Archive pour juin, 2008

Fête de la Musique, rue de la Main d’Or, Paris XIème

Samedi, pour célébrer l’arrivée de l’été, on fêtait la Musique un peu partout en France et même à travers le monde, tant en un quart de siècle, l’événement a gagné en universalité. Trop souvent absent à ce rendez-vous, le soleil baigne, cette année, la capitale. Je délaisse le génie de la Bastille qui, perché sur sa colonne, écoute un concert de techno, pour entrer dans le faubourg Saint-Antoine et me glisser dans le Passage de la Main d’Or, un de ces étroits boyaux qui menaient aux ateliers d’ébénisterie, orgueil du quartier. Je détourne mon regard du théâtre éponyme dont le propriétaire est plus connu, désormais, pour ses frasques politiques douteuses que son ancienne complicité avec un rédacteur de petites annonces pour blondes à forte poitrine ! Me voici dans la rue de la Main d’Or, au milieu de la chaussée, entre deux bistrots à vin, d’un côté, « Aux petits joueurs » dont l’enseigne « Bois Charbons Vins & Liqueurs » fleure bon les bougnats d’antan ; de l’autre, « A l’Ami Pierre » que je fréquente régulièrement, notamment quand l’humeur me gagne de faire mon marché place d’Aligre.

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Sur la vitrine, l’inscription « à l’ancien rebouteux » rappelle que, dans des temps pas très anciens, le tenancier de l’époque guérissait les maux de ses clients dans l’arrière-salle. A l’intérieur, accrochés aux murs, des expositions temporaires d’artistes peintres, des affiches de féria « Toros en Vic », une citation d’Antoine Blondin, un dessin de Reiser, le décor épicurien est planté.
Ici, on mange de la charcuterie d’Auvergne, un haricot de mouton, du confit de canard, des tripoux, bref, une cuisine de mémé comme l’était Marie-Jo, l’ancienne patronne qui, aujourd’hui, est présente du même côté du comptoir que ses anciens clients qu’elle photographie même. Bien évidemment, bistrot à vin oblige, on y boit bon !

Cette année, la fête débute plus tôt suite aux plaintes de quelques voisins grincheux. A la campagne, on maugrée le chant du coq trop matinal, à Paris, on voit d’un mauvais œil, les noctambules. La programmation, toujours de qualité, allie jeunes musiciens valeureux en quête de reconnaissance et bandas de ferias dont l’immuable Piston Circus.
En 1995, nous acquittâmes volontiers les « Voleurs de poules » qui répandirent « l’odeur des poivrons » (le titre de leur premier album) dans la rue. En leur sein, figurait le futur grand Sanseverino.
Aujourd’hui, à peine arrivé, ça swingue fort et les pieds battent déjà le pavé au rythme de standards américains d’avant-guerre et de compositions originales, joués et souvent chantés avec virtuosité par « Oncle Strongle ».

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Ce sextet (banjo, contrebasse, batterie, trompette, saxophones) définit sa musique comme « un cocktail violemment épicé : un tiers de Bourbon Street, un tiers de Cotton Club, un tiers de Saint-James et une bonne rasade de tabasco ». On la laisse nous enivrer.

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Le site web du groupe nous invite à en reprendre quelques verres: « c’est de l’authentique, de l’apache, du marlou, de l’alligator », j’ajoute plus prosaïquement, c’est virevoltant et plein d’humour ! N’hésitez pas à vous procurer le flacon cd qu’il livre cet été !

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Pour l’instant, le Cheverny est rafraîchissant au comptoir de l’Ami Pierre dont je chasse les joyeux trublions du Piston Circus prêts à rejoindre leurs instruments.
Cette fanfare est née, il y a plus de trente ans, de la rencontre entre des élèves de l’Ecole Centrale (en fait, un seulement d’où le nom Piston sans s), des Beaux Arts, de l’Ecole d’Architecture et de quelques joyeux drilles du sud-ouest (d’où Circus sans doute). Ils présentent leur musique comme « une musique de jeunes par des jeunes mais pour des vieux … ou le contraire » !!!

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Ils ont joué dans le monde entier et … incontournablement, aux férias de Vic-Fézensac ! Ils ont accompagné sur scène Claude Nougaro, notamment dans un sublime concert « Hombre et Lumière » (il existe en DVD, c’est merveilleux !) sur les bords de la Garonne, à Toulouse. Rappelez-vous, L’enfant Phare, Comme une hirondelle, Je suis sous … ce sont eux aux côtés du « souffleur de vers », le regretté Claude.
Ils ont joué encore la valse sautillante de Playtime, au Palais de Chaillot, dans un spectacle de Jérôme Deschamps en hommage à Jacques Tati.
Vous voyez, c’est du très lourd ! Tous les jeudis, ils se retrouvent dans une cave du quartier Charonne pour partager charcuteries de pays, fromages affinés, vins gouleyants avant de répéter les morceaux que ce soir, comme chaque année, ils interprètent, rue de la Main d’Or.
D’ailleurs, c’est ici, lors d’une précédente fête de la Musique, que furent prises certaines photographies qui illustrent leur seul album ; c’est ainsi que j’ai le privilège d’y figurer avec ma petite famille.

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Foin des airs traditionnels des bandas, les Piston revisitent des classiques de la chanson française, les rimes de Nougaro évidemment, « J’aime les épines quand elles riment avec la rose », Gainsbourg et le Poinçonneur des Lilas, Léo Ferré et Jolie môme, Yves Montand et Francis Lemarque avec A Paris ; ils franchissent les frontières et les mers avec Eleanor Rigby des Beatles et le ciel bleu de Mexicoooooo !. Toutes générations confondues, le cercle de danseurs s’est formé autour des cuivres.

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Au bout d’une heure, les Piston cèdent le trottoir à une fanfare amie venue des Pays-Bas, les « Chaupiques de Maastricht », non sans avoir scellé auparavant le traité européen des fanfares en interprétant un morceau en leur compagnie.

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Sous la chaleur étouffante, les Chaupiques jouent stoîques dans leurs blazers blancs tandis que les Piston avaient renoncé à leurs redingotes noires. Ils nous « emmènent jusqu’au bout de la terre » avec Aznavour, sur la place rouge avec la Nathalie de Bécaud, puis ils ramènent en pleine lumière leurs cuivres bataves pour une interprétation lascive d’Amsterdam.

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Longtemps après, ils finiront par capituler malgré moult gobelets de bière … ils déposeront délicatement leurs vestes sur une borne du trottoir !

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Bientôt, sur le trottoir d’en face, Oncle Strongle ressert ses standards du temps de la prohibition.
Dans la nuit festive du faubourg, la musique de soif étanche les assoiffés de musique. Je commande un Chiroubles pour accompagner ma pièce de bœuf du limousin et mon assiette de fromages artisanaux ! Tout à l’heure, les Piston et les Chaupiques prendront place dans l’arrière-salle pour leur « troisième mi-temps ». Musique de bars, musique de tables, musique de rues, musique de places….
Vivement l’année prochaine !

