Et le souvenir que je garde au cœur. »


Cette romance, écrite en 1866, est à l’origine, un chant révolutionnaire qui deviendra fortement attaché à l’histoire de la Commune de Paris, le fruit rouge comme le sang et le drapeau, symbole de liberté et résistance. Elle fut reprise par de nombreux artistes, Yves Montand et Mouloudji, avec qui j’ai rendez-vous tout à l’heure, en offrant des versions très talentueuses à mon goût. Chanson emblématique de l’identité de la Gauche française (pas celle du Congrès de Reims !), elle fut interprétée, à la Bastille, par la cantatrice Barbara Hendricks en hommage au président défunt François Mitterrand, le 10 janvier 1996.
Clément est aussi l’auteur de Semaine sanglante, autre chant de veine plus guerrière, dénonçant le massacre des « communeux » par les « Versaillais » :

 

« …Le peuple au collier de misère
Sera-t-il donc toujours rivé ?
Jusques à quand les gens de guerre
Tiendront-ils le haut du pavé ?
Jusques à quand la Sainte Clique
Nous croira-t-elle un vil bétail ?
À quand enfin la République
De la Justice et du Travail ?

Oui mais !
Ça branle dans le manche,
Les mauvais jours finiront.
Et gare ! à la revanche
Quand tous les pauvres s’y mettront.
Quand tous les pauvres s’y mettront. »


Ce pamphlet figurait au répertoire de chanteurs engagés, trop méconnus, comme Marc Ogeret et Francesca Solleville.
Après avoir écouté chanter Clément, je pars écouter Pottier ! … si, bien sûr, je trouve sa tombe, ce qui n’est pas gagné vu la perplexité dans le regard qu’affichent les guides et promeneurs auprès desquels je me renseigne : « Excusez-moi mais qu’a-t-il fait ce monsieur ? »
Eugène Pottier écrivit tout simplement, en juin 1871, en pleine répression de la Commune, le poème L’Internationale, mis en musique par Pierre Degeyter quelques mois après sa mort, le « tube des tubes » à travers le monde avec sa chorégraphie du poing levé, l’hymne universel du mouvement ouvrier, repris par les mouvements socialistes, communistes et anarchistes, cri de révolte des étudiants chinois, place Tian’anmen, en 1989. Ah ! si la SACEM avait existé en son temps, les arrières petits-enfants de Pottier seraient à l’abri du besoin pour toute leur vie à l’inverse de leur aïeul mort dans une profonde misère.

 

« Debout ! les damnés de la terre
Debout ! les forçats de la faim
La raison tonne en son cratère :
C’est l’éruption de la fin
Du passé faisons table rase
Foule esclave, debout ! debout !
Le monde va changer de base :
Nous ne sommes rien, soyons tout !

 

C’est la lutte finale
Groupons nous et demain
L’Internationale
Sera le genre humain… »


L’enseignant, le cœur à gauche un peu meurtri de cette plongée aux oubliettes, cependant tenace, finit par dénicher sa tombe émouvante.

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Sur le socle, un livre ouvert avec, usés par la patine du temps, quelques titres de ses poèmes révolutionnaires, outre L’internationale, L’Insurgé, Ce que dit le pain, La toile d’araignée, La mort d’un globe et Jean Misère dont Mouloudji chanta la cruelle condition :

 

« Décharné, de haillons vêtu
Fou de fièvre, au coin d’une impasse,
Jean Misère s’est abattu
Douleur, dit-il, n’es-tu pas lasse ?]

{Refrain:}
Ah mais ! Ah mais !
Ça ne finira donc jamais ?
Ah mais ! Ah mais !
Ça ne finira donc jamais ?

 

Pas un astre et pas un ami !
La place est déserte et perdue.
S’il faisait sec, j’aurais dormi,
Il pleut de la neige fondue.

 

Est-ce la fin, mon vieux pavé ?
Tu vois : ni gîte, ni pitance.
Ah, la poche au fiel a crevé.
Je voudrais vomir l’existence.

 

Je fus bon ouvrier tailleur,
Vieux, que suis-je ? Une loque immonde.
C’est l’histoire du travailleur,
Depuis que notre monde est monde… »


Cent trente ans plus tard, à l’époque des « enfants de Don Quichotte », ces couplets résonnent d’une grande modernité.

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Je m’éloigne tandis que quelques uns des ignorants croisés se rapprochent, intrigués, de l’objet de ma curiosité… J’aurai fait œuvre utile !
Je contourne le columbarium pour rejoindre une pierre étonnamment modeste compte tenu de l’immense notoriété de ses occupants, Yves Montand et Simone Signoret. Montand est l’une des très rares vedettes françaises de music-hall à se prévaloir d’une carrière internationale.

