Archive pour septembre, 2008

La mûre

Merci Monsieur le ministre de l’Education nationale ! Grâce à votre réforme de la semaine de quatre jours, je peux, en ces samedis de septembre, emmener une petite fille entre les quatre mûres de mon école buissonnière..

« La rosée offrait ses perles,
Le taillis ses parasols ;
J’allais ; j’écoutais les merles,
Et Rose les rossignols.

Rose, droite sur ses hanches
Leva son beau bras tremblant
Pour prendre une mûre aux branches ;
Je ne vis pas son bras blanc…»

On y pratique le soutien nature-ellement, ici en poésie avec cette partie de campagne de Victor Hugo contant les émois d’un jeune adolescent pour une jeune femme de vingt ans (n’y imaginez donc aucune connotation autobiographique me concernant !).

« Je ne vis qu’elle était belle
Qu’en sortant des grands bois sourds.
-Soit, n’y pensons plus ! dit-elle.
Depuis, j’y pense toujours. »

En face de chez moi, dans ma ville francilienne, poussent encore de nombreuses haies sauvages égratignant les stéréotypes de la banlieue bétonnée et … les bras des éventuels cueilleurs de mûres. Pour combattre les hardes roncières, il est souhaitable donc de mettre en armure, des gants de jardinier et des vêtements à manches longues, ainsi qu’une casquette en guise de heaume pour protéger chevelure longue ou crâne dégarni … il est désagréable de se cogner la tête contre les mûres !

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L’objet de notre convoitise gourmande est la Rubus fruticosus de la famille des Rosacées, fruit des ronces, qu’on appelle communément mûre ou mûre sauvage ou encore meuron en Suisse romande, Haute-Savoie et dans le Nord de la France. Il ne faut pas la confondre avec celles dites du mûrier, la Morus nigra noire et surtout la très connue Morus alba blanche de la famille des Moracées, autrefois beaucoup cultivée , notamment en région lyonnaise et dans la vallée du Rhône, pour l’élevage du ver à soie qui se nourrit de ses feuilles.

La ronce est une plante très rustique qui devient vite envahissante en formant d’imposants buissons compacts et épineux qui semblent décourager les riverains à la cueillette. Tant mieux, notre récolte n’en est que plus prolifique ! Ses fleurs blanches légèrement rosées, égayent les haies en mai et juin avant que les fruits apparaissent à la fin de l’été.
La mûre, dont la taille peut varier entre celles d’un petit pois et d’une bille, est constituée de « drupes », une multitude de petits fruits agglutinés les uns aux autres. Selon sa maturité, sa couleur varie entre le rouge et le noir. L’idéal est de la cueillir le matin, elle est plus sucrée et se conserve mieux, et quand elle est assez molle, elle se détache alors plus facilement et est débarrassée de ses impuretés.
Le grand chef cuisinier 3 étoiles Michel Bras et son fils Sébastien, dont je vous entretiendrai un jour, suggèrent d’en ramasser un quart rouge pas encore tout à fait à maturité pour permettre à la future confiture de « cailler ». (rendez-vous à http://www.michel-bras.fr dans la rubrique partage et gourmandises, le site est superbe et en prime, vous lirez un savoureux poème de René de Obaldia sur la confiture
Deux épreuves sont à franchir dans la quête du « saint-graille ». Ma taille respectable me permet de surmonter la première : atteindre les fruits les plus purs, mieux exposés au soleil et moins touchés par la poussière du chemin, qui nous narguent dans les sommités des buissons, d’autant qu’il vaut mieux négliger les grappes des parties inférieures accessibles aux chiens errants, renards et blaireaux. Attention, la précipitation peut faire perdre l’équilibre.
Si la cueillette n’est pas un jeu d’enfant, la suite l’est. Le second écueil est, en effet, de résister à la gourmandise (et la paresse) de la petite fille chipant subrepticement dans mon panier, les baies fraîchement ramassées pour les déguster dans l’instant . Tient-elle cette dextérité des TICE (technologies d’information et communication) ? … Je me souviens qu’à l’âge de deux ans, elle acquit la maîtrise de la souris de mon ordinateur avec un jeu où, inlassablement, elle subtilisait les mûres à l’appétit d’un chien et d’un oiseau !
Transition passablement heureuse, je vous le concède, la mûre est un fruit « avalé » qui ne demande qu’à être mangé pour que s’effectue la dispersion des graines. Ainsi, celles-ci prolifèrent loin de la plante mère, par la fiente des oiseaux dont le gazouillis mélodieux enchante nos oreilles durant la cueillette.