Publié dans:Coups de coeur |on 27 juin, 2008 |3 Commentaires »

Transhumance du Haut Salat (Ariège)

Chaque week-end, dès que les beaux jours arrivent, les petites routes du Couserans connaissent l’affluence avec la transhumance des citadins toulousains vers les granges qu’ils ont rénovées parfois à prix d’or. Mais, durant la première quinzaine de juin, les bouchons sont d’un autre type avec la montée de milliers de brebis vers les estives.
Ce vendredi-là, les aléas de la vie m’ayant obligé à être « ariégeois » à cette époque, je me réjouis de vivre l’événement du pastoralisme qu’est la dernière des transhumances de la saison, celle du Haut Salat.
La transhumance est une des activités les plus anciennes de l’humanité. Du latin trans (de l’autre côté) et humus (la terre, le pays) c’est la migration estivale des troupeaux d’ovins, bovins et équins vers des prairies de qualité supérieure.
La pluie de la Saint Barnabé s’étant tue (voir billet du 19 juin 2008), je quitte la ferme familiale au petit jour pour partir à la rencontre de la « Fanfanshumance » du troupeau de 800 brebis de « Fanfan » Martres, une procession à pied de 60 km et 3 jours, entre le petit village de Belloc près de Betchat jusqu’à l’estive du Mont Rouch à proximité du Port de Salau.

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Aujourd’hui, « Fanfan » effectue sa trente neuvième transhumance. Au début, il partait de nuit, une pile à l’avant, une pile à l’arrière, un peu de ravitaillement et quelques chiens, dans l’indifférence totale de la population. Vers les années 1980, une voiture transportant le ravitaillement, commença à suivre le troupeau, puis d’autres pour signaler le passage des bêtes qui marchaient de nuit hors les heures de grande chaleur et d’intense circulation routière. Malgré tout, les brebis ne s’arrêtaient pas et ne se reposaient donc pas.
Dans les années 1990, « progrès oblige », vint le temps où les bêtes montaient aux estives en camions mais elles stressaient et s’étouffaient pendant le trajet. Bientôt, quelques personnes soucieuses d’un équilibre entre modernité et tradition, relancèrent l’idée de la transhumance à pied avec la création de « Transhumance en Haut Salat » et la réouverture d’un itinéraire traditionnel nord-sud, longeant le torrent du Salat jusqu’aux pâturages de montagne proches de la frontière espagnole.

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Je me poste devant la table d’orientation du Cap Blanc sur la ligne de crête d’où je jouis d’un superbe panorama. Le soleil du matin joue à cache-cache avec les … moutons nuageux (poussés vers l’est par le vent, ils transhument aussi !), offrant une palette variée de verts aux prairies et collines de la vallée du Bas Salat. Parfois, un accroc au rideau de cumulo-nimbus laisse apparaître vers l’ouest, le Pic du Midi de Bigorre. L’instant serait magique s’il n’était pollué par la ronde infernale de deux débroussailleuses nettoyant une aire de pique-nique voisine … heureusement, la nature va vite retrouver son calme.
Au rythme de 3 kilomètres par heure, les brebis devraient passer dans une heure. Ici, ni caravane publicitaire vantant le « Bâton de berger », le « Mouton à cinq pattes » ou « Bergère de France » , ni tournoiement d’hélicoptères au-dessus des têtes … le Tour de France ne passera là que le 16 juillet … un conseil, installez-vous ce jour-là devant votre télévision juste pour admirer les paysages magnifiques traversés, lors de cette étape, par un troupeau autrement vitaminé!
Bientôt, me parviennent des signes avant-coureurs ou … « avant-moutons » ( ?) avec, de plus en plus proche, la « symphonie pastorale » des sonnailles aux cous des brebis. Toutes n’en possèdent pas. Le berger poète vous dira que c’est pour que le vent raconte l’histoire de leur montée pas à pas. En fait, ces cloches en tôle martelée sont accrochées aux brebis les plus élégantes ainsi qu’à celles, chefs du troupeau, pour entraîner leurs congénères.

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Quel bon « Génie des alpages » m’a permis de vivre ce moment de plénitude ? Les puristes vont me rappeler qu’aujourd’hui, nous sommes dans les Pyrénées mais, d’abord, « l’alpage » a acquis un sens plus universel, ensuite, je ne pouvais pas omettre ce clin d’œil aux inénarrables bandes dessinées de F’Murr contant la vie du berger Anathase Percevalve et de son chien lettré, amoureux des calembours, gardant un troupeau constitué d’un bélier macho et de brebis acariâtres dont la principale occupation est le lynchage des étrangers de tout poil (touristes, fonctionnaires, bêtes sauvages) … la fiction est bien plus proche de la réalité qu’on croit.

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Au bout de la ligne droite, une voiture aux feux clignotants annonce leur arrivée. Les brebis sont là, précédées par une rangée de bergers revêtus de gilets lumineux, tenant leur bâton à l’extrémité duquel, chez certains, est fixée la ganche ou « ganchou », un crochet de métal qui permet d’attraper les bêtes par la patte pour les tondre ou les soigner en évitant le désagrément d’une ruade. Les chiens ne tolèrent aucune échappée, le peloton (pardon, le troupeau !) passe groupé. La plupart des 800 brebis de race tarasconnaise, toison écrue marquée de la lettre bleue M (comme Martres) appartiennent au même élevage … juste, quelques moutons noirs qui ne portent pas malheur, au contraire, puisque la légende dit qu’il en fallait toujours dans un troupeau pour conjurer les effets de la foudre … et puis, pourquoi la France ovine du XXI ème siècle ne serait-elle pas aussi, « black, blanc, beur » ! D’autres bergers accompagnés d’amis, voisins et randonneurs ferment le cortège qui s’arrête quelques dizaines de mètres plus loin … heure du casse-croûte oblige.

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Les ovins s’égayent dans les talus, prés et sous-bois environnants, les humains se rassemblent autour de quelques tréteaux et sortent de leurs poches « capucin » ou « laguiole » pour couper au bout du pouce, un morceau de ventrèche et de saucisse grillée. C’est un moment privilégié de convivialité où les éleveurs et bergers peuvent dialoguer avec les gens du pays et les vacanciers sur les métiers du pastoralisme ainsi que leur cohabitation en milieu montagnard.

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Sans endoctrinement, le « pasteur » éveille ses ouailles du jour aux « pégadès », terme d’origine occitane, « empegar » coller, « pego » colle, désignant les blasons populaires et les marques de reconnaissance et de propriété apposés sur les moutons destinés à transhumer.

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Il évoque aussi son « bras droit à quatre pattes », le chien qui l’assiste. Pour le travail, deux races sont prépondérantes, le berger des Pyrénées ou labrit de petite taille et de caractère difficile supplanté de plus en plus par le Border Collie. Originaire des Highlands d’Ecosse, ce petit chien noir et blanc, rapide, tenace, réceptif et docile, est un excellent encercleur et sait trier et isoler les bêtes dans le troupeau. Son seul défaut est de ne pas aboyer, ainsi la garde et la protection du troupeau sont confiées au « Montagne des Pyrénées » dit Patou, de forte corpulence et à la belle fourrure blanche qui, malgré ses airs placides, peut être féroce quand il sent les bêtes menacées.

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Il est temps de reprendre la route vers la cité de Saint-Lizier où le troupeau passera la nuit au pied du Palais des Evêques et du superbe cloître roman inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Le lendemain, je fais sonner le réveil aux mâtines pour monter vers d’autres troupeaux plus loin dans la haute vallée du Salat. Heureuse surprise, dans la traversée de Lacourt, la route est barrée pour laisser passer la transhumance de 40 vaches gasconnes qui franchissent le pont pour emprunter la route des tunnels sur la rive droite du Salat, neutralisée à leur intention. Je longe la rive gauche puis dépasse Oust et Seix où quelques bénévoles mettent la dernière main pour les animations et festivités qui accompagnent l’activité pastorale proprement dite.
Je bute bientôt sur un premier troupeau filant bon train qui, à hauteur du Moulin de Lauga, traverse le gave pour rejoindre la cabane d’Areou par le sentier de la vallée d’Estours et le bois de Bibet.