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En adéquation avec ses origines prolétariennes, il chanta le Paris populaire d’avant-guerre, aimant flâner sur les grands boulevards …

« …Y a tant de choses, tant de choses
Tant de choses à voir
On n’a qu’à choisir au hasard
On s’fait des ampoules
A zigzaguer parmi la foule
J’aime les baraques et les bazars
Les étalages, les loteries
Et les camelots bavards
Qui vous débitent leurs bobards
Ça fait passer l’temps
Et l’on oublie son cafard

 

Je ne suis pas riche à million
Je suis tourneur chez Citroën
J’peux pas me payer des distractions
Tous les jours de la semaine
Aussi moi, j’ai mes petites manies
Qui me font plaisir et ne coûtent rien
Ainsi, dès le travail fini
Je file entre la porte Saint-Denis
Et le boulevard des Italiens … »


Ou se distraire à Luna Park

 

« Dans mon usine de Puteaux
On peut dire qu’ j’ ai le fin boulot
Ça f’ sait bien trois cent soixante cinq jours de long
Que j’ vissais toujours le même sacré petIt boulon
Mais celà ne m’ empêche pas de chanter
Hidlele hidlele hideledele
Dès que j’ ai ma petite heure de liberté
Hidlele hidlele hideledele
Je vais tout droit à Luna Park… »


Son engagement politique envers des idéaux de gauche, nourrit aussi son répertoire avec notamment, Le temps des cerises de Clément et le Chant des partisans, l’hymne de la résistance française pendant l’occupation allemande. Le documentariste Chris Marker, dans La solitude du chanteur de fond, filma sa démarche à l’occasion de son retour sur scène en soutien au peuple chilien.
Je m’écarte de la tombe dont fut exhumé le chanteur, il y a quelques années, dans le cadre d’un sordide fait divers, pour me recueillir devant la stèle voisine délaissée complètement par la foule des curieux.

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Et pourtant, repose là Francis Lemarque, un grand monsieur de la chanson française, injustement méconnu, auteur d’environ quatre cents chansons dont certaines ont été reprises dans le monde entier.

 

« A Paris
Quand un amour fleurit
Ça fait pendant des semaines
Deux coeurs qui se sourient
Tout ça parce qu’ils s’aiment
A Paris…

…Depuis qu’à Paris
On a pris la Bastille
Dans tous les faubourgs
Et à chaque carrefour
Il y a des gars
Et il y a des filles
Qui sur les pavés
Sans arrêt nuit et jour
Font des tours et des tours
A Paris »

C’est de lui !

 

« Il est revenu le temps du muguet
Comme un vieil ami retrouvé
Il est revenu flâner le long des quais
Jusqu’au banc où je t’attendais
Et j’ai vu refleurir
L’éclat de ton sourire
Aujourd’hui plus beau que jamais … »


C’est encore de lui ! Bal, petit bal, c’est toujours de lui, de même Quand un soldat pamphlet antimilitariste, censuré dans les années 1950.

 

Un petit cordonnier qui voulait aller danser
Avait fabriqué de petits souliers
Une belle est entrée qui voulait les acheter
Mais le cordonnier lui a déclaré :
« Ils seront à vous sans qu’ils vous coûtent un sou
Mais il vous faudra danser avec moi »
Petit cordonnier t’es bête, bête
Qu’est-ce que t’as donc dans la tête, tête ?
Crois-tu que mon coeur s’achète, chète
Avec une paire de souliers ?

Cordonnier est toujours le plus mal chaussé et ce poète de Paris et ses faubourgs, souffrit probablement quelque part du prestige de ses interprètes privilégiés Montand et Mouloudji, ses voisins dans l’éternité.

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Marcel Mouloudji, amis lecteurs de ma génération, vous le découvrîtes peut-être, lors des séances de ciné-club, le samedi après-midi, avec le projecteur ronflant au milieu de la salle de classe. Alors adolescent, Mouloudji était un des trois collégiens de l’association secrète des Chiche-Capon dans le film culte Les disparus de Saint-Agil.
« Catho par (sa) mère, musulman par « son) père », comme il l’évoque dans l’une de ses chansons, « Moulou » est un gamin de Paris qui vécut dans le quartier de Belleville, non loin d’ où il repose. Il célèbre le Paris populaire de sa jeunesse, à travers de nombreuses chansons telles que Rue de Lappe écrite par … Francis Lemarque, qui figure sur son premier disque avec Barbara de Prévert et Si tu t’imagines. Il manifeste son engagement politique en interprétant Le déserteur de Boris Vian ce qui lui vaut d’être censuré sur les ondes.
Grand Prix de l’Académie du Disque 1953, Grand prix Charles Cros 1952 et 1953, il connaît la consécration avec son chef d’œuvre Comme un p’tit coquelicot (voir billet Le coquelicot du 16 juillet 2008) et Un jour tu verras :

 

« Un jour tu verras
On se rencontrera
Quelque part, n’importe où
Guidés par le hasard

Nous nous regarderons
Et nous nous sourirons
Et la main dans la main
Par les rues nous irons… »


Un jour, vous verrez, je vous emmènerai en balade, près du bassin de La Villette, au Square Marcel Mouloudji juste pour le plaisir de vous vanter plus longuement le talent de cet artiste aux multiples facettes que les années yéyé laissèrent trop dans l’ombre.

