Archive pour mai, 2008

Fête des Mères et Collier de nouilles


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Aujourd’hui, c’est la fête des mamans, l’un des évènements les plus populaires du calendrier. Traditionnellement, elle se célèbre le dernier dimanche de mai sauf lorsque celui-ci coïncide avec la Pentecôte ; elle est alors reportée au premier dimanche de juin.Un demi siècle fut nécessaire, en France, pour officialiser cette manifestation.
Cependant, les premiers germes apparaissent dans les sociétés anciennes. Ainsi, dans la Grèce antique, au printemps, sont organisées des cérémonies en l’honneur de Rhéa, femme de Cronos et mère de tous les dieux, notamment Poséidon et Zeus.. Dans la mythologie romaine, Rhéa est assimilée à Cybèle, l’aïeule de tous les dieux ; elle est surnommée la déesse des Bérécynthes. Dans son recueil « Les antiquités de Rome », le poète Du Bellay lui rend hommage :

« Telle que dans son char la Bérécynthienne
Couronnée de tours, et joyeuse d’avoir
Enfanté tant de dieux, telle se faisait voir
En ses jours plus heureux cette ville ancienne … »

A Rome, justement, jusqu’au Vème siècle avant Jésus-Christ, au mois de juin, sont célébrées les « Matralia », la fête des femmes et des mères. Rassemblées au temple de Mater Matuta, la « Mère du Matin », les romaines offrent à la déesse des galettes jaunes symbolisant le soleil puis portent dans leurs bras, les enfants de leurs sœurs et non pas les leurs.
L’émergence de la religion chrétienne entraîne la disparition de tous ces rites.
En Grande-Bretagne, entre le XVème et XVIIème siècle, lors du « Mothering Sunday », organisé d’abord au début du carême puis au quatrième dimanche de printemps, les mères qui travaillent comme domestiques dans les familles fortunées, ont congé pour retourner à leur domicile, passer cette journée avec leur famille.
Cependant, la véritable origine moderne de la Fête des Mères, nous arrive des Etats-Unis (comme beaucoup de choses, malheureusement pas toujours aussi heureuses !).
En 1872, l’écrivain Julia Ward Howe lance l’idée, à Boston, d’octroyer un jour de l’année aux mères pour les célébrer. Jugée trop originale, l’initiative est assez rapidement abandonnée avant d’être reprise en 1907 par Anna Jarvis, une habitante de Philadelphie. Elle demande aux autorités de la Virginie qu’un office religieux en l’honneur de toutes les mères soit organisé chaque second dimanche de mai, date anniversaire de la mort de sa maman. Cette fois, la coutume prend son essor et le président Wilson l’officialise par décret, en 1914.
En 1917, les soldats américains, engagés sur le vieux continent, dans la première guerre mondiale, envoient des cartes à leurs mamans à l’occasion de la Fête des Mères et exportent ainsi le concept.
En fait, l’idée germe en France depuis quelques années. Dès 1897, l’Alliance Nationale contre la dépopulation suggère de fêter les familles nombreuses. Ainsi, fleurissent quelques « Fêtes des Enfants » où l’on récompense plus l’enfant, fruit de l’union, que la mère qui a donné le jour.
En juin 1906, à l’initiative de « l’Union fraternelle des pères de familles méritants » d’Artas, en Isère, se déroule la première célébration des mères avec remise de diplômes et décorations aux plus méritantes.
Le 16 juin 1918, est créée la première « Journée des Mères », à Lyon. Plusieurs familles reçoivent des récompenses notamment offertes par le Président de la République.
Le 9 mai 1920, dans un contexte de politique nataliste, le ministre de l’Intérieur autorise la première « Journée Nationale des Mères de familles nombreuses ». Une collecte publique est organisée avec succès dont les fonds récompensent les familles qui repeuplent la France. Cette année-là, des enseignants d’Alsace proposent à leurs élèves, de fabriquer un objet et rédiger un compliment en l’honneur de leur maman.
Le succès grandissant de cette manifestation conduit le gouvernement à décider la mise sur pied, chaque année, de la « Journée des Mères » dont la première cérémonie se tient le 20 avril 1926 avec remise de médailles.
En 1941, le régime de Vichy inscrit la Fête des Mères au calendrier. La nouveauté est qu’on y honore toutes les mamans
Enfin, une loi du 24 mai 1950 signée par le Président de la République Vincent Auriol, institue la Fête des Mères sous la forme que l’on connaît actuellement.
En bref, il aura fallu attendre la fin des colliers de tickets de rationnement pour connaître et commettre … les colliers de nouilles que nous-mêmes d’abord, nos chers enfants ensuite, ont fabriqué avec amour.