« Aux buissons typographiques constitués par le poème sur une route qui ne mène hors des choses ni à l’esprit, certains fruits sont formés d’une agglomération de sphères qu’une goutte d’encre remplit.
Noirs, roses et kakis ensemble sur la grappe, ils offrent plutôt le spectacle d’une famille rogue à ses âges divers, qu’une tentation très vive à la cueillette.
Vue la disproportion des pépins à la pulpe, les oiseaux les apprécient peu, si peu de chose au fond leur reste quand du bec à l’anus, ils en sont traversés.
Mais le poète au cours de sa promenade professionnelle, en prend de la graine à raison … »

Dans son poème en prose, l’écrivain contemporain Francis Ponge crée une curieuse correspondance baudelairienne où les mûres deviennent symbole du poème, où les ronces figurent la difficulté à saisir l’objet comme les mots gênent le travail du poète, où le transit intestinal chez l’oiseau est la lente digestion et maturation dans l’esprit de l’auteur.
Ponge est sévère avec la mûre, un fruit dont il n’y aurait pas grand chose à tirer ! Ce n’est sans doute pas l’avis de la maîtresse de maison quand elle constate les redoutables dégâts causés par le jus écrasé sur les vêtements.
En tout cas, l’écolière n’a que faire du poète vu le maigre jus d’encre qui perle aux commissures de ses lèvres, trahissant son récent péché. Je la gronde sans conviction aucune tant elle me rappelle le chemin de l’école de mon enfance, quelques haies sauvages rue Godouet, quelques mûres chaudes au soleil croquées, les doigts tachés mais peu importe, ils le seraient d’encre violette peu après. Bien heureusement, les châtiments corporels n’ont pas cours mais savez-vous que la ronce qui griffe, soigne également et possède un pouvoir cicatrisant et anti-inflammatoire sur les égratignures.
La persévérance paye, nous rentrons finalement avec une récolte de plus de deux kilos. Après l’effort, bientôt quel réconfort !

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Chez nous, la mûre que l’on ramasse, se décline en cuisine de deux manières très simples. Un ramequin de fruits crus au sucre, est réservé pour le dessert de l’enfant au prochain déjeuner. Le reste est destiné à la confiture. Cette année, sept pots étiquetés « Bonne Mamie » et « Tite Marie » rejoindront les étagères de la cave … enfin, pas tout à fait car, par un étrange droit coutumier, la petite fille en prélève trois ! … y aurait-il du racket dans les mûres de mon école ?
Au cœur de l’hiver, il sera temps d’ouvrir les bocaux pour envelopper d’un beau manteau rouge, crêpes et gaufres.

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Même si ce ne sont pas des productions « maison », je me régale bien sûr, de tartes aux mûres, de coulis sur un sorbet ou de quelques gouttes de sirop dans un verre d’aligoté de Bourgogne, moins dans une coupe de champagne, mon peu de goût pour la monarchie peut-être.. L’éventail des recettes est très vaste pour enchanter nos palais.
La mûre n’a pas le même prestige que ses sœurs Rosacées, la framboise et la fraise, et ses cousines fruits rouges, myrtille, groseille et cassis, peut-être à cause de sa cueillette un peu ingrate. Pourtant, j’aime les épines quand elles riment avec elle.

« Quand on n’a que la mûre
Pour meubler de merveilles
Et couvrir de soleil
La laideur des faubourgs … »

Un zeste de paroles du grand Jacques Brel, un soupçon d’accent de Laurent Gerra parodiant Johnny Hallyday, cela fait un excellent cocktail pour souhaiter longue vie aux ronciers autour de chez moi.

 

Publié dans:Leçons de choses |on 24 septembre, 2008 |2 Commentaires »

Plaisir des sens giratoires et des ronds-points

« J’étais dans ma voiture, j’arrive sur une place… Je prends le sens giratoire … Emporté par le mouvement, je fais un tour pour rien… Je me dis : Ressaisissons-nous. Je vais prendre la première à droite. Je vais pour prendre la première à droite : Sens interdit. Je me dis : C’était à prévoir…je vais prendre la deuxième. Je vais pour prendre la deuxième : Sens interdit. Je me dis : il fallait s’y attendre ! prenons la troisième. Sens interdit ! Je me dis : Là ! Ils exagèrent !… Je vais prendre la quatrième. Sens interdit ! Je dis : Tiens. Je fais un tour pour vérifier. Quatre rues, quatre sens interdits ! J’appelle l’agent : Monsieur l’Agent ! Il n’y a que quatre rues et elles sont toutes en sens interdit. Il me dit : Je sais … c’est une erreur. »
Les plus anciens d’entre vous, se souviennent de ce petit chef-d’œuvre d’humour de Raymond Devos.

Entre l’absurde et le bon sens, !l y a la place d’un rond-point ou plus exactement d’un carrefour giratoire En effet, certains puristes de la langue, tournant un peu en rond, distinguent une subtile nuance terminologique entre l’un et l’autre, tout serait dans le mouvement et la forme.
Bref, le « carrefour à giration » est né en 1906 dans l’esprit d’ Eugène Hénard, alors inspecteur des travaux de la ville de Paris, comme solution face à la multiplication des véhicules rendant la circulation dangereuse sur les places parisiennes. Ainsi, lui doit-on, dans la capitale, l’aménagement de la place de l’Etoile autour de l’Arc de Triomphe, et de la place de la Nation. Les conflits routiers se concentrant essentiellement au milieu des carrefours, il eut l’idée d’empêcher les voitures de passer à cet endroit en y mettant un obstacle … le terre-plein central venait de naître. Ce type d’ouvrage, à cette époque, est une chaussée à sens unique dont les deux extrémités se rejoignent formant un anneau. Les véhicules l’empruntent tous dans le même sens inverse des aiguilles d’une montre, dans les pays avec la circulation à droite comme chez nous. De même, selon le principe de la priorité à droite, la priorité appartient aux conducteurs pénétrant dans le carrefour.
Devant l’affluence grandissante du parc automobile développant les embouteillages et malheureusement aussi les accidents, la France adopta en 1984, le principe, décidé dix ans plus tôt dans le canton de Vaud en Suisse, selon lequel la priorité appartient désormais aux véhicules déjà engagés dans le carrefour et non plus à ceux qui l’abordent, et cela quelle que soit l’importance des voies y débouchant. Grâce à un certain Monsieur Oudart, on passait du temps de la giration à l’ère du giratoire ! « On avance, on avance, c’est une évidence, on n’a pas assez d’essence pour faire la route dans l’autre sens » … ou alors, elle est chère !!!