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Je quitte sa tombe toujours fleurie, bien évidemment, de coquelicots, pour retrouver quelques mètres plus bas, Gilbert Bécaud dont la fin de carrière en demi-teinte, occulte qu’il fut un monstre sacré du music-hall, la première idole des jeunes. J’avoue que, cet après-midi, il est difficile d’imaginer que les mamies qui se recueillent devant sa sépulture, étaient probablement, il y a un demi siècle, ces jeunes filles, cassant les fauteuils de l’Olympia, électrisées par « Monsieur 100 000 volts ».

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Sur la pierre, un piano miniature, réplique de ceux que Bécaud martyrisait bien avant que Johnny brisât ses guitares, ainsi que plusieurs objets bleus à pois blancs, clin d’œil à la cravate fétiche dont ne se séparait jamais l’artiste sur scène.

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Des images et des sons de ses concerts me reviennent quand cet exceptionnel showman entamait une polka endiablée avec « Jules au violon », un casatchok avec Nathalie, une course éperdue à la poursuite d’un voleur d’orange ou une ba(l)lade a capella avec ses baladins.
Je me souviens aussi d’une vraie « grosse noce » d’une cousine, pour laquelle mes parents m’avaient demandé de chanter « Les marchés de Provence »… pas facile pour un écolier normand de vendre ses salades « avé l’assent » !
Je devine dans un arbre voisin, un Oiseau de toutes les couleurs dont une petite fille me chante parfois les pépiements.

 

« Je ne sais pas pourquoi
Cette mélodie me fait penser à Chopin
Je l’aime bien, Chopin
Je jouais bien Chopin
Chez moi à Varsovie
Où j’ai grandi à l’ombre
A l’ombre de la gloire de Chopin

Je ne sais pas pourquoi
Cette mélodie me fait penser à Varsovie
Une place peuplée de pigeons
Une vieille demeure avec pignon
Un escalier en colimaçon
Et tout en haut mon professeur… »


Il se dit que, certains soirs, l’ami Gilbert joue quelques notes à l’intention du Pianiste de Varsovie dont je vous ai entretenu plus tôt.
Et maintenant … une pensée pour Marie Trintignant, la voisine de Bécaud, avec le joli hommage de Vincent Delerm au film de Claude Lelouch, Un homme, une femme, son très nostalgique Deauville sans Trintignant à la fin duquel on entend la voix du père de Marie.
En redescendant la colline, je fais connaissance avec la famille Goublier, musiciens émérites du siècle dernier. La pierre rappelle que Gustave commit L’angélus de la mer et Le credo du paysan tandis que son fils Henri composa La cocarde de Mimi Pinson… beaucoup de lyrisme dans ces œuvres !

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J’aurais souhaité dire bonjour à Edouard Lalo, musicien du XIXe siècle, compositeur de la Symphonie espagnole et de l’opéra Le Roi d’Ys, ainsi qu’à Georges Delerue, créateur fécond de musiques de films, notamment de la Nouvelle Vague … On lui doit Le tourbillon de la vie, l’inoubliable chanson de Jules et Jim.
Le soleil de novembre décline vite ; juste avant la sortie sur le boulevard de Belleville, courte halte devant la chapelle de Rossini. Le corps du célèbre compositeur italien du Barbier de Séville, inhumé ici en 1868, fut transféré, dix-neuf ans plus tard, en la basilique Santa Croce de Florence.

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« Je suis le roi du ciseau
De la barbiche en biseau
Je suis le barbier de Belleville
Des petits poils jusqu’aux cheveux
Je fais vraiment ce que je veux
J’ai toujours été hanté
Par le désir de chanter
Manon, Carmen ou Corneville
Alors, avoues que c’est râlant
D’avoir la vocation sans le talent
Je n’ai pas de voix
J’essaye quelques fois
Mais ça ne vient pas
Je n’suis pas doué pour l’opéra… »

Cette ultime note d’humour empruntée à Serge Reggiani, clôt ma promenade, le long des allées ombragées du Père-Lachaise, à la rencontre de « l’âme de tous ces poètes dont les musiques et les chansons, longtemps, longtemps, longtemps, après qu’ils soient disparus, continuent de courir les rues » .