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Il est, aujourd’hui, de bon ton d’ironiser sur tous ces petits cadeaux bricolés à l’école dans la quinzaine précédant la fête. Qui ne s’est pas tordu de rire avec le dessinateur Reiser devant ses caricatures hilarantes de parents interloqués par les objets d’un goût plus que douteux que leur rejeton a imaginés avec la complicité d’une maîtresse « sadique » ! Qui sait, d’ailleurs, si cette bande dessinée de la fin des années 1970, n’a pas contribué à une prise de conscience artistique et à la disparition progressive du collier de nouilles. Il constitue une telle caricature qu’aucun enseignant n’oserait aujourd’hui en proposer la confection.
C’est d’ailleurs la savoureuse réflexion proposée dans le cadre d’une « conphérence singulière » de Mademoiselle Morot, chercheuse au Conservatoire des Curiosités, à laquelle j’ai eu le bonheur d’assister il y a quelques semaines.
Ce spectacle décalé, monté par le Théâtre de la Marionnette, se tenait dans un lieu appuyant le propos, en l’occurrence, la salle de classe 1900 reconstituée au Musée départemental de l’Education du Val d’Oise.
Pour y avoir réalisé plusieurs films, je peux témoigner de la qualité de l’ équipe d’animation qui organise de remarquables manifestations culturelles en perspective avec les riches archives scolaires dont recèle le musée.
Les deux acteurs jouent sur la limite entre le vrai et le faux, faisant, par exemple, déjà de l’entrée dans la salle, un moment de représentation. Ainsi, la personne dont j’ignore encore qu’elle est la fameuse Mademoiselle Morot, m’accueille de manière quelque peu infantilisante en m’imposant, vu ma taille, de m’installer à un banc de la dernière rangée. A jouer le jeu, je me mets dans la peau du cancre de service et choisis évidemment la table près du radiateur, un beau pupitre avec encrier de porcelaine et banc à dossier, sentant bon l’encaustique et … l’encre violette ! Je passe sur les mines interloquées et penaudes des quelques retardataires devant les remarques acerbes proférées par l’inflexible enseignante. L’autre acteur, au regard peu éveillé, mâchouillant inlassablement son chewing-gum, assis près du tableau, interprète un emploi consolidé qui assistera la conférencière dans une présentation maladroite de différents supports iconographiques et la lecture hésitante et monocorde de quelques poèmes d’enfants.

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Bientôt, dans ce décor nostalgique, Mlle Morot entame son analyse des colliers de nouilles en approfondissant la problématique écrite au tableau: « Le cadeau de fête des mères, élément récurrent de l’art scolaire et des patrimoines familiaux, peut-il encore débrider les imaginaires tant dans les sphères éducatives que privées ? »
S’en suit une désopilante et magistrale apologie, abondamment illustrée, du bijou en coquillettes dont les « élèves » ressortent enrichis de moult connaissances sur l’origine de ce rituel, sur l’amour filial, sur les techniques de collage et le design des pâtes, sur les limites de la créativité en milieu scolaire et les responsabilités éducatives des uns et des autres.

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A l’issue de la conférence, les spectateurs sont invités à découvrir dans la salle voisine, « 45 ans de cadeaux en nouilles collées », une incroyable exposition qui a été confiée au Conservatoire des Curiosités par Madame Ferretti, habitante de l’île bretonne de Molène. La conférencière et son stagiaire ainsi que Madame Ferretti elle-même via une video, nous font profiter de leurs commentaires éclairés ! Outre les incontournables colliers et parures jalousement enfermés dans des vitrines (leur valeur s’est accrue considérablement ces derniers mois avec l’explosion du prix du blé !!!), nous découvrons de surprenants objets en nouilles séchées tels un buste-baromètre, un téléphone, un voilier, un phare et même un cercueil (la bière de Molène !). Ces objets loufoques et souvent d’un mauvais goût profond constituent de véritables pièces à conviction pour raconter une farce … convaincante.

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La représentation s’achève par un verre de l’amitié (un cidre, île de Molène oblige !) au cours duquel surgit encore la distance théâtrale à travers quelques gags.
Au-delà de ce spectacle, sans vouloir réhabiliter les colliers de nouilles, les paniers en boîte de camembert, les bougeoirs en pots de yaourt, soyons tout à fait honnêtes, quelle est la jeune maman qui n’a pas eu un instant d’émotion devant l’objet, témoignage de tendresse de leur enfant ?
Les enseignants ont développé d’autres activités artistiques et sont souvent devenus réfractaires à régler le calendrier scolaire sur les fêtes religieuses et commerciales. La croissance des situations familiales compliquées peut expliquer également la désaffection de la coutume.
Le temps a effacé de ma mémoire ce que mes petites mains de l’époque, confectionnaient pour ma chère maman. Je me souviens seulement qu’au matin de ce jour , j’accompagnais mon papa chez le fleuriste pour choisir un bouquet ou une plante que j’offrais rayonnant à l’heure du repas.
Dans ma vie adulte, je n’ai dû manquer que deux fêtes pour cause d’éloignement à l’étranger. Je ne saurais trop l’expliquer, j’avais besoin des yeux de ma mère, plus brillants encore qu’à l’accoutumée.
Cela me fait penser aux vers infiniment tendres et émouvants qu’éructe le chanteur belge Arno :

« Ma mère elle a quelque chose
Quelque chose dangereuse
Quelque chose d’une allumeuse
Quelque chose d’une emmerdeuse…
Dans les yeux de ma mère
Il y a toujours une lumière
L’amour je trouve ça toujours
Dans les yeux de ma mère…
Ma mère elle m’écoute toujours
Quand je suis dans la merde
Dans les yeux de ma mère
Il y a toujours une lumière… »

La mienne n’était ni dangereuse, ni allumeuse (ou alors d’incendies de douceur), encore moins emmerdeuse ! Lorsqu’elle s’est absentée à jamais, nombre de « mes » présents me sont revenus. Bien au-delà du « filialement correct » et des récupérations commerciales, ils jalonnent une vie de tendresse indéfectible et témoignent de jours heureux dont je suis terriblement orphelin.
Je connais une petite fille qui écrivit à sa maman, « Maman, tu es ma DS » et avouant ses lacunes orthographiques, elle ajouta entre parenthèses, «je ne sais pas écrire DS mais ce n’est pas ma console » !

