La France en miniature

« Petit, petit, petit
Tout est mini dans notre vie
Mini-moke et mini-jupe
Mini-moche et lilliput
Il est mini Docteur Schweitzer
Mini mini ça manque d’air
Mini-jupe et mini-moque
Miniature de quoi j’me moque
Ministère et terminus
Minimum et minibus … »

chantait Jacques Dutronc dans les années yéyé.

Il est un peu plus de midi, ce samedi-là, et je comble le souhait d’une mini fille toute mimi qui aspire à un maxi voyage à travers une France miniature. Rien de plus facile, sans minibus et en un minimum de temps, j’ai, à portée de main, nombreuses curiosités de notre cher pays, à moins d’un kilomètre de mon domicile. Plus de quinze ans que je n’avais pas effectué cette promenade mais vous savez bien que les cordonniers sont les plus mal chaussés et qu’on néglige les avantages proches de chez soi ! Aujourd’hui, une paire de tennis et deux heures suffiront pour une leçon de géographie et d’histoire à ciel ouvert : les 550 000 km2 de notre hexagone concentrés en un parc de 5 hectares avec à nos pieds, 116 répliques au 1/30ème des plus beaux fleurons de notre patrimoine.
Cap sur les Alpes, le sentier est en pente très douce pour, accueillis par les clarines des troupeaux aux estives savoyardes, rejoindre le barrage de Tignes et sa fresque du dieu Hercule, le monastère de la grande Chartreuse et la forteresse de Mont-Dauphin dessinée par Vauban et tout récemment, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Très vite, le charme opère ; défilent à mes pieds les paysages de ma douce France et les souvenirs de mes vacances d’enfance.

« De toutes les routes de France d’Europe
Celle que j’préfère est celle qui conduit
En auto ou en auto-stop
Vers les rivages du Midi

Nationale Sept
Il faut la prendre qu’on aille à Rome à Sète
Que l’on soit deux trois quatre cinq six ou sept
C’est une route qui fait recette
Route des vacances
Qui traverse la Bourgogne et la Provence
Qui fait d’Paris un p’tit faubourg d’Valence … »

Nous étions souvent cinq avec mes parents, mon frère et un oncle ; sous le ciel azur d’été, nous étions heureux Nationale 7 bordée de platanes, dans la Peugeot 203. Le cœur en fête, nous chantions avec les cigales.

La France en miniature dans Coups de coeur franceminiature1

Cet après-midi, ma ville des Yvelines est un petit faubourg d’Orange et son célèbre théâtre romain. Quelques mètres plus loin, la petite fille malicieuse esquisse un paso doble au son de la musique taurine qui s’élève des arènes d’Arles.

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Puis elle court vers le port de « Saint-Trop », fréquenté par la jet set depuis que dans les années cinquante, une lolita s’y fût installée. Miracle du modélisme, elle aperçoit de l’autre côté du bassin … méditerranéen, une maquette des Corsica ferries cabotant devant sa citadelle corse d’origine.

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Elle est subjuguée par les TGV, michelines, tortillards et wagons de marchandises qui surgissent de-ci de-là entre les buissons comme je le fus autrefois par mon train électrique dans le grenier de mes parents.

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Elle fait peu de cas du pont du Gard mais, par contre, se souvient, juste derrière, du viaduc rouge de Garabit, œuvre d’Eiffel, qu’elle contempla sur une aire de repos de l’autoroute A9.

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Un petit tour en Auvergne puis on se retrouve sur un des chemins de Saint-Jacques en présence de l’église Sainte-Foy de Conques. J’évoque les vitraux modernes de Soulages mais, morale oblige … j’occulte les détails érotiques du pourtant fameux tympan au-dessus du portail !

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Plongée en Occitanie, le temple romain de la Maison Carrée à Nîmes, la citadelle de Montségur, dernier refuge de la résistance cathare, le château de Foix cher à Gaston Phébus, la cité de Carcassonne.

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L’enfant emprunte mon appareil photo pour, sans le secours d’un avion, jouer les Yann Arthus-Bertrand, et prendre « vus du ciel » les moulins du Lauraguais et la cathédrale d’Albi en brique rouge qui étonne par son entrée latérale en forme de baldaquin.

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Non loin de là, la basilique Saint-Sernin de Toulouse, « fleur de corail qui illumine le soir » comme l’a chantée Nougaro.

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Remontée en Val de Loire par les majestueux châteaux de Chambord, Chenonceau et Azay-le-Rideau que Balzac décrivait tel « un diamant à facettes, serti dans l’Indre », puis direction le littoral charentais.

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La Corderie Royale de Rochefort où l’on fabriquait les câbles et les cordages pour la marine, n’évoque pas grand-chose à l’enfant qui, par contre, remarque immédiatement un édifice au large du port de La Rochelle célèbre pour d’autres filles. Inutile de me déguiser en père Fouras, elle a déjà résolu l’énigme, il s’agit de Fort Boyard … sacrée télévision !