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Au pont de la Taule, à hauteur de la route qui conduit à la station de sports d’hiver de Guzet-Neige, je m’immisce dans le cortège qui mène un troupeau de 1 000 brebis vers l’estive de Pouilh. Décrassage assuré pour les poumons du parisien d’adoption que je suis, avec cette marche dans la vallée encaissée, en bordure du Salat impétueux qui fera bientôt le bonheur des kayakistes. L’allure est soutenue, juste interrompue le temps que le berger ramène dans le droit chemin, les quelques bêtes qui goûtent à l’herbe tendre des talus.

 

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Les gens de Couflens n’appartiennent pas à la France qui se lève tôt … la mine fripée, en robe de chambre ou chemise de nuit, ils regardent de leurs fenêtres, le spectacle pittoresque de ce torrent laineux inondant l’artère principale de leur village.
J’occupe une place privilégiée auprès d’un sympathique berger qui, durant plusieurs kilomètres, va me conter des vraies histoires d’ours propres à effrayer les enfants. Rappelez-vous mon billet du 3 avril 2008, cette fois, j’ai enfin vu l’homme qui a vu l’ours ou presque car l’animal sort de sa tanière et commet ses méfaits la nuit quand l’homme dort dans sa cabane. La nouvelle court dans la confrérie pastorale, deux brebis de la transhumance du week-end précédent ont péri, cette semaine, sous l’attaque d’un des ours importés de Slovénie. Au temps des estives, il n’est pas une semaine sans que La Dépêche du Midi, le quotidien régional, ne relate les assauts prédateurs des ursidés et la colère des éleveurs. Certains, très minoritaires, à mots couverts, avancent la thèse d’un bétail mal soigné et mal gardé, victime surtout de la mouche et des chiens errants. En tout état de cause, ce n’est pas à quelques technocrates parisiens du ministère de l’écologie et du développement (peu) durable (des brebis) de décider unilatéralement de la réintroduction artificielle des vilains « gentils nounours » au pays des montreurs d’ours.

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Quelques randonneurs désespèrent (avec le sourire) d’apercevoir à l’horizon du défilé étroit et tortueux, le hameau de Salau où est prévue une pause casse-croûte. Il est vrai qu’ils ont déjà quinze kilomètres dans leurs jambes de citadins peu entraînés.
Pour leur faire oublier la fatigue, je leur parle des mines de tungstène du cirque d’Anglade, florissantes dans les années 1970, de la magnifique chapelle romane du XII ème siècle, de la catastrophe du 6 novembre 1982. Ce soir d’orage, les eaux du Cougnets viennent grossir le Salat. Sous la puissance des flots, la pile du pont s’incline, déviant ainsi le cours du torrent en furie vers l’église dont la nef et le chœur s’effondrent dans la nuit au grand effroi de la population de mineurs.

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Voilà, le clocher apparaît ; sonnailles et bêlements s’entremêlent pour remercier les touristes de leurs applaudissements, dans la traversée pentue de Salau. Quelques brebis ont sorti leur tonte d’apparat avec une jolie perruque laineuse à l’arrière du crâne. La halte est proche, au-dessus, le soleil éclaire la montagne encore enneigée.

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Je laisse à regret le troupeau et redescend au fond de la vallée. Des bergers landais sur leurs échasses et la banda des Gais Rimontais, animent maintenant les rues de Seix.
A proximité de la porte de Kercabanac qui donna son nom, il y a une trentaine d’années, au roman à succès de Loup Durand (l’aventure de deux jeunes ariégeois voulant conquérir l’Amérique), je retrouve avec plaisir la ‘Fanfanshumance » proche du terme de sa seconde étape. Les randonneurs de la veille, ont pris de l’assurance et assistent les bergers dans le bon cheminement du troupeau. Demain dimanche, vers 13 heures, les brebis prendront leurs quartiers d’été à l’estive du Mont Rouch avant de redescendre en octobre, leur chair goûteuse de la bonne herbe sentant la réglisse. Ce sera l’occasion d’autres réjouissances un brin mélancoliques comme tous les adieux.

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En août, j’ai déjà programmé une visite là-haut dans la montagne. Mon âme d’enfant aime les histoires de loups, d’ours et maintenant encore plus, de moutons et de bergers.

Publié dans:Coups de coeur, Ma Douce France |on 24 juin, 2008 |5 Commentaires »

Y a plus de dicton!

« Y a plus d’jeunesse, y a plus d’saison
Y a plus d’printemps, y a plus d’automne
Tout fout l’camp …
Y a plus d’soleil
Y a plus d’romance
Y a plus de bon air
Y a plus d’essence
Tout fout l’camp … »

A ce savoureux pamphlet de Mouloudji, l’interprète de l’inoubliable « Comme un p’tit coquelicot » dont je vous entretiendrai bientôt, je pourrais ajouter « Y a plus de proverbe, y a plus de dicton »
En effet, du moins dans un petit village d’Ariège, il a fait soleil à la Saint Médard et j’ai pu pointer quelques boules sur le boulingrin face à la ferme. Par contre, Saint Barnabé qui semble ne pas supporter le chômage technique, n’a pas trouvé mieux que d’ouvrir les vannes célestes, fêtant à sa façon, l’anniversaire du déluge.

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Peu avant la Saint Guy, à l’honneur le lendemain, nous avons dû chausser les bottes et ouvrir les parapluies pour entamer une drôle de danse avec les pelles et les balais. Etait-ce un hommage prémonitoire à Cyd Charisse, vous vous souvenez celle qui faisait tournoyer sur son pied, le canotier de Gene Kelly dans Singing in the rain, décédée lundi dernier ?
Sous le halo des réverbères, le spectacle était à la fois désolant et fascinant. L’eau dévalant des collines gonflait le ruisseau de la Tuilerie lequel, avec beaucoup d’impétuosité, inondait les rigoles du pré commun à hauteur des passerelles donnant au village un air de Venise ariégeoise.

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Des dizaines d’escargots, chassés des talus, avaient colonisé le mur de l’école. En face, notre voisin se félicitait de l’obligation de surélever sa maison neuve de soixante-dix centimètres ; seule sa pelouse engazonnée était transformée en vaste étang.

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En rentrant à la ferme, dans la pénombre, j’ai manqué marcher sur deux crapauds.
Tout fout l’camp ! Décidément, on ne sait plus à quels saints se vouer !

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Publié dans:Almanach |on 19 juin, 2008 |Pas de commentaires »

Un métier à ferrer en Couserans

Ce matin-là, les écoliers de La Bastide du Salat, en Ariège, n’en croient pas leurs yeux. En face de leur école, rien que pour eux, ressuscite une scène « d’autrefois le Couserans ». Le métier à ferrer accueille deux bœufs massifs d’environ une tonne, venus en camion du village de Betchat, de l’autre côté des collines boisées. Ils appartiennent à la race « casta », encore appelée « aure » et « saint-girons » du nom de leur berceau d’origine, la vallée d’Aure dans les Hautes-Pyrénées et le bassin de Saint-Girons dans le Couserans. Casta qui vient de « castagne », la châtaigne, désigne la couleur sombre de leur robe. Les vaches de cette race connurent leur âge d’or dans les montagnes d’Ariège, avant la seconde guerre mondiale, lorsqu’elles étaient traites pour la fabrication du célèbre fromage de Bethmale. Depuis 1958, le cheptel est tombé de 30 000 à 300 têtes. Quelques éleveurs tentent de maintenir la survie de la race.