Bonne fête à toutes les mamans qui me liront. Elles ne sont sans doute pas toutes heureuses mais chacune est unique car elle est celle qui a donné la vie.

Un petit complément tendre et émouvant: voir billet « Bonne Fête Mamans » du 6 juin 2009

Publié dans:Almanach |on 25 mai, 2008 |1 Commentaire »

SUEURS FROIDES à Dinard

Une véritable psychose a envahi la prestigieuse cité balnéaire de la côte d’émeraude depuis la découverte macabre effectuée par un paisible sexagénaire dinardais, vendredi 9 mai.
Rappel des faits, Monsieur Michel H. se rendait à pied, comme à l’accoutumée, au marché des halles lorsque, longeant le grillage des services techniques municipaux, rue Branly, il entrevit une forme humaine allongée sur le dos, dans l’herbe, entre un tas de sable et un bloc ovoïde de ciment.

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Fortement choqué par l’effrayant spectacle, Monsieur H. rebroussa chemin jusqu’au bar des Amis, tout proche, à l’angle de la rue Saint-Alexandre, pour recouvrer ses esprits devant un verre de muscadet et avertir la gendarmerie locale.
D’après les tous premiers éléments de l’enquête, la victime serait un homme âgé, chauve, de petite taille mais assez corpulent, vêtu d’un costume et d’une cravate d’une élégance très britannique. Les circonstances exactes du décès demeurent inconnues ; cependant, la mort remonterait à quelques jours voire plus, compte tenu de l’état de décomposition avancée du corps. Le crâne fracturé et de profondes entailles sur le visage laissent penser à un acte d’extrême sauvagerie. La corde, retrouvée non loin du cadavre, n’aurait aucun lien avec l’affaire et aurait été déposée récemment par un cantonnier municipal.

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Les policiers locaux se sont rendus à la maison du docteur Edwardes dont une fenêtre donne sur la cour des locaux techniques de la ville. Le médecin n’aurait rien vu ni entendu.
La Brigade criminelle de Paris a été appelée en renfort et malgré le pont de Pentecôte, l’inspecteur Harry Coffin était à pied d’œuvre ce week-end. Dès son arrivée, il a diligenté une autopsie et diffusé, dans l’édition régionale de Ouest-France un portrait de la victime qui ne portait aucun papier d’identité sur elle. Il compte sur les témoignages de la population locale pour mettre rapidement la main au collet de l’assassin.
Le suspect schizophrène, l’homme qui en savait trop, dont nous avions annoncé la garde en vue dans nos colonnes d’hier, a été relâché. Très vite, il est apparu comme le faux coupable par excellence et le grand alibi qu’il a fourni aux enquêteurs, l’a totalement lavé de tous soupçons.
Avare de révélations, l’inspecteur Harry Coffin, peu prolixe avec les journalistes au comptoir de la Taverne de la Jamaïque, nous a cependant avoué être fortement intrigué par la présence de volatiles noirs morts enchaînés au corps. Les Oiseaux ont été autopsiés et la thèse de l’empoisonnement des charognards est d’ores et déjà rejetée. Il ne s’agirait pas non plus de goélands, très nombreux dans la station, mazoutés lors d’une récente marée noire. On ne saurait exclure une mise en scène sadique du crime avec des spécimen de la famille des Corvidés.

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Aux dernières informations, la découverte de plusieurs statuettes de bronze dans la vitrine d’un magasin du boulevard Féart, proche de l’office de tourisme, pourrait fournir des indices très précieux. En effet, la présence d’oiseaux juchés sur les épaules du modèle des statuettes corroborerait le profil fétichiste du criminel. On ne peut cependant écarter non plus le lien avec l’organisation d’un commerce illégal de ces œuvres d’art qui serait particulièrement florissant, chaque année, au mois d’octobre. Resurgissent ces échos d’un trafic qu’on avait déjà évoqué, il y a quelques années, avec l’arrestation spectaculaire de Rebecca et Frenzy, ce couple surnommé Les amants du Cap(ricorne) Fréhel.
En toute dernière minute, l’étau se resserrerait autour d’un individu inconnu du nord-express de Saint-Malo à Paris dont on aurait localisé un énigmatique appel téléphonique : « Mais qui (v)a tué Harry ? … t’as le bonjour d’Alfred ! ».Même si l’humour noir peut sembler déplacer dans ces circonstances dramatiques, il faut reconnaître que, cette année, il n’y a pas de printemps pour Marnie, brigadier-chef de l’unité de gendarmerie de la station. Sur la plage de l’écluse et les trente-neuf marches du Grand Hôtel, cet inquiétant suspense alimente, il n’y a pas l’ombre d’un doute, toutes les conversations des Dinardais qui souhaitent que toute la vérité soit faite sur un crime presque parfait, et retrouver la sérénité dans les plus brefs délais.A suivre !