Ainsi, depuis bientôt un quart de siècle, fleurit ce type d’aménagement dans toutes nos villes et même nos villages. On en recense aujourd’hui plus de dix-huit mille dans l’hexagone. Vous avez l’occasion de les admirer au mois de juillet lorsque vous suivez à la télévision, la retransmission des étapes du Tour de France. La caméra dans l’hélicoptère, vous permet de voir le long serpent multicolore du peloton des coureurs engloutissant les îlots directionnels. Le sens giratoire est une véritable aubaine pour les maires en mal d’imagination pour améliorer la qualité de vie dans leur commune, et pour les entreprises de travaux publics. Certains esprits (des empêcheurs de tourner en rond ?) établissent même un rapport entre un accroissement très significatif des chantiers en période de campagne électorale et le financement des partis politiques !

Le rond-point, alerte centenaire, est devenu un objet « incontournable » (sinon par la droite !) du paysage urbain, un enjeu aussi et une source de querelles entre responsables de la sécurité routière et urbanistes. Dans ma ville qui commence à ne plus être nouvelle, ils ont poussé comme des champignons. Ainsi, là où, il y a une vingtaine d’années, on comptait deux carrefours giratoires à chaque bout de la voie routière la plus proche de mon domicile, on en dénombre six aujourd’hui. Il est vrai qu’un motocycliste fut contrôlé auparavant à 165 Km/h ! L’un d’eux, manifestement trop étroit, interdisait au car de ramassage d’accéder à l’impasse de l’école. Perdant le nord, son conducteur, en roulant dessus, endommagea l’aiguille de la boussole en pierre qui décorait le terre-plein. Bientôt, le problème fut résolu par la fermeture définitive de l’établissement scolaire pour cause d’incendie. La manœuvre délictueuse de ce bus m’offre l’occasion de distinguer le giratoire « plein » de celui « vide » où le terre-plein central est franchissable par les véhicules encombrants. On parle alors de « mini-giratoire » dont l’efficacité est contestable tant certains s’ingénient alors à couper les trajectoires pour ne pas perdre de vitesse. Quant au disque « plein », il est souvent lieu de création d’espaces paysagers ou d’expositions artistiques plus ou moins heureux. Qui n’a pas remarqué ces barques échouées au milieu des carrefours des villages littoraux ? De nombreuses répliques de la célèbre Statue de la Liberté de Bartholdi se dressent, souvent sans justification, sur nos ronds-points, notamment une d’une douzaine de mètres, dans une zone industrielle, à l’entrée de Colmar. L’une des plus cocasses, située à Barentin, petite ville normande près de Rouen, est une copie en polyester érigée pour le tournage du film Le Cerveau avec Jean-Paul Belmondo (fils de sculpteur) et Bourvil.
Dans ma commune, le thème animalier semble très prisé. À proximité de la route nationale 10, une statue équestre en bronze garde l’entrée sud.

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Sa présence se comprend à l’évidence puisqu’en arrière-plan de ce fier chevalier templier brandissant la bannière, se dresse la chapelle de la Villedieu, vestige de la Commanderie fondée vers 1180 par les moines soldats de l’Ordre du Temple.

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Située sur un des chemins de Saint-Jacques de Compostelle, elle servait de lieu d’accueil pour les pèlerins et de bastion pour les protéger.

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Aujourd’hui, d’autres Templiers d’Elancourt, chevaliers des temps modernes, défendent fièrement les couleurs de la ville dans le championnat de France de football américain !
À quelques centaines de mètres de là, d’autres seigneurs, ceux-ci de la savane, veillent au cœur administratif de la ville.

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Malaisé d’expliquer la présence ici de huit majestueux lions sinon qu’ils viennent peut-être boire au jet d’eau symbolisant l’ancien lieu-dit des 7 Mares du temps pas si lointain où le plateau était encore couvert de terrains agricoles et de friches. Il est vrai aussi que quelques bandes rivales troublant le calme du voisinage, donnent parfois un caractère de jungle au quartier !

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Dans la perspective, le carrefour des 4 arbres a été rebaptisé du nom d’une ville italienne jumelée. Il faut beaucoup d’imagination pour retrouver dans la composition paysagère, l’élégance des collines toscanes dont on dit que c’est un artiste qui les a dessinées ! On me rétorquera que Cassina de Pecchi appartient à la province de Milan !