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Heureux et ému, Jean Martres, l’ancien forgeron et maréchal-ferrant du village, n’a pas voulu manquer ce moment et égrène volontiers quelques souvenirs et anecdotes. C’est d’ailleurs, son propre métier à ferrer qu’il céda à la commune à l’heure de la retraite, qui va encore prouver sa robustesse face à l’humeur du bétail.
L’essentiel de son travail consistait en l’entretien du matériel à traction animale et le ferrage des chevaux et bovins qui marchaient sur des chemins empierrés pour rejoindre les champs au temps des labours et tirer les chariots de bois et de céréales moissonnées. Son activité cessa au début des années 1960 avec la mécanisation et le développement des tracteurs.

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Les deux bœufs présents ce jour, ne sont attelés qu’à l’occasion de transport du bois dans des endroits d’accès malaisé, et d’animations lors des fêtes locales pour faire renaître les coutumes anciennes. Bien qu’âgés de six ans et demi, c’est la première fois qu’ils entrent dans le système à ferrer pour subir un nettoyage des sabots.

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Avant d’effectuer l’opération, il s’agit de préparer l’animal afin qu’il devienne inoffensif. En ayant soin de ne pas blesser ses cornes, on lie sa tête au joug à l’avant pour qu’il ne puisse plus avancer ni reculer.

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Puis avec un cric, on le soulève légèrement après lui avoir fixé deux sangles ventrales. Ensuite, on entrave une patte arrière en l’enchaînant à un pilier du métier. Enfin, avec une corde, on soulève la patte à travailler afin de la mettre à la bonne portée du maréchal-ferrant qui, aujourd’hui, se contente de « parer le pied » pour fournir au bœuf, un meilleur confort de locomotion.

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A l’aide du rogne-pied et de la mailloche, il enlève le surplus de corne à la partie inférieure du sabot. On dit qu’il « abaisse la muraille » afin que la bête puisse poser correctement la patte sur le sol.

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Ensuite, avec une râpe, il finit d’égaliser la « sole », qui correspond à la plante du pied.

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Enfin, avec la cisaille, il raccourcit l’ongle trop long. Comme lorsque nous coupons trop court un de nos ongles, survient à l’une des pattes, un saignement plus impressionnant que douloureux à voir l’air paisible du bœuf. Le maréchal-ferrant va répéter les mêmes gestes à huit reprises (deux bœufs à quatre pattes, le compte est bon !).

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Jean Martres, volubile, nous conte l’opération de ferrage qui n’est pas prévue aujourd’hui. Il extrayait d’abord les clous des fers usagés à l’aide de grosses tenailles, les « tricoises ». Ensuite, il procédait au ferrage proprement dit qui s’effectuait, pour une meilleure efficacité, le plus souvent, à chaud autour de 1 000 degrés. Ainsi, le fer était bien ajusté et épousait mieux la corne du sabot. Selon la quantité de travail abattu par l’animal et le type de chemins empruntés, la longévité d’un fer était de trois mois. Ce sont 2 500 fers à bœufs qui étaient posés, chaque année, à l’époque florissante de la profession. Il préparait, à la fin mars, son stock de fers qu’il fabriquait à partir d’une ébauche. Comme pour nos chaussures, il existait différentes pointures de fers ( de 2 à 6) adaptées à la taille des sabots. Le fer à bœuf est complètement différent du fer à cheval bien connu qui trônait souvent aux portes des maisons et sur les cheminées en guise de porte-bonheur. Sur chaque sabot de bœuf, sont cloués deux fers de taille inégale car l’ongle intérieur est plus étroit et petit.

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Le maréchal-ferrant empiétait souvent sur les prérogatives du vétérinaire trop onéreux pour les paysans. Il lui arrivait, avec sa scie à métaux, de raccourcir les cornes trop longues. Lorsqu’il touchait par malheur, la partie vivante de la corne, il stoppait l’hémorragie de sang en cautérisant au fer rougi. Il procédait aussi, avec le trocart, au perçage des panses des animaux qui avaient trop abusé de trèfle ou sainfoin. Il élaborait encore quelque remède de bonne femme à base de miel, vinaigre et sulfate de cuivre pour soigner, avant de les panser, les bêtes blessées par un clou ou un tesson de bouteille.
Il soignait l’œil des bovins quand une « balle « d’avoine jetée de la grange au-dessus dans la mangeoire de l’étable, se logeait dans la cavité orbitale au risque de faire perdre l’usage de la vue à la bête. Avec son doigt recouvert d’un petit bout de tissu de lin enduit d’huile, il épousait sous la paupière, la forme de l’œil et enlevait le corps étranger gênant.
Jean Martres, digne d’un ostéopathe, se souvient même d’avoir guéri des foulures d’une patte avant d’un bovin en lui repliant le membre sur l’épaule !
Hors La Bastide, la majorité des bêtes provenait de Lacave, le village voisin, et des fermes de la Haute-Garonne limitrophe, notamment de Castagnède, His et Touille.
Le nettoyage des sabots et le ferrage s’effectuaient surtout lorsque le mauvais temps empêchait les agriculteurs de travailler dans leurs champs. Il faut donc imaginer l’affluence de paysans et d’animaux dans la cour du forgeron et sur le pré communal ainsi que les conversations animées presque exclusivement en patois.
La matinée s’achève par un moment fleurant délicieusement le terroir durant lequel le propriétaire des bœufs récapitule en langue occitane, les différentes étapes du nettoyage des sabots.

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Dans mon esprit, dansent des images et des sons d’il y a cinquante ans, le crottin des chevaux qui « décorait » le pavé de la rue de la République, artère principale de ma petite ville natale de Normandie, Monsieur Guignant actionnant le soufflet de sa forge rougeoyante, le bruit du marteau sur l’enclume quand il ferrait d’imposants chevaux percherons ou boulonnais.

 

 

Publié dans:Coups de coeur, Ma Douce France |on 18 juin, 2008 |9 Commentaires »

Rendez-vous au jardin de l’Hôtel Matignon

Ce dimanche-là, j’ai rendez-vous au jardin de l’Hôtel Matignon, résidence officielle du Premier ministre du gouvernement français, dans le cadre d’une manifestation organisée par le Ministère de la Culture et de la Communication pour mettre à l’honneur les parcs et les jardins publics et privés.

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L’Hôtel Matignon se trouve dans le VIIème arrondissement de Paris, au 57 rue de Varenne, l’ancien « chemin du bois de la Garenne » qui reliait le faubourg Saint-Germain au terrain marécageux que choisit Louis XIV pour construire l’Hôtel des Invalides. Il ne faut pas confondre avec l’avenue Matignon (au Monopoly, rues rouges avec l’avenue Malesherbes et l’avenue Henri Martin !!!) proche de l’Elysée sur l’autre rive de la Seine. En 1719, le maréchal de France Charles-Louis de Montmorency Luxembourg, prince de Tingry, y acquiert un terrain de 2 869 toises (environ 3 hectares) sur lequel il fait aménager un jardin, et passe commande à l’architecte Jean Courtonne pour la construction de l’Hôtel.Les travaux s’avérant trop coûteux, l’hôtel en voie d’achèvement est cédé à Jacques de Matignon, prince de Monaco, ce qui explique son appellation actuelle.Durant deux siècles, il change plusieurs fois de propriétaires, notamment Monsieur de Talleyrand en 1808, Napoléon 1er en 1811, l’Empereur François-Joseph d’Autriche en 1886 qui y installe l’ambassade d’Autriche-Hongrie. L’Etat français en redevient propriétaire en 1922 et le Président de la République Gaston Doumergue décide, en 1935, d’en faire le lieu de vie et d’exercice du Président du Conseil qui prend le nom de Premier Ministre en 1958 avec la Constitution de la Vème République. Pierre Etienne Flandin est le premier à l’investir, un an avant qu’y soient signés entre Léon Blum et les grévistes du printemps 1936, les « accords de Matignon » instituant les congés payés et la semaine de quarante heures.

