Etre supporter du PSG … ou d’ailleurs

 

Le coup de coeur du jour ressemble à un coup de gueule.

Nul citoyen français, même étranger à la chose sportive, ne peut ignorer « l’affaire » de la banderole ignoble déployée par quelques dizaines d’énergumènes à l’encontre des Ch’tis lors de la finale de la Coupe de la Ligue de football tant le battage médiatique, depuis deux semaines, a été poussé à son paroxysme.

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Au-delà du caractère odieux et misérable de cet acte éminemment condamnable, il faut bien constater la profonde faux cuterie du monde politico-médiatique et des instances sportives.
En effet, le fait est loin d’être exceptionnel et beaucoup de messages aussi insultants ont fleuri dans les stades français sans qu’ils aient été stigmatisés, ni même parfois signalés.
Ainsi, lors d’un derby récent, les « supporters » lyonnais commirent à l’égard de leurs « rivaux » stéphanois, quelques calicots tels que « Stéphanois ordures consanguines » (tiens aussi !) et « Les Gones inventaient le cinéma quand vos pères crevaient dans les mines » !
Dans une tribune bordelaise, on a pu lire aussi « Parisiens, l’hiver vous polluez nos montagnes, l’été vous polluez nos plages, aujourd’hui vous polluez notre stade, dégagez ! »
La liste des slogans à caractère injurieux et raciste proférés dans les stades, pourrait être fort longue et écornerait probablement quasiment tous les clubs de football professionnels.
Alors, au nom de quelle bonne conscience se révolte t-on cette fois-ci tandis que la dérive est ancienne ? L’hypocrisie demeure au sein même de l’issue à donner à l’affaire présente tant les autorités sportives et politiques sont ennuyées sur les sanctions à prendre. En effet, enlever des points dans le championnat au club parisien reviendrait à signifier sa descente en division inférieure. A l’époque du « foot business », il serait très dommageable d’un point de vue économique, qu’il n’y ait aucun club de la capitale dans l’élite. Très récemment, les clubs de Metz et Bastia ont été condamnés pour des faits racistes avec beaucoup plus de célérité et moins de compassion. Rappelez-vous Jean de La Fontaine et « Les animaux malades de la peste », « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » ! …
Loin de moi ici, l’intention de faire une exégèse sur les dérives du sport spectacle, des chercheurs en sociologie du sport le font avec beaucoup plus de talent.
L’amoureux du sport, école de la vie parfois, que je suis, se contentera d’évoquer quelques anecdotes qui ont jalonné cinquante ans de fréquentation des enceintes sportives.
Le Petit Larousse définit le « supporter » comme « partisan d’une équipe qu’il encourage exclusivement ». Je suis tombé sur le web, sur une définition humoristique et caricaturale en écho aux débordements actuels : « personnage dodu, niais et ivrogne, se manifestant dans les rangs du public lors de compétitions de football, en en perturbant le déroulement par des vociférations, des jets de bouteilles et de pétards » et l’on pourrait ajouter la confection de banderoles grossières !
Je vous en livre une autre que j’ai envie d’endosser: « supporter : encourager, soutenir (verbe)/amateur, passionné (substantif) ». C’est dans cet esprit que mon père m’emmena, dès l’âge de cinq ans, sur les gradins du stade des Bruyères de Rouen, aujourd’hui baptisé stade Robert Diochon. Il ne se départait pas de sa mission d’éducateur au quotidien et m’inculqua le respect envers les deux équipes et les arbitres. Mes seules manifestations étaient des « Allez Rouen » d’encouragement pour ceux qu’on surnommait les « Diables Rouges » et des applaudissements pour les actions enthousiasmantes des vingt deux joueurs.
C’était un temps où les matches se déroulaient le dimanche après-midi à 15 heures.
Nous avions une sympathie particulière pour les joueurs du F.C.R (Football Club de Rouen) qui portaient les couleurs du club phare de notre région normande (avec le Havre Athletic Club) et qui nous étaient familiers puisque évoluant régulièrement sous nos yeux. Le football n’envahissait pas « les étranges lucarnes » comme aujourd’hui. Aucun match de championnat n’était télévisé.
C’est dire la curiosité que suscitait la venue de « l’équipe visiteuse ». Mes yeux d’enfant s’écarquillaient quand apparaissaient, en chair et en os, sur la pelouse, ceux dont nous ne connaissions les faits et gestes qu’à travers les commentaires épiques des reporters de radio et la lecture des revues hebdomadaires comme France-Football en noir et blanc, et Miroir Sprint de couleur bistre.
Les joueurs ne s’échauffaient pas sur le terrain. Soudain, émergeant du tunnel à ras de la pelouse, apparaissaient en pleine lumière (pas toujours en Normandie, je reconnais !) ces maillots mythiques vierges de toute publicité : celui cerclé ciel et blanc du Racing Club de Paris, le rouge à manches blanches avec un liseré tricolore du Stade de Reims, le bleu marine à scapulaire (j’aimais ce terme synonyme de chevron) blanc des Girondins de Bordeaux.