(1) Ainsi va la vie et la mort, l’ami Jean Ferrat s’en est allé depuis, le 13 mars 2010!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans:Coups de coeur |on 12 novembre, 2008 |2 Commentaires »

Obama président, Noirs et blancs en couleurs

Nuit blanche devant mon petit écran pour qu’enfin, à 4h 58, l’immense espoir devienne réalité, Barack Obama entrait dans l’Histoire en devenant le premier président à la peau noire à la Maison Blanche.

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« Je ne vois rien devant moi
Rien qui arrive par derrière
Je me fraie un chemin dans le noir
Je ne sens que cette chaîne
qui m’entrave
J’ai perdu la trace de ce que
j’ai parcouru
De la route accomplie, des hauteurs gravies
Sur mon dos une pierre de 400 kilos
Sur mon épaule une corde de
800 mètres

Allez, debout pour l’élévation
Allez, mets tes mains dans les miennes
Allez, debout pour l’élévation
Debout pour l’élévation ce soir

 

Suis sorti de chez moi ce matin •
Le son des cloches emplissait l’air
Je portais la croix de ma vocation
Sur des roues de feu j’ai roule jusqu’ici …

 

II y a des esprits au-dessus et derrière moi
Visages devenus noir, yeux étincelants
Que leur sang précieux m’entrave
Seigneur, tandis que je me tiens dans ta
lumière ardente …

 

Je te vois Mary au jardin
Au jardin des mille soupirs
II y a des images sacrées de nos enfants
Qui dansent dans un ciel si lumineux
Puisse-je sentir tes bras autour de moi
Puisse-je sentir ton sang se mêler au mien
Un rêve de vie m’apparaît
Comme un poisson-chat dansant au bout d’une ligne… »

Il s’agit de quelques couplets de The Rising, une superbe chanson, écrite à la suite de la tragédie du 11 septembre 2001, par Bruce Springsteen, planétairement connu pour ses refrains militants sur l’Amérique profonde et ouvrière.
Comment ne pas penser à ces paroles du « boss » du rock en ce jour d’élection du nouveau « boss » des Etats-Unis ? Une histoire de « boss » en somme !
D’ailleurs The rising ouvrait tous les meetings du candidat démocrate avant même qu’il y a trois jours, le 2 novembre, Springsteen, en chair et en os, « casse la barack » et le reprenne lors d’une ultime réunion de campagne, devant 80 000 personnes, à Cleveland dans l’Ohio, un de ces fameux « swing states », un de ces états-clés qui a basculé en faveur d’Obama.
Cette nuit, un « rêve de vie » mouillait de bonheur, les yeux de millions d’américains.
Aujourd’hui, pour communier avec la population noire des Etats-Unis, je pense aussi à ce sublime « negro spiritual » sorti des veines de Claude Nougaro qui m’émeut tant lorsqu’il prend à ma petite fille préférée de le fredonner :

« Armstrong, je ne suis pas noir
Je suis blanc de peau
Quand on veut chanter l’espoir
Quel manque de pot
Oui, j’ai beau voir le ciel, l’oiseau
Rien rien rien ne luit là-haut
Les anges… zéro
Je suis blanc de peau

Armstrong, tu te fends la poire
On voit toutes tes dents
Moi, je broie plutôt du noir
Du noir en dedans
Chante pour moi, Louis, oh oui
Chante chante chante, ça tient chaud
J’ai froid, oh moi
Qui suis blanc de peau

 

Armstrong, la vie, quelle histoire?
C’est pas très marrant
Qu’on l’écrive blanc sur noir
Ou bien noir sur blanc
On voit surtout du rouge, du rouge
Sang, sang, sans trêve ni repos
Qu’on soit, ma foi
Noir ou blanc de peau

 

Armstrong, un jour, tôt ou tard
On n’est que des os
Est-ce que les tiens seront noirs?
Ce serait rigolo
Allez Louis, alléluia
Au-delà de nos oripeaux
Noir et blanc sont ressemblants
Comme deux gouttes d’eau
Oh yeay »

Merveilleux texte qui dénonce la ségrégation entre noirs et blancs et prône la tolérance de toutes formes de différences.
L’ami Claude, avec talent et humour, regrette ici sa non négritude ; « quand on veut chanter l’espoir, quel manque de pot d’être blanc de peau » !
Ce matin, sur l’écran en couleurs de ma nuit blanche, « je me suis fait mon cinéma », c’était rigolo, nous étions nombreux à être « noir », alléluia !
Vous rappelez-vous de la voix extrêmement grave de Louis Armstrong chantant It’s a wonderful world ? Le 5 novembre 2008 , « it’s a wonderful day »!

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Curieusement, hier, je me recueillais, au cimetière du Père Lachaise, sur la tombe de Victor Schoelcher, « libérateur des esclaves » en France.

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Il se murmure aussi que le prochain album de Bruce Springsteen avec la chanson Working in a dream dédiée à Obama à Cleveland, sortirait en janvier 2009, aux alentours de l’entrée en fonction du nouveau prèsident à la Maison Blanche.