Au cas où, cher lecteur, vous disposeriez de quelque indice susceptible de faire progresser l’enquête, vous pouvez en faire part au rédacteur de ce blog qui transmettra aux services de police chargés de résoudre cette énigme.

Saint-Martin du Larzac (Aveyron)

Lorsque je rejoins le littoral languedocien, une fois extirpé antan des embouteillages de Millau, une fois franchi désormais les haubans du viaduc, il est fréquent qu’en haut de la côte de la Cavalerie, j’oblique à gauche pour m’évader sur le causse du Larzac.
Ce jour-là, le temps exécrable n’incite guère à la promenade mais le désir d’arpenter, pendant quelques heures, cette terre mythique de lutte et de résistance, l’emporte.
Le Larzac, plateau calcaire situé à l’ouest des Cévennes, appartient à la région des Grands Causses. L’élevage des moutons y est pratiqué depuis des siècles et la tradition place les produits laitiers (pour le Roquefort), les textiles, le cuir et la viande au cœur de l’économie.
Depuis le début du vingtième siècle, s’y trouve un camp militaire servant principalement, à l’origine, aux manœuvres de l’infanterie. Dans les années 50, les chars et l’artillerie y apparurent et, durant la guerre d’Algérie, y fut même installé un camp d’internement pour 14 000 « suspects » algériens du FLN. Aujourd’hui, d’une superficie de 3 000 hectares, basé sur la commune de La Cavalerie, il sert de garnison au 122ème régiment d’infanterie de ligne, unité de support au centre d’entraînement et d’instruction au tir opérationnel. S’y effectuent les tirs d’infanterie et de mortier ainsi que les vols de « drones », ces espèces de faux-bourdons, aéronefs inhabités, pilotés à distance et susceptibles d’emporter des charges utiles à des actions spécifiques (cela glace le dos !).
En octobre 1971, Michel Debré, le ministre de la Défense d’alors, décida de l’agrandissement du camp militaire. Les agriculteurs s’opposèrent à ce projet d’extension à travers des luttes non-violentes qui durèrent dix années et auxquelles se rallièrent une partie croissante de la population de la région et même bien au-delà, des militants anti-militaristes et écologistes. « Des moutons, pas des canons » ! Le projet fut finalement annulé en 1981, par le nouveau Président de la République François Mitterrand.
J’ai encore dans les oreilles, le délicieux accent (il devait mettre 4 « t » et 5 « r » à Mitterrand !) d’un berger caussenard devant son troupeau, sous le brûlant soleil d’un jour de juillet 1981, me confiant ses espoirs que cessent enfin les avis d’expropriation de ses terres.
Saint-Martin du Larzac était au centre des convoitises militaires. Ce hameau dépend de la commune de Nant qui se blottit à l’est, au fond des rafraîchissantes gorges de la Dourbie. Ce n’est sans doute pas le lieu le plus prisé par les touristes dans leur quête des trésors Templiers et Hospitaliers, mais, justement, j’aime y respirer son âme caussenarde authentique et discrète, émouvante même.
Miracle, le ciel chargé daigne un instant que cesse le balayement des essuie-glaces.
Une croix blanche, une modeste pancarte en bois : Saint-Martin … j’y suis. Je m’engage, entre deux haies, dans un petit chemin de terre parsemé de nids de poules.

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Ma récompense est immédiate, mon premier coup d’œil est pour une « jasse », élément typique de l’architecture caussenarde. La jasse est une bergerie en occitan, très caractéristique par sa forme voûtée qui donne aux plus spacieuses, un air d’église romane. Celle-ci, modeste, abrite quelques outils, des vélos et quelques bottes de paille.
Juste à côté, l’habitation à laquelle on accède par le classique escalier extérieur et un perron ; à l’extrémité du corps de ferme, en angle arrondi, un vaste four à pain qui devait servir à plusieurs fermes voire tout le village. Les toits sont recouverts de lauzes, grandes plaques extraites du calcaire sous-jacent, taillées en écailles, de 2 à 5 centimètres d’épaisseur, 30 à 40 de long et 20 à 25 de large. Elles sont disposées en rangées horizontales, chacune recouvrant aux deux tiers la précédente.