Comment ne pas applaudir le chatoyant jeu « à la rémoise » des Kopa, Fontaine, Piantoni ? Pourquoi aurions-nous dû accompagner chaque dégagement du gardien de but visiteur d’une insulte ? En ce temps là d’ailleurs, le Stade de Reims, ambassadeur du football français dans les compétitions internationales, était ovationné sur tous les terrains de l’hexagone et jouait ses matches de Coupe d’Europe à Paris, dans un Parc des Princes acquis à sa cause. Imaginez un instant que l’Olympique de Marseille joue à Paris …
Je considérais comme un privilège et un honneur que ces « artistes du ballon rond » viennent jusqu’à nous. Nous étions ravis quand le petit poucet rouennais terrassait l’ogre d’en face et, lorsque le conte se terminait mal, nous repartions tout de même heureux avec plein d’images dans la tête.
Certes, le tableau n’était pas compètement idyllique. Il n’était pas rare qu’à la suite d’une décision arbitrale néfaste à l’équipe rouennaise, des noms d’oiseaux (c’était le terme pudibond) déferlent des tribunes .. jamais, je ne m’y associais ! … Et puis, j’ai le souvenir d’une anecdote qui trotte dans ma tête depuis près de cinquante ans. Une fois, nous nous retrouvâmes dans la tribune auprès d’un collègue enseignant de mon père. Patientant avant le coup d’envoi, ils devisaient sérieusement tous les deux sur je ne sais quel sujet de pédagogie … survint le premier coup de sifflet de l’arbitre en défaveur des couleurs rouennaises qui, en écho, déclencha la première salve d’insultes de la part de ce professeur. Il en fut ainsi tout le long de la rencontre, les seuls retours au calme étant celui de la mi-temps et immédiatement après le coup de sifflet final en quittant les travées du stade … ce voisin intempestif pensait peut-être déjà à la séquence d’instruction civique du lendemain matin !
L’enfance puis l’adolescence passèrent sans que je me départisse de mon flegme ( vous avez remarqué qu’il est toujours britannique) et de mon fair-play (il n’est britannique que lorsque les anglais gagnent !).
Coïncidence, à l’aube des années 1970, le club du Paris-Saint-Germain naquit après des années de disette de football dans la capitale suite à la disparition du Racing, tandis que mon activité professionnelle m’amena en Ile-de-France. Le projet me séduisit puisqu’il était initié par une bande d’amoureux du jeu offensif parmi lesquels Just Fontaine, un des membres de la grande époque rémoise (qui m’avait fait rêver enfant) et de l’épopée de la Coupe du Monde en Suède. Ainsi, durant la saison de la montée en première division, je rejoignis régulièrement le vétuste stade du Camp des Loges. Ma place de prédilection était contre la main courante à un mètre derrière le but. L’ambiance était bon enfant, champêtre même… « Une certaine idée du football » pour reprendre, le leitmotiv du Miroir du Football, un mensuel de l’époque, d’essence communiste.
L’année suivante, le PSG prit possession du Parc des Princes, nouvellement reconstruit. Le jeu prévalait sur l’enjeu. Malgré cela (ou à cause de !), la récompense fut une demi finale de Coupe de France à Reims contre Lens, déjà ! A cette occasion, avec deux amis, nous décidâmes d’aller « supporter notre équipe » à bord d’une automobile dépourvue de tout signe distinctif de notre sympathie pour elle (pas même un fanion au rétroviseur !). Vers Château-Thierry, un véhicule bruyant parvint à notre hauteur avec à son bord, quelques passagers aux couleurs « sang et or » se rendant manifestement au même endroit que nous, pour des raisons « opposées ». Malencontreusement, mon ami, assis sur la banquette arrière, intrépide ou inconscient, saisit une écharpe bleue et rouge et l’agita à la vitre transformant, sous la vindicte nordiste, une manifestation pacifique en un gymkhana dangereux et ordurier. Je compris, ce jour-là, le danger que pouvait revêtir d’avoir un penchant pour une équipe.
Nous arrivâmes bientôt à la fin des « seventies ». La télévision avait la fièvre verte, le mercredi soir. Toute la France encourageait les « Verts » à l’occasion des rencontres européennes. Mis en condition par les commentaires de Thierry Roland, investis d’une mission de « douzième homme », les spectateurs transformaient le stade en chaudron de manière à effrayer l’équipe adverse.
Le « foot fric » se développait et le PSG s’engluait dans une sombre affaire de double billetterie. Cependant, l’amoureux du jeu trouvait encore son compte en voyant évoluer des artistes à l’esprit irréprochable, Rocheteau un ex-« ange vert », Dahleb, Susic, plus tard, le brésilien Raï.
Comme le public devenait de plus en plus nombreux, la location des places devenait de plus en plus délicate. Ainsi, de fidèle spectateur, je devins abonné avec sur ma carte, la mention « supporter du PSG ».
Côté jardin, sur le plan du spectacle offert, durant trente ans, il y eut des moments enthousiasmants dans des ambiances festives, avec en point d’orgue, au début des années 1990, la venue des plus grands clubs européens, Barcelone, le Réal Madrid, le Milan A.C, le Bayern de Munich, la Juventus de Turin avec à sa tête, Platini stupidement sifflé car appartenant au camp opposé !