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Transition italienne, après la géographie, l’histoire ; au rond-point suivant, trois oies semblent prêtes à donner l’alerte à toute nouvelle invasion gauloise, souvenez-vous des oies sacrées du Capitole et de l’épisode du « sac de Rome » par nos irréductibles guerriers emmenée par Brennus, vers 390 avant Jésus-Christ !

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Fans de rugby, attention au contre sens (dangereux à un rond-point), le bouclier de Brennus brandi, place du Capitole, par les joueurs du Stade Toulousain au lendemain d’un titre de champion de France, doit son nom à son artiste créateur Charles Brennus et n’a donc aucun lien avec l’arme de protection de notre chef gaulois. Je soupçonne un élevage industriel de ces volailles en bronze car j’en ai retrouvé dans la même posture dans une commune voisine. Malgré son manque d’originalité, l’une d’elles fut dérobée récemment … le confit parut sans doute indigeste au cambrioleur car l’animal retrouva bientôt ses congénères.

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Non loin de là, deux oursons s’étreignent joyeusement à l’écart des vives querelles concernant leur réimplantation dans les montagnes pyrénéennes.

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Encore quelques dizaines de mètres, et, nous plongeons à l’ère du néolithique avec quelques mini mégalithes qui se dressent au centre de la chaussée. Mon imagination fertile me renvoie l’image de l’étrange site circulaire de Stonehenge dans la campagne anglaise près de Salisbury. Qui sait si dans quelques centaines d’années, des chercheurs n’échafauderont pas quelque thèse pour percer le mystère de ces pierres schisteuses levées ? A moins qu’un écrivain n’accouche la version d’un Da Vinci Code d’Elancourt !

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Il faut constater un engouement renaissant pour l’art topiaire qui consiste à sculpter des plantes vivantes. Déjà en faveur dans la Rome et la Grèce antique, il connut un vif succès dans les jardins anglais des XVII et XVIIIes siècles. Ces sculptures végétales nécessitent beaucoup d’entretien de la part des jardiniers municipaux.
Est-ce par nostalgie du passé rural de la commune, quelques mises en scènes agricoles ont investi les terre-pleins. Avez-vous noté le goût prononcé des citadins à exposer des instruments aratoires dans leurs jardins ou sur leurs pelouses ? Auraient-ils la même nostalgie s’ils avaient dû les manier durant de longues années de dur labeur ?

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Ici, mené par un paysan en fer forgé, un cheval se composant de dix mille plants, tire un vrai chariot de bois.
Là, une fermière parée de ses atours végétaux, garde deux vaches en résine paissant dans un enclos. A une époque, quelques poules en plâtre picoraient à ses pieds. Elles ont disparu sans que ce vol ait le moindre rapport avec le coq jeté par des indépendantistes corses dans la piscine de Christian Clavier !
Cette scène peut surprendre car dans la campagne qui commence à quelques dizaines de mètres de là, on peut contempler réellement semblable tableau champêtre.

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Nos deux bovins, ici, n’ont rien de francilien puisqu’ils possèdent une robe noire et blanche de la race Holstein ou frisonne Pie Noire. On est loin cependant du mauvais goût d’un rond-point de la banlieue rouennaise où broutent quelques vaches violettes et blanches de la race Milka! Je sais bien que le chocolat rendait fou certain artiste génial …

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Juste à côté, des chevaux … vapeur sous le capot d’un modèle type traction avant d’autrefois, ont fini leur course au milieu d’un massif de fleurs. Faut-il y voir une métaphore de la « voiture verte » du futur ? …

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Cette satanée automobile qui, victime de son succès, non seulement, nous inflige cette nouvelle architecture urbaine mais se pliant parfois en quatre quatre, pollue aussi les bucoliques ronds-points de chasse au cœur des forêts domaniales, les véritables ancêtres du sujet qui m’a préoccupé ce jour.
Par ici la sortie ! De rond-point en sens giratoire, je vous ai promené quelques instants à la ronde de chez moi. J’espère que vous n’avez pas la tête qui tourne, ce ne serait guère urbain de ma part !

Publié dans:Coups de coeur |on 17 septembre, 2008 |3 Commentaires »

Mur peint, rue Appert Paris XIème

Non loin de la Bastille, entre les boulevards Beaumarchais et Richard Lenoir, je me glisse dans la rue Verte, trop bétonnée pour que son nom soit honnête, lorsque « mon œil est trompé » par une immense fresque murale sur le pignon d’un immeuble au 5 de la rue Nicolas Appert perpendiculaire.

