Le Hareng Saur

Il était un grand mur blanc – nu, nu, nu,
Contre le mur une échelle – haute, haute, haute,
Et, par terre, un hareng saur – sec, sec, sec.

Il vient, tenant dans ses mains – sales, sales, sales,
Un marteau lourd, un grand clou – pointu, pointu, pointu,
Un peloton de ficelle – gros, gros, gros.

Alors il monte à l’échelle – haute, haute, haute,
Et plante le clou pointu – toc, toc, toc,
Tout en haut du grand mur blanc – nu, nu, nu.

Il laisse aller le marteau – qui tombe, qui tombe, qui tombe,
Attache au clou la ficelle – longue, longue, longue,
Et, au bout, le hareng saur – sec, sec, sec.

Il redescend de l’échelle – haute, haute, haute,
L’emporte avec le marteau – lourd, lourd, lourd,
Et puis, il s’en va ailleurs – loin, loin, loin.

Et, depuis, le hareng saur – sec, sec, sec,
Au bout de cette ficelle – longue, longue, longue,
Très lentement se balance – toujours, toujours, toujours.

J’ai composé cette histoire – simple, simple, simple,
Pour mettre en fureur les gens – graves, graves, graves,
Et amuser les enfants – petits, petits, petits.

Charles Cros (1842-1888)

hareng.jpg

Publié dans : Poésie de jadis et maintenant |le 17 mars, 2008 |1 Commentaire »

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1 Commentaire Commenter.

  1. le 17 mars, 2008 à 9:05 encreviolette écrit:

    Charles Cros, ce brillant poète, était aussi un passionné de sciences.
    Il formula ainsi le principe d’un appareil de reproduction des sons qu’il nomma « paléophone ».
    Parmi ses poèmes mis en musique, l’un des plus célèbres « Sidonie a plus d’un amant » fut chanté par Brigitte Bardot dans le film « Vie privée » de Louis Malle.
    En son honneur, fut créée l’Académie Charles Cros qui récompense, chaque année, les meilleurs disques.

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