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Quand la réalité rejoint la fiction … quelques minutes plus tard, elle croise, par hasard, dans les allées, le nain Passe Partout en promenade avec sa famille ! Dans notre France lilliputienne, tout est longueur de jambes ! … Etonnant non ? comme aurait dit le Monsieur Cyclopède cher à Pierre Desproges !
Une vraie poule d’eau se rafraîchit au pied du phare de Cordouan, le « Versailles des mers ». Guère plus loin, un héron « au long bec et emmanché d’un long cou », tout aussi vrai, côtoie le mini océan atlantique et observe à travers l’onde transparente les mille tours des tanches qui y pullulent. Aussi dédaigneux que le héros de la fable, il s’envole, probablement vers l’étang et la réserve ornithologique situés à deux kilomètres de là.
Encore quelques pas le long d’un sentier en la circonstance douanier, et nous nous retrouvons dans les côtes d’Armor, au Cap Fréhel au-dessus des ruines du Fort La Latte. Dans ce donjon féodal, fut tourné le fameux combat final du film Les Vikings avec Kirk Douglas. Possible descendant de Rollon par ma maman, petite pointe de chauvinisme normand oblige, j’aperçois le Mont-Saint-Michel, sur l’autre rive d’un bras d’eau guère plus modeste que le Couesnon réel qui eut la bonne idée de « mettre le mont en Normandie » !

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« Qu’elle est jolie ma Normandie qui m’a donné le jour » avec le château d’Ô sur pilotis et sa façade, alliance de pierre et de brique (l’histoire sulfureuse éponyme n’a rien à voir avec ce lieu !), avec le Haras national du Pin dans l’Orne, « berceau de races » comme le Percheron, le Pur Sang anglais et le Trotteur français ; on entend même le claquement des sabots. Elle est émouvante aussi avec le cimetière militaire américain de Colleville-sur-mer surplombant la plage du débarquement d’Omaha Beach ; la petite fille commence à dénombrer les croix en marbre de Carrare, elle abandonne bien avant que le compte de 9387 ne soit bon !
Voici, la Picardie de ma « mémé Léontine » illustrée notamment par le château fort de Rambures. Si elle était encore de ce monde, cela aurait été prétexte à de nombreuses considérations généalogiques de sa part.

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L’enfant file plus au sud pour se rallier au panache métallique de la tour Eiffel, visible en tout point du parc. Haute de 10 mètres, pesante de 3,2 tonnes, c’est la seule maquette de ce monde lilliputien que l’on doit observer la tête en l’air.

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A ses pieds, trône le palais de Versailles, côtés cour et jardin. A l’opposé, le château de Vaux-le-Vicomte, le grand rival de Seine-et-Marne, commandé par Nicolas Fouquet, alors surintendant des finances du roi Louis XIV. En 1661, la construction achevée, il organise une somptueuse réception en l’honneur du Roi, en présence d’artistes comme La Fontaine et Molière. Voltaire écrira : « Le 17 août 1661, à six heures du soir, Fouquet était roi de France, à deux heures du matin, il n’était plus rien ». Louis XIV, jaloux, fait arrêter Fouquet par D’Artagnan et le condamne à l’exil tandis qu’il met le château sous scellés et transfère les plus beaux meubles à Versailles qu’il transformera en palais.

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La petite fille, les pieds ballants sur le rebord en prou de l’île de la Cité, souhaite être photographiée devant la cathédrale Notre-Dame de Paris. Rapprochement dogmatique consensuel, l’architecture hispano-mauresque de la Grande Mosquée brille juste à côté.

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L’Arc de Triomphe est un peu écrasé par la soucoupe du Stade de France, théâtre d’un autre triomphe lors de la Coupe du monde de football en 1998. Non loin, sans boulevard périphérique, domine sur un mini tertre, le Sacré Cœur de Montmartre. Familier car visible en tout endroit de Paris, sait-on que finalement, c’est un monument récent puisque érigé à la fin du dix-neuvième siècle.

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En tennis à défaut de sabots, un petit tour par la Lorraine en survol de la fameuse Place Stanislas de Nancy et ses grilles dorées, ensemble urbain souhaité par le duc de Lorraine, au milieu du dix-huitième siècle, pour relier la Vieille-Ville médiévale et la Ville-Neuve.

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Affaire de famille dans le duché de Lorraine, juste à côté, surnommé un peu trop pompeusement le « Versailles lorrain », reconstruit du temps de Stanislas Leszczynski, le château de Lunéville qu’un incendie ravagea en 2003. Une association « Lunéville, château des Lumières » contribue avec bonheur et goût à sa restauration actuelle.

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Un dernier crochet en Bourgogne pour admirer la « colline inspirée » de Vézelay, chère à Barrès, aux confins du Morvan, puis le Clos-Vougeot au milieu de son vignoble dont sera tiré bientôt un remarquable cru vendu notamment aux Hospices de Beaune et ses toits en tuiles vernissées.

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La jeune fille a soif. Rejoignons donc la buvette pour nous procurer une bouteille … d’eau !
Décidément, sous le soleil d’automne, même en miniature, la France est belle par la diversité de ses paysages et la richesse de son patrimoine. Cela donne envie de la sillonner lors de futurs voyages grandeur nature. Peut-être, avec cette petite fille qui, pour l’instant, a filé vers le coin des jeux et escalade jusqu’à son cratère, un impressionnant volcan en toile.

Publié dans : Coups de coeur, Ma Douce France |le 8 octobre, 2008 |Pas de Commentaires »

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