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Souvenez-vous de l’art pariétal des grottes de Lascaux, bien avant les toiles, les murs constituèrent des supports pour figurer des images de notre environnement et permettre aux hommes de communiquer entre eux.
L’essor des « murs peints » à Paris, date des années 1970, favorisé par la politique culturelle municipale. Au début, ces peintures furent parfois qualifiées de cache-misère pour égayer des pans entiers de murs aveugles suite à la démolition de bâtiments. Mais aujourd’hui, ce sont des œuvres à part entière tenant compte de l’environnement architectural, physique et social, et permettant de faire descendre l’art dans la rue pour l’exposer aux yeux de tous.
Pour être absolument exact, pour des raisons techniques, il s’agit ici d’une fresque marouflée, d’abord peinte sur toile en atelier avant d’être collée sur le mur, dont l’auteur est Philippe Rebuffet, un des grands « trompeurs » actuels. Il a réalisé entre autre dans un autre arrondissement de Paris, un mur peint en s’appuyant sur l’architecture d’une caserne de pompiers, créant ainsi une illusion quasi parfaite de réalité.

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« Voici un peintre en deux dimensions donnant l’illusion de la profondeur, qui prétend exister puisqu’il se laisse surprendre en train d’agir » au pied d’un rideau largement ouvert sur une scène de théâtre. L’inspiration est naturelle puisque le petit théâtre de la Comédie Bastille réside dans cet immeuble. « Il fait mine de peindre et fait semblant de graver ». Cela nous rappelle en effet le trait des gravures de Dürer que viennent éclairer quelques notes colorées.
Hors la toile écornée, en bas à droite, comme un paraphe, un poème :

De mon oncle Sophocle
A mon cousin Rio
De mieux en mieux et de pie en pie
Travaillant de l’amer
Et attendant mes os
Scottish me voici
Langue rose traîtresse
Par Rebuffet scotché
A Paris sur scène
Dans le gris bleu gravé
De nos mélancolies
Maxime Préaud (2006)

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Au pied de la scène, pas si loin de la Seine, un badaud dont l’ombre se projette, observe le peintre. De la poche de sa veste, dépasse un ouvrage qui laisse penser qu’il s’agit de Maxime Préaud en personne, conservateur au département des Estampes de la Bibliothèque Nationale de France, ami de l’artiste et auteur de Mélancolies. Dans ce livre d’images, il nous convie à une promenade illustrée d’œuvres célèbres, notamment de Dürer et Goya, dont le fort dénominateur commun est la posture identique des personnages méditatifs en proie à la mélancolie.
Sur la scène, autre citation d’amitié, Michel Rio, écrivain (dont le premier ouvrage s’intitulait Mélancolie Nord !), avec à ses pieds, son chien « scottish à la langue rose traîtresse », semble tenir compagnie à l’artiste au travail.

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A ses côtés, vingt cinq siècles de théâtre nous saluent sous les traits de huit de ses plus illustres auteurs qui occupent gauchement le devant de la scène, comme embarrassés d’être acteurs une fois n’est pas coutume.

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A l’extrême gauche, nous plongeons cinq siècles avant Jésus-Christ avec Sophocle dans un décor d’entablement dorique en ruine. Il écrivit cent vingt trois pièces. Faute de photocopieuse et de disque dur, on n’en connaît que sept car les manuscrits furent détruits avec le temps ! On peut imaginer que ce sont les meilleures car les plus recopiées, souvenez-vous d’Antigone et Œdipe roi !
Après qu’Eschyle eût porté le nombre d’acteurs à deux outre le choeur, Sophocle réforma le théâtre grec en créant le troisième protagoniste. Artifice de ce trompe-l’œil, il y en a sept à ses côtés ! … et comme proche voisin, bien que vingt siècles les séparent, William Shakespeare tenant un crâne sous son bras droit.

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Clin d’œil évident à la scène tragi-comique du cimetière où Hamlet s’interroge auprès de paysans fossoyeurs :
«Qui sait si ce n’est pas le crâne d’un homme de loi ? Où sont donc maintenant ses distinctions, ses subtilités, ses arguties, ses clauses, ses passe-droits ? Pourquoi souffre-t-il que ce grossier manant lui cogne la tête avec sa sale pelle, et ne lui intente-t-il pas une action pour voie de fait ? » … toute la question du sens de la vie, il est vrai qu’on ne peut pas être et avoir été !!!
Au même titre que l’anglais est « la langue de Shakespeare », on dit du français qu’il est « la langue de Molière ». Quasi contemporain de Sir William, Jean-Baptiste Poquelin, l’enfant de Pézenas, trône légèrement en retrait de lui, dans son fauteuil de « patron » de la Comédie Française qui ressemble peut-être à celui sur lequel il fut pris de convulsions lors de sa représentation du Malade imaginaire quelques heures avant sa mort. Le faisceau d’un projecteur tombant d’une voûte gothique, éclaire le maître du classicisme français.

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Derrière lui, celui qui était parfois accusé de ne pas parler un français ordinaire et de pêcher contre la langue par ses phrases maladroites. Savoureuse revanche sur la critique, son nom a donné naissance au verbe marivauder et par extension à marivaudage et aujourd’hui, ses pièces connaissent un succès qu’on lui contestait de son temps. Ainsi, Voltaire trouvait « qu’il pesait des œufs de mouche dans une balance en toile d’araignée » !