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Côté tribunes, ce fut de moins en moins réjouissant. Au début, je fréquentais le virage Boulogne niveau bas, une tribune familiale, tranquille. Son confort se dégrada avec le jet d’objets divers parfois dangereux provenant de l’étage supérieur. Nous nous installâmes alors au niveau haut du même virage. Le climat s’y détériora avec la répétition d’exactions de plus en plus violentes à caractère raciste ; aussi, nous nous réfugiâmes dans le virage opposé d’Auteuil. C’était encore une travée populaire, sans animosité, où l’on pouvait s’asseoir en compagnie de sympathisants de l’équipe adverse. Puis, des « corps constitués » de supporters parfois antagonistes, s’en emparèrent progressivement rendant l’atmosphère irrespirable. Il fut temps de nous replier vers la tribune K, l’un des derniers havres populaires à peu près tranquilles.
L’entrée dans le stade devint également de moins en moins conviviale avec la mise en place de fouilles et palpations faisant d’un débonnaire spectateur, un délinquant potentiel. Les bouteilles d’eau furent orphelines de leurs bouchons. Il fallut même se résigner à se tremper les soirs de pluie car l’accès avec un parapluie fut prohibé. Il y avait bien la possibilité de le confier à une consigne mais vous imaginez les problèmes pour le récupérer, à la sortie, parmi un millier de pépins !
Une fois, je crus vivre un instant de magie dans les yeux brillants de bonheur d’un petit maghrébin à qui j’avais offert un billet que je possédais en trop. Je déchantais rapidement … éconduit par un guichetier qui le soupçonnait d’avoir dérobé l’heureux sésame, l’enfant revint me voir attristé ! Cela s’arrangea.
Il m’arriva d’effectuer quelques déplacements en « supporter libre » car il était hors de question de m’associer aux convois organisés tant la logistique qui les régissait, me semblait détestable et incongru dans un cadre sportif. Pour être parvenu tôt aux abords du stade de Caen, je fus effaré du dispositif de sécurité mis en place digne du transfert d’un grand criminel au Palais de justice.
Une horde de motards et de véhicules de gendarmerie avaient « accueilli » les cars de supporters au péage de Dozulé à une quinzaine de kilomètres, puis accompagné, toutes sirènes hurlantes, au milieu d’une circulation arrêtée, jusqu’au stade vide. Les cars pénétrèrent dans l’enceinte et vinrent stationner au pied d’un escalier. Encadrés par des CRS et des « stewards » , les supporters prirent alors place dans la tribune qui leur était réservée, complètement protégée d’un filet anti-projectile !
Cinquante ans plus tard, un mal insidieux avait rongé la passion qu’avait inoculée un père au petit enfant des Bruyères et de Colombes. Depuis 2005, je n’hante plus les travées du Parc des Princes !
Deux anecdotes encore. La première date de l’époque où je pratiquais dans un modeste club normand amateur. Notre dernier match de la saison nous emmena rejouer une rencontre interrompue par un épais brouillard comme il en existe parfois dans la vallée de l’Eure alors que le score était de 7 à 2 en notre faveur. « L’enjeu était capital » puisque nous étions seconds à un point du leader, un club voisin de trois kilomètres de l’adversaire du jour, lui-même lanterne rouge. Vous me suivez ?
Il n’y eut sans doute pas d’enveloppe enterrée dans un jardin, au pire quelques bouteilles de champagne en prime, en tout cas, les joueurs d’en face métamorphosés, nous tenaient en échec à quelques minutes de la fin … lorsque l’arbitre nous accorda un penalty flagrant qui nous permit d’accéder à la division supérieure.
Il fallut extraire l’arbitre cadenassé dans son vestiaire aux airs de « cabane au fond du jardin ». Un « supporter » surexcité avait mis le feu à quelques fétus de paille placés au pied de la guérite en bois. La connerie n’est pas d’aujourd’hui !
Le second témoignage procède du canular. Il fut un temps où les relations entre les instances dirigeantes du football et la télévision, n’étaient pas aussi harmonieuses qu’aujourd’hui, au point d’interdire toute retransmission sur les écrans. Trois farceurs entreprirent de confectionner une banderole revendiquant plus de football à la télévision, et de la suspendre dans une tribune du Parc, ce qui ne manquait pas de cocasserie puisque nous étions des habitués inconditionnels des tribunes et que cette mesure ne nous nuisait aucunement. Notre initiative totalement individuelle eut les honneurs de nombreux journaux qui, à l’appui de la photographie, développèrent dans leurs colonnes, tout un argumentaire autour de la frustration du monde sportif dans sa grande majorité.