De son bureau, le Premier Ministre jouit d’une vue remarquable sur l’un des plus beaux jardins de la capitale. Ce quartier possède nombre de ministères, ambassades, hôtels particuliers avec de superbes parcs souvent cachés que révèlent les longues vues en haut de la Tour Eiffel.

Pour cette visite exceptionnelle, l’accès s’effectue par la rue de Babylone artère parallèle à la rue de Varenne. Après une attente d’une demi-heure, nous franchissons … un portique de détection avec fouille des sacs et délestage des poches, sécurité oblige, avant de nous retrouver enfin sous les frondaisons. Par petits groupes, nous suivons un parcours très délimité, accueillis à différents endroits par les jardiniers qui nous proposent leurs commentaires éclairés. Les photographies sont autorisées dans des axes très précis hors la vue de l’hôtel lui-même … j’ai très légèrement enfreint la consigne !

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Près de 3 siècles d’art des jardins sont lisibles dans le plus grand parc privé de Paris qui compte 350 arbres et une centaine d’espèces. Sa réalisation appartient à deux prestigieux architectes du paysage, d’abord Claude Desgot, neveu et collaborateur de Le Nôtre, puis en 1902, Achille Duchêne.

Elle associe habilement la perspective à la française avec des allées rectilignes, la concordance des points de fuite, la volonté de corriger la nature pour y imposer la symétrie, et la plantation à l’anglaise fondée sur la sinuosité avec une végétation plus naturelle prêtant au romantisme.

Première surprise, en bordure de la pelouse, dans un massif, la tombe ancienne d’un … chien sans doute offert par un ambassadeur.

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La seconde provient de pancartes accrochées aux feuillages associant le nom de l’arbre à celui d’un premier ministre. En effet, en 1979, Raymond Barre ayant mis en terre un érable à sucre offert par des écoliers canadiens, a lancé la tradition que chaque Premier ministre plante, à son arrivée, un arbre de son choix dans le parc.

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Tous y ont sacrifié à l’exception de Jacques Chirac pour une raison qui ne nous a pas été précisée. Vu la prédilection pour les pommes qu’on lui accordait aux Guignols de Canal plus, il aurait pu envisager de planter cet arbre fruitier ! Il préférait peut-être laisser une trace dans le palais présidentiel qu’il allait fréquenter quelques années plus tard.

Certains ont opté pour des chênes, de Hongrie pour Pierre Mauroy, des marais pour Laurent Fabius, pédonculé pour Dominique de Villepin, avec des fortunes diverses. Celui de Pierre Mauroy dut être abattu rapidement comme son gouvernement de programme commun avant qu’en 2005, Jean-Pierre Raffarin ne demande d’en replanter un nouveau spécimen. Quant à celui choisi par Laurent Fabius, il apparaît aussi maigrelet que ses chances d’accéder un jour aux plus hautes fonctions de l’Etat.

Paradoxalement, Edith Cresson qui fut l’hôte des lieux le plus éphémère, n’y demeurant que onze mois, porta sa préférence sur le ginkgo biloba, le plus vieil arbre du monde apparu il y a 270 millions d’années, le plus résistant également car c’est le seul qui repoussa sur le sol calciné par la bombe atomique d’Hiroshima en 1945. Il porte parfois le nom d’arbre aux quarante écus, somme payée pour l’introduction de cinq spécimens sur notre territoire. L’inflation existe aussi en ce domaine et des gens le baptisèrent arbre aux mille écus à la vision des feuilles en éventail de couleur or pendant leur floraison en octobre. Est-ce cette teinte qui conquit notre première «Premier ministre femme » laquelle avait affublé les japonais du surnom de « fourmis jaunes » !

Ses prédécesseurs socialistes eurent un comportement « atlantiste « prononcé, Pierre Bérégovoy plantant un tulipier de Virginie tandis que le Copalme d’Amérique de Michel Rocard fait l’admiration des visiteurs par son envergure et ses feuillages or et pourpre à l’automne.

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Lionel Jospin se montra très « nationaliste » en préconisant la plantation d’un orme de Lutèce tandis que Edouard Balladur porta son choix sur un érable argenté … seize ans après avoir écrit « L’Arbre de Mai », les vingt jours qui ont fait trembler la France, au printemps 1968 alors qu’il était jeune conseiller aux affaire sociales du Premier ministre Georges Pompidou.

Culture politique et culture forestière forment un curieux ménage.

Alain Juppé et François Fillon font bande à part, du moins géographiquement, en ayant souhaité comme emplacement de plantation, le sud du parc, à proximité du Pavillon de musique.

Le maire actuel de Bordeaux a été séduit par le Cercidiphyllum Japonicum appelé vulgairement arbre caramel parce que ses feuilles, lorsqu’elles tombent, dégagent une odeur de caramel ou de sucre brûlé.

Dernier en date, en décembre 2007, François Fillon a enrichi le jardin d’une espèce asiatique, le cornouiller des pagodes dont les branches poussent en étages successifs rappelant les toits des pagodes comme celle qui abrite un cinéma à quelques dizaines de mètres de là, rue de Babylone.

Ces arbres ajoutent une dimension exotique au parc, particulièrement à l’époque de « l’été indien ».

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Nous nous retrouvons bientôt au pied du perron de la façade arrière de l’hôtel où nous attend le conservateur. Au grand étonnement et scepticisme des promeneurs, il affirme péremptoirement que le Premier ministre n’a jamais l’occasion de vivre heureux au pied de ses arbres tant son rythme de travail infernal lui interdit toute fréquentation du parc. La presse avait pourtant fait écho de la réunion des parlementaires de la majorité présidentielle et des membres du gouvernement autour de François Fillon pour sonner la mobilisation avant les élections législatives de juin 2007 ! J’ai souvenir aussi de photographies de Raymond Barre et Laurent Fabius lors de réceptions dans les jardins … bref !

Dommage également que le Premier ministre préfère les allées du bois de Boulogne pour effectuer ses joggings en compagnie du Président de la République.

Je m’arrête quelques instants devant un banc de pierre ombragé propice à la rêverie et … à la recherche de solutions aux conflits sociaux !

 

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J’ai une pensée pour les « jardiniers d’art » affectés aux parcs et jardins appartenant à l’Etat. Leurs tâches variées, nécessitent des connaissances profondes dans des domaines très divers comme l’horticulture, l’hydraulique, l’étude des sols, la chimie, la mécanique.

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Parvenus devant la majestueuse allée bordée de tilleuls, l’un d’eux nous explique la notion de perspective accélérée et les procédés pour raccourcir visuellement la perspective et rassurer la fatigue du promeneur ou au contraire, la prolonger pour donner l’impression d’une fuite infinie. Ici, entre notre point d’observation et le bout de l’allée, l’écartement des deux rangées d’arbres diminue de deux mètres ; d’autre part, l’intervalle entre chaque tilleul se rétrécit à mesure que l’on avance.

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Nous empruntons la contre-allée de droite, celle de gauche est surveillée par deux gardiens de la paix interdisant ainsi l’approche du jeune cornouiller des pagodes aux feuilles crème et du … boulingrin !

La promenade s’achève. La petite fille qui m’accompagne, prend l’initiative de signer le livre d’or, de sa jolie écriture : « Merci pour cette merveilleuse visite, j’ai appris beaucoup de choses. »

Cette dédicace consensuelle née de la fraîcheur enfantine conclut ce « rendez-vous aux jardins ».