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Arlequin, le personnage fétiche de Marivaux, qu’on retrouve dans quinze de ses pièces, se blottit niché dans une voûte du décor entre le Don Juan de Molière et Hernani de Victor Hugo.
Justement, l voilà, au centre de la scène, les bras croisés, le dramaturge de Ruy Blas et d’Hernani, l’écrivain des Misérables et Les Travailleurs de la mer.
« Je dédie ce livre au rocher d’hospitalité et de liberté, à ce coin de vieille terre normande où vit le noble peuple de la mer, à l’île de Guernesey, sévère et douce, mon asile actuel, mon tombeau probable. »

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Derrière lui, un paysage marin, unique élément coloré du décor, ferme la perspective accélérée de la fresque : à droite, un promontoire rocheux qui peut rappeler son îlot anglo-normand d’exil ou le rocher des proscrits à Jersey dont il fit un tableau ; à gauche, un phare qui renvoie à celui qu’il décrit dans son roman L’homme qui rit .
« Au dix-septième siècle, un phare était une sorte de panache de la terre au bord de la mer. L’architecture d’une tour de phare était magnifique et extravagante. On y prodiguait les balcons, les balustres, les tourelles, les logettes, les gloriettes,les girouettes. Ce n’était que mascarons, statues, rinceaux, volutes, rondes-bosses, figures et figurines, cartouches avec inscriptions. Pax in bello, disait le phare d’Eddystone ».
Ce phare, le premier construit en pleine mer, au large de Plymouth, fut entièrement détruit par une tempête en 1703.
Hugo le dessina également à la plume et l’encre brune dans une atmosphère à la Melancholia de Dürer auquel il dédia un poème … Cohérent tout cela !!!

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En levant la tête, on remarque qu’une mouette dont l’ombre se dessine sur le mur, s’évade de la Manche, et reprend sa liberté hors de la fresque. A moins que symbole de l’existence de Nina heureuse près de son plan d’eau mais détruite par le chasseur Trigorine, elle ne s’échappe du roman de Anton Tchekov qui se prélasse, quelques mètres plus bas, au fond de son fauteuil, comme s’il était en villégiature chez l’Oncle Vania.

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A l’extrême droite de la scène, l’artiste rend hommage au théâtre contemporain. Sur les tentures du décor, sont suspendus quelques tableaux.
L’un d’eux représente une route de campagne avec un arbre isolé, un non lieu tout à fait approprié pour que, par exemple, deux vagabonds Vladimir et Estragon attendent un homme qui leur a promis un espoir de changement, le mystérieux Godot. Les deux pauvres hères attendent sans doute encore aujourd’hui, vous connaissez l’argument de la pièce de Samuel Beckett qui soulève ici le couvercle d’un tonneau d’où surgit un des personnages, cul-de-jatte.

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Par la grâce de Vladimir et Estragon qui ont besoin pour vivre, de parler, parler pour ne rien dire mais parler, parler pour exister, En attendant Godot révèle un certain cousinage avec l’existentialisme dont justement, le meilleur ambassadeur, Jean-Paul Sartre est assis en tailleur devant le tonneau.
Sur un autre tableau, s’entortille un serpent qui se mord la queue clin d’œil à L’Ouroboros, un des livres de l’ami Michel Rio.
« De l’oncle Sophocle au cousin Rio », cela fait une demi heure que je voyage dans le théâtre. Un dernier regard sur le poème de dédicace en bas de la fresque, truffé d’allusions et de calembours. « De pie en pie », l’oiseau, leitmotiv dans nombreux travaux de Philippe Rebuffet, prend son envol vers le « mieux en mieux » pour rejoindre peut-être sa congénère, la mouette. Si « travaillant l’amer » et « en attendant mes os » semblent renvoyer à Hugo et Beckett voire aussi Hamlet et son crâne, mon imagination trop fertile, occultant le chien de Michel Rio, me conduit à la tragédie de Shakespeare, Macbeth le roi scottish, et à la langue de Molière si subtile, si riche de sens et contre-sens, la preuve en est ! M’étant permis de lui téléphoner, j’ai bien fait rire l’artiste heureux et surpris que le passant que je suis, ait pu prendre autant d’intérêt à son travail. Détrompez-vous, le trompe-l’œil est porteur de sens multiples ; il suffit de le regarder avec un esprit curieux.

Ce qui est certain, c’est que l’on peut rester planté comme un piquet devant un mur peint sans pour cela être un âne!

 

 

 

Publié dans:Coups de coeur |on 10 septembre, 2008 |Pas de commentaires »

Balagué, joli village d’Ariège

Dans la perspective du potager de la ferme familiale d’Ariège, s’élève le Pic de l’Estelas qui culmine à 1247 mètres. Ce massif essentiellement forestier constitue un excellent baromètre pour les villageois. Selon que son sommet est dégagé ou noyé dans la brume, selon qu’un manteau de neige recouvre les clairières aménagées en pâturages, le temps sera différent dans le piémont en bordure du Salat.