 

La traduction de The rising est tirée d’un site sympa dont je vous ai déjà parlé à l’occasion du concert de Springsteen au Parc des Princes : http://www.brucespringsteensite.com

 

Publié dans:Coups de coeur |on 5 novembre, 2008 |4 Commentaires »

Au Parc Monceau, Paris VIIIème

Cet après-midi là, nous nous cassons le nez devant la boutique Nespresso du XVIIe arrondissement, fermée pour cause de travaux. Je me mets un instant dans la peau de Georges Clooney, le temps de lancer à ma compagne, sa célèbre répartie : « What else ? »… quoi d’autre ? Le Parc Monceau dont les grilles dorées brillent au fond de l’avenue de Prony.

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Curieusement, depuis les décennies que je vis en Ile-de-France, je n’avais jamais envisagé d’arpenter les allées de ce parc, apeuré, qui sait, par l’aspect cossu du quartier, lui préférant les ruelles populaires de la butte Montmartre qui domine pas très loin.
Il y a près de trois siècles, c’était le temps des « folies », ces maisons qui abritaient les amours des grands seigneurs et des financiers, dans la ceinture champêtre de Paris.
Ainsi, le duc de Chartres, futur duc d’Orléans, acquiert, en 1769, une parcelle de terre « à Mousseau » et commande à l’architecte Colignon, la « folie de Chartres », un pavillon en marbre dont les quatre angles constituent des avant-corps vers les allées. Outre cet édifice, aujourd’hui disparu, le cousin du roi charge Louis Carrogis dit Carmontelle, en 1773, de concevoir un jardin d’un genre nouveau, donnant l’illusion de « tous les temps et tous les pays ». Carmontelle, relayé vers 1783 par l’inspiration anglaise du jardinier écossais Thomas Blaikie, joue sur l’amoncellement et, au milieu de bosquets, il juxtapose des « fabriques », desservies par un lacis de chemins sinueux, telles qu’une tour et son pont-levis, un moulin à eau, un moulin à vent hollandais, un minaret, le bois des tombeaux, une vigne à l’italienne, une ferme suisse, des tentes turques, je ne vous cite que les éléments disparus en attendant de vous faire découvrir ceux qui demeurent lors de ma promenade. Un petit temple rond en marbre fut transféré par Louis-Philippe sur l’île du Pont à Neuilly avant de gagner, en 1930, la pointe sud de l’île de la Jatte.
En 1784, le ministre des finances Calonne charge l’architecte Claude Nicolas Ledoux de concevoir les plans de la future Ceinture des Fermiers Généraux qui entourera Paris avec des barrières d’octroi. J’ai déjà évoqué quelques vestiges de cet ouvrage lors de ma balade au bord du bassin de la Villette, près de la Place de Stalingrad.
Ledoux crée donc la Rotonde, pavillon d’octroi entouré d’un péristyle de seize colonnes, contre lesquelles quelques promeneurs se réchauffent au soleil timide d’aujourd’hui, à l’entrée nord avenue de Courcelles.

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En 1793, le duc d’Orléans, devenu alors Philippe Egalité (député à la Convention nationale, les noms de nobles à particules étant interdits), vote la mort de son cousin Louis XVI (à 1 voix de majorité !) puis est guillotiné, dix mois plus tard, au début de la Terreur. Les biens de la famille d’Orléans confisqués, le parc revient, sous la Restauration au futur Louis-Philippe bien plus attiré par son domaine de Neuilly.
En 1860, le percement du boulevard Malesherbes (placement d’excellent rapport avec l’avenue de Courcelles au Monopoly !), entraîne l’expropriation par la ville de Paris de ce domaine de dix-huit hectares dont une moitié est vite vendue au banquier Pereire pour un projet immobilier dont on remarque encore le caractère luxueux à travers les nombreux hôtels particuliers du quartier.
Sous Napoléon III, dans le cadre du programme d’un aménagement de bois et parcs (voir billet du 21/02/2008, Parc Montsouris), le préfet Haussmann confie à Adolphe Alphand, ingénieur en chef des Promenades et Plantations, le remodelage du jardin de Monceau.
C’est à cette époque qu’aux quatre points cardinaux du parc, l’architecte Gabriel Davioud demande à Ducros de se décarcasser en forgeant les grilles monumentales rehaussées d’or.
Inutile, cet après-midi, de les escalader à la manière d’Adèle Blanc-Sec, la célèbre héroïne du dessinateur Tardi, dans une de ses aventures « Momies en Folie » … de Chartres, bien évidemment !