A la sortie, derrière notre passage, une femme de ménage passe l’aspirateur pour nettoyer le pavé de la boue laissée par les semelles de nos chaussures !

Dans la rue de Babylone, la file d’attente s’est allongée sur le trottoir. Je fredonne :

« Auprès de mon arbre

Je vivais heureux

J’aurais jamais dû

M’éloigner de mon arbre

Auprès de mon arbre

Je vivais heureux

J’aurais jamais dû

Le quitter des yeux.

Le surnom d’infâme

Me va comme un gant

D’avecques ma femme

J’ai foutu le camp

Parce que depuis tant d’années

C’était pas une sinécure

De lui voir tout l’temps le nez

Au milieu de la figure.

Je bats la campagne

Pour dénicher la

Nouvelle compagne

Valant celle-là … »

Toute ressemblance avec un grand personnage de l’Etat (par son rang !) n’ayant jamais habité l’Hôtel Matignon, appartient au talent visionnaire de Georges Brassens auteur de ce refrain.

 

 

Publié dans:Coups de coeur, Ma Douce France |on 11 juin, 2008 |1 Commentaire »

La Saint Médard

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« A la Saint Médard mon Dieu qu’il a plu
Au coin du boul’vard et de la p’tite rue
A la Saint Médard mon Dieu qu’il a plu
Y aurait pas eu d’bar on était fichus !
A la Saint Médard mon Dieu qu’on s’est plu
Tous deux au comptoir en buvant un jus
A l’abri dans l’bar on s’est tell’ment plu. »

Je me souviens, lors d’un concert au théâtre Saint-Georges à Paris, du désopilant quatuor des « Frères Jacques » vêtus de collants bicolores, gants blancs, chapeaux claques et fausses moustaches, et affublés de parapluies pour évoquer, dans une chorégraphie poétique, cette histoire d’eau.

« … Il a encore plu
A la Saint Barnabé, oh ça tant et plus
Pour bien nous sécher au bar on a bu
Trois jus arrosés puis on s’est replu.
Saint Truc, Saint Machin, toujours il pleuvait
Dans le bar du coin, au sec on s’aimait.
Au bout d’quarante jours quand il a fait beau
Notre histoire d’amour est tombée à l’eau. »

Qui sont donc ces saints qui alimentent, chaque première quinzaine de juin, les sempiternelles conversations sur « le temps qu’il fait » ?
Saint Médard serait né en 456 dans le petit village picard de Salency, de l’union d’un noble franc Nectardus, et Protagia, une noble gallo-romaine. Il serait mort dans sa quatre-vingt-dixième année, longévité remarquable pour l’époque, le 8 juin 545 à Noyon. Il avait un frère jumeau Gildard qui est complètement tombé dans les oubliettes malgré une honorable « carrière » d’archevêque de Rouen puis de … saint !
Dès l’enfance, Médard manifeste beaucoup de compassion et de générosité à l’égard des plus démunis. On dit qu’il offrit ses vêtements neufs à un mendiant aveugle presque nu. Une autre fois, alors qu’il les amenait à l’abreuvoir, il donna un des chevaux de son père à un paysan qui venait de perdre le sien à la tâche. Déjà touché par la grâce, lorsqu’il ramena les chevaux et que son père les compta … il n’en manquait aucun !
Un jour de déluge pluviométrique, du Ciel bienveillant apparut un aigle qui déploya ses ailes au-dessus de lui, faisant office de parapluie. Cela explique qu’on représente parfois le saint de ce jour avec ce rapace le survolant.
A propos, l’introduction du calendrier grégorien dans l’usage officiel a provoqué la suppression des fêtes de douze saints. C’est ainsi qu’auparavant Médard était fêté le 20 juin, jour voisin du solstice d’été. C’est à cette époque qu’apparaissent les premières dans le ciel parce que les plus brillantes, les étoiles du triangle d’été dont fait partie Altaïr de la constellation de l’Aigle … étrange coïncidence !
Plus grand, il fait ses études ecclésiastiques en compagnie de son frère, à Vermand près de Saint-Quentin. On prétend qu’ils assistent Saint Rémi, évêque de Reims, lors du baptême de Clovis en 496.
En 530, le même Saint Rémi qui semble le porter en haute considération, nomme Médard évêque de Vermand. L’année suivante, cause ou conséquence de cette nomination, le siège épiscopal est déplacé et Médard devient évêque de Noyon, ville voisine de Salency.
En 532, à la mort de leur évêque Saint Eleuthaire, les habitants de Tournai réclament Médard pour le remplacer. Sur l’insistance du roi mérovingien Clotaire, il finit par accepter et le pape le nomme, unifiant le diocèse de Tournai et celui de Noyon. On loue son zèle infatigable, parcourant les bourgs et villages, prêchant, consolant les fidèles, administrant les sacrements et développant le règne de la foi. La reine Radegonde reçoit le voile de ses mains quand elle se fait religieuse.
Il meurt à Noyon et ses reliques sont transportées à Soissons où sera érigée l’abbaye de Saint-Médard. Son culte rayonnera à travers l’hexagone où plus de soixante-dix communes portent le nom de Saint-Médard.
Quelques-unes de ses reliques seraient conservées en l’église Saint-Médard, située en bas de la rue Mouffetard à Paris, au sud-est de la Montagne Sainte-Geneviève. La construction de cette église s’étala du XVème au XVIIIème siécle, et fut interrompue durant les guerres de religion et notamment le « tumulte de Saint-Médard » qui entraîna le saccage de l’église par les protestants en 1561.
La légende dit que Saint-Médard institua à la fin du Vème siècle, la fête de la « rosière », à l’occasion de laquelle, on remet une couronne de roses à la jeune fille dont la conduite irréprochable, la vertu et la piété ont marqué le village. La première rosière aurait été la sœur de Saint-Médard et la tradition se perpétue encore dans certains de nos villages. On peut voir dans la chapelle de la Vierge de l’église Saint-Médard à Paris, une toile de Louis Dupré représentant « Saint-Médard couronnant la première rosière ».

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Dans l’esprit de cette coutume, au XIXème siécle, pour fêter son accession au trône et sa victoire à Austerlitz, Napoléon décrète que des jeunes filles pauvres et vertueuses seront dotées par l’Etat et mariées.
Rappelez-vous aussi Guy de Maupassant : « C’était l’époque où l’on couronnait des rosières aux environs de Paris, et l’idée vint à Madame Husson d’avoir une rosière à Gisors … Pas une ne sortit intacte de cette enquête scrupuleuse. Françoise interrogeait tout le monde, les voisins, les fournisseurs, l’instituteur, les sœurs de l’école et recueillait les moindres bruits. Comme il n’est pas une fille dans l’univers sur qui les commères n’aient jasé, il ne se trouva pas dans le pays une seule personne à l’abri d’une médisance … Or, un matin, Françoise qui rentrait d’une course, dit à sa maîtresse : ‘Voyez-vous, madame, si vous voulez couronner quelqu’un, il n’y a qu’Isidore dans la contrée.’ »
C’est ainsi que l’on retrouva Bourvil, en équivalent masculin de rosière dans l’adaptation cinématographique de cette farce villageoise par Jean Boyer sur un scénario de Marcel Pagnol !
Sur Barnabé, fêté le 11 juin, on est beaucoup moins prolixe. Il nous est connu par le livre des Actes des Apôtres » : « Joseph, que les apôtres avaient surnommé Barnabé (ce qui signifie l’homme du réconfort), était un juif originaire de Chypre. Il avait une terre, il la vendit et en apporta l’argent qu’il déposa au pied des Apôtres. » Discernant le charisme de Paul, il a l’audace d’introduire auprès des apôtres, cet ancien persécuteur de chrétiens. Il participe avec lui à son premier voyage à Chypre et en Asie Mineure, et témoigne avec lui à Jérusalem devant tous les responsables de l’Eglise, des merveilles que Dieu accomplit chez les païens !!!
Nos deux héros du jour se sont-ils jamais rencontrés ? … en tout cas, chaque année, ils sont réunis dans le fameux dicton :
« S’il pleut à la Saint Médard, il pleut 40 jours plus tard (pendant quarante jours) … à moins que Saint Barnabé ne lui coupe l’herbe sous le pied. » … que dans certaines régions, on prolonge par « Mais s’il pleut à la Saint Barnabé, ce sera Saint Gervais (le 19 juin) qui fermera le robinet. »