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Douze personnes réparties dans cinq foyers, vivent encore à plein temps dans le hameau. Un petit tableau d’informations indique que l’une d’elles s’adonne à l’exploitation des orchidées dont on recense sur le causse environ soixante espèces. Savez-vous que l’orchidée vient du mot grec « orkhis » qui signifie testicules ; cependant, maîtrisez votre libido et ne déterrez pas cette fleur pour vérifier la forme de ses tubercules au nombre de deux à la floraison. Le crachin tenace m’oblige à renoncer à la visite de la lande et la découverte d’un orchidée hybride d’un « orchis miltaire » (les sépales ont la forme d’un casque) et d’un « homme-pendu » (la fleur évoque un petit bonhomme pendu) ; tout rapport avec le camp militaire proche ne serait que pure coïncidence !!!
Je m’engage entre deux maisons, dans une étroite « buissière », véritable tunnel de buis (il en existe de remarquables au village tout proche de Potensac) puis je pousse la porte de la superbe chapelle du seizième siècle. Pas d’électricité … Je me retrouve dans la pénombre, la lumière extérieure n’étant guère généreuse. Le flash de mon appareil photo numérique va m’aider dans ma visite.

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Deux vitraux classiques dont l’un représentant Saint Martin, ont été restaurés en 1996 tandis que les autres sont des créations contemporaines réalisées avec l’aide du magazine Le Pèlerin. Elles éclairent, notamment, les minuscules absidioles latérales dont les entrées sont gardées par deux sculptures, posées à même le sol.
Une curieuse vierge à l’enfant stylisée, tapisserie d’Anne-Marie Letort artiste mayennaise résidant au village de Sauclières, en Aveyron, masque le chœur et quelques éléments de fresques récemment mis à jour.

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Cette petite église abrite fréquemment des animations culturelles.
Je m’attarde auprès d’une table où sont proposés diverses brochures sur la région ainsi que les derniers numéros de « Gardarem lo Larzac », le bimestriel d’information du causse. N’ayant pas l’appoint de monnaie pour régler mon achat dans la corbeille d’osier placée à cet effet, je ressors et frappe au carreau perlé de pluie d’une maison voisine. Je détourne une très aimable dame, de sa lecture d’un roman policier devant un feu de cheminée. Étonnée mais aussi ravie de rencontrer, en ce triste après-midi, deux touristes amoureux de ce lieu, elle nous propose un café et se montre intarissable devant les questions que je lui pose. Elle sort plusieurs ouvrages de sa bibliothèque et téléphone à une amie pour m’indiquer les « lavognes » les plus proches.
La lavogne constitue un des plus beaux exemples de bâti rural caussenard. Il s’agit d’une cuvette aménagée sur le parcours des troupeaux, pour recevoir les eaux de pluie et servir d’abreuvoir aux moutons en été. Le fond, recouvert d’une épaisse couche d’argile, est totalement imperméable tandis que les bords très larges descendent en pente douce et sont souvent dallés pour que les ovins ne glissent pas. Certaines atteignent jusqu’à vingt mètres de diamètre.

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De retour vers l’église, je brave la bruine pénétrante et entre dans le petit cimetière attenant. Il est prévu de l’agrandir … On meurt sur le causse, c’est donc qu’on y vit ! Je me recueille devant quelques tombes moussues surmontées de croix templières à bouts pattés. J’aurai probablement l’occasion, lors d’autres flâneries de vous entretenir des Templiers et Hospitaliers qui installèrent plusieurs commanderies sur le Larzac. Ces ordres religieux naquirent suite à la première croisade et la conquête de Jérusalem en 1099 afin d’assurer l’hébergement et le soin (hospitaliers) des pèlerins en Terre Sainte ainsi que leur sécurité (gardiens du temple). Sur un pilier de la grille d’entrée, veille une curieuse urne brune en forme de manteau templier, ciselée d’une spirale, symbole druidique repris justement par cet ordre.

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Ayant payé mon obole, je choisis la dernière parution de Gardarem lo Larzac pour son dossier sur l’école du Larzac, enracinée dans l’histoire du plateau et sa lutte.
À l’origine, en 1973, fut envisagée la réouverture de l’école de Saint-Martin mais les pouvoirs publics opposèrent un refus catégorique en raison du mauvais état des locaux … En fait, ce qui n’était pas dit, c’est que Saint-Martin se trouvait sur un terrain à exproprier en plein périmètre d’extension du camp militaire. L’école du Larzac est plantée, isolée à quelques kilomètres de là, sur le rebord du causse, au milieu des chênes.

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Les enfants y ont vécu plein de choses, notamment des classes vélo sur les bords du Canal du Midi, un de mes rêves !
Je souris à la réflexion d’un enfant à sa maman suite à un voyage dans la capitale : « Tu sais, maman, Paris, c’est pas comme ici, il n’y a rien à voir » !!!
C’est presque vrai … Je file jusqu’à la lavogne de Pierrefiche.

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Publié dans:Ma Douce France |on 14 mai, 2008 |Pas de commentaires »

Le stade de Colombes

Ce jour-là, de retour d’un déjeuner avec un ami, je navigue dans la banlieue nord-ouest de Paris, pour rejoindre l’A86, lorsque surgit un long hangar dans l’échancrure ménagée entre les tours d’une cité. Pas de doute, un immense logo rouge sur le côté d’une tribune me le confirme, c’est le stade de Colombes, l’unique stade olympique de France pour quelques décennies encore, puisque Londres a été préféré à Paris pour l’organisation des Jeux Olympiques de 2012.