« Au parc Monceau
Entre les grilles et les arceaux
Les enfants sages ont des cerceaux
Au fil de l’eau
Dissimulés dans les roseaux
On entend piailler les oiseaux

Le parc Monceau
Petit morceau de mon histoire
Le vieux monsieur des balançoires
Les cygnes noirs
La ville
Etait à l’autre bout du monde
Entre le lac et la Rotonde … »

Les enfants, évoqués avec nostalgie par Yves Duteil, sont rares en ce jour de classe ; seuls quelques bébés dans leurs poussettes hantent les allées, accompagnés de leurs nurses. De suite, je remarque sous les ombrages mordorés, le monument dédié à Guy de Maupassant qui inaugure ici, sous la Troisième République, un engouement pour la statuaire consacrée à des figures marquantes de la littérature et de la musique.

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L’élégante accoudée au pied du buste de l’écrivain, incarne, selon le souhait du sculpteur Raoul Verlet, l’héroïne du roman Fort comme la mort ainsi qu’une lectrice anonyme « pensive à l’évocation des vies gâchées et des destins brisés dans les œuvres de l’auteur ».

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Emile Zola, par ailleurs auteur de superbes photographies du parc sous la neige, débute ainsi son discours d’inauguration du monument, le 24 octobre 1897 :
« Je ne suis qu’un ami ; je parle simplement au nom des amis de Maupassant, non pas des amis inconnus et innombrables que lui valurent ses oeuvres, mais des amis de la première heure, qui l’ont connu, aimé, suivi dans sa marche vers la gloire.
C’est près d’ici que je le rencontrai pour la première fois, il y a déjà plus d’un quart de siècle, chez notre bon et grand Flaubert, dans ce petit appartement de la rue Murillo, dont les fenêtres donnaient sur les verdures de ce parc. Je me revois, penché là-haut, coude à coude avec lui, regardant tous deux les beaux ombrages, apercevant un coin luisant de la nappe d’eau qui est là, causant de ce portique dont les colonnes s’y reflètent. Et quelle étrange chose, après plus de vingt-cinq ans, que ce jeune homme, alors inconnu, revive même dans le marbre, et que ce soit moi qui aie la joie d’y saluer son immortalité ! …
»

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Maupassant situe une scène de Bel-Ami à proximité de l’endroit où il demeure pour la postérité :
« … Il (Du Roy) allait riposter avec ironie ; on lui apporta une dépêche contenant cette seule phrase, sans signature : ‘J’avais perdu la tête. Pardonnez-moi et venez demain, quatre heures, au parc Monceau’.
Il comprit, et, le cœur tout à coup plein de joie, il dit à sa femme, en glissant le papier bleu dans sa poche :
‘Je ne le ferai plus, ma chérie. C’est bête. Je le reconnais’.
Et il recommença à dîner.
Tout en mangeant, il se répétait ces quelques mots : ‘J’avais perdu la tête, pardonnez-moi, et venez demain, quatre heures, au parc Monceau’. Donc elle cédait. Cela voulait dire : ‘Je me rends, je suis à vous, où vous voudrez, quand vous voudrez.’
Il se mit à rire. Madeleine demanda :
‘Qu’est-ce que tu as ?
-Pas grand-chose. Je pense à un curé que j’ai rencontré tantôt, et qui avait une bonne binette.’
Du Roy arriva juste à l’heure au rendez-vous du lendemain. Sur tous les bancs du parc étaient assis des bourgeois accablés par la chaleur, et des bonnes nonchalantes qui semblaient rêver pendant que les enfants se roulaient dans le sable des chemins.
Il trouva Mme Walter dans la petite ruine antique où coule une source. Elle faisait le tour du cirque étroit de colonnettes, d’un air inquiet et malheureux. »

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Cent vingt ans plus tard, les choses ne changent guère ; deux jeunes amoureux se retrouvent fiévreusement devant la fameuse réplique de naumachie, nom savant qui désigne dans le monde romain, un spectacle représentant une bataille de navires et par extension, le lieu où se déroule tel spectacle. Le bassin, vestige d’une des folies de Carmontelle, offre un aspect un peu négligé et les colverts ont du mal à barboter parmi les bouteilles en plastique et le tapis de feuilles mortes qui s’amoncellent à la pelle à la surface de l’eau.

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Telles les rues traditionnelles, les allées principales portent le nom de personnalités plus ou moins célèbres, ainsi j’ignore qui fut Garnerin.

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Bientôt, après être passé sous une arcade Renaissance provenant de l’ancien hôtel de ville, je parviens au monument dédié à l’écrivain Edouard Pailleron, écrivain de comédies de mœurs mettant en scène la bourgeoisie de l’époque, élu à l’Académie française en 1881.

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Au pied de la statue, deux masques d’inspiration grecque symbolisent la Tragédie et la Comédie. Comme pour Maupassant, une femme, sous les traits de Jeanne Samary actrice de la Comédie française très populaire en ce temps-là, rend hommage à l’artiste en déposant une guirlande de roses.