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Parapluies de bergers en Ariège

Vous excuserez mon manque de professionnalisme sur ce dossier, je n’ai pu rencontrer aucun témoin direct qui puisse me fournir des éléments indiscutables, aussi je me contente de vous livrer pêle-mêle, quelques suppositions sur l’origine de ce conflit météorologique.
Il se dit que la Saint Médard passait pour être le jour anniversaire du Déluge et donc que la vindicte populaire l’accabla : « Saint Médard, grand Pissard ». De même, « Quand il pleut à la Saint Médard, si l’on boit du vin, on mange du lard » se justifie par le fait que la pluie nuit à la culture de la vigne mais favorise celle des choux qui accompagnent le lard dans l’assiette à la ferme ».
Certains prétendent qu’une grande sécheresse sévissant dans leur région, les habitants de Salency auraient réclamé un coup de piston à leur ancien évêque devenu saint lequel, pourtant loin de toute campagne électorale, aurait exaucé leurs prières et leur aurait envoyé des averses pendant plus d’un mois.
Ces agriculteurs, ils ne sont jamais contents, c’est bien connu … quand il pleut, il leur faut le soleil, quand Râ est généreux, c’est trop sec, et tout est prétexte à réclamer des indemnités pour catastrophe naturelle ! Je les taquine, je connais les vicissitudes du temps et je les estime pour avoir eu dans ma famille, nombre de représentants de cette valeureuse corporation (souvenez-vous ma mémé Léontine dans les portraits de famille !).
D’autres sources mettent en avant l’esprit vertueux de Médard qui, offusqué du mauvais comportement des jeunes à l’occasion des bals célébrant le retour du printemps, intercéda auprès de Dieu pour qu’il fasse tomber la pluie, quarante jours durant, jusqu’au temps des moissons.
Ses relations privilégiées avec les crachins, averses, ondées, orages ont conduit laboureurs et marchands de parapluies à le vénérer et en faire leur patron. Et lorsque la pluie miraculeuse ne tombait pas, la population pouvait se venger en aspergeant d’eau la statue de Saint Médard.
Une légende bretonne met en exergue les pépins (le mot est de circonstance) entre Saint Médard, marchand de parapluies et Saint Barnabé, vendeur d’ombrelles. Une année où il fit très beau, la conjoncture économique lui étant néfaste, Médard sollicita Dieu qu’il fasse tomber la pluie pendant au moins quarante jours. Son vœu fut exaucé, et chaque année, à l’époque de sa fête, la vente des parapluies fut florissante. Le bonheur des uns faisant dit-on le malheur des autres, le commerce d’ombrelles du pauvre Barnabé périclita. A son tour, celui-ci pria Dieu de faire briller le soleil et … il ne plut que durant trois jours.
Une autre version plus « kleenex » prétend que Saint Médard perdit un âne auquel il était très attaché, ce qui déclencha un tel torrent de larmes que villes et champs furent inondés. Heureusement, la providence plaça sur son chemin Saint Barnabé qui lui ramena l’âne trois jours plus tard.
A l’heure de la mondialisation et des cultures OGM, les dictons disparaissent peu à peu de la mémoire collective même si celui qui nous préoccupe aujourd’hui, demeure encore vivace dans nos esprits surtout si ce 8 juin 2008 est pluvieux … nous ne manquerons pas de guetter alors le bulletin météorologique de mercredi prochain.
Sont-ils le fruit de l’imagination fertile de nos ancêtres et de croyances superstitieuses ou au contraire, de précieuses connaissances accumulées au fil des siècles par des observateurs rigoureux ? Une étude accomplie à Lyon sur une durée de soixante ans, montre qu’il a plu 30 fois à la Saint-Médard et qu’il plut 15 jours sur les 40 qui suivirent. Les 30 fois où le ciel fut clément, il plut également 15 jours dans les 40 jours suivants.
En 1692, pendant la guerre de la ligue d’Augsbourg, en présence de Louis XIV qui s’était déplacé personnellement, ses soldats maudirent Médard lors du siège de Namur et de sa citadelle : « La pluie tomba par torrents. La Sambre débordée se répandait dans les plaines couvertes de moissons verdoyantes. Les ponts de la Méhaigne furent emportés et entraînés dans la Meuse. Les routes se transformèrent en fondrières. Les tranchées étaient tellement engorgées d’eau et de boue qu’il fallut trois jours pour passer un canon d’une batterie à une autre. En pareille circonstance, l’autorité de Louis XIV fut nécessaire pour maintenir l’ordre. Ses soldats montrèrent beaucoup plus de respect pour lui que pour certaines choses placées sous la sauvegarde de la religion. Ils maudirent cordialement Saint Médard ou brûlèrent toutes celles de ses images qu’ils purent trouver. »
« Juin bien fleuri, vrai paradis », « Juin froid et pluvieux, tout l’an sera grincheux », « Beau mois de juin change l’herbe rare en beau foin », « Beau temps en juin, abondance de grain », « Eau de juin ruine le moulin », « Pluie de juin fait belle avoine et maigre grain » … tous ces dictons liés au temps de la fenaison et empreints d’une certaine poésie tombent en désuétude et ne font plus le bonheur que de quelques almanachs. « Ma bonne dame, avec leurs expériences dans le ciel, le temps est détraqué, il n’y a plus de saison » !!!! Ce dimanche matin, nous scruterons le ciel … S’il fait beau, ce sera barbecue dans le jardin ; si la pluie est au rendez-vous, nous ferons des claquettes avec Claude Nougaro ou chanterons et danserons avec Gene Kelly ou bien encore nous prendrons la grand-route …

« Elle cheminait sans parapluie
J’en avais un, volé, sans doute
Le matin même à un ami
Courant alors à sa rescousse
Je lui propose un peu d’abri
En séchant l’eau de sa frimousse
D’un air très doux, elle m’a dit oui.

Un p’tit coin d’parapluie
Contre un coin d’paradis
Elle avait quelque chose d’un ange
Un p’tit coin d’paradis
Contre un coin d’parapluie
Je n’perdais pas au change pardi. »

Je me sauve vite avec cet ange, je ne veux pas de pépin avec Barnabé !