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Je m’arrête devant une entrée ouverte. Je replonge subitement dans ma jeunesse. À droite, un pavillon en meulière dont on rénove la toiture, à gauche un parking goudronné … Je me souviens de ce terrain alors en mâchefer où mon père garait sa Peugeot 203, où descendaient d’un car, le minuscule Gachassin, les immenses Dauga et Spanghero, prêts à affronter les diables All Blacks. C’était un temps sans casquettes, sans capuches ni oreillettes où les regards de nos idoles croisaient encore le nôtre. Jo Maso et sa « gueule d’ange » me signa le programme du match.
Devant le secrétariat du stade, un homme très affable, sensiblement de mon âge, m’accueille. Naît de suite une étonnante conversation d’anciens combattants des tribunes :
-J’ai eu envie de revivre quelques souvenirs d’il y a cinquante ans. Mon père me portait sur ses épaules, le match France-Hongrie avec Puskas, Kocsis …
- La France qui égalise deux partout et …
-Deux secondes trop tard, l’arbitre avait sifflé la fin de la rencontre
-J’y étais ! … et ce France-Belgique, 6 à 3 pour la France et …
- Cisowski qui marque cinq buts !
Nous y étions aussi ! Nos yeux s’illuminent … j’ai gagné un précieux sésame :
-Passez par là si vous désirez faire des photos !
Je m’engage dans un vomitoire, un de ces passages situés, à l’origine, sous les gradins des théâtres romains, pour faciliter la sortie des spectateurs. Il est baptisé « piste Joseph Maigrot » en hommage à un valeureux entraîneur d’athlétisme et des courses de sprint. Je sors mon « Blondin de chevet », vous commencez à connaître :
« Les quatre hommes vont se diriger vers la chambre d’appel, Bambuck est le dernier à l’échafaud. Maigrot a encore quelques pas de recul, plus éminence grise que jamais, véritable père Joseph. À soixante-six ans hors cadre, il ne peut se résoudre à quitter son œuvre et on tolèrerait mal qu’il ne continue pas à l’accompagner. Ce retraité, qui ressemble davantage à un cacique qu’à un pontife, n’est désormais payé de ses peines que par les médailles, cette monnaie des papes. À un âge où sa famille pourrait le revendiquer, il endosse le survêtement de l’équipe de France comme un costume de bal et son épouse, qui est poète, le comprend. Elle comprend les heures interminables à corriger un geste, à redresser un tort. Elle comprend ce mari dont le pouls se met à battre à 120 pour affaire d’un dixième de seconde. Elle comprend qu’il porte à l’occasion les sacs de ces jeunes gens et de ces jeunes filles dont il est en même temps l’éleveur et l’entraîneur. »
Voilà, je débouche en pleine lumière et frappe à la porte de la fameuse chambre d’appel, aujourd’hui en tartan, autrefois en cendrée, où les coureurs de 100 mètres et de 110 mètres haies creusaient avec une cuillère des starting-blocks de fortune.

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Devant moi, quelques éléments un peu mités d’un stade mythique. Flash-back sur ce centenaire ! C’est en effet en 1907 que le journal parisien Le Matin achète l’hippodrome appartenant à la Société des Courses de Colombes pour le transformer en un stade pouvant accueillir des compétitions de football, de rugby et d’athlétisme. L’enceinte devient le « Stade du Matin ». Le Racing Club de France loue les installations à partir de 1920 et joue un rôle prépondérant dans le choix controversé du site de Colombes pour y construire le stade où se dérouleront les Jeux Olympiques d’été de 1924. Parmi les autres projets, il faut souligner celui porté par le maire de Lyon Edouard Herriot qui justifie le style grec de l’architecture du stade de Gerland dont certains détails demeurent dans l’enceinte actuelle.
C’est Louis Faure-Dujarric, capitaine de l’équipe de rugby du Racing et également architecte, qui est choisi pour signer les travaux. La construction achevée en 1923, utilisant des matériaux modernes à l’époque (béton armé et armatures métalliques) répond à la volonté de réduire les coûts tout en offrant une excellente visibilité aux spectateurs et satisfaisant aux normes de sécurité … on en sourit aujourd’hui ! Sans atteindre la capacité « étalon » de cent mille places des grands stades à travers le monde, Colombes offre vingt mille places assises dans des tribunes couvertes et quarante-quatre mille debout dans les virages. De plus, il est équipé des moyens de transmission modernes (de l’époque, toujours), téléphone, télégraphe et le haut-parleur qui « constitua une des révolutions techniques, permettant au public d’entendre avec une audition parfaite, le Président de la République Gaston Doumergue déclarant l’ouverture des Jeux de la VIIIe olympiade de l’ère moderne ainsi que Géo André prêtant le serment olympique au nom de tous les athlètes ». Notons que le cérémonial de la flamme olympique qui fait tant couler d’encre actuellement, n’existe pas et n’apparaît qu’en 1928, aux Jeux d’Amsterdam.