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Pailleron serait tombé dans l’oubli si, retour de flamme macabre, son nom n’avait été associé à l’incendie d’un collège parisien, en 1973, causant la mort de vingt et un enfants. Par extension, de nombreux établissements scolaires de même architecture, ont été qualifiés de type « Pailleron ».
Une stèle m’informe qu’André-Jacques Garnerin effectue dans ce parc, le 22 octobre 1797, le premier saut en parachute de l’histoire à partir d’une montgolfière.

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A quelques mètres d’un curieux monument, une plaque discrète sur la pelouse mentionne le pacte d’amitié scellé le 14 juillet1982 entre les villes de Paris et de Tokio, par Jacques Chirac, maire de Paris, et M. Shun-Ichi-Susuk, gouverneur de Tokyo. Une lanterne japonaise construite en 1786 par le dixième Shogun, donc sensiblement contemporaine de la Folie de Chartres, a été offerte en 1986, en symbole d’amitié éternelle entre les deux capitales.
Encore quelques pas et je me retrouve en lieu et place de Félicien Mouginot, savant spécialiste de la vie après la mort, devant la mystérieuse pyramide fréquentée par les adeptes de la secte Pazuzu et où se serait réfugiée la momie d’Adéle Blanc-Sec.

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Que d’émotions, cette nuit-là ! Filant quelques personnes dans des fauteuils roulants, Mouginot est témoin de meurtres en série dans le monument d’inspiration égyptienne. C’est d’abord Simone Pouffiot qui, malgré son grand âge, décoche une flèche empoisonnée dans la troisième vertèbre cervicale de Louis-Ferdinand Chapoutier puis une seconde fléchette dans l’aorte de son neveu Jérôme Plumier avant d’être abattue par Carlo Gelati, un handicapé au pied bot, lequel, dans la foulée, descend deux créatures monstrueuses, le démon Pazuzu et le diable des catacombes derrière lesquelles se dissimulaient le commissaire principal Dugommier et un haut fonctionnaire de la 3ème République dont le nom sera tu. Puis, Gélati s’entretue avec le gardien de la pyramide tandis que la comédienne Clara Bernhardt déguisée en momie masquée, transperce la pauvre Adéle (qui ressuscitera dans l’aventure suivante). A l’extérieur, l’inspecteur Carboni et ses hommes, n’ayant pu forcer les portes de la pyramide, repartent bredouilles au petit matin.

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Si je vous dis que Chapoutier, Gelati et Plumier, à la solde de la secte Pazuzu, avaient, auparavant, coulé le Titanic à l’aide d’un faux iceberg, vous désirerez vous plonger très vite dans les savoureuses aventures des héros de Tardi dans multiples décors de la capitale.
Cet après-midi, deux enfants sautillent joyeusement devant les deux momies de pierre gardant l’entrée, à cent lieues (en l’occurrence, deux ou trois mètres) d’envisager la boucherie prédécrite.

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Un peu plus loin, après un obélisque et quelques colonnes grecques taguées, autres marques de fabriques de Carmontelle, je m’avance sur une pelouse pour contempler le monument à Charles Gounod, œuvre d’Antonin Mercié. A ses pieds, encore des femmes, trois en l‘occurrence, évoquant trois opéras célèbres du compositeur, Faust, Roméo et Juliette et Sapho. Plusieurs instruments de musique dont un violon et un orgue ornent le socle.

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Juste derrière, démarre un étroit chemin en escaliers qui sinue dans une rocaille recouverte d’une abondante végétation, malheureusement interdite au public.
Demi-tour jusqu’à la grille sud du jardin que j’atteins après avoir emprunté la courte avenue Ruysdaël, véritablement enclavée dans le parc. Avenues Velasquez, Ruysdaël, Van Dyck, rues Murillo et Rembrandt, la peinture espagnole et néerlandaise du XVIIe siècle est honorée. Qui sait d’ailleurs si quelques toiles de ces maîtres ne trônent pas aux murs des luxueux hôtels particuliers dont les terrasses et les jardins privatifs donnent sur Monceau. Au numéro 3, une superbe façade néo-classique cache le siège de la firme Rolex.

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Coup d’œil attentif aux motifs de la grille reprenant le blason de la ville de Paris avec les fleurs de lys et le navire symbole de la corporation des Nautes, gérante de la municipalité au Moyen Age. La devise « Fluctuat nec mergitur », « il est battu par les flots sans être submergé », est également une allusion au bateau.

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Rolex ou pas, le temps passe, je reprends donc ma flânerie. L’automne met en valeur les nombreuses essences d’arbres qui peuplent le parc, parmi lesquelles un platane d’Orient de sept mètres de circonférence, un érable sycomore aux branches tordues, un érable pourpre à « peau d’éléphant », un tulipier de Virginie.

