Archive pour le 9 mars, 2008

Land Art en Couserans

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Une petite route dans la vallée du bas Salat en Ariège, les giboulées de mars s’en donnent à cœur joie … Soudain, au milieu d’une prairie, quelques touches fluorescentes dans la grisaille ambiante, attirent mon regard.
Intrigué, je m’approche : trois chevaux en noir et blanc cessent de paître et m’accompagnent à la découverte de cette esquisse d’art dans le paysage couserannais.

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Le Land Art est une forme d’art contemporain née à la fin des années soixante avec pour ambition première, d’échapper aux conventions classiques des galeries et des musées avec leurs heures d’ouverture et leurs tickets d’entrée. L’artiste du land art érige son œuvre à partir de ce qu’il trouve sur le terrain. Il installe l’art dans la nature et le laisse en proie aux caprices de la nature. Par essence, l’action est éphémère, vouée à plus ou moins longue échéance à la disparition sous l’effet des éléments naturels.
La performance de l’artiste américain Christo, en 1985, emballant le Pont Neuf à Paris, demeure mémorable. Il entoura aussi les îles de Floride, de gigantesques nénuphars en tissu rose. Jean Verame peignit en bleu les montagnes du Tibesti. Sur le mode du clin d’œil, il y a quelques années, un artiste enjoliva de couleurs psychédéliques, « l’enfer du Nord » pavé de mauvaises intentions pour les cyclistes de Paris-Roubaix.

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Ici, l’espace investi est modeste : un pré, une remise qui abrite quelques engins agricoles, un pan de mur vestige d’une grange délabrée, des balles cylindriques de paille dans leurs housses en plastique.
L’artiste en herbe ou dans l’herbe (!), a eu recours à des couleurs flashantes qui ne sont pas sans rappeler celles du célèbre portrait de Marilyn Monroe par Andy Warhol, le maître du pop art. Une charrette d’un rose acidulé et un cheval blanc (non peint, je vous rassure) attendent pour nous emmener dans une brève promenade plastique. La ruine en pierres fait écho à la palissade en planches par une forme animale scindée en deux. Quelques cailloux au sol semblent être éclaboussés par la peinture dégoulinante du mur. Plus loin, deux balles d’un fourrage victime d’une mutation transgénique, irradient sur le vert tendre de l’herbage. Sous la grange, une improbable pluie de météorites, menthe, citron et grenadine, a été rassemblée auprès de trois bidons révélant par contagion, les mêmes symptômes colorimétriques.

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Sont-ce les cow-boys et les motards en Harley Davidson qui se concentrent, chaque été, à quelques centaines de mètres de là, à l’occasion d’un festival country, qui ont importé l’esprit du Land Art dans le paysage ariégeois, loin des espaces de l’Ouest américain où naquit ce mouvement artistique de l’éphémère ? Est-ce un modeste hommage pour le quarantième anniversaire de Mai 1968 et les délires psychédéliques de l’époque ? Est-ce le fruit de l’imagination d’une personne désirant, par métaphore, donner un peu de couleurs à la campagne qui se meurt ? Peu importe, à vrai dire … Comme le regretté Pierre Desproges le faisait dire à son « docteur Cyclopède » : « Etonnant, non ? »

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Publié dans:Coups de coeur |on 9 mars, 2008 |14 Commentaires »

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