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Sur ce versant, quelques chemins de terre ou sentiers partant de Salège et Francazal en Ariège, de Saleich et Urau en Haute-Garonne, permettent d’y accéder à pied.
Il a fallu que le cinéma vienne planter caméra et projecteurs pour que je découvre qu’au-delà des crêtes, se cachait un petit bout du monde, un minuscule coin de paradis champêtre : Balagué, un des trois villages de la commune de Balaguères avec Alas et Agert, situé à l’extrémité de la vallée du même nom.
Je fis connaissance de ce pittoresque endroit, fin août 1981, en pleins préparatifs du tournage du film Le retour de Martin Guerre, l’histoire d’une usurpation d’identité et de l’un des plus célèbres procès du XVIe siècle qui se déroula dans la réalité à Artigat dans la vallée de la Lèze, non loin de là. Martin Guerre, jeune marié, disparaît un jour de son village pour y revenir douze ans plus tard et s’apercevoir qu’un autre a pris sa place.
Il y a vingt-cinq ans, Balagué, bien que situé à une dizaine de kilomètres de Saint-Girons ville principale du Couserans, offrait le visage archaïque d’une France rurale d’autrefois. Étonnamment, pour les besoins du film, ce fut sans doute la première commune d’Ariège à posséder un réseau électrique souterrain !
Sacrilège architectural, les lauzes sur les toits de la ferme de Martin Guerre, furent remplacées par des ardoises en plastique ! Près de l’abreuvoir, dans un pré, se dressa un miroir qui, bientôt, donnerait l’illusion du bûcher où brûlerait vif l’usurpateur Gérard Depardieu. Dans les granges, d’antiques carrioles attendaient de reprendre un service qu’elles n’avaient d’ailleurs souvent jamais quitté.
Bien évidemment, quelques mois plus tard, je reconnus sur l’écran, les lieux du tournage à travers le filtre des différentes focales de la caméra, ainsi que quelques paysans du cru dans leurs costumes de figurants. Le film connut un incontestable succès populaire intriguant même les américains qui en tournèrent un remake Sommersby sur fond de guerre de Sécession avec Richard Gere et Jodie Foster dans les rôles de Depardieu et Nathalie Baye.

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Les feux de la rampe éteints, les autochtones retrouvèrent leur vie agricole ancestrale rythmée par les saisons, juste troublée en été par un afflux nouveau de touristes sous le charme de ce village pittoresque. J’aimais, au temps de la fenaison, voir les attelages de bœufs revenir de la plaine qui, curieusement, ferme le cirque au-delà des habitations. J’écoutais volontiers les discussions en patois occitan de ces aïeux reclus qui ne devaient même pas descendre le samedi jusqu’au marché de Saint-Girons. L’un d’eux me parla de Depardieu qui partageait souvent des « canons » entre les prises de vues, de Nathalie Baye qui répugnait à souiller ses mains de terre ! A mille années lumière de ce monde de paillettes, on dirait aujourd’hui « people », il me questionna sur le contrat du célèbre acteur, avançant avec naïveté, la somme d’un million de centimes, dix mille francs de l’époque. Je me souviens encore de son visage d’une « France de très très en bas » quand je lui affirmai qu’il fallait sans doute multiplier par plusieurs centaines !
Aujourd’hui, nombre de ces gens attachants ont pris leur retraite voire quitté notre monde. Les tracteurs ont remplacé les bœufs. Signe du « progrès », des jeunes agriculteurs ont construit, pour la stabulation libre, quelques hangars à l’esthétique douteuse. À l’inverse, des « étrangers » (ici, on considère comme tel, toute personne non née dans la commune !) ou néo-ruraux ont réhabilité avec goût le patrimoine architectural en voie de délabrement, préservant aussi le calme et la beauté du site.
Pour vous y rendre en voiture, vous empruntez la D618 (appelée naguère « route des grandes Pyrénées ») qui longe le Lez, la route de mes cols buissonniers (voir billet du 3 avril 2008) et vous bifurquez, à hauteur d’Engomer, dans l’impasse de la vallée de Balaguères, pour rejoindre notre havre de paix, au bout de six kilomètres de grimpée sinuant dans la verdure. Auparavant, vous remarquerez un étroit pont de pierre dans la traversée d’Alas puis l’église romane d’Agert avec son clocher-mur traditionnel du coin.

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À destination, laissez votre véhicule à l’entrée, pour vous promener au détour des ruelles du village et des prairies environnantes.
Nombre des maisons très typiques, combinaison de pierre et de bois, ont une disposition en L avec une exposition privilégiée vers le sud. Ainsi la cour et les balcons en galerie qui la surplombent, sont protégés des intempéries de l’ouest et du nord. Loggias et galeries non closes, couvertes par la toiture de la maison, servaient au séchage des récoltes vivrières. Souvent fleuries désormais, elles offrent un aspect plus pimpant qu’antan.

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Autre curiosité sur les murs de ces maisons, avance fréquemment en encorbellement, un four à pain de forme semi-sphèrique, toujours proche de la cheminée. Constitué de pierre enduite avec un mortier de chaux, il est protégé de la pluie par une mini couverture d’ardoises ou de lauzes. Laissez aller votre imagination olfactive avec, autrefois, l’odeur du pain cuit chaque semaine et celle des croustades les veilles de fêtes.