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A hauteur de l’entrée ouest, je m’engage dans la vaste allée de la Comtesse de Ségur. Le week-end, les poneys y promènent les enfants, en hommage peut-être à l’âne Cadichon dont la comtesse conta les mémoires.

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En bordure de l’allée, est installé, depuis 1981, le monument à Alfred de Musset, inauguré en 1906, à l’angle de la Comédie Française. Il s’inspire du poème La nuit de Mai :

« … LA MUSE

 

Poète, prends ton luth ; la nuit, sur la pelouse,
Balance le zéphyr dans son voile odorant.
La rose, vierge encor, se referme jalouse
Sur le frelon nacré qu’elle enivre en mourant.
Ecoute ! Tout se tait ; songe à ta bien-aimée
Ce soir, sous les tilleuls, à la sombre ramée
Le rayon du couchant laisse un adieu plus doux.
Ce soir, tout va fleurir : l’immortelle nature
Se remplit de parfums, d’amour et de murmure,
Comme le lit joyeux de deux jeunes époux.

 

LE POETE

 

Pourquoi mon coeur bat-il si vite ?
Qu’ai-je donc en moi qui s’agite
Dont je me sens épouvanté ?
Ne frappe-t-on pas à ma porte ?
Pourquoi ma lampe à demi morte
M’éblouit-elle de clarté ?
Dieu puissant ! Tout mon corps frissonne.
Qui vient ? qui m’appelle ?-Personne.
Je suis seul ; c’est l’heure qui sonne ;
Ô solitude ! Ô pauvreté ! … »

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Les Nuits, écrites entre 1835 et 1837, relatent un dialogue entre la Poésie, incarnée par la Muse, et le poète accablé par ses souffrances. Auparavant, Musset avait vécu des amours tumultueuses et douloureuses avec George Sand, souvenez-vous des amants du siècle, une lune de miel en Italie qui lui inspire Lorenzaccio, la maladie, Sand éprise de son médecin, la rupture … On ne badine pas avec l’amour !
Musset inspira furieusement Sand, ainsi cette fameuse lettre érotique :

 

« Je suis très émue de vous dire que j’ai
bien compris l’autre soir que vous aviez
toujours une envie folle de me faire
danser. Je garde le souvenir de votre
baiser et je voudrais bien que ce soit
là une preuve que je puisse être aimée
par vous. Je suis prête à vous montrer mon
affection toute désintéressée et sans cal-
cul, et si vous voulez me voir aussi
vous dévoiler sans artifice mon âme
toute nue, venez me faire une visite… »


Lisez un vers sur deux, vous serez édifié !

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Hasard ou pas, nous baignons en plein romantisme, de l’autre côté de l’aire de jeux d’enfants, Frédéric Chopin, qui succéda à Musset dans le cœur de la dame de Nohant, compose La marche funèbre sur son piano de marbre tandis que pleure à ses pieds la figure de la Douleur.

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Qui sait si parfois, au clair de lune, réunis dans l’éternité, Chopin, jouant un de ses nocturnes, ne reçoit pas le bonsoir d’Alfred déclamant ses Nuits ?
Qui sait encore si Chopin n’entend pas parfois quelques unes de ses notes portées par le vent d’ouest depuis la salle Pleyel proche où il donna son premier concert parisien en 1832 (le salon Pleyel était en fait, à l’époque, rue Cadet) ?

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Il est probable, par contre, que les joggers, avalant inlassablement les mille cent mètres de circonférence du jardin, ne l’entendent pas de cette … oreillette de baladeur, de même, les quelques adolescents évoluant sur la piste de roller, plus sensibles aux musiques actuelles. La rotonde est en vue ; pour achever ma promenade, un crochet vers une fontaine aménagée de l’autre côté de la rocaille entrevue précédemment.

 

« Qui se souvient encore du père de Mignon ?
Chacun de ces auteurs que le grand parc honore
S’assoupit sur un socle auprès d’une Lénore,
Sa muse à robe longue au sévère chignon.

Devant l’ancien grand homme, éteint sous une palme
Une cascade saute aux roches de béton,
Devient un vert ruisseau paressant sous un pont,
Refuge d’amoureux étreints dans le soir calme… »

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Paul Blondel dans ses Cascatelles, évoque le monument à Ambroise Thomas, compositeur célèbre grâce à ses opéras Mignon d’après Goethe, et Hamlet d’après Shakespeare.
Aujourd’hui, un fontainier répare la cascade tandis que deux adolescents soupirent d’amour sur le pont.

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Un dernier regard vers Maupassant, mon « pays » dont de nombreuses nouvelles ont pour décor le plateau cauchois de ma Normandie natale, avant de retrouver à l’extérieur de cette oasis de verdure, les embouteillages et l’inaccessible rond-point de l’Etoile !

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Publié dans:Coups de coeur, Ma Douce France |on 5 novembre, 2008 |2 Commentaires »

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