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Cet après-midi, il faut effectuer un sacré effort d’imagination pour retrouver, tel que le décrit l’écrivain Marcel Berger, « le stade de Colombes, tout neuf, bleu et or, avec ses allures extérieures de palais arabe puis, quand on prenait place, sous ses ailes d’avion géant emportant le monde vers les templa serena du décamètre et du chrono … »

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De ce temps-là, de la période de ma jeunesse plus tard, il ne reste que la tribune d’honneur ayant fait une cure de jouvence avec la pose de sièges à dossiers aux couleurs pimpantes ciel et blanc du club actuel résidant, et quelques vestiges de tribunes populaires interdites d’accès.
L’autre tribune principale, en face des travées présidentielles, nommée « tribune marathon » fut rasée, il y a une dizaine d’années. Elle s’appelait peut-être ainsi du fait que s’y intégrait la porte dite de Marathon par laquelle débouchaient les athlètes lors du défilé d’ouverture des Jeux.

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Le stade fut rebaptisé en 1928 en hommage à Yves du Manoir, quelques mois après l’accident d’avion fatal à ce polytechnicien, joueur de rugby du Racing Club de France et demi d’ouverture du XV de France à vingt ans. Il donna également son nom au challenge Yves du Manoir, une prestigieuse compétition de rugby fondée sur la simple beauté du jeu. Dans les années 1960, le Stade Montois emmené par les frères Boniface, remporta plusieurs fois ce trophée très convoité.
Sur le bord de la piste, me reviennent en mémoire des souvenirs en couleurs d’un temps en noir et blanc … comme l’unique chaîne de télévision de l’époque. Nichée dans les poutrelles métalliques du toit de la tribune, subsiste encore la cabine où s’installaient les deux caméras destinées aux retransmissions … on était loin de l’armada de matériel de Canal + . C’est en 1952 que fut télévisée la première rencontre dans son intégralité, à l’occasion de la finale de la Coupe de France de football entre Nice et Bordeaux.

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Je me souviens quelques années plus tard d’un tour d’honneur sur la cendrée de l’équipe de Sedan victorieuse avec Zacharie Noah, le père de Yannick, et … Dudule, un sanglier des Ardennes, mascotte du club.
Dans les années 1950-60, les compétitions officielles de football étaient quasi-inexistantes en dehors des Coupes du Monde. La France disputait à Colombes trois ou quatre matches amicaux par saison qui jouissaient d’un grand prestige. Les rencontres se déroulaient le dimanche après-midi à quinze heures, en plus du traditionnel France-Belgique du 11 novembre. Comme c’était la coutume en ce temps-là, on « s’habillait en dimanche » ; les quelques femmes qui fréquentaient alors les arènes sportives, maugréaient contre les arêtes des bancs de béton qui émaillaient leurs bas !
Se procurer un billet n’était pas chose aisée. Dans le meilleur des cas, mon père obtenait des places en tribune. C’était toujours un petit coup de cœur, en haut des escaliers d’accès, de découvrir la belle pelouse verte investie par une fanfare militaire aux marches entraînantes. Parfois, une légère déception nous gagnait … Des grilles ou des piliers de fer nous masquaient quelques endroits stratégiques du terrain. D’autres fois, nous devions nous satisfaire de billets non numérotés dans les « populaires » des virages. Il fallait donc arriver très tôt pour accéder aux gradins supérieurs qui offraient une meilleure visibilité.

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Je m’attarde avec un brin d’émotion devant les deux quarts de virages qui demeurent encore aujourd’hui, délabrés, mangés par les mauvaises herbes, interdits à l’accès. Je repère, à quelques mètres près, l’endroit d’où je suivis tant bien que mal, un certain France-U.R.S.S. J’ai du mal à concevoir que ce jour-là, 62 145 spectateurs s’entassèrent dans le stade … le drame de Furiani ne surviendrait que quelques décennies plus tard !
Cependant, l’ambiance était festive, gouailleuse. Nul besoin de séparer les supporters … il faut dire qu’en la circonstance, on ne risquait guère de voir des sympathisants soviétiques franchir le rideau de fer ! Nulle fouille … les canettes de bière étaient permises et constituaient même un moyen de fortune à quelques astucieux juchés dessus pour pallier au manque de dénivelé des gradins et améliorer leur point de vue…
Je devais tout de même y voir, je me souviens encore, ô sacrilège, des Français jouant avec des bas cerclés rouge et blanc pour les distinguer de leurs adversaires, télévision en noir et blanc oblige.
La puissance financière des équipementiers ne polluait pas les maillots, de bandes et logos en tout genre. C’était le temps des maillots vierges de toute publicité, le col en pointe avec des boutons, qu’on ne pouvait pas acheter en supermarchés, et que gardait comme une relique, chaque joueur sélectionné.
Je traverse la piste d’athlétisme et me retrouve devant la rivière tarie que franchissaient les concurrents du 3.000 mètres steeple.