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Des toits, surgissent d’étranges lucarnes dites fenières pour les granges et capucines pour le corps d’habitation, assurant l’accès, l’éclairage ou la ventilation des combles selon les usages.
Balagué s’étire le long d’une rue principale et quelques sentes perpendiculaires. Des chemins de terre courent à la périphérie, permettant l’accès des troupeaux aux prés.

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Au début de l’été, la vue est magnifique avec le village ensoleillé au pied de la soulane et, en toile de fond des prairies fleuries d’arbres fruitiers, le Mont Vallier encore enneigé et les sommets du Biros. Aux heures chaudes du début d’après-midi, non troublée par le bruit des tracteurs, la campagne offre une quiétude délicieuse.
Je me retrouve bientôt au bout du village, précisément là où Daniel Vigne choisit de tourner son film. La maison de Martin Guerre inhabitée, sert de remise à des outils agricoles tandis que le foin apparaît à hauteur de la galerie. De vraies ardoises recouvrent à nouveau l’appentis au bout de la cour !

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Je m’engage dans l’étroit chemin caillouteux qui mène aux granges et étables derrière la maison. Rien n’a changé ou presque car le délabrement progresse. Ici, un trou béant dans un mur, témoigne de l’existence d’un ancien four à pain ; là, une modeste pancarte propose la vente d’une des ruines. Me reviennent des images pleines de vie du film lorsque les troupeaux et les charrois remplis de foin, se glissaient dans ce passage.
Le silence d’aujourd’hui n’est que leurre car, soudain, la silhouette boitillante d’un vieux paysan réanime l’endroit. Il ouvre la porte brinquebalante d’une étable et mène trois vaches gasconnes au pré contigu. Je le reconnais, nous bavardons quelques instants. Il me révèle que sa fille est propriétaire de la maison de Martin Guerre. Il n’est plus question du contrat de Depardieu mais de l’avenir de moins en moins réjouissant de l’agriculture de montagne.

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Je rebrousse chemin et à hauteur du lavoir, je me dirige vers l’église toute proche. Je remarque que quelques maisons très coquettes ont troqué leur vocation fermière pour une reconversion en gîte ou résidence secondaire.

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L’église de caractère roman, ferme l’extrémité ouest du village. Un cadran solaire pare son mur sud. Elle est entourée d’un émouvant cimetière d’où l’on jouit d’un point de vue remarquable sur la plaine qui occupe le fond du cirque dont le point culminant est le sommet de Montreich (1251m). Autrefois, avant le remembrement, c’était un maillage de petites parcelles entourées de murets de pierre.

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Retour vers le centre du village jusqu’au calvaire, point de départ de la seconde partie de la visite, sans aucun doute plus fatigante pour les citadins non entraînés à la randonnée ! Avant l’effort, vous vous serez rassasié de saucisson à la cendre et de la tomme de montagne fabriquée dans toutes les vallées environnantes.
En face du crucifix, un passionné a ouvert un petit musée retraçant la vie quotidienne d’autrefois, à travers la reconstitution de scènes d’intérieurs. Pour les derniers paysans de souche, c’est presque encore leur vie d’aujourd’hui !
En route maintenant vers les granges de Balagué qui constituent l’autre attrait architectural de cette vallée. L’ascension s’effectue par le sentier emprunté autrefois par les bergers. Bordé de buis, il est empierré et souvent humide à cause des sources qui jaillissent de la soulane et remplissent des abreuvoirs où se désaltéraient les bêtes lors de leur montée à l’estive.
Très vite, en surplomb du village et du cirque, amis photographes, vous pourrez faire des clichés de la vallée, dignes de Yann Arthus-Bertrand.

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Bientôt, apparaissent les premières « bordailles », ces granges d’altitude qui avaient pour fonction de stocker le fourrage et abriter les animaux durant la période hivernale. Elles se situaient tout près des prairies de fauche. Le foin était entassé à l’étage par une porte à l’arrière ou sur le côté est du bâtiment à hauteur des chariots. En hiver, les bêtes occupaient le rez-de-chaussée et se nourrissaient du foin qui était jeté d’en haut dans les mangeoires.

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Plus haut encore, aux lieux-dits du Sarrat et de Cours, on traverse de véritables hameaux de granges. Certaines sont encore utilisées, d’autres sont en cours de rénovation comme corps d’habitation … dommage que l’une d’elles soit recouverte d’une toiture en tôle ondulée verte probablement fonctionnelle mais bien hideuse !

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Sur la ligne de crêtes de l’Estelas, par temps clair, le panorama est superbe : au sud, la vallée de Balaguères et la chaîne des Pyrénées couserannaises, au nord, la vallée du Bas-Salat, le petit village familial tout proche, et le Midi Toulousain.
Au retour, je choisis la voie forestière qu’empruntent les véhicules motorisés pour accéder aux granges. Elle présente moins de charme mais s’achève par la traversée de la vaste plaine puis du « quartier de Martin Guerre ».
A pied, en voiture, en vélo (je l’ai fait !), venez rêver une journée dans cette vallée si proche et si lointaine de la civilisation urbaine, immortalisée par la grâce du septième art.

Publié dans:Ma Douce France |on 3 septembre, 2008 |15 Commentaires »

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