 

 

 

Publié dans:Almanach |on 6 juin, 2008 |Pas de commentaires »

Land art en Yvelines, les « Environnementales »

Dans son « Dictionnaire des idées reçues », à l’article « nature », Gustave Flaubert écrit : « Que c’est beau, la nature ! A dire à chaque fois que l’on se trouve à la campagne. »
Aujourd’hui, je suis à la campagne, dans le parc paysager de Jouy-en-Josas, tout près de Versailles. L’Ecole de l’Environnement et du Cadre de Vie (TECOMAH) y organise les « Environnementales », une exposition d’art contemporain à ciel ouvert.
J’ai déjà eu l’occasion de vous entretenir de « land art » dans un billet daté du 9 mars 2008 à propos d’une action artistique insolite dans une prairie ariégeoise. Cette fois, c’est une dizaine de créateurs d’art contemporain de renommée internationale qui interviennent dans et avec la nature, assistés techniquement par les étudiants de l’établissement horticole.
A première vue, leurs initiatives peuvent sembler incongrues tant l’histoire de la planète place la nature au début de tout, avant tout. Pourtant, n’est-il pas plus juste de penser que l’Homme a participé à sa construction … autant qu’à sa destruction d’ailleurs, ce qui suscite aujourd’hui de vives inquiétudes environnementales.
Par d’autres chemins, les artistes rejoignent les laboureurs, les cantonniers, les jardiniers, les promeneurs, les ingénieurs, le vent, la pluie, la sécheresse, tous ces agents qui agissent consciemment ou inconsciemment sur l’espace naturel. Acceptons donc les traces que les plasticiens inscrivent dans le paysage, souvent avec un certain bonheur.
Le fléchage pour localiser les œuvres, laisse à désirer mais, contre mauvaise fortune bon cœur, cela concourt très vite à un délicieux vagabondage au tour de l’étang et sous les frondaisons du parc.
Facilement repérable de loin, surgit de sous les arbres, dressée sur un petit tertre, la proposition de l’artiste ardéchoise Marie Denis, « Le Bonzaï II », un immense pot orange contenant un remarquable pin centenaire. L’artiste amène le spectateur à éprouver la difficulté enfantine pour maîtriser la proportion et l’échelle des choses. Elle a conçu un pot de fleur de quatre mètres cinquante de haut et quatre de diamètre, en harmonie avec son hôte, un résineux de vingt mètres.

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Comme beaucoup d’artistes oeuvrant dans le paysage, pour réaliser son projet, elle a fait appel au savoir faire des techniciens de certaines corporations, en la circonstance, un serrurier d’art pour élaborer la structure métallique et un osiériste pour concevoir le tressage du pot. En m’approchant, je constate que l’effet vannerie est obtenu par le tressage de trois mille mètres de tuyaux d’arrosage comme un clin d’œil à l’outil de l’arroseur, élément incontournable au bon entretien des jardins.

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Longeant les courts de tennis où des étudiants échangent quelques balles, je pars à la rencontre de « Toupie et cage », œuvre de Serge Bottagisio et Agnès Decoux, un couple qui vit et travaille dans le Gers. Avec un peu de difficulté, je parviens à la dénicher dans un endroit délaissé du parc, le genre d’espace où on abandonne les objets encombrants et hors d’usage. Ces deux sculpteurs, m’apprend le dossier de presse, s’inspirent dans leurs projets, de formes primaires comme les sphères, les cylindres, les carrés, les rectangles ; ici, ce sont deux cônes en béton et terre cuite, basculés sur un lit de paille, comme deux fossiles.

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Taillés à la hache et travaillés de manière circulaire, gris et ridés comme une peau de pachyderme, ils procurent des sensations contraires entre lourdeur et grâce, entre le rugueux du corps de la toupie et sa face polie, entre la densité de la toupie et la fragilité du squelette de la cage voisine. La lumière matinale joue avec bonheur sur les différentes surfaces en gommant ou valorisant leur relief. Les deux formes quasi primitives ne sont pas sans rappeler par le mystère qu’elles dégagent, les statues néolithiques de Filitosa en Corse et les mégalithes de l’île de Pâques.

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Je me rapproche de l’étang où un paisible pêcheur se débat avec une carpe de taille respectable. Avant de la rejeter à l’eau, il la délivre de l’hameçon et la présente devant l’objectif de mon appareil photo … poisson entre deux eaux, nature morte éphémère.

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Le soleil généreux laisse à penser que je n’entendrai pas aujourd’hui, la « Conversation par jours de pluie : deux fontaines » imaginée par Gilles Bruni. Non loin d’une petite cascade au gazouillis rafraîchissant, l’artiste s’est glissé dans le paysage, créant un curieux dialogue entre deux fontaines, d’un côté, la bouche béante d’une buse de rejet des eaux pluviales, de l’autre, installée le long du toit d’un hangar de rangement de canoës, une gouttière déversant un filet d’eau dans une barque en guise de bassin. Une poule d’eau effarouchée semble signifier, « circulez, il n’y a rien à voir », il ne pleut pas ! Malgré leur mutisme, je médite quelques instants devant cette fable des fontaines, à l’ombre des saules pleureurs d’où jaillissent des iris des marais éclatants. Elle met en scène la grande « gueule » (terme ancien des fontainiers) du déversoir et la fine bouche de la gouttière. Le canoë est détourné de sa fonction primitive.

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J’arpente maintenant les berges de l’étang. Sur l’autre rive, la teinte orange fluo du pot au bonzaï, utilisée par les cantonniers comme couleur signalétique, détourne encore mon regard et vibre en reflets dans la pièce d’eau.

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Bientôt dans une petite combe en contre bas de la route qui sinue dans le parc, apparaît sur la page verte du paysage, un signe familier de vos claviers d’ordinateur. L’anglais Ian Baxter& a déposé un talus plaqué de gazon en forme d’esperluette comme celle qui se trouve à la fin de son nom d’artiste. Cet élément typographique qui a pour habitude de relier, associer, fait lien entre art et nature. Malheureusement, l’absence de point de vue suffisamment élevé, nuit à la clarté de la lecture. Dommage, j’aimais l’idée de cette écriture végétale rapportée à l’échelle du paysage.

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Là-bas, suspendue au-dessus de l’eau de l’étang, une enseigne rouge et deux mots : « ici/là », dispositif conçu par l’artiste australienne Christine O’Loughlin. En fait, ces mots sont à l’envers et c’est leur reflet dans l’eau qui restitue le bon sens de la lecture. Au gré de la surface changeante du plan d’eau, selon l’humeur de la brise légère, les mots immatériels disparaissent « pas ici/pas là » et réapparaissent.
J’entre dans un sous-bois où Dimitri Xenakis a tendu des fils de nylon de troncs en troncs décrivant une curieuse géométrie dans l’espace forestier. Selon les moments, ils captent une lumière irisée révélant la toile tissée par d’improbables insectes. Un écureuil, peut-être interloqué, saute de branche en branche.

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Je passe devant quelques installations qui m’interpellent moins et m’approche du « coin de mauvaises graines » cultivé par Isabelle Tournoud. Dans une serre, des silhouettes d’enfants surgissent d’un champ de coquelicots.

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Deux élèves de bac pro sont affairés à arroser le tapis végétal. Ils participent à la vie de l’œuvre, à son évolution. Les coquelicots faneront, d’autres fleuriront d’ici la fin de l’exposition. A observer de plus près les mannequins, ne subsistent que les vêtements composés avec des graines de pavots. La narration traverse le travail de l’artiste. On imagine une bagarre récente entre ces chenapans, ces « mauvaises graines » . J’aime cette démarche de jouer sur la subtilité de la langue.

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La promenade s’achève. « Que c’est beau la nature ! » aussi lorsqu’elle porte les stigmates des actions des ‘land artistes ». A porter à la réflexion de nombre d’urbanistes coupables de défigurer le paysage.

« Les Environnementales », 5ème Biennale d’art contemporain « dans » et « avec » la nature. Tous les jours sauf lundi, 10h-18h, jusqu’au 11 juillet, Parc paysager de TECOMAH, chemin de l’Orme-Rond, 78 Jouy-en-Josas.

Publié dans:Coups de coeur |on 1 juin, 2008 |Pas de commentaires »

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