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Pour conclure mes tribulations de supporter par un rayon de soleil, j’emprunterai quelques couplets pleins d’humour à la gloire du rugby, sport de convivialité (pour combien de temps encore ?), entonnés dans ma jeunesse par les Frères Jacques :

Quand l’équipe de Perpignan
S’en va jouer à Montauban
Ils engrossent évidemment
Quelques filles de Montauban
Mais quand l’équipe de Montauban
S’en va jouer à Perpignan
Ben ils engrossent c’est évident
Quelques filles de Perpignan

Les fils des filles de Perpignan
Faits par les joueurs de Montauban
Font du rugby quand ils sont grands
Dans l’équipe de Perpignan
Mais les fils des filles de Montauban
Faits par ceusses de Perpignan
Ben ils font du rugby quand ils sont grands
Dans l’équipe de Montauban

Et c’est pour ça que quand Perpignan
S’en va jouer à Montauban
Et Montauban à Perpignan
Et Perpignan et Montauban
Ben se demandent si Perpignan
Ne joue pas contre Perpignan
Et Montauban contre Montauban

Honneur aux forts
C’est la loi du sport
Allez vas-y mon petit
C’est ça le rugby.

Voilà une vision du sport pacifiste et festive.

Publié dans : Coups de coeur |le 11 avril, 2008 |1 Commentaire »

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1 Commentaire Commenter.

  1. le 4 mars, 2010 à 15:44 raymann écrit:

    Tu décris parfaitement le désenchantement et le désappointement d’un amoureux du jeu devant la dégradation de l’ambiance dans les stades.L’argent et le foot business y ont fortement contribue.Le foot est devenu hélas les jeux du cirque romains, du pain et des jeux et plus rien ne compte.
    Bravo

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