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Je me dirige vers l’ancienne sortie du long tunnel qui, sous la pelouse, menait des vestiaires. La main courante qui la borde, n’existait pas antan. Dans ses mémoires, André Boniface évoque son premier match du tournoi des cinq nations en 1954 :
La descente sous le tunnel qui conduit au terrain, m’angoissa un peu, c’était très mal éclairé, l’eau suintait sur les murs, le sol était inégal. J’avais la hantise de glisser et de me blesser. Après avoir gravi sept ou huit marches, on arrive à ciel ouvert derrière les poteaux et on est cerné par cinquante mille personnes. C’est une impression forte qui sublime. »
Enfant, j’étais fasciné par l’arrivée des joueurs, véritables taupes qui surgissaient de terre ou dieux du stade apparaissant en pleine lumière. Par mimétisme, dans le collège que dirigeait ma maman, j’avais fait la sortie de mes vestiaires, d’un escalier qui montait vers la cour, théâtre de mes dribbles et shoots.
L’eau y suinte à un point tel que le long souterrain est inondé et condamné par une grille.

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Je me place derrière les poteaux de rugby, dans l’en-but qui resta inviolé en 1960 (0-0, score rarissime en rugby !) lors d’un match héroïque contre les Springboks d’Afrique du Sud. Je pense encore à André Boniface évoquant « ce stade non fermé, aux virages bas, ouvert vers le ciel, vers l’infini, où l’on s’en va inscrire des essais de mille mètres ( !) » … vers les coteaux de Sannois et d’Argenteuil qu’on distingue vers l’Ouest.

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Ce stade appartient à la légende du sport et une mine d’événements s’y attachent.
En 1924, lors de l’olympiade, c’est l’exploit du coureur de fond finlandais Paavo Nurmi qui rafle cinq médailles d’or. On le surnommait « l’homme à la montre » car, à la fin de chaque tour de piste, il levait sa montre jusqu’aux yeux pour contrôler ses temps de passage et régler son allure.
En 1938, c’est la Coupe du Monde de football. Cinquante ans avant celle remportée par les « Bleus » non loin de là à Saint-Denis, c’est le trophée brandi par le capitaine italien Meazza avec le salut fasciste mussolinien qui déclenche des jets de pommes de terre et de boulets de charbon dans les tribunes populaires.
Ce sont les finales de la Coupe de France de football, et les rencontres de rugby du « tournoi des 5 nations » jusqu’en 1972 et la réouverture du nouveau Parc des Princes.
C’est en 1969, un match d’appui de Coupe d’Europe des clubs entre l’Ajax d’Amsterdam et Benfica de Lisbonne devant 63 638 spectateurs payants, record absolu d’affluence toutes compétitions confondues.
Ce sont de nombreux records d’athlétisme et le dernier saut en hauteur de Valeri Brumel.
C’est en 1972, un championnat du monde de boxe entre Jean-Claude Bouttier et Carlos Monzon.
C’est dans d’autres domaines, un concert de Bob Dylan en juin 1981, plusieurs rassemblements pour les messes en plein air des Témoins de Jéovah et … à la veille de la seconde guerre mondiale, l’utilisation du stade comme camp d’internement d’opposants allemands et autrichiens, juifs pour la plupart, qui seront livrés aux nazis par la police de Vichy.

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Je ressors de la pelouse et arpente quelques instants les coursives sous les tribunes. Je repère sur la porte d’un modeste local, l’inscription à la craie « Ecole de Perche, Mr Perrin ». Celui qui révéla quelques uns des meilleurs sauteurs à la perche mondiaux, continue à entraîner dans l’ombre, de nombreux jeunes.
Presque en face, discret derrière un petit mur de béton, se cache le terrain annexe Lucien Choine, la pelouse est impeccable, la tribune désuète est touchante par sa vétusté. Il n’était pas rare de croiser les joueurs, dans leur beau survêtement, se faufilant dans la foule pour aller s’y échauffer avant la rencontre. En effet, le terrain d’honneur était, à l’époque, occupé par un match de lever de rideau entre équipes de jeunes puis la représentation de la musique militaire qui interprèterait bientôt les hymnes.

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C’est là également que se déroulait le matin de la finale de la Coupe de France, le concours du jeune footballeur dont les lauréats étaient présentés au public l’après-midi ; parmi ceux-ci, Jean-Michel Larqué en 1964, Raymond Kopa ne finissant que second en 1949 derrière un certain … Jean Saupin !!!
La visite parvient à son terme. Durant une heure, j’ai retrouvé des rêves d’enfance comme en connaissent aujourd’hui, malheureusement contre monnaie sonnante et trébuchante, les visiteurs du Stade de France et de la place de Zidane dans le vestiaire le jour de la finale victorieuse de 1998.
Quel avenir sera réservé à Colombes ? L’ensemble du site de 24 hectares a été racheté par le Conseil Général des Hauts-de-Seine au Racing Club de France. Dans des conflits d’intérêts, plusieurs projets s’opposent.
En ce moment, les rugbymen du « Racing-Métro 92 » y évoluent en route peut-être pour une remontée dans l’élite du « Top 14 ».
« Quoiqu’il arrive, nous voulons garder l’histoire du stade » déclare le nouveau maire de Colombes … Puisse-t-il avoir raison !
« Magiques comme les phonolithes, les stades restituent sans cesse tout ce que les champions et leurs supporteurs leur ont donné … Les bruits, les parfums, les couleurs des maillots reviennent en mémoire. »colombes3blog1.jpg



Publié dans:Coups de coeur, Ma Douce France |on 6 mai, 2008 |18 Commentaires »

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